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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 14:53

 

 

 

Article l’autre jour dans la très consensuelle Montagne, pour une fois intéressante, sur le voyage d’une femme hindoue à Clermont pour protester contre l’emprise michelinesque.

http://www.lamontagne.fr/auvergne/actualite/2012/01/17/un-village-en-inde-denonce-les-conditions-d-implantation-d-une-usine-michelin-160717.html

Il y a – au moins – deux multinationales qui sont d’origine, je ne sais pas si le terme est très juste, auvergnate. Eh oui. Et même pas des très neuves, ce qui met à bas le mythe d’une région qui aurait été relativement épargnée par le désastre économique. Ça fait au contraire bien longtemps que les autochtones sont forcés de marcher à son rythme (je songe aux paysanNEs surtout). D’ailleurs, une de ces multi est de celles qui ont pour objet de mener l’agriculture toujours plus loin, vers l’intensification, les modifs diverses et l’emmisération des sols comme de ce qui y vit.

L’autre fait des pneus, essentiellement. C’est elle que la nana citée dans l’article met fort justement en cause, d’aller prouter dans son pays, déjà fort mal loti, un supplément local de pollution, d’expropriation, d’exploitation lesquelles comme chacunE sait se suivent en bonne logique économique comme un les perles d’un chapelet. Pour excréter éventuellement un tardif et durement gagné « bien-être », toujours remis en cause. Il y aura juste beaucoup moins de monde encore en lice, voire vivant, lorsqu’on en arrive(ra peut-être) aux supposés lotissements de braves ouvrierEs véhiculéEs en Tata, projetés un siècle peu ou prou après l’équivalent clermontois. Á supposer que ce mode de vie soit enviable.

Je n’ai pas pour habitude de faire dans l’exotisme militant, que j’ai définitivement pris en grippe, mais je n’ai pu ne pas remarquer l’article ci-dessus évoqué, dans le consensuel quotidien régional. Ni ne pas songer à un certain nombre des tenants et aboutissants de ce dont il y est causé.

Je lisais l’autre jour, dans un autre journal, la recension d’une pièce de théâtre sur le travail, qui s’arqueboutait sur une boutade indonésienne, que « les singes évitent de parler pour qu’on ne les mette pas au boulot ». Ce serait effectivement une raison bonne et suffisante.

Tout de même – j’ai du mal à comprendre que ça n’interloque et surtout n’inquiète pas plus. Partout où se présentent, forcent la porte et passent la prospérité, le travail, la « reconnaissance sociale » et toute leur ribambelle de choses si désirées et positives, comme la fameuse (ré)industrialisation chère à nos politiques, les gentes meurent et sont expulséEs, les rivières sont empoisonnées, les moyens de vivre plus ou moins bien sont convertis en misère, les usines, les prisons et les guichets prolifèrent, le peu de survie restant, réservé à une minorité elle-même toujours menacée de débauchage, tombe dans la dépendance absolue d’un salaire, lui-même le plus chiche possible (vous pensez bien que si Michelin va en Inde, c’est uniquement pour payer moins les gentes).
Mais tout le monde se dit que, tout de même, du boulot, ça serait classe. Même en sachant très bien, au fond, que le prix sera l’habituel : la destruction de ce qui permettait de vivre, sans passer par toute la machinerie marchande. Mais voilà : pas le choix.

Ce qui pose tout de même la question, non pas seulement de la bonne ou mauvaise volonté des patronNEs, mais carrément de tout le mode de vie auquel nous nous sommes habituéEs, et qui en plus tombe en ruine encore plus vite qu’il n’achève de se répandre, là où il reste encore un peu de place pour.

Ce même jour, la chute tendancielle du taux de valeur, comme prévoyait l’autre, entraînait la fermeture d’une usine de layette, dans la même nôtre région. Les gentes, presque toutes des nanas, qui mourraient lentement du travail (lequel n’a jamais été bon pour la santé), mourront encore plus vite de son retrait. C’est tout de même – nan, mais, on ose encore causer, que ce soit dans l’économie, les relations, les ci et les ça forcenés de la contemporanité, de développement, d’appropriation, de croissance, bref de la fable du « gagnantE-gagnantE », alors que la réalité enseigne chaque jour qu’il s’agit d’un naufrage perdantE-perdantE. Comme pour ce dicton du Goulag : crève aujourd’hui, moi c’est pour demain. La semaine prochaine si possible. Qu’il y ait du travail ou qu’il n’y en ait plus, c’est l’enfer.

