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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 08:34

 

 

J’avoue, après réflexion et retour sur ce que j’ai vécu et subi à bio-féministlande, je ne m’associe pas à la chorale d’indignation vertueuse et inclusiviste envers les nanas qui se définissent ou se rassemblent comme Radfem®. Oh, c’est pas que je les apprécie, et encore moins réciproquement, vous vous en doutez. Mais déjà je n’ai pas du tout envie d’un monde où il sera prescrit de m’apprécier ou de me « reconnaître », encore moins de me respecter pour « ce que je suis », ou même pour un autre critère. C'est-à-dire où la haine sera contenue dans le privé – parce que je ne me fais aucune illusion à ce sujet : nous, f-trans, sommes objet de haines congruentes et convergentes, pour des raisons que j’irai jusques à qualifier de très bonnes, dans la – très large – mesure où ce monde entier est structuré sur la haine du féminin ou de ce qui est assigné tel. On n’est pas sorties de la cave de l’auberge, et c’est inutile de faire même comme si nous étions près du soupirail.

 

Par ailleurs, je ne vois absolument aucune raison que je puisse soutenir d’empêcher des nanas de se réunir en non-mixité, fusse cette non-mixité imprégnée de haine et de bêtise réductrice et acritique. Et comme si les pas radfem étaient politiquement tout en sucre – quand on en est à revendiquer comme émancipatoires le mariage, la famille et même au besoin la religion, il faudrait ptêtre faire un petit retour sur nozigues, hein ? Je suis juste de celles qui préfèrent que les choses soient claires : c’est une non-mixité f-bio. Mais faut le dire. Exactement comme pour  la plupart des non-mixités qui se proclament « inclusives » et ne le sont pas en fait.

 

Et d’autre part, ça me fait tristement marrer que cette opportune colère dirigée sur quelques naffreuses qui sont la bien pratique honte de la famille, permette une fois de plus de washer le mouvement féministe dans son ensemble, et surtout dans ses secteurs modernes, de toute violence anti f-trans. Parce que faut pas me, nous prendre pour des c…es. C’est aussi bien à ça que ça sert, de s’en prendre à ces nanas qui sont elles-mêmes minoritaires, depuis que le féminisme radical, qui ne se limite, ne leur en déplaise, pas à elles et à leurs fétichismes négatifs, est à peu près mort, au grand soulagement des intégrationnistes et revendicatrices de toutes places dans l’ordre des choses d’un patriarcat lui aussi washé de ses côtés contreproductifs.

 

Je peux même le dire très simplement. Je n’ai jamais été agressée ou maltraitée par une féministe radicale, et encore moins par plusieurs ; j’en ai rencontré quelques unes, des bien copieuses, antitrans et tout, dans ma life et on a même des fois causé. On était clairement des deux côtés de la barrière, la labrys à portée de main au cas où, mais on causait, et des fois j’ai ramené des ces causeries un bien meilleur souvenir que de l’hypocrite bouillie inclusive pleine de clous. On ne prétendait à rien, ni les unes ni l’autre.

Là où - compte non tenu des mecs autrefois - j’ai été violée, agressée, maltraitée, instrumentalisée, calomniée et même (rien laisser perdre, principe de l’équarrissoir !) escroquée, c’est dans le milieu féministe alterno-inclusif (à forte tendance institutionnalisante), précisément chez les lyonnaises. Et par des têtes de l’endroit. Pas par de méchantes radicales.

Là où j’ai, et où d’autres, avons subi la haine pas assumée qui se cherche et, si elle n'en trouve pas, invente ses prétextes, l’exotisation qui essaie quand même de se servir de nous, le dégoût et la peur de ce « trop féminin tout de même, pas clair », c’est pas chez les radicales, qui ont l’honnêteté élémentaire de pas nous la jouer, de dire que nous et elles c’est niet – et réciproquement. Nan, c’est chez celles qui se la jouent, justement, « on est toutes un peu trans », ou bien « on est inclusives », « meufs gouines trans la croisière s’amuse ».

 

Un des sales côtés de ce monde, qui se répète, c’est qu’on est quelquefois moins en danger avec des ennemies ouvertes qu’avec de prétendues amies qui vous pourrissent et vous méprisent. Parce qu’au fond, les deux pensent et sentent pareil. Juste elles n’en font pas la même chose.

 

La réalité crue, et dure, c’est que le programme intime de la majorité du féminisme actuel est identique à celui des Radfem. Conservatisme et intégration/exclusion. Comme le programme de la gauche gouvernementale devient identique à celui de la droite dure. Mais que les impératifs du commerce politique impliquent de ne pas le dire ouvertement, de juste le laisser sentir, et à celles qui sont démarchées, c'est-à-dire les bio. Par exemple, les unes ne croient pas plus à la notion de genre – laquelle nous a été effectivement d’un piètre usage pour changer quoi que ce soit -  que les autres, mais elles affectent de faire (mal) semblant, et profitent des a-côtés. Les f-t’s, en attendant leur disparition escomptée, jouent le rôle des juives ou des roms, exutoires, punching-balls et boîtes à fantasmes. C’est pour ça que nous sommes recrutées à inclusiv’lande. Et pour mettre aussi de la pommade sur la conscience malheureuse et torturées des bio qui font dans la compassion et le paternalisme. Mais qui ne se posent guère de questions oiseuses quand nous venons à disparaître. Il y a tellement de choses intéressantes à faire et qui gavent l’attention comme l’avidité ; « Wah trop radicool ! Une soirée post-porno queer mgt, dis donc, ah ça c’est libératoire et pas normé pour un kopeck. Ah c’est bête, on manque de diversité, il faudra qu’on se dégotte une nouvelle trans pour faire domina la prochaine fois ».

 

Pour en revenir au féminisme radical, il se trouve que j’en suis. Je n’ai, dans la ligne de la tradition un peu beaucoup oubliée qu’on ne demande pas la permission à celleux qui vous dominent, réclamé finalement de certificat à personne. D’autant que ce que je mets dessous ne correspond que très partiellement aux rêves hargneux mais surtout étroits des Radfem actuelles. Beaucoup plus à ce qu’appelait Solanas. Une révolution, quoi.

Ça ne m’embête pas plus que ça d’être seule, dans ce pays et pour le moment, dans l’intersection, comme è disent, de ce que je suis et de mon option politique : un monde de femmes, où on aura détruit les instances de pouvoir et de valorisation. L’époque n’est pas à l’audace.

Ce qui m’embête c’est d’une part que la vie est (de plus en plus) courte, et qu’on se fait piéger et charcler par des milieux qui sont pas mal structurés par la crapulerie, la lâcheté et le mensonge. Il faudrait, si j’ose dire, pas naître, parce qu’on ne naît rien, mais très tôt, dès l’adolescence, avoir accès comme on dit encore en novlangue à un bagage de savoirs (et re novlangue !) sur la question, histoire de ne pas passer des années à nous faire massacrer par des fermières de l’intégration qui nous font « petite petite petite », avec leur grand couteau derrière le dos, comme dans la fable de la Fontaine.

 

En ce qui concerne, encore une fois, les Radfem et assimilées, de mon point de vue elles butent dans la même impasse que les Delphy et bien d’autres, impasse critique qui n’est pas propre au féminisme, mais coince tout le mouvement révolutionnaire depuis longtemps : elles n’identifient le patriarcat qu’au regroupement d’intérêts universalisés de la classe des hommes ; ce que je crois exact en analyse descriptive mais n’épuiser pas le problème. Je suis de celles qui pensent que les systèmes de domination sont totaux, constitués de formes non perçues comme telles mais que nous vivons comme nous-mêmes, et que par conséquent démolir la domination ce n’est pas opérer une redistribution de ces formes et de leurs dividendes, mais s’en défaire. C'est-à-dire, en ce qui nous concerne ici, de se débarrasser des formes sociales valorisées en patriarcat. Pas se les réapproprier. Sans quoi nous reproduirons, même avec un autre encadrement, un monde sensiblement identique.  

Les conséquences sont de toute façon matérielles et immédiates, dans le choix entre la cogestion protestataire et la critique radicale ; dans un on se retrouve un jour ou l’autre assise à la même table que des flics, des procs, des managers et des ministres ; dans l’autre on est derrière la barricade ou dans le désert. Quand on essaie de faire les deux, on finit écartelée, ou folle.

Je crois de plus en plus fermement, avec l’expé, que les attitudes morales pourries sont pour beaucoup une conséquence de l’aplatissement, de la résignation, de l’opportunisme politiques et intellectuels qui caractérisent et notre époque, et nos milieux dans cette époque.

 

Pour dire, en fait, que je peux me sentir des fois une solidarité politique partielle avec ces nanas, les rad’s, qui sont je crois elles-mêmes divisées entre se servir des structures présentes et les détruire. Et que, contrairement à ce que voudrait l’idéologie présente de la convivialité et du respect, laquelle est la pierre tombale sous laquelle se passent précisément les violences et abus évoqués plus haut, je ne demande ni n’attends en aucune manière que cette éventuelle convergence se traduise en relation ni en inclusion.

