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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 15:43

 

"Quand j'conduis mon brêle

L'arme à la bretelle

C'est toi qui m'appelle

Par mon petit nom."

Mac Orlan 

 

 

J’adore les politologues du Monde. L’un d’eux vient de pondre un article « synthétique » pour nous affirmer que notre cher peuple ne se droitiserait pas tant que ça. Juste un peu, hum... comment dire ? Car voyez, bien qu’il se prononce, selon des sondages, avec un enthousiasme non dénué de férocité et à une majorité écrasante (soixante dix à quatre vingt pour cent) en faveur d'une active chasse aux pauvres, aux feignantes, aux étrangères, enfin bref à tout ce qui entrave la félicité du corps social, il y aurait néanmoins une faible majorité favorable au mariage pour toutes, forme sociale révolutionnaire.

Faible, cela dit, la majorité, et de plus en plus. Quand même, finalement, les gouines et les pédés c'est trop féminin, la virile rectitude du mariage ne nous redressera pas suffisamment. Le peuple le vrai c'est pépé, sa bite et son pouvoir.

 

Au reste, ce qu’on appelle la gauche en france a aussi un bon passif réac : antisémitisme, complotisme, exaltation de la virilité et du travail, passion pour la guerre civilisatrice… On en a un bel échantillon ces jours ci mêmes.

 

Mais le plus beau est la conclusion du dit article (http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/16/une-france-qui-se-droitise_1817916_3232.html) :


« Au terme de ces quelques rapides coups de sonde dans le corps social, le constat d'une droitisation du pays doit donc être relativisé. S'il est incontestable que sur les questions régaliennes et identitaires, la demande de répression est massive, y compris dans l'électorat de gauche (71 % des sympathisants approuvaient les démantèlements de camps de Roms intervenus cet été), on s'aperçoit que ce besoin s'accompagne, dans le même temps, d'une forte aspiration à une intervention de l'Etat pour réguler et encadrer une économie libérale, qui peine toujours à convaincre, nos compatriotes apparaissant dans les études internationales comme les plus critiques sur le fonctionnement du capitalisme et de l'économie de marché.

 La formation politique qui parviendra à synthétiser et à articuler de façon crédible ces demandes, en apparence contradictoires, disposera d'un avantage certain pour les prochaines échéances électorales. »

 

 Cette option politique a déjà été dégainée, déployée dans divers pays, dont le nôtre, au cours de ce vingtième siècle qui n'en finit plus. L’union du travaillisme et de la haine dans la communion du peuple et la politique du ressentiment n’a rien de nouveau. L'a même un petit nom. Ça s’appelle le fascisme.

 

 


 

 


 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 18:46

 

 

 

 

 

« La guerre constitue une part essentielle du plan divin. Sans elle, le monde sombrerait dans le matérialisme. »

 Moltke l’ancien

 

 

« Une opération un peu coercitive. » C’est pertinent comme du Zinoviev (Alexandre Alexandrovitch), ça fleure la rescousse des pays frères, et c’est par ces mots rembourrés qu’une source militaire, nationale et républicaine comme il se doit, définit les pilonnages aériens qui inaugurent l’entrée de Pinocchio dans un bourbier déjà bien dégagé sur les oneilles par les protagonistes précédents ; la multiplication étatique, la scie égoïne, enfin la bombe guidée, rien n’aura été épargné pour nettoyer les vilains égoïsmes qui auraient pu prétendre à s’occuper de leurs fesses. La suite promet d’être grandiose ; il se peut qu’on en parle encore dans dix ans (quand il faudra repartir, comme d’hab, du champ de ruines, en y laissant crever ce qui restera des survivants (1)). Quand les patriotes, puis les curés et enfin les soudards sont passés faire chacuns leur office, il ne reste en général que terre gaste et membres épars.

 

Ici il pleut sur les défilés de bubble-gums gonflés à la haine et au mépris de tout ce qui est ou paraît féminin - en fin de compte je crois que c'est ça qui soude leurs idées, je vous en reparlerai. On se prend à espérer que là bas il fait beau, chaud, sec, comme dans les chansons de Piaf. Ou dans nos désirs de riz à la mairie. Coercition et consentement sont les deux extrémités de l'ordre politique et moral, les deux essieux qui en font cahoter la charrette sur la grand'route des avenirs plus ou moins radieux.

 

Tiens, voilà du boudin. Ah on est classe ! Quel dimanche !

 


 

« nous ne devons jamais oublier tous ceux qui se sont sacrifiés pour que nous soyons ce que nous sommes aujourd'hui »


Voilà ce qu’a sorti le culbuto en chef de notre foutu pays pour la sempiternelle cérémonie du onze novembre.


Je ne vois pourtant guère de raison de se rengorger d’où nous en sommes. Non plus que la fierté qu’on devrait avoir à célébrer les guerres, avec leurs motifs, ce qui s’y passa, et somme toute la logique même de la chose. Seulement il faut avouer que le replâtrage permanent de la « der des der » enfonce tout. Ce n’était pourtant pas vraiment le tout début des guerres modernes, ouvertement exterminatoires et économiques, expression pure de la domination qui n’arrive pas toujours très bien à limiter les frais – à supposer que ce doit un but. C’était cependant la première mondiale (si on excepte la guerre de sept ans, qui en fut une préfiguration). L’inauguration d’une flopée de massacres tous plus horribles et infâmes les uns que les autres, avec des raisons et des causes stupides ou plus généralement odieuses, des acharnements mécaniques et virilistes, et des bilans éloquents. Série que nous continuons allègrement en ce moment même. On est partis d’un si bon pied !


La première guerre mondiale est le paradigme même de la bévue monstrueuse qu’on ne peut pas désavouer sous peine de perdre instantanément toute apparence de crédit. Et par ailleurs l’occasion de vérifier que quand on meurt pour des conneries ou des saletés, il vaut mieux se résigner à leur trouver un sens que d’admettre que tout ça ne fut qu’un carnage malfaisant, qui ne profita qu’aux industriels. Rien de tel que la guerre pour donner des couleurs à l’économie.


