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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 11:25

 

 

 

 

Commémorations de fin d’année et bonnes résolutions autant qu’anathèmes habituels, la guignolle de la représentativité entre républicaines et intersectionnalistes continue sans réserver de surprise. Les, nos positions sont tellement prévisibles. Un vrai tétris. Pas de place pour un instant d’incertitude. On se donne les répliques. Et on essaie de ne pas distinguer à quel point tout le monde chez nous prétend à une hégémonie, ouvertement ou par défaut, faute peut-être d'oser considérer le jeu social autrement que comme justices à rendre, comptes à faire équivaloir, équilibre idéal de l'ordre des choses et des unités de valeur à atteindre. Récemment, j’ai lu sous le clavier d’une des premières que le féminisme rép’ était matérialiste (!)  - le matérialisme, pour la plupart d’entre nous, est transféré à une comptabilité en l'état n’impliquant plus l’usage de la critique sociale mais au contraire s’y opposant ; sous celui d’une des secondes, le reproche aux premières de défendre des positions qui ne font pas consensus (!!). Pasque faire cesser la stigmatisation (pour rester polie) et la clandestinisation des soutières de ce fichu boulot qu’est la sexualité, ça fait consensus ?! A ben j’ai du rater quelques épisodes.

J’ai du mal à démêler laquelle des deux affirmations est la plus bancale, tellement nous restons dans une espèce de vaste entresoi assez dépeuplé de la revendication tempérée par l’absence de critique de l’économie anthropologisée, et de désir de rassemblement représentatif. Tristesse infinie de faire tout ce qu’on peut pour faire, justement consensus – et d’être pourtant à la fois intégrées à mort et peu nombreuses à le professer. Et puis si on y va à la majoritaire des intérêts en l’état, il n’y a plus qu’à se rallier au bon sens patriarcal et aux idéaux sociaux qui le structurent. Ce que nous faisons assez souvent par les coulisses d’ailleurs.

En tous cas, si vous vous trouvez être matérialiste non essentialiste des formes sociales ni des statuts, et ne croyez pas en la vertu intrinsèque de la convergence, vous êtes à la rue.

Pareil si vous êtes d’avis que le capitalisme et le droit ont un peu trop beaucoup à voir ensemble, et avec le patriarcat ; il y a aussi des tentatives conciliatrices sur ce théâtre, ainsi des camarades supposées qui affirment ainsi à la fois être « contre le capitalisme » et pour confier, pour ne pas dire circonscrire, le traitement  de la domination masculine et de ses effets au juridique. Avec les rapports sociaux et les institutions qui vont avec. Et le dernier must à paname c’est la reproduction versus le marché ; pas question de jeter les deux à la poubelle, et on devine tout de suite lequel des deux a la préférence naturelle par défaut. S’organiser et se déterminer en autonomie pour sortir de la relation obligatoire, de la sexualité, du natalisme, de la famille, o ben non, ce serait gâcher. Bah, quand on continue à tenir le pari du commerce équitable ou du bonheur propriétaire dans la parité hétéra, on peut bien croire au caractère émancipateur et égalitaire de la justice. C’est même plus pratique dans ce cas de figure. Et quand on veut croire que le capitalisme n’est qu’une anomalie de l’économie, le patriarcat une de la parité hétéracitoyenne, lesquelles ne sauraient évidemment être questionnées en elles mêmes, tiens, il ferait beau voir ! Je crois qu’on appelle ça le pragmatisme. Lequel j’ai généralement vu, paradoxalement à sa définition, se soucier bien plus de ses prémisses que de ses conséquences. C’est la croyance chevillée que les formes idéales de la société ne sont pas à l’origine de nos sujets et de leurs déboires, et finiront par tenir, par quelque renversement miraculeux, leurs lumineuses promesses, si on les chatouille par le bon côté et qu’on s’adapte. Une forme de messianisme, quoi, tristounet et laborieux, bien décalqué de la doctrine du péché originel. Nos monothéismes pénitentiels n’ont pas fini de nous engluer.

 

