Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 11:30

 

 

Quand on a (de plus en plus hélas je trouve) un branchement internet et qu’on se laisse happer par l’actualité, qu’enfin on glisse sur la pente savonneuse du réagir et de la chronique, pasque c’est plus facile que d’élaborer de la critique de fond, toutes choses qui sont malheureusement miennes pasque je suis feignante et déprimée, c’est plusieurs fois le jour que vous bloquez sur quelque chose d’atroce, d’immonde, d’infect ou de stupide, les uns n’étant évidemment pas exclusifs des autres.

 

S’il y a quelque chose qui me fait mal au ventre, c’est la culture, générale, de la forme souveraineté. De bas en haut, de gauche et à droite, d’est en ouest et de la petite entreprise de réappropriation besogneuse, quelquefois qualifiée de révolutionnaire ou libératoire, aux états déjà formés, aux multi- et aux instances internationales, l’objectivation totale, la réduction à un destin, à un signe et à une valeur que suppose, effectue et obtient la souveraineté, est une espèce de consensus actif, fébrile même. Dans un monde où tout doit être à quelqu’une, à commencer par vous-mêmes qui devez vous appartenir et vous valoriser, la souveraineté, partielle ou totale, est l’assomption de la propriété.

 

La guerre économique, qui tourne à la guerre tout court comme on en a l’habitude depuis quelques siècles de modernité, patronne et chapeaute ainsi quotidiennement l’épouvante. La crevaison des pas rentables. Le marché à la reconnaissance. Tout ça dans une atmosphère de fin de foire, où on remballe les invendus, alors que le ciel se couvre vilainement, que le tonnerre carcaille déjà. Et où la dite souveraineté, un temps relativement débonnaire sur une partie de la planète, distributive des pillages, reprend rapidement sa forme élémentaire : la trique, le monopole de la brutalité, point.

 

C’est tout à fait à ça que me faisaient penser deux titres de ce matin. Dans l’un, la ministre de l’environnement appelle, tenons nous les côtes ce n’est hélas pas drôle du tout, au patriotisme écologique. Rien de moins. Deux nécessités, deux impératifs gloutons pour le prix d’une ! L’état-nation et la téterre. Histoire de bien nous faire comprendre qu’on est deux fois de trop, nous, avec nos rognons et nos petites vies. Que ce qui compte, c’est la grosse boule ronde hypostasiée, maman, et le machin hexagonal découpé dessus, papa. Et que nous ne pourrons vraiment garder notre droit à valoir divisé en portions individuelles qu’à condition de bien bosser pour papa, et de bien faire durer maman pour que papa, et l’économie en général sur laquelle il prélève, puissent en tirer encore quelque monnaie. En d’autres mots, on va voir le moindre espace inexploité se couvrir de milliers de mètres carrés de panneaux solaires qu’on espère made in france, afin de faire tourner et les usines des dits panneaux, et les plus invraisemblables babioles électriques chez nouzautes, dont l’ordi sur lequel je tape. Ça se dénomme de la douce antiphrase de ferme solaire.

 

Dans l’autre titre, on rappelle que des gentes sont en grève de la faim, à Lille, depuis près de soixante dix jours, pour obtenir la possibilité de rester là où elles auront des chances de mourir moins vite que d’où elles viennent. Mourir pour vivre. On peut tout à fait mourir pour des insanités néfastes, et notamment les patries. Bref mourir ne justifie en rien les objets ou idées. Mais là il s’agit des gentes elles-mêmes. Au milieu de l’abominable état de fait qui s’étend de par le monde, l’exigence fondamentale est de vivre. Condition à tout le reste.

 

Cependant le ministre de l’intérieur est un patriote, lui aussi. Il nous l’a fermement déclaré, actes à l’appui. Et le patriotisme, non dénué d’une dose d’électoralisme, le peuple étant hélas souverain, commande de rejeter à la flotte tout ce qui viendrait interférer dans un distributisme de la misère supposé tendu, et gêner par ailleurs un entre-soi national revigoré et décomplexé. Par conséquent les grévistes de la faim, apparemment, peuvent crever – on a déjà eu des exemples de ce genre de fermeté. Ben oui, on sait à qui on a affaire au gouvernement, je parle de nozigues, le peuple officiel, naturel, civique, bien haineux, persuadé qu’on va lui arracher ses points de retraite et ses pains au chocolat. On s’y dit aussi que si des milliers et des milliers se mettent en grève de la faim pour obtenir le droit de s’installer, ça va être la gabegie. Il ne faut pas encourager le mauvais penchant des humaines à vouloir bêtement vivre, s'installer où qu'elles veulent, sans droit ni titre, au besoin sans produire ni valoir de l'excédent. Bref à trouver en soi même raison de vivre. On ne sait pas où ça pourrait mener. Par conséquent pereant, le pouce en bas.

 

Le patriotisme a déjà semé, à la suite de bien d’autres passions sociales ou en concurrence de celles-ci, des cimetières et des charniers partout à la surface de la planète. Il a l’air bien décidé à continuer, en gros et au détail. Comme on a de la conscience écologique et durable, les cimetières alterneront avec des fermes solaires, à l’usage de celles qui, après chaque sélection planétaire, auront conservé leur rentabilité et leur capacité à consommer profitablement. Et puis, hein, comme disait le brave soldat Chveik au contempler des champs de bataille de Galicie, tout ça sera bon à terme pour l’agriculture. Á quand de vastes exploitations rationnelles sur les terres peut-être arides où auront pourri les cadavres de toutes les réfugiées de la guerre économique mondiale, et qui se préparent aux frontières extérieures des ultimes zones de valorisation ?

 

 


 

 

Repost 0
Published by
6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 10:24

 

Un bout de mémé Arendt, bien entendu. M’en lasse pas.