La première guerre mondiale a probablement vu une défaite historique de la volonté d’émancipation humaine, lorsque, début août 14, au lieu de se lancer dans la grève générale insurrectionnelle qui était préconisée pour ce cas de figure, les syndiqués marchèrent les uns contre les autres comme un seul homme, et envoyèrent leurs mandataires aux gouvernements. Je crois pour ma part que ce que nous sommes, comme où nous en sommes, a été grandement modelé par cette abdication, ce consentement massif au règne des choses et à l’extermination des humains.


Les gentes des classes ouvrière et paysanne ont à ce moment là enterré pour bien longtemps toute possibilité d’émancipation humaine, dont nous ne revoyons toujours pas le bout de la queue, et se sont qui plus est enterrées elles-mêmes, au sens le plus strict qui soit, puisque ce sont elles qui ont été massacrées principalement dans la fournaise nationaliste, libératoire et technologique. Elles ne se sont pas sacrifiées, on les a passées à la machine. Cela continue aujourd’hui et aide puissamment à l’élimination des pauvres. Nous sommes toujours dans la foi aberrante et cent fois démentie que l’oppression crée de la conscience, que les classes, nations, peuples, etc. vont nous frayer la voie vers autre chose -  et on se croit en plus matérialistes en ressassant cette métaphysique !


Un pas a été au contraire alors franchi alors vers ce qui aurait paru en d’autres temps, si brutaux soient-ils, inadmissible et même impensable. Depuis, nous en avons ajouté d’autres, dans la même veine. Et ce dont Hollande, par scribouilleur interposé, se et nous glorifie aujourd’hui, c’est d’être devenus toujours plus, en « paix » comme en guerre, d’impitoyables pantins, prêts à tuer, à faire mourir et à mourir, au nom des choses.

On n’éprouve guère de scrupules, autant par oubli que par exotisme, à exalter toujours les mêmes patriotismes, culturalismes et nationalismes pétitionnant la reconnaissance, lesquels, s’ils rencontrent quelque succès sur le marché des souverainetés, prendront part allègrement à leur tour aux abus, répressions et guerres. Ces formes ne peuvent exister qu’en dévorant les gentes et en tordant les vies pour mieux s’exprimer.


Ce que nous sommes aujourd’hui. Comme s’il y avait un instant à se réjouir ou à être fiers de ce que nous sommes, cet amas d’angoissés haineux, de dépossédés aigris, d’accumulateurs mesquins, de sexistes régressifs, d’anciens massacreurs de partout sans parler des à venir… Un gros siècle de déshumanisation à marche forcée a fait de nous des gentes tout à fait sympathiques et estimables, s'pas ? Ce que nous sommes aujourd’hui, c’est l’image même de la guerre endémique contemporaine, déraison rationaliste et hypocrite. C’est cela que l’on commémore et célèbre le onze novembre : qu’on est bien dans la folie et qu’on n’en sortira surtout pas. Nous lui répétons notre allégeance.


Ainsi que notre culbuto, qui se révèle, après quelques mois de résidence au pouvoir, non seulement une espèce de petit tyran ombrageux, prompt à faire poursuivre les gentes pour offense, mais aussi un va t’en guerre qui se cherche un bourbier, histoire de la marquer ; le soudan français le lui fournira-t’il ?


Oui, ce que nous sommes aujourd’hui est effectivement à la hauteur du fait invoqué. Brutal, insensé, calculateur, débile, patriote et mesquin.


Et ce que nous ne sommes pas du tout aujourd’hui, c’est ce que certains ont su être à l’époque : des déserteurs.


Nulle chose, nulle idée ne justifie que l’on meure pour ; la mise en marche du hachoir discrédite au contraire ce pour quoi on l’a actionné. Á partir du moment où ce dans quoi nous nous projetons – et se projeter pose déjà bigrement question – est cimenté par la souffrance, l’anéantissement et le ressentiment, il n’y a plus guère d’espérance de sortie et d’émancipation : ce devient un piège morale et glouton, qui nous avale en se justifiant d’en avoir déjà fait bien d’autres. Et nous avons bien tort de marcher. Refus d’obéissance, que ce soit aux gentes qui incarnent ou aux formes sociales et politiques. 

 

En somme, ni travail, ni familles, ni patries - non plus que leurs avatars et excroissances.

 

 

 

 

(1) Je me rappelle d'un grand imbécile, darwiniste notoire et moraliste utilitariste, lequel, le matin même où nous apprîmes le coup d'état en algérie, en 92, m'affirma "se réjouir, pour la première fois de sa vie, d'un coup d'état militaire". Je n'eus plus par la suite l'occasion de l'interviewer pendant les années d'égorgements consécutives. Je suppose qu'il s'était trouvé de bonnes raisons du côté du moindre mal. Il pontifie encore volontiers de nos jours. Se trouver et tenir à distance de ce qu'on approuve est quelquefois un gage de longue vie.

 

 


 

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 10:05

 

 

 

Je lisais hier soir, les patounes dans le four à mon habitude, des vieilles revues critiques, tirées de cartons ramatriés – si tant est que cette moche tanière leur puisse être une matrie. Parmi elles, je suis retombée sur une remarquable approche de l’œuvre de Valérie Solanas, faite par pas n’importe qui il y a de cela vingt cinq ans. D’ailleurs, il ne faut pas être n’importe qui pour causer de Solanas, que ce soit en 88 ou an’hui. L’approche de cette personne était très différente de la mienne, même si on se rend des points essentiels. C’était dans une revue dont je m’amusais à pasticher le titre en l’unique et son nombre – j’ai toujours été fort circonspecte, pour ne pas dire sceptique, envers les voies de recours qui nous semblent ouvertes à l’encontre du social. J’y vois souvent des panneaux ou même des surenchères, aussi sincères soient-elles. Ainsi de l’individue, qui me paraît du social en morceaux, idéalisé, valorisé quoi, comme le sucre emballé tout seul des cafés dans un joli papelard. Échapper au social et à la valeur me semble un peu plus compliqué. N’empêche, cette réserve mise à part, je trouve encore aujourd’hui bien éclairant ce notable papier sur VS. En effet, il est un des rares qui soulignent qu’elle ne visait pas moins qu’à fracasser justement tout ce social, avec ses plus aplatissantes évidences – la relation par exemple ! Ou l’argent et le travail. J’en ai causé ailleurs. Mais je crois qu’il nous faudrait un grand retour sur les audaces de VS, en regard desquelles nous sommes bien pâlotes aujourd'hui.

