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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 08:09

 

 

Je ne me soucie pas souvent du sort de mes ex-camarades lyonnaises et de leur grenouillère, vu la manière dont les transses y ont été et restent traitées –  sans parler d’autres catégories stigmat’s, je me rappelle aussi de drôles de trucs à ce sujet. N’en espérant plus aucune évolution, je dirais même que si j’apprenais qu’elles sont crevées, milieu et rôles sociaux, la bouche ouverte, étouffées de leurs propres hypocrisie malveillante et lâcheté grégaire, comme des carpes dans un bassin dont elles auraient elles mêmes retiré la bonde, je n’arriverais pas nécessairement à éprouver un très profond chagrin. Mais voilà, il arrive que l’actualité comme on dit vous tire par la manche, prête à faire des réflexions comme on dit.

 

C’est ainsi que j’ai appris que les lgtb’s de là bas ayant eu l’idée, incontestablement maligne et qui cherchait, de mettre dans le slogan de la pride de cette année, dans la liste de ce qu’on pourrait appeler la liberté des rapports à soi même, le travail sexuel. Qui cherche trouve. Toute la coalition prohibitionniste a quitté l’orga de la festivité aussi sec. En protestant vigoureusement. Il est difficile de leur en vouloir, en soi. Ça n’a rien que de très cohérent.

 

Mais il y a je sais plus, deux, trois ans, j’avais écrit ici un article intitulé La politique du pack, lequel mettait en lumière cette bonne vieille manœuvre politicarde pour emmouscailler ses adversaires et autres comouvementières pas d’accord, que d’introduire dans un texte ou un projet censé faire l’unanimité chez nous un petit paragraphe qui fâche, qui engage dans le sens qui fait débat, histoire d’avoir le plaisir ou de les voir regimber, et de les agonir à la traîtrise, ou de les voir signer et ainsi passer sous les fourches caudines.

 

Elles nous l’ont fait pas mal de fois, ce coup là, les prohi. Dans de grandes déclarations, dans des projets législatifs. Là ce sont elles qui se le dégustent. Hé, quand on use d’un stratagème, il faut bien s’attendre à se le voir opposer un jour où l’autre.

 

Dégât collatéral ordinaire à cette situation, il n’a pas fallu deux jours pour que la position de nos néo-conservatrices à nous soit assimilée, évidemment avec gourmandise et relativement peu d’analyse, à celle des phobes en tous genres. Et ce d’autant que ces phobes ont participé au festin argumentaire, tu parles, du nanan, olf claque la porte de la pride, bonjour chez nous !

 

Peu d’analyse, mais alors là aussi je leur dis pouet pouet, aux prohi qui en geignent. Combien de fois elles nous ont accusées d’être des maquerelles manipulatrices, stipendiées de l’industrie de la domination, émargeantes à je ne sais quels fonds dont j’aimerais d’ailleurs bien voir la couleur ? Ah ben là c’est leur tour, pareil. Et pareil, elles s’aperçoivent qu’avoir des boulets c’est pas la joie. Nous avons, et en partie, je l’ai maintes fois dit, à cause de notre attitude trop peu critique des bienfaits de cette société, nos boulets libéraux. Elles ont, sensiblement pour la même raison, leurs boulets réacs. Quand on ne réfléchit pas bien à ce qu’on prône et à ses implications, fut-ce par défaut, en creux, on les voit facilement arriver, la langue pendante et aussi reconnaissants qu’un choléra.

 

Pareil enfin, de leur comme de notre côté, les arlequins politiques que nous avons ralliés ou constitués pour faire valoir nos valeurs d’échanges politiques, pour tenter de faire masse et chiffre, et qui se révèlent de plus en plus confus et contradictoires. L’utilitarisme nous mène à bien des transactions. Il est compris dans l’équilibre de ce fonctionnement économique et social, dans ses structures incontournables qu’au fond ni les conservatrices ni les libertaires ne tiennent à voir bouleversées. Nous sommes tellement persuadées qu’il peut encore (et même semble-t’il indéfiniment, pour pas mal) servir !

 

Bref, bien fait. Et puis c’est que j’ai pas souvent l’occasion de rigoler en ce moment. Plutôt je m’arrache les cheveux en voyant ce que ma famille politique se dispute comme positions, accessits, revendications et réappropriations. Alors pour cette fois, oui, je m’esclaffe de bon cœur. Et je me dis finalement tant mieux. Une orga d'inclusives de là bas, lesquelles sont je le répète loin d’être nettes ni honnêtes dans leurs rapports aux transses, ces transses qu’elles affirment chérir et surinent bien souvent en réalité, couine que cela fragilise le mouvement lgtb. Je pense bien. Et je l’espère bien, somme toute.

 

Comme je l’écrivais il y a quelques jours, et l’an dernier, la suite de virages résolus de lgtblande vers l’intégration aux formes d’une société qui ne peut vivre que sur la concurrence et l’élimination, sa croyance obstinée qu’on peut modifier des rapports sociaux et politiques en rajoutant des identités sur la barre des tâches, identités dont le seul objet actuel est de multiplier les décalques d’un même ordre des choses et des relations, ce joint à tous les placards et les cadavres pas bien mortes dedans que ce milieu a accumulé, comme n’importe quel milieu – tout cela fait apparaître des lignes de fracture de plus en plus profondes et définitives. On le voit bien quand les mieux intégrées appellent à la paix et au respect, soutiennent les fliques contre les moins. On le voit quand on s’aperçoit que la droitisation gagne de partout les tépégées et par les chemins les plus divers. Au reste, c’est déjà de nous être définies dans ce cadre, civil et échangiste, qui a fermé les écoutilles vers autre chose que la reproduction du présent. Le début de la trajectoire date des années 80, et de la grande résignation qui nous a empoisonnées dès lors.

 

Lgtb’, tépégélande, qui se rejoignent et se confondent désormais dans leurs conceptions comme dans leurs désirs, sont, comme tous les syndicalismes, comme toutes les solidarités, indexées par un double mouvement sur l’adhésion à la domination – et parce qu’elles promeuvent notre entrée (enfin de celles qui arrivent à valoir quelque chose, évidemment – c’est le retentum de toute cette société) dans ses formes benoîtement crues neutres, et parce que ce faisant elles se structurent forcément autour des intérêts des plus puissantes parmi nous – « faire le trou », me disait l’une d’entre elles il y a quelques années - et se referment dessus. C'est également la logique qui prévaut dans le féminisme intégrationniste, républicain ou libertaire. Il ne s’agit pas d’une question morale (les méchantes perverses privilégiées), ni anthropologique (la nature humaine ma bonne dame, vous savez bien…). Il s’agit d’une question politique et sociale, d’une série de contradictions aux effets d’autant plus mécaniques que nous cherchons à l’ignorer comme telle, à l’imputer à la déficience de nos volontés ou à de sombres complots. Et ce faisant laissons courir sa logique brutale à travers nous sans encombres.

 

Il serait trop facile de simplement dénoncer le milieu et l’image qu’il essaie de se donner de lui-même comme un mensonge. Du mensonge, et des mensonges, bien évidemment, il y en a, et pas qu’un peu. Á commencer par celui dont nous croyons bien naïvement nous faire un bouclier, que mais non nous ne sommes pas un mouvement social, qu’on ne devient pas gouine ou transse, que nous ne remettons rien en cause, nolens volens, de l’ordre sexué et complémentariste. Et que ce que nous aimerions bien n’être que des identités ne sont pas des rapports sociaux en acte, des théories sur pattes. Bien sûr que si, qu’on en est, et pas qu’un peu, et encore heureux – et nos antithèses cishétéra pas moins que nous d’ailleurs - sans quoi ce monde serait bouclé à jamais. Bien sûr que si, quand bien même nous ne nions comme beau meurtre, quand bien même nous faisons tout pour que rien ni personne ne change ni ne bouge ! Et encore heureux Là aussi, les rapports sociaux dépassent de partout et contredisent nos lénifiantes déclarations et non moins lénifiantes croyances. Nos affirmations sont autant de dénis, de silences, qui ne trompent pas celleux qui veulent notre anéantissement et ne nous sauveront pas. Il n’y a finalement que nous-mêmes que nous trompons dans cet illusionnisme, à répéter et scander que rien n’va changer, tout va continuer, avec nous en guest stars !

 

Lgtb’, tépégélande, les assoces mini républiques, les manifestations et les groupes de pouvoir ne sont pas plus réformables que la société dont elles sont issues et dont elles reproduisent, dans leur forme même, malgré les meilleures volontés possibles, le fonctionnement et le but : produire de la valeur, matérielle, relationnelle et sociale. Tout comprendre, tout diriger, tout choisir dans cette direction. Nous sélectionner et mettre en ordre de marche pour y concourir. Avec les conséquences de toute économie : la plupart d’entre nous sommes toujours de trop, pas rentables, coûteuses.

 

Mais voilà – c’est ça qui est voulu, poursuivi, qui appète, par chez nous. Intégrer l’ordre des choses, pas le remettre en cause. Donc, à la rigueur, rien à dire – si ce n’est rappeler que selon certaines théories anciennes et inquiétantes, le monde social ne se réduit pas aux volontés exprimées, aux intentions, à comment nous voudrions bien nous voir et voir le jeu des choses entre elles. Et que ses buts et contradictions nous arrivent sans cesse dans la figure. Enfin que celles qui pour bien des raisons ne tiennent pas à ce que ce monde continue ne peuvent que se réjouir quand ça craque.

 

 


 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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