De toute façon, elles sont très peu nombreuses, et je suis encore moins nombreuse. Je veux dire, même s’il y a un risque exterminatoire, ce qui est probable envers nous si elles prenaient le pouvoir, il n’est pas à l’ordre du jour. Ce qui est à l’ordre du jour, c’est le lent massacre dont les f-trans font l’objet chez les féministes raisonnables et opportunistes. Comme partout ailleurs à biolande.

 

Bref, je n’entre pas dans la chorale, dans aucune des chorales d’ailleurs. C’est que je chante faux. Hé, déjà, hein, vous savez bien ce qui se passe quand il y a une trans dans les chorales de meufs ; avec nos cordes vocales toutes détendues, amollies, c’est comme la louve qui se veut faire bergère (La Fontaine là encore). Wooouh. Pas possible. Ridicule même. Tout le monde fait comme si pas, mais en réalité ça passe pas, ça rigole in petto. Et des fois y a de quoi. Nous chantons faux, nous sommes des pas vraies de toute façon. Et d’ailleurs ça chante faux, dans la mesure où ce qui est chanté est souvent pas vrai non plus, prétexte, voile, cache-sexe au maintien des rapports de force et de naturalité en vigueur ! Laissons tomber les chorales. Laissons tomber les arnaques à la sororité, à la reconnaissance ou que sais-je. Laissons tomber l’alignement idéologique prudent. Ça ne sert à rien. Si nous devons être massacrées, ou conduites à l’extinction, à la fin, nous le serons. Nous nous abîmons déjà bien nous-mêmes, avec enthousiasme. Le tout est de n’y consentir ni d’y participer en aucune manière, et pour, je veux dire, garder un tant soit peu d’estime (et rerenovlangue), et pour garder aussi une liberté de pensée, cette liberté négative que j’ai déjà souvent évoquée, qui est peut-être une étape vers ce monde profondément différent, opposé, dont j’ai parlé plus haut.

 

(Peut-être que les succétrices de celles mêmes qui nous traitent comme des m… viendront alors dire merci sur nos tombes. Ce sera encore plus beau et plus obscène que leurs gueules de circonstance de cent pieds de long aux cérémonies du TDoR, entre deux saletés transphobes. On s’en fout. On les emmerde. Vivons.)

 


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7 mai 2013 2 07 /05 /mai /2013 09:11

 

« Si vous ne savez pas être libres, apprenez au moins à être malheureux ». Cette cynique déclaration, symptomatique d’un ancien régime que nous n’avons absolument pas quitté avec la modernité économiciste et démocrate, connaît toujours de nouvelles applications. Le "ne savez pas" est évidemment doublé, à l'interieur, d'un tout aussi définitif "si vous n'avez pas les moyens". 

 

Je vous avais déjà causé de l’arnaque au courage, ce courage bien commode dont on laisse l’usage – supposé le bon usage, hein, faites pas n’imp’ avec, ne vous révoltez pas - aux écrabouillées. Je vous avais causé des avisés conseils en économie familiale des caf, comment organiser la misère. Je ne vous avais je crois jamais parlé d’un autre truc qui me donne des boutons, que les psys agitent en hochet, et qu’ils nomment la résilience. En gros, la capacité à avaler les violences et les blessures, et que c’est très bien, prenez sur vous, comme ça vous resterez une citoyenne utile.

 

Récemment, encore « mieux », si toutefois il est encore pertinent de tenir un palmarès des ignominies de ce monde. La directrice du plan alimentaire mondial a usé de ce même terme de résilience en ce qui concerne l’affamement de contrées entières, pas rentables. Y faut que ces gentes arrivent à la boucler, sans évidemment remettre en cause de quelque manière que ce soit le commerce, qui est à l’origine de ces famines. Pasque sans le commerce, hein, ce serait pire que le moyen âge.

 

Ce qui est absolument admirable, au point de rendre folle d’ailleurs, c’est l’intrication opportune de logiques contradictoires : on nous injoncte, une fois qu’on nous a confisqué à peu près toute autonomie réelle, de nous démerder isolément, privativement, selon les lois quoi, tout en maintenant un système basé sur la circulation et la valorisation, qui met soigneusement hors de portée l’essentiel de la production, histoire d’éviter le crash de la valeur.

 

En termes crus, ça signifie : vous ne valez rien, crevez. Mais dignement, hein ? Et sans faire de barouf. Ou survivez, grâce à nos toujours nouvelles techniques de reconstruction positive, ça permettra de vous utiliser une fois de plus.

 

D’ailleurs, tout va bien : les prix des matières premières remontent. C’est vrai qu’avec cette fichue déflation… Bien sûr, les pauvres vont avoir encore un peu plus de mal à se nourrir. Mais les gros paysans et les entreprises agricoles vont dégager, comme on dit, plus de bénef’. Le miracle de la valeur, de l’échange et de l’argent, c’est qu’il faut toujours qu’il y ait quelqu’un qui crève. Mathématiquement. Même les physiocrates, avant Smith, avaient du se rendre à cette évidence : pour que « ça » tourne, il faut des broyés. C’est l’huile indispensable de toute économie.

 

De même, les rapports sociaux et relationnels vont se réintensifier. C’est l’printemps (enfin dans l’hémisphère nord). Les besoins vont fleurir. Ça va contraindre, violer, séquestrer, harceler, tuer dans tous les coins. Là aussi, hein, courage et résilience, bobonnes : ça fait tourner les services de sécurité, les tribunaux, les urgences, les psys, les services à la personne ! C'est que ça doit faire deux ou trois points de PIB tout ça, imaginez si ça venait à disparaître, flop, dans le désintéressement général et l'égaillement de vies pour elles-mêmes ? Pas question de déserter, de se soustraire, d'envoyer promener le cirque, sécateur dans la poche ventrale ; ce serait antisocial. Néfaste à la production d'amour et de plaisir, si nécessaires à reproduire l'ordre des choses - et à y consentir. Tout le monde au front ! 

 

On ne socialise, n’échange, ne valorise jamais assez ! C’est le vrai visage du bien commun : figures, vies détruites, poubelle, ou refagotées, histoire de pouvoir resservir.

 

Cauchemar autogéré !

 


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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 10:02

 

"Nous nous reproduisons par l'exemple"

 

 

 

Des fois, on se surprend, sans tout à fait pourtant que ce soit tellement inattendu. C’est ainsi que, zieutant une pub pour un bouquin québecois que je rangerais dans les éducatifs-apologétiques, comme quoi ce monde est (potentiellement) merveilleux et qu’il importe que toute une chacune y prenne place, je me suis surprise à quand même trouver sympathique cette approche. C’est un livre intitulé « Une fille comme les autres », qui narre les aventures quotidiennes d’une très jeune f-t’. Un modèle d’intégration.

 

Pourtant il y a en arrière plan bien des choses et des affirmations définitoires parmi celles qui me donnent de l’eczéma, comme le tristement fameux « on naît comme on est », qui se répand dans la pensée politique contemporaine comme une tache d’huile, ce qui d’ailleurs suppose la savoureuse résurrection de l’âme, laquelle n’est pas tombée, honte à dieu et à la cigogne, dans le corps approprié. Et puis la normalité, ce désir massif. L’intégrationnite. Je ne m’étends pas dessus une fois de plus.

 

M’enfin, n’empêche il y a quelque chose qui me soudoie dans ce bouquin et ses images. Et je me suis soudain dite un truc tout simple que j’aurais pu me dire depuis longtemps. Mais voilà, il fallait sans doute des années et des années pour y revenir. Lorsque j’ai transitionné, se battaient dans ma caboche deux options, deux visées, ou plutôt une visée et une conséquence. La visée, comme celle de quelques camarades qui depuis l’ont mise bien profond dans leur sac à dos avec plein de linge dessus, c’était de briser les logiques et fatalités en vigueur. La conséquence, c’était la suivante : ce monde ne changera pas ; je dois donc moi changer, vers ce qui me semble préférable. Le lien entre les deux était dans ce préférable. Il ne s’agissait pas de « me (re)trouver », comme dans la chanson de Danièle Messia, et comme j’ai dit je ne crois pas trop à la prédestination, mais d’aller vers. Même ce qui m’apparaissait alors comme une forme de résignation ne l’était pas tant que ça.

 

Et cela m’est revenu en parcourant le livre en question : j’ai transitionné, aussi, et même d’abord, pour en rajouter, pour ce que ce monde indécrottablement m, où le poids des choses et des intérêts sociaux finit obstinément par mener et ramener à se réclamer des formes viriles, par se les réapproprier et les déclarer neutres, utiles, efficaces, désirables quoi, ait en lui un poids de plus (je suis une grosse […], à tous points de vue) qui fasse pencher les choses vers le f. Renverse la marmite. Vers le ralliement aux formes asociales, improductives, irreproductives, grèvistes, paresseuses, faibles, négatrices. Je ne suis pas pour un sou partisane de l’aménagement du patriarcat ni de ce qui va comme par hasard toujours avec, du relationnisme safe, du commerce équitable, de la parité, et que sais-je encore. Je suis pour tout à fait autre chose, opposée, hors.