 

Mais ce qui m’a surtout frappée hier soir ce sont ces vingt cinq ans. Vingt cinq ans à la fois tintamarresques et silencieux. Et le rappel par l’auteure de l’article que dans les vingt ans précédents, pareil, on n’en avait guère causé. Vingt cinq ans d’aujourd’hui, environ le temps de ma jeunesse, si j’ai jamais été jeune. Vingt cinq durant lesquels somme toute – que s’est-il passé ?

 

Je dis bien passé. Il est arrivé des tas de choses, qui ont plu sur la terre depuis le ciel des nécessités toujours renouvelées et toujours similaires. Nous en avons bavé et nous avons bavé. Ça s’est accumulé comme jamais. Mais que s’est-il passé ? Pour qu’une chose, un fait soient passés, je trouve qu’il est indispensable que nous en ayons tiré quelque chose, ou que quelque chose de fondamentale se soit modifiée. D’une certaine manière, dans nos vies de semi-transfuges de l’ordre citoyen, comme dans cet ordre citoyen planétaire et chatoyant lui-même, que s’est-il fichtre passé depuis la fin des années 80 – sans aller chercher en deça ? Nib, nib de jar !

 

Pour ne nous en tenir qu’à nous, autant en tant donc que semi-transfuges que comme parfaitement recensées, s’il s’est passé quelque chose j’aimerais bien le savoir. Nous avons rempli quotidiennement tant bien que mal les fonctions et les devoirs de notre état, autant physiques que sociales, les deux se conjuguant quelquefois (encore la relation, on n’échappera pas à sa remise en cause, VS le disait déjà). Nous avons répondu, obéi, réagi à toutes les urgences, enfin dans la mesure de notre disponibilité (encore une, d’évidence, la disponibilité, le bénévolat…). Et quoi ? Sommes nous autre chose que des playmobiles que des tempêtes successives ont éparpillées dans un jardin dévasté, plein de flotte ? Des playmobiles dans toutes les positions, debout, assises, sur le côté, la tête dans le sol, incapables de nous mouvoir par nous-mêmes, sans poids, soumises aux coups de pieds et aux coups de balais de l’évènementiel, le reprenant à notre compte pour ne pas avoir l’air trop nouilles. Mais toujours en fin de compte baladées dans ce fichu jardin dont nous ne pouvons même pas songer à nous évader.

 

C’est bien sûr une vision quelque peu extrême de notre situation – je suis une extrémiste et je l’assume, de plus en plus même. N’empêche, si je contemple les dernières vingt-cinq années, ben bof hein, côté initiative. Nous nous sommes laissées couler dans des positions morales et dichotomiques tout à fait attendues, dont on peut même bien dire que les qui nous ont précédées avaient déjà bien creusé l’emplacement, histoire que les déluges nous y portent tout dret. Et ces positions ont conditionné le cours de nos vies. Enfin pas qu’elles, disons qu’elles y ont contribué. Et bon, tout cela, quand même, a duré, a eu lieu, a tourné sur elle-même. Vingt ans, vingt cinq ans se sont écoulées. Il n’y a plus grand’monde des quelques qu’on était au début (ce furent de mauvaises années en terme de quantité pour la récolte contestataire que les années 80). Tout le monde ou presque est arrivée depuis. C’est d’ailleurs très bien et je me réjouis que notre famille ne soit pas éteinte.

 

Mais tout de même, arrivée en ce très moche hiver, c’est à se dire que les unes comme les autres, les intégrées et les valorisées comme les rejetées et les stigmatisées, car il faut de tout pour faire une famille, hé bien nous n’avons guère bougé si ce n’est comme des playmobiles. Il ne s’est pas passé grand’chose. Ces années ont été comme un jour. Un jour trop court et déjà fini. Pasqu’évidemment… J’avais oublié de vous le dire… C’est super c… mais notre métabolisme, lui, il ralentit pas quand il se passe rien. Hé non. Je dirais même, je suis pas sûre qu’il accélère pas un peu, cette enflure, tellement y s’emmerde. Et voilà, le long, interminable jour se termine, au point de vue politique et social, bonne nuit à demain, mais pour nous, viandes, esprits, vies, ce qui se termine aujourd’hui pour des copines, demain pour moi, après-demain pour vous (et là en jours très solaires, en très petites années), c’est nous, c’est nozigues. Couic.

 

Je notais déjà dans les années 90 à quel point notre détresse, notre incurie peut-être aussi, la manière dont nous mettons le peu d’énergie dont nous disposons à nous faire des crocs en jambes et à nous inspecter les trous de nez, que tout ça détruisait le temps. Concurremment, là encore, à la fatalité générale du social, de l’économie, de la vie mutilée et tutti quanti. Et que ça n’en finissait pas, ni la décennie ni le siècle, que le soleil ne se décidait jamais à se coucher sur ce triste empire, cependant que nous n’en décatissions et mourions pas moins. Près de vingt ans après, je fais le même constat. Le jour polaire ne s’est pas couché. Nous sommes éparpillées ici et là. Quelquefois on entend un geignement. Quelquefois des playmobiles se trouvent rassemblées par les coulures de l’urgence et ça crée une occasion. Mais il ne se passe rien, ou si peu – même dans l’activité ou la confrontation. Une espèce de surplace surnaturel. Un mauvais rêve où on court engluées. Comment se réveiller ? Comment reprendre le temps, comment faire en sorte que vingt ans soient au moins vingt ans, et plus comme un vilain jour d’hiver ? Vous me suivez ?

