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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 09:18

 

 

 

 en pensant à C, super-trans, morte ; et à d’autres, pareil.

 

 

 

Récemment, mais c’est évidemment pas la première fois, « on » m’a renvoyé dans la figure, par défaut, et aussi pour glisser d’un argument raté à un autre pourri, que je n’avais pas à me plaindre puisque j’étais en pleine forme. Ben tiens. Dépression grave suite à abus, calomnies, persécution et violences, conséquences matérielles et financières de cette dépression, maladie métabolique consécutive à tout ça, vieillissement précoce, isolement humain, politique et social à peu près total – comptez combien de gentes vous voyez par semaine. Tout va bien ! Comme les bio ne me voient pas, elles peuvent se brosser l’habituel portrait imaginaire de la super-trans, inoxydable, indestructible, à qui on peut faire n’importe quoi sans que ça doive tirer sérieusement à conséquence, de toute façon c’est pas vraiment sensible ces bestioles.

 

Et les une fois tous les dix huit mois qu’elles me voient, ben je suis en pleine forme, évidemment. Tu parles que je vais pas me la jouer plaintive, geignarde, comme le font justement les cheffes bio bien entourées, histoire qu’on ne leur demande jamais de compte. Elles ont bien raison : il faut toujours crier avant d’avoir mal ; sauf que plus vous descendez dans l’échelle de valeur sociale, moins vous avez le droit de le faire.

Déjà j’ai pas envie, en général, de trop geindre quand je suis en société – ne serait-ce que parce que ça me réjouit de voir du monde, c’est pas tous les dix jours que ça m’arrive. Et puis surtout quand on ne fait pas semblant qu’y a aucun problème, que la vie est belle, que le milieu est paradisiaque, de toute façon, nous les nanas trans, c’est la porte dans la gueule, direct. On n’a pas à être faibles ou abîmées, ou alors si on l’est poubelle, déchetterie, hop. Ça aussi j’ai expérimenté.

 

Après, hein – comme je dis toujours on n’a pas signé pour cocagne. On a voulu être femmes, on l’a eu, superlativement puisque jusques aux femmes bio – et bien souvent aussi nos camarades m-t’s - nous traitent, justement, selon le rapport d’assujettissement féminin. On doit être à la fois résistantes et dépendantes, être là quand on a besoin de nous et virer sans un pet dès qu’on n’a plus. On doit porter leurs petits et grands malheurs, et avaler tout rond les nôtres, gloup. Nous sommes toujours le problème, jamais la solution, et toujours au mauvais endroit, au mauvais moment – une performance ! Enfin nous sommes, quand plus utilisables, remisées dans la solitude, exactement comme le sont la plupart des femmes dans les sociétés straigth.

 

Ah c’est ce qu’on appelle un apprentissage, je dirais pas accéléré, mais radical, de la reproduction des formes sociales. De leur réappropriation. Et des rapports qui en découlent.

 

Une des ces formes, enfin son aboutissement, c’est le mythe de la trans qui n’a besoin de rien, que rien ne peut – c'est-à-dire ne doit - atteindre. Sans entretien quoi, pas humaine, pas sensible, rien. Mythe que nous sommes malheureusement obligées d’abonder nous-mêmes, parce qu’on sait bien que si on vient à couiner, à reprocher, à réclamer la moindre chose – « je vous l’avais bien dit, c’est des mecs ». Et ce, je souligne, chez les « inclusives », vous savez, celles qui vous causent du genre et de la construction toute la sainte journée. Mais qui n’y croient pas un pet. Moi non plus d’ailleurs, désormais ; en tous cas pas un instant au rôle de bouleversement que devait jouer cette notion, qui se révèle un nouvel outil fort efficace de reconduction de l’ordre des choses et des gentes.

 

Bref, darwinisme social et roublardise intégrée obligent, les nanas trans meurent souvent vite, au retour d’âge. On les voit plus, on se pose pas trop de question, et puis un jour au détour de je ne sais quelle échotterie on apprend qu’elles sont mortes. On sait souvent pas trop comment, tellement ça n’a pas d’importance.

 

Vite. Usées vite en tout cas. Notre rôle est de donner un peu de pep’s au mouvement, de produire pour lui un peu de cette légitimité dont par ailleurs nous ne bénéficierons, nous, jamais ; puis de disparaître. Zou. Encombrantes. Les bio ne nous apprécient qu’en image ou mortes. Comme du gibier quoi. Avec les mêmes fantasmes qui y collent, la liberté (on se demande bien laquelle mais bon -) qui fait envie mais eh, hein, tout de même c’est ni catholique ni social, donc crevées, justice est faite et l’ordre peut coexister avec le rêve trouble.

 

Nous faisons, avec quelques autres, les frais préliminaires de la straightisation massive, via les formes sociales intégratives et conservatrices revendiquées, pratiquées et pensées, des mouvements féministe et tpg. La normalité a gagné, il fallait bien qu’il y en ait qui en paient les arrhes – le solde, qui va suivre, ça sera à charge d’à peu près toutes, embarquées ou non dans ce ralliement ; serons nous encore là pour en sourire amèrement, de ce désastre politique et humain, là où pouvait se faire une brèche ? En tous cas, on ne tendra en ce cas ni main ni perche à celles qui nous ont pourries et tuées ; ni à celles qui les ont opportunément laissé faire ; on n’est pas abrahamiques. La « solidarité », c’est une belle arnaque de plus pour protéger la communauté d’intérêts des plus intégrées, éviter de critiquer les évidences qui la cimentent, et imposer silence sur les violences subies par les autres. Ni oubli, ni pardon !

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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