Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 11:44

 

 

On ne cause vraiment pas souvent des nanas en taule. Ici, chez nous. Au pays des bientôt soixante dix mille embastillés. C’est pas propre. Elles ont fait des trucs vraiment pas bien. Comme les mecs mais c’est pire. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais dans le banditisme, par exemple, c’est comme dans la grande cuisine ou la musique : les chefs sont tous des mecs. Marion du Faouët c’est il y a bien longtemps et c’était déjà une exception. Des trucs vraiment pas bien donc : elles ont volé, tué, abusé, estourbi des aliens tous frais, maquerellé, que sais-je encore ?! Bouh les horribles, bouh les traîtres, elles salissent notre réputation de droiture et de bénévolat. C’est pas bien de commercer autrement que selon les règles du droit, de la propriété et de l’exploitation règlementaire, mais quand ce sont des nanas qui le font c’est encore pire. Au trou, au trou carcéral mais aussi au trou de notre mémoire. Rayées de la carte. Nous sommes, devons être toujours du côté du bon droit et de la rectitude ; nous avons encore plus que les autres intériorisé cette exigence.

 

Je dis ça, c’est à propos du statut des activités, qui en fait est le statut renaturalisé des personnes, et de ses conséquences. Les putes, c’est clair, c’est pas du boulot, c’est la honte de la famille de toute façon, alors on va pas les laisser profiter paisiblement de leurs trois sous, au contraire, on va tout faire pour les réduire à passer par où il faut pour ça. Eh bien les taulardes pareil. Il faut bien dire que depuis les débuts prometteurs de la civilisation du mérite, du travail et de la valeur, c'est-à-dire du capitalisme, vers quelque chose comme 1500, on a toujours enfermé et mis au travail les marginales. Les qui rentraient pas dans le système d’exploitation registré rentable. Les pauvres, les putes bien entendu, et encore bien d’autres. C’est à cette époque que les prisons se sont répandues sur la terre (auparavant ça concernait surtout les un peu riches dont on espérait rançon), pour éviter que les vagabondes vagabondent, et que ces prisons sont tout de suite devenues des camps de travail. Et le sont restées. Partout et en tous temps, sauf quelquefois pour quelques « politiques » entre 1850 et 1930. Et pas partout. Bien entendu la prison n’est pas politique ; que vous croyez ? ; la prison est morale et économique, et les embastillées sont des méchantes qu’il importe de mettre au boulot, qu’elles ne continuent pas de nourrir de mauvaises pensées. L’épuisement est excellent contre l’intellectualité, la comprenette et les mauvais penchants. Le travail généralisé s’est d’ailleurs largement d’abord répandu, a été imposé comme ça aux fainéantes que nous sommes : enfermées, comme le sont encore aujourd’hui les ouvrières du textile dans les pays à pas cher. Les prisons, les bagnes, les « hôpitaux généraux » ont été le prototype des usines. L’histoire du travail est l’histoire de l’obligation et de la contrainte au travail. C’est comme ça que nous avons bâti notre splendide civilisation, comme d’autres et en d’autres temps les pyramides et les palais de Babylone. Le travail et l’emprisonnement sont des siamois.

 

Et bref, il y a quelques jours, eh bien une nana entaulée a intenté un procès, chez nous, oui, à françlande, pour faire reconnaître que le droit ordinaire du travail s’appliquait à l’exploitation en prison. Toute comparaison avec le tapin serait bien sûr oiseuse et de mauvais goût. En attendant la première instance lui a donné raison. Je ne doute pas un instant que la très paternelle Administration Pénitentiaire ne fasse appel. C’est que si ça fait jurisprudence ça va coûter cher de défrayer, ne serait-ce qu’au smic et avec les a-côtés de cotise, toute la population carcérale, que nos sages gouvernants comptent bien voir augmenter, afin de contenter l’autre part de la population, celle qui est encore relativement dehors et qui jouit à chaque annonce de châtiment des pas rentables qui méfont, piratent plus ou moins large, comme les élus du paradis sont censés, selon je ne sais plus quel saint (Augustin ?) prendre plaisir au spectacle des tortures auxquelles sont soumis les damnés. L'affaire ne reste drôle et juste qu'autant que c'est l'autre qu'on prend les doigts dans la confiture.

 

On n’a donc guère causé de l’histoire de cette femme, qui a décidé qu’au moins, et dans un monde pour le moment sans issue, nous devions tarifer au plus haut la contrainte, l’inconfort et l’exploitation, au lieu d’en faire des passages métaphysiques de rédemption et de souffrance bénévoles. Ça doit gêner l’idéologie citoyenne, "pauvres mais honnêtes", qui en est à nous préparer à toujours plus de sacrifices et de disponibilité, pour l’économie, pour la république, pour pépé et pour la planète. Déjà les putes font ch…, c’était vraiment pas le moment que les taulardes la ramènent et viennent creuser le déficit. Non seulement c’est mauvais pour le redressement de françlande, mais par ailleurs, et peut-être surtout, plus personne va savoir qui qu’elle est si on ne fait pas une distinction disciplinaire nette entre les braves, qui bénévolent, pointent, engendrent, vigilent, et les affreuses qui fraudent, pillent, avortent très tardivement, tapinent, et autres forfaits. Et si on sait plus qui on est, dans l’ordre civique, c’est le début de sa fin.

 

En tous cas, chapeau la nana. Je ne sais pas ce qu’il va en advenir de son histoire, mais elle a eu courage et ténacité de dire que, zut, tant qu’on est dans cette sale situation générale, autant lui, autant leur coûter le plus cher possible, et de toutes les manières. En attendant de casser la baraque. 

 

Tout le monde dehors !

 


 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by
6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 14:51

 

 

 

Jaroslav Hasek, dans ses Histoires vraies et populaires, narre l’aventure d’un chat qu’un garnement, en service commandé pour raisons politiques (le père du môme étant le concurrent aux élections du patron de l’animal), qu’un garnement donc tabasse méchamment, et qui, étant d’un naturel pacifique, d’un raisonnement lent, a besoin de toute la nuit pour ruminer le cas : il lui est arrivé quelque chose, ce quelque chose a été commis par quelqu’un, ce quelque chose était brutal ; à l’aube, il en conclut que ce fut insupportable, et délibère de se venger.

 

La vengeance, selon Adorno, est une des formes primitives de l’échange. Je suis assez convaincue par cette interprétation. Voyant où l’échange, la valeur y attachée, la justice nous ont conduit, j’ai évidemment quelque réticence à user de ce genre de formes sociales. Et cependant, malheureusement, nous ne pouvons être comprises que par un minimum d’usage des formes sociales communes, si misérables soient-elles. La gifle et le coup de pied dans le derrière en réponse à des ignominies en font partie.

 

Mais c’est surtout que je suis un peu comme ce chat. Il me faut communément des années, longues nuits, pour décider qu’il n’y a absolument plus rien à attendre des rapports sociaux ou politiques avec divers types de personnes, que ce soient les bio lourdingues ou les barbies t’ qui les collent, sinon du pire, et qu’il est temps de prendre bâton et crécelle. J’aimerais y voir bien d’autres, les épaulées qui font la leçon – cela fait longtemps qu’elles auraient dégainé leur pouvoir socio-relationnel pour rétablir, comme on dit, choses, faits et équilibre. Ne disposant guère de ce pouvoir, lequel répond à la définition de la capacité à ce qu’autrui veuille ce que vous voulez, il me faut longtemps pour conclure que les situations sont intolérables, et y mettre fin alors qu’elles ont mis déjà largement fin à moi-même.

 

Le mépris est une denrée qui a pour propriété singulière de se nourrir de soi-même, et de toujours croître, s’épaissir. Un peu comme une maladie auto-immune du rapport de pouvoir. La maltraitance, la violence, le mensonge, autres sympathiques bébêtes, croissent avec lui, font autour de lui ronde vigilante sur leurs gros petons. Rien ne doit échapper à leurs molaires.

Même la critique de ce qu’on appelle l’humour n’y a rien fait : si le rire est devenu circonspect, le mépris n’y a rien perdu.

 

Je dois dire, je n’ai absolument plus envie de me coltiner, en tous cas seule, le « pourquoi-comment » de ces must de l’humanité. Ne reste plus que la question, combien triviale, de la rétribution. Parce que de toute façon on n’y échappe pas, même seule, même exilée dans le désert le plus lointain ou sur la planète voisine. Le mépris, la haine et les violences subies sont crochées en vous, y grandissent.

 

Voilà tantôt cinquante ans que je me traîne enrobée du mépris et de la haine de mes contemporaines. Je suis probablement à ce jour la hamstère la plus dévalorisée du vivarium hamsterlandien. J’en suis devenue une espèce d’affreuse sucrerie géante, fourrée à l’amertume du produit miracle qu’engendrent ces deux siamois : la honte (1). Produit miracle, absolument, comme les détergents aux composées redoutables qu’on proposait à la vente en vantant leur capacité dissolvante dans les années soixante. La honte, institutionnelle, est le produit qui sert à dissoudre les ceusses qui ne sont pas rentables, socialement, relationnellement et matériellement. La honte n’est pas qu’un « sentiment », elle est aussi constituée des méthodes mises en œuvre pour l’instaurer, ainsi qu’on instaure un régime de peur : mensonges, armes, contraintes et violences. La honte est une vieille pratique sociale de pressage fructueux qui connaît des développements inespérés, à chaque fois qu’une identité de plus pendouille à l’arbre existentiel.

 

Le mépris constitue un secteur institutionnel des rapports sociaux. Il est nécessaire qu’il y ait un volant de gentes méprisées, c’est la condition au maintien du sentiment d’égalité chez les gentes admises à mépriser (privilège fondamental de l’intégration sociale, avant même tout accès à la distribution des biens). L’égalité ne peut exister sans inégalité, c’est pourquoi elle est et reste un contrat implicite ou explicite de dominantes, d’une part, et une vaste blague, d’autre part.

 

Il lui faut par ailleurs, c’est tout de même plus pratique, une réserve de monstres envers lesquelles convergent le dégoût et le mépris, depuis les positions les plus opposées. Il y aura toujours une bonne raison, voir plusieurs pour recouvrir celle-là comme le glaçage recouvre la génoise. Ainsi, je suis trop féministe chez les critiques, et trop critique chez les féministes. C’est le glaçage. Mais la génoise, c’est d’être f-t’, grasse et ingrate. C’est ça qui procure le ressenti le vrai, le frisson de dégoût dès que vous êtes en présence. De toute façon f déjà ça pue, alors je vous dis pas, f choisie et bricolée comme on peut, ce que ça donne ! Si encore j’avais des moyens, ou bien un capital relationnel fourni, je serais au moins exploitable par la bande ; mais ce n’est pas le cas. On ne trouve avec moi que des questions qui ont mal à la tête. Et on n’aime pas, à hamsterlande, avoir mal à la tête.

Pour corser le cotillon, j’ai été témoin et victime de pas mal d’abus, pour parler poliment, qui semblent impossible à reconnaître à celles qui en ont été les auteures, et au milieu qui les entoure – où on sait très bien à quoi s’en tenir sur la vérité à ce sujet, comme à quelques autres. Mais voilà, ça coûterait tellement cher idéologiquement, et aussi au crédit personnel comme politique de quelques petites cheffes du milieu féministe et lesbien lyonnais, que mieux vaut carrément essayer d’anihiler ce qui a pu se passer, en tuant la victime. C’est un vieux must des affaires criminelles. Des fois ça marche, des fois ça marche pas. C’est ça la société du risque, du gain, du plaisir, de l’intensité et de toutes ces belles choses. Il faut y tuer les gentes pour progresser en puissance dans le jeu. Mais il n’y pas de garantie et de chasseuse, on peut se retrouver lapine sans qu’il soit crié gare. Mauvais plan. Le niveau de l’analyse est ici de celui de la morale qui porte ces fonctionnements.

 

Au reste, il est probable qu’en cette fin de partie ou toutes se résignent ou essaient par les moyens les moins divers de convertir leurs fonds en monnaie forte, en formes masculines quoi, en devenir-mec, que nous, les quelques f-t’s non intégrationnistes, qui ne sommes pas des ventouses à cis comme la plupart de nos congénères, mêmes grandes gueules, soyons les abominables retardataires, les seules à n’avoir pas voulu comprendre que le salut est dans le ralliement participatif à la domination, bref que nous concentrions sur nos rares caboches négatives toute la peur, tout le dégoût, toute l’exotisation et toute la haine qui s’attachent de temps immémorial au féminin et à tout ce qui lui est assigné. Et que par là même nous sommes peut-être, étrange sentiment si cela se vérifie, de celles qui, éparpillées, réprouvées, moquées, essaient de tenir entrouvert le dessous des planches de la palissade dans laquelle nous nous sommes consciencieusement enclouées, échappée possible vers des formes de vie radicalement différentes, pour tout dire un monde de nanas (beeeeh !). Cela vaut en quelque sorte tous les mépris et toutes les charogneries envers nous. Faire aller le monde hors de ses rails – quel crime abominable, comme eut dit La Fontaine.

 

C’est sûr, le ressentiment et sa culture ne nous mènent probablement qu’à perpétuer ce monde. Le ressentiment, c’est la traduction politique de l’échange contraint. Tu m’as donné tant, je vais te donner tant. Coincées. Et d’autant plus coincées que nous sommes happées très vite dans la systématisation : justices, stigmatisations, calomnies, sentiment de son bon droit – bref toute la puanteur de la société actuelle et de son non dépassement. Et de ses conséquences. Par ailleurs, le ressentiment est la fonctionnement de base des fétichismes et essentialismes sociaux, c'est-à-dire de la personnalisation des formes sociales ; très rapidement, il n’y a plus d’analyse ni de critique de ces formes, qui ne sont plus même perçues comme, et toute la puissance est mobilisée contre des groupes en tant que tels. L’antisémitisme étant probablement la matrice des formes modernes de ressentiment. Je renvoie là-dessus aux travaux de Postone. Le ressentiment est une manière énorme de dévier la critique et de la transformer en haine, elle-même amenée très vite à l’impuissance – même quand elle se fraie un chemin, c’est en portant un des pouvoirs concurrents. Nous cherchons à faire porter notre rancœur, toute justifiée soit-elle, par une des formes sociales qui se pressent pour nous les prendre en charge – et nous nous retrouvons à porter ces formes. Expropriées, comme d’hab ! Et de nos propres consentement et enthousiasme, comme d’hab aussi. Le ressentiment est une préparation morale à la confiscation de nos volontés par les formes sociales, voir directement les intérêts politiques en jeu.

Je n’ai non plus envie que personne de laisser sans réponse ni réaction la violence, le mensonge, la lâcheté ni la désinvolture ; mais il importe que la riposte ne se formate pas en rétribution. Sans quoi nous sommes faites, une fois de plus, et réintégrées en deux temps trois mouvements dans le circuit sans fin de l’échange.

De l’échange contraint pour se valoriser. J’ai déjà écrit moult fois que je ne vois aucune issue dans le renforcement de la célébration des formes sociales d’intégration dans ce monde – et qu’elles portent en elles même brutalité et anéantissement. Notre triste soif de justice rétributive est aussi intensifiée par notre volonté de ne pas remettre en cause nos valeurs sociales et relationnelles (propriété, sexualité, identité…), mais de nous offrir tout de même une espèce de misérable consolation à leurs effets destructeurs. Et la seule alternative interne en paraît le cynisme le plus débridé. Je lisais ainsi dans une très intéressante brochure récente que je recommande et signale par ailleurs, pour ce qu’elle décrit et dénonce le mensonge et la lâcheté qui moussent sur cette hamsterlande dont nous ressortissons (Paranormal Tabou) un texte final, « Améliorons nos aptitudes aux conflits », qui me fait un peu dresser les cheveux sur la tête, que je qualifierais facilement d’ultralibéral (ça fait tout de même plus que penser au coaching dans la guerre économique), et qui propose, dans le cadre de violence où nous enferme l’obsession relationnelle et sexualiste, de nous « renforcer », une fois de plus, pour ne pas abandonner ce sous-marin de malheur. Faisons nous dures ; adaptons nous aux buts sociaux hétéronomes, relationnisme et économie en tête, qui ne peuvent être ni questionnés ni contestés - ou crevons, on l'aura bien mérité ; c'est comme toujours nous qui sommes imparfaites en regard de la mécanique rêvée des vrais sujets, les idéaux productifs, affectifs, définitifs. Le cauchemar de Hobbes : puisque la nature humaine est mauvaise et nécessairement asservie aux tristes passions de l’échange relationnel et de l’économie, c'est-à-dire du viol et de la privation, eh bien faisons nous fortes, blindées, spartaciennes, gagnantes (prédatrices in fine, une fois de plus ?). Mais continuons le poker, n. de d… ! Tiens, c’est bizarre comme tout cela sonne viril. Une fois de plus, dans un monde mec il se faut faire mecs. Ou briser le monde mec. Mais où cela nous mènerait-il, comme m’ont objecté bien des camarades depuis vingt ans. Mieux vaut rester dans le charnier familier…

Tout ça alors pour ne surtout pas abandonner nos monopolys ? N’importe quel prix ? Et toujours dans la même direction, c'est-à-dire nous pelotonner toujours plus profond dans l’impasse ?

Zut !

 

Le ressentiment est une glu qui nous racornit sur la défense de l’état de fait et nous maintient dans une impuissance hargneuse, délégative. Il a fini par avaler même les formes concurrentes, qui semblaient l’exclure et le dépasser, comme la colère ! Mais peut-on s’en extraire en l’état ? Et sans oublier – ou bien devrait-on oublier ? L’oubli n’a pas donné de conséquences bien appétissantes, le pardon non plus. Ni oubli ni pardon. Comment donc arriver à créer une triade logique ni oubli, ni pardon, ni ressentiment, qui serait peut-être une brèche dans la muraille ? Et sans solution de facilité ?

 

La paix sociale et politique, en l’état des choses, est une sale blague. De même que l’indulgence envers les charognes. Mais la comptabilité dans les coups et les (dé)mérites aussi – et ce sont au final peut-être les mêmes.

 

Mais disons nous bien aussi que tenter de dépasser le ressentiment par la droite, sans abandon et critique de ce qui en fait l’objet, ne mènera qu’au cynisme et à un autre ordre de brutalité, où nous serons toujours téléguidées par ces mêmes objets de désir et de réalisation, sujets sociaux à notre place. On ne peut pas se défaire séparément des caractères d’une société totalisante. C’est tout ou rien.

 

 

 

Incidemment, je trouve à la suite d’un article quelconque une petit vignette copiée sur celles des produits toxiques commerciaux, et qui affirme : Ressentiment ; boire du poison et être convaincu que quelqu’un d’autre va en mourir. C’est bien jeté. Je dirais même : boire du poison pour que quelqu’un d’autre en meure. Se livrer aux abdications, compromissions, délégations les plus aplatissantes dans l’espoir et le but de faire payer, à tort ou à raison, celles qu’on a désignées comme les responsables du fonctionnement de ce monde, ou au contraire de ses « dysfonctionnements » (warf, le mot !). Et ce, selon la vieille coutume bourgeoise et comptable, à n’importe quel prix, à n’importe quelles conditions, sans conditions même autres que cette systématisation de la haine repeinte en rétribution.

 

 

 

 

 

(1) voir ce que j’écris sur la production sociale de la honte par les bio sur les t’ dans les pages : http://lapetitemurene.over-blog.com/pages/Nos_zamies_et_nouzautes_Economie_de_limplicite_les_bios_transies-8412884.html

 

 

Á suivre. Ces questions sont de celles que je voudrais bien voir reprises par d’autres, qui dans le mouvement ont gardé de l’audace intellectuelle (suivez mes regards) ; de même que celle de la misogynie intériorisée et de l’appétence inépuisable pour les formes masculines de monde.

 

 


Repost 0
Published by
4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 12:17

 

 

sur le consensus nataliste, familiariste, propriétaire auquel nous nous livrons,

 

et les dépendances politique et médicale

 

auxquelles nous consentons pour y adhérer

 

 

« L’ADN, ami des enquêteurs, ennemi des cambrioleurs ».

 

Je crois qu’on n’a jamais mieux systématisé le rôle et l’usage, la place réelle dans le monde de la concurrence infinie quoi, de la technique et de ses redoutables jouets, que dans ce titre de l’Union, journal régional de Champagne-Ardennes. Il y a de nécessaires raccourcis que seuls des baveux de presse régionale ou locale peuvent faire. La presse nationale marche trop sur des œufs, sauf quand c’est la guerre. Tiens, au fait, justement, c’est la guerre, et la nationale ne marche plus toujours sur des coquilles vides quand il s’agit de définir le nécessaire ennemi, qui n’est qu’un concurrent malchanceux. Mais c’est pas de ça que je voulais vous causer.

 

Ah, donc, l’adn, la puce rfid, son grand frère le bracelet électronique, leur cousin le phone portable, tant de belles choses même dont j’ignore encore jusques à l’existence, mais qui sont déjà assemblées, activées, mises à profit pour que l’ordre des marchandises règne encore un tout petit peu, avant l’égorgeage qui se profile. Qu’on fasse encore un petit peu de commerce, qu’on produise un chouïa de valeur, avant que tout ça nous pète à la gueule. Et que surtout nul ne puisse échapper au contrôle permanent, qu’il ait ou non de « mauvaises intentions ». Il y a quelques décennies on évoquait encore ça dans des livres de science fiction soucieuse, où il était clairement exprimé que quand on en arriverait là ce serait la tyrannie, démocratie ou pas. On y est et on n’en parle plus du tout, sinon pour se féliciter que les petits voyous qui ont sifflé ton gazole puissent être alpagués et embastillés.

Dernière nouvelle, on va aussi peut-être utiliser de l’adn synthétique comme plate forme de stockage de données. Classe. Entre l’amoncellement de tous nos inventifs copiés-collés et les innombrables renseignements en temps réel sur toi, sur moi, de toi, de moi, etc. voilà qui va, concurremment avec le flicage, nous propulser encore plus vite dans ce monde meilleur dont je parlais l’autre jour, et qui n’est jamais rassasié.

Mais on l'a voulu, on l’a.

Le propre du monde bourgeois, au sens historique du terme, c’est qu’il y est parfaitement possible de réclamer qu’on asservisse des populations et qu’on dévaste la planète pour jouir d’un petit contentement, d’une friandise, d’une consolation à notre vie en cage. Il suffit d’avoir les moyens. De se les donner, ou de se les laisser donner, avec contrepartie bien sûr : quand c’est gratuit, c’est que vous êtes la marchandise, comme dit un adage moult fois vérifié. 

Nous sommes devenues ce monde. Á notre santé.

 

De très braves gentes soutiennent qu’il faut combattre l’usage judiciaire de l’adn parce qu’il « ne serait pas fiable ». Ah. Pasque si c’était fiable il n’y aurait aucun problème que soit détenu le pouvoir de débusquer tout et n’importe qui ? Sympa. Mais surtout, ce que je trouve le plus sinistrement drôle dans l’histoire, c’est que je crois le marquage adn parfaitement « fiable » (1), et que c’est même bien là le drame. Mais le drame est encore plus que nous sommes parfaitement désormais dressées à vouloir un monde du bien, un monde se surveillance réciproque, un monde où nulle n’échappe aux mille yeux de la puissance publique, et aussi un monde de la distributivité individuelle totale, pour la rétribution comme pour le châtiment. C’est même sans doute par ce bout qu’il faut commencer l’analyse pour remonter vers l’acceptation du flicage général ; ce souci angoissé, démesuré, que tout soit séparé en portions individuelles, et que personne n’ait au-delà, ni en deçà, de sa portion. En quelque matière que ce doit. Une termitière de la propriété privée, voilà en somme ce qui motive l’usage de l’identification par l’adn. Une termitière de justice et de pénurie. Une organisation sociale où notre rapport isolé aux choses, aux biens, matériels comme moraux, et pour finir à un nous-mêmes transfiguré et réifié, est le principe moteur. Le monde de la propriété et de son souci par-dessus tout, stipulé comme tel dès les premières constitutions démocrates, doit nécessairement finir en panoptique et en contrôle total, seule « alternative », qu’Hobbes lui-même reconnaissait d’ailleurs comme toujours provisoire, à l’extermination mutuelle et à la mort finale de chacune dans son bunker.

 

Adorno remarquait déjà que la vengeance est peut-être la forme d’origine de l’échange. Il est bien possible que l’économie entière soit, par un de ses aspects, une systématisation totalitaire du ressentiment. Nous nous y projetons dans la logique des choses, dans la logique de nous-mêmes qui devenons objets et abstractions- valeur, et par conséquent dans une obsession de (re)distribution généralisée. Laquelle ne peut être finalement prise en charge que par une instance comptable et inhumaine, que nous peuplons, certes, mais que nous investissons d’une puissance intouchable, et déclarons indépassable, impartiale. Comme la logique marchande.

Cette organisation de la distribution du mal, l’idée aussi qu’en renvoyant les coups dans la gueule, ce qui est je pense indispensable, nous rétablissons un équilibre supposé, une nature, a sans doute quelque chose à voir avec la notion de ressentiment, qui est une des plus présente et des plus insaisissables à la fois de l’habitus humain. Une systématisation de la colère, en quelque sorte – mais là je cherche mes mots – qui transforme celle-ci en justice. Justice qui est probablement parmi les passions sociales les plus violentes et les plus redoutables, en ce qu’elle mobilise sans limite et écrase de même tout ce qui se trouve sur son passage. La question pendante est : peut-on imaginer un monde de gentes en n’ayant pas trouvé une issue au ressentiment et à la justice, qui nous rendent parfaitement inhumaines en deux temps trois mouvements ? Et peut-on y trouver une issue, où sommes nous à jamais condamnées à devoir faire avec cette mégalomanie distributive – et ses conséquences ?

