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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:23

 

Il existe une jolie et vieille expression pour « mourir », qui se dit « avaler son extrait de naissance ».

 

En résulte que (re)cracher son extrait de naissance, contr’expression que j’ai lue au moins une fois il y a fort longtemps dans un petit bulletin de lutte rurale, signifie sans ambages ressusciter.

 

Du moment que c’est vraiment ressusciter, et pas revenir jouer à la zombie.

 

Il m’est venu ce soir l’analogie avec les cartes, ces fameuses cartes qui nous sont déjà imposées, à commencer par celle d’identité (et on croit avoir inventé quelque chose et les revendiquant, ces identités… l’identité, l’être sous triple clé de ses statuts, de ses origines et destins, depuis l’invention de l’état civil, et bien en deça dans les vieux empires, a toujours été un prodrome de répression, d’enrôlement et de taxation). Imposées, mais comme on n’est pas contentes on en veut toujours plus, on n’en est jamais rassasiées, on adhère à tout ce qui est possible pour obtenir reconnaissance, pour former des corps constitués, pour représenter, pour participer, pour gouverner un tit peu quoi, tout court et bêtement…

 

J’ai songé à ces cartes, physiques ou morales, qui accompagnent tous nos engagements. Engagez vous, rengagez  vous dans la gestion de la catastrophe, vous aurez votre mot à dire, au sein de groupes de gentes maussades, au fond de salles ténébreuses, ornées d’affiches aux injonctions sans réplique.

 

Et je me suis dite, chic, après une grosse décennie d’engagements dont je ne suis absolument pas fière, où je me suis trimballée avec une bonne volonté ahurissante (en tous cas pour qui me connaît) dans les plus daubées initiatives, dans les nobles entreprises les plus tautologiques (faire le Bien, ce fichu bien contre les conséquences duquel un Tchouang-Tseu nous mit en garde en de tous autres temps et de tous autres lieux), dans des histoires à se taper le cul par terre, eh bien je me vois en passe d’avoir enfin recraché toutes mes cartes. Dites donc. Cela voudrait-il pas dire que je vais ressusciter, rejaillir à mon tour de ce long tunnel macabre qui n’a fait que me courber en se rétrécissant depuis que j’eus la mauvaise idée d’aller retremper un orteil dans le canal qui y stagne, fin des 90’s ?

 

Voilà qui serait trop classe !

 

Recracher le cachalot de papier ; réciproquement être enfin, devenue par trop amère, recrachée par le gros animal (S. Weil definixit). Reparaître à la lumière, mettre cet intervalle entre ce qu’on appelle la vie active (quelle vie, justement ?) et la mort, dont parlaient les contre-réformateurices du dix-septième, qui connaissaient un peu leur affaire.

 

Et voui – parce que vie aussi est un mot piégé. Il suffit pour cela de contempler les défilés anti-avortement. On comprend dès lors que cette vie totalitaire, avide, sans partage, utilitaire, que ce soit au service de dieu ou du bien commun, nous est exigée, soutirée jour à jour, année par année. Que nous sommes appelées à produire de la vie socialement assimilable, de même que dans la colle-baise et dans le travail, des aliens dans le ventre, des soutifs lejaby ou des relations-client. Mieux, que nous l’exigeons de nous-mêmes, étant à la fois agentes et objets (Hannah Arendt scribxit). Nous mettons notre potentiel d’amalgame en carte et à l’encan, gratoche et avec enthousiasme (encore que, gratoche, oui et non, la présence sociale et les dividendes relationnels attendus étant des monnaies fortes). Mais pas non plus gratoche de notre côté, puisque nous payons, et au comptant, en autonomie et en temps. Et c’est fort cher, car de ce nous en avons peu.

 

Finie la mise en carte. Faut espérer en tous cas. Il s’agit de ne plus socialiser, de ne plus faire une tête de l’hydre, pour se donner une chance de se retrouver en tant que personnes, avec tous les membres distincts en dessous de la caboche, sans plus trottiner sur mille pattes. Ne plus s’encarter, c’est peut-être aussi donner un rendons-nous. En d’autres endroits.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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