 

Et c’est tout étrange que je croie trouver une des fissures vers ce hors, ce hors qui pour moi se trouve dans l’assigné féminin, le féminisme, ce qui est consensuellement méprisé et utilisé en sous main, par le biais de ce gentil livre pour enfants, dont la déesse doit savoir à quel point l’auteure doit craindre ce hors, cette sortie en plein travers. Encore que, est-ce si sûr ? On nous veut et croit raisonnables ; nous sommes de plus en plus exaspérées. Et cette exaspération passe par des points de moindre résistance.

 

 


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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 15:18

 

 

(En passant par les Hommen).

 

Beh ouais, c’était déjà le titre d’une rubrique du bien droitier Famille Chrétienne, pour les femmes dont la merveilleuse place est bien entendu à la maison, à torgnoler les lardons et à laver les slips de pépé. Le concept, lui, doit venir des incroyablement efficaces cercles de silence citoyens, qui comme nous le savons toutes ont fait reculer d’effroi les gouvernements successifs, lesquels n’osent plus expulser un seul clandoche. Bref, du compost familiste hétéro et chrétien a jailli ce nouveau mouvement, qui me fait à peu près autant marrer, et avec autant d’amertume, que les poissons roses.

 

Ce qui est remarquable est que ces pro-famille ont pour but premier bis de combattre « toutes les violences faites aux enfants ». Chacun sait à quel point la famille hétéra (pléonasme !) est un hâvre de paix et de safety, et à quel point les nenfants y sont préservés par leurs deux géniteurs de toute atteinte. J’en ai mal au côlon de lire une contrevérité pareille.

 

En effet, il faut lire entre les lignes que la violence en question, ce ne sont pas les innombrables horreurs qui se passent en famille, ni même le cadre profondément mortifère d’icelle. Nan. C’est qu’il n’y ait pas un papa bien poilu et xy et une maman bien épilée et xx pour mener tout ça à bon port, port qui n’est autre que sa propre reproduction, et de celle de la société « qui va avec », comme on aime à dire aujourd’hui sans toutefois beaucoup se casser la tête sur le contenu et les implications.

 

Purée – mais quand est-ce qu’on descendra, à notre tour, dans la rue, les quelques centaines de vieilles ringardes résolument féministes, antisociales, antifamiliales, qui tenons que ce triste noyau fermé, le natalisme, les parents, les nenfants, la maison, le boulot, le monospace et le chien c’est la vérole ! Casser, si peu que ce soit, le consensus invraisemblable qui s’est congloméré ces derniers temps dans la promotion de ces puits de solitude.

 

Pour l’honneur, au moins, quoi !

 


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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 12:33

 

 

 

 

Vous avez sûrement remarqué. Depuis quelques années, maintenant, un nouvel élément de code, disons de manière de dire une chose sans la dire trop nettement, est apparue dans notre sympathique petit monde. L’astérisque. Accolée à « femmes ». Á hommes pas, enfin j’ai pas encore vu ; on ne se définit pas volontiers comme hommes chez nous et c’est très bien ainsi.

 

L’astérisque, on va faire vite, hein, ça veut dire trans. Quand il n’y a pas d’astérisque après femme c’est bio uniquement. Quand il y a astérisque les f-t’s sont tolérées.

 

Au début, l’astérisque appelait une note, qui expliquait, en général « toute personne qui se définit comme ». Nouzautes sommes des femmes qui doivent être expliquées. Et même encore plus souvent qui doivent s’expliquer, pour rester dans l’euphémisme.

 

Mais j’ai vu plusieurs fois, récemment, des astérisques sans note. L’astérisque juste, qui indique en elle-même quel genre de femmes vous risquer de trouver. L’astérisque, en quelque sorte, sous-entend « à tes risques ». Pasque pour parler franc nous sommes un risque, nous sommes toujours un risque, un gros risque commercial que le mouvement féministe inclusif a eu la générosité de prendre, des fois.

 

Alors, hein, qu’on la ramène pas en plus quand on se sert de nous, qu’on nous exploite ou qu’on nous maltraite. On a été déjà bien gentilles de nous laisser entrer dans un coin. Comme je l’ai fait remarquer récemment, après l’avoir remarqué dans la vie durant des années, le genre, chez nous, c’est pour la galerie et les interviews. C’est pas ça qui compte en vrai. D’où, entre autres, l’astérisque. Warning.

 

Les mots sont importants, comme s’est intitulée une de nos entreprises d’attribution du malheur social. Tu parles, je ne te le fais pas dire. Ils sont tellement importants, visibles pour tout dire, qu’il a fallu désormais se réfugier dans les signes typographiques pour signifier une alarme, quelque chose qui doit absolument être vue et tout aussi absolument peu explicitée.

 

Et comme d’hab, qu’avons-nous fait, nouzautes ? Ben on se l’est réappropriée. Non contentes de la subir, ben tiens, autogestion, on va se l’infliger nous-mêmes, comme ça ça passe du côté acceptable du politique, et ça évite en même temps de secouer de fond en comble l’ordre militant et identifiant, pasque faut pas rigoler, si on perd nos relations chez les nanas bio on est mal.

 

Le désir consensuel d’être intégrées au jeu des vraies grandes personnes, au monde tel qu’il est quoi, nous conduit, comme il conduit n’importe qui d’ailleurs et de n’importe quel statut pourri, à tous les consentements.

 

Donc on arbore l’astérisque qui nous a été imposée avec fierté et résolution. On a sauvé l’honneur et la socialité ensemble. Enfin des morceaux ; on n’a pas tout perdu quoi. Sursis. Je crois qu’on appelle ça une combinaison gagnante/gagnante. C’est très à la mode. Ça veut dire que quand tu es locataire, ou salariée, ou surnuméraire, ou je sais pas quoi mais de subordonnée et pas vraiment légitime, eh ben tu as cependant intérêt à ce que l’ordre des choses qui te fait telle roule et tourne à fond, pasqu’alors tu as quand même un carambar à la fin. Ou bien juste on ne t’extermine pas, on ne t’exclut pas totalement. Tu n’y perds pas tout, et même de toute façon au départ tu n’étais qu’une crotte, donc quelque part, hein, tu y gagnes ! L’important, l’essentiel, en société, c’est de ne pas perdre. Quitte à admettre d’être une crotte, puante et suspecte, mais une crotte gagnante.

 

L’astérisque est une matérialisation du marché gagnante/gagnante entre bio et t’s.

 


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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 11:09

 

« Les efFRONTé-e-s considèrent qu’on ne peut pas accéder aux corps des femmes par la voie marchande. »

Titre d’un article programmatique d’une tentative de copié collé d’OLF par des gentes que je présume du FG. Illustrée par l’inénarrable slogan « les vrais zommes n’achètent pas les femmes ». C’est vrai. Ils se doivent de les avoir gratuitement. Et même qu’elles leur disent s’il te plaît et merci. Sinon c’est la honte. Même pas cap’s de se faire une meuf, dis donc. Obligés de faire payer leur lourdeur et leur besogne, leur présence quoi. Trop nuls.

Ce qui est des fois effarant, c’est de voir ce que défendent, positivement, les prohi. C'est-à-dire l’entièreté de l’ordre relationniste et hétérosexualiste, affiné et raffiné en cave. Pour elleux, la gratuité est une valeur ajoutée – ce qu’elle est effectivement depuis toujours dans cet ordre qui fonde lui-même une valeur, la relation. Relation toujours binaire dans son principe. Et qui ne peut donc pas interférer avec une autre valeur, aussi universelle soit-elle. L’universalité ne se partage pas, dans ce monde là. Bref, il est bien que les hommes baisent des femmes, couplent, provignent avec, et il est super bien que ce soit par leur prestance et leur attirance et leur virilité (berk !).

En tous cas les choses sont claires : la vraie vie – et on ne précise même pas « pour un homme », qui c’est le sujet à patriarcalande ? – c’est d’accéder au corps des femmes. Et même plus généralement à leur vie entière, histoire de se la sucer. Ce qui est bien plus gratifiant et économique quand on le fait gratoche ! Et bien plus rentable pasqu’on a accès, comme y disent, à toute la nana, 24/24, 365/365, pas à une heure ou deux et quelques exercices ou un peu de support psy (beaucoup de clients causent bien plus qu’ils ne baisent).

On se demande bien d’ailleurs comment il pourrait bien en être autrement sans injonction et intériorisation de la normalité sexualisante. Les mecs croient-ils que leur lourdinguerie a une prestance qui stimule le désir ? Ben mon ‘ieux. Si on n’était pas coincées dans un système où la relation conditionne la reconnaissance, et où on nous fait croire que baiser, enfanter, se faire coller c’est se réaliser, je pense que les pauvres, y se la taperaient dans un coin s’ils entendent l’avoir gratoche. Comme disait Solanas, on a bien mieux et plus urgent à faire que se taper la glu de conjoints, et mêmes de conjointes. La vie n’est pas dans la dépendance instituée et naturalisée, dans les sujets sociaux à deux têtes et à quatre pattes (ou plus encore).

La sexualité, avec son cache-sexe l’affectivité, ataviquement hétéro-nome dans sa structure même et sa pseudo-naturalité, fait partie constitutive de l’ordre qui est aussi celui de la valeur et du pépéarcat. Soit on s’en accomode, soit on le combat, mais c’est d’une hypocrisie sans limites, qui plus est au détriment de quelques qui y survivent précisément sans y consentir, que de prétendre l’aménager, et encore plus qu’il puisse être inoffensif !

Les non-bénévoles que nous sommes, avons été et, ne déplaise aux prohi, serons, tant du moins que sexualité et relation seront une norme de réalisation sociale et existentielle, que nous soyons putes, entretenuEs, vampires ou sangsues, bousillent cet ordre, le dévalorisent, rappellent finalement que tout ce cirque autour de l’amour, du plaisir, du couple, etc. n’est qu’un système d’échange social et économique, de formatage du sujet, d’aliénation quoi, comme un autre. Et que chercher à le sacraliser, dans la droite ligne des religions et des sociétés, ne sert qu’à empêcher la critique de s’exercer dessus, et à maintenir l’intérêt supérieur des mecs et d’hétérolande.

Soit on accepte la logique d’échange et de marchandise, soit on la refuse. C’est comme la radioactivité, à partir du moment où elle existe, elle est totale et partout, c’est sa raison d’être et c’est inévitable. Et sa partenaire la gratuité bénévole et arnaqueuse, comme par hasard dévolue au versant non-valorisateur de ce monde, c'est-à-dire au féminin, avec elle, indissolublement. Prétendre opposer l’une à l’autre, c’est comme opposer le travail au capital : ça commence à la croyance acritique et ça se termine dans les marais du foutage de gueule. Ce monde ne se vend pas au détail, soit on l’endosse, soit on le renverse. Mais la position des institutionnalistes prohibitionnistes et sécuritaires, qui pensent, comme toutes les citoyennistes, que l’on peut apprivoiser la logique de la valeur, la faire tourner « pour nous » en s’en préservant, est et a toujours été intenable et intenue.

Vénales, pointilleuses, antisexuelles, employées du care, nous sommes les non-bénévoles, celles à qui on ne la fait pas, celles qu’on ne peut avoir gratuitement et encore moins par la grâce du charme masculin (!!!). Nous sommes les inabordables et les inannexables. Nous sommes bien forcées de croire que l’amour existe – hélas ! : nous en voyons les conséquences et dégâts sur les femmes. Avec la sexualité, et ses sous-produits reconnaissance, plaisir, désir, il est à la base de la structure d’injonctions intériorisées du patriarcat. Et la gratuité est un des aspects de la vénalité générale ; c’est quand c’est gratuit que c’est soi le produit ! Et qu’on y croit ! Nous ne sommes ni gratuites, ni bénévoles. Nous ne croyons pas à la naturalité de la sexualité et de l’amour.

Aliénation pour (auto)exploitation, c'est-à-dire travail, en attendant d’en sortir, nous préférons la seconde limitée dans le temps et l’espace et dont on peut envisager de se désengluer, qu’on peut encore objectiver et qui ne nous avale pas totalement, ne nous modèle pas sujette consentante. Nous préférons donc le rapport commercial à la relation, en attendant l’abolition des deux. Et non leur hypocrite repeinture sous les auspices de l’ordre civique et économique.

Pas d’accès à nouzautes autre que précisé, minuté et tarifé, tant que l’argent, le travail, l’état, la famille, l’amour, la sexualité ne seront pas de mauvais souvenirs ! Et qu’on ne parlera plus d’accéder comme d’une évidence, d’une nature ou d’un droit. Nous ne sommes pas bénévoles, que ce soit pour le cul ou pour tout le reste du soin de pépé et des lardons, des zâmes et des corps. 

La pute antisexe, antiboulot et antilove

 

 


 

 

 

 

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13 avril 2013 6 13 /04 /avril /2013 09:34

 

 

La lâcheté collective est encore pire, et plus destructrice, que la violence opportuniste des crapules qui savent pouvoir en profiter. Une cause semble en être, et ce bien plus qu’une conséquence, notre aplatissement intellectuel et critique, notre résignation intégrative (évidemment non dénuée de roublardise).

 

D’ailleurs, l’intégration et la reconnaissance, c’est comme toutes les valeurs : tant qu’il y en aura, il n’y en aura jamais assez pour tout le monde. 

 

Á la pioche, si nous ne voulons pas être quelques unes à en manger.

 

 


 

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 08:52

 

 

 

in cauda venenum

 


 

Ça a frité sur la non-mixité féministe, ces derniers temps, ici et là, avec une fois de plus les mêmes vieux arguments moisis et couineurs des mecs qui ne songent pas un instant à ne plus l’être. Bon, vous connaissez ma position, (ou pas ?) : j’adhère totalement et je reprends ma carte à cette occasion au parti des « féministes bourgeoises staliniennes », comme psalmodiaient et logorrhaient récemment des momies masculino-léninistes qui semblent, comme leur modèle, avoir compris Marx comme moi la Baghavajitâ dans le texte. On sent bien cela dit que tout ce charabia unitariste ne leur est qu’un prétexte pour poser leurs couilles, un, et deux l’unité avec ces personnages, de toute façon, zébi ! Pour tout dire et redire, je suis pour une non mixité de type solanassien, si vous voyez ce que j’veux dire. Vaguement hégémonique. Universaliste, même, tiens. Couic pépé quoi.

 

Bref, une grosse barrique, quelques décennies quoi, de plus de non-mixité(s), pour ne pas dire de séparatismes(s), nous ferait je crois le plus grand bien. Remettons nous en une !

 

Bon, arrivées là, vous pensez bien que je ne vais pas vous laisser sur cette part de nougat, mais que j’amène aussi mon bonbon à la cantharide. Certaines autres occasions m’ont refait penser à une forme de non-mixité qui est souvent appliquée chez nous. Meufs gouines trans. Il y a déjà eu autrefois des débats et accrochages sur ce que c’était en réalité et comment ça se passait, sur le décalage, en peu de mots, entre non-mixité souhaitée et non-mixité réelle. D’ailleurs, tout le monde n’était je crois pas d’accord et c’est tant mieux ; plus je vieillis, plus je me dis que le consensus et la convergence nous engluent.

 

Mais, donc, un constat récurent, c’est que les nanas trans féministes, dans la mesure où nous existons – mais nous existons bien à quelques exemplaires tout de même – sont fréquemment absentes de la non mixité meufs-gouines-trans. Mais ça ne semble pas soulever question. C’est inclus dans le fonctionnement et l’expérience de la chose. On n’est pas là. On est conviées mais on n’est pas là. Conviées ; pas légitimes, parce que la légitimité est dans ce qui convie, justement. Nous ne participons pas du mouvement qui fait que nous pourrions être là. Et, donc, re, souvent, nous n’y sommes pas. Pour une foultitude de bonnes et de mauvaises raisons. Mais peut-être tout simplement parce que ce n’est pas notre place – en avons-nous d’ailleurs une, où que ce soit ?

C’est un peu comme le e dans la Disparition de Perec. On n’est pas là mais ça ne se voit pas trop. On n’est pas là mais c’est comme si nous étions là. Le t, commodément sans préfixe, nous représente suffisamment. Et nous représentons nous-mêmes, dans notre absence, le personnage muet mais indispensable. Indispensable ? Sommes nous réellement indispensables au féminisme actuel, même inclusif ? J’en doute pour ma part, mais il faudrait que ce fût dit.

C’est là, si j’ose, une des seules invisibilités dont nous bénéficions ordinairement – je renvoie à ce que j’ai déjà écrit là-dessus ; pour nous, f-t’s, l’invisibilité est plutôt une chance, et une sécurité ; quand on nous repère pas à vingt mètres tout va bien. Y compris dans le milieu militant.

 

La non-mixité mgt fonctionne bel et bien, mais plus précisément elle est, de fait, dans la plupart des cas et même dans sa normalité ordinaire, attendue, une non-mixité meufs-gouines-m-t’s. Quelque chose donc comme une non-mixité sociobiologique de communauté de destins xx, femmes nées, assignées, socialisées femmes. Ce qui d’ailleurs ne pose aucun problème, au contraire, c’est le fondement du féminisme. Une non-mixité est, justement, une non-mixité. Exclusive. Fondée. Ensuite, les destins f d’origine, eh bien ce n’est pas rien. Ça roule. Pour ma part c’est même ce qui importe et ce qui promet potentiellement un autre monde. Pour tout dire, enfin, c’est le principe de d’origine de la non-mixité féministe, qu’il serait peut-être bien de réaffirmer sans faux semblants.

 

Juste il faudra renommer la non-mixité en question ; pas la redéfinir, elle est définie, et par le fait et par une logique interne et historique qui se tient.

