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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 11:04

 


 

« Ah ils nous en ont fait applaudir des injures,
Des complots déjoués, des dénonciations,
Des traîtres démasqués, des procès sans bavures,
Des bagnes mérités, de justes pendaisons »

 

Le Bilan, une fois de plus…

 

« Les grandes filles sages restent au ciel ;

les autres vont où elles peuvent »

 

dicton féministe légèrement retouché

 

 

 

Quelqu’un de pas correct du tout, d'un genre à qui j’aurais pas volontiers serré la paluche, faisait remarquer à propos de la peine de mort, à laquelle il avait été condamné (pour raisons politiques), que c’était la « seule distinction qu’on ne demandait jamais ».

 

Il en est potentiellement une autre, qui est l’excommunication. L’isolement subi et décrété, le rabaissement dans l’humain quoi. Je parle ici par exemple de l’excommunication militante. Quand on a été très vilaine, en pensées en paroles et en actes, comme dit le catéchisme.

 

Il est vrai qu’il existe des tordues et autres perverses qui la cherchent, et finissent même des fois par la trouver. Mais savoir si après c’est réellement vivable, ça c’est une autre paire de manches. Je vous invite à venir voir de l’autre côté.

 

Bref, un des caractères fondamentaux de la vraie excommunication, c’est qu’on ne la demande pas à proprement parler. Qu’on l’endure. Peut-être pas qu’on ne l’a pas choisie, mais en tous cas qu’on ne se l’est pas décernée soi-même. Voilà.

Bref, ici, l’autodéfinition, zéro. Exodéfinition totale, au contraire. Jusqu’à l’expropriation, puisqu’il y a exigence de se remplacer soi-même par le jugement – une conséquence parmi d’autres du « tu n’es pas toi-même » qui clignote désormais dans notre arrière-cour. Il est vrai qu’on peut récuser le jugement, si on ne peut décliner l’excommunication.

 

Pourquoi je vous cause de ça ? Vous allez voir.

 

J’ai beau être sur le flanc, dans un garage, sans mes affaires, sans ma vie, sans moi-même, au milieu de nulle part et complètement démolie, il arrive quand même que des nouvelles parviennent à se frayer un chemin jusques à moi. Et les nouvelles sont pas belles, ça s'arrange pas par chez nous. Nouvelles d’anathèmes, d’excommunications, de condamnations diverses et variées sur des personnes tout aussi diverses et variées. Or, durant mes deux ou trois heures de lucidité quotidienne, ben ça me fait songer.

 

Songer que ça commence vraiment à bien faire, les c….ies hypocrites d’hamsterlande. Les protestations d’antinorme, de ne pas détourner la conversation… et les grandes scènes de machine à laver expiatoire, cathartique, pour détourner le feu du ciel – réservées accessoirement à celles qui n’ont pas suffisamment d’assise pour qu’on n’ose pas aller leur regarder dans les trous de nez (mais ça c’est ordinairement humain. Ce n’est pas tant ici l’inégalité qui est scandaleuse, que la désertion croissante de la raison, et le cirque idéologique en lui-même, qui virevolte au son de sa petite musique mécanique).

 

J’ai ainsi subitement rêvé que s’ouvre une maison des vilaines, des pas correctes, des excommuniées quoi et autres anathématisées. Et ce par exemple dans une métropole capitale de l’Axe du Bien, de la propreté et de la bien-pensance comme de la bien-comportance.

 

Et, me suis-je dite immédiatement, il est évident que ce serait une maison où on ne pourrait pas aller comme ça, sur sa simple envie, pour se la jouer rebelle des rebelles et en rajouter à sa carte de visite. Ah non. Pour y avoir accès, il faudrait avoir été préalablement et solennellement excommuniée, condamnée, accusée, calomniée, débinée, rejetée ou que sais-je encore. Avoir été décrétée vilaine, invivable, inintégrable, exagérée, mauvaise féministe qui doute et examine les fondamentaux, méchante agresseuse pas cheffe charismatique pour un sou, insupportable antisexe castratrice (!) empêcheuse de se renifler le cul en rond et en cadence ; ou tout autre poireau pourri accroché à la pochette. Oh, pas nécessairement non plus exterminée, pasque là on serait mortes, juste ce que rêvent d’aucunes, et moi-même ai encore un semblant d’existence. Mais bref, que si on pourrait choisir d’y aller ou pas, la condition d’admission, elle, ne dépendrait pas de notre choix.

 

Mais de celui de toutes celles qui sont professionnellement du bon côté, qui se gardent bien de l’impureté et des incartades, qui chuchotent ce qu’elles pensent et clament ce qu’il faut dire.

 

Le choix, c’est souvent celui des autres…

(Voilà une grande leçon d’humilité pratique, s’pas ?)

 

Et ce seront ces autres, pour le coup, exclusivement, qui choisiront leurs adversaires, celles qui se tiennent contre. Configuration inédite. Responsabilité bien nette. Elles pourront pas dire qu'elles savaient pas.

 

Qu’est-ce qu’on fera dans cette baraque ? Ah, bonne question… Bien sûr, on peut donner bien des réponses. Mais je me demande si toutes ces réponses, vu qui sera là, ne pourraient pas se résumer à nous retrouver, déjà, et à retrouver soi-même. Ce soi-même maltraité, honni, charcuté, soupçonné et laminé dans le lit de Procuste de notre sympathique milieu alterno-féministe/queer (lequel, je tiens à le répéter, n’a absolument pas l’exclusivité de cette pratique règlementaire). J’irais bien jusqu’à dire réapprendre à vivre – mais c’est grandiloquent, et si on est là c’est qu’une partie au moins d’entre nous aura survécu.

Se trouver de nouveau là, parce que le salmigondis militant mainstream de fuites, de négations et de remplacements n’est plus vivable.

Faire chier, par ailleurs, ça ça va sans le dire. On fait déjà chier, rien que par nos bosses et nos épines sur le pourtour bien lisse du milieu.

Réintégrer des limites, des réalités et une raison souhaitables, afin de se libérer (!) de la shlague des ressentis.

Ne plus copiner.

Tenter un féminisme de personnes et non plus de zombies.

Du boulot sur nous, encore et touzours ; mais là on laisserait tomber la sainte famille déconstruction, destruction et dissection. On ferait des fouilles attentives, avec précaution, pour retrouver du (sur)vivant. On se considérerait et reconnaîtrait un peu ; enfin on essayerait. Ça fait si longtemps qu’on n’a pas essayé.

De la résurrection, quoi ! 

 

Bon, tout ça est encore un rêve. Il faudrait précisément avoir une vie, des ressources, des réserves pour embrayer le truc, pour tenter une telle projection, comme on dit en novlangue stratégique. Mais n’empêche, ça peut être gardé tout sec pour le jour où ce sera possible. Pasque vu comme la société en général et notre micro-social évoluent, bien plus de concert qu’ellils ne l’admettent, je pense qu’on ne manquera pas de vilaines ni d’Axe(s) du Bien avant longtemps, longtemps… Un autre monde quoi…

 

En tous cas, je vous le dis, camarades ratons-laveuses, voilà ce qui vous, nous pend au nez à toutes, tôt ou tard, comme les saucisses de la fable. Au nez de votre hypocrisie ; au nez aussi de l'inconséquence idéologique et existentielle de notre alternolande féministe et queer, qui continue à promouvoir, à désirer tout (ou presque) et son contraire.

 

 

La petite murène sans aquarium

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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