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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 15:41

 


Nos zamiEs de l’Assoce Nationale T (« tout ce qui est national est nôtre, disait l’idiot du village » - Rimbaud) se fendent, comme à l’ordinaire, d’un long communiqué circonstancié pour causer de ce bienveillant projet dont je causais il y a quelques semaines, vous savez, celui pour « simplifier la vie des T ».

C’est épatant toutes les amies qu’on a. On en est à être nous-mêmes nos propres amies, ce qui est pour le moins inquiétant.

C’est épatant aussi comment, dans un zeste de vie où à peu près tout a été rendu sujet à contrôles, vérifications, chicanes et pour tout dire dépossession, enchevêtrement d’impossibilités dirimantes, se présente obligeamment la vaseline de la « simplification ». On se croirait dans une unité géante de soins palliatifs aux dimensions de la planète. Ce n’est pourtant pas qu’on avait voulu une vie simple – je doute que la vie puisse être simple, et même que ça présente un intérêt. On aurait juste pu se laisser la surmonter nous-mêmes. Ben non.

Mais, euh, sans même aller jusques là, je remarque que ce communiqué, tout à fait raisonnable par bien des aspects, notamment en ce qui concerne l’arbitraire judiciaire, tombe résolument vers la fin dans le même marais. Celui, que je signalais, de l’usage de ces « abus », ces redoutables « abus » qui planent sur nos têtes comme une armada de vampires potentiels.

Je suis fort amusée de l’ode aux « éluEs de la République » qui clôt le communiqué. Comme toujours, le salut est dans la « vraie » démocratie enfin réalisée. Bon. Sauf que.

Sauf que ces braves éluEs ne sont pas nécessairement moins arbitraires que les mistigris de tribunaux. Leur ministère est il est vrai moins coûteux, c’est déjà ça. Cependant, il y a, comme toujours, un clou dans le rata, ce rata même qu’évoque l’ANT avec transports, ce splendide, cet indispensable mariage par exemple, que les unEs envient aux autres. Pasque les éluEs de la République, enfin un certain nombre, se sont déjà signaléEs par des refus de mariage. Vous savez, quand ce sont ces insupportable miséreuXses, migrantEs platement économiques comme on dit, qui osent venir réclamer le sacrement civil, lequel, pour une fois, va servir à quelque chose d’utile et de bon, leur donner quelque droit à stabilité et à subsistance. Bien des mairies refusent et découragent. En général, on n’insiste guère, de crainte en plus d’attirer l’attention de la malveillance en bleu, comme de ses innombrables alliéEs bureauticoles.

En somme, qu’est-ce qui empêchera telLE maire mal embouchéE, ou son adjointE, ou son staff, de dévisager l’impétrantE, et de lui rétorquer qu’ellils a vraiment pas l’air de ce qu’ellil dit (sachant que nous devons être bien sûr M ou F, point à la ligne). Bref de se retrancher derrière cette fameuse suspicion d’abus ? Ben pas grand’chose. On peut même parier que bien des édiles s’en feront une jubilation sans bornes, et un argument éventuel envers leurs électeurices normaLEs. Ici, on traite pas les monstres, on est entre gentes saines.

Que faire alors ? Aller chercher, comme cela se fait déjà, quelque éluE plus coulantE ou T-friendly ? Dans ce cas, il faudra en plus réclamer que la reconnaissance de transition puisse se faire dans n’importe quelle commune, et non pas seulement là où on réside. Cela crééra tout bonnement un corps de gentes qui se verront réservée la fonction de décréter ce que nous sommes. Ce ne sera certes pas une nouveauté. Les maires remplaceront, ou conforteront, les psys. Une fois de plus l'affaire nous échappera totalement.

Et si ça marche pas, eh ben retour à la case tribunaux, actions judiciaires et tout le tralala. Case départ.

Et surtout, résignation à ce que, qui que ce soit qui soit derrière le bureau, ce soit tout de même ellui qui décide de ce que vous êtes, et qui le reconnaît. Ou pas. Ou mal.

La reconnaissance implique la non-reconnaissance, c’est fatal. Sinon il n’y a pas besoin de reconnaissance. Et le petit alinéa des « abus » est toujours là, lui ou un autre, pour garantir qu’à un moment quelqu’unE ne sera pas reconnuE, et que, pis, c’est cette non-reconnaissance qui fera la valeur de la reconnaissance des autres. Fussent ces dernièrEs cent mille et le ou la non-reconnuE unique.

C’est bien de la peine la reconnaissance, vous ne trouvez pas ? Déjà, évidemment, il y a ce M/F. Bon, là c’est toute une discussion philosophique qui s’embranche, je laisse pour aujourd’hui. Mais bon, ça déjà on pourrait aisément s’en passer, même que ça ne changerait rien, mais rien, je vous le jure, à l’ordre politico-économique. Précisément, si vous voulez un exemple, du moment qu’on vous a collé un nom, une date de naissance et un numéro, qu’il y ait M/F ou pas, l’huissièrE ad hoc pourra toujours vous courir après pasque vous avez pas payé votre billet de train – or, payer ou encaisser est bien la chose fondamentale de la vie humaine contemporaine, nan ?

En fait tout simplement il y a l’obligation et d’identité, et de reconnaissance de cette identité par qui de droit. Et c’est là que ça biche. Beh oui hein. L’état-civil a été autrefois mis sur pied pour qu’on arrive à imposer tout le monde, et que nulLE n’échappe par ailleurs à l’œil du maître. Puis pour le recensement quand papa état a eu besoin de millions de soldats pour sauver les patries et l’industrie lourde. De nos jours, on y a ajouté les impayés privés et la vérification de qui porte ou pas une bombe à la ceinture. Non mais je ne rigole pas. La « nécessité » d’être reconnuE de manière générale et abstraite, par autrui que les gentes à qui on a affaire dans le réel, est apparue avec l’emprise, les besoins et les prérogatives croissantes, illimitées, de l’état moderne. Pas pour le bonheur rayonnant que nous pourrions avoir à exhiber notre petit badge qui fait bip et dit à la madame, pardon à la machine, qui on est et si on a le droit d’être là, voire d’exister.

Et une fois de plus on en revient à ce monde de droit qui se mord la queue. Plus on lui demande, plus il nous bouffe. Échange bien inégal.

Pour ma part, je tiens que le mieux serait de ne rien lui demander. Si on s’y mettait assez fort et assez nombreuXses, peut-être bien qu’il en crèverait. De dépit. Et qu’on n’aurait plus que faire d’aller présenter nos pauvres mines à unE juge ou à unE maire.

Accessoirement ça pourrait aussi mettre fin aux histoires de nationalité, et au mariage. Il n’y a pas de petits profits !


murène tectosage

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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