La question n’est pas si anecdotique, quelques camarades l’ont déjà posée avant moi dans les trente dernières années. Il se peut que l’emprise sociale du ressentiment soit une puissante entrave à une transformation profonde du monde humain, et nous maintienne même précisément dans un système comptable et malveillant. Système dont les capitalismes sont une des expressions les plus achevées.

 

On ne s’en sort pas plus quand on fait dans la contestation ; je suis ainsi restée saisie en lisant, récemment, un docte article sur la télésurveillance urbaine, dans lequel était mentionné un ingénieux citoyen qui a programmé un logiciel qui fait vibrer les téléphones portables d’une certaine façon lorsque vous vous approchez d’une caméra. Hosanna. Sauf que, sauf que… le dit portable est précisément un instrument lui-même incroyablement ingénieux, pour ne pas dire pervers, au moyen duquel vous pouvez être géolocalisée (et souvent écoutée) où que vous vous trouviez sur la planète, rien que de l’avoir sur vous, avec ses petites antennes… Bref, bien plus redoutable qu’une caméra, même une de celles « à reconnaissance de gestes suspects » comme il en apparaît. Au milieu du désert de Gobi, certains, avec de puissants moyens, peuvent vous suivre à la trace.

En somme, dans cette optique, le remède est à chaque fois pire que le mal. Ce qui est une suite mathématique constitutive du monde contemporain : pour échapper à un gremlin, humain ou mécanique, vous êtes conduite à user d’un ou plusieurs autres gremlins qui vous entourent encore plus étroitement. C’est en cela que je suis sur la même ligne que mes camarades anti-indus ; si je ne crois pas pour ma part que la technologie soit le sujet social agissant, mais plutôt la valeur, il faut bien dire que la dite techno y est historiquement indissolublement liée, au point qu’on pourrait presque réutiliser les antiques notions du Père, du Fils, et de l’engendrement nécessaire de celui-ci. En tous cas, essayer de se mettre à la hauteur de la techno pour la combattre est aussi vain et pernicieux que de tenter, pareil, de regarder la domination dans les yeux : on est toujours obligées pour cela de s’y lier toujours plus et d’en user.

C’est ainsi que pour assurer ou préserver notre liberté, sans parler de notre égalité, nous nous confions et nous soumettons à un réseau toujours plus dense de lois, de surveillance, de dispositifs d’accès et d’octroi aux critères objectifs que nul ne maîtrise, si ce ne sont les maîtres quelquefois. Et nous nous étonnons régulièrement de nous trouver toujours plus à l’étroit, de ne pouvoir faire quelques pas sans buter sur un mur, ou dans le meilleur des cas une porte close, dont le sésame est infiniment compliqué et rébarbatif à composer.

Seul rompre, si c’est encore possible, donne une échappée.

 

Et j’ai évidemment songé à mes petites camarades qui se rassemblent pour acclamer une toute autre facétie technique, médicale, la pma. Beh oui, tant qu’à faire, dans ce merveilleux monde, sécurisé par les enquêteurs, il serait fort dommage de ne pas faire éclore plus possible d’aliens. Pma, gpa aussi, unies dans la lutte pour le natalisme et l’enfilage des formes sociales familiaristes et patriarcales. Dépendance médicale ou mise à profit des utérus, unies dans l’obsession de la reconnaissance par la reproduction et la culture intensive du signe social sacré « enfant ». Exploitation de soi-même ou des autres, sans aucune velléité de critique de la forme sociale et politique à réaliser. Le prolétariat a été autrefois défini par « les gentes qui n’existent socialement que par et ne possèdent que leurs enfants ». La prolétarisation des identités serait ainsi en pleine floraison. C’est tout de même une drôle de plage d’arrivée pour l’histoire que nous avions tenté depuis les débuts du féminisme, que ce jardin des aliens.

 

Je dis aliens, d’une part parce que dans le ventre c’est un alien, et même après un moment, mais aussi en référence au pages de mémé Arendt, qui n’était pas je crois antinataliste (en tout cas ça ne transparaît nulle part même si je crois qu’elle en a évité l’inconvénient pour son compte), où elle affirme que les enfants viennent à notre monde, ce monde déjà fait, refait et vieux, comme des étrangers, presque des adversaires ; mais des adversaires sans force. Et qui devront se plier à ce à quoi nous avons-nous même du nous plier – contrainte sociales bien sûr, mais aussi sens de réalités difficiles à ignorer. Ce qui d’ailleurs, dans une certaine mesure, contredit fondamentalement les arguties de mes autres petits camarades qui affirment que l’enfance est une classe opprimée. Ce ne serait tout de même pas aussi simple que cela. D’autant que je ne comprends pas toujours leur but : une cogestion de plus de la misère en barres ? Si ce n’est que cela ce n’est peut-être pas la peine de s’éreinter.

 

Bon – je n’ai évidemment pas la moindre indulgence pour les mensonges lesbophobes et hétéro-électoralistes du gouvernement, qui relèvent tout bonnement de la misogynie basique de ce monde, additionnée de haine des lesbiennes. Comme d’hab quoi. C’est d’ailleurs une tradition politique : les lesbiennes se retrouvent toujours bananées, dans toutes les luttes, à commencer de la part de celles et ceux qu’elles ont soutenu. Et les nanas seules sont une population, comme on dit, à surveiller et à décourager – c'est-à-dire qu’on les incite par toutes les pressions possibles à se fiche avec des mecs – comme ça au moins on saura pourquoi on a mal, hein ?

D’ailleurs, l’enfantement comme prise de position personnelle et sociale est une arnaque liée à la dévalorisation des femmes en général : « on » (et on a souvent des couilles, entre les jambes, dans la tête, ou est au pouvoir, ou les deux) fait croire qu’avec des parasites accrochés on obtiendra la considération qui nous est si justement refusée tant qu’on ne s’occupe que de nous-mêmes, pouffiasses égoïstes. Quand on est une nana il faut souffrir, se dévouer, se laisser bouffer jusques au trognon pour être un tantinet légitime. En plus, évidemment, si c’est déjà en soi ignoble comme chantage, ce n’est même pas vrai : vous n’en serez pas moins dans la misère, harcelée, contrôlée par les socio, menottée à vie à vos infâmes lardons qui, de plus en plus souvent d’ailleurs, serons violents envers vous. Les fils valant les géniteurs.

Tout cela, en fait, pour faire réfléchir aussi, simplement, à l’origine de la passion pour l’enfantement : est-ce si gratuit, si inoffensif, si libre que ça ? Euh…

 

Mais voilà, le natalisme comme la médicalisation à outrance sont des évidences positives qu’il est aujourd’hui malvenu d’aller chatouiller. Et tout autant, semble-t’il, que ce que nous pouvons ou non faire de nous soit une affaire d’état, et par conséquent nous soit confisqué ; c’est papa qui continuera à dire si on a le droit ou pas, et à disposer des moyens. Nous ingérer de lui ôter le sujet – nous – des mains paraît grossier. Et nous défilons donc pour l’implorer avec insistance d’être bon et généreux. Soit. Mais c’est comme pour l’avortement, après on nous serre la vis, vis que nous avons acceptée (comme moindre mal ?), et ça le fait pas. Ça le fait jamais, somme toute, de n’avoir prise que très conditionnelle sur soi.

 

Je reviens nonobstant à mes aliens, pardon à mes lardons, enfin zut, je me comprends et vous aussi. Je suis fort antinaturaliste dans mon approche, même si également antitech. Mais là je suis tout bonnement antinataliste. Bref je ne dénonce ni l’adn, ni la pma comme de méchantes choses en elles-mêmes, par immanence. Mais je ne glisse pas une seconde vers la position irénique et nouille selon laquelle les techniques seraient neutres, c’est l’usage qu’on en fait gnagnagna… Le monde la technologie, du capital, du contrôle social et du patriarcat ne font, à mon humble avis, qu’un. Je suis effectivement pour un monde où on aura oublié ce qu’était l’adn, et où on donnera suffisamment peu d’importance à la reconnaissance par la reproduction pour qu’on ne se casse pas non plus la tête à bidouiller de ce côté-là. J’aurais même bien aimé qu’on n’en fût pas arrivé à devoir vivre avec ces choses, ces processus, ces destinées. Après, pareil – ce qui m’ennuie c’est l’évidence, la guerre des évidences, la mise en système, culturalistes hétérocrates contre progressistes familiaristes. Il va de soi que ça me va aussi plus que bien qu’on se passe des mecs pour engendrer. Qu’on se passe des mecs tout court d’ailleurs. Mais tout autant qu’on ne fasse pas de l’engendrement un des goulots d’étranglement de la vie – vu les suites aussi !

 

Je cause d’engendrement – mais je pourrais, et je ne m’en vais pas priver, aussi causer de modifications corporelles liées à l’expression de genre. C’était dans les manuels de sciences nats de quand j’étais à l’école, les « caractères sexuels primaires et secondaires ». Nous avons grandi dans ces évidences, ce cadre, et lorsque nous avons voulu nous y mouvoir, eh bien il a fallu y payer tribut. En clair et en rapide, toute l’histoire trans actuelle est une histoire liée à l’ingéniérie médicale. Nous n’avons, moi la première, jamais pu ni même imaginé nous en défaire, ni concevoir autrement notre devenir. Quelques personnes, si, ont décidé, souvent il y a longtemps, de passer à travers. Mais massivement nous sommes entrées dans les mêmes couloirs que tout le monde, avec notre demande en main, demande déjà formatée d’une part par le règne du sexe social et de ses expressions, d’autre part par l’offre technique en la matière.

Je n’entre pas directement ici dans la question de si et comment nous aurions pu prendre un autre chemin - encore que je croie cette question fondamentale et pour nous, les t’, et pour toutes les nanas. Mais reste le constat : quelles que soient nos exigences, nous avons admis dès le départ le passage par un dispositif que nous ne contrôlons pas et qui nous échappera toujours. Singer la maîtrise « politique » de ce genre de machinerie est une blague qui commence à nous coûter plus que cher. Comme à bien d’autres.

Bien sûr il y a pression sociale, comme il y a pression sociale sur les nanas bio pour qu’elles soient disponibles sexuellement et qu’elle se réalisent en enfantant.

Est-ce que céder de manière répétée et intégrer les normes de cette pression, qui a quelque chose à voir avec le maintien de tout un monde politique et économique, et céder en réclamant des aménagements pour céder dans de « meilleures conditions » est une fatalité ? Dans quelle mesure ne voulons nous pas rompre cette fatalité ?

 

Ce qui m’emmerde avec les polémiques à propos de l’usage de ou de l’accès à l’adn, la pma, les chirurgies de genre et bien d’autres babioles technologico-sociales, c’est qu’elles masquent, taisent des questions de base sur notre rapport à nous-mêmes et sur les formes sociales qui vont avec. Si l’usage, c'est-à-dire la vision comme outil, de l’adn signe le fait que nous n’avons plus aucune critique ni même aucune défense contre le monde de la propriété et de l’isolement sous la tutelle étatique, celui de la pma signe celui que nous avons renoncé aussi à toute prévention envers les formes de la famille, du natalisme, de « l’émerveillement » devant les aliens et leur symbolique sociale. Nous voilà collées à la sainte trinité : papa état qui contrôle et restreint, maman société qui élève et modèle, et l’espèce de saint-esprit sanitaire et médical qui nous amuse de ses tours de passe-passe, lesquels ne visent, comme c’est singulier, qu’à faire que les choses ne changent pas, et qu’on continue hétérolande dans toutes les positions possibles…

 

Car, un malheur n’arrivant jamais seul, se couche lourdement sur nous, à travers ces pratiques, la question de la médicalisation à outrance, qui semble d’ailleurs être, tant qu’il y aura des retraitées plein taux et un reste de classe moyenne, une des grandes pourvoyeuses de croissance dans nos pays. La question nous emmène immédiatement fort loin ; fort profond. J’en suis, comme t’, une sujette si j’ose dire privilégiée. Je pense que le système de rendre possible des tas de choses via cette organisation et ses méthodes pose un énorme problème. Et surtout nous a conduites à une situation de dépendance institutionnelle et spécifique (le médical n’a jamais été aussi hyperstasié, les toubibs jamais autant surhumaines et gardiennes jalouses de savoirs mais aussi de moyens dont l’accès est interdit au vulgus pecum). Et quand les toubibs deviennent des fliques, et qui sait un de ces jours réciproquement, qu’est-ce que nous devenons, nous autres ?

