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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 09:49


 

Si il y a quelque chose dont nous ne manquons pas, ce sont de zamies. Des zamies il y en a pléthore, c’est une fonction reconnue, adoubée, valorisée, et elles ne se laissent pas oublier. Autoproclamées, impérieuses, décisives et définitives, collantes à souhait. En tant que t’on a les bio, les vraies quoi ; en tant que pas bénévoles du système relationniste on a les prohi – qui sont sans doute les vraies aussi. On en a bien d’autres ! Toutes plus vraies les unes que les autres. Les psy par exemple. Les bureaucrates associatives et institutionnelles. Les religieuXses. Demain les militaires – et on en reviendra, après le Mali et d’autres étapes radicales de civilisation « un peu coercitives », au splendide programme de l’affiche « Populations abandonnées, faites confiance… ». On passera juste peut-être pour le prologue à « identités négligées… ». Faites confiance aux missionnaires et aux bureaucrates de tous bords !

 

Nozamies aiment beaucoup parler de nous, c’est même leur principale activité, c’est rare par contre qu’elles nous filent des coups de main. Plutôt des crocs en jambes. Mais parler et définir, dire ce qui est et doit être, ah ça ça les fait saliver. C’est aussi une démonstration permanente de ce qu’est l’amitié dans un monde de domination systémique. Soit vous êtes la zamie faible (la lesbienne zamie des hétér@s, la pute zamie des prohi, l’arabe zamie des souchiennes, la liste est immense) et vous êtes réduite à l’état de cassette audio préenregistrée et prudente ; soit vous êtes dans la seconde position, la zamie forte, et on en revient à ci-dessus (vous n’êtes pas moins préenregistrée, mais pas prudente pour un sou pasque c’est pas vous qui subissez les conséquences de l’application de vos idées lumineuses). En somme, on découvre que la zamitié, exactement comme le namour, est une fonction de régulation sociale d’échange contraint et de pouvoir inégal. Et que nous y jouons toutes inaltérablement, résolument, nos rôles respectifs.

 

Sans nous, nozamies s’ennuieraient en tout cas beaucoup, il faut le croire. Elles nous collent comme d’autres s’appuient sur les principes, jusques à les faire casser. Nous, non seulement elles nous cassent, mais encore nous phagocytent. Et quand elles n’y arrivent pas, qu’on est trop grosses, trop dures, trop amères, iningérables quoi, elles appellent papa état pour qu’il nous anéantisse avec ses larges moyens.

 

Fermons la parenthèse et sortons la bouteille d’acétone (remède éprouvé à la glu).

 

Notre zamie CLD par exemple persiste et signe : nous serions, les non prohi et non abolo, des « règlementaristes ». On a dit et répété mille fois que le propos était (quoi qu’on pense par ailleurs de l’économie, du droit, etc.) d’inclure l’activité des putes dans le droit commun du travail. Mè non. Oneilles bouchées. Conduits obstrués.

 

On pourrait pourtant lui faire remarquer alors que si c’est du réglementarisme, alors l’extension du droit matrimonial commun aux non-hétéro relève exactement de la même logique. C’est d’ailleurs l’argument des réaques qui s’y opposent : dès lors que ce ne sont plus des personnes normales qui sont concernées, il s’agirait d’un droit d’exception.

 

Évidemment ça ne peut tenir que si on pose la dite prémisse : ces personnes ne sont pas comme les autres, elles ne doivent donc pas être traitées pareil.

 

Ce qui est bien entendu le credo des prohi. On ne sait d’ailleurs plus très bien si c’est nous, notre perversité tenace ou notre activité dégradante qui sont « pas comme les autres », conséquemment « pas comme il faut », mais ça en revient à ça, et par suite nous devons être privées de droits et tout simplement de légitimité à vivre, directement ou indirectement, sachant que dans notre monde merveilleux toute possibilité ou éventualité doit être approuvée et transfigurée par le droit et la justice.

 

Ne pas bénévoler dans l’exercice de l’échange relationnel généralisé ce n’est pas seulement mal faire, c’est carrément être autre, avoir des cornes sur la tête comme on disait aussi de nous, les l, il y a trente ans. Il y a toujours un ne pas faire comme il faut absolument qui dégénère en « ne pas être ».

 

Je faisais récemment remarquer un truc qui ne m’était apparu jusques alors qu’en filigrane, bien que je pioche depuis longtemps sur la critique du système d’échange relationnel (et relationniste) : que, outre qu’on exigeait, chez les bien-sentantes de la relation, que tout ce qui s’y passe soit formellement bénévole (comme si ça garantissait qu’il n’y ait pas contrainte sociale ni échange de valeur !), bref que la valeur qui y est brassée n’interfère pas avec la valeur monnaie, outre donc, dans à peu près tous ses aspects, ce système ne présente les avantages de la gratuité qu’aux personnes qui y dominent, dont la quasi-totalité des mecs hétéros (et un certain nombre d’autres). Á mon sens ça durera au moins tant que nous serons dans un monde masculin, hétéro, relationniste et sexualiste. Et même on aura du mal à s’en extirper, parce qu’il faudra se débarrasser des structures de valorisation qui conditionnent concurrence et inégalité, et que ça ne se fera ni en claquant des doigts, ni en rayant des cadres des listes, ni en croyant en « ce qu’on est » ; ce qu’on est a été créé par ce monde là et il va falloir souquer ferme pour nous rendre vivables à nous-mêmes.

En attendant, on avait comme je dis au moins la capacité de tarifer l’inconfort. C’était un des rares cas où pépé non seulement doit payer, mais en plus n’a accès en échange qu’à un moment et à quelque chose de précis (cul et soutien psy), pas à s’immiscer dans nos vies et y jouer la douve. Eh bien non, retirée la capacité. Bénévoles, qu’on le veuille ou pas. Et la lutte contre l’hétérosexualisme ne semble pas vraiment au programme des prohi, qui voudraient plutôt un gentil monde complémentaire avec des mecs et des nanas pleins de respect, d’échange toujours contraint mais honnête, une parité quoi. « Hétérosexualité – et sexualité tout court – système politique », ça leur fait mal à la tête.

 

La thèse selon laquelle le travail (non sexuel) serait miraculeusement exonéré de l’atteinte à la personne, parce qu’il ne concernerait que (ce « que » est extraordinaire, il recouvre à peu près tout, l’organisation majeure de la vie et des rapports humains, mais c’est un restrictif !) la force de travail, le temps (et la motivation, et la santé, et…) ; somme toute presque rien, donc, une broutille, et pas l’intimitaire (somme toute ce fameux privé, rentré comme tel par tous les soupiraux dans le féminisme acritique et intégrationniste contemporain), risque tout de même bien de découler de cette même schizophrénie par laquelle se maintient tant bien que mal la dynamique éconocroque et patriarcale : il faut toujours un volant de bénévolat important, formellement soustrait à la valeur (en fait attribué à un autre système d’échange), pour que l’affaire arrive à se régénérer. Et une fiction gratifiante autour de ce bénévolat (laquelle, comme tout en ce monde, bénéficie prioritairement à pépé, histoire d’en rajouter une louche)…

 

On l’appelait autrefois le repos du guerrier.

 

Les intégrationnistes prohi sont d’ailleurs très franches là-dessus : tout pour le bénévolat relationnel, tout pour le travail et la croissance, et tout pour l’hétérosocialité, de quelque sexe que l’on soit d’ailleurs, le tout est de faire comme il faut. Les trois vont ensemble. Quant à lui, l’intégrationnisme anti-prohi ne s’y oppose pas à proprement parler, puisqu’il se cantonne à promouvoir l’égalisation des boulots, comme d’autres l’intégration familiale pour tout le monde. C’est également tout à fait tenable. En logique interne comme dans le monde présent.

 

Pour ma part, je reste obstinément anti-intégrationniste, pour la ruine de l’un comme de l’autre système d’échange et d’exploitation. Et résolument contre les hypocrisies stigmatisantes qui prétendent nous redorer la vie en hiérarchisant les modalités d’échange contraint, en interdisant de tirer profit de certaines. Et nous parquer dans la zone la mieux contrôlable du travail, du social comme du relationnel. Le tapin est un boulot comme un autre, le boulot est un tapin comme un autre. La vérole, c’est la valeur, argent ou relation. Soit on en sort, soit on n’en sort pas. Mais le bon vieux truc de légitimer l’un sur la stigmatisation de l’autre est une sale blague déjà moisie dans le spectacle politicard et pénurique qui n’en finit pas de se répéter.

 

 

 

D’un point de vue voisin, colléguial mais non tout à fait convergent (elle est pour l’intégration dans, moi pour la sortie de ce monde), on lira aussi avec profit l’article de Morgane Merteuil paru dans Minorités n° 152, qui est pertinent : http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1430-homophobie-putophobie-meme-combat.html)

CLD y a rétorqué dans un article au titre représentatif de la mauvaise foi et de la grandiloquence politicarde où on travestit la défense des intérêts conservatistes en grande morale outragée, mais qui n’est pour autant pas innocente, pour ce qu’on garde toujours au frais l’adversaire exotisé comme un monstre dont l’anéantissement est pétitionnable, et les arguments non susceptibles d’être pris en compte, parce que son existence même est haram. 

Elle ne répond d’ailleurs pas aux arguments analogiques développés à juste titre par MM, parce qu’elle y serait bien en peine. Comme je l’avais déjà fait remarquer au printemps 10, les deux approches sont intégrationnistes et de droit positif comme d’égalité civique. Á moins de remettre celles-ci en cause, et le monde qui va avec, ce qui n’est évidemment pas le propos des prohi, on ne peut se maintenir que par une exception au droit, et l’usage de la force. La mère Delphy, que pourtant la déesse sait que je ne convoque pas souvent (!!), en avait autrefois fait une description convaincante dans un opuscule intitulé justement l’État d’exception, au sujet d’une autre catégorie de gentes qui bizarrement sont, réduites à cet être défectueux et néfastes, au milieu d’une société d’unités de valeur censées égales.

C’est d’ailleurs singulier que, d’expé historique, les grandes prétentions qui s’affirment universelles n’arrivent à bien se soutenir qu’en présence d’un mal sournois, irréductible, incarné, qu’on doit toujours combattre et surtout qui justifie ad vitam aeternam l’ajournement des félicités et libertés promises. Ce qui est classe avec le tapin, c’est que si on veut vraiment prendre au mot l’exigence de gratuité relationnelle (évidemment impossible dans un monde où la relation est un système de valeur), on pourra indéfiniment en soupçonner partout la transgression, tellement nous zautres zumaines sommes pourries gâtées, et par conséquent soutenir une pression constante, un appareil de surveillance autoreproductible, enfin bref ceci dit ce qui existe précisément pour protéger la propriété privée (propriété à laquelle nous sommes aussi assimilées) et ne fait que se développer depuis l’apparition de l’état moderne. Bref, bonheur, tout va dans le même sens et on est sûres de ne jamais se trouver dépaysées, comme ça.

 

Il ne reste donc qu’à CLD qu’à s’étrangler de rage, et à convoquer une fois de plus des affirmations qui reviennent à l’essentialisation des personnes réelles, ici par le biais d’une prétendue spécificité de leur activité marchande. Et dont la logique formelle peut se retourner avec la même dose de mauvaise foi qu’elle y instille à l’encontre des mesures législatives qu’elle défend. Son but, comme je pense plus ou moins consciemment à toutes les prohi, est de blanchir le système marchand, en lui trouvant des contrepoints artificiels. Tout lui va, de la nation et de la prison au travail en passant par la médicalisation et les délégations-confiscations les plus diverses, elle enfile tout, sauf le tapin. On peut difficilement y voir autre chose qu’un évitement ou un prétexte. Ce d’autant plus que pour remplir et ce prétexte, et son éradication, elle se voit obligée de faire appel à toute la structure du monde-mec actuel. La répression bien sûr, le contrôle social sur ce qu’on fait ou pas de soi, mais aussi l’idéalisation de l’amour, de la sexualité, de l’hétéronorme non seulement pas critiquée mais étendue à toutes, enfin du repos du guerrier (la valeur-fantôme graissante qui permet à la pénible production de tourner).

Pourtant, sur les mots nous serions d’accord ; elle écrivait il y a peu avoir pour but la destruction du patriarcat (ou viriarcat). Moi aussi. La divergence, fondamentale, se creuse dès lors que nous définissons le patriarcat, et sa place dans le système de domination. Si on s’en tient quitte dès lors qu’on rêve une inclusion égale des femmes et des hommes dans la domination, l’échange contraint et la représentation, comme c’est le cas de tout l’institutionnalisme actuel, ma foi, on peut bien compter y arriver – mais arriver à quoi ?

Il serait un peu temps de relire Valérie Solanas ou Ti-Grace Atkinson, qui faisaient une critique systémique, féministe et vraiment universaliste de la misère où nous nous trouvons, et que nous reproduisons. Elles savaient que l’ennemi n’est pas le bouton sur le nez, contrairement aux politiques cosmétiques actuelles, qui croient ou feignent de croire qu’une société lisse, disciplinée, exactement comme le sont les cadavres de femmes que nous propose la publicité sexiste, sera le lieu de l’émancipation !

CLD comme MM défendent in fine le même monde – à ceci près que la première entend en retrancher les contestables bienfaits à celles qui refusent le bénévolat dans le secteur du repos du guerrier. Et que la seconde est conséquente dans la logique d’échange généralisée et d’égalité formelle que prétend incarner aussi la première. Conséquence qui nous permet au moins de tirer quelques ronds dans le cadre de ce système. Défendre le même monde ne signifie en rien la bienveillance et la solidarité, bien au contraire : dans un monde basé sur les principes d’exclusion, de concurrence et d’extermination, le bien ne peut se réalise qu’en niant et détruisant les gentes, toujours de trop, toujours irréductibles à ce bien. C’est pourquoi CLD veut notre réduction à la sujétion totale (et ce ne sera ni la première ni la dernière fois qu’on aura libéré des gentes à coups de bottes, ni que la libération aura consisté en incarcération, au sens large). La libération consiste à peu près toujours en une action extérieure, de gentes non concernées et qui ont décidé, pour se désennuyer autant que pour se justifier de vivre, d’aller faire du bien à des qui souvent ne leur ont rien demandé. L’émancipation est réflexive, elle n’a pas de chemin tout tracé, et elle ne s’aliène pas. Comme je dis souvent, on libère des formes sociales, souvent cannibales ; on s’émancipe (nous !) en tant que gentes. La notion de libération est historiquement de plus en plus opposée à celle d’émancipation, et les dynamiques qui les portent de même.

Le principe même d’accession à la reconnaissance porte en lui la nécessité de facto de son refus à telle ou telle part stigmatisée, pour telle ou telle raison, de la population. Sans quoi la reconnaissance perd toute valeur, et c’est sur la valeur, nécessairement différentielle, qu’est bâtie la société moderne. J’ai pour ma part quitté le syndicat dont fait partie MM, parce qu’on s’y cherchait, histoire de pouvoir discuter avec papa état et maman respectabilité, des affreux à stigmatiser en chœur – la question n’étant d’ailleurs pas que ce fussent ou pas des affreux, mais qu’on allait entrer dans le système qui ne fonctionne que sur le retranchement et l’exclusion. Et ce de manière redoutable, car on mobilise à chaque fois pour ce faire toute la violence de l’état et du social.

C’est là de toute façon la limite interne du syndicalisme comme de la bureaucratie associative et revendicative : il leur est impossible de se proposer la transformation radicale de ce monde, et de ses structures, car elles ne peuvent agir et prospérer que dans ces structures mêmes, en en amendant certes les proportions et la distribution, mais en les pérennisant par là même. Ce n’est pas là une condamnation morale ni même politique de ma part : il y en a qui s’en tirent très bien et en parvenant à ne se compromettre que raisonnablement. Et par ailleurs savent très bien ce qu’elles font. Mais la question est de savoir, à la base, ce que l’on veut, ce que l’on ne veut pas – et autant que possible pourquoi. Il n’y a aucun problème de logique interne à vouloir faire durer ce monde, si on y croit ; mais je ne suis pas de celles qui le veulent. Contrairement à ce qu’on croit communément dans la modernité qui aime à ce que tout soit justicié, je pense que de se déclarer adversaire exclut de la commodité de s’appuyer sur un jugement – au sens moral et judiciaire du terme, pas au sens intellectuel (et là il nous en manque, du jugement !).

 

Si on en veut sortir, il faut se tirer les patounes de la valeur, de la reconnaissance, et de la possibilité pour des CLD ou bien d’autres, lesquelles ne manquent jamais, de dire qui sera acceptable, qui ne le sera pas, et d’en faire une arme de répression générale.

 

 

PS : L’évêque de Nanterre (oui, il y a un diocèse de Nanterre !), un dénommé Daucourt, nous a aussi ressorti il y a peu, histoire d’abonder le « débat » au sujet d’hétérolande pour toutes et de la « cathophobie » (celle là aussi de phobie, il fallait l’inventer, c’est fait), le cliché inusable de la « prostituée chrétienne », qui bien entendu se déteste et se vomit, puisqu’elle pèche, repèche mortellement et dévalue son outil d’existence qui devrait être dévolu bénévolement à pépé et aux lardons, (et à la sainte vierge, autre version de la république et vice versa). Toute ressemblance avec les élucubrations psychépolitiques des prohi paraît-il laïcardes mais qui pour nous nettoyer de la surface de la planète donnent volontiers la main aux plus réacs cathos (Le Nid, Scelles…) n’est que parfaitement fortuite !

Raison de plus, comme je l’ai déjà souligné vingt fois, pour ne pas nous-mêmes, les non-bénévoles, nous laisser aller à nous apparier à des boulets masculinistes, à célébrer des maquereaux, ou à faire du guili guili aux gouvernements en leur proposant de co-gérer le boulot et, fatalement, de surveiller nos collègues, et pour finir de participer à la répression et à l’état d’exception qu’on continuera alors à nous imposer contre des hochets. L’autonomie est pour nous la seule manière de ne pas nous suicider, nous ridiculiser ni nous compromettre.

