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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 19:55

 

 

J’apprends avec émotion, par le quotidien régional, que Bébert, le silure de l’aquarium de Limoges, est décédé, alors qu’on se promettait de le voir enfiler une longue vie, énormément grossir, encore qu’il eût déjà rassemblé quatre vingt cinq kilos.

 

Un silure est un animal sympathique, "solitaire et lucifuge" dit la notice, qui vit dans les profondeurs boueuses des fleuves et se nourrit de bébés humains (quand il en trouve), de jambes de pêcheurs à la ligne, de chiens crevés, enfin vous voyez, un glouton, comme nous les murènes. Quand on le capture, il est mangé à son tour en pâté, ce qui somme toute est un peu justice ; ou quelquefois, ce qui fut le cas du petit Bébert, mis en aquarium.

 

Bref, faut pas vivre en prison, ça donne du choléstérol.

 

Et j’en ai songé à la pauvre murène de l’aquarium de Nancy, avec ses petits yeux en boutons de bottine, qui me fascina tant quand je passai par là autrefois avec des qui furent des zamies - nos zamies, avec un z, dont on ne saurait trop se garder. Qu’a-t-elle bien pu devenir ? Quel est le destin des murènes d’aquarium ? pour ma part j’incarne celui des murènes de dépotoir.

 

J’en réexhume cette humeur de l’hiver dernier, en l'honneur et mémoire de touTEs les poissonNEs carnivores et mal embouchéEs qui croupissent dans les plus diverses captivités :

 

J’aime bien ce qui est écrit des murènes, ici ou ailleurs. C’est farci de vérité, à un point qui ne se rencontre guère en cette sombre époque.

 

Nous sommes « sédentaires et territoriales ». Je confirme, on peut pas mieux. Nous souffrons ainsi conjointement d’exil intellectuel permanent et d’artériosclérose.

 

Nous « changeons de sexe au cours de notre vie », ce qui est vraiment se foutre du brave monde.

 

Nous avons une très sale gueule, et sommes, somme toute, des parasites, tout à l’unisson de nos copines les lamproies.

 

Nous restons « à éviter », « très vindicatives », ce à quoi je ne peux qu’applaudir de ravissement et d’approbation. Parfaitement antisociales.

 

Certaines d’entre nous, néanmoins, « peuvent vivre à plusieurs individus dans un même trou ou dans des morceaux de tuyau, dans des vieux pneus ». C’est pour causer mieux de déprédations, mes enfants. Notre méchanceté outrepasse notre solitude, ce qui n’est pas peu dire.  

 

Notre reproduction est « mal connue ». C’est absolument exact. Notre production aussi. Le caviar négatif que je porte depuis fort longtemps dans ma poche ventrale n’a aucune vertu fécondante ou repopulative. Bien au contraire.

 

Nous nous reproduisons par l’exemple.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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