 

Pour moi, il y a arnaque dans la mesure où tout ce monde d’assistance est en fait un monde de dépendance envers un entrelacs d’organisations historiquement et logiquement liées à l’extension planétaire de l’exploitation, et de son petit copain le patriarcat, en tant que culture des formes déclarées masculines. C'est-à-dire que derrière la dépendance, en plus, il y a l’injonction. Et que je ne crois pas vraiment qu’on se débarrassera de la superstructure sans interroger l’infrastructure – que nous sommes. Je lisais l’autre jour des comptes-rendus d’un film sur une nana qui est ingénieure spatiale, et je suis restée un peu blême devant l’étrange émulsion de complexité et de naïveté qui émanait du discours. Un aspect m’a notamment frappée : la course après un « ailleurs » (géographique ou physique) où se réaliseraient enfin des buts d’ailleurs mal définis (l’habituelle égalité dans la dépossession ?). Cette course présuppose qu’on a déjà admis qu’ici, nous, maintenant, c’est fichu ; on ne pourra jamais ramener ce que nous voudrions à nous-mêmes. Donc il nous faut nous extraire (ce qui est d’ailleurs aussi un très vieux motto de la science-fiction). Tout ça correspond quand même étrangement à la quête de soi à travers les mythes, puis les religions, puis les marchandises. Nous ne pouvons, peut-être ne devons, jamais être, « ici et maintenant » comme dit la chanson. Toujours ailleurs, autrement, avec plus d’objets, et finalement plus de dépendance envers le monde même qui nous interdit toute sortie dans le présent. Bref, il y a arnaque.

 

Pour en revenir encore une fois aux aliens, pardon aux nenfants, il y a aussi comme quelque chose de cette fuite désespérée et permanente dans le surinvestissement qu’on y met. On a déjà beaucoup écrit sur l’enfant-fétiche, prescripteur de conso et de mode de vie, etc. Et je pense à juste titre. Mais fondamentalement l’enfant est depuis quelques décennies, par chez nous, une véritable hypnose. Ce qui d’ailleurs ne lui garantit en rien une vie supportable, non plus qu’à ses géniteurs ; baladez vous le samedi dans une galerie commerciale et vous serez documentée. L’enfer familial y éclate dans toute sa splendeur. On n’a même pas besoin d’être dans les logis pour deviner comment ça s’y passe. Autisme et violence. Et j’ose prétendre qu’en se coulant dans les formes d’hétérolande, les non-hétér@ ne feront pas mieux.

 

Pour tout ça, on comprendra que je ne suis pas plus avec les braves citoyennes pour la simple « suppression des test adn » (d’autant que pour cette engeance il y a toujours de terribles vilains méchants envers qui ce sera toujours bon) qu’avec les réaques, dont l’incroyablement hypocrite gouvernement soce, contre la pma. Non plus qu’avec les gendarmicoles ou lgteubélande. Je fuis comme la peste les positions tronquées et spécifistes, où on espère redresser le monde par des interdictions, des permissions ou des injonctions institutionnelles. D’ailleurs je ne veux pas redresser ce monde, surtout pas ! Je veux en changer. Et je n’ai pas la moindre idée de ce que deviendraient, maintenant qu’elles ont été mises au jour, toutes ces belles découvertes et toutes les machineries qui les mettent en œuvre dans un monde supposé plus émancipé. Réellement. En fait, c’est qu’on donnerait peut-être bien moins d’importance aux passions sociales qui ont motivé leur essor : ici la propriété et l’enfantement. Voire notre approche en changerait du tout au tout, enfin qui sait ?

 

Nous passons notre temps présent à vouloir user de tas de choses, d’une part sans nous suggérer que ce sont dans le même temps ces choses, en tant qu’organisation et conceptions actives, qui usent de nous, et d’autre part à courir après technologie et non-maîtrise effective de ce que nous faisons faire de nous, tout en nous lamentant des conséquences. Nos appareils électroniques nous localisent partout, nos identités se modèlent dans les hostos, nos informations s’échangent et se dupliquent sans limite, etc, et nous nous scandalisons de ce qu’entraîne se mettre sous cette dépendance de plus en plus tous azimuts, avec le vague espoir d’une puissance publique bienveillante qui nous protégerait, ce qu’elle fait d’ailleurs – enfin envers notre double statutaire et financier, qui représente la seule vraie existence dans cette société – sauf que cette protection également, quand elle existe, nous extorque la possibilité de n’être pas là, de ne pas être liées à, de disparaître au besoin. Et il en serait probablement de même d’une autogestion qui se plierait aux mêmes désirs et desiderata, bref aux mêmes objets et aux mêmes buts, lesquels nous ramèneraient sans cesse à un inévitable contrôle, fut-il mutualisé.

Il nous faudra toujours être là et vérifiables, légitimables, pour bénéficier des progrès et nouveautés en cours de déballage. Nous n’acquérons rien, dans cette foire bizarre, que des objets et droits pour la jouissance desquels toutes nos clés doivent être confiées au pouvoir, aux experts – et aux commissions de contrôle censées les gourmander. Nous faisons tout de même une drôle de charité sur ce bazar technologico-social du noël perpétuel : nous abondons un fond commun de systèmes, de pratiques, de mécanismes qui nous échappent parfaitement, et nous les étayons politiquement d’un revendicationnisme non critique qui s’assimile de plus en plus à un nouveau secteur du conservatisme, lequel aura et a déjà des conséquences que nous préférons ignorer, au point de vue du contrôle, de l’exclusion et de l’oppression, pasqu’on serait mal sans doute si on se les mettait toutes crues en ligne sous le museau.

 

Enfin, et last but not least, je rappelle que tout cela se passe dans un cadre de contrôle et de restriction légale et répressive. Si on avorte hors hôpital et après le délai, hop, poursuivable. Pareil pour la pma, qui semble-t’il va être réservée par la puissance publique aux couples mariés (mais non, ce n’est pas conservateur du tout). Il ne nous viendrait pas à l’idée qu’il y en a marre de l’œil de papa dans nos culottes, et de vouloir tout bonnement la dépénalisation, la non-inscription dans les codes, des actes sur soi-même. Ah mais voilà, arrivées là on s’aperçoit subitement que tous, absolument tous les « actes de la vie », comme on dit, sont prévus, annexés à nos doubles judiciaires et abstraits, répréhensibles dans telle et telle circonstance. Même s’acheter une glace, on n’imagine plus le nombre de paragraphes et d’alinéas que cela mobilise désormais, et peut aussi bien mobiliser contre nous que pour nous.

L’adn, et en fait tous les moyens de contrôle, c’est papa état qui en monopolise l’usage ou ses critères. Ça vous rassure ? Ben vous deviez pas vous intéresser beaucoup à l’histoire. L’état n’a jamais été et ne sera jamais le bon père bienveillant, fiction qui d’ailleurs n’existe à aucun niveau social, mais uniquement dans les fables des réaques. Papa est violeur et brutal, par fonction. Au mieux il arrive qu’il ne le soit pas, à tel moment, mais il a tout pour l’être quand ça lui chante.

 

Des fois je me dis que nous sommes un peu dans la situation des gentes de la fable, qui ont trois souhaits à formuler – à ceci près qu’il ne s’agit pas là de trois, mais d’une kyrielle sans fin de souhaits, qui presque tous visent effectivement à tenter de réparer ou d’éviter les conséquences du ou des souhaits précédents. Bref que nous avons au nez attachée une file interminable de saucisses, dont beaucoup sont désormais périmées, mais que nous ne faisons qu’allonger au lieu de la couper une bonne fois à la racine. C’est autant le but que le moyen et l’intention qui les sous-tend qui sont à remettre à distance, et à examiner fort scrupuleusement, si nous voulons nous donner une chance de sortir de la nasse. Bien sûr, si nous voulons y rester, il n’y a finalement pas de problème. Restons branchées. Mais n’oublions jamais : quand on ne remet pas en cause le cadre même, qu’on se laisse poser la question par autrui, qu’on renonce à choisir le pourquoi, on se retrouve à la fin toujours coincées dans un angle, contraintes. Ce n’est pas pour rien que dans le médical comme dans le sexuel, on nous amadoue avec le consentement (éclairé de surcroît, tu parles !!) ; contre l’arnaque meurtrière du consentement, il n’y a que le refus préalable et la mise à sac des lieux de pouvoir. Mais il faut pour cela commencer par ne pas désirer l’hameçon. Les désirs, comme les identités, sont des dispositifs de mise en dépendance et d’assujettissement incomparables, auxquels nous nous prenons – et il ne nous reste après, faute d’oser les critiquer, qu’à nous prendre à nous-mêmes des malheurs consécutifs.

 

 

 

 

 

 

(1) les erreurs concernent plutôt des choix d’interprétation ; ainsi de l’inénarrable affaire de la « tueuse en série allemande », qui s’est révélée être une ensacheuse de l’usine où la police s’approvisionnait en cotons-tiges pour les prélèvements…

 

 

Repost 0
Published by
1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 09:49


 

Si il y a quelque chose dont nous ne manquons pas, ce sont de zamies. Des zamies il y en a pléthore, c’est une fonction reconnue, adoubée, valorisée, et elles ne se laissent pas oublier. Autoproclamées, impérieuses, décisives et définitives, collantes à souhait. En tant que t’on a les bio, les vraies quoi ; en tant que pas bénévoles du système relationniste on a les prohi – qui sont sans doute les vraies aussi. On en a bien d’autres ! Toutes plus vraies les unes que les autres. Les psy par exemple. Les bureaucrates associatives et institutionnelles. Les religieuXses. Demain les militaires – et on en reviendra, après le Mali et d’autres étapes radicales de civilisation « un peu coercitives », au splendide programme de l’affiche « Populations abandonnées, faites confiance… ». On passera juste peut-être pour le prologue à « identités négligées… ». Faites confiance aux missionnaires et aux bureaucrates de tous bords !

 

Nozamies aiment beaucoup parler de nous, c’est même leur principale activité, c’est rare par contre qu’elles nous filent des coups de main. Plutôt des crocs en jambes. Mais parler et définir, dire ce qui est et doit être, ah ça ça les fait saliver. C’est aussi une démonstration permanente de ce qu’est l’amitié dans un monde de domination systémique. Soit vous êtes la zamie faible (la lesbienne zamie des hétér@s, la pute zamie des prohi, l’arabe zamie des souchiennes, la liste est immense) et vous êtes réduite à l’état de cassette audio préenregistrée et prudente ; soit vous êtes dans la seconde position, la zamie forte, et on en revient à ci-dessus (vous n’êtes pas moins préenregistrée, mais pas prudente pour un sou pasque c’est pas vous qui subissez les conséquences de l’application de vos idées lumineuses). En somme, on découvre que la zamitié, exactement comme le namour, est une fonction de régulation sociale d’échange contraint et de pouvoir inégal. Et que nous y jouons toutes inaltérablement, résolument, nos rôles respectifs.

 

Sans nous, nozamies s’ennuieraient en tout cas beaucoup, il faut le croire. Elles nous collent comme d’autres s’appuient sur les principes, jusques à les faire casser. Nous, non seulement elles nous cassent, mais encore nous phagocytent. Et quand elles n’y arrivent pas, qu’on est trop grosses, trop dures, trop amères, iningérables quoi, elles appellent papa état pour qu’il nous anéantisse avec ses larges moyens.

 

Fermons la parenthèse et sortons la bouteille d’acétone (remède éprouvé à la glu).

 

Notre zamie CLD par exemple persiste et signe : nous serions, les non prohi et non abolo, des « règlementaristes ». On a dit et répété mille fois que le propos était (quoi qu’on pense par ailleurs de l’économie, du droit, etc.) d’inclure l’activité des putes dans le droit commun du travail. Mè non. Oneilles bouchées. Conduits obstrués.

 

On pourrait pourtant lui faire remarquer alors que si c’est du réglementarisme, alors l’extension du droit matrimonial commun aux non-hétéro relève exactement de la même logique. C’est d’ailleurs l’argument des réaques qui s’y opposent : dès lors que ce ne sont plus des personnes normales qui sont concernées, il s’agirait d’un droit d’exception.

 

Évidemment ça ne peut tenir que si on pose la dite prémisse : ces personnes ne sont pas comme les autres, elles ne doivent donc pas être traitées pareil.

 

Ce qui est bien entendu le credo des prohi. On ne sait d’ailleurs plus très bien si c’est nous, notre perversité tenace ou notre activité dégradante qui sont « pas comme les autres », conséquemment « pas comme il faut », mais ça en revient à ça, et par suite nous devons être privées de droits et tout simplement de légitimité à vivre, directement ou indirectement, sachant que dans notre monde merveilleux toute possibilité ou éventualité doit être approuvée et transfigurée par le droit et la justice.