 

« Le phénomène totalitaire, avec ses traits anti-utilitaires frappants et son étrange dédain pour les faits, est basé en dernière analyse sur la conviction que tout est possible – et non seulement permis, d’un point de vue moral ou d’un autre point de vue, comme c’était le cas avec le premier nihilisme. Les systèmes totalitaires tendent à démontrer que l’action peut être basée sur n’importe quelle hypothèse et que, dans le cours d’une action conduite de manière cohérente, l’hypothèse particulière deviendra vraie, réelle, d’une réalité de fait. Le postulat sous-jacent à l’action cohérente peut être aussi fou que l’on voudra ; il finira toujours par produire des faits qui sont alors « objectivement » vrais. Ce qui originellement n’était rien de plus qu’une hypothèse que devaient prouver ou réfuter des faits réels se transformera toujours dans le cours d’une action cohérente en un fait irréfutable. En d’autres termes, l’axiome à partir duquel est engagée la déduction n’a pas besoin d’être une vérité évidente par soi-même, comme le supposaient la métaphysique et la logique traditionnelles ; il n’a aucunement à correspondre avec les faits en tant que donnés dans le monde objectif au moment où l’action commence ; le processus de l’action, s’il est cohérent, procèdera à la création d’un monde où le postulat deviendra un axiome au sens de ce qui va de soi. »

 

La crise de la culture

 

Cul sec, et sans glose, comme disait l’autre !  

 

 


Repost 0
Published by
2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 14:11

 

 

Je ne vous écris pas assez souvent au sujet des poubelles. Pourtant, je tiens que ce splendide objet et tout le réseau technique, économique, politique, humain qui se déploie à partir de lui – ou y aboutit – se placent parmi les indices les plus significatifs de notre époque. Les indices, les traces, les coulures, les indétachables.

 

Je ne suis pas très poubelle en ce moment. Les magos de ma région les ont assez bien planquées, d’une part, et d’autre part la dépression m’empêche souvent de m’agiter convenablement sur des parois métalliques. C’est dommage, les poubelles recèlent des tas de trucs auxquels je penserais même pas. Une marchandise, qu’elle soit vendue, pillée ou récupérée, reste une marchandise, avec tout le procès de production, comme disent les ceusses qui savent, qui va avec. Mais il n’est pas désagréable de s’adjuger ainsi une moitié de fromage de brebis. Cela fait partie de nos petits arrangements avec l’économie. Somme toute assez bénins.

 

Il y a beaucoup moins bénin et c’est le même monde. J’ai du vous causer, une fois ou deux, de ces ports d’Afrique (il y en a sans doute d’ailleurs mais ceux sur lesquels j’ai lu s’y trouvent) où des bateaux amènent en vrac des quantités industrielles de déchets technologiques depuis les pays à forte valeur ajoutée. Il s’en fait alors des monceaux, des montagnes, sur lesquels vivent des gentes, qui trient des éléments et bouts de métaux rachetables à bas prix, bas bout de la chaîne quoi, et incidemment sont empoisonnés par ce travail. Tout aussi directement et bien plus vite que les ouvriers d’chez nous qui bossent dans les usines de pvc, exemple parmi d’autres. Les métaux lourds, les solvants, etc. ça pardonne pas. Mais voilà, gagner sa vie, la soi-disant autonomie individuelle ou familiale dans le cadre de l’échange contraint, la valeur qui chapeaute tout ça, ça pardonne pas non plus. C’est mourir à terme ou mourir tout de suite. Là est le principe du chantage massif que nous avons mis en place, au cours des siècles, les unes envers les autres.

 

Ce matin, un article de la Libre Belgique m’apprend ainsi qu’on peut, en outre, intégrer les petits arrangements aux grands arrangements avec un minimum d’investissement, et pas mal de paroli. Cela cause de gentes qui, comme dans le célèbre petit film l’Île des fleurs, vivent de la récup’ des poubelles dans une très grande ville d’Asie. Apparemment, les temps se faisant de plus en plus durs et l’économie plus sélective, c'est-à-dire pénurique, même de la bouffe, il y en avait de moins en moins. Mais les anges du naufrage veillent. Une assoce de recyclage et développement durable, qui a emporté le marché moral et matériel de ces poubelles, leur a imposé le contrat suivant : ne plus récupérer la boustifaille, mais tous les matériaux susceptibles d’être recyclés, c'est-à-dire réintroduits dans le système marchand, ce en échange de sommes d’argent qu’on devine minimes, pasqu’il faut que ce soit très rentable ; sommes donc évaluées au plus juste, portions congrues au moyen desquelles les dites personnes iront acheter de la bouffe officielle à la supérette du coin. Il n’est pas dit si en quantité de bouffe, au final et compte tenu de l’appauvrissement des poubelles, elles y gagnent. Je me permets d’en douter. Mais c’est une splendide illustration de comment, jusques aux tréfonds de la misère consécutive à la marchandise, l’économie et ses secouristes bien-pensantes arrivent à se mettre en traviole pour retirer encore quelque chose, presser encore un peu le fruit, enfin ordonner l’activité humaine en travail et en commerce, sans quoi ce serait la gabegie. Avec en plus la gloire du « social ». Et enfin, last but not least, de la réintégration du plus grand nombre possible dans l'ordre des choses.