 

 


 

 

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 11:30

 

 

Quand on a (de plus en plus hélas je trouve) un branchement internet et qu’on se laisse happer par l’actualité, qu’enfin on glisse sur la pente savonneuse du réagir et de la chronique, pasque c’est plus facile que d’élaborer de la critique de fond, toutes choses qui sont malheureusement miennes pasque je suis feignante et déprimée, c’est plusieurs fois le jour que vous bloquez sur quelque chose d’atroce, d’immonde, d’infect ou de stupide, les uns n’étant évidemment pas exclusifs des autres.

 

S’il y a quelque chose qui me fait mal au ventre, c’est la culture, générale, de la forme souveraineté. De bas en haut, de gauche et à droite, d’est en ouest et de la petite entreprise de réappropriation besogneuse, quelquefois qualifiée de révolutionnaire ou libératoire, aux états déjà formés, aux multi- et aux instances internationales, l’objectivation totale, la réduction à un destin, à un signe et à une valeur que suppose, effectue et obtient la souveraineté, est une espèce de consensus actif, fébrile même. Dans un monde où tout doit être à quelqu’une, à commencer par vous-mêmes qui devez vous appartenir et vous valoriser, la souveraineté, partielle ou totale, est l’assomption de la propriété.

 

La guerre économique, qui tourne à la guerre tout court comme on en a l’habitude depuis quelques siècles de modernité, patronne et chapeaute ainsi quotidiennement l’épouvante. La crevaison des pas rentables. Le marché à la reconnaissance. Tout ça dans une atmosphère de fin de foire, où on remballe les invendus, alors que le ciel se couvre vilainement, que le tonnerre carcaille déjà. Et où la dite souveraineté, un temps relativement débonnaire sur une partie de la planète, distributive des pillages, reprend rapidement sa forme élémentaire : la trique, le monopole de la brutalité, point.

 

C’est tout à fait à ça que me faisaient penser deux titres de ce matin. Dans l’un, la ministre de l’environnement appelle, tenons nous les côtes ce n’est hélas pas drôle du tout, au patriotisme écologique. Rien de moins. Deux nécessités, deux impératifs gloutons pour le prix d’une ! L’état-nation et la téterre. Histoire de bien nous faire comprendre qu’on est deux fois de trop, nous, avec nos rognons et nos petites vies. Que ce qui compte, c’est la grosse boule ronde hypostasiée, maman, et le machin hexagonal découpé dessus, papa. Et que nous ne pourrons vraiment garder notre droit à valoir divisé en portions individuelles qu’à condition de bien bosser pour papa, et de bien faire durer maman pour que papa, et l’économie en général sur laquelle il prélève, puissent en tirer encore quelque monnaie. En d’autres mots, on va voir le moindre espace inexploité se couvrir de milliers de mètres carrés de panneaux solaires qu’on espère made in france, afin de faire tourner et les usines des dits panneaux, et les plus invraisemblables babioles électriques chez nouzautes, dont l’ordi sur lequel je tape. Ça se dénomme de la douce antiphrase de ferme solaire.

 

Dans l’autre titre, on rappelle que des gentes sont en grève de la faim, à Lille, depuis près de soixante dix jours, pour obtenir la possibilité de rester là où elles auront des chances de mourir moins vite que d’où elles viennent. Mourir pour vivre. On peut tout à fait mourir pour des insanités néfastes, et notamment les patries. Bref mourir ne justifie en rien les objets ou idées. Mais là il s’agit des gentes elles-mêmes. Au milieu de l’abominable état de fait qui s’étend de par le monde, l’exigence fondamentale est de vivre. Condition à tout le reste.

 

Cependant le ministre de l’intérieur est un patriote, lui aussi. Il nous l’a fermement déclaré, actes à l’appui. Et le patriotisme, non dénué d’une dose d’électoralisme, le peuple étant hélas souverain, commande de rejeter à la flotte tout ce qui viendrait interférer dans un distributisme de la misère supposé tendu, et gêner par ailleurs un entre-soi national revigoré et décomplexé. Par conséquent les grévistes de la faim, apparemment, peuvent crever – on a déjà eu des exemples de ce genre de fermeté. Ben oui, on sait à qui on a affaire au gouvernement, je parle de nozigues, le peuple officiel, naturel, civique, bien haineux, persuadé qu’on va lui arracher ses points de retraite et ses pains au chocolat. On s’y dit aussi que si des milliers et des milliers se mettent en grève de la faim pour obtenir le droit de s’installer, ça va être la gabegie. Il ne faut pas encourager le mauvais penchant des humaines à vouloir bêtement vivre, s'installer où qu'elles veulent, sans droit ni titre, au besoin sans produire ni valoir de l'excédent. Bref à trouver en soi même raison de vivre. On ne sait pas où ça pourrait mener. Par conséquent pereant, le pouce en bas.

 

Le patriotisme a déjà semé, à la suite de bien d’autres passions sociales ou en concurrence de celles-ci, des cimetières et des charniers partout à la surface de la planète. Il a l’air bien décidé à continuer, en gros et au détail. Comme on a de la conscience écologique et durable, les cimetières alterneront avec des fermes solaires, à l’usage de celles qui, après chaque sélection planétaire, auront conservé leur rentabilité et leur capacité à consommer profitablement. Et puis, hein, comme disait le brave soldat Chveik au contempler des champs de bataille de Galicie, tout ça sera bon à terme pour l’agriculture. Á quand de vastes exploitations rationnelles sur les terres peut-être arides où auront pourri les cadavres de toutes les réfugiées de la guerre économique mondiale, et qui se préparent aux frontières extérieures des ultimes zones de valorisation ?

 

 


 

 

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 10:24

 

Un bout de mémé Arendt, bien entendu. M’en lasse pas.