 

Ne pas bénévoler dans l’exercice de l’échange relationnel généralisé ce n’est pas seulement mal faire, c’est carrément être autre, avoir des cornes sur la tête comme on disait aussi de nous, les l, il y a trente ans. Il y a toujours un ne pas faire comme il faut absolument qui dégénère en « ne pas être ».

 

Je faisais récemment remarquer un truc qui ne m’était apparu jusques alors qu’en filigrane, bien que je pioche depuis longtemps sur la critique du système d’échange relationnel (et relationniste) : que, outre qu’on exigeait, chez les bien-sentantes de la relation, que tout ce qui s’y passe soit formellement bénévole (comme si ça garantissait qu’il n’y ait pas contrainte sociale ni échange de valeur !), bref que la valeur qui y est brassée n’interfère pas avec la valeur monnaie, outre donc, dans à peu près tous ses aspects, ce système ne présente les avantages de la gratuité qu’aux personnes qui y dominent, dont la quasi-totalité des mecs hétéros (et un certain nombre d’autres). Á mon sens ça durera au moins tant que nous serons dans un monde masculin, hétéro, relationniste et sexualiste. Et même on aura du mal à s’en extirper, parce qu’il faudra se débarrasser des structures de valorisation qui conditionnent concurrence et inégalité, et que ça ne se fera ni en claquant des doigts, ni en rayant des cadres des listes, ni en croyant en « ce qu’on est » ; ce qu’on est a été créé par ce monde là et il va falloir souquer ferme pour nous rendre vivables à nous-mêmes.

En attendant, on avait comme je dis au moins la capacité de tarifer l’inconfort. C’était un des rares cas où pépé non seulement doit payer, mais en plus n’a accès en échange qu’à un moment et à quelque chose de précis (cul et soutien psy), pas à s’immiscer dans nos vies et y jouer la douve. Eh bien non, retirée la capacité. Bénévoles, qu’on le veuille ou pas. Et la lutte contre l’hétérosexualisme ne semble pas vraiment au programme des prohi, qui voudraient plutôt un gentil monde complémentaire avec des mecs et des nanas pleins de respect, d’échange toujours contraint mais honnête, une parité quoi. « Hétérosexualité – et sexualité tout court – système politique », ça leur fait mal à la tête.

 

La thèse selon laquelle le travail (non sexuel) serait miraculeusement exonéré de l’atteinte à la personne, parce qu’il ne concernerait que (ce « que » est extraordinaire, il recouvre à peu près tout, l’organisation majeure de la vie et des rapports humains, mais c’est un restrictif !) la force de travail, le temps (et la motivation, et la santé, et…) ; somme toute presque rien, donc, une broutille, et pas l’intimitaire (somme toute ce fameux privé, rentré comme tel par tous les soupiraux dans le féminisme acritique et intégrationniste contemporain), risque tout de même bien de découler de cette même schizophrénie par laquelle se maintient tant bien que mal la dynamique éconocroque et patriarcale : il faut toujours un volant de bénévolat important, formellement soustrait à la valeur (en fait attribué à un autre système d’échange), pour que l’affaire arrive à se régénérer. Et une fiction gratifiante autour de ce bénévolat (laquelle, comme tout en ce monde, bénéficie prioritairement à pépé, histoire d’en rajouter une louche)…

 

On l’appelait autrefois le repos du guerrier.

 

Les intégrationnistes prohi sont d’ailleurs très franches là-dessus : tout pour le bénévolat relationnel, tout pour le travail et la croissance, et tout pour l’hétérosocialité, de quelque sexe que l’on soit d’ailleurs, le tout est de faire comme il faut. Les trois vont ensemble. Quant à lui, l’intégrationnisme anti-prohi ne s’y oppose pas à proprement parler, puisqu’il se cantonne à promouvoir l’égalisation des boulots, comme d’autres l’intégration familiale pour tout le monde. C’est également tout à fait tenable. En logique interne comme dans le monde présent.

 

Pour ma part, je reste obstinément anti-intégrationniste, pour la ruine de l’un comme de l’autre système d’échange et d’exploitation. Et résolument contre les hypocrisies stigmatisantes qui prétendent nous redorer la vie en hiérarchisant les modalités d’échange contraint, en interdisant de tirer profit de certaines. Et nous parquer dans la zone la mieux contrôlable du travail, du social comme du relationnel. Le tapin est un boulot comme un autre, le boulot est un tapin comme un autre. La vérole, c’est la valeur, argent ou relation. Soit on en sort, soit on n’en sort pas. Mais le bon vieux truc de légitimer l’un sur la stigmatisation de l’autre est une sale blague déjà moisie dans le spectacle politicard et pénurique qui n’en finit pas de se répéter.

 

 

 

D’un point de vue voisin, colléguial mais non tout à fait convergent (elle est pour l’intégration dans, moi pour la sortie de ce monde), on lira aussi avec profit l’article de Morgane Merteuil paru dans Minorités n° 152, qui est pertinent : http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1430-homophobie-putophobie-meme-combat.html)

CLD y a rétorqué dans un article au titre représentatif de la mauvaise foi et de la grandiloquence politicarde où on travestit la défense des intérêts conservatistes en grande morale outragée, mais qui n’est pour autant pas innocente, pour ce qu’on garde toujours au frais l’adversaire exotisé comme un monstre dont l’anéantissement est pétitionnable, et les arguments non susceptibles d’être pris en compte, parce que son existence même est haram. 

Elle ne répond d’ailleurs pas aux arguments analogiques développés à juste titre par MM, parce qu’elle y serait bien en peine. Comme je l’avais déjà fait remarquer au printemps 10, les deux approches sont intégrationnistes et de droit positif comme d’égalité civique. Á moins de remettre celles-ci en cause, et le monde qui va avec, ce qui n’est évidemment pas le propos des prohi, on ne peut se maintenir que par une exception au droit, et l’usage de la force. La mère Delphy, que pourtant la déesse sait que je ne convoque pas souvent (!!), en avait autrefois fait une description convaincante dans un opuscule intitulé justement l’État d’exception, au sujet d’une autre catégorie de gentes qui bizarrement sont, réduites à cet être défectueux et néfastes, au milieu d’une société d’unités de valeur censées égales.

C’est d’ailleurs singulier que, d’expé historique, les grandes prétentions qui s’affirment universelles n’arrivent à bien se soutenir qu’en présence d’un mal sournois, irréductible, incarné, qu’on doit toujours combattre et surtout qui justifie ad vitam aeternam l’ajournement des félicités et libertés promises. Ce qui est classe avec le tapin, c’est que si on veut vraiment prendre au mot l’exigence de gratuité relationnelle (évidemment impossible dans un monde où la relation est un système de valeur), on pourra indéfiniment en soupçonner partout la transgression, tellement nous zautres zumaines sommes pourries gâtées, et par conséquent soutenir une pression constante, un appareil de surveillance autoreproductible, enfin bref ceci dit ce qui existe précisément pour protéger la propriété privée (propriété à laquelle nous sommes aussi assimilées) et ne fait que se développer depuis l’apparition de l’état moderne. Bref, bonheur, tout va dans le même sens et on est sûres de ne jamais se trouver dépaysées, comme ça.

 

Il ne reste donc qu’à CLD qu’à s’étrangler de rage, et à convoquer une fois de plus des affirmations qui reviennent à l’essentialisation des personnes réelles, ici par le biais d’une prétendue spécificité de leur activité marchande. Et dont la logique formelle peut se retourner avec la même dose de mauvaise foi qu’elle y instille à l’encontre des mesures législatives qu’elle défend. Son but, comme je pense plus ou moins consciemment à toutes les prohi, est de blanchir le système marchand, en lui trouvant des contrepoints artificiels. Tout lui va, de la nation et de la prison au travail en passant par la médicalisation et les délégations-confiscations les plus diverses, elle enfile tout, sauf le tapin. On peut difficilement y voir autre chose qu’un évitement ou un prétexte. Ce d’autant plus que pour remplir et ce prétexte, et son éradication, elle se voit obligée de faire appel à toute la structure du monde-mec actuel. La répression bien sûr, le contrôle social sur ce qu’on fait ou pas de soi, mais aussi l’idéalisation de l’amour, de la sexualité, de l’hétéronorme non seulement pas critiquée mais étendue à toutes, enfin du repos du guerrier (la valeur-fantôme graissante qui permet à la pénible production de tourner).

Pourtant, sur les mots nous serions d’accord ; elle écrivait il y a peu avoir pour but la destruction du patriarcat (ou viriarcat). Moi aussi. La divergence, fondamentale, se creuse dès lors que nous définissons le patriarcat, et sa place dans le système de domination. Si on s’en tient quitte dès lors qu’on rêve une inclusion égale des femmes et des hommes dans la domination, l’échange contraint et la représentation, comme c’est le cas de tout l’institutionnalisme actuel, ma foi, on peut bien compter y arriver – mais arriver à quoi ?

Il serait un peu temps de relire Valérie Solanas ou Ti-Grace Atkinson, qui faisaient une critique systémique, féministe et vraiment universaliste de la misère où nous nous trouvons, et que nous reproduisons. Elles savaient que l’ennemi n’est pas le bouton sur le nez, contrairement aux politiques cosmétiques actuelles, qui croient ou feignent de croire qu’une société lisse, disciplinée, exactement comme le sont les cadavres de femmes que nous propose la publicité sexiste, sera le lieu de l’émancipation !

CLD comme MM défendent in fine le même monde – à ceci près que la première entend en retrancher les contestables bienfaits à celles qui refusent le bénévolat dans le secteur du repos du guerrier. Et que la seconde est conséquente dans la logique d’échange généralisée et d’égalité formelle que prétend incarner aussi la première. Conséquence qui nous permet au moins de tirer quelques ronds dans le cadre de ce système. Défendre le même monde ne signifie en rien la bienveillance et la solidarité, bien au contraire : dans un monde basé sur les principes d’exclusion, de concurrence et d’extermination, le bien ne peut se réalise qu’en niant et détruisant les gentes, toujours de trop, toujours irréductibles à ce bien. C’est pourquoi CLD veut notre réduction à la sujétion totale (et ce ne sera ni la première ni la dernière fois qu’on aura libéré des gentes à coups de bottes, ni que la libération aura consisté en incarcération, au sens large). La libération consiste à peu près toujours en une action extérieure, de gentes non concernées et qui ont décidé, pour se désennuyer autant que pour se justifier de vivre, d’aller faire du bien à des qui souvent ne leur ont rien demandé. L’émancipation est réflexive, elle n’a pas de chemin tout tracé, et elle ne s’aliène pas. Comme je dis souvent, on libère des formes sociales, souvent cannibales ; on s’émancipe (nous !) en tant que gentes. La notion de libération est historiquement de plus en plus opposée à celle d’émancipation, et les dynamiques qui les portent de même.

Le principe même d’accession à la reconnaissance porte en lui la nécessité de facto de son refus à telle ou telle part stigmatisée, pour telle ou telle raison, de la population. Sans quoi la reconnaissance perd toute valeur, et c’est sur la valeur, nécessairement différentielle, qu’est bâtie la société moderne. J’ai pour ma part quitté le syndicat dont fait partie MM, parce qu’on s’y cherchait, histoire de pouvoir discuter avec papa état et maman respectabilité, des affreux à stigmatiser en chœur – la question n’étant d’ailleurs pas que ce fussent ou pas des affreux, mais qu’on allait entrer dans le système qui ne fonctionne que sur le retranchement et l’exclusion. Et ce de manière redoutable, car on mobilise à chaque fois pour ce faire toute la violence de l’état et du social.

C’est là de toute façon la limite interne du syndicalisme comme de la bureaucratie associative et revendicative : il leur est impossible de se proposer la transformation radicale de ce monde, et de ses structures, car elles ne peuvent agir et prospérer que dans ces structures mêmes, en en amendant certes les proportions et la distribution, mais en les pérennisant par là même. Ce n’est pas là une condamnation morale ni même politique de ma part : il y en a qui s’en tirent très bien et en parvenant à ne se compromettre que raisonnablement. Et par ailleurs savent très bien ce qu’elles font. Mais la question est de savoir, à la base, ce que l’on veut, ce que l’on ne veut pas – et autant que possible pourquoi. Il n’y a aucun problème de logique interne à vouloir faire durer ce monde, si on y croit ; mais je ne suis pas de celles qui le veulent. Contrairement à ce qu’on croit communément dans la modernité qui aime à ce que tout soit justicié, je pense que de se déclarer adversaire exclut de la commodité de s’appuyer sur un jugement – au sens moral et judiciaire du terme, pas au sens intellectuel (et là il nous en manque, du jugement !).

 

Si on en veut sortir, il faut se tirer les patounes de la valeur, de la reconnaissance, et de la possibilité pour des CLD ou bien d’autres, lesquelles ne manquent jamais, de dire qui sera acceptable, qui ne le sera pas, et d’en faire une arme de répression générale.

