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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 10:00

 

 

Comme je regarde de bien loin, par le petit bout de la lorgnette, je n’avais pas remarqué ce petit mot dans la définition de l’Intégratrans© de cette année. C’est mon ahurissement devant la liste des signataires qui m’y a ramenée, comme un seau d’eau froide sur la tronche. Je crois que je n’avais jamais vu pour telle occasion une telle presse d’opportunistes, d’imbéciles et de carrément puants, mélangés à des dont je me demande ce qu’elles font encore avec. Moi j’aurais eu rien honte. Quand même, entre les mégalotes à dents creuses de l’ANT (1), les pourries de HES, les teubées de Sos-Homophobie (onnénécomçacèpadnotfautsoyégenti) et, abominable fruit confit sur ce vilain gâteau, le soutien accepté du Flag (!!), les angelots bleu marine de la domination-répression avec le ruban rainbow, il fallait le faire. Les camarades l’ont fait. C’est l’unité dans la compromission et, de mon point de vue, le discrédit. Quand on cause d’unanimité, qu’on se réclame d’un pack, d’une identité ou d’un peuple, qu’on daube sur le tous ensemble, ça finit toujours par puer. Ce genre de fiction ne profite qu’aux ordres établis, et à leurs imaginaires de misère enguirlandée.

Au fond, malheureusement, mais hélas pas étonnamment, de l’ANT à l’ODT, en passant par les éminences grises du Gest et la mosaïque des féodalités T régionales, un des désirs poignants qui lie toutes ces figures derrière leurs concurrences, c’est exercer un pouvoir, ne fut-il que sur quelques loquedues reconnaissantes rassemblées pour faire nombre, peupler le T de leurs raisons sociales ; et tendre la main à celui qui reste néanmoins le grand, le seul, le vrai, de pouvoir - ce vrai après lequel nous courons toujours, les t’ – histoire de croire au moins un instant en elles et en leurs gesticulations. On ne saurait en effet croire un instant que l'on existe tant que papa état n'a pas abaissé ses yeux (dont pour ma part je trouve le regard inquiétant) sur nous. Même si l'on patronne sans conteste son petit groupement formalisé et déclaré en préfecture, même si l'on préside régulièrement ses retrouvailles supportware. Ce complexe parental à plusieurs étages est d'ailleurs répandu dans tout le social. Tout ça n'en semble pas moins pathétique.

Pour cela qu’il leur faut s’approprier à quelques la parole, la faire certifier par les media qui sont le registre bis de la propriété intellectuelle, la canaliser pour dire comment les chose sont, et comment elles doivent être (2).

Pour ma part, j’attends le possible moment où ces supercheries se dégonfleront, et où des t’ crèveront le T majuscule que nos petites cheffes, si bien intentionnées soient-elles, essaient de nous coudre sur le dos pour marquer leur troupeau, et nous imposer leur similitude de bazar.

 

Il me semble cependant, pour parler du présent, qu’on n’était jamais tombées aussi bas. Je dis « on » même si je n’y vais plus depuis longtemps ; je suis hélas de la famille, et je ne peux que déplorer son aplatissement. Mais voilà, la réponse tient sans doute dans un mot à l’histoire terriblement straight, le doigt sur la couture du pantalon, les oneilles bien dégagées, un mot qui orne désormais la raison sociale même de notre triste défilé annuel de caricatures et de béquilles bipèdes bienveillantes. Et la déesse sait si nous avons fait du chemin vers straightlande ces dernières années ; une vraie conversion que dis-je, une abjuration. Un mot qui fait comme un tétanos dans la mâchoire quand on le prononce. Pragmatique.

 

Bon ; il faut bien dire que l’intégratrans est en elle-même de plus en plus anecdotique. Toujours trois cents bio et cinquante t’ qui déambulent en psalmodiant et essayent d’épater quelques réacs tout en se rendant comestibles pour les institutions. Quand on voit et a vu la chose c’est pitoyable. Il y a quelque chose de momifié, zombifié, les slogans consensuels, les vœux pieux qui reviennent d’année en année, comme des lettres au père noël, avec les mêmes têtes et les mêmes attitudes. Mortibusette. La plupart des manifs aujourd’hui sont il est vrai des enterrements. Mais voilà, les média l’ayant intronisé « représentative », tout s’ensuit, y compris le passage obligé pour aller faire ses courses dans les couloirs des sous-ministères. Ce qui compte dans le marché des dupes n’est pas le réel, mais le montré. Les grandes gueules de nos bergers zet bergères, aussi caricaturales que leurs discours. Le pragmatique est essentiellement piétinement devant la porte étroite pour figurer au registre médiatique, avec la fascination qui sévit pour cette divinité encore plus volage que la Fortune.

 

Pragmatique. Ça veut dire que maintenant on a passé aux choses sérieuses. Plus question de changer ou de divaguer, l’affaire est désormais de s’intégrer, et accessoirement de voir s’il y a des places à occuper. La représentation de translande est désormais sur le marché. Pas très cher, mais il est vrai que nous sommes habituées à vivre de peu, et à nous contenter de quelques grimaces, pourvu que ce soit nous qui les faisions.

Pragmatique, c’est aussi la bonne vieille adhésion aux formes et aux mécanismes. On se laisse aller au pragmatisme. On s’y résigne. On a renoncé. On est disponibles.

On devient sérieux quand on a renoncé à tout – à part à la gamelle déjà préparée et refroidie qu’on nous sert à la soupe popu des bureaux de la reconnaissance. C’est d’ailleurs là un des traits fondamentaux chez nos contemporainEs en général : on n’en sortira plus, essayons d’oublier la misère et le déversoir peut-être tout proche avec quelques lego à ajouter au château de cauchemar et de dérision qui nous enferme.

En plus « C’est arrivé ». On a un gentil gouvernement avec lequel on croit qu’on va pouvoir négocier. Sans aucun doute d’ailleurs, dans l’interstice laissé par le débattement entre son désir de trouver des mesures qui ne coûtent rien et son souci de ne pas déplaire à une population de plus en plus réaque et haineuse. Tout ça va bien nous laisser de quoi assister à quelques réunions ministérielles, et aussi de quoi nous extasier de quelques inscriptions au grand livre de la loi. C’est cela aussi, straightlande. C’est même peut-être tout d’abord cela. Fonctionner et se considérer selon les règles en vigueur. Si on croyait qu’il suffisait pour y échapper de jouer eu rubik’s cube avec quelques éléments de genre ou de pratiquer studieusement quelque « déviance » (mais dans la normalité de la valorisation corporelle et sexualiste, bien sûr, les autres déviances n’ont aucun intérêt) – eh bien on est faites. Nous sommes ultra-straightes, avec nos assoces, nos communautés, notre santé, notre intégration, nos petits papiers et j’en passe et des plus aplaties. Après tout c’est ce que nous voulions ; nous sommes sur le point de l’avoir (comme d’hab ce sera un peu petit, un peu juste à enfiler, comme toutes les formes octroyées par le social, mais voilà, comme on est un peu maso aussi ça fera du bien de souffrir, si on est reconnues par et pour ça).

 

C’est juste dommage que tout ça arrive à un moment où, peut-être, c’est le décor lui-même qui va valser. Et que les certificats ou autres garanties obtenues vont passer, comme les autres statuts, au rouleau du crash économique et social. On verra bien alors ce que valent en réalité ces hochets.

 

Le plus triste, ou le plus drôle si l’on a encore envie de rire dans le naufrage, c’est sans doute que les intentions et les magouilles diverses pour se tailler parts de reconnaissance, de dividendes, de tout ce qu’on voudra, bref l’approche pragmatique, n’ont absolument aucun caractère autonome. Les malignes croient être malignes, les responsables croient être responsables, les victimes croient être victimes, etc., et il ne s’agit tout bonnement que de la mécanique intégratoire et avalatoire par l’état des choses. Nous sommes, comme nous le confessons nous-même de manière absolument désarmante, les actrices de la pièce qui se joue. De même que nos « interlocuteurs » (ça sent l’hygiaphone !) du pouvoir.

 

Je lisais récemment une citation de Butler (dont je pense, finalement et après des années, qu’elle pose des questions pertinentes ; les réponses c’est autre chose), où elle défend, semble en tout cas défendre, un énième point de vue résigné où notre travail doit être de rendre vivables (et pour combien de temps ? et pour qui ?) des conditions de vie invivables que nous avons renoncé à attaquer. Ça m’a l’air de constituer ce fameux pragmatisme : aménager la précarité en sachant vaguement qu’elle-même ne va sans doute pas pouvoir être prorogée très longtemps, mais en essayant de l’oublier. De ce fait, déployer effectivement une ingéniosité quelquefois stupéfiante, et une énergie inimaginable, dans l’étayage d’urgence d’un désastre en cours, sans vouloir examiner si nous avons encore quelque possibilité d’y échapper radicalement. Évidemment, une pareille conception du monde finit par légitimer à peu près toutes les attitudes, y compris les plus misérables ou les plus crades. L’efficacité provisoire, immédiate dans le remblayage reste l’unique critère de jugement.

