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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 23:22


 

« On ne peut naître, mais on peut mourir, innocente ».

Cristina Campo

 

Le jour d’après.

 

C’est ainsi qu’avait évoqué son état une personne que j’ai eu l’heur de connaître autrefois, dans un texte diffusé alors que je conserve précieusement. C’était après une belle séance d’écrabouillement en milieu militant, déconstructeur et proto-néoféministe queer (juste avant la grande réclosion de 95). Elle en avait gardé alors le tremblement qui nous habite, je devrais dire qui nous squatte, nous expulse après un cataclysme. J’ignore ce qu’elle est devenue. Je revois encore vaguement son visage, son expression. L’épouvante rétrospective. Des gentes si bien, si attentionnéEs, si gentilLes… Qui se transforment d’un coup en vampires et en hyènes, en rouleaux compresseurs, parce que tu n’as pas répondu conformément à leurs attentes.

Leurs, nos si précises attentes.

 

C’est dingue quand même ce qu’on peut être… bête, incapable d’apprendre. Ou trop oublieuse. 94. J’étais sur le point de rompre pour la première fois avec ce charmant milieu. Ce qui était arrivé à cette personne ne pouvait que me décider encore plus. Je ne pouvais que voir l’étendue de la mise au carré qui se préparait. Je l’ai vue, prospectivement. Je l’ai écrit, dans des textes dont pas mal sont aujourd’hui perdus (?), sur des affiches mêmes que j’allais placarder nuitamment. J’avais pris mes cliques et mes claques.

 

Je ne pouvais pas dire que je ne savais pas.

 

Bien plus tard, bien plus tard, après un nouveau tour de manège au milieu des couteaux, un long, trop long tour, je voulus célébrer le vendredi 13. Vendredi13 contre le mensonge, les prétextes et les violences acceptées en milieu militant. Sans me rendre compte que j’étais déjà enterrée, et que nous étions, que nous sommes déjà le jour d’après. Que j’ai rejoint définitivement cette personne et pas mal d’autres dans le dépotoir des épaves du présent qui chantonne et ricane. Et qu’il est pour toujours samedi 14.

 

Sur scène la danse continue. Le manège tourne. La musique joue. Les slogans volent. Les évidences martèlent-pilonnent. Il ne s’est rien passé. Sur scène il est toujours avant-hier, jeudi 12. On a encore une fois réussi à faire l’économie de la remise en cause, du vendredi 13. Et il n’y a pas de petites économies. Je vous renvoie là encore à l’article éponyme de l’Exégèse des lieux communs de Bloy. Vous comprendrez tout de suite.

Il n’y a pas de petites économies, donc tout est acceptable, pourvu qu’on les réalise. Voir « l’utilitarisme pour les nulLEs ».

 

Le temps est comme toujours du côté des vainqueurEs. Il les accompagne et les enveloppe, fut-ce circulairement, répétitivement. La répétition donne une puissance à nulle autre pareille.

 

Nous sommes de l’autre côté, à tous points de vue d’ailleurs. Expulsées de nous-mêmes, traumatisées, désocialisées, précarisées, excommuniées. Et hors du temps. Ce qui ne recouvre pas du tout quelqu’ataraxie bienheureuse. Non. Bien au contraire, hors du temps, celui-ci nous roule dessus de sa roue dentée. Hors du temps, c’est là que nous le subissons. Idiotes nous avons vécu, idiotes nous mourrons.

 

Jeudi 12 est le laborieux paradis terrestre. Samedi 14 est l’enfer.

 

Et vendredi 13 le jour peut-être à jamais inaccessible de la confrontation des vérités et des idées. Cette confrontation toujours ajournée au nom de la realpolitik, du progrès et du plaisir. Je n’ignore pas que bien des danseuses du 12 y prétendent. Sincèrement même, mais la sincérité n’a jamais rien garanti, si ce n’est quelquefois des formes inédites de cynisme.

 

La sincérité, en nos temps de certitudes, semble même un simple verso du mensonge, lui-même nié avec frénésie, au profit de la fameuse « parole » indépassable qui est la déesse de service actuelle. Tautologique et abrutissante.

 

Il n'y a personne vendredi 13. Cette journée est vide, dans les calendes actuelles.

 

On peut dire aussi qu'il n'y a personne samedi 14. En effet nous ne sommes plus des personnes, nous qui y sommes encaquées comme des sardines dans une boîte de néant.

 

Seules les détruites, les réellement détruites, peuplent, encombrent samedi 14. Et croyez que ce n’est en rien un privilège. Encore moins un point de départ. C’est l’arrivée qui ne connaît pas d’issue, pas même un treillis pour pourrir au travers.

 

Encore ratéEs !

 

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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