 

L’étape suivante, de même qu’Anders le remarquait pour la technologie il y a cinquante ans, est évidemment l’impossibilité, puis l’interdiction et la répression de la récup’ « autonome ». Le « tu n’as plus besoin de » se transformera très vite en « tu ne peux plus », et de là en « tu ne dois pas ». Je suppose que sous peu les récupératrices à pauvrelande devront être enrégimentées, reconnues, labellisées, pucées. Ce sera toujours la famine mais avec la surveillance économique et sanitaire, et les bienfaits des moins coûteux de nos dispositifs de contrôle. Bip ! Idem par chez nous : il importe que les loquedues ne viennent pas se servir désordonnément dans les poubelles ; petit à petit apparaissent des partenariats entre les commerces et les assoces, ces acariens géants qui vivent sur la déglingue, pour que le secondes monopolisent les surplus et leur distribution (là encore aux référencées, à réintégrer, etc.) en échange de pub pour les premiers, qui espèrent vaguement en retirer quelque bénéfice. Mais l’important, le central, sur lequel tout le monde est d’accord, est que tout ça doit être géré et valorisé de quelque manière, pas laissé aux appétits vagabonds.

 

Il me semble de plus en plus que les bureaucraties ne se créent pas tant sur des modes de fonctionnement que sur des consensus au sujet des buts sociaux à privilégier, sur lesquels au besoin on se fait concurrence et on surenchérit. C’est en cela que le monde des assoces, du « sauvons la planète » ou de « l’économie sociale et solidaire » est calqué avec perfection sur celui de la domination ©. Ce ne sont même pas les petits travers humains, la recherche de pouvoir, la rigidité organisationnelle, la course aux places qui sont déterminants, même s’ils y prospèrent : c’est la croyance unanime dans les mêmes formes sociales, le même bien commun, qui modèlent et façonnent un monde unique et malheureux. Cette mélasse s’insinue partout, en nous et entre nous, jusqu’à ne laisser aucun interstice, aucun dégagement, aucune latitude, et à s’y solidifier. Notre rapport aux poubelles, et entre nous autour, n’y échappe bien entendu pas. Les dites poubelles seront toujours plus verrouillées, vigiles, flicailles et socio-sanitaires y veillant, et nous irons faire la queue pour recevoir notre ration. Congrue. On veut le progrès ou on le veut pas, hein ?

 

 


Repost 0
Published by
30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 10:02

 

 

Je n’ai pas trop été étonnée, vu ce que j’en pensais déjà, de comment s’est petit à petit figée, comme la sauce au fond de l’assiette, la destinée du projet de loi « hétérolande pour toutes ». Il a suffi pour cela de voir qui ne serait finalement pas incluse dedans. Qui qu'aura moins de droits dans son panier de noël. Pas compliqué, comme d’hab, les irréductibles, les nanas seules en général et les lesbiennes qui ne veulent pas passer à la mairie retirer leur certif’ de bonnes vie et mœurs.

 

Beaucoup vont se rendre compte que le sujet visé par cette loi, en fait, ce n’était pas des gentes, lgtb en particulier. Le sujet, celui qu’on choie, qu’on protège, qu’on monte en épingle et en graine, c’est la forme sociale dans laquelle doivent se traduire les gentes : famille, mariage, couple. Hors de cela point de salut. Ou, plutôt, de mon point vue et tout à l’inverse, la possibles échappée hors de ces sympathiques enfermements réciproques. Mais là on entre dans un autre débat, comme on dit. Revenons à hétérolande.

 

Bref, et comme d’hab, les lesbiennes pas intégrationnistes resteront à part, paieront, si on veut, pour les autres, en monnaie de reconnaissance officielle, monnaie qu’on aime ou pas. Pas de pma, pas de filiation, pas de transmission de patrimoine et sans doute d’autres trucs en moins qui m’ont échappé. Si ce n'est pas une incitation à faire et vivre selon les préceptes civiques et économiques en vigueur, je sais pas ce que c'est.

 

Il n’y avait pas meilleur moyen de donner raison et de rendre hommage, l’hommage du vice à la vertu pourrait-on dire (!), à toutes celleux qui se sont assemblées pour garder le mariage aux vraies hétér@. On leur a bien confirmé que famille et mariage étaient indépassables, que c’était bien la légitimité suprême. Enfin bref que là gît et continuera de gésir la perfection, même à postpostlande. Au fond tout le monde est d’accord sur le sujet, ce qui agit et ce qui vaut, comme dans toutes les luttes, la seule pépiade ayant lieu sur la distribution. De même que dans les luttes économiques tout le monde réclame la marchandise, de même dans les luttes sociétales tout le monde réclame de la métamarchandise, celle qui se fait sentir exister, et qui conditionne aussi la reconnaissance officielle (enfin qu’on croit, dans une certaine mesure…).

 

Donc le sujet social, ce n’est ni toi, ni moi, ni nous, ni vous, c’est le mariage, à la limite l’état-civil, éventuellement la parentalité. C’est l’acte. On commençait vaguement des fois à en douter, depuis quelques décennies. Merci de nous l’avoir confirmé, et peut-être ramenées sur le droit chemin. Qui sait où nous serions allées, sans échange réalisé au magasin et sans relation confirmée à la mairie ?

 

Vérification expérimentale supplémentaire (comme si on en avait besoin) qu’en société fétichiste (Marx scribit), ce sont les formes sociales qui sont le sujet, et nous leurs prétextes. Au point de vue économique, cela a causé et cause des infinités de vies misérables, exploitées, et dont l’axe se situe hors d’elles-mêmes (1). Qu’est-ce que cela peut bien nous promettre aux points de vue civiques et juridiques ? Et aussi à quoi allons nous participer, et comment ?

 

J’ai quand même lu pas mal de trucs affreux issus de lgteubélande, ces derniers temps, qui faisaient littéralement concurrence au dégueulis des réaques. Passe encore que les aspects les plus misérables de la conjugo-parentalité soient célébrés comme des émancipations ; quand on y croit on y croit, hélas, et puisque les hétér@ y croient, pourquoi pas nous ? Mais petit à petit il est sorti de ce conservatisme d’enthousiasme des déclarations vraiment nauséabondes. Ainsi d’un récent commentaire, sur un site d’actualité bien connu, au sujet des mariages blancs, par exemple. Et on en verra sans doute d’autres et des moins mûres.

