Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 17:28

 

 

Je ne vous cause pas souvent de mes lectures. Pourtant j’y passe beaucoup de temps et d’argent, c’est une consommation de type compulsif et compensatoire pour la triste vie que je ne suis pas seule à mener. Je songe souvent à Anna Barkova, cette auteure russe dont je vous avais causé il y a un ou deux ans, cette nana enterrée vive et morte par l’histoire, qui avait comme beaucoup passé l’essentiel de sa vie dans les camps – avec cette particularité que sa dernière arrestation et la longue peine qui s’ensuivit eurent lieu en plein dégel, alors que ses collègues, enfin celles qui avaient survécu aux vingt précédentes années, revenaient de toutes les toundras à Moscou chercher leur certificat de réhabilitation. Comme quoi y en a qu’ont vraiment encore moins de chance que celles qui n’en ont que modérément.

Anna Barkova passa, entre autres, les ultimes années de sa vie à bourrer un frigo hors d’usage qui ornait la chambre qu’elle occupait, en bonne soviétique, dans un appartement collectif, de bouquins, qu’elle allait acheter dès que trois sous lui tombaient. Les livres étaient assez peu chers là bas à l’époque.

J’ai l’impression d’être atteinte un peu de la même décompensation que Barkova, toutes proportions évidemment gardées. Les conseillères en économie domestique et familiale de la caf seraient effrayées de voir la proportion de mon relativement maigre revenu que je consacre à l’achat de livres. Fort heureusement elles ne s’intéressent pas à moi. Ouf.

 

Tout ça pour dire que j’ouvre aujourd’hui avec délectation l’édition complète, chez Agone, maison très recommandable, des Carnets de Victor Serge. Dès la couverture, une photo m’accueille, avec dessus trois personnes devant ce qui, loin derrière, enfin peut-être pas si loin, a tout l’air d’un volcan en éruption. Ce qui est probablement une allégorie de la période durant laquelle ont été écrits ces Carnets. La personne du centre est une jeune femme. Elle est entourée d’un grand bonhomme dégingandé, et d’un moins grand bonhomme en veste et galurin, très années 40/50, en lequel on reconnaît un très vraisemblable Victor Serge. Une vraie dégaine d’aventurier, d’espion, je passe sur le détail.

 

Je me rapporte à la légende de la photo, pour apprendre qui sont les deux autres. Et là je lis qu’à gauche de la photo, c’est un certain docteur Atl. Peut-être en saurai-je plus long sur lui au lire du livre.

 

Par contre, je ne sais pas encore si j’en saurai plus sur la nana. En effet, la légende de la photo se libelle ainsi : Victor Serge et le Dr Atl devant je ne sais plus quel volcan. La nana n’est pas mentionnée. Il n’est même pas écrit qu’elle est inconnue. Elle n’est pas. Bref, c’est une femme, quoi. Rien qu’une femme. Sur une photo, entre deux hommes. Bon, déjà elle est là, on ne l’a pas effacée, comme on l’a fait de Iejov sur la fameuse photo avec Staline au bord de la Neva. Mais elle n’a pas de nom. Une femme c’est une femme, voilà tout. Les femmes ont il est vrai moins souvent un nom que les hommes. Un qui reste. Un qui fait peur ou qui fait envie.

 

Je peste souvent contre la photographie (et tout ce qui l’a suivi), mais je dois bien reconnaître une chose à cette occasion, c’est que – quand on n’a pas retouché pour effacer des gentes – elle en révèle des tas dont sinon on n’aurait jamais eu l’idée qu’elles étaient là. L’écriture permet beaucoup mieux de trier à priori et de façon tout à fait sans appel. Je n’en privilégie pas moins l’écrit, mais je retiens la leçon.

 

Il est vrai qu'une femme, ce n'est - sauf cas bien particulier - pas la peine de prendre la peine de l'effacer. C'est de peu d'importance, comme l'olive sur l'oeuf mimosa. C'est pourquoi il y a peut-être des tas d'inconnues qui trainent ici et là, en premier plan, avec des connus. Lesquels en sont vaguement valorisés, tant il est vrai qu'homme sans femme(s), c'est louche - ou piteux.

 

Bon, voilà ; je vais aller me refoutre les petons dans le four pour me les chauffer (si si !), en continuant à lire les Carnets. C’était juste pour noter la chose. Á la revoyure !

 

 


 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines