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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 10:26

 

 

« Malgré tout, certaines thématiques ont « titillé » ces personnalités politiques comme l’ouverture – très coûteuse– de 500 000 places en crèches et l’abolition de la prostitution. »

 

A rester pliée. Les deux « mesures phares » qui brimbelotent au fond du panier, sur la pliure centrale d’un article d’Egalité-info au sujet de la grand’messe à la Cigale, l’autre jour. La collision qui tue. On l’aurait cherchée machiavéliquement, on l’aurait pas trouvée. Même pas en laboratoire. Saute au nez !

 

Vous remarquerez déjà que l’abolition de la prostitution, elle, n’est pas considérée comme coûteuse. Dame, ben non, au contraire, on (qui, « on », d’ailleurs ?) espère bien mettre toutes ces perverses (hein, Patric Jean ?!), qui en plus ne déclarent souvent pas leur revenu, à Pôle Emploi, histoire d’avoir un volet encore plus conséquent de main d’œuvre à moyen bas prix afin de mettre un peu d’huile dans les articulations arthritiques, expirantes, de la valorisation économique et du travail honnête, celui dont on meurt à petit feu (quand il n’y a pas d’amiante !).

 

Mais surtout, cette opposition, qui a elle seule résume toute l’évolution depuis le féminisme des années 60, 70, et la critique de l’ordre des choses, des formes de base, laquelle a été réduite à une récrimination sur la distribution, à une remise en place des gamelles. Et là, d’un coup, ressurgit le vieux rêve, celui que dénonce par exemple le sempiternel mal à l’aise, perceptible hélas jusque chez nous, envers la liberté réelle d’avorter, sans conditions, délais ni limites : des mères, des mômes, des rattrapages sans nombre de nos vies sans nom ! La nouvelle distribution. Finies les putes, toutes mères ! Résolution finale du ni mère ni putain, décidément trop radical, trop utopique, trop joyeux, d’autrefois. Et dire qu’on voulait même en finir avec l’état, le travail, l’argent, les mecs ! La bonne blague ! On les a eu, on les garde, on les aura, et bien profond. Part, que dis-je, somme de nous-mêmes.

La queue devant les crèches, sur des trottoirs bien propres (et vidéosurveillés). Voilà l’aboutissement de tout ça.

La peste ou le choléra ? le côté le plus fort. Comme d’hab, hein, ce qui rapporte le plus, et qui est du côté de la force, des biceps de papa, c’est maman. (Papa va aussi aux putes, ça c’est sûr, et ce sera encore plus jouissif et moins cher quand elles devront se cacher encore plus, comme en Suède ; le piment de la transgression sera pour le client ; papa client c’est pas sa vie à lui qui est en jeu, si y trouve pas ici y trouvera là bas). Ce sera la putain dans la m… (encore plus si possible), les proxos qui grouillent,  et maman dans sa triste et pénible « gloire », dont on a déjà un avant goût quand on voit l’effondrement social et les nanas qui font sparadrap pour trois générations à la fois. Pasque c’est ça, c’est déjà ça, le beau monde de l’intégration, de la participation, de l’avalement et de la rentabilisation raisonnée, durable, de toutes !

 

Attends, c’est là qu’on en est ? Et c’est ça qu’on réclame ?! Roussopoulos, oscours, reviens !

 

Moins de putes, plus de mères, la « formule magique » des décennies à venir. La maman a bouffé la putain. Et les femmes ont encore perdu une bonne occasion de se casser du ménage et d’aller vivre. Sont pas les seules, mais ça ne console pas. Oh là non ; on reste en très mauvaise compagnie.

 

Pasque, par contre, on va pas prôner qu’on cesse de se maquer avec des mecs, avec papa (oups pardon, avec le partenaire dit-on en novlangue, en relation comme en affaires), qu’on cesse de s’allonger sur les planches à découper de l’amour, du couple et de la famille, du cul obligatoire, gratuit et épanouissant (warf !), tout ça bien sûr de fondement et structure hétéropatriarcale même quand c’est repeint en rainbow, enfin qu’on cesse de (se) reproduire. Ah surtout pas, malheur. Ce serait aussi pire que la « désindustrialisation » ; trop classes les usines et la croissance. Trop classes les lardons tyranniques qui hurlent. Toute le monde au boulot, au plumard, à la maternité, et conséquemment à la crèche pasque entre les plans de carrière, la trouille au ventre du déclassement et la productivité, pas question d’en faire perdre une miette à l'éconocroque, de nos foutues vies perdues pour nous, exploitées studieusement. Il paraît que ça c’est la liberté radieuse.

 

Des crèches, des postes de travail, des parcs de loisir, des prisons, des mouroirs, ça y en aura jamais assez, pour que toute le monde soit bien empaquetée. Chacune à sa place. En toute liberté. Mais des trottoirs, ça, attention ; n’en pas abuser, juste pour courir dans le flux, d’ailleurs on va mettre des caméras. Intelligentes. Tout ce qui traîne trop est suspect.

 

Libres de bénévoler du ventre et de vendre comme d’acheter tout son temps, ah là la parole à l’envie (légèrement forcée mais bon). L’envie, cette forme modernisée du devoir. Qui n’a pas envie, hein, levez le doigt ! L’éponge du sexe affectif et célébré envahit encore plus la vie que le tapin, où il peut rester du temps et de l’espace pour autre chose.

Par contre, les putes sans remords, illégitimes, incroyables, pas vraies et pas possibles. Pas libres, elles, en rien. Mensonge. Silence et au pas. Comment peut-on vouloir échapper, fut-ce mal, fut-ce partiellement, en en rabiotant, au paradis de l’économie et de la reproduction, oooh ? Á rééduquer.

 

Je me répète, c’est vrai – mais est-ce que la pub obstinée pour continuer et intégrer toujours plus, toujours mieux ce monde de folie et de mutilation, ne fait pas marteau-piqueur ? Avec sa violence « privée » systématique qu’on feint de croire « passéiste et anormale », étrangère à son fanatisme machinique ? Alors que c'est dans le sympathique et gratuitaire domaine familial-relationnel ou communautaire, sans parler de la bienheureuse vie professionnelle, qu'elle nous explose le plus, et le plus impunément. C'est pas par hasard. La marmite 24/24. 

 

Y a de quoi s’arracher les cheveux, tout de même, de nous voir nous prendre à la gorge sur la disposition de nous-mêmes… alors que nous avançons pendant ce temps-là toujours plus loin dans la surenchère de la consumation totale.

 

Et si on se débarrasse du travail sexuel, eh bien aucune raison qu’on ne se débarrasse pas du travail en général. Avec toute sa séquelle et son univers. Et si on arrive à en finir avec la valeur-cul, eh bien qu’on ne la recycle pas en bénévolat extatique ! Sinon, c’est l’hypocrisie dans l’asservissement « volontaire » – et le suicide ! Mais voilà. On a l’air malheureusement bien parties pour ce faire, creusant qui plus est nos propres tombes, et nous ensevelissant les unes les autres. Dans le monde des choses, de la raison meilleure de ces choses qui sont les plus fortes, auquel nous trépignons d’acquiescer, ce sont toujours les gentes qui sont de trop, ces foutues gentes, nous, quoi ; et ce sont d’elles, de nous, que ce système sans tête, par nos bras, nos invectives, nos anathèmes et nos terreurs, se débarrasse.

 

On pourra vraiment rien nous reprocher. Parfaites jusques au bout, dans la répression mutuelle et l’autoanéantissement.

 

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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