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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 13:45


 

 

Dépouillée la Plume. S’est faite dépouiller, oui. S’est faite. Cette fameuse forme verbale sur laquelle nous avions jeté anathème, puisqu’elle supposait que nous pouvions, malheureuses !, concourir en quelque manière à notre propre malheur. Et il est vrai que je préfère, même avec un retour critique, ne pas en abuser. Mais là, c’était quand même trop gros, que je laisse, pour la seule fois où cette étrange flemme me prenait, le panier, mon panier, avec livres et papiers, derrière le siège.

J’ai toujours détesté la parano contemporaine du triple tour de clé, de s’enfermer chez soi (!), de truffer la vie de caméras et de détecteurs. J’ai trop longtemps vécu dans une campagne où je ne fermais jamais. Et je l’appliquais, depuis que j’en ai eu une, à ma tuture, que j’ai laissée garnie dans les endroits les plus hasardeux. Mais jamais cependant je ne laissais livres et cahiers, rien que pour les avoir avec moi. Et là, juste cette nuit, cette flemme qui évoque tant l’autodestruction m’a incitée à ne pas les monter.

 

Disparus. C’est quand même pas mal, y z’auraient pu je sais pas… prendre tous les outils, la carte grise, que sais-je ? Ben non, vous savez ce qu’y z’ont pris ? Mon panier avec livres et manuscrits, et… mes médocs ! L’oestrogel et les anti-andros chez les zivas de la Porte de Montreuil ; ça revêt un aspect, comment dire, comique.

 

Mais c’est tout de même pas drôle. Par ma négligence, me voilà encore moins, ce qu’il fallait faire vu comme je l’étais moi-même déjà dépouillée. Plus de maison, plus de biotope, plus de voisinEs… Et là plus de cahiers. Tout « Hamsterlande », tout « Exotisation » disparus à jamais, probablement dans un vide-ordures. Les bouquins, y z’iront au boul’mich ; Sévigné, Postone, Gilson… ça va renouveler l’ordinaire ; réglo, faut bien que tout le monde vive.

 

Que tout le monde vive… Mais de quelle vie ? Et surtout, vous n’avez pas comme un frisson, quand vous nous, nous toutes donc, nous entendez parler de « nos vies » ? Nos vies… L’objet… Le fameux rapport d’objectivation… Qu’ai-je fait de ma vie, de ma peau ? Mais surtout, si je parle ainsi, qui parle ? Quel sujet devenu complètement fantomatique, Barbie entièrement dépourvue, libérée des accessoires. Un « je » sans plus aucune détermination, sans feu ni lieu eut dit Ellul, sans passé, avenir, et au présent douteux.

 

Je suis par trop traumatisée, là, pour entrer dans les détails et dans le fond de la chose, que je suppose très vaste, aussi vaste que notre désastre. Mais ça me paraît évident que si je glose « j’ai gâché ma vie », ce qui est incontestable, celle qui parle n’est pas cette vie, elle la regarde, toute éclatée soit-elle. Y a quelque chose qui ne va pas.

 

Je suis nue de l’intérieur, sans plus rien qui m’attache, « libérée » si je veux mais tellement libérée que j’en suis morte. Agamben, égérie contemporaine, cause de la vie nue selon des déterminations historiques précises. Mais sans même aller jusques là, la nudité se répand.

 

Le soir même que je me faisais dépouiller, je parcourais avec quelque malaise un bouquin qui traînait chez la copine, un des ces répétitifs romans naturalistes et exotisants à la Extebarria, espèce de suite de références et de trashitudes se suffisant à elles-mêmes, qui expriment si bien la vie nue à laquelle nous sommes appeléEs. Mort stupide nécessaire incluse. La tête m’en tournait. Quand je lis ces trucs qui se multiplient, j’ai l’impression de lire la propagande du néant. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas qu’une impression. Et quand je songe à mes comparses qui trouvaient si éclairants ces ouvrages faisant l’éloge d’un dépouillement plus du tout choisi, entièrement subi, jusques à la personnalité… Mais il est vrai que garder quoi que ce soit, à part quelques idées, est bourgeois

Ce qui est désormais recommandé, c’est de n’être, mais alors totalement, qu’actes, projets et pratiques. De s’identifier à cette vie extraite d’elle-même.

 

J’avais donc perdu terre et maison, me voilà allégée de ma mémoire, de ce qui dans cette mémoire se rattachait encore à quelque chose qui ne voulait pas couler. Et je ne peux que suer d’angoisse lorsque je songe à ma négligence si bien ciblée. Est-ce que je n’ai pas devancé l’appel du néant, une fois de plus ? Est-ce que la bébête aveugle qui s’est installée dans mon âme au cours de toutes ces années de déconstruction n’a pas encore fait son œuvre d’anéantissement.

 

D’autant que poser la question, c’est pour ainsi dire y répondre…

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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