 

« Le phénomène totalitaire, avec ses traits anti-utilitaires frappants et son étrange dédain pour les faits, est basé en dernière analyse sur la conviction que tout est possible – et non seulement permis, d’un point de vue moral ou d’un autre point de vue, comme c’était le cas avec le premier nihilisme. Les systèmes totalitaires tendent à démontrer que l’action peut être basée sur n’importe quelle hypothèse et que, dans le cours d’une action conduite de manière cohérente, l’hypothèse particulière deviendra vraie, réelle, d’une réalité de fait. Le postulat sous-jacent à l’action cohérente peut être aussi fou que l’on voudra ; il finira toujours par produire des faits qui sont alors « objectivement » vrais. Ce qui originellement n’était rien de plus qu’une hypothèse que devaient prouver ou réfuter des faits réels se transformera toujours dans le cours d’une action cohérente en un fait irréfutable. En d’autres termes, l’axiome à partir duquel est engagée la déduction n’a pas besoin d’être une vérité évidente par soi-même, comme le supposaient la métaphysique et la logique traditionnelles ; il n’a aucunement à correspondre avec les faits en tant que donnés dans le monde objectif au moment où l’action commence ; le processus de l’action, s’il est cohérent, procèdera à la création d’un monde où le postulat deviendra un axiome au sens de ce qui va de soi. »

 

La crise de la culture

 

Cul sec, et sans glose, comme disait l’autre !  

 

 


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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 14:11

 

 

Je ne vous écris pas assez souvent au sujet des poubelles. Pourtant, je tiens que ce splendide objet et tout le réseau technique, économique, politique, humain qui se déploie à partir de lui – ou y aboutit – se placent parmi les indices les plus significatifs de notre époque. Les indices, les traces, les coulures, les indétachables.

 

Je ne suis pas très poubelle en ce moment. Les magos de ma région les ont assez bien planquées, d’une part, et d’autre part la dépression m’empêche souvent de m’agiter convenablement sur des parois métalliques. C’est dommage, les poubelles recèlent des tas de trucs auxquels je penserais même pas. Une marchandise, qu’elle soit vendue, pillée ou récupérée, reste une marchandise, avec tout le procès de production, comme disent les ceusses qui savent, qui va avec. Mais il n’est pas désagréable de s’adjuger ainsi une moitié de fromage de brebis. Cela fait partie de nos petits arrangements avec l’économie. Somme toute assez bénins.

 

Il y a beaucoup moins bénin et c’est le même monde. J’ai du vous causer, une fois ou deux, de ces ports d’Afrique (il y en a sans doute d’ailleurs mais ceux sur lesquels j’ai lu s’y trouvent) où des bateaux amènent en vrac des quantités industrielles de déchets technologiques depuis les pays à forte valeur ajoutée. Il s’en fait alors des monceaux, des montagnes, sur lesquels vivent des gentes, qui trient des éléments et bouts de métaux rachetables à bas prix, bas bout de la chaîne quoi, et incidemment sont empoisonnés par ce travail. Tout aussi directement et bien plus vite que les ouvriers d’chez nous qui bossent dans les usines de pvc, exemple parmi d’autres. Les métaux lourds, les solvants, etc. ça pardonne pas. Mais voilà, gagner sa vie, la soi-disant autonomie individuelle ou familiale dans le cadre de l’échange contraint, la valeur qui chapeaute tout ça, ça pardonne pas non plus. C’est mourir à terme ou mourir tout de suite. Là est le principe du chantage massif que nous avons mis en place, au cours des siècles, les unes envers les autres.

 

Ce matin, un article de la Libre Belgique m’apprend ainsi qu’on peut, en outre, intégrer les petits arrangements aux grands arrangements avec un minimum d’investissement, et pas mal de paroli. Cela cause de gentes qui, comme dans le célèbre petit film l’Île des fleurs, vivent de la récup’ des poubelles dans une très grande ville d’Asie. Apparemment, les temps se faisant de plus en plus durs et l’économie plus sélective, c'est-à-dire pénurique, même de la bouffe, il y en avait de moins en moins. Mais les anges du naufrage veillent. Une assoce de recyclage et développement durable, qui a emporté le marché moral et matériel de ces poubelles, leur a imposé le contrat suivant : ne plus récupérer la boustifaille, mais tous les matériaux susceptibles d’être recyclés, c'est-à-dire réintroduits dans le système marchand, ce en échange de sommes d’argent qu’on devine minimes, pasqu’il faut que ce soit très rentable ; sommes donc évaluées au plus juste, portions congrues au moyen desquelles les dites personnes iront acheter de la bouffe officielle à la supérette du coin. Il n’est pas dit si en quantité de bouffe, au final et compte tenu de l’appauvrissement des poubelles, elles y gagnent. Je me permets d’en douter. Mais c’est une splendide illustration de comment, jusques aux tréfonds de la misère consécutive à la marchandise, l’économie et ses secouristes bien-pensantes arrivent à se mettre en traviole pour retirer encore quelque chose, presser encore un peu le fruit, enfin ordonner l’activité humaine en travail et en commerce, sans quoi ce serait la gabegie. Avec en plus la gloire du « social ». Et enfin, last but not least, de la réintégration du plus grand nombre possible dans l'ordre des choses.

 

L’étape suivante, de même qu’Anders le remarquait pour la technologie il y a cinquante ans, est évidemment l’impossibilité, puis l’interdiction et la répression de la récup’ « autonome ». Le « tu n’as plus besoin de » se transformera très vite en « tu ne peux plus », et de là en « tu ne dois pas ». Je suppose que sous peu les récupératrices à pauvrelande devront être enrégimentées, reconnues, labellisées, pucées. Ce sera toujours la famine mais avec la surveillance économique et sanitaire, et les bienfaits des moins coûteux de nos dispositifs de contrôle. Bip ! Idem par chez nous : il importe que les loquedues ne viennent pas se servir désordonnément dans les poubelles ; petit à petit apparaissent des partenariats entre les commerces et les assoces, ces acariens géants qui vivent sur la déglingue, pour que le secondes monopolisent les surplus et leur distribution (là encore aux référencées, à réintégrer, etc.) en échange de pub pour les premiers, qui espèrent vaguement en retirer quelque bénéfice. Mais l’important, le central, sur lequel tout le monde est d’accord, est que tout ça doit être géré et valorisé de quelque manière, pas laissé aux appétits vagabonds.

