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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 08:21

 

Pfouh – tiens, encore le monde du care qui fait des siennes. Décidément, si jamais je sors de la galère que m’ont galamment offerte mes petites camarades pour mes quarante-cinq ans, il faudra que je le torche, cet article sur le monde rêvé des caristes.

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/08/16/en-allemagne-ouverture-du-proces-d-une-chanteuse-accusee-d-avoir-transmis-le-virus-du-sida_1399521_3224.html

 

Adoncques voilà, encore une méchante criminelle bien opportune. A baisé, ça c’est un truisme pasque si on baise pas on vit pas, a contaminé, a pas dit, allez hop, correctionnelle et demain probablement assises, tiens. C’est qu’il faut contenter touTEs les braves gentes qui halètent après le moulinage de celleux qui leur permettent de sous-traiter leur saloperie. Encore ce délicieux mariage entre le monde du plaisir obligatoire, injoncté, et la nécessaire trique, ici judiciarisée, pour taper sur les baveuses terrorisées. Cela me fait fichtrement penser bien sûr à la chasse aux infanticides. Tiens, d’ailleurs j’apprenais par les même journaux il y a peu qu’une nana hollandaise qui avait savamment estourbi quatre aliens successifs a été dénoncée par un voisin soupçonneux.

Nous entrons dans un monde magnifique. Comme je l’avais déjà écrit, nous avons fait de grands progrès sur les années 70. Á l’époque, on pensait encore qu’il fallait des flics derrière les femmes enceintes. Á présent, le moindre citoyen suffit. Rentrez les ventres ! Et n’oubliez pas de photocopier vos résultas de dépistage.

 

Bon. Je ne puis m’empêcher non plus de songer, en regardant tous azimuts, à cette sobre définition que donnait déjà un pape de la pantalonnade antimoderne il y a près de vingt ans. Vingt ans… Comme ils ont passé vite et comme cette glissade a été vide…

Il remarquait donc que le grand effort, dans notre époque, pour « vivre mieux », consistait à réclamer à grands cris d’être protégéEs, ou à nous prémunir – version DIY - contre les conséquences inévitables de ce que nous soutenons, pratiquons et adulons à grande échelle. Toujours plus mais pas les sales côtés.

Ce qui inclus évidemment, dans notre grande soif de « justice », de trouver des gentes à qui faire payer ces foutues conséquences qui arrivent toujours à passer par-dessus les murailles dont nous nous entourons. Et dont il faut bien des coupables, sans quoi on risquerait de devoir examiner ce qu’on désire et ce qu’on craint ! Á la déesse ne plaise ! Du gouvernement aux alternos, on n’a guère d’autre souci désormais. Tant qu’y a à qui réclamer, tout va bien. On changera pas d’un poil.

 

C’est à quoi je songeais l’autre jour quand, dans un hall populeux, un brave garçon vint me démarcher pour je ne sais plus quelle enquête d’Act Up sur les trans. Je le congédiai vite fait, sans prendre le temps de lui expliquer le pourquoi de mon aversion, récente, envers la conception de base de cette assoce, la « réduction des risques » dont je fus des années une très correcte supporter. C’est qu’une fois de plus on essaie de faire durer à toute force un mode de vie, de relations, de valorisation et j’en passe qui porte en lui des désastres (vous remarquerez que je ne dis pas des nuisances). Et que j’en ai marre des farces copiées-collées du développement durable. D’ailleurs je songe beaucoup plus, quand je parle des conséquences, à tout l’édifice social arquebouté sur la relationnite forcenée, et la violence générale qui en sourd tout autant que du capitalisme, qu’aux questions de santé à proprement parler. C’est pas moi qui irai embêter les « acteurices de Rdr », comme on dit en novlangue, et je me trouverai même souvent à leurs côtés « sur le terrain », mais la pensée qui sous-tend l’affaire m’a définitivement déçue. Elles veulent s’enfoncer toujours plus profond dans le monde présent. Quant à bibiche, j’y étouffe.

 

Act Up prend position contre la criminalisation de la contagion. Ben encore heureux. Mais désormais je ne suis plus d’accord du tout sur le pourquoi. Elleux disent que c’est « contre-productif », ce qui en dit long sur leur vision du monde. Produire. Hier c’étaient des mômes, aujourd’hui c’est du plaisir valorisable et la reconnaissance sociale qui en pendouille. Et accessoirement de la santé, qu’on extrait je ne sais comment du magma « intensitaire ». Mais la logique est intacte. C’est la bonne vieille logique qui fournit une grande partie de la structure de ce qu’on appelle le patriarcat. Et la pétition de l’extension indéfinie de son fonctionnement à touTEs. Histoire que ce ne soit plus un privilège. Merci bien. Il y aura de toute manière toujours des étrangèrEs à cette logique d’accumulation. Qu’en ferez-vous ? Ne sauvera-t’on que les déclarées utiles ?