Hé oui ; quand on veut de la légalité dominante, il faut l’avaler toute entière, avec ses raisons et son principe. En d’autres mots, pour manger avec le diable, il faut une grande cuillère – et un estomac d’autruche. Enfin que le diable vous invite à sa table – parce que c’est toujours lui, bizarrement, qui décide et octroie en fin de compte.

Ça, je veux pas me la roucouler, mais je l’avais prédécrit dans un autre texte il y a des mois, cet aspect vérolé du souci de l’intégration dans les vraies formes de la reconnaissance et, somme toute, du pouvoir : s’enrôler dans la chasse aux fausses pour montrer combien on est légitimes et, finalement, légales, puisque tout finit là. Vrais mariages éthérés contre faux mariages intéressés… Gare le ravin !

Il est vrai que mes congénères ont résolu de jouer la carte de la légitimité amoureuse, et pas celle de pourquoi le mariage officiel et binômal existe – raison infiniment prosaïque : transmission de patrimoine, domination masculine et, depuis que les états nations ont tout préempté, droit de séjour. Quand on en arrive à jouer l’un contre l’autre, on se retrouve directement, même si on est derrière les pancartes « pour », politiquement avec celleux qui défilent contre, la droite, les réaques, les nationalistes…

 

Voilà ce que c’est que de vouloir la même chose. Je vous fiche mon billet qu’on ne sera même pas plus égales de fait ni de fond. Mais on sera enfermées dans la nasse, comme ces condamnées d’autrefois qu’on jetait à l’eau dans un sac avec des bestioles. Nous on sera enfermées avec les hétér@, encore plus qu’avant, ce qui est en soi une performance, vu qu’on les avait déjà toujours dans les pattes. Classe vous dis-je.

 

Toute blague mise à part, nous pourrions éviter de bloquer sur nos avancées sociétales, au point de n’avoir plus aucune distance critique et de finir par ressortir, et finalement peut-être croire, les aspects les plus réacs de leur défense et illustration, que nous aurons été choper tels quels à conservelande ! Le problème de la rhétorique, c’est qu’à force d’en user on peut s’y laisser prendre. On est déjà quelques féministes et tpg’s à signaler, avec diverses analyses, les côtés à la fois moralement hallucinés et politiquement daubés qui commencent à issir ici et là dans les discours pro : la loi, la république, la souveraineté, le peuple... Tout ce qui sert ordinairement au contrôle policier et social, à la stigmatisation, à la répression. Sans parler de l’amour, de la famille, des nenfants etc. - je me suis déjà exprimée dessus. La puanteur et la débilité haineuse des discours anti n’est pas une excuse, surtout pas pour leur ressembler ; ni aller leur disputer le contrôle de leurs valeurs pourries ! Et par ailleurs, il serait peut-être temps de savoir si nous luttons, comme nous aimons à dire, pour nous, pour des gentes, ou bien pour des formes sociales et relationnelles déjà bien mangées aux mites.

Bref, nous réveiller un peu. Mais ce genre de réveil vient souvent trop tard. Espérons que nous ne serons alors que déçues. 

 

 

 

 

(1) : Au sujet de la démythisation du « travail (industriel, viril et… meurtrier en particulier, très en vogue en ces temps de redressement national) qui rend libre et fier », je conseille de lire et de visionner les documents suivants :

http://hors-sol.herbesfolles.org/2012/12/25/morts-a-cent-pour-cent-un-film-sur-la-mine/

http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/La_Mort_a_Tarente.pdf

La critique du travail et la dénonciation de ses méfaits ne sortent toujours pas d’une certaine clandestinité intellectuelle. Bref, ce n’est pas demain la veille que ça embrayera sur une critique de la relation, de la sexualité ou encore de l’identité… Quant à celle de la famille (et de la patrie), elles sont carrément enterrées par les républicaines comme par leurs adversaires. Accord parfait.

 

 


 

 

Repost 0
Published by
27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 17:28

 

 

Je ne vous cause pas souvent de mes lectures. Pourtant j’y passe beaucoup de temps et d’argent, c’est une consommation de type compulsif et compensatoire pour la triste vie que je ne suis pas seule à mener. Je songe souvent à Anna Barkova, cette auteure russe dont je vous avais causé il y a un ou deux ans, cette nana enterrée vive et morte par l’histoire, qui avait comme beaucoup passé l’essentiel de sa vie dans les camps – avec cette particularité que sa dernière arrestation et la longue peine qui s’ensuivit eurent lieu en plein dégel, alors que ses collègues, enfin celles qui avaient survécu aux vingt précédentes années, revenaient de toutes les toundras à Moscou chercher leur certificat de réhabilitation. Comme quoi y en a qu’ont vraiment encore moins de chance que celles qui n’en ont que modérément.

Anna Barkova passa, entre autres, les ultimes années de sa vie à bourrer un frigo hors d’usage qui ornait la chambre qu’elle occupait, en bonne soviétique, dans un appartement collectif, de bouquins, qu’elle allait acheter dès que trois sous lui tombaient. Les livres étaient assez peu chers là bas à l’époque.

J’ai l’impression d’être atteinte un peu de la même décompensation que Barkova, toutes proportions évidemment gardées. Les conseillères en économie domestique et familiale de la caf seraient effrayées de voir la proportion de mon relativement maigre revenu que je consacre à l’achat de livres. Fort heureusement elles ne s’intéressent pas à moi. Ouf.