 

 


 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 10:54

 

 

Sur des panneaux pro, en énorme, « l’homosexualité n’est pas un choix ». La transitude non plus, je suppose, pour les gentes qui portent ce genre d'affirmation, derrière lesquelles je ne marcherai jamais.

 

Je vous en ai déjà causé plusieurs fois, de ce dogme un peu ahurissant, de la vision verrouillée du monde qu’il suppose sans angoisse. Je n’y fais des fois même plus attention.

 

Mais tout de même, là, de relire ça, en gros, pan dans la gueule, ça m’a fait quelque chose au foie.

 

C’est singulier combien mes contemporaines trouvent simple et facile de confisquer les possibilités, de se mettre une (in)détermination fondamentale dans la poche, comme ça, l’air de rien. J’ai déjà causé des arrière-plans sympathiques de ce genre de croyance définitoire, et du retour par toutes les fenêtres de l’essentialisme que nos aînées avaient cru congédier par la porte cochère.

 

Elles valent bien leurs adversaires anti, les pro. Les unes comme les autres affirment avoir le droit naturel pour elles. Il est vrai que quand on réclame in fine la même chose, la même vie et de peupler les mêmes impasses… Le politique n’est qu’une excroissance du biologique fatal, en gros. Là encore, on se demande ce qui les différencie des réaques.

 

C’est vrai que décider de soi et de sa vie ferait courir quelques risques aux ordres en place. Vite vite on colmate, pas responsables pas coupables. Si on choisissait de ne pas être hétérobio, alors, on serait vraiment des dégueulasses. Car c’est exactement cela que contient cet atterrant message. Il résume tout notre haine torve envers nous-mêmes, et toute notre appétence de normalité.

 

Mais ce n’est pas perdu pour tout le monde ; je pense aux camarades qui sont bien décidées à profiter de cette fatalité, ce statut de non-choix imposé et ratifié, en bâtissant la bureaucratie de sa représentation-gestion, sanitaire, sociale et politique. Ça va se bousculer dans les corridors (y en a jamais assez pour tout le monde).

 

Nous nous donnons nous-mêmes des panneaux dans lesquels donner de la tête, pour que surtout, mais surtout, aucune de nos décisions ne puisse être une échappée, incontrôlée et qui sait révolutionnaire. Il y eut des féministes et lesbiennes comme ça, on le sait, elles sont au musée, et dans les cartons, pas dans les vitrines. Qui se souvent de Paule Minck, de Dora Mardsen, de Valérie Solanas ? De celles qui se sont penchées au dehors, voire qui ont pris la poudre d'escampette ?

 

Ce n’est pas que nous soyions bêtes, je n’y crois pas un instant. C’est juste que nous ne voulons profondément pas que les choses changent, ni nous-mêmes. Ni sortir de ce monde. Sauf que – dans ce cas il faudrait avoir le courage moral d’assumer ce refus. De reconnaître que les positions qui sont aujourd'hui majoritaires, de façon écrasante, à lgtblande et même à tpglande sont intégrationnistes et conservatrices. Et nous ne l’avons pas. Par conséquent nous passons notre temps à proclamer des imbécilités et au besoin à (nous) mentir posément. Et à sortir, ou à tolérer, des énormités comme celle évoquée ci dessus. C'est aussi là un choix, même si collectif, même si nous faisons tout pour l'oublier.

 

Mais bon – nous serons toujours quelques unes, et peut-être plus, à faire mentir nos bergères-bureaucrates, et à nous égayer hors du chemin citoyen, reproductif et laborieux.

 

 


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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 12:16

 

 

 

J’ai encore reçu aujourd’hui une des ces chiures qui arrivent régulièrement à t’lande de la part de toutes les sociologues, artisteuses, aumonières et missionnaires qui peuplent et parsèment notre triste présent. Là c’était une photographe, enfin quelque chose comme ça, qui se proposait de remédier à notre invisibilité.

 

Je me marre toujours quand des cisgenre, à peu près toujours bien intentionnées, féministes, universitaires et j’en passe, viennent à moi avec un air éploré pour déplorer notre invisibilité, ou invisibilisation, à laquelle bien entendu elles vont remédier dans les plus bref délais et au profit exclusif de leur exotisation. Elles restent généralement éberluées quand je leur rétorque que notre souci est précisément d’être visibles, repérables à cinq cent mètres, selon la jauge automatique de ce que doit être, mesurer, anguler une femme ; et qu’il arrive même que des bio se fassent prendre dans la nasse, qu’elles ont le menton trop carré, les articulations trop perceptibles, voilà qu’on les prend pour des trans, les pôvres, avec tout ce que ça implique de violence sociale de la part des hommes et des femmes.

 

Bien fait.

 

Bref, merci bien, mais nous les f-t’s, pour la plupart, nous sommes bien aises quand nous sommes invisibles, il n’y a pas de plus grand confort au monde. D’autant que si c’est pour nous exhiber comme d’hab en pavois et justificatifs de la transphilie des féministes bio, qui dure généralement jusques au moment précis où nous nous remettons à exister – ah ben là ça va plus, exister et puis quoi encore, t’es vraiment un mec tâ ! – eh bien notre poing dans vos gencives.

 

Puis je reçois un énième communiqué émanant d’une des centrales de la bureaucratie associative trans en rapide développement, une « radicale » - radicale, aujourd’hui, ça ne veut plus dire aller au fond des choses, ça veut dire en réclamer à papa un peu plus que la voisine, et sur un ton plus assuré, plus mâle – la puberté de l’associatif trans ! Mais néanmoins soumis, reconnaissant par nécessité, puisque hein, notre vie ne peut venir que d’en haut, pas de nous-mêmes.

 

Lequel communiqué déplore, donc, que nous soyons des oubliées de la politique gouvernementale. Parmi bien d’autres. Je n’ai jamais rien tant aimé que d’être oubliée de la politique gouvernementale. En général, quand le gouvernement se souvient de vous, c’est pour vous pressurer, contrôler de toutes les manières possibles, et dans notre cas précis soumettre à une nouvelle batterie de critères de reconnaissance (voir à ce sujet les effets éliminatoires de la loi espagnole, entre autres exemples). Et pour vous inclure dans le cheptel obligé de ses innombrables sous-instances, parmi lesquelles, oh surprise, en tous cas elles l’espèrent bien, les assoces trans. Mais leur guili guili obséquieux à papa état n’a rien, mais rien à voir avec les populations qu’elles espèrent bien s’avaler par dispositions sanitaires et sociales, en attendant la pure contrainte de l’État anorexique des années d’effondrement à venir, où il se pourrait bien qu’il confie à l’associatif toujours prêt des prérogatives coercitives sur qui aura le droit de (sur)vivre et d’être reconnue, et qui ne l’aura pas, ça fera des économies.

 

Pensez vous que ce serait pire si le gouvernement oubliait de pourchasser et d’expulser les étrangères, et si nous venions, nous, à oublier de réclamer de faire en tout comme les hétérobio pour nous sentir les bouts de doigt ?

 

Mè non – nous sommes bien décidées à « ne rien oublier et ne rien apprendre », à cultiver la politique du ressentiment et de la revendication de l’identique, bref à aiguillonner la bébête jusques à ce qu’elle nous ait toutes ingérées. Même celles qui ne voulaient pas – non mais qu’est-ce qu’elles font ch… celles là ? Digérées, dirigées, orientées, comme tout le monde.

 

Enfin voilà, tout ça pour vous confirmer ce que je vous ai déjà je crois susurré quelques fois : je préfère largement être invisible et oubliée par qui de droit. Et j’ai la présomption incroyable de croire que pour la plupart de nozigues, les f-trans, comme de beaucoup d’autres sur la planète, eh bien c’est la condition de la vie. Être proches de ses amies et camarades, et oubliées par ce qui ne peut qu’être malveillant et néfaste, là haut comme autour. Et qui sait, l’oublier à tel point qu’il disparaisse. Sans notre participation active, notre file à sa gamelle, le pouvoir n’est plus grand’chose.

 

De manière plus générale, il est assez symptomatique de notre état de résignation dépendante que d’être invisibles et oubliées par les lieux et les gentes de pouvoir doive nous paraître un malheur, alors que c’est un reste d’espace qui nous soit propre, et peut-être une promesse d’échapper au laminoir de la normalisation comme du chantage à la survie.

 

Et on comprendra à quel point j’em….e la malveillance intéressée des bio, les grosses bottes des universitaires, et les filets gluants de la bureaucratie trans. Trois véroles parmi d’autres sans lesquelles on aurait un peu plus d’air. Pas que nous d’ailleurs. Mais occupons nous premièrement de nos fesses. Et gardons nous autant de nozamies bio que de nos bergères trans.

 

 

 


 

 


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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 11:29

 

 

Au fil du temps, quelques camarades commencent à rouspéter dans l’unanimisme pro mariage, pro famille, pro natalité qui nous a saisies ces derniers temps. Ça ne peut que faire plaisir. Si un peu de négativité pouvait revenir chatouiller l’incroyable consensus autour de l’adoption généralisée d’hétérolande, je dirais… je crois pas que ça changerait la donne en l’état des choses, monolatexique comme il est ; mais au moins on sauverait la face ! Quelques une auraient dit non, au-delà évidemment d’un non réduit à la personne.