 

Pour ma part, n’étant plus ni politique ni économique, et donc pas utilitariste, je dis simplement que c’est infâme, inique et hypocrite de poursuivre cette nana. Et les autres. Et stupide de penser en de pareils termes. Que toute la machine judiciaire et « réparatrice » est une arnaque meurtrière.

Mais ce genre de réaction, qui confine à quelque chose d’aussi inquiétant et risqué que l’usage du sens commun ou du jugement personnel, doit paraître singulièrement régressif aux constructivistes. Pas de catégories, pas de dominantEs à débusquer ou de privilèges à débusquer. Un jugement moral. Sec. Voilà qui ne va pas rapporter grand’chose à la clique.

C’est peut-être pour cela que ce genre de jugement est considéré comme pauvre. Ce qui est indiscutablement, dans les sociétés et les milieux où nous tentons de vivre, un des plus incurables stigmates. Il ne rapporte rien, ni directement ni indirectement. Et il ne rassure guère. Alors que les explications bien cadrées, prospectives, avec déjà inclus leur polichinelle d’amélioration sociale dans le tiroir, ah ça elles rapportent. Et elles confortent.

Enfin, cela mène comme par la main à l’inflation désespérante d’arguments controuvés et tortillés pour défendre des causes pourtant bien simples. Dernier exemple que j’ai vu, d’invraisemblables plaidoyers pour sauver la tête d’une nana, en Iran, condamnée à mort pour adultère et meurtre. Invraisemblables parce qu’au lieu de simplement affirmer que la chose est en elle-même, moralement quoi, inacceptable, on y essaie uniquement de prouver que les accusations sont fausses. Ce qui peut bien être, et après ? Ça me fait penser à la vieille anecdote rapportée par Diogène Laërce, sur la mort de Socrate. Á sa femme qui se lamentait qu’on le fit mourir injustement, il aurait rétorqué « Aurais-tu donc préféré que ce fût justement ?! ». Et si il advenait que les accusations contre cette nana, ou une autre, fussent vraies, tout le monde applaudirait avec joie et larmes de satisfaction à sa lapidation, sa pendaison ou son incarcération à vie ?

C'est hélas probable, vu les dispositions qui se montrent actuellement...

Ce qui me fait finir sur un des lieux communs distillés dans les milieux alternos depuis quelques années, selon lesquels « la violence contre les dominantEs (® en novlangue) n’est pas de la violence ». Hé hé. Voilà une bonne manière, bien schizophrénique de se déresponsabiliser totalement, de nier ce qu’on fait, et de pouvoir en outre justifier toutes ses petites haines à prix raisonnable. Au reste, c’est une vieille recette. On s’est toujours inventé des « dominantEs » de service, qui dans bien deux tiers des cas étaient plutôt des persécutéEs, afin de pouvoir se défouler sans foulure à la conscience… Je suppose que de nos jours, les « contaminatrices », version moderne des empoisonneuses, en font partie. Et ça nourrit par concordance la bonne vieille blague de l’innocence par statut, ou par essence, ce qui est désormais la même chose pour la perspicacité militante… et institutionnelle. 

 

 

 

Plume

 

 

 

PS : La vie est courte, et la langue n'est pas toujours autant extensible qu'on le souhaiterait. C'est ainsi qu'on se retrouve à pourfendre la bien-pensance alors même que les crapules du gouvernement actuel, manifestement d'une malveillance rare, usent à l'envi de ce terme pour défendre leur pitoyable manche aux voix d'extrême-droite et aux bas instincts de petits propriétaires qui font la puanteur spécifiquement française. C'est aussi deséspérant que de devoir patauger dans les crottes et le vomi, sans parler de la décomposition qui lui est propre, d'un Michel Onfray, dès lors qu'on s'est mise en devoir d'autopsier l'usage du care dans notre fichu pays.

C'est un paradoxe dégoûtant, je trouve, de se voir jouxter par toutes les saloperies dès lors qu'on est seule ! Comme si on se trouvait en leur très sale compagnie sur un théâtre, devant la foule des muetTEs qui savent bien que le silence est d'or.

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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