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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 13:11

 

 

 

Il y a des petitesses qui appartiennent à l’époque. Comme celle d’interdire factuellement et légalement de s’occuper de soi-même (de ses fesses, comme je dis souvent). Pour autre chose, en tous cas, que déférer aux injonctions à consommer, jouir, participer et s'esbaudir. Pour des vilaines choses négatives, pas productrices de valeur pour un sou. Et néanmoins, si ce n'est conséquemment, bougrement importantes. Par exemple se tuer. Ou avorter.

Dans les deux cas, d’ailleurs, la petitesse s’infiltre, se tuyaute, goutte à goutte, en commisération, dans des lois ou projets de lois de tolérance. La Vie est sacrée, d’autant plus sacrée qu’elle est devenue franchement misérable, nauséabonde, et qu’il convient de surveiller rigoureusement celleux qui en voudraient déserter, ou bien l’épargner à leur prochainE.

 

On tolèrera ainsi qu’une nana aille procéder à une ivg, dans des délais forts courts, et non sans échapper à quelques remarques bien senties.Et qu'y faudra pas y revenir, hein ?

On tolérera peut-être de même, dans x années, que si vraiment vous êtes rongéEs par une horrible maladie, elle-même libéralement offerte par les admirables conditions de survie que nous nous laissons octroyer, à bout de douleur, on tolèrera donc peut-être de vous laisser mourir une ou deux semaines avant l’inévitable couic.

 

Mais la garde sera rigoureuse autour des moyens, comme elle l’est d’ailleurs déjà. Pas question, comme disent les bonnes âmes, de suicide, d’avortement, ou de toute autre échappée égoïste (oui, c’est le mot usité). Et pour des raisons qui vous regardent. Votre vie ne vous regarde pas ; indisponibilité de la personne ! Le bien commun doit primer. Ce n’est pas à vous de décider ce que vous pourriez vous vouloir (c’est que vous risqueriez de vous tromper, et nous sommes dans un monde où l’erreur est un délit). Seules des circonstances jugées extrêmes, dûment vérifiées par les congrégations idoines, peuvent vous en absoudre.

 

(Je tiens à méchamment préciser que l'essentiel des assoces et orgas qui gèrent ou réclament de gérer l'une ou l'autre de ces activités abondent généralement dans le sens de la limitation, du contrôle et, encore une fois, de l'exclusion des "égoïstes". D'ailleurs, c'est leur vrai prétexte à pérennité, sans quoi il n'y en aurait justement plus besoin, de ces agrégations flitrantes.

C'est tout à fait énorme, en tous cas, dans les assoces "pro-euthanasie". Eh, c'est que personne ne voudrait être soupçonnéE de ne pas être pour la vie. Quelle vie, après, ça c'est autre chose...)

 

Enfin bon ; de même que la loi sur l’ivg arbore en incipit une très sévère déclaration pro-vie, je suppose que la future loi sur « l’euthanasie » (terme qui ne veut strictement rien dire) s’adornera d’une vibrante envolée invitant à avaler toutes les dégradations plutôt que de déserter. Et que les sos-amitié verront leurs permanences renforcées. Ainsi que les accueil des HPs.

 

Quoi qu'il en soit, ce qui m’énervait aujourd’hui, c’est une petitesse annexe de la grande petitesse citoyenne, une petitesse qui y est obstinément accrochée, à moins que ce ne soit l’inverse, depuis bien longtemps : celle d’essayer de se faire quelques sous sur la dépossession.

 

J’apprends ainsi dans la presse qu’une boîte, basée je ne sais où, vend par internet des « kits avortement », consistants en comprimés de misoprostol et de myfégine. Bref de ce dont on use effectivement pour ce. Mais qui ne sont pas accessibles librement. Faut ordonnance. Et les pharmacos veillent.

 

Le comprimé, un seul, c'est-à-dire souvent pas assez, enfin juste assez pour un début de grossesse, ou deux, je ne sais plus, est vendu trente euro par ces arsouilles.

Une boîte de soixante comprimés de misoprostol se vend en pharma, toutes taxes et profits comprises, vingt euro.

 

Claaaasse.

 

En outre, il y a un « mode d’emploi » tout à fait aberrant, qui implique de s’enfoncer la myfégine là où je pense, alors que le misoprostol par voie orale, convenablement dosé, suffit. Je vous renvoie à l’excellent site Womenonwawes, en maintes langues.

 

Vous allez rire, mais le même "marché" existe pour ce qui est de moyens de s'ôter la vie. L'autre jour, je contemplais ainsi, émerveillée, un site où on vous vend des abonnements d'information sur les médocs létaux, avec mise à jour, tout cela raidement tarifé, mis en image d'une manière que ne renieraient pas les désormais incontournables maisons funéraires.

Tout cela m'a fait penser à une bd d'il y a trente ans, "Agence Dugenoux, suicides en tous genres". Qui mettait en scène un ingénieux bonhomme, prêt à se fendre en quatre pour procurer les morts les plus spectaculaires à ses clientEs.

A l'époque, la question n'était pas encore tout à fait tombée dans la baignoire gluante où nagent compassion réprobatrice et arnaques pitoyables. On trouvait encore des barbituriques, quoi. Et on pouvait aussi rire.

 

Mais bon, bref, ce qui ressort de tout ça, mais le contraire eût été étonnant, c’est que dans un contexte de prohibition pleurouillante, totale ou partielle, des moyens de s’occuper de soi, eh bien fleurissent nécessairement escrocs, profiteureuses et autres maQUes. Vive la dépossession, et vive le contrôle social ! Et vive la croissance, qui constitue exactement le même monde.

 

 

 

LPM

 

 

PS : au fait, vous le savez sans doute mais je viens d'y repenser, il existe une loi qui réprime la "provocation au suicide" (votée ad hoc au début des années 80 lorsque le camarade Guillon publia son Suicide Mode d'emploi). C'est à dire tout bonnement le fait d'en parler autrement que comme d'un fléau dramatique, un cafard à exterminer ; et bien entendu de donner la moindre info sur la moyens de ce faire, ou d'y pourvoir. C'est à dire que si, brave citoyenNE, il vous venait à l'idée de fonder, je sais pas, une association pour le droit à s'ôter la vie sans autre condition que de le vouloir, eh bien vous seriez probablement passible de poursuites pour ce grave délit.

 

Autrefois il y avait l'incitation à l'avortement, aussi, de réprimée. Je ne sais pas si ça a tout à fait disparu - le code de la santé est un foutoir à chausses-trappes.

 

Ca tombe bien. Je ne suis pas citoyenne, je tiens le droit pour une vérole, et je n'entends pas former d'association. L'association (loi 1901) est le tombeau de ce qui s'appela autrefois l'entraide et le souci d'autrui, lequel à disparu avec celui de soi.

 




 

 

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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