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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 10:16

« Si je ne peux pas... », ainsi commence la complainte imprimée sur le tract d’un « pink block », lors d’une manif antifa à Lyon en ce beau mois d’avril. Suit tout un exposé que je trouve parfaitement fondé, pertinent et juste de la machoterie militante, qui a et aura encore de beaux jours devant elle. Mais aussi de toutes les belles et magnifiques perspectives que trimballent les « identités » et les « pratiques » qui vont avec, présentées en exemple à toute l’humanité. Et de tout ce qu’elle devraient pouvoir.

Vous vous en doutez, je ne suis pas mieux avec ce « si je ne peux pas » transpédégouine, déconstruit et assimilé. Même si je ne suis non plus à aucun prix avec les trolls et les momies du féminisme supposé tradi. Plus exactement je n'en suis pas, je suis obstinément ailleurs et étrangère. La tortue dans le jeu de gourdins, comme d'hab.

Mais tout d'même...

C’est prodigieux de commencer comme ça un texte, qui va s’en prendre précisément à des qui peuvent ou sont soupçonnés de pouvoir, par un petit assemblage de quelques mots qui pose tout de suite le cadre commun. Et ce cadre c’est, comme toujours dans notre magnifique société d’accumulation, la légitimation par le fait. "Je suis donc je peux donc je dois pouvoir". Accessoirement "je suis" du bon côté, selon les lois de la géographie militante. Là aussi je parle des "tradis" comme des "néos" (cf "Pro-sexe toi-même").

Mais ça je m’en fiche, je ne crois plus à ces billevesées des bons points sociaux. C’est la logique qui me tourmente, comme elle me tourmente depuis vingt ans dans ce mouvement alterno qui ne fait que suivre et renchérir sur les idéaux libéraux et carnassiers.

Si je ne peux pas « faire de moi ce que je veux », ou « profiter au maximum », le monde est méchant et – là aussi accessoirement (mais en fait c’est le principal !) je suis une nouille.

C’est d’ailleurs ça qui transparaît, comme toujours derrière les énoncés enthousiastes : il y a bien pire que les machos en noir, il y a toutes celles qui ne peuvent ni peut-être même ne veulent. Et ce sont elles les vraies ennemies de l’humanité. Celles qui prétendent faire baisser la moyenne de jouissance, ne pas être disponibles et limiter la marche vers l’avenir glorieux des festivités ininterrompues.

On peut sans doute récupérer les concurrents, mais celles là il faut qu’elles disparaissent. Et encore plus si elles osent ouvrir leur gueule pour contester. On absoudra un mec, il peut toujours servir d’étalon ou d’amusement. Mais comment s’amuser avec des mal-baisées qui osent affirmer, entre autres hérésies, que l’obligation sociale aux sexualités, si multiples soient-elles, entraîne par elle-même des abus ?! Ou qu’il est tout aussi illusoire et désastreux de croire à une croissance infinie du monde des relations et de l’existence qu’à celle de l’économie matérielle ? Ou encore que la gratuité relationnelle est une arnaque séculaire.

On les méprise donc, et éventuellement on les surine dans les coins, sous les plus inimitables prétextes. Il y a toujours des mini-hyènes bien intentionnées pour ces basses œuvres.

 

« Si je ne peux pas… ». C’est quand même extraordinaire que cette profession de foi ait été récupérée jusque dans la bouche des mecs les plus odieux. Et que croit-on ? Que ça lave la logique de pouvoir et d’extension indéfinie que de la mettre dans d’autres bouches ? C’est semble-t’il effectivement ce qui est cru depuis quelques années dans un mouvement qui cultive de plus en plus la crédulité idéologique. Qu’il suffit que la réclamation vienne des identités ou histoires sociales définies et proclamées comme bonnes et de surcroît d’avenir, pour qu’elle devienne bénéfique !

J’ai pu voir et revoir depuis vingt ans la faillite permanente de ce genre de doctrine, dans ses prosaïques résultats, au milieu de l’ébahissement toujours renouvelé de ses sectatrices.

Ce qui d’ailleurs me conduit, après bien des doutes, à revenir vers des positions qu’on décrira comme incurablement réalistes et universalistes. On ne change pas les choses en les repeignant en rose. Les faits restent les faits. Le néo-essentialisme des "identités productrices de réalité" tire déjà la langue. Tout autant que le moralisme militant qui a précisément tué la morale, c'est à dire la faculté de discerner et d'en prendre le risque.

Et à prôner résolument un effort vers le moins.

Il y a des tas de fois où je trouve bien de « ne pas pouvoir », et même de ne pas vouloir. Et je suis persuadée que vouloir et pouvoir, débridés, rendus obligatoire par l'articulation de l'émulation et du mépris, mènent infailliblement… où nous en sommes !

 

La petite murène

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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