N’empêche, pour revenir ici bas, ce qui m’a un peu épatée, c’est aussi comment le ping pong sur ce fameux nombre qui distribuerait les bons points rebondit, et traduit une myopie croissante. Ainsi, notramie CLD, relatant la manif républicaine de l’autre jour, s’esbaudit de l’impudence d’anti-prohi qui sont venues les asticoter, ce qui à la limite est compréhensible ; c’est sûr qu’on ne sera pas bien reçues par les rép’s et qu’on va pas les convaincre ni les endoctriner – et réciproquement. C’est aussi de la représentation. J’admets qu’elle s’en étrangle. Seulement juste après elle affirme qu’on est pas nombreuses à les contester ouvertement, ce qui est peut-être aussi vrai ; mais elles se sont regardées, elles ? Elles sont de moins en moins à chaque mois de novembre, au fur et à mesure de la droitisation de leurs positions, arquéboutées sur quelques retranchements moraux et formels à l'incontestée logique de l'échange, de la propriété et de l'amour ; au moins aussi confuses politiquement et bien plus compromises avec la violence tant instit' que sociale que celles qu'elles prétendent combattre, itinéraire qui en a poussé d'aucunes au désespoir de ce qu’elles étaient mises en demeure de défendre en pack, et aussi de plus en plus souvent en quelle compagnie ! Là c’était « quelques centaines ». On n’est plus en 95, c’est rien de le dire ! Tout le monde d’alors ou presque s’est cassée, à mesure de la résignation, du repli individuel, mais aussi de celui des positions politiques dans la gestion conservation du présent, que ce soit à la trique ou au gel. Et là c’est un peu la même logique en inversée qui prévaut, et que j’ai bien connue autrefois dans les mini groupes sectaires : moins qu’on est nombreuses, plus qu’on est pures et qu’on a raison ; l’importante n’étant pas tant la contenue politique que la vigueur dans la sélection éliminatoire – et forcément aussi le recrutement pour boucher les vides, on appelle ça le turn over. Il faut, à associativlande, faire tout de même au moins semblant d’aligner quelques troupes, réelles ou féériques. Les anges qui contribuent plus ou moins virtuellement, via média et institutions, au bon combat, ça rappelle furieusement des conceptions religieuses qui réapparaissent jusques chez les républicaines ou les léninistes les mieux confirmées, en passant par les libérales et leur inusable main invisible – ou inévitable. Des mal intentionnées disaient bien depuis deux siècles que politique et économie ressortaient au fétichisme, et l’essentialisation des groupes sociaux, de leur rôles assignés ou idéalisés, à la métaphysique. Toutes ces armes spirituelles finissent uniment par se matérialiser dans l’espèce de tonfas, d’exploits d’huissiers, de factures, de jugements, de chartes, d’ordonnances. De bulletins d’adhésion et de vote. Ma foi – si c’est ça qu’on veut, encore et toujours, si on pense ne pouvoir subsister que dans et selon ça, okay, je ne dis pas, allons y franco, mais cessons de couiner sur les suites, et à pleurer hypocritement le sort de toutes celles qui n’entreront pas dans les critères et disparaîtront pour raisons objectivement fondées. De moins en moins nombreuses sont celle qui peuvent s’engager dans le perfectionnement des formes du capitalisme citoyen ou de la démocratie radicale ; il en faut les moyens, quand bien même nous en sommes encore engluées dans l’envie. La mort du politique associatif, indexée sur ce qui semble bien être le naufrage de l’idéal de l’échange et de l’appropriation, consiste non seulement en son étranglement financier, mais aussi et peut-être surtout en la dispersion du cheptel dont il ambitionnait de gérer les intérêts, la réalisation de ceux-ci, et surtout en individuel concurrentiel, n’étant plus à portée de grand’monde. Et ce sont peut-être bien les buts même de cette intégration sociale qui conditionnent la logique d’élimination. Mais il reste plus sustainable de ne pas remettre en cause ce qui fonde nos sujets, et d’accuser tricheries et accaparements, bref d’hétéronomiser domination et sélection. En espérant que cette vieille dichotomie tiendra encore assez pour que nous profitions jusques à notre décès.

 

C’est pourquoi il y a une sacrée mélange de refus de critique et d’hypocrisie dans l’autoenterrement que mime, l‘air furibard et contrit à la fois, associativ’politiclande, dans le rideau d’encens qui l’accompagne, dans les formes sociales qu’elle représente et promeut. Les présentes savent bien que ce ne sont pas elles qui meurent, même si elles font semblant se porter en terre, et de se rebiffer contre – l’irremplacée autant que négociable colère ; ce sont les absentes, infiniment plus nombreuses, qui font les frais, sont enterrées, consensuellement, au son de la liturgie somme toute commune aux dénominations en concurrence, invocations de cette valeur, de cette reconnaissance pour toutes aux conditions pourtant impitoyables par leurs principes mêmes, qu’elles ne peuvent réaliser. Et cela va en croissant à mesure que les zones de valorisations, qui ne sont diverses qu’en apparence, se restreignent, pressées par leurs propres contradictions. Le pire est que nous sommes sincères dans notre adhésion fataliste, que les buts et catégories qui nous massacrent les unes après les autres nous rassemblent moralement et politiquement. Et que nous cherchons les causes de la misère dans leur mauvaise réalisation – alors qu’il est bien possible qu’elle soit si on ose dire excellente, en tout cas conséquente, et donne ce qu’elle peut donner : l’anéantissement au nom de la valeur et de ses avatars, personnages sociaux ou autres nécessités « indépassables ». Les unes comme les autres, les encore valorisables comme les déjà sur le dessus de la poubelle, nous nous accusons de félonie et nous présentons des factures, invoquons le bon droit comme on invoque le bon dieu ; et ce faisant nous jouons encore consensuellement de la pelle pour creuser notre secteur de la fosse commune.

 

Ça nous retombe dessus sans cesse comme un crachat en l’air, notre expérience malheureuse en est constituée : les formes sociales, selon toute probabilité, déterminent le contenu et les rapports sociaux, nous coincent dans la répétition, dans l’entrélimination, dans les évaluations toutes plus naturelles les autres, teintées dans la masse de ces promesses qui tirent leur force de notre croyance opiniâtre. Des fois, on pourrait aussi ne pas trop nous diluer dans les formes même de la représentation, mettre un peu de distance vis-à-vis de nos thèses, et ne pas croire goulûment que nous représentons une vérité révélée qui nous attend, à atteindre ; que nous avons le monde à notre traîne ; même si ce n’est pas réjouissant, et même carrément périlleux, c’est quelquefois au moins aussi conséquent de se trouver et de se reconnaître en dispersion. Qu’on l’ait choisi ou pas. Et d'examiner l'hypothèse que réprésentation comme valorisation nous étranglent. On ne se voit pas brandir le glaive ardent des comptages de manif ou des communiqués voulus sagaces et opportuns. On n’a pas ce genre de certitudes, et encore moins ce genre d’espérances. Par contre, on peut garder des exigences et les faire proliférer. Le pragmatisme les digère.

 

 

 

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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