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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 10:23

 

 

 

Finalement, si les choses n’avaient pas été fortement aigries par la bienveillance d’un échantillon de simili-féministes bio lyonnaises abuseuses et casseuses de f-t’ qui ne rampent devant elles ni ne sont reconnaissantes, d’autre part si les perspectives immédiates de notre société n’étaient pas à la régression précuite, je vous aurais parlé beaucoup plus souvent dans ce blog de la vie dans la région où je me retrouve coincée. Je vous aurais même causé, je ne rigole pas un instant, de la flore des prés ou du vol des buses. Mais voilà, comme dans le conte esquissé par Boulgakov, je suis irrémédiablement devenue méchante (on ne le naît pas, on finit par le devenir), et je ne jacte guère que pour dauber sur la genropolitique. Il y a de quoi, c’est sûr. Mais précisément, une rupture avec la logique productiviste serait précisément de ne pas toujours réagir, et de ne surtout pas faire tout ce qu’on peut (Arendt, encore une fois). Seulement voilà, je suis de ce monde, comme vous (ah bon !?), et je suis faible. Et de plus je m’emmerde.

 

Cela dit, passant faire quelques courses dans mon nouveau chef lieu de canton, pasque j’en ai changé, j’ai eu l’appétit d’en parler un peu. En mal. Arrivé à un certain point dans la déglingue, les nouveautés sont de très délavées décalcomanies de ce qui les a précédées. Vous connaissez pas, hein, les jeunes, les décalcomanies. C’était avant même le règne de l’autocollant, c’est dire, ces images qu’on accumulait sur des feuilles à partir d’autres feuilles. Oui, ça n’a rien de passionnant. Les nouveautés de nos fin de vies de t’ persécutées non plus. La Chaise Dieu non plus.

 

La Chaise Dieu est une fable. Un misérable bourg perché sur une montagne entourée de forêts très moches, tout replié autour de la masse d’une ambassade soviétique – euh pardon d’une abbatiale en gothique avignonnais. C’est sensiblement la même chose en fait, à quelques détails près. Dans l’abbaye il y a des moines, pas des vrais selon moi, ceux là ne sont pas d’un ordre historique mais d’un néo-ordre charismatique particulièrement réac.

 

La Chaise Dieu, avec ses quelques centaines d’habitants, sa conserverie à champis, sa maison de retraite et son IME, a droit sur les cartes de France à un point plus gros que les autres chefs lieux de canton, même plus peuplés et bien plus vivants. C’est que la Chaise Dieu est célèbre. Du coup on croit arriver dans une bourgade riante, et on se retrouve dans de tristes rues, bordées de maisons sales et de boutiques abracadabrantes – je vous dirai après pourquoi – écrasées par la masse de l’église et objet de regards hostiles (dont éventuellement le mien).

 

Mon vieux maître avait écrit une fois d’un chef lieu de canton de son pays de Périgord que l’activité principale semblait en être l’exportation des imbéciles. L’activité principale de la Chaise Dieu paraît être l’attraction des mêmes imbéciles. J’ai dit l’attraction, pas l’importation, parce qu’au fond, pas si imbéciles que ça, ellils n’y restent pas ! Pas comme moi, quoi, qui en suis vraiment une d’imbécile.

 

La Chaise Dieu est un attrape-mouches géant, en fait, pour toute une population de snobinards, d’artisteux à crinière, de touristes calés et décalés, qu’on voit presque en toute saison déambuler par grappes, visiblement déçus par la réalité, dans les rares rues de l’endroit. C’est pour leur usage d’ailleurs qu’il y a des boutiques abracadabrantes, où on vous vend des souvenirs hideux ou même des minéraux (!), et des espèces de restaurants pas même typiques – mieux vaut aller à Besse bouffer un aligot, le seul plat qu’on n’ait pas réussi à finir avec une ex copine qui comme moi était une gloutonne. Le PMU ne vaut pas et de loin celui de Paulhaguet. Je recommande par contre la boucherie-charcuterie (je suis tout à fait sérieuse), et la boulangerie de la route de Sembadel.

L’autre jour, par exemple, il y avait une concentration (je crois qu’on dit comme ça) de motards en side-car sur le parking à touristes. J’ai une aversion particulière pour les motards, enfin particulièrement les motards hétéro. Je ne sais pas si vous avez remarqué tout de même mais l’usage de la moto va presque toujours avec des démonstrations appuyées d’hétéronormalité. Je veux bien faire une exception pour les camarades lesbiennes motardes, que je ne croise jamais dans ces contrées. Par ailleurs je n’arrive absolument pas à comprendre qu’on puisse avoir goût à se jucher sur ces engins, se bousiller le bassin, rien pouvoir emporter avec soi et pas dormir dedans non plus. De la pure déraison.

