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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 11:48

 

 

Je vous le dis sincèrement : j’ai honte.

 

J'ai honte devant moi. D'avoir été aussi conne. En toute conscience.

 

J’ai honte, parce que j’ai quarante-cinq ans, et que cela fait au moins quinze ans, peut-être vingt, que je sais être séparée, que je sais ne pas être dans cette époque, cette époque d’opinion et d’intensité, que je sais n’en pas vouloir plus que je n’en suis voulue. Que je sais ne pas vouloir, par conséquent, être ensemble. Je ne suis pas séparatiste, écrivais-je déjà en 98, je ne veux pas créer de sociétés ; je suis séparée et c’est une donnée, un fait, pas un choix. Peut-être le savais-je déjà enfant, au milieu de la forêt, quand je ne rêvais que d’une vie où je pourrais fuir mes prétenduEs congénères.

Je me suis bien mal menée. Et laissée malmener, par une impitoyable conséquence.

Je me suis accrochée à la ridelle de la roulotte d’hamsterland, le petit cirque du cauchemar militant. Seule bien sûre mais emportée. Jusqu’à en crever ou presque, Jusqu’à me haïr. Jusqu'à me laisser utiliser aux plus basses oeuvres. Jusqu’à m’ignorer superbement. Jusqu’à me perdre enfin et en devenir folle, au sens clinique du terme, ce qui m’a fait fuir mon seul ermitage, détruire ma seule occasion de pouvoir vivre en émigrée dignement. Et j'ai honte aussi, car ce lieu eût pu être un radeau pour quelques autres étrangères à cette époque. J'ai ainsi ravagé non seulement ma vie mais un peu la leur, potentiellement. 


Comme si ce monde, ce temps, allaient laisser un choix, une autre chance. La bonne blague !


Il faudra donc touiller dans le fossé, pendant que défile la procession permanente.

 

Séparée. Comme le disait Jeanne Bloy, que je cite tant que je puis : « on n’est vraiment seulE que lorsqu’on est quittéE par le monde ». C’est quelque chose que l’on ne choisit que fort peu et qu’on porte, volens nolens, avec soi et à vie.

 

Séparée. Pas amalgamée, ni apariée, ni avariée, ni collectivée, ni isolée.

Retranchée.

 

Séparée. J’ai quand même fait ce que j’ai pu pour dire ce que pensais de la clownerie écrasante des relations et autres socialités. Mais l’assourdissement est tel, que je n’ai même plus su m’entendre moi-même, désorientée par le vacarme. « Tous ensemble », à deux, à trois, à mille et même seulEs, ce qui est un tour de force. Tous ensemble à réclamer – et moi-même avais fini par me mettre aussi à revendiquer.

 

Que je préfère le coassement des grenouilles !

 

Et zut ! Encore ratée la séparation. Et la vie qui est bientôt finie.

 

Prenez en de la graine, celles qui ne se sentent nulle part. Je fais l'épave pour signaler l'écueil.

Faut bien se sentir "utile" à quelque chose...

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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