 

Tout ça pour dire que j’ouvre aujourd’hui avec délectation l’édition complète, chez Agone, maison très recommandable, des Carnets de Victor Serge. Dès la couverture, une photo m’accueille, avec dessus trois personnes devant ce qui, loin derrière, enfin peut-être pas si loin, a tout l’air d’un volcan en éruption. Ce qui est probablement une allégorie de la période durant laquelle ont été écrits ces Carnets. La personne du centre est une jeune femme. Elle est entourée d’un grand bonhomme dégingandé, et d’un moins grand bonhomme en veste et galurin, très années 40/50, en lequel on reconnaît un très vraisemblable Victor Serge. Une vraie dégaine d’aventurier, d’espion, je passe sur le détail.

 

Je me rapporte à la légende de la photo, pour apprendre qui sont les deux autres. Et là je lis qu’à gauche de la photo, c’est un certain docteur Atl. Peut-être en saurai-je plus long sur lui au lire du livre.

 

Par contre, je ne sais pas encore si j’en saurai plus sur la nana. En effet, la légende de la photo se libelle ainsi : Victor Serge et le Dr Atl devant je ne sais plus quel volcan. La nana n’est pas mentionnée. Il n’est même pas écrit qu’elle est inconnue. Elle n’est pas. Bref, c’est une femme, quoi. Rien qu’une femme. Sur une photo, entre deux hommes. Bon, déjà elle est là, on ne l’a pas effacée, comme on l’a fait de Iejov sur la fameuse photo avec Staline au bord de la Neva. Mais elle n’a pas de nom. Une femme c’est une femme, voilà tout. Les femmes ont il est vrai moins souvent un nom que les hommes. Un qui reste. Un qui fait peur ou qui fait envie.

 

Je peste souvent contre la photographie (et tout ce qui l’a suivi), mais je dois bien reconnaître une chose à cette occasion, c’est que – quand on n’a pas retouché pour effacer des gentes – elle en révèle des tas dont sinon on n’aurait jamais eu l’idée qu’elles étaient là. L’écriture permet beaucoup mieux de trier à priori et de façon tout à fait sans appel. Je n’en privilégie pas moins l’écrit, mais je retiens la leçon.

 

Il est vrai qu'une femme, ce n'est - sauf cas bien particulier - pas la peine de prendre la peine de l'effacer. C'est de peu d'importance, comme l'olive sur l'oeuf mimosa. C'est pourquoi il y a peut-être des tas d'inconnues qui trainent ici et là, en premier plan, avec des connus. Lesquels en sont vaguement valorisés, tant il est vrai qu'homme sans femme(s), c'est louche - ou piteux.

 

Bon, voilà ; je vais aller me refoutre les petons dans le four pour me les chauffer (si si !), en continuant à lire les Carnets. C’était juste pour noter la chose. Á la revoyure !

 

 


 

 

Repost 0
Published by
24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 11:12

 

  

Je lis, dans un article traitant d’un rapport qu’un renommé professeur, un de celleux qui savent quoi, a remis à notre culbuto en chef, que plus de la moitié de mes concitoyennes, interrogées par sondage, se déclarent « favorables à une aide médicale pour les aider à mourir ». C’est comme ça que c’est libellé.

 

Après un petit instant de recueillement et d’admiration devant combien mes contemporaines préviennent avec bonne volonté les desiderata des expertes, lesquelles doivent bien évidemment garder le pouvoir d’estimer et de faire, sinon ce serait l’anarchie – après ce petit instant, donc, je songe avec une gratitude à la fois débordante et paradoxale à toutes mes congénères qui n’ont pas, continuent à ne pas, et continueront à ne pas demander une aide pour mourir, sur formulaire en quatre exemplaires et subordonnée bien entendu à leur état d’extrémité, celui où vraiment on ne peut plus rien tirer de vous. Et qui se sont tuées, se tuent et se tueront, nonobstant les innombrables embûches disposées par les gardiennes du bien commun, et la surveillance renforcée des comportements dévaluateurs, péjoratifs, autolysants.

 

Paradoxe, bien sûr, parce que je pense que je préfèrerais largement qu’elles soient vivantes, et ce même beaucoup plus que pas mal d’autres de mes contemporaines qui prospèrent, quelquefois sur des suicidées, et ne songent nullement à se traiter elles-mêmes ainsi !

 

Mais elles ont décidé, elles ont pu, à un moment donné que nulle ne pouvait choisir ni juger à leur place, et elles l’ont fait, sans « euthanasie », sans supervision socio-médicale, sans fleurs ni couronnes.

Et ont souligné par la difficulté grandissante de cela que mourir est désormais devenu aussi clandestin que vivre.

 

C’est vrai que si la bienveillance sanitaire ne réduisait pas notre choix à l’autorail, au détergent, à la défenestration et à quelques autres méthodes bien atroces et pénitentielles du même genre, ce ne serait je pense pas un mal. Mais les partisanes de l’aide à mourir, elles, pensent le contraire. Le suicide dit égoïste est infiniment réprobable, dans la droite lignée religieuse récupérée par l’économie, et par conséquent il faut le rendre aussi pénible, douloureux, misérable et même à la limite ridicule qu possible. Pas question de laisser traîner de l’opium partout (en plus ce serait un plaisir coupable, réprimé par la loi de 70). Ni des barbituriques. Décidément ces suicidées veulent le cercueil et son couvercle ; passer librement, quand on le veut ou qu’on le juge indispensable, de vie à trépas, et sans souffrir. Mon cul ! Vous douillerez, et de plus en plus. On va sans doute grillager toutes les voies ferrées. Il faudra jouer les briseuses de blocus pour se jeter sous le train. C’est ça le progrès, comme d’hab, dépossession et pénurie, même des moyens de se donner la mort. Par contre, si qu'on aura été bien sages, qu'on aura bien mangé à la cuillère la vie dégueulasse qui nous est confectionnée dans la sodexho politique et sociale, qu'on aura évidemment chopé un cancer consécutif, sans préjudice de la neurodégénérescence, une fois bien tripotées par les oncologues, bien torturées et chimiotées, on aura droit à leur piquouse, ou à leurs cachets, sur ordonnance (carnet C sans doute !), trois semaines ou trois jours en avance ! Youpi !