D’aucuns m’ont cité la comparaison avec le cheval ; ça tombe mal je n’aime pas non plus les chevaux, du tout. En fait, les chevaux, bon, c’t’une chose, ce que je ne supporte pas c’est le rapport des humains aux chevaux et la mise en scène qui va avec. La cavalophilie pue l’aristocratie mal décrottée, pour le passé, et pour le présent la vanité petite-bourgeoise qui s’est déjà acquis une maison un peu plus que Phénix et un grrros 4x4 bien mortuaire. Le degré au dessus c’est d’acheter un ou deux canassons qu’on va flanquer dans un triste pré et exhiber aux collègues. J’ai vu aussi maintes fois la suite, les revers de fortune, le cdi qui saute, la mini entreprise qui coule, et les chevaux assoiffés et affamés qui finissent par se barrer sur la route et à faire paf contre la première bagnole du matin. Rideau.

 

Je n’aime donc ni les chevaux ni les motos. Ni vraiment ce chef lieu de canton sur le ressort duquel mon isolement destructeur est venu me poser, après l’inénarrable passage dans la banlieue brivadoise, sur laquelle j’aurais encore bien bavé aussi, tiens. J’avais encore quelque chose au frigo. Mais c’est comme ça.

 

Au sujet de l’attraction locale, des attractions si on veut, à part la foire aux champignons de la saintchépaquoi, finalement, y va y avoir moi. Ben oui, je suis tout de même la f-t’ de l’arrondissement. Jamais j’en ai vu ni entendu parler d’autres. J’avais déjà si on veut fait mon trou sur Brioude, la sous-pref’. Voilà que je m’en vais être la curiosité des hauteurs.

 

Il faut savoir que ces hauteurs, à quelques kilomètres près - la ligne de partage des eaux de la Senouire et du Doulon pour tout dire - sont, hélas, le domaine des stéphanois. Qui constituent eux-mêmes un sous-domaine des lyonnais. Ma binôme, qui avait autrefois de l’esprit avant de se le faire aplatir par le rouleau à pâtisserie décolonial, résumait les lyonnais en deux mots : des bourges barges. Ce qui me semble convenir. Les stéphanois, c’est la version lumpen’ de ce barge. Les hallucinés du naufrage. Cet immense état où nous glissons les unEs après les autres, et d’où les camarades exotisantes restent obstinément persuadées, en dépit des conséquences de plus en plus sordides, que vont surgir lucidité et peut-être même révolution. On est essentialiste ou on ne l’est pas.

 

Même si j’ai un passing de petite vieille précoce, il faut dire que je ne me suis jamais très bien sentie à Sainté. La revirilisation accélérée de la société rend les gentes qui se sentent en délicatesse avec la rentabilité scrutateurs. Trou de nez et mensurations précises. Toujours bon d’avoir des formes f à démolir, ça fait se sentir humain, mec pour tout dire.

En somme, je suis dix kilomètres trop à l’est pour une très relative assurance-survie.

 

En fin de compte – puisqu’un jour notre compte est fait, sinon bon – entre mon isolement, ma faiblesse, mes exigences, la malveillance des unes, le rejet des autres, et pour couronner le tout l’appétit de meurtre qui rôde envers les gentes comme nous, il est bien probable que même sans y mettre la moindre bonne volonté, je me retrouve sur la liste, celle qu’on célèbre lors des singeries du TdOR, l’espèce de pardon où les bio viennent larmoyer sur les t’ qu’elles ont studieusement aidé à crever – et les transbureaucrates s’assurer que même mortes on n’échappera pas à leur cheptel. Directement des productrices aux consommatrices, ce genre de commémoration, c’est l’amap des radis de la bonne conscience. L’important c’est d’en croquer, et bien en vue !

Sur ma chandelle, les hyènes qui m’ont pourrie pourront communier avec les pleutres opportunistes qui les ont laissé faire. Avec la bénédiction des feudataires trans locaux, adeptes émérites de la brosse à faire reluire les grolles de tout ce qui sent le pouvoir. Ça sera vraiment émouvant.

 

Enfin bon. S'il y a ce qu'il est convenu d'appeler une urgence, c'est bien de nous rappeler que nous ne sommes que de très conditionnelles humaines (les t’ en particulier). On ne naît rien du tout, contrairement à ce que prétendent la déclaration des droits et sos-homophobie. On devient, ou on ne devient pas, au gré de ce que les autres nous concèdent et des aléas du capitalisme, plus ou moins humaines ou rentables, donc plus ou moins légitimes. Si on l’est pas assez on fait de la viande pour les mouettes, et voilà. Statuts, droits, mon cul. C’est finalement toujours la volonté, bonne ou mauvaise, de nos congénères qui est décisive, qu’elle soit autonome ou téléguidée. En quoi c’est, comme la langue, la pire – et la meilleure des choses. Car pour un monde agréable, émancipé, entre vraies gentes quoi, je ne vois effectivement pas de garantie meilleure ni de possibilité plus désirable que la volonté réciproque de se permettre de vivre. Le tout est que nous allions la reprendre au clou où nous l’avons il y a fort longtemps troquée contre des illusions, des hochets, des droits et autres franches merdouilles. Sans doute on ne nous la rendra pas volontiers, il faudra en venir aux mains, peut-être même aux manches de pioche. Je ne suis pas une warrior mais si jamais on laissait tomber nos matches de valorisation, alignement et croc en jambes pour nous lancer dans cette expédition, j’y irai fort volontiers.

 

Si je suis encore vivante, évidemment.

 

 

PS : Et, bien sûr, en attendant : ni oubli ni pardon !

 

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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