Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 14:44

 

 

Je crois que je suis déjà trop déglinguée et ensevelie pour espérer pouvoir rédiger cette Usine à trans qui me trotte dans la tête depuis quelques temps. Les notes qui suivent en sont un des développements et aspects.

 

 

Dans mes insomnies, je me pose de plus en plus la question suivante.



Nous, on va dire les T, avons, ne serait-ce que par défaut et de fait, parié sur un perfectionnement et une pérennité, un maintien en tous cas, de l'état de choses actuel. Par là, j'entends que nous comptons continuer à vivre dans un monde de relative abondance, où seront produits et disponibles médocs, chirurgie, etc etc. Un monde en même temps (et ça semble historiquement lié) d'institutions politiques représentatives, d'une part, de prise en charge sociale par une collectivité sans visage mais qui concentre les moyens, de l'autre. En gros.
Notre lutte se cantonne à faire en sorte que ce monde nous soit, en quelque sorte, plus praticable et favorable.

Or, je lis le dernier article de mon vieux commensal Jappe
(http://palim-psao.over-blog.fr/article-l-argent-est-il-devenu-obsolete-par-anselm-jappe-87737574.html),
et je me dis - si les prévisions de mes camarades de la critique de la valeur viennent à se réaliser, ce n'est pas tant vers un changement du monde actuel (supposé vers du mieux ou un autre chose vivable) que nous allons, mais vers un effondrement de ce qui le structure depuis plusieurs siècles, à savoir l'économie, le binôme production/consommation, l'accès médiaté par l'argent et le droit aux biens produits en masse. Et cet effondrement ne semble pas du tout, dans un premier temps en tous cas, devoir ouvrir sur du mieux, de l'émancipation, mais plutôt sur de la pénurie, du chaos et de la brutalité. Ce qui est déjà le cas dans certaines régions du globe, plus démonétisées que d'autres.

En outre, il se peut fort, si ça advient, que ça ne dépende en rien des options "politiques" ni des bonnes ou mauvaises volontés des unEs ou des autres, mais tout simplement de l'échec final du type de fonctionnement
global que "nous" avons mis en place depuis longtemps. Bref que ça ne serve absolument à rien de tenter de le maintenir à tous prix.

Et nous sommes dans une situation où une proportion grandissante et majoritaire des gentes, sur la planète, dépendent (pour leur bonheur ou leur malheur) de ce fonctionnement. En france, par exemple, si l'économie vient à se vautrer, la très grande majorité d'entre nous n'aura même pas les moyens de produire sa bouffe ou d'avoir accès à de l'eau potable. je ne parle évidemment pas du reste...

Et pour nous, spécifiquement, les T ?

Nous avons quand même construit, rah, comment dire ? notre apparition, notre existence dans le monde, on pourrait même dire la manifestation de l'idée qui nous forme, à partir de la supposée malléabilité factuelle du genre, en bonne partie, sur la disponibilité de produits (hormones) et de services (médicaux). Si cette disponibilité venait à se restreindre énormément ou à disparaître, en quelque sorte, nous disparaîtrions avec. D'autant plus que c'est sur ce substrat physiologique que nous comptons beaucoup pour faire exister la thèse vivante que nous incarnons...

Cela fait un moment que je rumine là dessus. Nous sommes à peu près intimement, quelles que soient par ailleurs nos options politiques et sociales, dépendantEs à l'économie, et à la production/distribution de masse. Je me rappelle très bien, pour ma part, avoir assis une partie de ma décision de transitionner, il y a des années, sur le prédicat que "je mourrais dans un monde inchangé, donc que c'est moi qui allait me mettre en marche". Ce prédicat me semble bien moins certain aujourd'hui. Et, comme je dis plus haut, je crains non pas un "changement", mais un crashage.

Ce qui m'amène aussi à penser, évidemment, à comment et dans quel « environnement », interne comme externe,  nous nous sommes construitEs. Pour moi, nous nous sommes, au moins en grande partie, bâties sur le schéma de base de ce monde : la production. Nous avons intégré les possibilités de production pour nous produire nous-mêmes, en quelque sorte.
Dans un autre état de fait, nous aurions pu aussi exister, je pense, mais foncièrement autrement, et pas sur les mêmes bases ni les mêmes modes ; et pas avec la dépendance économico-technique. Enfin peut-être. C’est l’option optimiste. Peut-être aussi n’aurions nous pas pu exister, en tous cas comme « groupe social ». Et tout cela, dans les deux cas, pose la question : que sommes-nous, en fonction de quoi, et qu’allons-nous devenir.