 

Mais aussi peut-être admettre que le genre, eh bien de fait nous n’y croyons pas excessivement nous-mêmes, dans le milieu féministe. Je dis d’autant plus nous pasque, comme vous avez pu le lire (dans Bien essayé, notamment), moi non plus, finalement. Enfin ce n’est pas y croire ou pas y croire, c’est là – mais c’est ne pas croire que ça nous fait réellement, en l’état, nous sortir des rapports sociaux en vigueur. Ni de la hiérarchie dichotomique m/f. Que nous nous sentons quand même plus en sécurité avec les destins sexués et inaltérables- et que nous avons probablement, comme on dit, de bonnes raisons de, d’expé. Mais cette incrédulité n’est pas assumée, nous faisons – mal- comme si pas. Ou plutôt nous disons comme si pas et faisons comme si, nos comportements collectifs en témoignent.

De même, ne sont assumées ni la haine sourde et constante ni le mépris exotisant et exploiteur envers les femmes trans, lesquels cependant se pratiquent, partagent et transmettent avec assiduité.

 

Et nous en tirons, silencieusement, conséquence : foncièrement, dans le mouvement féministe, les m-t’s sont et restent des femmes et les f-t’s des hommes. La question n’est pas de savoir ici si c’est bien ou pas, mais de reconnaître que c’est ce qui continue à issir, transparaître, consuivre de nos comportements politiques. Par ailleurs, cela implique aussi que la t’itude n’existe que pour ce qu’elle est effectivement, d’expé, pour la majorité des bio : un vernis exotisant, alternativement excitant ou repoussant. Et c’est à peu près tout. En fait elle n’existe pas vraiment, c’est un suffixe parmi d’autres.

 

Au fond, la dichotomie est restée assez intacte, massive, dans les pièces mêmes où nous avions cru la morceler, au moins. On pourrait dire, en quelque sorte, qu’il n’y a toujours qu’un genre, le genre masculin. Et qu’il n’y a toujours qu’un sexe, le sexe féminin. Le genre, c’est là où il y a de la place ; le sexe, c’est là où l’on est à l’étroit.

 

Ça ne me choque ni ne me bouleverse, encore moins m’indigne ou me « met en colère », en novlangue dans le texte. Au contraire, je pense que c’est l’expression d’un état de fait que nous ne pouvons guère ne pas prendre en compte. Mais les non-dits et les silences couvent facilement des situations pourries, et par conséquent je pense qu’il faudrait assumer, explicitement, que la non-mixité mgt alternote est une non mixité mgmt. Assumer que le genre, c'est-à-dire une manière de dépassement du sexe par fragmentation et redistribution, est une belle utopie certes mais que pareil, ce n’est pas en fonction de cette tentative inaboutie de renversement qui est un peu tombée désormais dans le remblayage des nids de poule de l’ordre sexué, que nous nous comportons. Et cesser d’esquinter les f-t’s en leur faisant miroiter une légitimation qui n’existe ni dans le faits, ni dans les tréfonds de nos pensées.

 

Je ne suis donc pas forcément contre notre disparition, à nous les f-t’s féministes, pas plus que je ne suis contre notre invisibilité. Cela fait de toute façon un moment que j’ai des doutes sur les t’ités en général, dans la droite ligne de ce que je dis plus haut à propos du genre : pas sur notre existence, on est là, mais sur ce que nous pensons que ça veut dire ou entraîne ; je commence à croire que c’est une impasse de plus dans la tentative de briser l’ordre patriarcal et sexualiste. Bien essayé, mais raté pour cette fois ci. Une fois de plus, nous nous sommes livrées à une re-production, à une multiplication, mais la remise en cause fondamentale, ce n’est pas encore pour cette fois ci. Dommage. Comme je dis toujours, on recommencera, autrement si possible ; dommage aussi que la vie soit si courte, et qu’il faille toujours à peu près tout recommencer.

 

Cela dit, je voudrais, une fois de plus, signaler ce qui me paraît un autre possible cul de sac, et qui est celui, vous aurez deviné, de la réappropriation. De la réappropriation acritique, dans un certains nombre de cas, de formes et de valeurs, ou de lectures du monde, qui me semblent liées substantiellement au patriarcat. D’agenrités ou de déviances qui glissent toujours finalement vers le masculin. D’un neutre, quoi, d’une origine de la valeur, d’un point central que nous n’avons pas encore réussi à mouvoir. On peut bien sûr dire que le m s’est attribué tout ce qui est bien – mais trouvons nous tant que ça que ce monde soit bien ? Ou bien (!) trouvons nous que c’est bien parce que c’est ce qui a toujours été valorisé, et autour de quoi tout s’est construit, pour ne pas dire agglutiné ?

Et que c’est peut-être là une espèce de torsion, en plein milieu, entre ce qu’on est, ce qu’on voudrait être, ce qu’on voudrait faire et ce qu’on pourrait faire (ouf !), qui empêche, si ça se trouve, le féminisme d’avancer. Et que la paradoxale absence des f-t’s a peut-être, quelque part, quelque chose à voir avec cette torsion. Nous sommes mal à l’aise avec ce qui nous paraît, in fine, exagérément f, à commencer par nous-mêmes, et bio et t’s. Qui rappelle trop ce que l’on veut fuir, à raison : l’assignation au sexe tout pourri ; mais qui nous fait peut-être aussi et jeter ce qui était peut-être la clé de la sortie du monde m, et nous rassembler autour de ces formes m qui ne nous serons jamais amicales, qui nous boufferont toujours.

 

Nous sommes, et là je parle de nous les f-t’s féministes, un peu comme des souris qui seraient coincées, tombées entre deux cloisons, et condamnées à la mort lente, nulle part. Est-ce prophétique si, il y a plus de vingt ans, une vieille amie et collègue me suggérait déjà de décrire les sentiments d’une tranche d’oignon tombée derrière la cuisinière ?

Mais je pense que cette situation, coincées entre deux cloisons, est finalement la nôtre à toutes, les féministes qui veulent aller au-delà de l’aménagement de ce triste monde ; ces cloisons sont celle des personnes, de ce qu’elles sont, et des formes sociales qui sont ce que nous sommes. Ces cloisons se rejoignent au deux bouts. Ces cloisons sont probablement une cloison, une boîte quoi. Et l’affaire n’est pas simple. Il ne suffit pas de dire « on la fait péter ». Nous sommes aussi la boîte, l’assortiment. Il importe de ne pas nous faire péter. C’est là ce que j’appellerais le détroit de l’émancipation. La libération c’est plus simple, on brise les entraves des forces et des formes que nous incarnons, et zou ! Après, il faut se démerder avec ces forces et ces formes qui ne sont pas tant que ça nous, qui ne sont pas nécessairement à notre avantage si on veut. L’émancipation c’est d’en sortir nous, avec à peu près tous nos morceaux, pas mutilées. Je crois que pour cela il importe de garder une conscience de que l’on fait, comment pourquoi.

 

Je n’irai pas plus loin, plus loin je sais pas. Je termine par – vivent les non mixités de femmes, féministes, radicales. Et explicites.

 

*

 

Et quant aux f-t’s ? Eh bien si nous nous occupions de nos fesses, au lieu de toujours aller nous faire certifier, exotiser, esquinter ou soupçonner, avec une bonne volonté déconcertante ; si nous cessions de sororiser piteusement, de tenir échelle et chandelle aux bio qui n’en ont d’ailleurs guère besoin, si ce n’est pour un certif’ de t’philie dont elles se passeront en fait très bien ; et si nous allions piocher cette carrière de négativité et d’isolement qui est, historiquement et systémiquement, un propre de la condition féminine ? Je ne jurerais pas qu’on n’en tire pas quelque chose, et pour nous, et pour plus tard plus universellement : a break in the wall. Nous sommes et restons, par force et presque déjà par tradition (les habitudes se prennent vite), la face négative du féminisme, non intégrable, non réappropriante du valorisé – et je suis de celles qui croient fermement que le négatif peut nous ouvrir des brèches dans la tyrannie du réel nécessitaire et positiviste. Chiche ! Mais pour ça il ne faudra plus chouigner ni rabioter sur notre stigmatisation ; au contraire, il faudra en cultiver les éléments, et la manger à la grande cuillère. Changer notre régime, quoi. Et qui sait par cela anticiper ce renversement général que nous avons jusques à présent toujours loupé, les unes et les autres.

 

 

 


 

 

 

 

 

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 10:34

 

 

Décidément, les tribunes qui paraissent dans les grands journaux ont pour effet répétitif de me bousiller un peu plus le moral, lequel est pourtant déjà ratatiné en deça du visible. L’autre jour, c’était l’appel de Preciado à une « révolution », laquelle, liste des réclamations et rechignades lue, semble se limiter une fois de plus au perfectionnement des cadres du présent – la fameuse « citoyenneté totale », comme si on n’y était pas et n’en bouffait pas de gré ou de force tous les jours. Pour une fois pourtant qu’on causait de révolution… Mais voilà – révolution, de nos jours, ça sent plus l’appel des bonnes vieilles évidences réaques ou républicaines, que l’émancipation. On a pu le voir en maints endroits.