 

 

PS : L’évêque de Nanterre (oui, il y a un diocèse de Nanterre !), un dénommé Daucourt, nous a aussi ressorti il y a peu, histoire d’abonder le « débat » au sujet d’hétérolande pour toutes et de la « cathophobie » (celle là aussi de phobie, il fallait l’inventer, c’est fait), le cliché inusable de la « prostituée chrétienne », qui bien entendu se déteste et se vomit, puisqu’elle pèche, repèche mortellement et dévalue son outil d’existence qui devrait être dévolu bénévolement à pépé et aux lardons, (et à la sainte vierge, autre version de la république et vice versa). Toute ressemblance avec les élucubrations psychépolitiques des prohi paraît-il laïcardes mais qui pour nous nettoyer de la surface de la planète donnent volontiers la main aux plus réacs cathos (Le Nid, Scelles…) n’est que parfaitement fortuite !

Raison de plus, comme je l’ai déjà souligné vingt fois, pour ne pas nous-mêmes, les non-bénévoles, nous laisser aller à nous apparier à des boulets masculinistes, à célébrer des maquereaux, ou à faire du guili guili aux gouvernements en leur proposant de co-gérer le boulot et, fatalement, de surveiller nos collègues, et pour finir de participer à la répression et à l’état d’exception qu’on continuera alors à nous imposer contre des hochets. L’autonomie est pour nous la seule manière de ne pas nous suicider, nous ridiculiser ni nous compromettre.

 

 


 

Repost 0
Published by
27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 10:54

 

 

Sur des panneaux pro, en énorme, « l’homosexualité n’est pas un choix ». La transitude non plus, je suppose, pour les gentes qui portent ce genre d'affirmation, derrière lesquelles je ne marcherai jamais.

 

Je vous en ai déjà causé plusieurs fois, de ce dogme un peu ahurissant, de la vision verrouillée du monde qu’il suppose sans angoisse. Je n’y fais des fois même plus attention.

 

Mais tout de même, là, de relire ça, en gros, pan dans la gueule, ça m’a fait quelque chose au foie.

 

C’est singulier combien mes contemporaines trouvent simple et facile de confisquer les possibilités, de se mettre une (in)détermination fondamentale dans la poche, comme ça, l’air de rien. J’ai déjà causé des arrière-plans sympathiques de ce genre de croyance définitoire, et du retour par toutes les fenêtres de l’essentialisme que nos aînées avaient cru congédier par la porte cochère.

 

Elles valent bien leurs adversaires anti, les pro. Les unes comme les autres affirment avoir le droit naturel pour elles. Il est vrai que quand on réclame in fine la même chose, la même vie et de peupler les mêmes impasses… Le politique n’est qu’une excroissance du biologique fatal, en gros. Là encore, on se demande ce qui les différencie des réaques.

 

C’est vrai que décider de soi et de sa vie ferait courir quelques risques aux ordres en place. Vite vite on colmate, pas responsables pas coupables. Si on choisissait de ne pas être hétérobio, alors, on serait vraiment des dégueulasses. Car c’est exactement cela que contient cet atterrant message. Il résume tout notre haine torve envers nous-mêmes, et toute notre appétence de normalité.

 

Mais ce n’est pas perdu pour tout le monde ; je pense aux camarades qui sont bien décidées à profiter de cette fatalité, ce statut de non-choix imposé et ratifié, en bâtissant la bureaucratie de sa représentation-gestion, sanitaire, sociale et politique. Ça va se bousculer dans les corridors (y en a jamais assez pour tout le monde).

 

Nous nous donnons nous-mêmes des panneaux dans lesquels donner de la tête, pour que surtout, mais surtout, aucune de nos décisions ne puisse être une échappée, incontrôlée et qui sait révolutionnaire. Il y eut des féministes et lesbiennes comme ça, on le sait, elles sont au musée, et dans les cartons, pas dans les vitrines. Qui se souvent de Paule Minck, de Dora Mardsen, de Valérie Solanas ? De celles qui se sont penchées au dehors, voire qui ont pris la poudre d'escampette ?

 

Ce n’est pas que nous soyions bêtes, je n’y crois pas un instant. C’est juste que nous ne voulons profondément pas que les choses changent, ni nous-mêmes. Ni sortir de ce monde. Sauf que – dans ce cas il faudrait avoir le courage moral d’assumer ce refus. De reconnaître que les positions qui sont aujourd'hui majoritaires, de façon écrasante, à lgtblande et même à tpglande sont intégrationnistes et conservatrices. Et nous ne l’avons pas. Par conséquent nous passons notre temps à proclamer des imbécilités et au besoin à (nous) mentir posément. Et à sortir, ou à tolérer, des énormités comme celle évoquée ci dessus. C'est aussi là un choix, même si collectif, même si nous faisons tout pour l'oublier.

 

Mais bon – nous serons toujours quelques unes, et peut-être plus, à faire mentir nos bergères-bureaucrates, et à nous égayer hors du chemin citoyen, reproductif et laborieux.

 

 


Repost 0
Published by
25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 12:16

 

 

 

J’ai encore reçu aujourd’hui une des ces chiures qui arrivent régulièrement à t’lande de la part de toutes les sociologues, artisteuses, aumonières et missionnaires qui peuplent et parsèment notre triste présent. Là c’était une photographe, enfin quelque chose comme ça, qui se proposait de remédier à notre invisibilité.

 

Je me marre toujours quand des cisgenre, à peu près toujours bien intentionnées, féministes, universitaires et j’en passe, viennent à moi avec un air éploré pour déplorer notre invisibilité, ou invisibilisation, à laquelle bien entendu elles vont remédier dans les plus bref délais et au profit exclusif de leur exotisation. Elles restent généralement éberluées quand je leur rétorque que notre souci est précisément d’être visibles, repérables à cinq cent mètres, selon la jauge automatique de ce que doit être, mesurer, anguler une femme ; et qu’il arrive même que des bio se fassent prendre dans la nasse, qu’elles ont le menton trop carré, les articulations trop perceptibles, voilà qu’on les prend pour des trans, les pôvres, avec tout ce que ça implique de violence sociale de la part des hommes et des femmes.

 

Bien fait.

 

Bref, merci bien, mais nous les f-t’s, pour la plupart, nous sommes bien aises quand nous sommes invisibles, il n’y a pas de plus grand confort au monde. D’autant que si c’est pour nous exhiber comme d’hab en pavois et justificatifs de la transphilie des féministes bio, qui dure généralement jusques au moment précis où nous nous remettons à exister – ah ben là ça va plus, exister et puis quoi encore, t’es vraiment un mec tâ ! – eh bien notre poing dans vos gencives.

 

Puis je reçois un énième communiqué émanant d’une des centrales de la bureaucratie associative trans en rapide développement, une « radicale » - radicale, aujourd’hui, ça ne veut plus dire aller au fond des choses, ça veut dire en réclamer à papa un peu plus que la voisine, et sur un ton plus assuré, plus mâle – la puberté de l’associatif trans ! Mais néanmoins soumis, reconnaissant par nécessité, puisque hein, notre vie ne peut venir que d’en haut, pas de nous-mêmes.

 

Lequel communiqué déplore, donc, que nous soyons des oubliées de la politique gouvernementale. Parmi bien d’autres. Je n’ai jamais rien tant aimé que d’être oubliée de la politique gouvernementale. En général, quand le gouvernement se souvient de vous, c’est pour vous pressurer, contrôler de toutes les manières possibles, et dans notre cas précis soumettre à une nouvelle batterie de critères de reconnaissance (voir à ce sujet les effets éliminatoires de la loi espagnole, entre autres exemples). Et pour vous inclure dans le cheptel obligé de ses innombrables sous-instances, parmi lesquelles, oh surprise, en tous cas elles l’espèrent bien, les assoces trans. Mais leur guili guili obséquieux à papa état n’a rien, mais rien à voir avec les populations qu’elles espèrent bien s’avaler par dispositions sanitaires et sociales, en attendant la pure contrainte de l’État anorexique des années d’effondrement à venir, où il se pourrait bien qu’il confie à l’associatif toujours prêt des prérogatives coercitives sur qui aura le droit de (sur)vivre et d’être reconnue, et qui ne l’aura pas, ça fera des économies.

 

Pensez vous que ce serait pire si le gouvernement oubliait de pourchasser et d’expulser les étrangères, et si nous venions, nous, à oublier de réclamer de faire en tout comme les hétérobio pour nous sentir les bouts de doigt ?

 

Mè non – nous sommes bien décidées à « ne rien oublier et ne rien apprendre », à cultiver la politique du ressentiment et de la revendication de l’identique, bref à aiguillonner la bébête jusques à ce qu’elle nous ait toutes ingérées. Même celles qui ne voulaient pas – non mais qu’est-ce qu’elles font ch… celles là ? Digérées, dirigées, orientées, comme tout le monde.

 

Enfin voilà, tout ça pour vous confirmer ce que je vous ai déjà je crois susurré quelques fois : je préfère largement être invisible et oubliée par qui de droit. Et j’ai la présomption incroyable de croire que pour la plupart de nozigues, les f-trans, comme de beaucoup d’autres sur la planète, eh bien c’est la condition de la vie. Être proches de ses amies et camarades, et oubliées par ce qui ne peut qu’être malveillant et néfaste, là haut comme autour. Et qui sait, l’oublier à tel point qu’il disparaisse. Sans notre participation active, notre file à sa gamelle, le pouvoir n’est plus grand’chose.

 

De manière plus générale, il est assez symptomatique de notre état de résignation dépendante que d’être invisibles et oubliées par les lieux et les gentes de pouvoir doive nous paraître un malheur, alors que c’est un reste d’espace qui nous soit propre, et peut-être une promesse d’échapper au laminoir de la normalisation comme du chantage à la survie.

 

Et on comprendra à quel point j’em….e la malveillance intéressée des bio, les grosses bottes des universitaires, et les filets gluants de la bureaucratie trans. Trois véroles parmi d’autres sans lesquelles on aurait un peu plus d’air. Pas que nous d’ailleurs. Mais occupons nous premièrement de nos fesses. Et gardons nous autant de nozamies bio que de nos bergères trans.

 

 

 


 

 


Repost 0
Published by
23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 11:29

 

 

Au fil du temps, quelques camarades commencent à rouspéter dans l’unanimisme pro mariage, pro famille, pro natalité qui nous a saisies ces derniers temps. Ça ne peut que faire plaisir. Si un peu de négativité pouvait revenir chatouiller l’incroyable consensus autour de l’adoption généralisée d’hétérolande, je dirais… je crois pas que ça changerait la donne en l’état des choses, monolatexique comme il est ; mais au moins on sauverait la face ! Quelques une auraient dit non, au-delà évidemment d’un non réduit à la personne.

 

Mais comme d’habitude nous avons peur de notre ombre. Á peine avons-nous levé la patoune sur les formes sacrées, le droit, la propriété, la citoyenneté, la relation, que le cœur nous manque. Cela ne nous est pas propre, ç’a été le cas de bien des nanas révolutionnaires et critiques. Je songe à Ti Grace Atkinson que je lis ces temps ci et dont je vous reparlerai, ou encore à Simone Weil. Une fois de plus, il n’y a guère eu que la mère Solanas pour refuser nettement de materner le futur, et de se soucier d’un petit comment qui nous réenferme illico dans les procédures actuelles.

 

L’illégitimité foncière dans laquelle nous tient la prépondérance des formes sociales idéales et autres marchandises fait que le vide éventuel que pourrait laisser le bris de leur sacralité nous épouvante, et que nous nous employons, sans même avoir pu faire le moindre geste réel pour nous en débarrasser, à proposer des multitudes de produits de remplacement issus de la même fabrique. Je viens de lire ainsi un texte fort argumenté qui signale, à très juste titre, que mariage, famille, organisation de la transmission, que sais-je encore, sont d’abord, et même ensuite, et même tout court des modes de contrôle social patriarcaux et économistes. Ce qui devrait suffire déjà à une critique et un refus en règle. Mais non. Quand on casse, dans le grand magasin des métamarchandises censées nous insuffler l’existence, eh ben y faut remplacer. Et nous sommes disciplinées, ça c’est un caractère qu’hélas on ne peut nous contester. C’est ainsi que la suite est une invraisemblable mixture de propositions sociales et de fait législatives, puisque malgré le petit anathème au contrôle de l’état en passant, il est demandé la reconnaissance institutionnelle de cette mixture. Et d’où vient cette reconnaissance, cette autre vérole dont nous ne parvenons pas à contester la primauté ? Ben de papa, papa état, une fois de plus. Même demander qu’on nous laisse faire à notre guise (guise d’ailleurs déjà bien mise au carré dans ce texte), ben c’est demander, justement. Demander la bienveillance. Bienveillance tu parles ! Attendre. Exiger. Espérer. Mais toujours reconnaître l’autre, condition d’ailleurs indispensable à un monde où rien ne peut se faire qu’il n’ait été reconnu, et reconnu par une autorité quelconque. Une fois de plus, le problème n’est pas tant dans telle ou telle hiérarchie, mais dans les fonctions sociales dont nous attendons vie et prospérité, la reconnaissance en tête, qui scelle la dépendance. Dépendance qui peut être mutuelle, de même que l’état comme l’ordre social se peuvent reproduire en chacune de nous.

Et combien nous nous emberlificotons à essayer de prévoir tous les cas de figure (exactement le but de l’état depuis des siècles : tout voir, tout prévoir). Je m’excuse mais je crois souvent que si nous avons perdu le sens critique, nous avons des fois aussi perdu celui du raisonnable. Maintenant, dès que nous sortons quelque chose, c’est la cité du soleil. Nous avons définitivement, comme les gouvernants, confondu s’occuper, se soucier de soi, et le panoptique, la gestion. Plus nous prétendons pousser loin les possibilités, plus en fait nous les ramenons dans les murs.

Précisément peut-être parce que nous ne voulons pas remettre en cause les cadres de ces possibles, cadre qui les font par là même injonctions, et qui par ailleurs définissent la direction où nous sommes censées persévérer, réaliser. Des super-relations, des méta-familles, un natalisme libéré – mais s’asseoir sur ces formes nécessaires, et ne s’en plus rendre malades, blasphème impossible.

 

Un député de droite s’émouvait hier à clamer que depuis mai 68, on n’avait pas vu une telle vague libertaire. Ben dis donc, je veux croire que ses souvenirs se sont émoussés. Je ne vois pas grand’chose de libertaire, si on prend le terme au sens strict, de choix critique et antipolitique, aux vagounettes sociétales actuelles. Ça ressemble bien plus en fait à ce qui encadra temporellement l’échec de 68, c'est-à-dire une libéralisation par multiplication des manières admises, registrées, de continuer à vivre pareil, à relationner, à consommer, à produire. Des métamachandises quoi. Mais ce qui est angoissant, c’est de voir que nous nous sommes mises, à tpglande, à en fabriquer aussi. Par peur du vide ? Par crainte que l’audace soit de l’élitisme – ce qui nous ramène au terrible sophisme du refus de toute issue ? Par attachement à la reproduction des rôles, pour laquelle nous avons tout de même beaucoup fait avec le queer ? Va savoir. Mais le savoir, le découvrir, ne serait justement pas anodin. N’empêche, si on attend de tout savoir, la certitude absolue, cette autre vérole – encore – qui vient de l’assimilation de la politique à une science, eh ben on va crever, crever ici même, devant nos calculettes bourrées de données, cliquetantes. Nous ne savons plus vouloir, ne plus vouloir, et tenir des paris. Nous n’avons pas d’audace.

 

L’audace. C’est justement quelque chose sur laquelle j’écris un autre petit texte en ce moment, en mémoire des féministes très radicales des années 70. Ce qui nous manque absolument, ce que nous fuyons en crabe, c’est entre autres l’audace. L’audace de dire par exemple qu’il y a des véroles irremplaçables, intransmissibles, comme l’organisation sexuelle, relationnelle et familiale par exemple. Et que chercher à la réorganiser ne nous mènera qu’à une autre variété fort proche de cette société.

 

Comme écrivait VS il y a quarante cinq ans, il n’y a rien, surtout rien à mettre à la place du couple, du mariage, de la famille, de la sexualité (qui est foncièrement hétéronorme). Qu’à jeter du sel là où c’était, pour cautériser le mal que ces formes cannibales nous ont faites, et aller nous ébattre ailleurs. Enfin.

 

 


Repost 0
Published by
22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 15:58

 

 

…dans un pré gelé, il était cependant déjà tard, une grande renarde, mastoque. Son pelage donnait plutôt dans le brun verdâtre que dans le roux de la bonne saison. On voyait tout de suite que ça n’allait vraiment pas comme elle aurait voulu. Elle tirait, au sens strict du terme, une gueule de cent pieds de long. Elle s’est arrêtée pour me regarder. Moi pareil. On était aussi peu faraudes l’une que l’autre. On avait vraiment l’air de se confirmer tristement que l’époque était bien sale, et combien de surcroît nous nous étions l'une comme l'autre fort mal débrouillées dans nos darwinodromes de m…

 

 


Repost 0
Published by
21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 12:08

 

 

J’ai trouvé dans ma boîte à lettres un fascicule sur l’année communale. Celle de la commune où mon inconséquence soutenue m’a finalement projetée, et dans un point du terroir de laquelle on voit mes papattes s’agiter en l’air, alors que j’ai le buste enfoncé dans quelques décimètres de terre gorgée de flotte. Moralement du moins. Parmi les rubriques, celle des défunts de l’an passé, lesquels sont au raisonnable nombre de deux. J’aimerais carrément que l’on ne meure point, à part quelques charognes auxquelles je pense bien fort, mais voilà…

 

Parmi ces deux mon prédécesseur. Dont je me suis laissée dire qu’il était d’une méchanceté redoutable. J’imagine déjà la joie de quelques unes à gausser là-dessus et sur ma destinée. Au fond je les rejoins, je suis effectivement fort méchante, j’ai comme on dit mes raisons, et ça ne risque pas de s’arranger cette année. La nécrologie officielle affirme que c’était un bonhomme singulier. Étant donné le ton nécessairement urbain de ces publications, et quand on connaît de plus la réserve auvergnate sur les jugements définitifs, c’est que le loustic devait être franchement invivable, pour qu’on lui décerne une pareille déco post.

 

Évidemment, et si je ne parviens pas à m’échapper, les gentes de la commune ni même du canton n’ont gagné au change avec moi. Je suis non seulement, on va dire, singulière, mais inabordable et incompréhensible. Bienvenue !

 

Tantôt vers le même jour, je lisais un article également nécrololo, mais là dans un grand quotidien. Il s’agissait de la mort brutale et volontaire d’une sorte de geek, dont le principal titre reconnu était d’avoir « créé un format ». Ne me demandez pas ce qu’est un format. Je le sais encore moins que vous. Et cependant je tapote. Honte et typographie sur moi.

 

Ce qui m’a épatée est qu’on lui décernait, dans un style très "positif-libre entreprise", ce qu’on décerne semble-t’il à toutes les gentes d'outre atlantique à l’exception des abominables réglementaires, c'est-à-dire qu’on le crédite d’avoir « fait que le monde soit meilleur ».

 

Je reste ordinairement exaspérée devant cette expression qui n’est hélas pas vide de sens. Ce serait trop beau. Non. Il est réellement prescrit de croire que toutes les gentes – à peu près nous toutes en fait - qui se sont agitées pour étendre ici ou là l’intensité, la dépendance, la dépossession et le désastre, notamment sous forme marchande et technologique, éventuellement citoyenne et écologique, nous laissent un monde meilleur. Je tranche sans hésiter dans le sens inverse : à chaque surenchère de ce genre le monde est pire, nous sommes pires nous-mêmes, et personne ne sait comment tout ça va bien pouvoir finir.

 

Quelques jours après, on apprenait la mort en Syrie d’une espèce de journaleux dont l’activité éditoriale consistait exclusivement à faire de la marchandise avec les guerres et les exterminations diverses. Il avait même créé une revue dont l’unique raison était de présenter à d’avides lecteurs des photos bien croustillantes de macchab’s encore chauds, encore mobiles, comme dans la célèbre description du petit matin dans le Grand troupeau de Giono. Eh bien vous me croirez ou pas, mais tous les organes lui ont décerné gloire et mémoire. Sûr que c’est de gentes comme ça dont nous avons besoin pour bâtir un monde meilleur : des haineux ruraux, des geeks et des chiens de guerre. Trop cool comme monde.

 

D’ailleurs, d’ailleurs – que ce soit délibéré, volontaire ou pas, c’est du pareil au même. Même d’être victime ne rend pas faste. D’ailleurs on le choisit rarement, et même ça ne serait en rien une garantie – voyez ce que nous ont laissé des comme Jésus ! Tous les massacrés dont on exalte la mémoire, histoire de ne surtout pas remettre en cause les stupidités ou les infamies pour lesquelles ont les a contraints, en général, de mourir, ne nous ont en rien laissé ni garanti un monde meilleur. Ils ont, nolens volens, fermé à chaque fois une série de portes blindées qui nous sépare de toute possibilité d’émancipation ou de quoi que ce soit de ce genre, et ont emmené les clés en enfer avec eux.

 

Finalement, la daube, si on excepte la mauvaise foi récurrente de beaucoup de dogmatiques qui pensent d’abord à leurs affaires, c’est probablement cette obsession d’un monde meilleur, et peut-être même d’un monde tout court. D’expé historique, vouloir répandre le bien et réaliser des totalités est une des causes principales d’exterminations et de répressions. Et cette cause s’oppose si peu au pouvoir, qu’elle l’a au contraire systématiquement épousé, et pratiqué dans toutes les positions, ou peu s’en faut. On pourrait s'occuper un peu moins du monde, des mondes, et largement plus de nous-mêmes. 

 

C’est tout de même une vieille lanterne, de nous projeter avec enthousiasme et rage dans les idées et les formes qui devraient par reconnaissance nous redistribuer un vrai nous-mêmes, après passage au hachoir et au laminoir. Tout autant désormais que de nous laisser aller à remblayer encore un petit peu l’entassement des dispositifs d’aide à la survie, qui coûtent toujours plus cher – et je ne parle pas ici en monnaie, quoi que je le pourrais avec la même résultante  - que ce qu’ils rapportent. Mais non, nous n’en sommes pas rassasiées. Nous entendons toujours payer – et faire payer autrui, sans quoi on se sentirait flouées – pour vivre. S’occuper de ses fesses est à nos yeux une pauvreté antidéluvienne. Pourtant on n’a guère de mémoire qu’on l’ait jamais beaucoup tenté.

 

Le monde meilleur est une antiphrase obstinée pour un coinçage croissant dans la pénurie, la dépendance (pas la réciprocité) et la brutalité. On en fait à peu près toutes l’expérience personnelle, plus ou moins solitaire – mais ça ne nous empêche pas de croire toujours aussi facilement dans les baudruches viriarcales, économicistes et citoyennes qu’on nous gonfle à petits frais.

 

Les mondes meilleurs, en fait, suivent la bonne vieille logique que ce sont les choses, les marchandises, les idées, les droits, les priorités comme on dit qui doivent exister, et que nous ne sommes là que pour les porter, indignement évidemment (enfin plus ou moins indignement selon notre valeur sociale). Le politique moderne, je ne suis pas la première à le faire remarquer, a beaucoup repris et hâtivement repeint les structures religieuses qui l’ont précédé, et les a massivement investies dans le développement. Nous sommes presque toujours de trop pour ce monde meilleur de façon obsessionnelle, dès lors que nous ne le produisons pas avec ardeur et abnégation. Que nous soyions pauvres, faibles, que nous décidions de nous occuper de nos fesses, hop – nous sommes des boulets pour ce monde meilleur qui n’a pas besoin de nous, non plus que l’avenir. Il faut dès lors trouver un moyen de tirer encore quelque chose de nozigues, dans le pressoir, seule manière de nous justifier de traîner encore à la terrasse. Ce matin, au marché de Paulhaguet, j’avise une affiche sur la vitrine de l’ADMR locale : la journée des soins palliatifs ! Yes, il y a une journée pour célébrer la gestion avisée de notre agonie après empoisonnement de toute une vie et passage obligé – création de valeur et de salaires oblige – par la machine médicale qui va accélérer le truc, hop qu’on dégage. Je pense que la journée de la mort n’est désormais plus très loin, et que nous contemplerons notre fin avec des yeux enfin positifs, puisque ça peut engendrer quelque monnaie et – incredibili dictu – quelqu’enthousiasme ! K. Dick verrait ses œuvres désormais à peu près accomplies.

 

Pour en revenir à mézigue, t’ et rétive, le « monde meilleur » c’est la vallée de la mort trans. Vous savez, quand vous arrivez, seule, dans une fournaise où ne se détachent du sable que les ossements de celles qui vous y ont précédé, en guise de bienvenue et de mise au courant. C’est la destinée de beaucoup de t’ féministes cinquantenaires, une fois qu’on en a tiré à biolande l’exotisme et les justifications qu’on pouvait, direction la vallée de la mort. Les cis pourront même le cas échéant en tirer une nécrologie profitable pour leur mensonge t’phile, enfin qui absolve leurs violences envers nous. Évidemment il en faut tenir les frontières bien fermées – qui sait ce qui pourrait arriver si les grillées retrouvaient un semblant de vie suffisant pour revenir. Il y aurait du bruit au logis ! Quelque chose de pourri au monde meilleur des institutionnalistes et des néo-essentialistes. Debout les tuées, quoi. Les tuées, les abusées, les violées, les extorquées…

 

Le monde meilleur, c’est une collection de vallées de la mort, plus ou moins rapide, plus ou moins monotone. Les unes ne contrebalancent ni n’excusent les autres.