 

Nous étions déjà, depuis longtemps, habituées à lier une possible révolution à ce qu’on pourrait sommairement appeler nos conditions de vie. Il faut désormais aussi y rajouter nos conditions de mort. Envisager de se débarrasser de toutes ces enflures qui grouillent autour et confisquent l’accès à nous-mêmes. Pour cela, envisager de ne plus tolérer un monde d’autorisations et de reconnaissances.

 

 


 

 

Repost 0
Published by
22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 10:31

 

 

 

« Des sceptiques prétendent que la vie n’est pas belle. Si, si, elle est belle ! Par contre, l’existence est souvent insupportable, mais c’est une autre histoire. »

 

I. Dombrowski, La faculté de l’inutile

 

 


Repost 0
Published by
16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 10:10

 

 

« Rien n’a changé, mais tout commence. »

 

 

 

Vu combien nous avons, d’un avis qui se répand parmi nous, passé outre le tolérable, lequel n’était déjà pas souhaitable, le moment est peut-être propice à ce que, parmi les quelques f-t’s zonant dans les fossés du milieu féministe inclusif, il y en ait qui soient dans la disposition de renvoyer l’eau de vaisselle à la figure des cis qui nous bousillent, d’abonder une recension d’exaspérations, avec quelque support que ce soit, sur les manières dont nous y sommes à la fois exotisées, léchouillées, agressées, méprisées, infériorisées, violentées et j’en passe - et ce, à commencer par les biotes qui se proclament le plus transphiles, défilent, pleurent au TDoR, quand elle ne sont pas carrément « un petit peu trans » pour se rapprocher encore. Bref les ceusses qui nous « soutiennent », nous « aiment », nos « alliées » - et dont il n’est guère plus possible de douter, à l'expé, qu’elles soient parmi les personnes les plus dangereuses pour nous, les plus violentes, malveillantes et abuseuses envers nous. L’affection comme la « bienveillance » des qui ont du pouvoir sur d’autres sont des promesses de piétinement. Oh zut on a (encore !) marché dans une trans. Quand ce n’est pas pire.

Analyser comment, de ce fait et de cet ordre des choses, nous nous retrouvons tronçonnées, coincées, contraintes à y passer pour garder un croûton de vie humaine et politique, avec pour alternative en cas de refus l’isolement et la mort, civile toujours, physique quelquefois.

 

On remarque qu’enfin, curieusement il y a aussi quelques féministes bio qui ne se la jouent pas « pro tout ce qui bouge », ne préemptent pas toutes les occasions d’exotiser, ne vous agressent pas quand vous avez déçu leur avidité et leurs fantasmes, ou bien que vous avez risqué d’occuper une place identifiable dans le féminisme, lesquelles leurs sont réservées par essence, bref montrent par le fait qu’on peut résister à cette irrépressible pulsion, voire s’intéresser à tout autre chose. Celles là ne sont pas nozamies ; celles là peuvent des fois réellement être nos amies. Cela dit, cette constatation ne vaut que pour elle-même, et dissimule un autre piège : en cas de pogrom, elles ne sont évidemment pas plus courageuses que d’autres, et la solidarité dominante bio se resoude, ne serait-ce que sur le silence.

 

Le caryotype xx ne protège ni contre la capacité à abuser (encore un euphémisme) des plus faibles et stigmatisées, ni contre la fascination envers les conceptions les plus régressives, ni contre la lâcheté intellectuelle et morale vis-à-vis de cette situation.

 

Quand je dis « les manières », bon, je n’imagine pas tant une revue des cas particuliers, qui serait répétitive et monotone, qu’un examen des aspects de cette constante, et aussi une tentative d’amener ça à de la critique systémique des impensés et automatismes, si intéressés soient-ils, de tout le monde et des bio en particulier (lesquelles, ça tombe bien, constituent 99,7 pour cent de ce tout le monde, ce qui offre comme on dit un panel représentatif).

 

Cependant, vous pensez bien que la polémique et l’exaspération n’auront pas à en être gommées ; bien au contraire. Et que l’exposé d’exemples bien gratinés ne sera nullement superflu.

 

J’ignore absolument ce que nous pourrions attendre d’une telle entreprise, à part quelques débats acides et sans suite. L’exemple de beaucoup qui ont déjà fait de même pour leur catégorie, choisie ou pas, est éloquent. Ça va au mieux prendre place sur les rayons des infokiosques, dans les lectures recommandables pour être dans la vérité et fuir l’erreur, à peu de frais.

 

Mais comme on dit les écrits restent, tandis que les paroles sont aisément oubliées.

 

Et puis je cause d’écrire, par habitude ; mais si on sort des habitudes on pourrait aussi causer d’agir. Couper net, par exemple, avec les instruments les moins prévus, les arrogances, certitudes, paluches et autres pseudopodes qui se baladent et s’approprient. Bas les pattes. Condition première. Après on verra. Ou pas.

 

En outre, mais là encore c’est de mon point de vue, il n’est pas question de réclamer l’intégration à un état de fait qui précisément permet sans détours ni vergogne des pratiques si pourries, une mentalité si régressive, un tel exotisme à la fois abusif, hargneux et excluant, mais de le faire éclater, de provoquer une remise en question. Je tiens que le revendicationnisme n’a pas d’autre avenir que l’enfoncement dans le présent. Et ce présent est maudit. Par ailleurs, je ne me fais guère d’illusions ; le rapport de force n’y est pas. Mais on peut être un caillou dans la chaussure, qui persiste et signe en vue de temps meilleurs. On en est à un point où seule reste l’alternative entre la mort résignée et l’optimisme sans pardon.

