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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 11:22

 

 

Vous connaissez aussi bien que moi les pratiques et l’atmo des fora, trans’ ou autres ; c’est l’endroit où depuis claviers, pseudos et bien souvent (encore que je n’en connaisse pas la prévalence effective) vies inventées on échange des crocs en jambes, des chicanes à n'en plus finir, des jugements expéditifs dont on aurait à redouter les conséquences en situation de guerre civile, pour ne pas dire carrément des injures serrées. C’est ainsi qu’il y a peu, alors que j’étais retournée me dégourdir les pseudopodes sur l’un d’eux, de forum, j’ai été qualifiée, concurremment avec une autre camarade d'extrême gauche d’un autre bout de l’hexagone, de truie violette, ce par une personne qui ne faisait aucune difficulté de se définir elle-même comme fafe, tendance soralienne. Et qui doit pas sortir souvent de son placard, si ce n’est un brave troll ordinaire. C’est pas des gentes que j’ai trop l’habitude de fréquenter, même virtuellement, j’apprends.

 

Je dois avouer, ça m’a toute ragaillardie. Il arrive que la murène s’aventure à muer porquépique, comme ont pu l’expérimenter en situation de présence réelle de vieilles crapules du milieu et même des camarades. Mais truie, et qui plus est violette, je dois avouer, j’y avais pas pensé et ça me séduit – sachant à quel point je suis méfiante envers l’idée de séduction, d’attirance, vous mesurez mon enthousiasme. Les trois ! Au minimum. Hé oui, les sales transses gauchistes, pas intégrationnistes, pas ciscoles ni cisformes, non plus qu’à la dispo de nos congénères candidates à la normalisation ou au cadrage du cheptel, constituons une vermine multiforme qui se mélange aux aspects du cauchemar en cours dans la caboche de ces gentes. Va pour la truie. Violette.

 

Hé bien je sais pas les autres, mais moi ça me fait triper. Les truies sont des bestioles malignes, têtues, féroces au besoin, bien en chair, tout pour plaire quoi. Et je me plais à nous imaginer en une congrégation de truies, violettes ou d’autres couleurs qui pètent. Je pense que dans les tuyaux cérébraux de pupuce fafe, donc, la teinte violette signifiait une disposition enragée et apoplectique. Plus féministe très radicale que milka, quoi. Vous pensez si ça me botte !  Et puis c’est vrai que j’ai un tempérament coléreux. Même si j’ai depuis longtemps signifié les limites que je perçois à la colère figurée et représentée en politique, ça me va plus que : gonflée à bloc. Je vous jure, cette imbécile m’a littéralement rajeunie !

 

Violette, finalement, c’est un au-delà de ce rouge que je revendique de plus en plus. Un ultrarouge. L’autre jour, pareil, j’étais descendue dans ce Velay que j’abhorre, pays de réacs, faire nombre avec un très peu d’associatifs qui tenaient le pied de grue devant la pref’. La photo parue le soir même dans le quotidien très local me montre, énorme, éclatante, toute rouge (avec mon œuf de pâques rose sur la tête), au milieu de gentes bien tristement vêtues. Et maigres à faire peur. Comme je suis grosse ainsi que se doit une truie, je compte pour deux. Quand y a trente personnes à la manif c’est toujours ça. Je fais des efforts pour m’envioletter.

 

Ce pays, comme d’aucuns autres d’ailleurs, n’aime pas les couleurs, n’a qu’à y voir les habits et les voitures. Il en faut peu pour détonner. Il y a quelques temps j’étais, dans une métropole régionale que j’aime bien, à traverser une avenue, quand j’ai senti une main sur mon épaule. Je n’ai pas eu la sensation d’une agression ou d’une appropriation, il y avait sans doute la manière ; j’ai pensé, en me retournant, à une connaissance de là bas. Ce n’était pas le cas, c’était une nana cisse, peut-être de mon âge, inconnue, qui m’a dit en peu de mots à quel point les couleurs que je portais la réjouissaient – j’étais comme tous les jours, c'est-à-dire façon colibri quoi. Elle-même était drapée dans un grand châle rose. Je lui ai répondu en riant que je ne m’habillais pas comme une automobile.

 

L’état de fait incarné, investi, n’aime pas non plus que les choses et les gentes ne restent pas, ne deviennent pas ce qu’elles sont ou doivent être. C’est le fond de la pensée du ressentiment comme de la normalisation biocitoyenne. Ultra, ai-je dit plus haut ; outre, outrée. C’est une violette outrée qu’évoque l’autre et je relève. Cette couleur peut-être l’emblème, le caractère de ce qui ne tient pas en place, ne se laisse pas ontologiser ; de ce qui entre en dialectique, en quelque sorte. De ce qui avance en crabe, n’est pas contenu ni destiné, et change, va de surprise en surprise au lieu de progresser ou de régresser sur la règle d’accumulation, d’intensification, de renaturalisation et d’ordre distributif, attributif, pour favoriser tout ça, que nous nous sommes tracée.

