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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 14:25

 

 

« Le Peuple a ses amis. Qu’il les garde. »

Darien

 

« Notre ennemi, c’est notre maître. »

La Fontaine

 

 

N’avez-vous jamais eu cette vision synthétique de l’état de fait et de droit où nous croupissons, d’une espèce de visage rictus, mauvais sourire, faux et forcé, qui se penche vers vous, enfermée dans une cellule étroite, un lit cage, dans le cliquettement de clés et le tapotement de la matraque qui battent ce qu’on suppose être le corps qui va avec, plus bas ? Et que ce visage qui emplit tout l’espace, se déformant encore plus pour paraître bénin, vous susurre : « Je suis ton amie » ?

 

C’est pourtant le visage et la voix de la justice, de la police, de l’assistance sociale, des assoces bénévoles, de la médecine même bien souvent. Ce sont même des fois les têtes de nos « camarades ». C’est un peu en tous cas ce que je ressens, pour ma part, en relisant les dernières foucades législatives au sujet du devenir des T. Et du reste.

 

On avait eu déjà les Pâques de Bachelot, vous vous rappelez, la fameuse « dépsychiatrisation », après laquelle les psys gardaient tout pouvoir et toute discrétion, bien entendu. Á présent nous avons la Noël d’une obscure députée soce, qui entend nous « faciliter la vie ». J’ai déjà dit ce que je pensais de la tutelle et de la facilitation. Je n’ai pas besoin de facilité. Et surtout de ce genre. C’est l’autonomie qui manque et ça ne se délivre à aucun guichet.

 

Je passe sur les détails tortueux de son fœtus de loi, concernant les mariages, qui en a fait glapir plus d’une. Je m’arrête par contre à ce qui me semble le cœur dudit fœtus : le judiciaire. Il va de soi que c’est toujours devant les juges qu’on ira réclamer ce qu’on est (ou censéEs être, c’est une autre discussion) ; qu’il faudra toujours procès, contradiction. Bref qu’au départ on aura toujours tort. Et qu’il reviendra à nos amiEs en toques et fourrure, du haut de leur sapience et surtout de leur pouvoir discrétionnaire, de dire si nous sommes ou pas.

 

Discrétionnaire. Parce qu’il y a dans le projet un petit bout de phrase, qui le leur conserve : « le refus en cas d’abus manifeste ». Alors, bon, abus manifeste dans notre cas, je dois avouer, ça fait tout de même un peu ricaner, tant c’est le grand amusement que d’être trans. Ou alors quoi ? Nous protéger des vilaines travs qui oseraient briguer l’honorable statut qui doit être réservé aux seules vraies trans (je cause au féminin, pour mon épicerie, vous m’excuserez) ? Mais ta g…, ma vieille, c’est pas à toi ni à ton armada judiciaire d’en juger. Ni à moi d’ailleurs. Á personne. Mettre le hola à de méchants roms voleurs d’enfants qui se déguiseraient en nanas pour mieux opérer (je sais pas, j’imagine tout à fait que ce puisse faire partie des fantasmes et angoisses du monde politico-judiciaire) ? Non, vraiment, je dois avouer que cette restriction croule sous son propre ridicule.

 

Mais ridicule ou pas, elle serait active. Et nous serions, par la Noël Delaunaitienne, exactement dans la même position que par les Pâques Bachelotiennes, puisque ça ne changerait très exactement rien à la situation présente, où l’aboutissement des actions en justice dépend entièrement de la bonne ou mauvaise volonté de celleux qui composent les tribunaux.

 

Mais bon, humeur, arbitraire ou pas, c'est finalement secondaire. Ce qui l'est moins, c'est la naïveté crasse qui continue à s'étonner qu'avec lois et droit, il y ait toujours des personnes dehors.

A la limite, on devrait d'ailleurs s'en réjouir, puisque c'est un des signes auxquels on peut reconnaître que nous sommes toujours humainEs et, justement, des personnes. On ne rentre pas, en petits morceaux, dans les tiroirs de celleux qui croient que le monde est une armoire.

 

C’est cependant incroyable à quel point nos amiEs autoproclaméEs, de tous ordres et provenances, ne nous octroient au final que des foutages de gueule qui n’ont même pas le douteux avantage d’avoir de la classe.

 

Incroyable aussi à quel point nous avons touTEs oublié, depuis combien de siècles ? que celleux qui ont pouvoir sur nous ne peuvent jamais être nos amiEs.

 

 

 

Vendredi 13                         

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

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