 

Nous voulions avoir place dans le cirque. Nous l’aurons. Et elle sera aussi misérable que les autres places. Et nous continuerons à tournicoter sur nous-mêmes en ne comprenant pas bien pourquoi nos vies sont toujours aussi merdiques.

 

Et si nous voulons nous ébrouer, faire tomber cette fatalité de sur nos épaules, il nous faudra peut-être bien remettre en cause la normalisation et la bureaucratie T, le cadre associatif en général qui s’évertue à fermer le parc, et pour cela décortiquer les buts et objectifs si évidents que personne ne prend plus la peine de les examiner. Il ne s’agit même pas des personnes : la domination et la normalité trouveront et créeront leurs représentantes de commerce tant que nous serons addictes à leurs promesses vaseuses. On devient un instrument de pouvoir sans bien même s’en rendre compte, de nos jours. Les bonnes intentions sont les plus dangereuses. C’est tout le système associatif, sanitaire, identitaire qui est à déserter si nous avons quelque envie que nos vies soient autre chose qu’une longue adhésion à ce qu’on attend de nous (et on, c’est aussi malheureusement nous-mêmes, par le jeu du miroir qui nous fait désirer d’être ce qui conviendra à l’ordre des choses).

C’était couru, mais c’est vérifié : l’associatif comme le communautaire sont, aux côtés des autres formes de pouvoir et de dépossession, un nouvel obstacle entre nous et nous-mêmes, et par ailleurs un leurre supplémentaire que nous nous sommes confectionnés afin de croire que les choses vont continuer paisiblement, dans le progrès, l’intégration et la prospérité. Alors que c’est exactement le contraire qui a déjà bien commencé, et va faire de nous des bêtes sauvages (mais avec des conseillers juridiques, des réseaux sociaux et autres béquilles de la brutalité autiste et souriante).

 

Ainsi même, si on voulait à toute force être un peu « pragmatiques », voilà ce que j’écrivais il y a quelques jours à une correspondante, au sujet de la course aux institutions et à la reconnaissance :

« En fait, pour être claire, ce que je crains d’abord avec l'investissement dans les ou même vis-à-vis des institutions, c'est qu'il mobilise les dernières forces dont nous disposions pour un éventuel changement de société, pendant que ces mêmes institutions font paravent devant la ruine de celle ci et nous cachent, ou nous aident à nous dissimuler, l'ampleur du désastre. Cette attitude nous induit par ailleurs à nous fourvoyer dans l'analyse, laquelle reste de la comptabilité au coup par coup. Je crois qu'avant même toute considération politico-morale de non-participation à ce monde, que bien évidemment je défends, il y a cet élément.... "pragmatique" qui me chagrine. Pour moi, si nous avions encore des chances de sortir de ce naufrage, ce que personne ne peut dire, nous sommes en train de les gaspiller dans un rapetassage que je crois sans issue ni avenir. »

 

 

 

(1) Je rigole souvent devant les communiqués mégalos jusques au surréalisme de cette asso ; le dernier dépassait tout en cocasserie : ça commençait par Madame la Ministre et la brosse à reluire, ça continuait par la révolution contre l’hétéropatriarcat, pas moins (en reprenant ses formes mais bon, ça c’est le lot de tout lgteubélande), et ça finissait par… « c’est une honte on nous rembourse pas le TGV ». Morte de rire !

 

 

(2) J’apprend illico, en application de ce principe contemporain que si on songe à une c…ie qui n’a pas été faite, elle est aussitôt réalisée par des gentes, que nos porte-paroles autorisées sortent une « Transyclopédie », histoire de bien clore le pré où  nous sommes appelées à brouter. On va savoir ce qu’on est appelées à être, notre vocation quoi, ce qu’on aura le droit d’être, et pas ! Nous voilà convenablement cernées, à la moderne, par une brochette d’expertes adornées du badge universitaire, l’accès cheap aux basses salles du pouvoir, et de responsables sordidement durables, lesquelles mettent en scène à notre usage ce que nous devons désirer être – le spectacle achevé. Le miroir qui tue net. C’est pas déesse possible ; il va falloir mener une véritable guerre de libération contre la bureaucratie associative trans ! On n’avait que ça à faire !

 

 


 

 

 

 

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La Bestiole

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  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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