Je lisais il y a déjà quelques mois qu’au Japon, ce sont essentiellement des nanas qui ont fait leur mauvaise tête à la suite de l’excursion radioactive, laquelle continue sa promenade là-bas. Ça aussi ça fait songer. Sans entrer dans les innombrables explications, documentées et chiffrées, que produisent à la douzaine nos adoréEs sociologues, je dois dire que ça me fout un doute. Je pourrais m’en réjouir, me dire que ce féminin social que Roswitha Scholz décrit comme le non-valorisé par l’économie, serait susceptible de bloquer le gros animal. J’aimerais bien me dire ça. Mais je me dis aussi qu’on sert peut-être tout bonnement et surtout bénévolement de fusibles, comme d’hab, comme dans la famille, comme dans un nombre incroyable de structures. Qu’on fait l’arrière garde de l’humanité… face à elle-même, puisque rien de ce qui se produit du désastre n’est le fait de qui que ce soit d’autre que de nous, et de nos fantasmes de puissance comme de richesse. Bref qu’on est en plein milieu du cercle autophage. Et qu’on sera conséquemment mangées en premier. De diverses manières et à diverses sauces, s’entend. Dans la bouillabaisse épouvantable qui se cuisine avec touTEs les pas rentables de la terre.

Une fois de plus, se pose la question de si nous devons couvrir de notre corps les restes de plus en plus pitoyables de nos concitoyens, histoire de retarder encore un peu la dévoration totale – ou rompre, une bonne fois pour toutes. Refuser les termes même du contrat, cesser de nous balancer sur la barrière mobile du consentement. Et partir ; alors, là, se pose immédiatement la question d’où, vu l’envahissement, intérieur, extérieur, et je suis d’accord, je n’en sais rien. Cela veut-il dire reprendre du terrain, d’emblée, pas seulement à terme ? Du terrain en nous, sans doute – mais je ne crois pas que ce terrain soit accessible sans que nous ne récupérions d’abord les terrains dans l’espace et dans le temps, prosaïques et matériels.

La terre et la liberté, comme ont déjà dit d’autres avant.

Cela signifierait ne pas attendre l’accord d’on ne sait quelle instance, la délivrance de quelque guichet, le signe d’un supposé destin statutaire. De sortir, et de se munir sans doute de quoi réouvrir les barrières, faire sauter les serrures. Au besoin des couteaux, comme disait l’autre. Et autres chignoles. Pour nous, et non pas simplement contre quelque groupe fétichisé, qui résumerait tous les soucis et dont la suppression serait la porte de la félicité. Il se peut qu’on ait effectivement à marcher sur quelques gueules ; mais on va pas s’en faire une autoroute. Toutes les autoroutes mènent au péage. Á éviter. La porte, de la félicité ou d’autre chose, ce serait notre reprise d’autonomie, matérielle et morale. On ne serait pas obligées de suivre des chemins tracés. Ni de se réapproprier des autoarnaques.

Prendre la porte, mais il faut d’abord le vouloir. Le vouloir pour soi. Vouloir pour les autres est aussi vain que parler à leur place.


 

 

Murène tectosage


PS : la murène vous recommande aussi, à la louche, cette brochure en ligne, au sujet du saccage, de l’expropriation de nouzautes, etc : http://www.non-fides.fr/IMG/pdf/pas-de-sushi-2.pdf. Ça thurifère un tantinet l’activisme infiniment prévisible, où tout le monde joue sa partition, des fliques aux saboteurEs (un jour il faudra rééditer le Complément d’enquête de Serre de la Fare), mais tout de même.

 

Dans un registre voisin, recommandation aussi d'un texte sur ce que recouvre aujourd'hui l'écologie intégrée. Un tableau convaincant de la domination sociale et de ses prothèses : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/_Enfer_Vert.pdf

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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