Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 09:00

 

 

 

 

« Je ne peux me représenter la féminité que comme une appropriation consciente de cette négativité qui est traditionnellement le lot de la féminité et qu’elle supporte plus ou moins inconsciemment.

Je ne pense pas que cette négativité doive forcément se transformer en affirmation. »

Ilse Bindseil

 

 

 

En un virage, au milieu de l’estimable bourg de Bagnac sur Célé, dans l’orient extrême du non moins estimable département du Lot, cette enseigne : « Le choix funéraire ». Rien de moins.

 

On a fait dix mille fois ce genre de petit rapprochement facile, je n’hésite pas à en rajouter encore une. Ça semble tellement bien résumer une époque. C'est-à-dire nous.

 

Le lendemain, les journaux s’empressent de m’apprendre que le long vouiquende consécutif a été « cauchemardesque » pour le vivant contenu des boîtes de sardines à grande vitesse : suicides en rafale de ses congénères solitaires sur des voies encore, toujours trop peu « sécurisées » (que font les polices, les milices, les psys, etc ?), trains bloqués. Mieux que n’importe quel complot anti-indus.

 

Et aussi que les thons rouges du Pacifique sont désormais radioactifs. Comme ça ils vont peut-être bénéficier, à notre instar, de la mort lente au lieu de la mort rapide dans les chaluts, étant devenus inconsommables (Tchouang-Tseu préconisait autrefois de se rendre inutile pour avoir la paix ; de nos jours il vaut mieux être inconsommable). Peut-être même va-t-on les faire citoyens pour marquer le coup. Plus fort que touTEs les antispéEs de la terre.

 

Ça c’était pour poser le théâtre.

 

En tous cas, cette dialectique de l’enseigne ramène brutalement à ce que veut dire, en l’état de choses, choix, comme à ce que veut y dire consentement : le monde est en ordre, les jeux sont faits, l’étalage est au complet. Nous ne sommes fondées qu’à dire oui ou non, et à passer à la suivante, sans sortir du grand magasin, jusques à la dernière gondole où aucun avis ne sera demandé, parce qu’il est celui, justement, du funéraire. Nous ne sommes fondées qu’à acquiescer ou à refuser, et ce toujours provisoirement, à recommencer face à l’exigence permanente d’un cadre qu’il n’est même pas un instant question que nous interrogions, sans parler même de le bouleverser ni d’en sortir. Nous sommes dedans. Amour, cul, travail, citoyenneté, santé : partout c’est l’interrogatoire : oui ou non ? Et nous perdons lentement, plus ou moins tranquillement, la boule, harcelées par la demande identique, répétée, presque à chaque minute. La demande qui inclut en elle-même que son objet est là, impératif, nous échappe totalement, que nous ne pouvons ni l'ignorer, ni le contourner, ni le détruire. Que quelle que soit la réponse c'est lui qui l'emporte à la fin. Tu veux ou tu veux pas ? C’est toujours l’autre par position, l’agentE des choses et de la nécessité, les choses et la nécessité même, qui parle en premier.

 

Si nous hurlons m…, on nous enferme. On a craqué. On est sorties du jeu. Et on n’a pas plus parlé en premier.

 

Une manière de n’y pas entrer serait de pouvoir dire un non préalable, un non au jeu et à sa table même, à ses formes, à ses catégories « incontournables » et pour pouvoir cela, de s’y autoriser. Je ne dis pas préalable au sens temporel du terme – à ce sens nous serons toujours battues et il sera toujours trop tard, puisque nous entrons dans le jeu, dans le magasin, en naissant. C’est un préalable de disposition et de logique. Il s’agit de parler en premier. De refuser d’être mises devant l’alternative ; de passer dans son dos et de lui bugner le cul, à cette alternative d’étroitesse et d’injonctions huilée par la métamarchandise bonheur. Et de ne pas se laisser avoir par son mirage d’abondance ; « Tout, tout de suite ». Bernique ; commençons voir par « Rien, jamais ! ». Ne nous laissons rien demander. 

 

Refusons nous. Voilà un bon commencement. Fermons leurs gueules à toutes les propositions, qui prétendent mettre la table et la délimiter. 

 

C’est un pari ; nous ne savons pas, moi la dernière, si une émancipation réelle est possible. Mais si nous n’essayons pas nous la reconnaissons d’emblée comme impossible – ou peut-être comme inopportune ?

 

En tous cas, coincées comme nous sommes, notre humour, cynique, a quelque chose de terreux ; la dame blanche est à demeure dans le virage. On se la rejoue sans cesse ; c’est par où la sortie ?

 

 


 

Partager cet article

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines