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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 11:12

 

  

Je lis, dans un article traitant d’un rapport qu’un renommé professeur, un de celleux qui savent quoi, a remis à notre culbuto en chef, que plus de la moitié de mes concitoyennes, interrogées par sondage, se déclarent « favorables à une aide médicale pour les aider à mourir ». C’est comme ça que c’est libellé.

 

Après un petit instant de recueillement et d’admiration devant combien mes contemporaines préviennent avec bonne volonté les desiderata des expertes, lesquelles doivent bien évidemment garder le pouvoir d’estimer et de faire, sinon ce serait l’anarchie – après ce petit instant, donc, je songe avec une gratitude à la fois débordante et paradoxale à toutes mes congénères qui n’ont pas, continuent à ne pas, et continueront à ne pas demander une aide pour mourir, sur formulaire en quatre exemplaires et subordonnée bien entendu à leur état d’extrémité, celui où vraiment on ne peut plus rien tirer de vous. Et qui se sont tuées, se tuent et se tueront, nonobstant les innombrables embûches disposées par les gardiennes du bien commun, et la surveillance renforcée des comportements dévaluateurs, péjoratifs, autolysants.

 

Paradoxe, bien sûr, parce que je pense que je préfèrerais largement qu’elles soient vivantes, et ce même beaucoup plus que pas mal d’autres de mes contemporaines qui prospèrent, quelquefois sur des suicidées, et ne songent nullement à se traiter elles-mêmes ainsi !

 

Mais elles ont décidé, elles ont pu, à un moment donné que nulle ne pouvait choisir ni juger à leur place, et elles l’ont fait, sans « euthanasie », sans supervision socio-médicale, sans fleurs ni couronnes.

Et ont souligné par la difficulté grandissante de cela que mourir est désormais devenu aussi clandestin que vivre.

 

C’est vrai que si la bienveillance sanitaire ne réduisait pas notre choix à l’autorail, au détergent, à la défenestration et à quelques autres méthodes bien atroces et pénitentielles du même genre, ce ne serait je pense pas un mal. Mais les partisanes de l’aide à mourir, elles, pensent le contraire. Le suicide dit égoïste est infiniment réprobable, dans la droite lignée religieuse récupérée par l’économie, et par conséquent il faut le rendre aussi pénible, douloureux, misérable et même à la limite ridicule qu possible. Pas question de laisser traîner de l’opium partout (en plus ce serait un plaisir coupable, réprimé par la loi de 70). Ni des barbituriques. Décidément ces suicidées veulent le cercueil et son couvercle ; passer librement, quand on le veut ou qu’on le juge indispensable, de vie à trépas, et sans souffrir. Mon cul ! Vous douillerez, et de plus en plus. On va sans doute grillager toutes les voies ferrées. Il faudra jouer les briseuses de blocus pour se jeter sous le train. C’est ça le progrès, comme d’hab, dépossession et pénurie, même des moyens de se donner la mort. Par contre, si qu'on aura été bien sages, qu'on aura bien mangé à la cuillère la vie dégueulasse qui nous est confectionnée dans la sodexho politique et sociale, qu'on aura évidemment chopé un cancer consécutif, sans préjudice de la neurodégénérescence, une fois bien tripotées par les oncologues, bien torturées et chimiotées, on aura droit à leur piquouse, ou à leurs cachets, sur ordonnance (carnet C sans doute !), trois semaines ou trois jours en avance ! Youpi !

 

Nous étions déjà, depuis longtemps, habituées à lier une possible révolution à ce qu’on pourrait sommairement appeler nos conditions de vie. Il faut désormais aussi y rajouter nos conditions de mort. Envisager de se débarrasser de toutes ces enflures qui grouillent autour et confisquent l’accès à nous-mêmes. Pour cela, envisager de ne plus tolérer un monde d’autorisations et de reconnaissances.

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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