 

Mais comme d’habitude nous avons peur de notre ombre. Á peine avons-nous levé la patoune sur les formes sacrées, le droit, la propriété, la citoyenneté, la relation, que le cœur nous manque. Cela ne nous est pas propre, ç’a été le cas de bien des nanas révolutionnaires et critiques. Je songe à Ti Grace Atkinson que je lis ces temps ci et dont je vous reparlerai, ou encore à Simone Weil. Une fois de plus, il n’y a guère eu que la mère Solanas pour refuser nettement de materner le futur, et de se soucier d’un petit comment qui nous réenferme illico dans les procédures actuelles.

 

L’illégitimité foncière dans laquelle nous tient la prépondérance des formes sociales idéales et autres marchandises fait que le vide éventuel que pourrait laisser le bris de leur sacralité nous épouvante, et que nous nous employons, sans même avoir pu faire le moindre geste réel pour nous en débarrasser, à proposer des multitudes de produits de remplacement issus de la même fabrique. Je viens de lire ainsi un texte fort argumenté qui signale, à très juste titre, que mariage, famille, organisation de la transmission, que sais-je encore, sont d’abord, et même ensuite, et même tout court des modes de contrôle social patriarcaux et économistes. Ce qui devrait suffire déjà à une critique et un refus en règle. Mais non. Quand on casse, dans le grand magasin des métamarchandises censées nous insuffler l’existence, eh ben y faut remplacer. Et nous sommes disciplinées, ça c’est un caractère qu’hélas on ne peut nous contester. C’est ainsi que la suite est une invraisemblable mixture de propositions sociales et de fait législatives, puisque malgré le petit anathème au contrôle de l’état en passant, il est demandé la reconnaissance institutionnelle de cette mixture. Et d’où vient cette reconnaissance, cette autre vérole dont nous ne parvenons pas à contester la primauté ? Ben de papa, papa état, une fois de plus. Même demander qu’on nous laisse faire à notre guise (guise d’ailleurs déjà bien mise au carré dans ce texte), ben c’est demander, justement. Demander la bienveillance. Bienveillance tu parles ! Attendre. Exiger. Espérer. Mais toujours reconnaître l’autre, condition d’ailleurs indispensable à un monde où rien ne peut se faire qu’il n’ait été reconnu, et reconnu par une autorité quelconque. Une fois de plus, le problème n’est pas tant dans telle ou telle hiérarchie, mais dans les fonctions sociales dont nous attendons vie et prospérité, la reconnaissance en tête, qui scelle la dépendance. Dépendance qui peut être mutuelle, de même que l’état comme l’ordre social se peuvent reproduire en chacune de nous.

Et combien nous nous emberlificotons à essayer de prévoir tous les cas de figure (exactement le but de l’état depuis des siècles : tout voir, tout prévoir). Je m’excuse mais je crois souvent que si nous avons perdu le sens critique, nous avons des fois aussi perdu celui du raisonnable. Maintenant, dès que nous sortons quelque chose, c’est la cité du soleil. Nous avons définitivement, comme les gouvernants, confondu s’occuper, se soucier de soi, et le panoptique, la gestion. Plus nous prétendons pousser loin les possibilités, plus en fait nous les ramenons dans les murs.

Précisément peut-être parce que nous ne voulons pas remettre en cause les cadres de ces possibles, cadre qui les font par là même injonctions, et qui par ailleurs définissent la direction où nous sommes censées persévérer, réaliser. Des super-relations, des méta-familles, un natalisme libéré – mais s’asseoir sur ces formes nécessaires, et ne s’en plus rendre malades, blasphème impossible.

 

Un député de droite s’émouvait hier à clamer que depuis mai 68, on n’avait pas vu une telle vague libertaire. Ben dis donc, je veux croire que ses souvenirs se sont émoussés. Je ne vois pas grand’chose de libertaire, si on prend le terme au sens strict, de choix critique et antipolitique, aux vagounettes sociétales actuelles. Ça ressemble bien plus en fait à ce qui encadra temporellement l’échec de 68, c'est-à-dire une libéralisation par multiplication des manières admises, registrées, de continuer à vivre pareil, à relationner, à consommer, à produire. Des métamachandises quoi. Mais ce qui est angoissant, c’est de voir que nous nous sommes mises, à tpglande, à en fabriquer aussi. Par peur du vide ? Par crainte que l’audace soit de l’élitisme – ce qui nous ramène au terrible sophisme du refus de toute issue ? Par attachement à la reproduction des rôles, pour laquelle nous avons tout de même beaucoup fait avec le queer ? Va savoir. Mais le savoir, le découvrir, ne serait justement pas anodin. N’empêche, si on attend de tout savoir, la certitude absolue, cette autre vérole – encore – qui vient de l’assimilation de la politique à une science, eh ben on va crever, crever ici même, devant nos calculettes bourrées de données, cliquetantes. Nous ne savons plus vouloir, ne plus vouloir, et tenir des paris. Nous n’avons pas d’audace.

 

L’audace. C’est justement quelque chose sur laquelle j’écris un autre petit texte en ce moment, en mémoire des féministes très radicales des années 70. Ce qui nous manque absolument, ce que nous fuyons en crabe, c’est entre autres l’audace. L’audace de dire par exemple qu’il y a des véroles irremplaçables, intransmissibles, comme l’organisation sexuelle, relationnelle et familiale par exemple. Et que chercher à la réorganiser ne nous mènera qu’à une autre variété fort proche de cette société.

 

Comme écrivait VS il y a quarante cinq ans, il n’y a rien, surtout rien à mettre à la place du couple, du mariage, de la famille, de la sexualité (qui est foncièrement hétéronorme). Qu’à jeter du sel là où c’était, pour cautériser le mal que ces formes cannibales nous ont faites, et aller nous ébattre ailleurs. Enfin.

 

 


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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 15:58

 

 

…dans un pré gelé, il était cependant déjà tard, une grande renarde, mastoque. Son pelage donnait plutôt dans le brun verdâtre que dans le roux de la bonne saison. On voyait tout de suite que ça n’allait vraiment pas comme elle aurait voulu. Elle tirait, au sens strict du terme, une gueule de cent pieds de long. Elle s’est arrêtée pour me regarder. Moi pareil. On était aussi peu faraudes l’une que l’autre. On avait vraiment l’air de se confirmer tristement que l’époque était bien sale, et combien de surcroît nous nous étions l'une comme l'autre fort mal débrouillées dans nos darwinodromes de m…

 

 


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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 12:08

 

 

J’ai trouvé dans ma boîte à lettres un fascicule sur l’année communale. Celle de la commune où mon inconséquence soutenue m’a finalement projetée, et dans un point du terroir de laquelle on voit mes papattes s’agiter en l’air, alors que j’ai le buste enfoncé dans quelques décimètres de terre gorgée de flotte. Moralement du moins. Parmi les rubriques, celle des défunts de l’an passé, lesquels sont au raisonnable nombre de deux. J’aimerais carrément que l’on ne meure point, à part quelques charognes auxquelles je pense bien fort, mais voilà…

 

Parmi ces deux mon prédécesseur. Dont je me suis laissée dire qu’il était d’une méchanceté redoutable. J’imagine déjà la joie de quelques unes à gausser là-dessus et sur ma destinée. Au fond je les rejoins, je suis effectivement fort méchante, j’ai comme on dit mes raisons, et ça ne risque pas de s’arranger cette année. La nécrologie officielle affirme que c’était un bonhomme singulier. Étant donné le ton nécessairement urbain de ces publications, et quand on connaît de plus la réserve auvergnate sur les jugements définitifs, c’est que le loustic devait être franchement invivable, pour qu’on lui décerne une pareille déco post.

 

Évidemment, et si je ne parviens pas à m’échapper, les gentes de la commune ni même du canton n’ont gagné au change avec moi. Je suis non seulement, on va dire, singulière, mais inabordable et incompréhensible. Bienvenue !

 

Tantôt vers le même jour, je lisais un article également nécrololo, mais là dans un grand quotidien. Il s’agissait de la mort brutale et volontaire d’une sorte de geek, dont le principal titre reconnu était d’avoir « créé un format ». Ne me demandez pas ce qu’est un format. Je le sais encore moins que vous. Et cependant je tapote. Honte et typographie sur moi.

 

Ce qui m’a épatée est qu’on lui décernait, dans un style très "positif-libre entreprise", ce qu’on décerne semble-t’il à toutes les gentes d'outre atlantique à l’exception des abominables réglementaires, c'est-à-dire qu’on le crédite d’avoir « fait que le monde soit meilleur ».

 

Je reste ordinairement exaspérée devant cette expression qui n’est hélas pas vide de sens. Ce serait trop beau. Non. Il est réellement prescrit de croire que toutes les gentes – à peu près nous toutes en fait - qui se sont agitées pour étendre ici ou là l’intensité, la dépendance, la dépossession et le désastre, notamment sous forme marchande et technologique, éventuellement citoyenne et écologique, nous laissent un monde meilleur. Je tranche sans hésiter dans le sens inverse : à chaque surenchère de ce genre le monde est pire, nous sommes pires nous-mêmes, et personne ne sait comment tout ça va bien pouvoir finir.

