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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 11:05

 

 

 

Ce qui est soit embêtant, soit exaltant, dans la vie et même dans la fin de vie, c’est de se trouver seule, et en position de taper un peu partout autour. C’est embêtant quand on est à moitié morte, décomposée soi-même, et qu’on tape sur du mou, du coulant, de la bêtise. Amalgame. 

 

Je ne fais pas très attention, ordinairement, à ce qui sort en matière de santé et de prévention. Cette approche me bourre. Elle promeut une injonction à ce que la vie entière ne soit qu’un background, une préparation, un remblayage à la baise, ainsi qu'au travail, et que la chose la plus importante qui se colle à tout ça est d’éviter de choper des boutons. Que le cul soit devenu à vocation durable, comme l’économie, montre bien quel est son véritable rôle structurant dans ce qui reste du monde : produire. 

Quand en plus l’approche est « communautaire », c’est encore plus dézinguant. L’identité c’est ce que tu as dans la culotte et commentavec qui tu couches – et il est indispensable de coucher sinon tu n’es bien évidemment personne.

 

Bon, j’ai longuement déjà causé de ces tropes contemporains. Mais ce matin un billet d’une sagace  et vigilante collègue au sujet de la très-énième « brochure de santé lesbienne », qui collectionne bien sûr tous les poncifs ci-dessus évoqués, me chope au réveil.

 

http://leviathan.yagg.com/2011/10/14/tomber-la-culotte/

 

Je ne vais pas répéter ce qu’elle a déjà pioché dedans, allez y donc voir.

 

Et c’est là que ça devient embêtant.

 

D’une part je contempte à loisir la pensée correcte et l’inclusion trans. Comme toutes les inclusions. « L’égalité dans la diversité ». C’est le baiser de la mort. Enfin non… C’est celui d’une certaine vie, sans aucun doute. De l’amélioration indéfinie de la vie présente. Je ne dis pas, ça se tient, on peut tenter, moi j’ai plus envie.

Bref là je laisserais simplement passer, comme d’hab.

 

D’autre part je lis le machin, la chose, qui bien sûr, au point de vue vision sanitaire, n’apporte absolument aucune nouveauté par rapport à la pile de machins du même genre qui moisissent dans les toilettes des particulières ou sèchent dans les placards des assoces.

Mais il y a cette fois autre chose. C’est ça que la collègue a levé, grand’merci parce que je n’aurais pas été de moi-même touiller dans cette latrine.

 

C’est la sourde haine des trans qui semble littéralement structurer pupuce. Et les pupuces qui ont concocté pupuce. En fait je peux même vous certifier, connaissant le biotope où ça a éclot, qu’elle ne semble pas. Dans ce cas précis, il ne s’agit pas de l’habituelle indifférence vaguement hostile. Il s’agit très précisément d’une haine antique, recuite, honteuse, parce que ne pouvant plus se proclamer comme autrefois, le consensus politique ayant, hélas, fait son chemin. Une haine qui de ce fait doit profiter de toutes les occasions, bonnes ou mauvaises, réelles ou inventées, pour se faufiler et se faire place dans la foule piétinante des idées reçues et des recettes.

 

Vous remarquerez que je ne parle pas de «…phobie ». J’ai pas le courage d’expliquer en détail pourquoi ce suffixe me déséspère et m’exaspère. Combien il ramène tout à un indifférencié mécanique. A la poubelle les ...phobies. 

 

Non, je parle de quelque chose de très tangible, qui pointe, qui s’agite ; de la haine. Ici, de la haine de nanas bio envers les trans, plus ou moins touTEs les trans. Haine qui, n’ayant pas trouvé cette fois-ci de mensonge surgelé à mettre au four, ne sait pas trop comment se dire ; alors on cause, comme toujours, de « ce qu’est être lesbienne ». Être, le dernier morceau monnayable sur le marché existentiel, quand tout le reste nous a échappé depuis longtemps, fricassé et asservi. Ce bon vieil essentialisme, dont nous ne nous saurions passer, et qui repousse en (bio)masse du matérialisme comptable comme des agarics sur le fumier de cheval.

