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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 16:43

 

Allez, causons d'un peu autre chose que des malheurs du temps ou de la crapulerie du mille-pattes. Célébrons, même ! 


Je reçois, dans le taudis où je croupis en en attendant mon expulsion, par une suite de bévues consécutives au stress des chasses à courre sous-marines, une carte, représentant un panel des bestioles camarguaises - à la notable exception du moustique anophèle ! L'auteur en est un monsieur, d'après l'état-civil excipé, qui joue par le plus grand des hasards tout à fait habilement de la pince à exhumer. Il écrit en effet au rabat-joie, qui fut l'occupant de ce même taudis durant bien des années, et particulièrement pendant une période, 95-98, où il pondit bien des choses, qui sentiraient aujourd'hui peut-être le moisi si elles n'avaient pas presque toutes disparu jusques de mes propres archives. Il ne reste guère que les Maîtres-nageurs, qui est sur ce blog, dont j'ose encore m'enorgueillir. Le reste, qui orbitait autour de l'antispécisme, a sombré dans le néant. Je n'ai même plus assez de place mentale aujourd'hui pour savoir ce que je pourrais bien penser de cette doctrine et de son rôle. Je ne la rencontre plus qu'à l'état de fossile dans le végétarianisme systématique qui a gagné tout le milieu alterno, ainsi que dans les vestiges d'un antinaturalisme qui a tourné dans son tupperware depuis belle lurette.


Ça m'a donné tout de même l'impression d'un tombeau qu'on ouvrirait. Cela dit, je suis déjà morte quelques fois, ressuscitée je ne sais comment, et en ce moment même mes petites camarades féministes et alternotes jouent allègrement de la pelle pour me refaire un beau tumulus. Je suis réduite à jouer le lombric pour tenter de m'en sortir par en dessous.


Mais le monsieur me demande si j'écris encore. Et je suis immédiatement prise d'un doute fondamental : mais est-ce que j'ai jamais écrit ? Pasque, bon, c'est bien gentil, oui, j'ai aligné des phrases, imprimé quelques brochures, envoyé quelques articles, affiché nuitamment et surtout solitairement des affiches qui me firent un instant une légende locale, enfin fini par gnagnater sur internet, comme tout le monde. Mais je crois fermement que tout cela n'est pas écrire. Et que je ne suis en rien écrivainE.

Écrire – je ne saurais dire au juste ce que c'est, à partir de quand on écrit, mais assurément je pense que ce n'est pas que ranger des périodes. Déjà, il faut que ce soit moi qui écrive. Et déjà là, je sais que je suis littéralement hantée, et depuis près de vingt ans, par un maître défunt un demi-siècle avant ma naissance. Que mon « style », si on peut parler de style, mais aussi toute mon ordonnance intellectuelle dégouttent de ses livres. D'une lente et continue infusion en moi. Ce qui m'attriste quelquefois, bien que je n'aie pas honte de lui. Au contraire. Ce fut un des rares de son époque à se dresser, de manière motivée, contre les idéologies de l'accroissement qui nous gangrènent plus que jamais, et à défendre la pauvreté ! Alors hein ?

Alors voilà, je ne pense pas que j'écris, au sens où écrire serait, je vais user d'un gros mot, créer. Je ne suis d'ailleurs en aucune manière créatrice. Je n'y ai aucune vocation. Je resuce, je répète, je rappelle au besoin. Mais je ne crée pas et ce n'est pas mon monde. Je ne m'imagine même pas créer.

Par ailleurs je ne sais pas le moins du monde narrer ou raconter. Au point que quand il me vient d'imaginer, de coaguler en moi des personnages, des figures du temps présent, je ne sais qu'en faire. Je ne saurais les mettre en scène. Ainsi de Gélatine, la militante qui prend toutes les formes, et de son petit copain Gelflex. Ils restent à l'état de perceptions et d'intuitions. Mais rien de plus. Dommage d'ailleurs. On pourrait bien s'amuser avec ces marionnettes.

Ça doit être un peu ça ma vieille passion : essayer de peindre à la bombe orange BTP les fils avec lesquels nous nous faisons mouvoir et qui sont généralement invisibles. Nous sommes un peu nos propres marionnettes, via la dévotion aux idées, les enjeux relationnels et autres babioles ; cependant, derrière, reste une espèce de liberté, aux implications redoutables.

Comment raconter cela, seigneure ? Elly, oscours !


Je suis rien moins qu'une narratrice donc. Je suis une plumitive. Rien à voir pourtant avec mon surnom gagné en une toute autre occasion. Mais je ne vois pas d'autre mot pour définir une de ces innombrables qui frétillent du stylo ou du clavier – pasque nous sommes quand même une tapée dans ce cas là. Á scribouiller pour une Kause ou une autre. On a accumulé toutes le même fatras récitatif, et on le transmet. C'est souvent pas très drôle, fréquemment décourageant, et cependant il le faut.

On a appris à écrire – une des évolutions du dernier siècle et demi. Et on s'en sert. Et c'est fort bien. Non mais vraiment, j'aime vivre dans un monde d'écrit. Et ce n'est pas grave si on se répète beaucoup. Nous sommes si lentes à nous comprendre que c'est indispensable. Scribouillons, récrivons, copions, rageons, rongeons, arrangeons, comme les moniales médiévales (lesquelles, soit dit en passant, on fait un rude boulot en la matière).


Nous ne sommes pas des écrivaines, nous sommes des plumitives, et c'est très bien. Heureusement qu'on n'est pas des écrivaines, zut ! Quand on voit le vide abyssal qui souffle hors de la plupart des œuvres, les lieux communs, la propagande amoureuse, le larmoyement correct, les ricanements convenus, les épouvantables rangées de bouquins primés dans les magos et les préférences creuses des libraires, eh bien on préfère nettement scribouiller et plumitiver.

Et puis même, qu'on la préfère ou non c'est notre condition et notre destin : marteler, réciter, réagir. Réagir aussi. Je ne sais pas créer, je ne sais que voir, apprendre et clamer. Je ne peux pas plus m'en empêcher que, comme disait mon maître de sa propre propension à contempler, "les chevaux de faire du crottin".


C'est pourquoi, très sincèrement, j'agite mes nageoires inexistantes ou embryonnaires pour saluer toutes les brochureuses, les flyereuses, les blogueuses, les slameuses, les bien disantes, les mieux disantes et les médisantes, les catéchétiques et même les cachexiques en tous genre, comme moi, et je dis franchement : merci les plumitives ! Merci d'être là, celles que j'aime comme celles que j'aime pas. Et continuons.Olé !

 



Plume LPM (la petite murène ou la punaise des matelas, c'est selon...)



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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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