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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 11:37

 

 

« Une jeune femme de 23 ans qui était en train de voler samedi de la nourriture dans un container a perdu un doigt à Heverlee (Louvain), a-t-on appris dimanche auprès de la police locale. L'accident s'est produit quand la femme a voulu quitter les lieux après le vol. La femme se trouvait sur place avec un complice. Elle a dérobé des produits dont la date limite de consommation était dépassée. Une bague portée à l'annulaire s'est coincée et une partie du doigt a été arrachée. Alertés, les services de secours ont pris en charge la jeune femme. Le morceau de doigt a été retrouvé par le complice qui l'a remis au personnel infirmier. Opérée, la jeune femme n'a pu récupérer l'usage de son doigt arraché.

Agence Belga »

 

Votre girafe pouic pouic toute écrasée adoooore la presse. Toute la presse. Elle beugle souvent sur la presse militante, ses indignations prévisibles et son pavlovisme intellectuel, mais elle détient là une excellente occasion de s’en prendre à la presse de masse, qui présente exactement les mêmes caractères, les mêmes obsessions bien souvent aussi, nappées d’un cynisme encore plus marqué.

 

L’entreprise malheureuse qui est ici rapportée est cataloguée comme un vol piteux qui tourne mal, de manière où la protagoniste se voit carrément ridiculisée. Ouh ! Punie la resquilleuse. Mordue par la benne. Sans doute pasque les bleuEs (sont ellils bleuEs en Belgique ?) arrivaient, et qu’il était urgent de déguerpir (mais si ce fut le cas, c’est passé sous silence). Les fliques adorent en effet humilier les gentes qui récupèrent dans les bennes.

 

Plût au ciel que ce fût un vol. Parce qu’un vol, au moins, ça peut être honorable et ça vise des choses de valeur. Ici, et je me demande si le, la rédacteurice de l’agence en a conscience et manipule, ou bien benête benoîtement, il s’agit de récup’ dans la poubelle d’un supermarché. De bouffe jetée et néanmoins tout à fait potable, en moyenne. Cela dit, au paradis judiciaire où nous cherchons notre salut, il paraît que ce peut être un vol : la poubelle n’est jamais res nullius ; elle appartient, avec son contenu, au commerçant, jusqu’au moment où le dit contenu, seul, se met à appartenir au syndicat des ordures du coin. C’est qu’il faut de l’ordre !

 

Mais la manière de rapporter la chose contourne tellement le réel en le réécrivant, dit tellement tout sans rien dire de vrai, que ça me semble délibéré comme description. Ce qui est simple et sensé devient étonnant et anormal, en plus d’illégal – ce qui est secondaire ; comment peut-on se coincer un doigt dans un « conteneur » en dérobant de la nourriture décrite comme avariée, quoi ? N’y manque pas même le complice que devient le compagnon. C’est un parfait exemple de l’écriture bonicole, faussement naïve et totalisante qui fleurit un peu partout, en nous livrant l’interprétation adéquate des anecdotes du naufrage.

 

La bouffe jetée par les commerces, ce par cagettes entières et bennes à ras bord, recèle en effet une espèce de manifestation négative de la valeur, comme les unités carbone, les incivilités et de plus en plus de choses vilaines qu'il serait déraisonnables de laisser inexploitées : c' est leur destruction qui rapporte si la vente en est ratée. Ou même pas, c’est symbolique : ce qui rate une seule étape de la valorisation se transforme en poison potentiel pour le monde social qui va avec. Il faut absolument rattraper ça ; or, à la poubelle c’est revalorisé, puisque ça produit de nouveau du fric, de l’emploi, et quelquefois même du méthane pour chauffer les clapiers à humainEs ou les salles polyvalentes. Mais juste récupéré direct, il y a de la perte. Or, la perte, c’est mal. Il faut toujours gagner, augmenter, croître.

 

D’autant que c’est souvent de la bonne qu’on trouve dans les bennes des magos, des produits étonnants, tels que la girafe, malgré son long col, ne les connaît littéralement pas, et ne sait pas même toujours très bien ce que c’est !

 

Or, un, les besogneuXses ne doivent pas manger de la bonne de récup’ ; ellils doivent aller dignement faire la queue à l’assoce gestionnaire de la misère du coin, où unE bénévole soupçonneuXse leur délivrera quelque produit de base quelquefois moins frais encore que dans la benne, et qui garantit, par sa texture comme sa qualité, qu’on n’aura pas le moindre contentement à se l’incorporer.

 

Deux, plus le produit de récup’ est bon, plus sa valeur négative est élevée, et plus il faut éviter que qui que ce soit en profite (voir plus haut), car cela plombe les chiffres. Ces chiffres que nous aimons tant, dont nous croyons user, et qui usent de nous en justifiant une active et implacable logique distributive, pénurique, compartimenteuse. Une potentielle et conséquente révolution devrait sans doute, de même que les actes de propriété, faire disparaître les statistiques !

 

Et bref et voilà. La girafe pouic pouic, qui mourra idiote comme elle a vécu, est restée un peu soufflée devant cette description profondément, ah, comment dire ? travestie, mensongère et faussement moraliste de la réalité. Mais surtout si peu audacieuse. Au fond, pupuce aurait pu franchement affirmer que ce hiatus dans la conso (finalement réalisée tout de même, ne l’oublions pas) affaiblit encore la croissance, que toute récupération est un crime contre l’économie. Sans parler de l’hygiène, waf waf.

 

Enfin bon, en tout cas, cet épisode montre bien à quel point la valeur est affamée, et qu’on est en train d’y laisser notre viande (et nos os, pendant qu’on y est, la bébête a de sévères mâchoires).

 

La girafe pouic pouic

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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