 

Je crache vite le morceau : j’étais déjà dans l’inquiétude que le genre comme exutoire et la transition comme « solution » ne virent au désastre humain. Mais si le désastre général advient, là c’est plié dans une toute autre envergure.

 

Et je crois aussi que notre rapport moral, existentiel à nous-même, est aussi un rapport de production, lié à un monde focalisé dessus. Le genre est devenu une unité de production. Il eut pu être autre chose (?). Ce qui crée une double dépendance à la survie de ce monde.

 

Et j'en reviens à la question déjà posée : si la situation vire à l'effondrement et peut-être à une certaine barbarie, déjà d'ailleurs bien engagée dans les comportements, on fait quoi ? On survit comment ? Matériellement d'une part, socialement de l'autre ?

Et cela va jusques à la question : que sommes-nous, en fait ? Il m'est déjà arrivé, depuis deux ans, d'aller jusques à dire "nous sommes des produits". Pas pour nous déprécier ou nous condamner moralement, mais par notre situation. Nous ne sommes pas les seulEs. En fait, j'aurais tendance à dire plus précisément, par notre dépendance à un monde de production, et notre itinérance surtout à travers un schéma, un rapport de production envers nous-mêmes (structuraliste), nous sommes proportionnellement, en nous-même, peut-être plus produits que d'autres. En fait, c'est une question épineuse et qui reste à débrouiller. Comme toujours, je suis sur un point de vue conséquentialiste : si le monde de la production et du « social intégré » vient à disparaître, plus ou moins généralement (impossible de savoir jusqu'à quel point), qu'est-ce qui restera, et qui restera, en quelque sorte, soi-même ? Et dans quelle proportion ? Je ne sais pas si j'arrive à me faire bien comprendre. Je sais aussi que c'est une approche qui a ses faiblesses (elle suppose un "réel de base" dont l'ampleur se discute - mais je suis sur la position qu'il existe une réel indépendant des "constructions"). N'empêche, je pense que, par notre rapport à nous-mêmes comme par notre situation matérielle, nous sommes des produits, et des produits fragiles.


Et - question subsidaire qui traîne à la queue de tout ça : n'existons nous que par ce monde przsent, quoi que nous en pensions par ailleurs ?

 

Je tiens en tous cas comme hypothèse que dans le cas de culbbute du monde de la production, technique comme morale, nous, les T, disparaîtrions probablement en tant que ce que nous sommes, que le processus qui nous fonde, actuellement ? Question, pourrons nous continuer à exister
sur d'autres modes ?

 

Qui et que sommes nous n’est pas qu’une question existentielle ou théorique. De sa réponse pourrait bien dépendre, prochainement ou moins prochainement, notre devenir et notre vie.

Je sais que cela peut paraître "apocalyptique", comme point de vue. J'ai tendance moi-même à penser que le capitalisme et le monde qui en découlent en ont encore pour un moment. Cela dit, je tiens la thèse que ce même capitalisme porte en lui, profondément, la dissolution de tout commun humain et la guerre de touTEs contre touTEs. Et que ce n'est pas vraiment maîtrisable.
Et comme nous ne nous sommes (là je parle très largement de toute la pensée politique depuis des décennies) donnéEs comme horizon que son amélioration, son nettoyage (sans doute illusoire) des vilaines dominations et inégalités, etc. ben nous n'avons par contre anticipé en rien une éventuelle mise au fossé. Et d'ailleurs, anticipée ou pas, comme j'ai dit plus  haut, notre dépendance individuelle comme collective à son fonctionnement est telle que nous ne pourrions pas échapper aux conséquences de son effondrement.

 

Et si nous ne pouvons survivre qu’au sein de ce monde que nous contestons, je pense, à bon escient, même si pas forcément avec beaucoup de conséquence, qu’en est-il de nous, encore une fois ?
 

Plume

 


Partager cet article

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Dans Les Orties