 

C’est dans ce cadre que paraît l’appel à ce qu’une camarade des Femen© de Tunisie, qui a été purement et simplement enlevée et séquestrée par sa famille biologique, soit libérée incessamment. Beh oui, c’est même un minimum. Sympa les révolutions réactionnaires ; ne rions pas, ça risque d’être notre tour bientôt en europe, vu ce qui agite les passions sursocialisées, mesquines et haineuses de nos congénères. Bref, je m'associe, il faut qu'elle sorte ! 

 

Sauf que, sauf que, je suis restée bouche bée devant un des arguments, des motifs, qui apparaît en plein milieu dès le début, et se répète : la nana est majeure. Ouaips. Et alors ? Si elle était mineure, il serait loisible de la cloîtrer, de la tenir au secret et de l’empêcher de faire ce qu’elle a envie ?

 

Le pire c’est que, pour les camarades institutionnalistes, la réponse est, en partie notable, oui. Oui, si on a moins de l’âge prévu par l’indispensable loi, on n’a pas la dispo de soi-même. Il faut une autorité de tutelle. On est vulnérable et déraisonnable, et j’en passe. Ce qui me fait marrer, c’est de voir à quel point les adultes sont invulnérables, raisonnables, bref prêtes à échapper à toutes les chausses-trappes. Mais c’est l’argument même : par défaut, il justifie que l’on soit enfermée, dans certaines conditions. Okay.

 

Rassurez-vous, si j’ose, dire : si on l’a, cet âge, on n’a pas non plus vraiment la dispo de soi-même. On peut consommer à s’en faire péter les membranes, on peut courir après un travail toujours plus tyrannique pour pouvoir consommer, on peut et même on doit relationner bénévolement (mais pas à titre onéreux, c’est mal), on peut voter tous les tant pour la candidate de son choix. Mais on ne peut pas avorter avec des copines et au-delà de douze semaines, on ne peut de toute façon de manière générale pas se défaire des aliens comme on veut, on ne peut pas choisir de ne pas bénévoler relationnellement (re), on ne peut guère changer de sexe que sous haut patronage civil et médical… En fait on a un libre accès aux choses, dans la mesure de son compte en banque (ou plutôt les choses ont un libre accès à nous), mais l’accès à soi-même, zébi. Dans les maigres mesures où il nous reste, qui plus est, il n'est réalisable et validé que si on a été demander confirmation, certif et billet de confession à pépé état et aux papas experts. Et ce n'est même pas nous qui pouvons agir, ce sont eux sur nous. 

 

Nous sommes toujours, avec le titre ronflant de citoyennes, mineures ; et même si nous l'étions paritairement, ce qui n'est pas le cas, nous serions bien avancées, tellement la tutelle sociale se fait chaque jour plus étroite, formellement comme matériellement, dans le naufrage du monde de la valorisation effrénée et de l'abstraction gourmande. Paterfamilias est toujours là, omniprésent et multiplié, aux cent yeux et aux mille pattes ; non seulement on a toujours les mecs et hétérolande sur le dos, et ce ne sont pas l'antisexisme ni la parité qui vont nous en débarrasser, bien au contraire même ; mais toute une série d'instances par derrière pour contrôler ce qu'on n'appelle plus que par antiphrase l'intimité, et qu'on pourrait plus justement nommer la vie pour soi, sans raisons externes pour nous kidnapper. La vie à soi, c'est pas encore pour maintenant, et ce ne le sera jamais si on ne le veut pas et ne l'impose pas.

 

Tout est subordonné à l'usage social et économique le plus profitable de nous-mêmes. Un peu comme la « libre-circulation » du capitalisme : seules les marchandises, inclus les humaines qui ont beaucoup de valeur, peuvent aller « librement » ici ou là. Les autres, parquées, pistées, enfermées, déportées. Cela me rappelle un autre argument du même genre, que j’avais noté il y a deux ans dans un autre appel, contre la chasse aux clandestines. L’argument était que les gentes venues des pays en faillites rapporteraient des sous à l’économie nationale. Ah wais. Et si elles n’en rapportaient pas, alors ce serait un tantinet plus loisible et juste de les jeter à la flotte ? Nous sommes tellement imprégnées d'utilitarisme crasse que nous finissons par ne plus voir que chercher de telles justifications pour des choses fondamentales est à la fois ridicule, odieux et dangereux. 

 

Je mesure l’espèce de sincérité inquiétante qui sourd de l’usage de ces arguments. On a tellement fait nôtres les directives de ce monde, on a aussi tellement cru à leur bonté intrinsèque in fine, si elles étaient « bien réalisées » (comme le roi de l’ancien régime qui était bon par essence, et au nom duquel tous les soulèvements populaires se faisaient, au nom et par ordre duquel aussi on les massacrait), eh bien qu’on se sent obligées de sortir ces énormités pour se justifier. Pour se justifier de vouloir ce qui, si j’ose dire, tombe sous le sens : ne pas être enfermées, point. Mais voilà, nous avons aussi tellement consenti à tant de dérogations, d’exceptions, de restrictions, de vérifications, de lois, de gardes-folles contre notre propre volonté, que ça nous est logiquement devenu impossible de dire et même de penser, sans parler de vouloir, simplement les choses ; nous sommes coincées à réclamer, à l’instance toujours au dessus de nous, au nom et dans les cordes de ces innombrables prisons auxquelles nous avons apporté, à un moment ou à un autre, notre co-signature. 

 

L’autre jour, dans le Monde, Irène Théry écrivait une chose fort juste : on ne peut pas juger favorablement d’une société dont le principe est de toujours porter les choses jusques à la limite du supportable. Elle a d’autant plus raison, qu’on sait, après quelques millénaires d’orga politique et, justement, sociale, que les humaines sont terriblement résistantes, ce qui joue contre nous parce qu’on peut se, nous, foutre dans les pires conditions et survivre. Elle disait ça par rapport au tapin. Mais pourquoi ne pas penser que tout le monde social tend irrésistiblement vers cette asymptote, par ses obligations déraisonnables, par ses formes incroyablement tordues et contradictoires, par la dépossession qu’il attise ? Et je parle ici autant de la « modernité » que des traditions. Travail ou religion, sexualité ou enlégalisation, je me demande bien où nous ne sommes pas depuis un moment à l’extrémité, pressurées et tordues, exigées et contrôlées. Un peu d’audace, Irène !

 

Bref, une fois de plus, quand est-ce que nous nous autoriserons à penser et à vouloir en dehors du légal, de l’échange, de la justice, et de bien d’autres formes qui nous projettent comme on projette de la pâte sur un mur ? Et quand est-ce que nous dirons tout le monde dehors, les nanas en tête, sans recourir à des arguments aussi piteux et mesquins que « elle est majeure » ?


Quand refuserons nous enfin de parler la langue de la domination, de choisir ses rackets dans l'étalage, et de faire nôtres ses raisons ? De consentir à la nourrir, en espérant bien vainement en obtenir un sursis ? 

 

Je voulais le dire ailleurs, mais je dévoile mes batteries : être universalistes, camarades, c’est aussi et même d’abord s’entendre à briser les évidences qui nous engluent, les formes sociales qui nous enferment et nous contraignent à produire et à être actrices. Enfin s’émanciper des majorités ; comme aussi des minorités.

 


Tout le monde dehors !

Pour un féminisme vraiment universaliste, émancipateur et révolutionnaire

 

 

PS : en écrivant ça, je songe à deux nanas et deux types qui sont en ce moment en procès pour une évasion remarquable hors d'une prison nationale. Quand on voit, même de loin, les forteresses que sont désormais les prisons, on se dit purée, chapeau, qu’on puisse avoir seulement l’intention de s’en échapper, et encore plus chapeau qu’on y réussisse. Comme je le faisais là encore remarquer il y a longtemps, on a un drôle de marrainage pour l’évasion, celui de Jeanne d’Arc, qui déclarait tout uniment à ses juges que ça tombait sous le sens, là encore, et sous l’idée même d’universel, qu’à toute prisonnière il restait loisible de s’évader. Notre époque moderne a inventé le délit, voire le crime, d’évasion.

 

A ce sujet, on peut lire l'article suivant de l'Envolée : http://lenvolee.net/du-02-au-19-avril-2013-proces-aux-assise-de-lyon-de-levasion-de-la-centrale-de-moulins-le-15-fevrier-2009/


 

 


 

 

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 12:17

 

macédoine de notes…

 

…au sujet d’une possible critique de la souveraineté, de la réappropriation et de la reproduction,

à la zad-nddl comme ailleurs, et en vue d’une sortie de l’état des choses.

 


 

Avec sympathie aux camarades féministes « bourgeoises staliniennes » qui sont sur la zad.


 

 

« Il ne faut pas faire de nécessité vertu ».

