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26 décembre 2010 7 26 /12 /décembre /2010 11:28


 

 

Il y a quelques temps, dans une librairie, mon attention fut attirée par un petit livre de poche, mis en exergue sur le comptoir, et dont l’auteure n’était autre que Mme de Lafayette, grande amie de ma chère Sévigné, qui fut une de ces Précieuses que la misogynie moderne, cartésienne, insulta tant. J’avance mon col de grue, il s’intitule « La princesse de Montpensier » Tiens. J’ai séché, comme bien d’autres, à l’école, sur la quand même aride Princesse de Clèves. Je ne connaissais pas d’autre ouvrage de madame.

 

Je m’enquiers, et la patronne de me reprendre, l’air presque choqué : « Mais, vous savez bien, le film ! ». Le film ? Non, je ne sais pas. Ni ne savais qu’il eût eu des films au XVIIème siècle, temps béni que je croyais jusque là avoir été préservé, comme tant d’autres, de la peste audiovisuelle.

 

Bref il fallut s’expliquer. Et j’appris que ce texte, jusque là plutôt oublié, était devenu célèbre parce qu’un film avait été fait d’après, et par une sommité du je ne sais plus combientième art. Et que ce film, oh quelle originalité, parlait d’histoires de cul (pardon, d’amour). Avec quelque peu de guerres et de massacres pour quand même que ça fasse pas trop dormir entre les scènes affriolantes. La Reine Margot revisité, quoi.

 

Je m’y perds, moi, dans les Montpensier, malgré que ce soit mon époque de prédilection. Le titre de cette terre de Basse-Auvergne a tellement valsé d’une tête à l’autre que les Montpensier sont légion.

Du coup j’ignore même qui fut exactement cette princesse, que l’on nous montre, semble-t’il (vous pensez bien que je vais pas aller voir le film !) tout à fait adonnée à une très « féminine » activité, celle d’aimer et de se faire baiser par des mecs. Bref de poticher abondamment.

 

Je dois avouer que mes héroïnes Montpensier, si sans doute elles ont eu « des histoires », se divertissaient à  bien autre chose. Á faire la guerre, par exemple, ou à refuser de se marier. Comme la Grande Mademoiselle, que je révère. Mais surtout comme ma préférée, une maudite de l’histoire de France, Catherine-Marie de Lorraine, Duchesse de Montpensier, qui prit la tête de la Ligue après l’assassinat de ses frères le duc et le cardinal à Blois, avant-veille de Noël 1588 (remember ! Yes, je suis Ligueuse, autant ne pas le cacher. Je porte l’écharpe noire). Son autre frère, le gros duc du Maine, était une nullité en organisation.

Catherine-Marie commanda pendant le premier siège de Paris, en 89. Henri III, exaspéré, avait promis à tous les vents de la terre de la faire décapiter en priorité lorsqu’il y entrerait. Las, un petit jacobin envoyé par madame sut en finir avec le monarque ; une lame dans le ventre, péritonite aigüe, exit Henri. Et la duchesse caracolant par tout Paris, annonçant la bonne nouvelle à la population survoltée. Et faisant des blagues sur sa tête « qui tout à l’heure ne tenait pas bien, mais ça va mieux à présent. »

Eh bien zut, comme par hasard, c’est pas sur elle qu’on a fait un film. Déjà, elle est dans la poubelle de l’histoire avec les méchantEs. Beh oui, mieux valait quand même le centralisme royal moderne, dont on put voir tous les bienfaits durant deux siècles, que l’obscurantisme qui contestait, au nom de questions piètrement morales et religieuses, l’absolu de ce pouvoir. N’est-ce pas ? Où irait-on, je vous le demande, si on pouvait mettre en cause l’autorité étatique et civile, pour de stupides questions de conscience ?

 

Eh oui – la Ligue, qui était bien sûr d’abord un complot pour changer de dynastie, c’est vrai, portait aussi une philosophie politique que le « sens de l’histoire » écrasa, pour le plus grand profit des peuples qui passèrent à la moulinette par la suite.

 

Eh non, c’est pas sur elle qu’on a fait un film. C’est sur la potiche, celle qui se consume à aimer, celle qui sert la « valeur-relation » au plus haut point (Catherine-Marie, elle, avait trop à faire pour célébrer ce culte).

 

Á part ça, hein, la culture contemporaine, les cultures en général du reste, n’ont pas grand’chose de sexiste, de misogyne, ni de relationniste. Nooooon….

 

 

LGPP

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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