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29 juin 2013 6 29 /06 /juin /2013 09:19

 

 

Incidemment, je vous avais parlé, en marge de la bergeronnette égarée sous la pluie, de l’arrivée dans un pré en contrebas d’une escouade de pauvres vaches, probablement promises à l’abattoir (comme toutes les vaches de nos contrées, à très peu d’exceptions près). Eh bien je me suis avisée qu’elle étaient toujours là, dans le pré. Rassemblées sous un frêne, l’air inquiet, sur leurs gardes, mais pas trop quand même, mine d’essayer de ne pas attendre l’inéluctable. Ça le ferait venir. Ces derniers jours, l’herbe a enfin consenti à pousser, elles sont comme dissimulées dans les grandes touffes. Si seulement !

 

Chaque moment perdu pour l’éleveur est un moment gagné pour elles – comme pour la recherche et la conscience, comme pour l’échange et la vie ! On se prend même à espérer qu’elles ont été oubliées. Il y a des catégories, comme ça, où être oubliée est la condition de la survie. Où dès que les vraies gentes se souviennent de vous, c’est que ça va barder pour votre matricule. Les vaches en font partie, les trans aussi, les feignasses, les inabordables, les pas bénévoles, les juives, et quelques autres identités providentielles - toutes imprégnées, oh surprise, de ce féminin tout pourri que nous fuyons en masse au profit des bonnes valeurs fortes, libératrices, masculines quoi - qu’on coupe en morceaux quand le cauchemar social se fait trop dense, ça ne le dissipe en rien mais ça soulage.

 

En plus, en moins devrais-je même dire, ce sont donc des Holstein®, bref le degré moins quelque chose dans l’étagement hiérarchique de l’exotisme terrien et territorial qui nous empoisonne de plus en plus, à alternolande, concurremment à la technologie bien pratique pour ubiquiter. Des cosmopolites, pourrait-on dire en se souvenant de l’emploi par la gauche de ce terme, après la guerre, pour pouvoir continuer à répandre la haine antisémite sans en avoir l’air. Le genre qui ne fait triper personne, que contrairement à telle ou telle autre variété même les bestiophiles ne sauveront jamais. La honte d’avoir une Holstein dans son pré ou sur sa zad. Bouh ! l’incarnation du capitalisme antinaturel, à éradiquer. Pour qui l’extermination est à peu près toute la pitié qu’on puisse escompter. Ne suffit pas d’être là, il faut faire fantasmer, positive, sans quoi –

 

Elles semblent le sentir, qu’elles ne sont pas très valorisables ; elles ont pas l’air fières du tout. Là-dessus on se rend quelque chose. Elles ne sautent et gambadent pas, comme les limousines qui ont fait la course avec moi l’autre jour alors que je redescendais (en auto) du col. Il est sans doute vrai aussi qu’elles sont vieilles, usées, traites ; les limousines étaient des jeunes.

 

Bref, ces vaches, presque invisibles, silencieuses, expectatives, ne vivent que pour autant qu’elles sont oubliées. Le matin même où qui de droit se les rappellera, couic. C’est un peu comme quand les bio t’philes nous bavent hypocritement autant que stupidement dessus en plaignant notre invisibilité, ce qui est se foutre de la gueule de la très grande plupart des nanas t’s. « La ferme, abrutie » avons-nous envie de leur chuchoter – mais il est toujours déjà trop tard, évidemment. La biovraie désire tellement exhiber sa trans, sa vache, son opprimée à traire et à savourer, sa valeur ajoutée échangeable et interchangeable. Á pas cher, comme les Holstein : consommables et suspectes à la fois, tout bénef.

 

Tout aussi évidemment, faut pas rêver – personne n’est oubliée, dans notre sympathique monde de vigilance, de prise en compte et de care. C’est bien là que ça coince. Le destin estimateur a une vue panoptique, infrarouge, satellitaire. Notre conscience même en est à l’origine : tu me dois, je te dois. Couic et recouic. Nous sommes ce destin, délibérément et résignément. L’oubli, l’indifférence, l’émancipation quoi, le trou dans l’ordre des choses, ne pourrait, ne peut commencer que par soi, par nos volontés propres. Ça n’a pas l’air de vouloir être la semaine prochaine la veille.