 


Repost 0
Published by
18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 11:08

 

 

On parle beaucoup ces temps ci de la famille, la patrie reprend des couleurs au son des canons, et qu’en est-il du travail, la troisième personne de la sainte trinité politique et économique ? Á part pour rappeler qu’y n’en faut, toujours encore et plus, comme des deux autres. Puisque paraît-il ça doit nous rendre, dans on ne sait quel avenir radieux, émancipées et autonomes. Mais on ne cause guère des joies actuelles de ces formes, qui nous rendent plutôt misérables et terrorisées. On vient encore de découvrir par exemple une famille troglodyte, séquestrée par papa. Une de plus. C’est trop cool la famille, pourtant. Et le vote, je vous en parle pas, la représentation, trop cool aussi, on peut y vomir son ressentiment et son impuissance en votant « protestataire » pour l’élimination des étrangers, ou des traders, ou des deux. 

 

Mais le travail, ça c’est du sérieux, dans la mesure où c’est de l’inévitable, du pas facultatif, du on en a ou on crève. Finalement le vrai papa dans la trinité, avec ses biceps et sa violence, c’est le travail. On peut même dire que les deux autres personnes n’existent que pour qu’il se juche dessus, et pour le rendre vaguement supportable. Je me souviens de plusieurs occurences où des camarades univ', causant des conditions dans lesquelles elles avaient réalisé des études, soulignaient qu’une partie notable de la force nécessaire à ce travail leur avait été insufflée, assurée par la famille non-agnatique que nous constituons, à féministlande. Je pensais in petto – tiens, exactement le même schéma que le repos du guerrier : une notable partie de ce qu’on appelle la reproduction de la force de travail se fait dans le cadre familial ou communautaire, et permet de soutenir l’économie à moindre prix (on ne facture pas les heures de soutien moral, non plus que celles de vaisselle et de lessive). Mais je pensais tout aussi vite que faire le parallèle chez nous serait une fois de plus attribué à mon mauvais esprit, et je me la bouclais.

N’empêche, une fois de plus je n'ai pu m'exonérer de me dire que les formes sociales ont la peau dure, et que même sans les mecs, d’une part, et sans patron, d’autre part, on reproduit avec un mélange d’enthousiasme, de docilité et je dirais de manque d’imagination les structures et du patriarcat, et du système-travail, les deux étant je crois des frères siamois. C’est le double effet fuck cool de ce que nous appelons la réappropriation, puisque nous avons semble-t’il décidé que le féminisme ne devait pas changer ce monde mais l’endosser, comme un vieux chéque en granit. Bonjour nos reins !

 

Ce qui m’amène par le côté à ce dont je voulais vous causer an’hui : j’apprends, par un article, qu’il existe cinquante deux millions de domestiques dans le monde. J’avoue, je n’ai pas l’habitude de bloquer sur les chiffres, parce que cette approche me semble trop conjointe aux analyses qui ne remettent pas en cause fondamentalement le système d’exploitation, mais visent seulement à le redistribuer, en comptant les billes. Mais là je suis restée épatée. Je n’ai pas eu le courage d’entrer dans un calcul sur ce qu’on appelle la « population active » (active… cette malédiction… quand nous serons, non pas des insurgées comme dans la chanson, mais des feignasses sans honte ni pardon, on pourra en reparler !), d’autant que l’article m’avertissait que pour des raisons politiques et morales, on n’avait tout simplement pas comptabilisé des millions encore de domestiques pasque, pour des raisons d’âges, elles ne font pas partie de la « population active », elles font partie de celle qui devrait être comme on dit astreinte à l’obligation scolaire, histoire de devenir des productrices plus rentables. Je ne sais enfin pas si on a considéré que les vieillardes faisaient partie statutairement d’activlande. Mais si ce n’est pas le cas je pense qu’il doit aussi y avoir du monde concerné de ce côté-là.

 

Et je n’ai pas non plus compté combien cela faisait pour les nanas en proportion, mais ça atteint quelque chose comme le double, puisque l’écrasante majorité des domestiques sont des nanas. Et que nous faisons je crois moins de la moitié de la population humaine actuellement. Ce qui en fait proportionnellement beaucoup à se trouver dans ce qu’on appelle désormais en novlangue le « soin à la personne ».

 

Le travail a cette capacité huileuse à tout imbiber, à tout imprégner, à rendre tout travail ou à tout lier à son exercice (à commencer par le loisir qui représente le travail de beaucoup, personne ne sachant guère plus s’occuper seule et sans branchement). Bref de n’avoir plus de frontière. Comme tout ce qui est absolu. Un autre de ses aspects est d’envahir la vie entière, et de ce point de vue la domesticité, comme dans un cadre fort distinct l’associatif, sont comme on dit pionniers. En effet, la domestique vit souvent chez ses patrons et est corvéable 24/24. Et si ce n’est pas le cas, il y a tout de même, toutes les assistantes de nos pays riches le savent, l’élément « purement humain », qui dans cette situation est un élément certes mais de chantage muet ou explicite, qui force à la disponibilité – et, plus encore que de le rendre élastique, fait entrer le travail et sa logique dans un part toujours croissante de la vie et aussi du vécu.

 

Et que c’est bien entendu prioritairement aux nanas qu’on pense pouvoir demander ça. On est censées avoir l’habitude, quand ce n’est pas carrément le gène de la disponibilité et de l’empathie. Mais surtout de la gratuité. Partielle ou totale. Et mensongère, puisque tout ça compte et produit, juste c’est tout bénef’ pour le fonctionnement social. Du bénévolat, de la bonne volonté – antiphrase qui recouvre en fait la négation pure et simple de la volonté personnelle et délibérée – au contraire, c’est ce que veulent les patients qui pèse, qui est reconnu et intériorisé par nous ; le pouvoir, c’est entre autres la faculté de faire en sorte que l’autre, sur lequel on a pouvoir, veuille la même chose que soi, fut-ce à son détriment. Ce sont donc les autres qui comptent, ou bien les formes sociales et morales à réaliser. L’asservissement total de la vie à la production et au soin, comme échanges sociaux contraints et inégaux, se développe tout particulièrement dans la domesticité. Un autre aspect, plus bénin et plus riche, est celui de l’associatif, où « on ne compte pas ses heures ». Ce serait mal. Pas moral. Les tâches subalternes de l’associatif ressortissent ainsi d’une logique qui rend des points à celle de la domesticité. Subalternes bien sûr – la plupart y restent, certaines s’en élèvent, à force de révérences à ce qui compte et de sagacité, et deviennent, domestiques enrichies, des dominas à leur tour. Mais là n’est pas le sujet.

 

La domesticité, au sens large du terme, donc encore une fois le soin à la personne, le fait de faire pour autrui, fréquemment ce qu’il pourrait très bien faire, des fois ce qu’il ne pourrait plus, participe selon des théories autant féministes que critiques de ce côté sombre de la valeur qui ne doit pas être pris en compte pour que la totalité parvienne à tourner. D’aucunes estiment qu’il devrait justement être comptabilisé. C’est une option, qui d’ailleurs n’est pas reprise parce qu’on sait très bien que ça ne pourrait pas tenir dans une logique économique, à moins de dévaloriser encore ces activités. L’autre option est d’envoyer promener ces nécessités et ces gentes, de les oublier aussi, comme une nana qui l’autre jour a oublié son alien et sa poussette dans un bus, ce qui me semble révélateur de la profonde joie qu’on a à élever en masse des bouts de viande beuglards. Mais pour atteindre ce seuil désirables, eh bien il faudrait probablement envoyer aussi promener tout le cadre, qui est celui du travail, de la famille (et de la patrie, travestie en citoyenneté pour encore quelques temps, mais qui ne va sans doute pas tarder à réapparaître in puris naturalibus avec sa grande trique – « la » patrie est un mec, un de plus).

 

Je ne développerai pas ici ce qui vient juste de me sauter en yeux, en lisant un article sur la création d’un camp de rétention supplémentaire, mais de manière générale, l’encadrement (encore un euphémisme) des gentes par d’autres gentes est devenu une des sources les plus profusives de travail. Dans des cantons comme celui où je vis, par exemple, les « établissements pour personnes âgées » (et reuphémisme !) sont les principaux employeurs – des gentes qui elles-mêmes, dans le meilleur des cas (celui où elles auront accumulé assez d’argent) y seront enfermées à leur tour le moment venu ! Tout ça pour dire que je vois effectivement une sorte de logique générale dans ce qui va de la médicalisation à l’incarcération, en passant par la domesticité, laquelle aura peut-être été sa matrice prémoderne : créer désespérément de la valeur par la mise en dépendance (celle-ci profondément distincte de la réciprocité humaine). Mais c’est à se demander si la mise en dépendance elle-même n’est pas également un but général ; surtout si on revient à une critique féministe, jusques en deçà de la modernité : les nanas doivent être contrôlées, rapporter et disponibles. Finalement, on peut se poser la question si l’idéologie du travail ne plonge pas une de ses racines dans l’assujettissement patriarcal, au-delà même d’avoir adapté celui-ci. Je pense qu’on aurait pu en discuter avec Valérie Solanas, si celle-ci avait pu fêter parmi nous son soixante-seizième annif.

 

Le travail en général devenant à lui seul un bien, au sens de ce que le distributisme en déroute nous octroie, il va de soi que nous devons mériter ce bien, tout comme les nanas en général doivent mériter l’affection, la reconnaissance, le droit de vivre et les coups dans la gueule. Il faut mériter pour simplement survivre, plus question de simplement suivre. Il faut précéder, se marcher dessus, s’éliminer réciproquement – de même que dans le totalitarisme politique la simple neutralité ne suffit pas, il faut mettre la main à la pâte (et la pâte ce sont des gentes en général). La domesticité n’a pas de limites, parce que le bien (en ses deux sens) n’en a pas – manquerait plus que ça. Nous sommes un monde de progrès, un monde sans mal, ou bien tout du moins un monde où on le pourchasse. Et dans le mal il y a l’indolence, l’inutilité, le ne pas se faire bouffer, le ne pas bouffer autrui. Bref, depuis que l’étoile économie se contracte, même dans nos riches pays, il faut être motivée, ouvrir sa « vie privée » à sa vie publique, professionnelle au premier chef. Ce fut d’abord le cas des cadres. Mais maintenant on en arrive, pour sélectionner, à demander disponibilité, vigilance et initiative même aux techniciennes de surface. Bref, il faut payer de soi, payer aussi souvent d’argent, et ramper pour travailler. En d’autres termes, tout le travail glisse petit à petit vers une domesticité générique, contrebalancée par chez nous par les droits civiques qu’on accorde aux bien nées et aux méritantes (là encore…). Aboutissement de la méritonomie chère aux pouvoirs les plus divers depuis les Lumières.

 

On va donc me rétorquer, bis repetita, que la solution à tout ça est de revaloriser encore le travail, d’améliorer ses conditions, enfin de ne rien oublier dans le calcul général des frais et horaires. D’une certaine manière je ne suis pas contre cette idée, si on se dit qu’on persiste. Le seul souci est qu’après quelques siècles de mise de la planète au travail, d’une part, et de soumission de toute chose à la valorisation et au monnayage, d’autre part, eh ben ça marche pas. Ou plutôt ça ne marche que sur le rabiotage, le passage en non-valeur de plein de choses (dont le repos des warriors), lesquels ont l’abominable effet d’avoir finalement versé tout ce qui restait d’humain au sein des rapports sociaux dans l’extorsion et la brutalité – codifiées souvent -, exactement comme le relationnisme finit par ne vivre que sur la contrainte intériorisée, le viol, l’enfermement réciproque et inégalitaire, et autres saloperies.

Et que, conséquemment, en fait, on pourrait bêtement se poser la question à rebrousse poil : un monde de travail est il un monde vivable, ou bien implique-t’il au carré exploitation, domination, ségrégation et oppressions, pour pouvoir juste survivre et pour tout dire durer ? En une autre manière, et comme on a pu déjà le voir souvent dans l’histoire humaine, les prétendus faux-frais et dégâts collatéraux ne sont ils pas la condition sine qua non de maintien du tout, et non pas des anomalies qu’on résorbera bien un jour ?

 

Je tiens donc que l’émancipation des nanas de la domesticité générale passe probablement par noyer les formes masculines du monde, et parmi elles le travail, la disponibilité, la gratuité, la famille, la patrie… Et glou et glou !

 

 

http://www.lemonde.fr/emploi/article/2013/01/09/plus-de-52-millions-de-domestiques-dans-le-monde-souvent-sans-aucun-droit_1814481_1698637.html

 


 

 

 

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines