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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 12:05

 

 

« Dès qu'on évoque le sujet, on nous accuse d'être anti-pilule, on nous dit qu'on va faire monter les avortements ».

 

Cette phrase est extraite d’une interview parue dans le Monde le 14 décembre, faisant partie d’une série d’articles au sujet de ce qui apparaît, au lire, comme une série d’avc’s et d’embolies consécutives à l’absorption de pilules contraceptives dites de troisième génération. Il y avait déjà eu des alertes l’année dernière, au Planning et ailleurs. Ce qui avait presque relancé les discussions sur l’avalage de ces trucs, l’hétérosexualité régulière (les fameux besoins de pépé) et obligatoire qui va avec, et somme toute le sympathique monde relationnel dans lequel nous baignons. Presque. Tout de même on n’allait pas remettre ça en cause : les assoces sont là pour en huiler le fonctionnement, le rendre durable, pas pour nourrir doute ni critique !

 

Mais la phrase citée en rajoute, sur un autre aspect de la chose, le maintien de l’avortement dans les choses mauvaises. Comme bien entendu il n’est pas question de sortir de baiselande ni d’hétérolande, le choix reste entre la capote (mais pépé y bande plus avec, et bander c’est sa vie ; et puis la capote c’est bon pour les putes, dont on n’est pas, au gouvernement ne plaise, bénévoles pour la vie !), le contraceptif, oral dans 90 pour cent des cas, et l’avortement.

 

Et il ne faut à aucun prix banaliser l’avortement, comme on dit. Se débarrasser des aliens donne à une nana une trop haute idée d’elle-même, indépendante des parasites divers, adultes, enfants ou en formation. Et puis malheur, si on commence à penser qu’on peut se débarrasser de ça sans scrupules, où n’ira-t’on pas après ? Se débarrasser des mecs, de la maisonnée, du travail, de la surveillance sociale, que sais-je encore ! Ce serait la fin de ce monde. Pas question. Pilule donc. Où contrôle socio-médical et morigénation. N’y revenez plus ! C’est ce qu’on entend souvent dans les services où se pratiquent les ivg.

 

Or voilà. On savait pourtant depuis longtemps que les hormones ce n’est pas toujours bon (euphémisme), mais là ce sont carrément des morts brutales, après assez peu de temps de prise, qui adviennent. Et l’article cite surtout des jeunes. Ben oui, les vieilles qui crèvent de cancer, on s’en fout, on en a tiré tout ce qu’on pouvait, bon débarras même, on économise sur la pension. Mais des neujes, des toutes fraîches, qu’on allait pouvoir exploiter à fond, travail cul famille patrie (ne jamais oublier que le point de vue panoptique est masculin), quel gâchis !

 

Bref, cri du cœur. Là ça va plus. Il y a de la viande fraîche qui se perd, de la valeur marchande qui ne sera pas réalisée, scandale. L’(hétéro)sexualité naturalisée, la disponibilité, l’épanouissement coïtal, la libération quoi, en sont chiffonnées.

 

Je m’épatais l’autre jour, au lire de ce qu’on appelle un fait divers, sur ce dont nous, les gentes, sommes capables pour bien présenter et répondre de nous à nous-mêmes comme au jugement social, en nous accouplant démonstrativement. Des fois, je le confesse, c’est un rire, amer certes, qui l’emporte un instant sur l’effroi et la colère, tellement nous sommes prêtes à consentir aux plus minables attelages pour faire mine d’exister en la matière. Ébriété permanente, à vie, nous ne pouvons voir que double, quelquefois multiple, à peu près jamais clair. Les conséquences sont à la hauteur, si j’ose dire, de l’exigence.

 

Et parmi ces conséquences, eh bien y a la pilule, l’ingestion du contraceptif oral, qui je crois possède cet immense avantage sur d’autres que tout de même, y rapporte beaucoup plus aux prospères industries pharmaceutiques que les « mécaniques », qu’on change quand on y pense et même qu’on peut oublier, ce qui n’est pas le cas de cette horloge quotidienne. Patriarcat et économie sont de ces doubles siamois qu’on ne peut séparer, et qu’il faudrait noyer sans chercher à s’en réapproprier quoi que ce soit.

 

Et je ne parle même pas de zigouiguer pépé, où de l'obliger à se taper de l'androcur, ah ça pas question, qu'on lui cause quelque inconfort, qu'on l'expose à quelque risque : la seule vraie gratuité relationnelle, en fait, c'est pour les mecs, mais motus, secret public !

 

Relation, contraception. C’est la cage dans laquelle il est prescrit de se mouvoir ; le reste est néfaste, aventureux ou méprisé. On va peut-être avoir droit à un scandale sanitaire de plus avec les pilules de la mort qui tue, mais les interrogations sur comment on vit, elles, resteront évidemment dans les placards.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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