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15 février 2014 6 15 /02 /février /2014 14:52

 

 

 

Je ne suis pas une réformatrice, encore moins une Indignée®, ni une adepte du ravalement social par la redistribution du même ou les « nouvelles valorisations » ; j’ai beau aussi ne pas avoir la moindre sympathie pour des contemporains qui me haïssent, comme ils haïssent tout ce qui est assigné féminin ; mais dans l’état où nous sommes, je ne peux pas ne pas bondir quand je lis des trucs comme le rapport de la cour des comptes, qui enjoint au gouvernement (lequel n’a guère besoin de cette injonction) de réduire encore les « dépenses sociales » ! Ben ouais, faut surtout pas aller tirer un poil de la barbe au dieu de l’économie, ni chatouiller sa main invisible, il est très susceptible. Quant aux classes moyennes, elles sont à deux doigts de la révolution fasciste. Pas touche non plus. Que reste t’il comme masse sur laquelle on puisse racler ? Ben les pauvres. Ça tombe bien, les pauvres sont de plus en plus nombreux, quelle échelle que l’on prenne. La croissance, c’est toujours une minorité qui s’enrichit et la plupart qui s’appauvrit. Et donc, encore une fois, ça tombe bien, on ne trouve de sous que sur les pauvres. Directement ou indirectement. En sucrant ce qu’ils ont encore, ou, là où ils n’ont rien, en gagnant sur la marchandise que, dépossédés, ils ne peuvent éviter.

 

C’est vrai quoi, pour causer juste des pauvres de semi-luxe qu’on est ici, foutus pauvres, avec au mieux leurs x cent euro mensuels, dont il leur faut renvoyer x pour cent de trop perçu (les goinfres !) à la caf, qui consomment pas assez pour relancer la production, qui n’arrivent pas à payer l’élec de l’hiver dernier, qui piquent dans les magos, qui ne suivent pas les procédures légales, bref qui sont totalement pas rentables, presque déjà des étrangers ! Puisque la logique des nations, des frontières, de la souveraineté c’est cela : la répartition des qui valent et des qui valent pas, des qui ont et des qui ont pas. Eh bien une nation d’ennemis de l’écosnomie a cru dans le sein paraît-il accueillant de la république. Et l’entraîne au gouffre. Si seulement, d’ailleurs ! Et si seulement on se donnait aussi un peu de mal pour faire tomber les frontières où on flingue, noie les ceusses qui arrivent, histoire d’achever de bouffer la bestiole ensemble.

 

Pasque c’est qu’ils ont raison, en un certain sens, les gestionnaires, au sens de la raison instrumentale qui prévaut et calcule : effectivement, ce qui ne produit pas de valeur, ne dégage pas de plus value, et qui est de plus en plus lourd à mesure que ce dégagement devient impossible, ne peut qu’entraîner toujours plus vite la société économique vers sa fin. Si seulement, là encore ! Mais voilà, ce genre de fantasme dans lequel tout le monde est contraint à se projeter ne meurt pas volontiers, et entend bien n’y passer qu’après nous. C’est à qui achèvera l’autre, de l’économie ou de nos peaux.

 

Le bien commun, la solidarité, c’est le syndicalisme d’intérêts de ceux qui parviennent encore à compter, à valoir, provisoirement, et qui ne peuvent, restant dans cette position, que pétitionner l’etermination des en trop qui ne valent plus assez, et qui les dévalorisent à leur tour. Inutiles au monde, comme écrivait Geremek, inutiles, disons le même néfastes à ce monde d’utilité et d’utilisation totales, qui ne sait plus de quelles chairs humaines faire feu ! Il n’y a pas de meilleure, de plus efficace haine sociale que celle qui s’hypnotise sur le bien commun, alors même que celui-ci dévore paisiblement – mais hiérarchiquement – l’ensemble humain. Rationalité meurtrière et résignée. « Crève aujourd’hui, moi demain », est l’ultima ratio de l’appropriation et de sa légitimité – « j’ai le droit c’est à moi ». La liberté finit là où commence etc. Cannibalisme. L’important est de rester le terminator d’autrui. Le jour où tu l’es plus t’as perdu ! Y en a un qui va s’occuper de toi, il est déjà dans ton dos, avec les huissiers et la force publique qui protège la propriété.

 

On comprend pourtant bien, à lire ça, que l’aboutissement de la logique à Migaud et compagnie, c’est que ce cancer disparaisse. Que qui ne vaut rien meure. Les pauvres sont bons à rien, dans le monde de la valorisation. Pas même à être forcés au travail, ça coûterait encore des sous. La logique, telle qu’elle s’impose depuis des décennies, et de plus en plus crûment, c’est la mort. L’extinction de ce qui ne rapporte pas. Sans parler de ce qui n’est pas valorisable, de ce qui risquerait de passer outre la monétarisation. Haro ! Fraude ! La seule alternative, qui apparaît plutôt comme un palliatif avant l’écrasement, étant dans une systématisation de l’auto-exploitation pénurique, de l’auto-entreprise au micro-crédit en passant par le crowfunding ; pauvres, financez vous, montez vous les uns sur les autres, puis faites vous rendre gorge les uns les autres ! Le darwinisme social reconnaîtra les siens ! Dans le monde de la liberté et de la nécessité, il est primordial que les gentes prennent soin d'eux-mêmes ; en termes clairs, que les pauvres et autres en trop s'entréliminent, spontanément, délibérément, sous les meilleurs prétextes qui ne manqueront jamais. 

 

Là aussi, je sais bien, c’est comment dire fruste et limité, mais si on ne laisse pas vivre, à un moment, les promis à la mort ne se laisseront plus tuer, et peut-être même, cauchemar des magistrats, se mettront à frapper autre chose que d’autres pauvres. Ça ne suffira pas, si on ne sort pas de la production/reproduction, mais ça sera quand même indispensable. Ça l’est déjà.

 

Ni valeur, ni appropriation, ni frontières !

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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