 

Je n’en parle pas pour la disqualifier, comme justement le font touTEs les communautaires qui ne rêvent que lois anti-phobes, consensus pour éradiquer les mauvaises pensées, intégration obligatoire dans le bonheur collectif. Nenni. Je n’en parle pas comme d’une erreur, d’une intention à castrer ou que sais-je. J’en parle comme d’une réalité. Le mal, la haine et bien d’autres choses font partie nécessaire de la réalité, et c’est pour essayer de l’oublier que l’on bascule dans l’inconséquence.

Je ne partage ainsi pas du tout l’avis attristé et déçu exprimé dans l’article de Lev. Non, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un « retard », d’une « incompréhension », d’un « manque de réflexion ou de modernité ». Nan. Je pense qu’au contraire, ce qui voudrait être dit est beaucoup plus net, plus tranché. C’est de la haine et conséquemment du rejet sans fard ; peut-être même un vague désir d’anéantissement. « Si seulement ces truQUEs, ces monstres, peut-être un peu aussi ces emmerderesses, pouvaient ne pas exister… » - soupir…

 

Et donc je ne parle pas pour lui mettre le nez dans son caca, ou pour faire ma pédago. Au contraire.

 

Pour ma part, je n’ai pas, ou plus, d’actions dans « ce que sont ou devraient être les trans ». Et encore moins dans « ce qu’ellils devraient obtenir ». Donc dans ce que je suis ou devrais être. Je suis à peu près morte, et par conséquent tout cela est bien superflu. En outre, encore une fois, la question et son arrière plan « comment on va faire pour prendre place sur le manège » me semblent daubées, impasses. Seul le dynamitage ou la désertion de la fête foraine me donneraient encore envie. Mais on n’y est pas.

 

Je jacte au contraire pour l’encourager. Absolument. Tout bien considéré, rien ne vaut une bonne haine bien formée, bien vivace, bien dite et bien franche. C’est ça que je leur reproche. De pas vraiment oser la haine. De pas accoucher, d'en garder un gros bout. Alors que c'est fichu, on a vu, ça pendouille !

Je ne dis pas non plus « vive la haine ! ». Je ne l’aime pas, je ne suis pas nihiliste pour un sou, je n’en attends rien et je ne l’acclame pas. Mais elle est là, elle frétille, elle est parfaitement incarnée, et mentir à ce sujet ne fait qu’épaissir la grosse soupe de mensonge et de mal à l’aise de la soi-disant « communauté ».

 

Je parle sans détour de la brave haine envers les trans, ces mecQUes déguiséEs et vaguement bistouriséEs en femmes, ces nanas qui ont trahi leur sexe, tous ces sous-marins du fétiche dominatoire, ces jumards et ces chèvre-pieds. Allez, soyez franches, dites le ce que vous avez de mal enfoui entre les oreilles, au milieu de tous les cotons du genriquement accepté. Au moins, comme ça, on y verra un peu plus clair. Enfin peut-être. Je vous dis franchement, j’en ai tellement marre de l’hypocrisie générale qui clapote sous la bonne pensée, les casuismes de l’intégration et autres balivernes, que ce genre de trou dans la banquise de plastique a quelque chose, oh je ne dirais pas de réjouissant, mais presque de soulageant. On a l’impression de retrouver le réel. Il est pas beau. C’est comme ça. Vous croyez qu’on est belles, nous ?!

 

Allez, encore un petit effort ! Qu’on sache où on en est. Qu'on soit enfin le cul par terre, et pas accrochées à des baudruches multicolores. Voilà peut-être une excellente occasion, lesquelles sont aussi rares que des conjonctions planétaires, pour mettre fin à l'illusion sororitaire. 

Finalement, hein, merci les bio ; nous on n'est peut-être pas assez fortiches en haine ni en réalisme, comme toutes les loquedues qui se font et refont carna, avec une bonne foi désarmante. Il nous faut apprendre...

 

De toute façon, c’est comme au jeu ; on vous a vues, ça a dépassé. Vu ! Champignon vu ne pousse plus. Mais ne rentre pas non plus. Et là le champignon est sacrément gros.

 

 

Plume

 

 

Tout cela nous ramène, au reste, à ce dont je causais dans les pages suivantes : « Ah elles nous en ont fait avaler des couleuvres » et « Être mtf – et mal soumise ».

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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