 

Le ressentiment, politique, religieux, sexué, qu’il se définisse national républicain à la mélenchon-sixième-république, racialiste européaniste à la soral, libertaire boy-scout misogyne à la escudero, un point commun en étant de fétichiser la restauration d’un sujet social qui fleure bougrement les origines idéalisées de l’économie politique, de la petite appropriation équitable, avec un zeste primitiviste pour rendre tout ça encore plus appétent, le ressentiment donc comme mouvement rétrograde, anticritique, antidialectique, n’aime pas les truies, et surtout pas les truies violettes, transses de surcroît – ou l’inverse. Je n’oublie pas pour autant que la concurrence citoyenne, l’opposition cisféministe même, n’en sont pas moins persillées aussi de qui nous haïssent, de bien transsephobes, et de qui les soutiennent, solidarité intéressée (pléonasme) oblige. Je songe à mes chères indignées lyonnaises. Je songe aussi aux opportunistes qui activent à la file leur compte bêtise volontaire, récitent les fantasmes de la domination sélective (qui qu’est en dessous de moi, sur la tête de qui je puisse caguer l’air de rien en proférant des trivialités mensongères et consensuelles?) afin de se faire réinsérer dans le poste et grade que leur promet la hiérarchie des bonnes vieilles valeurs – qu’elle tienne, ça, c’est une autre affaire. Ni reprises ni échangées. Bien fait leur gueule.

 

C’est qu’on fait tache, qu’on prend une place indue, illégitime, comme tout ce qui apparaît, n’a pas toujours déjà idéalement été là, et que c’est pas naturel. Invasion transse, complot sioniste ou grand capital castrateur, à ces gentes, comme à beaucoup d’autres, il ne faut jamais manquer de personnages pour peupler, animer leur guignol de la volonté politique hétéronome. Entre Escudero, Massad et Reymond, sans parler d’une foultitude d’autres miradors essentialistes, masculinistes, culturellistes, territorialistes, toute échappée est d’emblée proscrite. Leurs livres de (sur)vie sont clos et nous n’avons que mort à en attendre, derrière le paravent de leurs dénégations iréniques et de leurs patelinages recruteurs. Quant au studieux moulin répétitif du droit et de l’appropriation par nozamies, tout aussi peu enclin à reprendre la route et à remettre en question les exigences cuisinées en désir de ce social, il ne nous a menées nulle part ailleurs. Consensus sur la réalisation, à tout prix, d’un monde toujours déjà là, aux structures inquestionnables. Prière de ne s’étriper que sur leur attribution. C’est toute l’histoire en impasse du subjectivisme, où on dénonce les rapports de domination mais craint la critique des formes sociales qui les conditionnent. Comme si les premiers leurs étaient opposés. Et comme si l’idéal toujours à réaliser des secondes devait les faire disparaître, simples anomalies ou malveillances, occasions à justice. Vieux pari essentialiste toujours perdu. Il va de soi que la haine des « minorités tyranniques » échangeables, des qui devraient pas être là, des parasites, tricheurs et autres salisseurs de nid, est un exutoire massif fort utile au maintien de ces certitudes au milieu même de leur naufrage effectif.

 

Haine, mépris, frousse de toutes ces parts là que qui, quoi que soit se dérobe; ça tombe bien, c’est réciproque, on les aime pas non plus, ni leurs idéaux moisis pleins de violence sociale sourde et niée, de résignation enthousiaste au même, quand ce n’est pas son exotisation. Nous ne voulons ni rester dans ce monde, ni sortir de sa superstructure pour juste réintégrer ses caves idéales avec ces gentes comme y faut de tous acabits, pour qui nous sommes porteuses de décadence, de prévarication, quand ce n’est d’apocalypse. Si c’est celle de leur marais couleur morale gadoue d’ordre naturel, échangiste marchand ou divin, de mérite, de propriété, de justice et d’existences bien arrêtées une fois pour toutes, leur grillage de nécessité et de y faut bien que, a ben chiche. Ça me va très bien que nous soyons les truies gauchistes violettes qui leur mordrons les mollets et renverserons les couverts de leur triste festin – auquel émargent aussi les qui voudraient moderniser ces drouilles. Pour commencer, bien entendu. Avant d’aller ailleurs.

Aussi peu d’enthousiasme pour le paradis du droit que pour le zoo autogéré naturaliste ; pouvoir versus devoir, la sympathique alternative ! Fausse de surcroît, les deux étant réciproquement velcro. Et qu’en serait-il de rompre avec l’objectif de reproduction de l’économie politique et relationnelle hétérolandienne, sur les conditions de laquelle se disputent les progros et les régrè ? Nous ne tenons ni à améliorer l’ordinaire, ni à éduquer, encore moins à dénicher une vérité qui attendrait quelque part la vérole du volontarisme, pour une rencontre apothéose tout à fait religieuse. Nous ne croyons porter en nous ou avec aucun dépassement, aucune opposition, et bien sûr encore moins de retour aux fondamentaux, par nécessité, essence ou mécanique sociale magique – tout est à faire. Nous nous en tenons à une dialectique sans garantie, tout autant que sans prescription. Nous-mêmes, si par bonheur l’affaire se débloque, cesse de se réenrouler, si les choses idéalisées perdent leur règne, avons des chances d’être passage, anecdote, occasion, et tant mieux ! Je ne souhaite pas plus que nous nous perpétuions en l’état, que nous nous mordions la queue à « devenir ce que nous serions », que se perpétue le monde dont nous avons surgi, et duquel les partisans plaident à l’envi, à travers leur concurrence, la perfectibilité poisseuse. Fuck off ! Cela dit, ce moment c’est toujours le moment – on n’est jamais à un autre. Et peut-être parce que je ne prends personne pour imbécile, je ne fais pas l’impasse sur ce que nous avons de vrais ennemis, à maints endroits du guignol, qui veulent notre peau, aidés d’un tas de gentes dont le principal souci et but dans la vie est que personne ne sorte ; ma foi s’il faut schniarker un peu de la leur au passage, on ne chipotera pas. On se lime les canines.

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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