R. Scholz

 

 

Il ne s’agit absolument pas ici d’une réflexion et encore moins d’une évaluation stratégique ou tactique sur les meilleurs moyens de – mais plus possiblement d’une réflexion sur ce qui précède et suit ce de - . Une histoire longue n’est pas un contre-sommet, rien à voir. C’est ce qui rend précieuses des histoires comme celle de nddl, tout à fait indépendamment de savoir si elles mènent à une victoire, à une défaite, si on y fait bien ou mal, si elles sont vécues en elles-mêmes comme une réussite ou une déception. Tout ça existe ensemble, je suppose, et ce n’est pas rien.

Non, je voudrais attirer ici l’attention sur ce que nous pouvons, et que nous nous interdisons peut-être, épastrouillées par l’audace d’y être. Il ne s’agit donc pas d’une critique malveillante et désappointée, mais au contraire d’une (auto)incitation à bouleverser l’ordre des choses et des nécessités.

Ce ne sont que des notes qui ne se suivent même qu’approximativement, quand elles y parviennent. Je n’ai pas réussi à écrire le texte qui va avec.

Quand je parle ici allusivement de l’état des choses, ou de leur ordre, c’est au sens du fétichisme supposé par la "vieille" critique sociale : que nous mettons dans ces choses les nécessités que nous souhaitons ou que nous sommes résignées à, obscurément, collectivement, voir continuer à s’imposer à nous en formes sociales, économiques, relationnelles, etc. Ce afin de les rendre indiscutables. Une sortiepeut supposer de remettre en question cet indiscutable. Et comme écrit un camarade : « Le fétichisme n'est pas un ensemble de fausses représentations ; il est l'ensemble des formes dans lequel la vie se déroule réellement en conditions capitalistes. Chaque progrès dans la compréhension théorique, de même que sa diffusion, est donc en lui-même un acte pratique. »

 

 

 

Le territorialisme et le fétichisme des lieux et des choses. Une fois de plus les objets ont capté notre sujet social. Ce ne sont juste pas les mêmes : arbre contre avion, mais tout aussi hyperstasié.

 

L’usage de mots, de concepts et de méthodes qui courent après l’adversaire : être efficaces d’un côté, en rajouter comme lui dans le drama symbolique de l’autre, et qui se rattachent aussi au légitimisme réac : occupation militaire, etc. Nan mais – occupation policière, c’est déjà bien assez. Mais voilà, il y a comme une démangeaison de souverainisme, donc de se hisser à la hauteur de l’état – or, finalement, c’est là qu’on redécouvre que l’état, le vrai, l’originel, la brutalité organisée pure, c’est le guerrier. Ce qui pose de sacrées questions sur notre désir et d’avoir affaire à de vrais guerriers, - et d’en être ! Une fois de plus, le rapport d’appropriation nous démange : émancipation ne nous paraît pas concevable sans souveraineté.

 

Il importe d’ailleurs de dire que la question que j’agite n’est pas celle de l’usage de la force, ah ça non. C’est celle de l’usage des formes. Par exemple, celles endossées par les non-violents me semblent tout aussi déjà vues, concurrentielles et intégrées au fond du monde que celle des warriors les plus intrépides. La question violence/non violence est un de ces faux débats qui nous engluent. Le coup de bâton sur la tête et le coup de pied au derrière, autant que la bouteille qui vole, sont tout à fait soutenables. L’affaire est de ne pas les enchâsser dans une signification fétiche et une tentative de faire comme le grand.

 

La question n’est pas « violence ou pas » ; la violence et la contrainte sont l’état dans lesquels nous sommes. L’affaire est dans les motivations ; si ce sont des idées, des objets ou des formes, nous sommes coincées dan la reproduction des rapports en vigueur et de leurs prétextes. Si nous devons nous battre, que ce soit pour nous, par pour […] ; l’arnaque en est trop vieille. L’aliénation, c’est de se projeter dans les choses, de faire nôtre les raisons que nous leur supposons, croyons et prêtons, pour en survivre et jusques à en mourir. Rompre avec ça. C’est le principe de l’envoûtement social ; gardons nous de surenchérir dessus, et encore plus d’en tresser une autre, un alter, sans parler d’un durable. Comme si on en avait pas assez mangé comme ça !

 

Le souci de souveraineté est une vérole. Depuis des décennies elle nous fait applaudir les rejetons de l’approche politique capitaliste et occidentale (peuple-terre-état). Mais en plus nous finissons par la reproduire à tous les échelons, avec sa traduction de la réalité. Il n’est pas si petite occupation qui ne se prenne pour l’autorité palestinienne ou pour le christ aux outrages. Et adopte d’abord son langage, ensuite, si le sort et le rapport de force sont favorables à sa perpétuation, ses pratiques et son fétichisme.

Le souverainisme est pourtant né avec l’absolutisation de la propriété privée.

La notion de résistance, surtout en France, est complètement vérolée par le souverainisme et le légitimisme. D’une part par ses accointances historiques (le dernier prurit national glorieux), et d’autre part par le manque d’analyse de ce que nous défendons, voire une espèce d’investissement complaisant dans un salmigondis de formes sociales qui ont précisément donné ce monde – on se mord la queue (et les doigts après).

 

L’appropriation marche généralement avec le souverainisme, l’état s’étant congloméré en même temps que la forme moderne de propriété. Or voilà, qu’elle soit privée ou collective, la propriété reste la propriété, l’appropriation garde son caractère objectivant, lequel se retourne facilement contre nous, puisque nous lui avons transféré notre force. Nous ne sortons pas de ce type de rapport aux choses, aux bêtes et aux gentes. C’est un peu le syndrome de la cité du soleil. La souveraineté et la propriété engendrant assez facilement aussi une tyrannie à visage multiple.

 

La notion actuelle de réappropriation prend très, trop facilement les formes d’un souverainisme non-étatique (mais qui à la limite peut facilement le redevenir), fétichiste des biens et des lieux (sans même causer de celui de la « planète » !), qui une fois de plus, objets, nous dicteront la conduite à suivre et les rapports humains que nous serons autorisés à construire sur leurs exigences (exigences qui bien entendu sont les nôtres, mais non assumées et non conscientisées comme telles). Une nouvelle espèce de marchandise, en quelque sorte, avec de nouveaux systèmes d’échanges sans doute tortueux et évanescents, mais qui pourront se révéler aussi tyranniques, impitoyables et finalement inhumains que n’importe quels autre systèmes de projection du réel dans l’équivalent.

 

La logique d’appropriation, qui colle à l’histoire moderne, est surtout une manière de « faire dire » aux choses ce que nous attendons qu’elles nous disent, qu’elles ont besoin de nous (y compris dans des visées auto-exterminatoires à la malthusienne ou à la deep ecologist : ce sont les choses qui nous le demandent) ; ce qui d’une part nous permet de ne plus beaucoup nous demander ce que nous voulons de nous et pour nous, les choses y pourvoyant ; d’autre part perpétue la dynamique essentiellement vérolée du besoin et de la nécessité.

 

Le donné, ce qui va de soi (comme toute forme sociale qui s’est autonomisée) peut être autant un piège que le vendu.

 

L’authenticisme, étonnamment, ne s’oppose pas vraiment à la fascination du virtuel. Déjà il y a les mots ronflants censés gonfler la réalité et nous faire aussi grosses que le bœuf (quel punch !) – « occupation militaire » par exemple. Il y a aussi la fascination contrariée des média, déjà ancienne, et que la méfiance envers les  baveux n’a pas fondamentalement remise en cause ; les média sont désormais auto, comme un peu tout ce qui est idéalisé aujourd’hui (je reviendrai un jour sur ce glissement de l’idée d’autonomie vers un autisme convivial et partagé). Langage de reproduction des formes politiques : souveraineté, sécession, demain quoi, un zadland autonome ? oscours ! Oui des lieux libres seraient indispensables, non, des reproductions des formes fétiches (état, pays, peuple) actuelles ne nous y mèneront jamais !

Il importe aussi de remarquer que la course au « réel », à l’authenticité, surtout non bordée par des principes moraux et politiques nets, à déjà mené vers des positions déplorables.

 

Mais la passion de l’authenticité n’a jamais été aussi prégnante. Il y a une vraie idéalisation des objets, des endroits, de formes sociales, d’un « travail libéré ». Les choses n’ont jamais été aussi puissante, et nous, les bestioles humaines, aussi contestées… par nous-mêmes autant que par la machine sociale et technologique ! Nous courons le risque de nous bousiller nous-mêmes, à l’ancienne à la bio, pour n’avoir voulu faire une critique que superficielle de celle-ci, et avoir recouru à ses fondements profonds identiques.

 

Par ailleurs, et comme d’hab’, nous nous emmêlons dans la rhétorique, c'est-à-dire que nous créons des expressions qui prennent une vie quasi autonome, et finissent assez vite par un automatisme qui déborde sur la pensée et sur l’action, en les délimitant par des lignes pas forcément bien explicites. Je ne crois pas que nous ayons inventé le « et son monde », par exemple, mais ce raccourci est devenu endémique – or la notion même de monde est tout sauf claire, et ce depuis qu’elle existe. Je ne parle pas ici des martiales exagérations évoquées plus haut, mais de ce qui se veut définitoire de ce que nous voulons et de ce que nous ne voulons pas, voire de ce à quoi nous voulons mettre fin ou échapper.