 

Qui oubliera la première d’être actrice de sa vie, de chercher, et de s’enrichir de celle des autres ?

 


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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 09:10

 

 

J’apprends, avec joie, par le journal local, qu’une « femme de quarante ans, seule, sans bagage », a consciencieusement grivelé un de nos tristes hôtels (vous connaissez pas le pays, c'est déprimlande !), et est partie sans dire adieu. On ne sait apparemment qui c’est, d’où elle venait, où elle allait – ce qui sont, je trouve, des conditions préalables d'une liberté.

 

Eh ben ça fait plaisir, de savoir, par les autorités compétentes elles-mêmes, qu’en notre époque d’apothéose de la relationnite (comment ça t’es seule ?!), d’intensité du contrôle, de circonspection sur l’échange équivalent, il y a des nanas, quarantenaires, sans boulets d’aucun genre, qui prennent la poudre d’escampette, sans rendre compte.

 

Je vais vous dire franchement, s’il y a des personnes encore qui me font espérer qu’un jour on sortira de ce cauchemar, ce sont pas les camarades militantes, encore moins les entrepreneuses avisées ; ce sont les courants d’air comme elle, qui laissent des trous dans l’enveloppe de ce monde hideux, cannibale, que et auquel les susdites désirent à tout prix s'approprier.

 

 


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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 17:08

 

Plan d’urgence. Y faut trouver le moyen de forcer les chômeuses qui dit on se la coulent, et autres réfractaires, à aller enfourner la bouffe (industrielle ou bio, pareil) en barquettes, passer la serpillière et torcher le cul de la part de la population qui est réputée ne plus pouvoir le faire. Pasque c’est ça, qui suinte des circonlocutions du communiqué afp suivant

 

http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/06/20/l-elysee-prepare-un-plan-d-urgence-pour-resorber-le-stock-d-emplois-non-pourvus_3433334_823448.html

 

Ben ouais, on a très bien compris. Il y a peut-être deux ou trois postes de forgeronnes ou de tractoristes en déshérence, mais en réalité à peu près tout ce qui est à pourvoir, c’est les habituels boulots particulièrement merdiques, pénibles, humiliants, très mal payés, et prioritairement pour des nanas (au besoin, si qu’on n’en prend pas assez au filet, aussi pour des mecs qu’on fera ainsi bisquer en les réduisant un tantinet à une condition féminine, pas grave, y pourront se venger en rentrant au domicile familial, ce hâvre…). Sûr pourtant que beaucoup d’entre nous préfèrent désormais se démerder, des plus diverses manières, que d’accepter ces emplois pourris. Pour ça qu’y a plus personne à les tenir, hé !

 

Mais qu’à cela ne tienne, on va nous y forcer, tiens. Une flique, une sociale derrière chaque nana, déjà pour qu’elle se débarrasse pas tardivement ou hors cadre de ses aliens, comme je l’ai déjà moult fois fait remarquer, mais aussi pour qu’elle aille serpiller, torcher, servir, sourire… L’histoire du travail, c’est l’histoire du travail forcé, que ce soit de manière coole dans les périodes de cocagne relative, appât du gain et injonction mutuelle, ou de manière pas coole du tout, quand il a fallu autrefois mettre les gentes au boulot (worhouses et hôpitaux généraux), ou à présent quand y s’agit de mobiliser pour rabioter un demi pour cent de croissance et bien tenir son monde. Z’ont bonne mine nos amies les prohi qui participent, à leur manière fort peu originale, rédemption bon pasteur, à la mise au travail honnête et contraint, à la production de valeur, à la paix sociale, concurremment avec les macs et avec l’état ! Tout ce beau monde nous voudrait filles soumises, identifiées aux nécessités incontournables du maintien de l’ordre : revenu, amour, participation enthousiaste à notre misère. Positives, prévisibles, productives. On est de plus en plus nombreuses à les décevoir et à les faire enrager ; si qu’è pouvaient en crever !

 

En plus, hé – à l’échelon au dessus, ça va bien à terme créer des postes de matonnes en tous genres, un peu mieux payées en argent mais surtout rétribuées en puissance déléguée, de noter, d’opprimer et de terroriser. Wah le paradis en perspective très, très proche ! La trique, la peur, la haine. Comme en Espagne, tiens, dis, où l’économie repart, avec la moitié du salaire en moins, et la file devant le guichet d’embauche.

 

On veut pas bosser, échanger du temps contre trois picaillons, devoir se soumettre et s’échiner pour pas être virées et stresser ; ou alors le moins possible, pour le plus possible, point. Et on est de plus en plus nombreuses à pas vouloir. Gneu !

 

Une révolution féministe sera, peut-être, je l’espère, celle de la paresse, du refus et du sac. Ni conjointes, ni employées, ni citoyennes. Zébi et des cisailles !

 

 


 

 

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 08:39

 

  

criaient les ultras en Espagne au retour de Ferdinand VII. Je ne sais pas quelle régence ou quelle divinité est en ce moment sur le retour chez nous, à f-tpglande et autour, mais j’ai l’impression d’y entendre ou d’y lire de plus en plus souvent des exclamations de ce genre. Quand ça fait mal c’est que ça fait du bien ! Et c’est quand on est enfermées, engluées, qu’on se sent le plus à l’aise. C’est même ça qui nous tient debout. Ainsi que des momies salées dans une cave.

 

Un sophisme aporique qui nous semble de plus en plus cher le suggère : l’émancipation, l’égaillement, l’évasion, la sortie et le bris des cadres sociaux seraient des privilèges, donc pas bien, à éradiquer. S’il y a au contraire quelques choses dont, de fait, il y aurait toujours assez pour tout le monde, et sous les formes les plus diverses, imposées comme autoproduites, ce sont bien la domination et l’aliénation, les traditions et les fondamentaux. C'est là que nous trouverons la stase bénie, et non pas dans de douteuses divergences sans garantie aucune, des audaces égoïstes et répréhensibles. Républicaines, identistes, communautaires, technologiques, le salut est dans la réalisation performante des challenges en vigueur : valoir, échanger, citoyenner, baiser, s’identifier, prier…. Toujours plus fort toujours plus vite. Les épouvantables dégâts collatéraux, les violences, les oppressions répétitives, les compromissions ahurissantes qui en résultent obstinément et à toutes les échelles sont de déplorables insuffisances, des aléas de la longue marche vers la sujette accomplie, des bourdes, éventuellement de criminels sabotages ourdis par de sombres méchantes, mais on va y arriver. Faut y croire, et pédaler. Nous ne saurions vouloir les causes des conséquences desquelles nous nous plaignons, tout d’même ! On n'a pas la berlue à ce point ! D'ailleurs, on va apprendre à ne plus se plaindre des conséquences, à les recontextualiser, à les aimer, à en jouir, à y voir la porte de la félicité. Plus ça rate, plus ça doit marcher au final. Ma-thé-ma-tique !

 

Oscours !

 

 


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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 09:31

endormie

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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 09:01

 

 

 

Pioché dans le quotidien régional : « les produits minceur ne se vendent pas du tout ».

 

Quand on sait à qui ces charmants poisons sont prioritairement destinés, socialement imposés, et pourquoi comment, on ne peut que se réjouir.

 

Maigreur, dépendance au désir et à la reconnaissance sont de la même famille. Et pas qu’à hétérolande - même compte non tenu des tristes efforts que nous faisons pour y similer. Qu'à voir l'iconographie de nos petites soirées osées. Conciles cadavériques. 

 

Il est temps de contreprogrammer. Ainsi que nous l’avions inscrit autrefois sur le mur lors d’une mémorable rencontre féministe : Manger Dormir Grossir !

 

A poings fermés.

 

Et tout bousculer quand on se réveillera.

 

 


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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 12:29

 

 

L’amour est politique. Les hétér@, ministres comme artistes, se fendent en quatre pour nous mettre en scène, actrices de nos vies, et nous faire éprouver par le fait que nous ne saurions décemment vouloir vivre autrement que ce qui s’est fait et refait depuis des siècles.

 

Un indice : si jamais le cauchemar social venait, par l’effet de quelque bienfaisante sorcellerie, à se dissiper, orphelines de l’aliénation, nous serions je pense capables de le reconstituer à peu près intégralement, diy, rien qu’à partir de la pratique assidue et consensuelle de cette forme-glu.

 

Oserions nous y manquer ? Nous sommes si désespérément bien élevées...

 

 


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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 16:49

 

Je sais pas qui se rappelle, aujourd’hui, des découpures de petites silhouettes humaines, plutôt neutres, c'est à dire masculines, auxquelles on s’amusait dans le temps, y a longtemps, quand vraiment on s’emmerdait ferme. Attachées irrémédiablement les unes aux autres par des extrémités disparues dans la fusion. Ce qui est une transposition assez exacte de la relation obligatoire et normative : elle mutile, et on s’y résigne souvent pasqu’on vit des vies de m, enfermées, angoissées. Autant m… à deux, trois, quelques, n’est-ce pas, l’important étant de bien garder les formes.

 

J’y ai pensé vivement en voyant, sur un journal local (même pas vers ça de chez moi, bien qu’on fasse difficilement plus local), la photo d’un de ces pochoirs que jusques aux moins populeuses « manifs pour tous » ont laissé, vous savez, la famille, sans mains sans pieds, fondus les uns dans les autres, l’idéal de la dépendance quoi.

 

Ce pochoir, sur un trottoir de sous-préfecture, avait cette particularité qu’à un endroit ça avait bavé. Voui. Grosse coulure éclature. Devinez où ?

 

La tête de la môman, éclatée, écrasée, volatilisée, comme dans la réalité quoi.

 

*

 

Je voudrais aussi, chiante comme pas deux, profiter de l’occasion pour demander, ingénument, où sont passés tous les jolis badges, vous savez (re !), ceux avec la famille la maison le monospace, qu’on arborait avec une joie féroce à tpglande il y a quoi, dix petites années. Avant qu’on s’avise que se réapproprier les formes d’hétérolande c’est super subversif et émancipatoire.

 

Même si la famille qui y est symbolisée est éminemment hétéro-hiérarchisée, il semble que nous soyons mal à l’aise devant la similarité de ce que nous en sommes à défendre ; et que porter ce badge est devenu du mauvais esprit.

 

C’est le seul, à peu près, que je trimballe encore.

 

On pourrait remplir je crois un beau cercueil de nos audaces, de nos volontés, de nos espoirs, avec ces badges désormais devenus un peu inopportuns, maintenant que nous en sommes à profamilier concurremment avec celleux qui veulent notre peau, histoire de leur être égales et de leur ressembler trait pour trait.

 

Y compris la tête éclatée : dans la famille, dans la relation, dans le milieu, il y en a toujours une, au minimum, qui aura la tête éclatée. D’expé.

 

 


 

 

 

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 08:37

 

 

Hé oui, on aurait presque tendance à les oublier tellement y sont partout, petits et grands. Ça fait un moment que je n’en avais pas causé. Nous on marche ni sur des œufs, ni sur des pois, on zigzague entre les boulets, on se tape les chevilles dedans.

 

Dernier en date, Ozon, le cinéaste aimé des gays misogynes et des libérés genre club échangiste miteux bien sombre. Passe encore qu’il nous ait sorti un film débile et caricatural sur le tapin, un de plus ; il faut bien croûter, n’est-ce pas ? et ce genre de truc se vend, particulièrement je pense à ceux qui se croient tellement attirants - mais quelle pitié, personne ne le reconnaît ! 

 

Mais comme c’est le festival, et qu’il faut assaisonner la pub de profondes sentences morales z’et culturelles, il a réussi à nous ressortir le très classique, au moins aussi vieux que les Lumières, cliché des nanas qui, naturellement, par leur constitution, aurions pour fantasme de tapiner, comme ça, rien que pour la chose, gratoche au besoin – ce qui est un non-sens, le tapin implique rétribution. On est juste à côté, bien entendu, du fameux fantasme de viol, si on te dit non tape la et entre, elle attend que ça, qui est l’équivalent en termes de « relation amoureuse », comme on dit.

 

Hurp…

 

Alors déjà c’est frappant (!) à quel point les mecs se considèrent tellement comme désirables et valeur en soi que leur obsession, finalement, c’est toujours de nous avoir, déjà, et de nous avoir pour rien, et qu’en plus on dise merci. J’ai déjà fait remarquer que c’était un des fonds récurrents de la pensée des mecs anti-tapin – comme des autres ! Du patriarcat, quoi, pour être lapidaire. Désir qui s’est universalisé dans l’idéal amoureux et sexuel, un des plus sûrs systèmes d’assujettissement qu’on ait inventé, et que nous sommes encore à essayer de nous imposer à toutes.

 

Mais ce qui m’épate encore plus, au-delà du répétitif « les femmes c’est comme ça, les hommes c’est comme ça » et les unes doivent passer sous les autres afin de devenir ce qu’elles sont, c’est la naturalisation des systèmes sociaux qui fait la crèche dans laquelle nous jouons les santons, bien prévisibles bien dociles.

 

Ben oui. Le tapin est un boulot. Ce qui pose immédiatement la très insistante analogie : les humains fantasment à mort de bosser. Tellement ça fait mouiller d’être commandé, humilié, exploité, stressé, mis en concurrence, tout ça pour gagner sa vie, jouissance ineffable du virement de fin de mois ou d’affaire conclue. Et si les choses se grippent, d’en revenir au travail forcé et gratuit, pendant qu’on y est. On y est, d’ailleurs, en ce moment même.

 

Le pire c’est que nous en sommes arrivées à une telle situation de dépossession, d’aliénation et de violence que, oui, effectivement, on en est à fantasmer, à désirer de bosser, pasqu’y a quasiment plus d’autres possibilités de survie, et aussi que c’est censé être ce qui nous fait exister, nous justifie à nos yeux et à ceux des autres, fait de nous des personnes utiles.

 

Comme le sexe. Tiens, j’ai dit bizarre, comme c’est étrange…

 

Évidemment on est censées rêver de bosser pour un bon salaire, dans de bonnes conditions, à quelque chose dont on arrive à s’imaginer que ça nous intéresse. De même que baiser super cool, sans dépendance et sans violence, en jouissant à fond et sans attraper de boutons.

 

Que, comme système social, et système d’échange et de concurrence, ce doive fatalement être pas du tout ça pour une très grande majorité, et à terme pour tout le monde, ce n’est, depuis deux ou trois siècles, qu’un mauvais moment à passer. La démocratie, la croissance et la safety consentimentielle vont nécessairement parvenir, par leur perfectionnement et leur absolutisation, à faire de ce charnier d’imperfection un paradis terrestre. C’est ce que nous racontent toutes les instances chargées de faire en sorte que ça tourne et qu’on n’en sorte sous aucun prétexte. Logique shadokienne : plus ça rate, plus c'est sûr que ça doit réussir. 

 

Et – pareil – que dès qu’il y a valeur d’échange et recherche de l’équivalence, tout est par essence marchandise, à commencer par nous-mêmes, oh ben non alors, ce serait trop déprimant. Oublions et prohibons. Tout le monde aux galères décentes. Et aux relations gratoches – voir plus haut.

 

Une fois de plus, c’est effarant comme il y a, au sujet de la crèche où nous devons santonner, consensus fondamental entre nozamies la glu et nozamis les boulets, les prohi et les pro-sexe par exemple. Les systèmes d’échange auxquels nous sommes contraintes sont incontournables, incriticables, naturels, il s’agit juste de les faire bien fonctionner, d’en traquer spectaculairement les mauvais aspects et les pires méchants – étant entendu que ce ne peut être le système lui-même qui soit à remettre en cause. Bosser, baiser, citoyenner, quel pied. Au moins cher possible cependant, sobriété santé – parce qu’on a bien compris que l’intérêt, le seul, le vrai, c’est celui de la boutique, de l’état, de la relation et de l’économie.

 

C’est pour ça que ce que dit Ozon est largement aussi bête que méchant. Et exprime à plusieurs niveaux les structures du patriarcat. Celui de la nature de sexe comme celui de la nature humaine et sociale. En affirmant, candidement, l’appétence pour les rapports de domination, on est à deux doigts de se flanquer dans le décor, de renverser tout le carton pâte qui fait le fond de la crèche, ce qu’évidemment aucune des protagonistes ne souhaite, ouh là là.

 

Quand Ozon éructe que « les nanas, ça rêve qu’à ça, et dans toutes les positions », j’entends en parallèle la clameur planétaire : « les gentes, ça rêve qu’à être salariées, utiles ». Je me méfie de la paléontologie des formes sociales, mais c’est tout de même à se demander ce qui a suivi quoi.

 

Bref, ben non, le boulot, la dépense de force non pas pour vivre mais pour gagner sa vie en y laissant l’essentiel, pour moi ça n’a rien d’excitant, que ce soit le tapin, la caisse enregistreuse, les couches-culottes ou les services de geston/répression. Je sais que ça l’est devenu pour un certain nombre, genre artisans consciencieux ou cadres workaholics. Ça fait plutôt froid dans le dos. Comme dit un vieux proverbe russe, « si on cogne suffisamment longtemps sur un lièvre, on peut lui apprendre à gratter les allumettes ». Et à aimer son sort.

J’ai eu l’occasion de remarquer que ça l’était beaucoup moins, devenu excitant, chez les nanas qui tiennent des emplois de m…, commerce ou aide à la personne, ces emplois honnêtes que voudraient généreusement nous offrir les prohi, lesquelles ne tiennent pas du tout à remettre en cause le travail et l’économie, encore moins la subordination qui va toujours avec.

L’aliénation, ce n’est pas de faire ni même de subir – c’est de se projeter dedans et de s’y retrouver comme soi-même.

 

Pour en revenir à notre ami le boulet, évidemment, là il l’a faite bien grosse, au milieu du parquet, on ne peut pas la manquer et c’est ce qu’il voulait, sûr de l’approbation plus ou moins discrète de ses congénères. C’est ça qui compte, en ce printemps des c…s. C’est là-dessus que capitalisent tous ceux qui sentent peut-être venir un retour aux fondamentaux de l’ordre des choses moderne, lesquels peuvent se résumer en peu de notions : la disponibilité enthousiaste, la précession des désirs, l’amour de la dépendance. Avec l’accès gratuit, pasque les caisses sont vides, mais qu’il reste hors de question de renverser la relation-valorisation et le repos du guerrier de pépé, qui est déjà au chômage, déclassé, le pauvre. Ozon, les mecs en général, les prohi et bien d’autres instances font dans la protection et la perpétuation d’hétérolande, à pas cher. On ne peut guère montrer plus nettement que là se tient, avec le rapport d’appropriation, ce qui maintient l’ordre des choses en place.

 

 


 

 

 

 

 

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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 09:34

 

Elle est toute seule, la pauvre bergeronnette, toute seule de son espèce, arrivée sans doute l’autre jour en voletant derrière la remorque qui amenait au pré de tristes vaches laitières de réforme, vouées à l’abattoir à brève échéance, une fois qu’elles auront brouté un peu.

 

Il caille, dans ce sale pays où on n’a pas entendu un coucou du printemps – si tant est qu’on puisse parler de printemps ici. La neige est sur la montagne, pas loin. La bergeronnette, non seulement est seule, non seulement a froid, mais elle a rien à croûter. Y a pas un insecte dans l’air. Tous aux abris.

 

Elle pite donc dans l’eau, à sa manière de cane miniature qui se dandine et agite sa queue de haut en bas. Je la plains. On dirait mézigue, pareille, seule, malvenue, frigorifiée.

 

Comme quoi : ne suivez jamais les remorques !

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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