 

Quelques jours après, on apprenait la mort en Syrie d’une espèce de journaleux dont l’activité éditoriale consistait exclusivement à faire de la marchandise avec les guerres et les exterminations diverses. Il avait même créé une revue dont l’unique raison était de présenter à d’avides lecteurs des photos bien croustillantes de macchab’s encore chauds, encore mobiles, comme dans la célèbre description du petit matin dans le Grand troupeau de Giono. Eh bien vous me croirez ou pas, mais tous les organes lui ont décerné gloire et mémoire. Sûr que c’est de gentes comme ça dont nous avons besoin pour bâtir un monde meilleur : des haineux ruraux, des geeks et des chiens de guerre. Trop cool comme monde.

 

D’ailleurs, d’ailleurs – que ce soit délibéré, volontaire ou pas, c’est du pareil au même. Même d’être victime ne rend pas faste. D’ailleurs on le choisit rarement, et même ça ne serait en rien une garantie – voyez ce que nous ont laissé des comme Jésus ! Tous les massacrés dont on exalte la mémoire, histoire de ne surtout pas remettre en cause les stupidités ou les infamies pour lesquelles ont les a contraints, en général, de mourir, ne nous ont en rien laissé ni garanti un monde meilleur. Ils ont, nolens volens, fermé à chaque fois une série de portes blindées qui nous sépare de toute possibilité d’émancipation ou de quoi que ce soit de ce genre, et ont emmené les clés en enfer avec eux.

 

Finalement, la daube, si on excepte la mauvaise foi récurrente de beaucoup de dogmatiques qui pensent d’abord à leurs affaires, c’est probablement cette obsession d’un monde meilleur, et peut-être même d’un monde tout court. D’expé historique, vouloir répandre le bien et réaliser des totalités est une des causes principales d’exterminations et de répressions. Et cette cause s’oppose si peu au pouvoir, qu’elle l’a au contraire systématiquement épousé, et pratiqué dans toutes les positions, ou peu s’en faut. On pourrait s'occuper un peu moins du monde, des mondes, et largement plus de nous-mêmes. 

 

C’est tout de même une vieille lanterne, de nous projeter avec enthousiasme et rage dans les idées et les formes qui devraient par reconnaissance nous redistribuer un vrai nous-mêmes, après passage au hachoir et au laminoir. Tout autant désormais que de nous laisser aller à remblayer encore un petit peu l’entassement des dispositifs d’aide à la survie, qui coûtent toujours plus cher – et je ne parle pas ici en monnaie, quoi que je le pourrais avec la même résultante  - que ce qu’ils rapportent. Mais non, nous n’en sommes pas rassasiées. Nous entendons toujours payer – et faire payer autrui, sans quoi on se sentirait flouées – pour vivre. S’occuper de ses fesses est à nos yeux une pauvreté antidéluvienne. Pourtant on n’a guère de mémoire qu’on l’ait jamais beaucoup tenté.

 

Le monde meilleur est une antiphrase obstinée pour un coinçage croissant dans la pénurie, la dépendance (pas la réciprocité) et la brutalité. On en fait à peu près toutes l’expérience personnelle, plus ou moins solitaire – mais ça ne nous empêche pas de croire toujours aussi facilement dans les baudruches viriarcales, économicistes et citoyennes qu’on nous gonfle à petits frais.

 

Les mondes meilleurs, en fait, suivent la bonne vieille logique que ce sont les choses, les marchandises, les idées, les droits, les priorités comme on dit qui doivent exister, et que nous ne sommes là que pour les porter, indignement évidemment (enfin plus ou moins indignement selon notre valeur sociale). Le politique moderne, je ne suis pas la première à le faire remarquer, a beaucoup repris et hâtivement repeint les structures religieuses qui l’ont précédé, et les a massivement investies dans le développement. Nous sommes presque toujours de trop pour ce monde meilleur de façon obsessionnelle, dès lors que nous ne le produisons pas avec ardeur et abnégation. Que nous soyions pauvres, faibles, que nous décidions de nous occuper de nos fesses, hop – nous sommes des boulets pour ce monde meilleur qui n’a pas besoin de nous, non plus que l’avenir. Il faut dès lors trouver un moyen de tirer encore quelque chose de nozigues, dans le pressoir, seule manière de nous justifier de traîner encore à la terrasse. Ce matin, au marché de Paulhaguet, j’avise une affiche sur la vitrine de l’ADMR locale : la journée des soins palliatifs ! Yes, il y a une journée pour célébrer la gestion avisée de notre agonie après empoisonnement de toute une vie et passage obligé – création de valeur et de salaires oblige – par la machine médicale qui va accélérer le truc, hop qu’on dégage. Je pense que la journée de la mort n’est désormais plus très loin, et que nous contemplerons notre fin avec des yeux enfin positifs, puisque ça peut engendrer quelque monnaie et – incredibili dictu – quelqu’enthousiasme ! K. Dick verrait ses œuvres désormais à peu près accomplies.

 

Pour en revenir à mézigue, t’ et rétive, le « monde meilleur » c’est la vallée de la mort trans. Vous savez, quand vous arrivez, seule, dans une fournaise où ne se détachent du sable que les ossements de celles qui vous y ont précédé, en guise de bienvenue et de mise au courant. C’est la destinée de beaucoup de t’ féministes cinquantenaires, une fois qu’on en a tiré à biolande l’exotisme et les justifications qu’on pouvait, direction la vallée de la mort. Les cis pourront même le cas échéant en tirer une nécrologie profitable pour leur mensonge t’phile, enfin qui absolve leurs violences envers nous. Évidemment il en faut tenir les frontières bien fermées – qui sait ce qui pourrait arriver si les grillées retrouvaient un semblant de vie suffisant pour revenir. Il y aurait du bruit au logis ! Quelque chose de pourri au monde meilleur des institutionnalistes et des néo-essentialistes. Debout les tuées, quoi. Les tuées, les abusées, les violées, les extorquées…

 

Le monde meilleur, c’est une collection de vallées de la mort, plus ou moins rapide, plus ou moins monotone. Les unes ne contrebalancent ni n’excusent les autres.

 


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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 11:08

 

 

On parle beaucoup ces temps ci de la famille, la patrie reprend des couleurs au son des canons, et qu’en est-il du travail, la troisième personne de la sainte trinité politique et économique ? Á part pour rappeler qu’y n’en faut, toujours encore et plus, comme des deux autres. Puisque paraît-il ça doit nous rendre, dans on ne sait quel avenir radieux, émancipées et autonomes. Mais on ne cause guère des joies actuelles de ces formes, qui nous rendent plutôt misérables et terrorisées. On vient encore de découvrir par exemple une famille troglodyte, séquestrée par papa. Une de plus. C’est trop cool la famille, pourtant. Et le vote, je vous en parle pas, la représentation, trop cool aussi, on peut y vomir son ressentiment et son impuissance en votant « protestataire » pour l’élimination des étrangers, ou des traders, ou des deux. 

 

Mais le travail, ça c’est du sérieux, dans la mesure où c’est de l’inévitable, du pas facultatif, du on en a ou on crève. Finalement le vrai papa dans la trinité, avec ses biceps et sa violence, c’est le travail. On peut même dire que les deux autres personnes n’existent que pour qu’il se juche dessus, et pour le rendre vaguement supportable. Je me souviens de plusieurs occurences où des camarades univ', causant des conditions dans lesquelles elles avaient réalisé des études, soulignaient qu’une partie notable de la force nécessaire à ce travail leur avait été insufflée, assurée par la famille non-agnatique que nous constituons, à féministlande. Je pensais in petto – tiens, exactement le même schéma que le repos du guerrier : une notable partie de ce qu’on appelle la reproduction de la force de travail se fait dans le cadre familial ou communautaire, et permet de soutenir l’économie à moindre prix (on ne facture pas les heures de soutien moral, non plus que celles de vaisselle et de lessive). Mais je pensais tout aussi vite que faire le parallèle chez nous serait une fois de plus attribué à mon mauvais esprit, et je me la bouclais.

N’empêche, une fois de plus je n'ai pu m'exonérer de me dire que les formes sociales ont la peau dure, et que même sans les mecs, d’une part, et sans patron, d’autre part, on reproduit avec un mélange d’enthousiasme, de docilité et je dirais de manque d’imagination les structures et du patriarcat, et du système-travail, les deux étant je crois des frères siamois. C’est le double effet fuck cool de ce que nous appelons la réappropriation, puisque nous avons semble-t’il décidé que le féminisme ne devait pas changer ce monde mais l’endosser, comme un vieux chéque en granit. Bonjour nos reins !

 

Ce qui m’amène par le côté à ce dont je voulais vous causer an’hui : j’apprends, par un article, qu’il existe cinquante deux millions de domestiques dans le monde. J’avoue, je n’ai pas l’habitude de bloquer sur les chiffres, parce que cette approche me semble trop conjointe aux analyses qui ne remettent pas en cause fondamentalement le système d’exploitation, mais visent seulement à le redistribuer, en comptant les billes. Mais là je suis restée épatée. Je n’ai pas eu le courage d’entrer dans un calcul sur ce qu’on appelle la « population active » (active… cette malédiction… quand nous serons, non pas des insurgées comme dans la chanson, mais des feignasses sans honte ni pardon, on pourra en reparler !), d’autant que l’article m’avertissait que pour des raisons politiques et morales, on n’avait tout simplement pas comptabilisé des millions encore de domestiques pasque, pour des raisons d’âges, elles ne font pas partie de la « population active », elles font partie de celle qui devrait être comme on dit astreinte à l’obligation scolaire, histoire de devenir des productrices plus rentables. Je ne sais enfin pas si on a considéré que les vieillardes faisaient partie statutairement d’activlande. Mais si ce n’est pas le cas je pense qu’il doit aussi y avoir du monde concerné de ce côté-là.

 

Et je n’ai pas non plus compté combien cela faisait pour les nanas en proportion, mais ça atteint quelque chose comme le double, puisque l’écrasante majorité des domestiques sont des nanas. Et que nous faisons je crois moins de la moitié de la population humaine actuellement. Ce qui en fait proportionnellement beaucoup à se trouver dans ce qu’on appelle désormais en novlangue le « soin à la personne ».

 

Le travail a cette capacité huileuse à tout imbiber, à tout imprégner, à rendre tout travail ou à tout lier à son exercice (à commencer par le loisir qui représente le travail de beaucoup, personne ne sachant guère plus s’occuper seule et sans branchement). Bref de n’avoir plus de frontière. Comme tout ce qui est absolu. Un autre de ses aspects est d’envahir la vie entière, et de ce point de vue la domesticité, comme dans un cadre fort distinct l’associatif, sont comme on dit pionniers. En effet, la domestique vit souvent chez ses patrons et est corvéable 24/24. Et si ce n’est pas le cas, il y a tout de même, toutes les assistantes de nos pays riches le savent, l’élément « purement humain », qui dans cette situation est un élément certes mais de chantage muet ou explicite, qui force à la disponibilité – et, plus encore que de le rendre élastique, fait entrer le travail et sa logique dans un part toujours croissante de la vie et aussi du vécu.

 

Et que c’est bien entendu prioritairement aux nanas qu’on pense pouvoir demander ça. On est censées avoir l’habitude, quand ce n’est pas carrément le gène de la disponibilité et de l’empathie. Mais surtout de la gratuité. Partielle ou totale. Et mensongère, puisque tout ça compte et produit, juste c’est tout bénef’ pour le fonctionnement social. Du bénévolat, de la bonne volonté – antiphrase qui recouvre en fait la négation pure et simple de la volonté personnelle et délibérée – au contraire, c’est ce que veulent les patients qui pèse, qui est reconnu et intériorisé par nous ; le pouvoir, c’est entre autres la faculté de faire en sorte que l’autre, sur lequel on a pouvoir, veuille la même chose que soi, fut-ce à son détriment. Ce sont donc les autres qui comptent, ou bien les formes sociales et morales à réaliser. L’asservissement total de la vie à la production et au soin, comme échanges sociaux contraints et inégaux, se développe tout particulièrement dans la domesticité. Un autre aspect, plus bénin et plus riche, est celui de l’associatif, où « on ne compte pas ses heures ». Ce serait mal. Pas moral. Les tâches subalternes de l’associatif ressortissent ainsi d’une logique qui rend des points à celle de la domesticité. Subalternes bien sûr – la plupart y restent, certaines s’en élèvent, à force de révérences à ce qui compte et de sagacité, et deviennent, domestiques enrichies, des dominas à leur tour. Mais là n’est pas le sujet.

 

La domesticité, au sens large du terme, donc encore une fois le soin à la personne, le fait de faire pour autrui, fréquemment ce qu’il pourrait très bien faire, des fois ce qu’il ne pourrait plus, participe selon des théories autant féministes que critiques de ce côté sombre de la valeur qui ne doit pas être pris en compte pour que la totalité parvienne à tourner. D’aucunes estiment qu’il devrait justement être comptabilisé. C’est une option, qui d’ailleurs n’est pas reprise parce qu’on sait très bien que ça ne pourrait pas tenir dans une logique économique, à moins de dévaloriser encore ces activités. L’autre option est d’envoyer promener ces nécessités et ces gentes, de les oublier aussi, comme une nana qui l’autre jour a oublié son alien et sa poussette dans un bus, ce qui me semble révélateur de la profonde joie qu’on a à élever en masse des bouts de viande beuglards. Mais pour atteindre ce seuil désirables, eh bien il faudrait probablement envoyer aussi promener tout le cadre, qui est celui du travail, de la famille (et de la patrie, travestie en citoyenneté pour encore quelques temps, mais qui ne va sans doute pas tarder à réapparaître in puris naturalibus avec sa grande trique – « la » patrie est un mec, un de plus).

 

Je ne développerai pas ici ce qui vient juste de me sauter en yeux, en lisant un article sur la création d’un camp de rétention supplémentaire, mais de manière générale, l’encadrement (encore un euphémisme) des gentes par d’autres gentes est devenu une des sources les plus profusives de travail. Dans des cantons comme celui où je vis, par exemple, les « établissements pour personnes âgées » (et reuphémisme !) sont les principaux employeurs – des gentes qui elles-mêmes, dans le meilleur des cas (celui où elles auront accumulé assez d’argent) y seront enfermées à leur tour le moment venu ! Tout ça pour dire que je vois effectivement une sorte de logique générale dans ce qui va de la médicalisation à l’incarcération, en passant par la domesticité, laquelle aura peut-être été sa matrice prémoderne : créer désespérément de la valeur par la mise en dépendance (celle-ci profondément distincte de la réciprocité humaine). Mais c’est à se demander si la mise en dépendance elle-même n’est pas également un but général ; surtout si on revient à une critique féministe, jusques en deçà de la modernité : les nanas doivent être contrôlées, rapporter et disponibles. Finalement, on peut se poser la question si l’idéologie du travail ne plonge pas une de ses racines dans l’assujettissement patriarcal, au-delà même d’avoir adapté celui-ci. Je pense qu’on aurait pu en discuter avec Valérie Solanas, si celle-ci avait pu fêter parmi nous son soixante-seizième annif.

 

Le travail en général devenant à lui seul un bien, au sens de ce que le distributisme en déroute nous octroie, il va de soi que nous devons mériter ce bien, tout comme les nanas en général doivent mériter l’affection, la reconnaissance, le droit de vivre et les coups dans la gueule. Il faut mériter pour simplement survivre, plus question de simplement suivre. Il faut précéder, se marcher dessus, s’éliminer réciproquement – de même que dans le totalitarisme politique la simple neutralité ne suffit pas, il faut mettre la main à la pâte (et la pâte ce sont des gentes en général). La domesticité n’a pas de limites, parce que le bien (en ses deux sens) n’en a pas – manquerait plus que ça. Nous sommes un monde de progrès, un monde sans mal, ou bien tout du moins un monde où on le pourchasse. Et dans le mal il y a l’indolence, l’inutilité, le ne pas se faire bouffer, le ne pas bouffer autrui. Bref, depuis que l’étoile économie se contracte, même dans nos riches pays, il faut être motivée, ouvrir sa « vie privée » à sa vie publique, professionnelle au premier chef. Ce fut d’abord le cas des cadres. Mais maintenant on en arrive, pour sélectionner, à demander disponibilité, vigilance et initiative même aux techniciennes de surface. Bref, il faut payer de soi, payer aussi souvent d’argent, et ramper pour travailler. En d’autres termes, tout le travail glisse petit à petit vers une domesticité générique, contrebalancée par chez nous par les droits civiques qu’on accorde aux bien nées et aux méritantes (là encore…). Aboutissement de la méritonomie chère aux pouvoirs les plus divers depuis les Lumières.

 

On va donc me rétorquer, bis repetita, que la solution à tout ça est de revaloriser encore le travail, d’améliorer ses conditions, enfin de ne rien oublier dans le calcul général des frais et horaires. D’une certaine manière je ne suis pas contre cette idée, si on se dit qu’on persiste. Le seul souci est qu’après quelques siècles de mise de la planète au travail, d’une part, et de soumission de toute chose à la valorisation et au monnayage, d’autre part, eh ben ça marche pas. Ou plutôt ça ne marche que sur le rabiotage, le passage en non-valeur de plein de choses (dont le repos des warriors), lesquels ont l’abominable effet d’avoir finalement versé tout ce qui restait d’humain au sein des rapports sociaux dans l’extorsion et la brutalité – codifiées souvent -, exactement comme le relationnisme finit par ne vivre que sur la contrainte intériorisée, le viol, l’enfermement réciproque et inégalitaire, et autres saloperies.

Et que, conséquemment, en fait, on pourrait bêtement se poser la question à rebrousse poil : un monde de travail est il un monde vivable, ou bien implique-t’il au carré exploitation, domination, ségrégation et oppressions, pour pouvoir juste survivre et pour tout dire durer ? En une autre manière, et comme on a pu déjà le voir souvent dans l’histoire humaine, les prétendus faux-frais et dégâts collatéraux ne sont ils pas la condition sine qua non de maintien du tout, et non pas des anomalies qu’on résorbera bien un jour ?

 

Je tiens donc que l’émancipation des nanas de la domesticité générale passe probablement par noyer les formes masculines du monde, et parmi elles le travail, la disponibilité, la gratuité, la famille, la patrie… Et glou et glou !

 

 

http://www.lemonde.fr/emploi/article/2013/01/09/plus-de-52-millions-de-domestiques-dans-le-monde-souvent-sans-aucun-droit_1814481_1698637.html

 


 

 

 

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 15:43

 

"Quand j'conduis mon brêle

L'arme à la bretelle

C'est toi qui m'appelle

Par mon petit nom."

Mac Orlan 

 

 

J’adore les politologues du Monde. L’un d’eux vient de pondre un article « synthétique » pour nous affirmer que notre cher peuple ne se droitiserait pas tant que ça. Juste un peu, hum... comment dire ? Car voyez, bien qu’il se prononce, selon des sondages, avec un enthousiasme non dénué de férocité et à une majorité écrasante (soixante dix à quatre vingt pour cent) en faveur d'une active chasse aux pauvres, aux feignantes, aux étrangères, enfin bref à tout ce qui entrave la félicité du corps social, il y aurait néanmoins une faible majorité favorable au mariage pour toutes, forme sociale révolutionnaire.

Faible, cela dit, la majorité, et de plus en plus. Quand même, finalement, les gouines et les pédés c'est trop féminin, la virile rectitude du mariage ne nous redressera pas suffisamment. Le peuple le vrai c'est pépé, sa bite et son pouvoir.

 

Au reste, ce qu’on appelle la gauche en france a aussi un bon passif réac : antisémitisme, complotisme, exaltation de la virilité et du travail, passion pour la guerre civilisatrice… On en a un bel échantillon ces jours ci mêmes.

 

Mais le plus beau est la conclusion du dit article (http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/16/une-france-qui-se-droitise_1817916_3232.html) :


« Au terme de ces quelques rapides coups de sonde dans le corps social, le constat d'une droitisation du pays doit donc être relativisé. S'il est incontestable que sur les questions régaliennes et identitaires, la demande de répression est massive, y compris dans l'électorat de gauche (71 % des sympathisants approuvaient les démantèlements de camps de Roms intervenus cet été), on s'aperçoit que ce besoin s'accompagne, dans le même temps, d'une forte aspiration à une intervention de l'Etat pour réguler et encadrer une économie libérale, qui peine toujours à convaincre, nos compatriotes apparaissant dans les études internationales comme les plus critiques sur le fonctionnement du capitalisme et de l'économie de marché.

 La formation politique qui parviendra à synthétiser et à articuler de façon crédible ces demandes, en apparence contradictoires, disposera d'un avantage certain pour les prochaines échéances électorales. »

 

 Cette option politique a déjà été dégainée, déployée dans divers pays, dont le nôtre, au cours de ce vingtième siècle qui n'en finit plus. L’union du travaillisme et de la haine dans la communion du peuple et la politique du ressentiment n’a rien de nouveau. L'a même un petit nom. Ça s’appelle le fascisme.

 

 


 

 


 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 18:46

 

 

 

 

 

« La guerre constitue une part essentielle du plan divin. Sans elle, le monde sombrerait dans le matérialisme. »

 Moltke l’ancien

 

 

« Une opération un peu coercitive. » C’est pertinent comme du Zinoviev (Alexandre Alexandrovitch), ça fleure la rescousse des pays frères, et c’est par ces mots rembourrés qu’une source militaire, nationale et républicaine comme il se doit, définit les pilonnages aériens qui inaugurent l’entrée de Pinocchio dans un bourbier déjà bien dégagé sur les oneilles par les protagonistes précédents ; la multiplication étatique, la scie égoïne, enfin la bombe guidée, rien n’aura été épargné pour nettoyer les vilains égoïsmes qui auraient pu prétendre à s’occuper de leurs fesses. La suite promet d’être grandiose ; il se peut qu’on en parle encore dans dix ans (quand il faudra repartir, comme d’hab, du champ de ruines, en y laissant crever ce qui restera des survivants (1)). Quand les patriotes, puis les curés et enfin les soudards sont passés faire chacuns leur office, il ne reste en général que terre gaste et membres épars.

 

Ici il pleut sur les défilés de bubble-gums gonflés à la haine et au mépris de tout ce qui est ou paraît féminin - en fin de compte je crois que c'est ça qui soude leurs idées, je vous en reparlerai. On se prend à espérer que là bas il fait beau, chaud, sec, comme dans les chansons de Piaf. Ou dans nos désirs de riz à la mairie. Coercition et consentement sont les deux extrémités de l'ordre politique et moral, les deux essieux qui en font cahoter la charrette sur la grand'route des avenirs plus ou moins radieux.

 

Tiens, voilà du boudin. Ah on est classe ! Quel dimanche !

 


 

« nous ne devons jamais oublier tous ceux qui se sont sacrifiés pour que nous soyons ce que nous sommes aujourd'hui »


Voilà ce qu’a sorti le culbuto en chef de notre foutu pays pour la sempiternelle cérémonie du onze novembre.


Je ne vois pourtant guère de raison de se rengorger d’où nous en sommes. Non plus que la fierté qu’on devrait avoir à célébrer les guerres, avec leurs motifs, ce qui s’y passa, et somme toute la logique même de la chose. Seulement il faut avouer que le replâtrage permanent de la « der des der » enfonce tout. Ce n’était pourtant pas vraiment le tout début des guerres modernes, ouvertement exterminatoires et économiques, expression pure de la domination qui n’arrive pas toujours très bien à limiter les frais – à supposer que ce doit un but. C’était cependant la première mondiale (si on excepte la guerre de sept ans, qui en fut une préfiguration). L’inauguration d’une flopée de massacres tous plus horribles et infâmes les uns que les autres, avec des raisons et des causes stupides ou plus généralement odieuses, des acharnements mécaniques et virilistes, et des bilans éloquents. Série que nous continuons allègrement en ce moment même. On est partis d’un si bon pied !


La première guerre mondiale est le paradigme même de la bévue monstrueuse qu’on ne peut pas désavouer sous peine de perdre instantanément toute apparence de crédit. Et par ailleurs l’occasion de vérifier que quand on meurt pour des conneries ou des saletés, il vaut mieux se résigner à leur trouver un sens que d’admettre que tout ça ne fut qu’un carnage malfaisant, qui ne profita qu’aux industriels. Rien de tel que la guerre pour donner des couleurs à l’économie.


La première guerre mondiale a probablement vu une défaite historique de la volonté d’émancipation humaine, lorsque, début août 14, au lieu de se lancer dans la grève générale insurrectionnelle qui était préconisée pour ce cas de figure, les syndiqués marchèrent les uns contre les autres comme un seul homme, et envoyèrent leurs mandataires aux gouvernements. Je crois pour ma part que ce que nous sommes, comme où nous en sommes, a été grandement modelé par cette abdication, ce consentement massif au règne des choses et à l’extermination des humains.


Les gentes des classes ouvrière et paysanne ont à ce moment là enterré pour bien longtemps toute possibilité d’émancipation humaine, dont nous ne revoyons toujours pas le bout de la queue, et se sont qui plus est enterrées elles-mêmes, au sens le plus strict qui soit, puisque ce sont elles qui ont été massacrées principalement dans la fournaise nationaliste, libératoire et technologique. Elles ne se sont pas sacrifiées, on les a passées à la machine. Cela continue aujourd’hui et aide puissamment à l’élimination des pauvres. Nous sommes toujours dans la foi aberrante et cent fois démentie que l’oppression crée de la conscience, que les classes, nations, peuples, etc. vont nous frayer la voie vers autre chose -  et on se croit en plus matérialistes en ressassant cette métaphysique !


Un pas a été au contraire alors franchi alors vers ce qui aurait paru en d’autres temps, si brutaux soient-ils, inadmissible et même impensable. Depuis, nous en avons ajouté d’autres, dans la même veine. Et ce dont Hollande, par scribouilleur interposé, se et nous glorifie aujourd’hui, c’est d’être devenus toujours plus, en « paix » comme en guerre, d’impitoyables pantins, prêts à tuer, à faire mourir et à mourir, au nom des choses.

On n’éprouve guère de scrupules, autant par oubli que par exotisme, à exalter toujours les mêmes patriotismes, culturalismes et nationalismes pétitionnant la reconnaissance, lesquels, s’ils rencontrent quelque succès sur le marché des souverainetés, prendront part allègrement à leur tour aux abus, répressions et guerres. Ces formes ne peuvent exister qu’en dévorant les gentes et en tordant les vies pour mieux s’exprimer.


Ce que nous sommes aujourd’hui. Comme s’il y avait un instant à se réjouir ou à être fiers de ce que nous sommes, cet amas d’angoissés haineux, de dépossédés aigris, d’accumulateurs mesquins, de sexistes régressifs, d’anciens massacreurs de partout sans parler des à venir… Un gros siècle de déshumanisation à marche forcée a fait de nous des gentes tout à fait sympathiques et estimables, s'pas ? Ce que nous sommes aujourd’hui, c’est l’image même de la guerre endémique contemporaine, déraison rationaliste et hypocrite. C’est cela que l’on commémore et célèbre le onze novembre : qu’on est bien dans la folie et qu’on n’en sortira surtout pas. Nous lui répétons notre allégeance.


Ainsi que notre culbuto, qui se révèle, après quelques mois de résidence au pouvoir, non seulement une espèce de petit tyran ombrageux, prompt à faire poursuivre les gentes pour offense, mais aussi un va t’en guerre qui se cherche un bourbier, histoire de la marquer ; le soudan français le lui fournira-t’il ?


Oui, ce que nous sommes aujourd’hui est effectivement à la hauteur du fait invoqué. Brutal, insensé, calculateur, débile, patriote et mesquin.


Et ce que nous ne sommes pas du tout aujourd’hui, c’est ce que certains ont su être à l’époque : des déserteurs.


Nulle chose, nulle idée ne justifie que l’on meure pour ; la mise en marche du hachoir discrédite au contraire ce pour quoi on l’a actionné. Á partir du moment où ce dans quoi nous nous projetons – et se projeter pose déjà bigrement question – est cimenté par la souffrance, l’anéantissement et le ressentiment, il n’y a plus guère d’espérance de sortie et d’émancipation : ce devient un piège morale et glouton, qui nous avale en se justifiant d’en avoir déjà fait bien d’autres. Et nous avons bien tort de marcher. Refus d’obéissance, que ce soit aux gentes qui incarnent ou aux formes sociales et politiques. 

 

En somme, ni travail, ni familles, ni patries - non plus que leurs avatars et excroissances.

 

 

 

 

(1) Je me rappelle d'un grand imbécile, darwiniste notoire et moraliste utilitariste, lequel, le matin même où nous apprîmes le coup d'état en algérie, en 92, m'affirma "se réjouir, pour la première fois de sa vie, d'un coup d'état militaire". Je n'eus plus par la suite l'occasion de l'interviewer pendant les années d'égorgements consécutives. Je suppose qu'il s'était trouvé de bonnes raisons du côté du moindre mal. Il pontifie encore volontiers de nos jours. Se trouver et tenir à distance de ce qu'on approuve est quelquefois un gage de longue vie.

 

 


 

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 10:05

 

 

 

Je lisais hier soir, les patounes dans le four à mon habitude, des vieilles revues critiques, tirées de cartons ramatriés – si tant est que cette moche tanière leur puisse être une matrie. Parmi elles, je suis retombée sur une remarquable approche de l’œuvre de Valérie Solanas, faite par pas n’importe qui il y a de cela vingt cinq ans. D’ailleurs, il ne faut pas être n’importe qui pour causer de Solanas, que ce soit en 88 ou an’hui. L’approche de cette personne était très différente de la mienne, même si on se rend des points essentiels. C’était dans une revue dont je m’amusais à pasticher le titre en l’unique et son nombre – j’ai toujours été fort circonspecte, pour ne pas dire sceptique, envers les voies de recours qui nous semblent ouvertes à l’encontre du social. J’y vois souvent des panneaux ou même des surenchères, aussi sincères soient-elles. Ainsi de l’individue, qui me paraît du social en morceaux, idéalisé, valorisé quoi, comme le sucre emballé tout seul des cafés dans un joli papelard. Échapper au social et à la valeur me semble un peu plus compliqué. N’empêche, cette réserve mise à part, je trouve encore aujourd’hui bien éclairant ce notable papier sur VS. En effet, il est un des rares qui soulignent qu’elle ne visait pas moins qu’à fracasser justement tout ce social, avec ses plus aplatissantes évidences – la relation par exemple ! Ou l’argent et le travail. J’en ai causé ailleurs. Mais je crois qu’il nous faudrait un grand retour sur les audaces de VS, en regard desquelles nous sommes bien pâlotes aujourd'hui.

 

Mais ce qui m’a surtout frappée hier soir ce sont ces vingt cinq ans. Vingt cinq ans à la fois tintamarresques et silencieux. Et le rappel par l’auteure de l’article que dans les vingt ans précédents, pareil, on n’en avait guère causé. Vingt cinq ans d’aujourd’hui, environ le temps de ma jeunesse, si j’ai jamais été jeune. Vingt cinq durant lesquels somme toute – que s’est-il passé ?

 

Je dis bien passé. Il est arrivé des tas de choses, qui ont plu sur la terre depuis le ciel des nécessités toujours renouvelées et toujours similaires. Nous en avons bavé et nous avons bavé. Ça s’est accumulé comme jamais. Mais que s’est-il passé ? Pour qu’une chose, un fait soient passés, je trouve qu’il est indispensable que nous en ayons tiré quelque chose, ou que quelque chose de fondamentale se soit modifiée. D’une certaine manière, dans nos vies de semi-transfuges de l’ordre citoyen, comme dans cet ordre citoyen planétaire et chatoyant lui-même, que s’est-il fichtre passé depuis la fin des années 80 – sans aller chercher en deça ? Nib, nib de jar !

 

Pour ne nous en tenir qu’à nous, autant en tant donc que semi-transfuges que comme parfaitement recensées, s’il s’est passé quelque chose j’aimerais bien le savoir. Nous avons rempli quotidiennement tant bien que mal les fonctions et les devoirs de notre état, autant physiques que sociales, les deux se conjuguant quelquefois (encore la relation, on n’échappera pas à sa remise en cause, VS le disait déjà). Nous avons répondu, obéi, réagi à toutes les urgences, enfin dans la mesure de notre disponibilité (encore une, d’évidence, la disponibilité, le bénévolat…). Et quoi ? Sommes nous autre chose que des playmobiles que des tempêtes successives ont éparpillées dans un jardin dévasté, plein de flotte ? Des playmobiles dans toutes les positions, debout, assises, sur le côté, la tête dans le sol, incapables de nous mouvoir par nous-mêmes, sans poids, soumises aux coups de pieds et aux coups de balais de l’évènementiel, le reprenant à notre compte pour ne pas avoir l’air trop nouilles. Mais toujours en fin de compte baladées dans ce fichu jardin dont nous ne pouvons même pas songer à nous évader.

 

C’est bien sûr une vision quelque peu extrême de notre situation – je suis une extrémiste et je l’assume, de plus en plus même. N’empêche, si je contemple les dernières vingt-cinq années, ben bof hein, côté initiative. Nous nous sommes laissées couler dans des positions morales et dichotomiques tout à fait attendues, dont on peut même bien dire que les qui nous ont précédées avaient déjà bien creusé l’emplacement, histoire que les déluges nous y portent tout dret. Et ces positions ont conditionné le cours de nos vies. Enfin pas qu’elles, disons qu’elles y ont contribué. Et bon, tout cela, quand même, a duré, a eu lieu, a tourné sur elle-même. Vingt ans, vingt cinq ans se sont écoulées. Il n’y a plus grand’monde des quelques qu’on était au début (ce furent de mauvaises années en terme de quantité pour la récolte contestataire que les années 80). Tout le monde ou presque est arrivée depuis. C’est d’ailleurs très bien et je me réjouis que notre famille ne soit pas éteinte.

 

Mais tout de même, arrivée en ce très moche hiver, c’est à se dire que les unes comme les autres, les intégrées et les valorisées comme les rejetées et les stigmatisées, car il faut de tout pour faire une famille, hé bien nous n’avons guère bougé si ce n’est comme des playmobiles. Il ne s’est pas passé grand’chose. Ces années ont été comme un jour. Un jour trop court et déjà fini. Pasqu’évidemment… J’avais oublié de vous le dire… C’est super c… mais notre métabolisme, lui, il ralentit pas quand il se passe rien. Hé non. Je dirais même, je suis pas sûre qu’il accélère pas un peu, cette enflure, tellement y s’emmerde. Et voilà, le long, interminable jour se termine, au point de vue politique et social, bonne nuit à demain, mais pour nous, viandes, esprits, vies, ce qui se termine aujourd’hui pour des copines, demain pour moi, après-demain pour vous (et là en jours très solaires, en très petites années), c’est nous, c’est nozigues. Couic.

 

Je notais déjà dans les années 90 à quel point notre détresse, notre incurie peut-être aussi, la manière dont nous mettons le peu d’énergie dont nous disposons à nous faire des crocs en jambes et à nous inspecter les trous de nez, que tout ça détruisait le temps. Concurremment, là encore, à la fatalité générale du social, de l’économie, de la vie mutilée et tutti quanti. Et que ça n’en finissait pas, ni la décennie ni le siècle, que le soleil ne se décidait jamais à se coucher sur ce triste empire, cependant que nous n’en décatissions et mourions pas moins. Près de vingt ans après, je fais le même constat. Le jour polaire ne s’est pas couché. Nous sommes éparpillées ici et là. Quelquefois on entend un geignement. Quelquefois des playmobiles se trouvent rassemblées par les coulures de l’urgence et ça crée une occasion. Mais il ne se passe rien, ou si peu – même dans l’activité ou la confrontation. Une espèce de surplace surnaturel. Un mauvais rêve où on court engluées. Comment se réveiller ? Comment reprendre le temps, comment faire en sorte que vingt ans soient au moins vingt ans, et plus comme un vilain jour d’hiver ? Vous me suivez ?

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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