 

Un des chemins de l’émancipation sera plus que probablement de nous centrer enfin sur un nous et un soi qui soient moins projetés, moins médiatés ; et à ce titre il est primordial que ce qui se passe pour, avec nous soit… primordial. Le problème, c’est que dès l’expression, dès les premier retour sur soi, à l’heure actuelle, ces « vécus » et ces « ressentis » sont transformés, investis par les formes qui paraissent seules légitimes à les transmettre, à les modeler. Et on se retrouve une fois de plus presque immédiatement kidnappées.

 

L’histoire des naturalistes convoquées pour faire le recensement du biotope – exactement comme leurs adversaires. Le tout est de trouver dans l’ordre des choses la permission de vivre, le signe indispensable (avec évidemment les biais et les falsifications nécessaires) – mais personne ne se dit que nous n’avons pas besoin de ces puissances exterieures qui nous expulsent de nous-mêmes.

 

Ne soyons pas nous même les terrassières et les fossoyeuses de la sortie. Ne nous transformons ni en arbre ni en oiseau, ni ne nous projetons dedans.

 

Peut-être aussi cette illusion horizontaliste et assembléiste que quand on s’est mises à niveau et qu’on a chassé toutes les cheffes visibles, le saint esprit critique descend sur nous sans que nous n’ayons à faire effort et nous inspire. Alors que généralement nous donnons alors dans les mêmes panneaux, à quelques détails formels près, que dans un cadre associatif. Eviter les hiérarchies est indispensable, mais méfions nous de nous en tenir là et de céder au nécessaire communément admis, à l’idée même de nécessité transcendante, qui nous dépasse et conditionne notre légitimité à vivre ; que ce soit l’économie ou la nature.

 

Une des conséquences est que les atypiques ont peu ou pas de place dans ces affaires. Ce qui bien sûr d’un point de vue social accumulatif ne pose pas de problème. Mais d’un autre ? Est-ce qu’il n’y a pas que les personnes qui fonctionnent selon l’intelligibilité de ce monde qui peuvent actuellement lutter, figurer sur le jeu ? Et qu’est-ce que ça implique, ou peut impliquer ?

 

S’il y a une chose que nous ne devons à aucun prix accepter, ni personnellement ni collectivement, et ce après un siècle et demi d’habituation à la brutalité de masse, à la mort, à l’indifférence et à la justification par les buts, c’est la naturalisation de la guerre, l’héroïsme, la projection aveugle dans les causes, l’utilitarisme. (Anders). Sans quoi nous ferons in fine le même boulot que les aménageurs et les bleus, en nous en rendant vaguement compte et en refusant de l’imaginer plus nettement.

 

On nous parle ici et là de « fin du vieux monde ». Pourquoi pas ? Mais il n’y a aucune fatalité à ce que ce vieux monde finisse dès que nous apparaissons, nous qui sommes ses sujets. Il n’y je crois pas non plus de fatalité à ce que nous le reproduisions sans fin. Mais cela ne se fera pas sans examen critique de ce qui nous porte. Certains de nos lapsi comme « libérer les normes » ou « approfondir l’existant » ne sont peut-être pas que des expressions malheureuses, mais bien l’énonciation de ce devant quoi nous reculons a priori.

Il y a aussi le suffixe automatique « et son monde », qui a l’inestimable avantage de nous exonérer et de définir précisément ce qu’est, contient, structure ce « monde » - et enfin ce qu’est, dans ce cas et en général, un « monde ». Nous en sommes arrivées à l’invoquer comme un autre providentiel, toujours présent et utilisable, et qui peut à volonté rassembler ou non ce que nous avons jugé intéressant d’externaliser ou de dichotomiser. « Son » monde. En représentons nous un, de monde – et surtout, faut-il recréer un monde, ou bien peut-être par contre se débarrasser de cette totalité ? Va savoir.

 

La lutte, cette forme qui a trusté, en se modernisant elle-même, les volontés comme les refus, a pris les structures d’un travail, qu’elle a ajouté à la vieille valorisation virile de la guerre. D’une transformation de la fatalité en quelque chose de consommable, d’identifiable. La lutte n’est pas, plus tant une échappée qu’une rétribution, une action de justice. Une remise de ce monde sur ses pieds. Mais avons-nous tant que ça envie qu’il marche, ce monde, ou voulons nous en changer ?!

Il est bien possible que la forme-lutte soit une de ces impasses où nous en pouvons que surenchérir, et, comme la famille, une de ces véroles qu’il ne faut surtout pas essayer de remplacer. Mais questionner ce qui nous y coince.

Je crois qu’il serait primordial de nous interroger sérieusement sur les cadres que nous nous imposons, historiquement, avec les idéologies de la lutte (réappropriation/concurrence) et aussi du chemin (histoire déjà écrite et progrès prévisible). Il se peut bien que, de même que travail et capital sont deux guignols du conflit apparent desquels nous sommes amusées, ces formes soient de celles qui nous coincent dans la répétition.  

Peut-être n’est-ce pas un hasard que dans les argumentaires antiféministes qui viennent et reviennent avec ponctualité, l’accent soit mis avec insistance sur les formes valorisées d’une part, sur la nécessité qui doit tout encadrer, qui est même le seul cadre concevable, d’autre part, avec le besoin, encore et toujours lui  : réalisation, lutte, efficacité, hiérarchisation, préséance du but unitaire, au nom de l’idée et de la nécessité (d’ailleurs peu explicite mais toujours présenté comme évident : l’arrivée sans entraves dans un réel qui est en fait celui de l’ordre des choses ; le faire tourner comme il faut). Bref, tout l’arsenal de l’imaginaire masculiniste. Remettre préalablement à tout les gentes à leur place, dans ce qui doit rester du meilleur des mondes, le vieux biais ressentimenteux qui vérole et détruit les tentatives révolutionnaires depuis longtemps.

Je dirais volontiers que si des cadres politiques et moraux, peuvent servir au chantage au maintien des injonctions, coercitions et contraintes évidentistes, alors c’est un signe qu’il nous faut nous débarrasser de ces cadres et ne pas chercher à les réinvestir ou à nous les réapproprier, de peur de nous mettre à reproduire leurs conséquences.

 

Si nous voulons sortir de l’auto-fatalité, il nous faudra nous arracher au ressentiment, à la récrimination, à l’existentialisme et à l’appel à l’évident. C’est cet évident qui nous a menées où nous en sommes et par lequel nous nous sommes faites ce que nous sommes, sujets automates de formes sociales souvent destructrices et toujours inhumaines.

 

Nous installer dans des endroits, mais pas nécessairement en réaction, qui produit un contre effet de surenchère et de lutte, et avec un regard critique sur la réappropriation. Et le rapport d’appropriation. L’autre année, avec quelques, on s’était penchées à quelques sur une hypothèse de rupture envers la logique du rapport sujet-objet. Sur le coup, j’étais restée sceptique, et n’étais pas loin de penser que ce fusse une post-erie de plus. Á présent, je commence à croire que la question est pertinente.

 

Y nous faut de la place et du temps, mais gardons nous d’en faire prioritairement des luttes. Et surtout de nous projeter dans des formes gloutonnes, que ce soient des alsace, des lorraine, des zad ou des taz. Ce qu’il nous faut c’est vivre, au moins un peu, respirer, comprendre aussi, et la lutte, non plus que le travail, non plus que l’amour, non plus que la patrie ou même la matrie, c’est pas une vie !

 

(Futur d’une zad non aéroportuarisée : extension de la planète mars qui règne déjà à Treillères, en plus snob, ou christiania post je sais pas quoi où on échangera de l’existence comme métamarchandise ?). C’est déjà malheureusement un peu comme cela que ça tourne depuis l’automne ; la zad est en partie devenue une usine de production/distribution d’existence, d’estime de soi et de probité politico-morale. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas non plus dramatique (même s’il arrive que ça le devienne, comme quelques fois ces dernières années). Mais faire comme si c’était un grand moment de la sortie des logiques de ce monde nous laisse dans la confusion la plus totale. L’idée d’apporter, comme celle d’en retirer, sont prises pour bonnes, sans examen. Okay – mais il ne faudra pas s’étonner si on patauge dans l’échange, comme dans le reste de ce « monde » toujours évoqué, jamais précisé.

 

En fait c’est déjà un peu le cas, surtout depuis l’automne dernier : la zad est un grand magasin existentiel, gratuit selon certains critères. Mais la production, la pénurie, l’angoisse de manquer y règnent comme dans la totalité du monde de la nécessité et de l’échange. Et la gratuité suppose pour se manifester que la norme soit l’échange comptable. Cela dit, peut-on faire mieux aujourd’hui ? Et jusques où peut on ne pas faire, aujourd’hui de même, sans mourir ou s’étioler ?

 

La catastrophe, c’est l’acceptation intériorisée de ce que nous sommes arrivées à croire nécessités.

 

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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