 

Il me semble de plus en plus que les bureaucraties ne se créent pas tant sur des modes de fonctionnement que sur des consensus au sujet des buts sociaux à privilégier, sur lesquels au besoin on se fait concurrence et on surenchérit. C’est en cela que le monde des assoces, du « sauvons la planète » ou de « l’économie sociale et solidaire » est calqué avec perfection sur celui de la domination ©. Ce ne sont même pas les petits travers humains, la recherche de pouvoir, la rigidité organisationnelle, la course aux places qui sont déterminants, même s’ils y prospèrent : c’est la croyance unanime dans les mêmes formes sociales, le même bien commun, qui modèlent et façonnent un monde unique et malheureux. Cette mélasse s’insinue partout, en nous et entre nous, jusqu’à ne laisser aucun interstice, aucun dégagement, aucune latitude, et à s’y solidifier. Notre rapport aux poubelles, et entre nous autour, n’y échappe bien entendu pas. Les dites poubelles seront toujours plus verrouillées, vigiles, flicailles et socio-sanitaires y veillant, et nous irons faire la queue pour recevoir notre ration. Congrue. On veut le progrès ou on le veut pas, hein ?

 

 


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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 10:02

 

 

Je n’ai pas trop été étonnée, vu ce que j’en pensais déjà, de comment s’est petit à petit figée, comme la sauce au fond de l’assiette, la destinée du projet de loi « hétérolande pour toutes ». Il a suffi pour cela de voir qui ne serait finalement pas incluse dedans. Qui qu'aura moins de droits dans son panier de noël. Pas compliqué, comme d’hab, les irréductibles, les nanas seules en général et les lesbiennes qui ne veulent pas passer à la mairie retirer leur certif’ de bonnes vie et mœurs.

 

Beaucoup vont se rendre compte que le sujet visé par cette loi, en fait, ce n’était pas des gentes, lgtb en particulier. Le sujet, celui qu’on choie, qu’on protège, qu’on monte en épingle et en graine, c’est la forme sociale dans laquelle doivent se traduire les gentes : famille, mariage, couple. Hors de cela point de salut. Ou, plutôt, de mon point vue et tout à l’inverse, la possibles échappée hors de ces sympathiques enfermements réciproques. Mais là on entre dans un autre débat, comme on dit. Revenons à hétérolande.

 

Bref, et comme d’hab, les lesbiennes pas intégrationnistes resteront à part, paieront, si on veut, pour les autres, en monnaie de reconnaissance officielle, monnaie qu’on aime ou pas. Pas de pma, pas de filiation, pas de transmission de patrimoine et sans doute d’autres trucs en moins qui m’ont échappé. Si ce n'est pas une incitation à faire et vivre selon les préceptes civiques et économiques en vigueur, je sais pas ce que c'est.

 

Il n’y avait pas meilleur moyen de donner raison et de rendre hommage, l’hommage du vice à la vertu pourrait-on dire (!), à toutes celleux qui se sont assemblées pour garder le mariage aux vraies hétér@. On leur a bien confirmé que famille et mariage étaient indépassables, que c’était bien la légitimité suprême. Enfin bref que là gît et continuera de gésir la perfection, même à postpostlande. Au fond tout le monde est d’accord sur le sujet, ce qui agit et ce qui vaut, comme dans toutes les luttes, la seule pépiade ayant lieu sur la distribution. De même que dans les luttes économiques tout le monde réclame la marchandise, de même dans les luttes sociétales tout le monde réclame de la métamarchandise, celle qui se fait sentir exister, et qui conditionne aussi la reconnaissance officielle (enfin qu’on croit, dans une certaine mesure…).

 

Donc le sujet social, ce n’est ni toi, ni moi, ni nous, ni vous, c’est le mariage, à la limite l’état-civil, éventuellement la parentalité. C’est l’acte. On commençait vaguement des fois à en douter, depuis quelques décennies. Merci de nous l’avoir confirmé, et peut-être ramenées sur le droit chemin. Qui sait où nous serions allées, sans échange réalisé au magasin et sans relation confirmée à la mairie ?

 

Vérification expérimentale supplémentaire (comme si on en avait besoin) qu’en société fétichiste (Marx scribit), ce sont les formes sociales qui sont le sujet, et nous leurs prétextes. Au point de vue économique, cela a causé et cause des infinités de vies misérables, exploitées, et dont l’axe se situe hors d’elles-mêmes (1). Qu’est-ce que cela peut bien nous promettre aux points de vue civiques et juridiques ? Et aussi à quoi allons nous participer, et comment ?

 

J’ai quand même lu pas mal de trucs affreux issus de lgteubélande, ces derniers temps, qui faisaient littéralement concurrence au dégueulis des réaques. Passe encore que les aspects les plus misérables de la conjugo-parentalité soient célébrés comme des émancipations ; quand on y croit on y croit, hélas, et puisque les hétér@ y croient, pourquoi pas nous ? Mais petit à petit il est sorti de ce conservatisme d’enthousiasme des déclarations vraiment nauséabondes. Ainsi d’un récent commentaire, sur un site d’actualité bien connu, au sujet des mariages blancs, par exemple. Et on en verra sans doute d’autres et des moins mûres.

Hé oui ; quand on veut de la légalité dominante, il faut l’avaler toute entière, avec ses raisons et son principe. En d’autres mots, pour manger avec le diable, il faut une grande cuillère – et un estomac d’autruche. Enfin que le diable vous invite à sa table – parce que c’est toujours lui, bizarrement, qui décide et octroie en fin de compte.

Ça, je veux pas me la roucouler, mais je l’avais prédécrit dans un autre texte il y a des mois, cet aspect vérolé du souci de l’intégration dans les vraies formes de la reconnaissance et, somme toute, du pouvoir : s’enrôler dans la chasse aux fausses pour montrer combien on est légitimes et, finalement, légales, puisque tout finit là. Vrais mariages éthérés contre faux mariages intéressés… Gare le ravin !

Il est vrai que mes congénères ont résolu de jouer la carte de la légitimité amoureuse, et pas celle de pourquoi le mariage officiel et binômal existe – raison infiniment prosaïque : transmission de patrimoine, domination masculine et, depuis que les états nations ont tout préempté, droit de séjour. Quand on en arrive à jouer l’un contre l’autre, on se retrouve directement, même si on est derrière les pancartes « pour », politiquement avec celleux qui défilent contre, la droite, les réaques, les nationalistes…

 

Voilà ce que c’est que de vouloir la même chose. Je vous fiche mon billet qu’on ne sera même pas plus égales de fait ni de fond. Mais on sera enfermées dans la nasse, comme ces condamnées d’autrefois qu’on jetait à l’eau dans un sac avec des bestioles. Nous on sera enfermées avec les hétér@, encore plus qu’avant, ce qui est en soi une performance, vu qu’on les avait déjà toujours dans les pattes. Classe vous dis-je.

 

Toute blague mise à part, nous pourrions éviter de bloquer sur nos avancées sociétales, au point de n’avoir plus aucune distance critique et de finir par ressortir, et finalement peut-être croire, les aspects les plus réacs de leur défense et illustration, que nous aurons été choper tels quels à conservelande ! Le problème de la rhétorique, c’est qu’à force d’en user on peut s’y laisser prendre. On est déjà quelques féministes et tpg’s à signaler, avec diverses analyses, les côtés à la fois moralement hallucinés et politiquement daubés qui commencent à issir ici et là dans les discours pro : la loi, la république, la souveraineté, le peuple... Tout ce qui sert ordinairement au contrôle policier et social, à la stigmatisation, à la répression. Sans parler de l’amour, de la famille, des nenfants etc. - je me suis déjà exprimée dessus. La puanteur et la débilité haineuse des discours anti n’est pas une excuse, surtout pas pour leur ressembler ; ni aller leur disputer le contrôle de leurs valeurs pourries ! Et par ailleurs, il serait peut-être temps de savoir si nous luttons, comme nous aimons à dire, pour nous, pour des gentes, ou bien pour des formes sociales et relationnelles déjà bien mangées aux mites.

Bref, nous réveiller un peu. Mais ce genre de réveil vient souvent trop tard. Espérons que nous ne serons alors que déçues. 

 

 

 

 

(1) : Au sujet de la démythisation du « travail (industriel, viril et… meurtrier en particulier, très en vogue en ces temps de redressement national) qui rend libre et fier », je conseille de lire et de visionner les documents suivants :

http://hors-sol.herbesfolles.org/2012/12/25/morts-a-cent-pour-cent-un-film-sur-la-mine/

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/La_Mort_a_Tarente.pdf

La critique du travail et la dénonciation de ses méfaits ne sortent toujours pas d’une certaine clandestinité intellectuelle. Bref, ce n’est pas demain la veille que ça embrayera sur une critique de la relation, de la sexualité ou encore de l’identité… Quant à celle de la famille (et de la patrie), elles sont carrément enterrées par les républicaines comme par leurs adversaires. Accord parfait.

 

 


 

 

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 17:28

 

 

Je ne vous cause pas souvent de mes lectures. Pourtant j’y passe beaucoup de temps et d’argent, c’est une consommation de type compulsif et compensatoire pour la triste vie que je ne suis pas seule à mener. Je songe souvent à Anna Barkova, cette auteure russe dont je vous avais causé il y a un ou deux ans, cette nana enterrée vive et morte par l’histoire, qui avait comme beaucoup passé l’essentiel de sa vie dans les camps – avec cette particularité que sa dernière arrestation et la longue peine qui s’ensuivit eurent lieu en plein dégel, alors que ses collègues, enfin celles qui avaient survécu aux vingt précédentes années, revenaient de toutes les toundras à Moscou chercher leur certificat de réhabilitation. Comme quoi y en a qu’ont vraiment encore moins de chance que celles qui n’en ont que modérément.

Anna Barkova passa, entre autres, les ultimes années de sa vie à bourrer un frigo hors d’usage qui ornait la chambre qu’elle occupait, en bonne soviétique, dans un appartement collectif, de bouquins, qu’elle allait acheter dès que trois sous lui tombaient. Les livres étaient assez peu chers là bas à l’époque.

J’ai l’impression d’être atteinte un peu de la même décompensation que Barkova, toutes proportions évidemment gardées. Les conseillères en économie domestique et familiale de la caf seraient effrayées de voir la proportion de mon relativement maigre revenu que je consacre à l’achat de livres. Fort heureusement elles ne s’intéressent pas à moi. Ouf.

 

Tout ça pour dire que j’ouvre aujourd’hui avec délectation l’édition complète, chez Agone, maison très recommandable, des Carnets de Victor Serge. Dès la couverture, une photo m’accueille, avec dessus trois personnes devant ce qui, loin derrière, enfin peut-être pas si loin, a tout l’air d’un volcan en éruption. Ce qui est probablement une allégorie de la période durant laquelle ont été écrits ces Carnets. La personne du centre est une jeune femme. Elle est entourée d’un grand bonhomme dégingandé, et d’un moins grand bonhomme en veste et galurin, très années 40/50, en lequel on reconnaît un très vraisemblable Victor Serge. Une vraie dégaine d’aventurier, d’espion, je passe sur le détail.

 

Je me rapporte à la légende de la photo, pour apprendre qui sont les deux autres. Et là je lis qu’à gauche de la photo, c’est un certain docteur Atl. Peut-être en saurai-je plus long sur lui au lire du livre.

 

Par contre, je ne sais pas encore si j’en saurai plus sur la nana. En effet, la légende de la photo se libelle ainsi : Victor Serge et le Dr Atl devant je ne sais plus quel volcan. La nana n’est pas mentionnée. Il n’est même pas écrit qu’elle est inconnue. Elle n’est pas. Bref, c’est une femme, quoi. Rien qu’une femme. Sur une photo, entre deux hommes. Bon, déjà elle est là, on ne l’a pas effacée, comme on l’a fait de Iejov sur la fameuse photo avec Staline au bord de la Neva. Mais elle n’a pas de nom. Une femme c’est une femme, voilà tout. Les femmes ont il est vrai moins souvent un nom que les hommes. Un qui reste. Un qui fait peur ou qui fait envie.

 

Je peste souvent contre la photographie (et tout ce qui l’a suivi), mais je dois bien reconnaître une chose à cette occasion, c’est que – quand on n’a pas retouché pour effacer des gentes – elle en révèle des tas dont sinon on n’aurait jamais eu l’idée qu’elles étaient là. L’écriture permet beaucoup mieux de trier à priori et de façon tout à fait sans appel. Je n’en privilégie pas moins l’écrit, mais je retiens la leçon.

 

Il est vrai qu'une femme, ce n'est - sauf cas bien particulier - pas la peine de prendre la peine de l'effacer. C'est de peu d'importance, comme l'olive sur l'oeuf mimosa. C'est pourquoi il y a peut-être des tas d'inconnues qui trainent ici et là, en premier plan, avec des connus. Lesquels en sont vaguement valorisés, tant il est vrai qu'homme sans femme(s), c'est louche - ou piteux.

 

Bon, voilà ; je vais aller me refoutre les petons dans le four pour me les chauffer (si si !), en continuant à lire les Carnets. C’était juste pour noter la chose. Á la revoyure !

 

 


 

 

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 11:12

 

  

Je lis, dans un article traitant d’un rapport qu’un renommé professeur, un de celleux qui savent quoi, a remis à notre culbuto en chef, que plus de la moitié de mes concitoyennes, interrogées par sondage, se déclarent « favorables à une aide médicale pour les aider à mourir ». C’est comme ça que c’est libellé.

 

Après un petit instant de recueillement et d’admiration devant combien mes contemporaines préviennent avec bonne volonté les desiderata des expertes, lesquelles doivent bien évidemment garder le pouvoir d’estimer et de faire, sinon ce serait l’anarchie – après ce petit instant, donc, je songe avec une gratitude à la fois débordante et paradoxale à toutes mes congénères qui n’ont pas, continuent à ne pas, et continueront à ne pas demander une aide pour mourir, sur formulaire en quatre exemplaires et subordonnée bien entendu à leur état d’extrémité, celui où vraiment on ne peut plus rien tirer de vous. Et qui se sont tuées, se tuent et se tueront, nonobstant les innombrables embûches disposées par les gardiennes du bien commun, et la surveillance renforcée des comportements dévaluateurs, péjoratifs, autolysants.

 

Paradoxe, bien sûr, parce que je pense que je préfèrerais largement qu’elles soient vivantes, et ce même beaucoup plus que pas mal d’autres de mes contemporaines qui prospèrent, quelquefois sur des suicidées, et ne songent nullement à se traiter elles-mêmes ainsi !

 

Mais elles ont décidé, elles ont pu, à un moment donné que nulle ne pouvait choisir ni juger à leur place, et elles l’ont fait, sans « euthanasie », sans supervision socio-médicale, sans fleurs ni couronnes.

Et ont souligné par la difficulté grandissante de cela que mourir est désormais devenu aussi clandestin que vivre.

 

C’est vrai que si la bienveillance sanitaire ne réduisait pas notre choix à l’autorail, au détergent, à la défenestration et à quelques autres méthodes bien atroces et pénitentielles du même genre, ce ne serait je pense pas un mal. Mais les partisanes de l’aide à mourir, elles, pensent le contraire. Le suicide dit égoïste est infiniment réprobable, dans la droite lignée religieuse récupérée par l’économie, et par conséquent il faut le rendre aussi pénible, douloureux, misérable et même à la limite ridicule qu possible. Pas question de laisser traîner de l’opium partout (en plus ce serait un plaisir coupable, réprimé par la loi de 70). Ni des barbituriques. Décidément ces suicidées veulent le cercueil et son couvercle ; passer librement, quand on le veut ou qu’on le juge indispensable, de vie à trépas, et sans souffrir. Mon cul ! Vous douillerez, et de plus en plus. On va sans doute grillager toutes les voies ferrées. Il faudra jouer les briseuses de blocus pour se jeter sous le train. C’est ça le progrès, comme d’hab, dépossession et pénurie, même des moyens de se donner la mort. Par contre, si qu'on aura été bien sages, qu'on aura bien mangé à la cuillère la vie dégueulasse qui nous est confectionnée dans la sodexho politique et sociale, qu'on aura évidemment chopé un cancer consécutif, sans préjudice de la neurodégénérescence, une fois bien tripotées par les oncologues, bien torturées et chimiotées, on aura droit à leur piquouse, ou à leurs cachets, sur ordonnance (carnet C sans doute !), trois semaines ou trois jours en avance ! Youpi !

 

Nous étions déjà, depuis longtemps, habituées à lier une possible révolution à ce qu’on pourrait sommairement appeler nos conditions de vie. Il faut désormais aussi y rajouter nos conditions de mort. Envisager de se débarrasser de toutes ces enflures qui grouillent autour et confisquent l’accès à nous-mêmes. Pour cela, envisager de ne plus tolérer un monde d’autorisations et de reconnaissances.

 

 


 

 

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 10:31

 

 

 

« Des sceptiques prétendent que la vie n’est pas belle. Si, si, elle est belle ! Par contre, l’existence est souvent insupportable, mais c’est une autre histoire. »

 

I. Dombrowski, La faculté de l’inutile

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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