 

Je limite mon appel aux f-t’s féministes, ce qui ne fait aujourd’hui, malheureusement, pas grand’monde, parce que plus les années passent, plus se confirme une espèce de déséquilibre propre à notre situation, déséquilibre numérique certes, qui est d’ailleurs particulier à ce mouvement, à nos motivations, à l’inverse de ce qui se passe à straightlande, mais pas seulement. Déséquilibre politique et illégitimation récurrente également. Le sexe social est là, finalement assez identique à ce qu’il était déjà, binaire, clivant, et voilà. Notre illégitimité attirante et repoussante alternativement est en fonction de. En gros, les t’ n’existent en tant que t’ que jusques à un certain point, pas toujours très éloigné du départ ; après, il faut rajouter le préfixe, autrement y a pas moyen.

 

Je rappelle d’ailleurs que des m-t’s de notre milieu ont déjà quelquefois entrepris ce genre d’éclairage. Car ce sont bien des coins fort sombres du comportement et de la pensée qu’il s’agit de mettre en lumière. Les attitudes tordues, les humiliations, les violences envers nous en milieu f, sont parmi les championnes dans la course au déni et à l’invisibilité. On n’a même pas le temps de les voir du coin de l’œil qu’elles ont déjà disparu. Qu’il ne s’est jamais rien passé d’ailleurs. Les féministes bio peuvent, et savent que dans le contexte de pouvoir social et idéologique elles peuvent, faire ce qu’elles veulent de nous, envers nous. Beaucoup ne s’en privent pas. C’est pour cela que la première urgence est de leur imposer bas les pattes, que ce soit relationnellement, politiquement, moralement ou autre. Et qu’elles reconnaissent leurs violences, abus et mensonges déjà faits ou en cours. Ne serait-ce que pour qu’on sache ou on en est, parce qu’une bonne part de ces choses est dans le placard.

 

Dans mon idée, il s’agirait de faire le point d’une manière aussi critique que possible, aussi peu revendicative et larmoyante que possible aussi, d’aller au-delà (mais pas en deça) du règlement de compte, aussi désirable soit-il ; mais c’est évidemment au gré des éventuelles contributions.

 

Voilà. Je sais que mon appel concerne très peu de gentes. Que l’éparpillement méfiant, hostile même où nous maintiennent la pression, la terreur et le chantage de biolande, comme notre propre incapacité à sortir des lois qui y règnent, nous incitent à une survie de calcul. Mais même en comptant ainsi – nous sommes se manière permanente en voie de disparition, par la négation et l’anéantissement. Perspective dont l’issue d’ailleurs doit plaire à pas mal. Elles ne pourront certes plus nous tripoter, mais notre absence leur épargnera l’énergie mise dans l’hypocrisie et la dissimulation de la violence. Et puis elles trouveront bien quelqu’une d’autre à mépriser et utiliser, ça ne manque jamais.

Ça ne veut pas forcément dire qu’il n’y aura pas quelques f-t’s féministes radicales, la mauvaise herbe étant tenace, mais que nous serons toujours peu, isolées, tenues à la fois au devoir de réserve et à la merci des bio quand il leur prendra fantaisie d’exotiser un coup, tout autant que quand elles auront un besoin pressant d’extérioriser leur mépris et leur haine. Et tout ça gratos (je dirais même à nos frais).

 

Á moins que nous ne nous laissions plus faire.

 

Il est temps, si nous ne voulons pas crever, de dresser l’ardoise, tout autant que de proposer une mise au net du comment, et peut-être du pourquoi. Il n’est en outre plus tolérable de laisser continuer ce qui se passe sans rien dire, ni non plus sans rien faire. Il se peut que dire limite l’ampleur de la désormais inévitable casse matérielle, relationnelle et politique. Si toutefois ce dire ne se heurte pas aux coutumiers dénis des biotes.

 

Cela dit, rien ne perce non plus d’une éventuelle solidarité f-t’ féministe, ni de la volonté d’une entreprise critique. Comme dans toutes les petites minorités stigmatisées, nous préférons la négociation individuelle, le couinement sans suite et le chacune pour soi. Quand nous ne sommes pas carrément biophiles, collaboratrices de notre assujettissement (on y arrive facilement, naturellement ; je l’ai été). Ça n’a rien d’exceptionnel, hélas, et se voit sur de larges échelles dans des rapports sociaux de sexe voisins. Les bio, qui sont à la fois transphiles et transphobes, sont indéniablement des crapules et des charognardes, mais jusques à présent nous avons été de franches imbéciles, pour ne pas dire pis ; et passer toutes nos renonciations, tous nos consentements, toutes nos magouilles pour tenir sur le vieux compte d’épargne toxique de la victimité et de la déresponsabilisation, ça commence à bien faire. Amen. Dans le cas où tout ce sale cirque continuerait, l’action directe, avec ses déficiences, avec sa pauvreté, sera individuelle aussi, par force, et restera seule en lice.

 

 


 

Repost 0
Published by
14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 12:05

 

 

« Dès qu'on évoque le sujet, on nous accuse d'être anti-pilule, on nous dit qu'on va faire monter les avortements ».

 

Cette phrase est extraite d’une interview parue dans le Monde le 14 décembre, faisant partie d’une série d’articles au sujet de ce qui apparaît, au lire, comme une série d’avc’s et d’embolies consécutives à l’absorption de pilules contraceptives dites de troisième génération. Il y avait déjà eu des alertes l’année dernière, au Planning et ailleurs. Ce qui avait presque relancé les discussions sur l’avalage de ces trucs, l’hétérosexualité régulière (les fameux besoins de pépé) et obligatoire qui va avec, et somme toute le sympathique monde relationnel dans lequel nous baignons. Presque. Tout de même on n’allait pas remettre ça en cause : les assoces sont là pour en huiler le fonctionnement, le rendre durable, pas pour nourrir doute ni critique !

 

Mais la phrase citée en rajoute, sur un autre aspect de la chose, le maintien de l’avortement dans les choses mauvaises. Comme bien entendu il n’est pas question de sortir de baiselande ni d’hétérolande, le choix reste entre la capote (mais pépé y bande plus avec, et bander c’est sa vie ; et puis la capote c’est bon pour les putes, dont on n’est pas, au gouvernement ne plaise, bénévoles pour la vie !), le contraceptif, oral dans 90 pour cent des cas, et l’avortement.

 

Et il ne faut à aucun prix banaliser l’avortement, comme on dit. Se débarrasser des aliens donne à une nana une trop haute idée d’elle-même, indépendante des parasites divers, adultes, enfants ou en formation. Et puis malheur, si on commence à penser qu’on peut se débarrasser de ça sans scrupules, où n’ira-t’on pas après ? Se débarrasser des mecs, de la maisonnée, du travail, de la surveillance sociale, que sais-je encore ! Ce serait la fin de ce monde. Pas question. Pilule donc. Où contrôle socio-médical et morigénation. N’y revenez plus ! C’est ce qu’on entend souvent dans les services où se pratiquent les ivg.

 

Or voilà. On savait pourtant depuis longtemps que les hormones ce n’est pas toujours bon (euphémisme), mais là ce sont carrément des morts brutales, après assez peu de temps de prise, qui adviennent. Et l’article cite surtout des jeunes. Ben oui, les vieilles qui crèvent de cancer, on s’en fout, on en a tiré tout ce qu’on pouvait, bon débarras même, on économise sur la pension. Mais des neujes, des toutes fraîches, qu’on allait pouvoir exploiter à fond, travail cul famille patrie (ne jamais oublier que le point de vue panoptique est masculin), quel gâchis !

 

Bref, cri du cœur. Là ça va plus. Il y a de la viande fraîche qui se perd, de la valeur marchande qui ne sera pas réalisée, scandale. L’(hétéro)sexualité naturalisée, la disponibilité, l’épanouissement coïtal, la libération quoi, en sont chiffonnées.

 

Je m’épatais l’autre jour, au lire de ce qu’on appelle un fait divers, sur ce dont nous, les gentes, sommes capables pour bien présenter et répondre de nous à nous-mêmes comme au jugement social, en nous accouplant démonstrativement. Des fois, je le confesse, c’est un rire, amer certes, qui l’emporte un instant sur l’effroi et la colère, tellement nous sommes prêtes à consentir aux plus minables attelages pour faire mine d’exister en la matière. Ébriété permanente, à vie, nous ne pouvons voir que double, quelquefois multiple, à peu près jamais clair. Les conséquences sont à la hauteur, si j’ose dire, de l’exigence.

 

Et parmi ces conséquences, eh bien y a la pilule, l’ingestion du contraceptif oral, qui je crois possède cet immense avantage sur d’autres que tout de même, y rapporte beaucoup plus aux prospères industries pharmaceutiques que les « mécaniques », qu’on change quand on y pense et même qu’on peut oublier, ce qui n’est pas le cas de cette horloge quotidienne. Patriarcat et économie sont de ces doubles siamois qu’on ne peut séparer, et qu’il faudrait noyer sans chercher à s’en réapproprier quoi que ce soit.

 

Et je ne parle même pas de zigouiguer pépé, où de l'obliger à se taper de l'androcur, ah ça pas question, qu'on lui cause quelque inconfort, qu'on l'expose à quelque risque : la seule vraie gratuité relationnelle, en fait, c'est pour les mecs, mais motus, secret public !

 

Relation, contraception. C’est la cage dans laquelle il est prescrit de se mouvoir ; le reste est néfaste, aventureux ou méprisé. On va peut-être avoir droit à un scandale sanitaire de plus avec les pilules de la mort qui tue, mais les interrogations sur comment on vit, elles, resteront évidemment dans les placards.

 


Repost 0
Published by
11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 12:23

 

 

« Laissez-moi vous le dire clairement : mon gouvernement n'accepte et n'acceptera jamais ni le cynisme ni la stigmatisation. »

 

Ayrault, premier ministre de son état, dixit, aujourd’hui même, à la sortie d’une conférence gouvernementale de « lutte contre la pauvreté ».

 

On a déjà vu ce qu’il en est de la stigmatisation avec les clandos, les putes, et quelques autres. Menu complet, fromage et dessert. Les sous, c’est pour la flicaille qui les traque.

 

Pour ce qui est du cynisme envers les qui rament au rsa, dont une majorité de nanas, c’était ce matin. Á dix heures, les articles de presse annonçaient triomphalement une « revalorisation de dix pour cent » du rsa. C'est-à-dire dans les quarante cinq euro par mois. Sûr que c’était ça qui allait permettre aux allocataires de se chauffer cet hiver, lequel prend fort, par exemple.

 

Mais bon, c’étaient toujours quarante cinq euro, allez…

 

Á midi, on apprend par la même voie de presse que cette revalorisation, c'est-à-dire cette augmentation de quarante cinq euro, aura lieu « d’ici 2017 ».

 

Ben oui, sans ça ces goinfres allaient faire des indigestions ; les urgences hospitalières allaient se trouver encombrées de pauvres trop nourries.

 

Il est difficile d’exprimer l’intense foutage de gueule que ça représente.

 

Les soces ont vraiment une capacité étonnante à se montrer un tantinet plus odieux que la droite, juste parce que celle-ci est ouvertement brutale et en fait son fond de commerce. Ce qui en dit long évidemment sur le monde où nous vivons, et le choix que nous offre la démocratie représentative.

 

Mais bon j’ai dit ça j’ai rien dit, hein ?

 

 


 

 

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines