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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 10:10

 

 

« Rien n’a changé, mais tout commence. »

 

 

 

Vu combien nous avons, d’un avis qui se répand parmi nous, passé outre le tolérable, lequel n’était déjà pas souhaitable, le moment est peut-être propice à ce que, parmi les quelques f-t’s zonant dans les fossés du milieu féministe inclusif, il y en ait qui soient dans la disposition de renvoyer l’eau de vaisselle à la figure des cis qui nous bousillent, d’abonder une recension d’exaspérations, avec quelque support que ce soit, sur les manières dont nous y sommes à la fois exotisées, léchouillées, agressées, méprisées, infériorisées, violentées et j’en passe - et ce, à commencer par les biotes qui se proclament le plus transphiles, défilent, pleurent au TDoR, quand elle ne sont pas carrément « un petit peu trans » pour se rapprocher encore. Bref les ceusses qui nous « soutiennent », nous « aiment », nos « alliées » - et dont il n’est guère plus possible de douter, à l'expé, qu’elles soient parmi les personnes les plus dangereuses pour nous, les plus violentes, malveillantes et abuseuses envers nous. L’affection comme la « bienveillance » des qui ont du pouvoir sur d’autres sont des promesses de piétinement. Oh zut on a (encore !) marché dans une trans. Quand ce n’est pas pire.

Analyser comment, de ce fait et de cet ordre des choses, nous nous retrouvons tronçonnées, coincées, contraintes à y passer pour garder un croûton de vie humaine et politique, avec pour alternative en cas de refus l’isolement et la mort, civile toujours, physique quelquefois.

 

On remarque qu’enfin, curieusement il y a aussi quelques féministes bio qui ne se la jouent pas « pro tout ce qui bouge », ne préemptent pas toutes les occasions d’exotiser, ne vous agressent pas quand vous avez déçu leur avidité et leurs fantasmes, ou bien que vous avez risqué d’occuper une place identifiable dans le féminisme, lesquelles leurs sont réservées par essence, bref montrent par le fait qu’on peut résister à cette irrépressible pulsion, voire s’intéresser à tout autre chose. Celles là ne sont pas nozamies ; celles là peuvent des fois réellement être nos amies. Cela dit, cette constatation ne vaut que pour elle-même, et dissimule un autre piège : en cas de pogrom, elles ne sont évidemment pas plus courageuses que d’autres, et la solidarité dominante bio se resoude, ne serait-ce que sur le silence.

 

Le caryotype xx ne protège ni contre la capacité à abuser (encore un euphémisme) des plus faibles et stigmatisées, ni contre la fascination envers les conceptions les plus régressives, ni contre la lâcheté intellectuelle et morale vis-à-vis de cette situation.

 

Quand je dis « les manières », bon, je n’imagine pas tant une revue des cas particuliers, qui serait répétitive et monotone, qu’un examen des aspects de cette constante, et aussi une tentative d’amener ça à de la critique systémique des impensés et automatismes, si intéressés soient-ils, de tout le monde et des bio en particulier (lesquelles, ça tombe bien, constituent 99,7 pour cent de ce tout le monde, ce qui offre comme on dit un panel représentatif).

 

Cependant, vous pensez bien que la polémique et l’exaspération n’auront pas à en être gommées ; bien au contraire. Et que l’exposé d’exemples bien gratinés ne sera nullement superflu.

 

J’ignore absolument ce que nous pourrions attendre d’une telle entreprise, à part quelques débats acides et sans suite. L’exemple de beaucoup qui ont déjà fait de même pour leur catégorie, choisie ou pas, est éloquent. Ça va au mieux prendre place sur les rayons des infokiosques, dans les lectures recommandables pour être dans la vérité et fuir l’erreur, à peu de frais.

 

Mais comme on dit les écrits restent, tandis que les paroles sont aisément oubliées.

 

Et puis je cause d’écrire, par habitude ; mais si on sort des habitudes on pourrait aussi causer d’agir. Couper net, par exemple, avec les instruments les moins prévus, les arrogances, certitudes, paluches et autres pseudopodes qui se baladent et s’approprient. Bas les pattes. Condition première. Après on verra. Ou pas.

 

En outre, mais là encore c’est de mon point de vue, il n’est pas question de réclamer l’intégration à un état de fait qui précisément permet sans détours ni vergogne des pratiques si pourries, une mentalité si régressive, un tel exotisme à la fois abusif, hargneux et excluant, mais de le faire éclater, de provoquer une remise en question. Je tiens que le revendicationnisme n’a pas d’autre avenir que l’enfoncement dans le présent. Et ce présent est maudit. Par ailleurs, je ne me fais guère d’illusions ; le rapport de force n’y est pas. Mais on peut être un caillou dans la chaussure, qui persiste et signe en vue de temps meilleurs. On en est à un point où seule reste l’alternative entre la mort résignée et l’optimisme sans pardon.

 

Je limite mon appel aux f-t’s féministes, ce qui ne fait aujourd’hui, malheureusement, pas grand’monde, parce que plus les années passent, plus se confirme une espèce de déséquilibre propre à notre situation, déséquilibre numérique certes, qui est d’ailleurs particulier à ce mouvement, à nos motivations, à l’inverse de ce qui se passe à straightlande, mais pas seulement. Déséquilibre politique et illégitimation récurrente également. Le sexe social est là, finalement assez identique à ce qu’il était déjà, binaire, clivant, et voilà. Notre illégitimité attirante et repoussante alternativement est en fonction de. En gros, les t’ n’existent en tant que t’ que jusques à un certain point, pas toujours très éloigné du départ ; après, il faut rajouter le préfixe, autrement y a pas moyen.

 

Je rappelle d’ailleurs que des m-t’s de notre milieu ont déjà quelquefois entrepris ce genre d’éclairage. Car ce sont bien des coins fort sombres du comportement et de la pensée qu’il s’agit de mettre en lumière. Les attitudes tordues, les humiliations, les violences envers nous en milieu f, sont parmi les championnes dans la course au déni et à l’invisibilité. On n’a même pas le temps de les voir du coin de l’œil qu’elles ont déjà disparu. Qu’il ne s’est jamais rien passé d’ailleurs. Les féministes bio peuvent, et savent que dans le contexte de pouvoir social et idéologique elles peuvent, faire ce qu’elles veulent de nous, envers nous. Beaucoup ne s’en privent pas. C’est pour cela que la première urgence est de leur imposer bas les pattes, que ce soit relationnellement, politiquement, moralement ou autre. Et qu’elles reconnaissent leurs violences, abus et mensonges déjà faits ou en cours. Ne serait-ce que pour qu’on sache ou on en est, parce qu’une bonne part de ces choses est dans le placard.

 

Dans mon idée, il s’agirait de faire le point d’une manière aussi critique que possible, aussi peu revendicative et larmoyante que possible aussi, d’aller au-delà (mais pas en deça) du règlement de compte, aussi désirable soit-il ; mais c’est évidemment au gré des éventuelles contributions.

 

Voilà. Je sais que mon appel concerne très peu de gentes. Que l’éparpillement méfiant, hostile même où nous maintiennent la pression, la terreur et le chantage de biolande, comme notre propre incapacité à sortir des lois qui y règnent, nous incitent à une survie de calcul. Mais même en comptant ainsi – nous sommes se manière permanente en voie de disparition, par la négation et l’anéantissement. Perspective dont l’issue d’ailleurs doit plaire à pas mal. Elles ne pourront certes plus nous tripoter, mais notre absence leur épargnera l’énergie mise dans l’hypocrisie et la dissimulation de la violence. Et puis elles trouveront bien quelqu’une d’autre à mépriser et utiliser, ça ne manque jamais.

Ça ne veut pas forcément dire qu’il n’y aura pas quelques f-t’s féministes radicales, la mauvaise herbe étant tenace, mais que nous serons toujours peu, isolées, tenues à la fois au devoir de réserve et à la merci des bio quand il leur prendra fantaisie d’exotiser un coup, tout autant que quand elles auront un besoin pressant d’extérioriser leur mépris et leur haine. Et tout ça gratos (je dirais même à nos frais).

 

Á moins que nous ne nous laissions plus faire.

 

Il est temps, si nous ne voulons pas crever, de dresser l’ardoise, tout autant que de proposer une mise au net du comment, et peut-être du pourquoi. Il n’est en outre plus tolérable de laisser continuer ce qui se passe sans rien dire, ni non plus sans rien faire. Il se peut que dire limite l’ampleur de la désormais inévitable casse matérielle, relationnelle et politique. Si toutefois ce dire ne se heurte pas aux coutumiers dénis des biotes.

 

Cela dit, rien ne perce non plus d’une éventuelle solidarité f-t’ féministe, ni de la volonté d’une entreprise critique. Comme dans toutes les petites minorités stigmatisées, nous préférons la négociation individuelle, le couinement sans suite et le chacune pour soi. Quand nous ne sommes pas carrément biophiles, collaboratrices de notre assujettissement (on y arrive facilement, naturellement ; je l’ai été). Ça n’a rien d’exceptionnel, hélas, et se voit sur de larges échelles dans des rapports sociaux de sexe voisins. Les bio, qui sont à la fois transphiles et transphobes, sont indéniablement des crapules et des charognardes, mais jusques à présent nous avons été de franches imbéciles, pour ne pas dire pis ; et passer toutes nos renonciations, tous nos consentements, toutes nos magouilles pour tenir sur le vieux compte d’épargne toxique de la victimité et de la déresponsabilisation, ça commence à bien faire. Amen. Dans le cas où tout ce sale cirque continuerait, l’action directe, avec ses déficiences, avec sa pauvreté, sera individuelle aussi, par force, et restera seule en lice.

 

 


 

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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 12:05

 

 

« Dès qu'on évoque le sujet, on nous accuse d'être anti-pilule, on nous dit qu'on va faire monter les avortements ».

 

Cette phrase est extraite d’une interview parue dans le Monde le 14 décembre, faisant partie d’une série d’articles au sujet de ce qui apparaît, au lire, comme une série d’avc’s et d’embolies consécutives à l’absorption de pilules contraceptives dites de troisième génération. Il y avait déjà eu des alertes l’année dernière, au Planning et ailleurs. Ce qui avait presque relancé les discussions sur l’avalage de ces trucs, l’hétérosexualité régulière (les fameux besoins de pépé) et obligatoire qui va avec, et somme toute le sympathique monde relationnel dans lequel nous baignons. Presque. Tout de même on n’allait pas remettre ça en cause : les assoces sont là pour en huiler le fonctionnement, le rendre durable, pas pour nourrir doute ni critique !

 

Mais la phrase citée en rajoute, sur un autre aspect de la chose, le maintien de l’avortement dans les choses mauvaises. Comme bien entendu il n’est pas question de sortir de baiselande ni d’hétérolande, le choix reste entre la capote (mais pépé y bande plus avec, et bander c’est sa vie ; et puis la capote c’est bon pour les putes, dont on n’est pas, au gouvernement ne plaise, bénévoles pour la vie !), le contraceptif, oral dans 90 pour cent des cas, et l’avortement.

 

Et il ne faut à aucun prix banaliser l’avortement, comme on dit. Se débarrasser des aliens donne à une nana une trop haute idée d’elle-même, indépendante des parasites divers, adultes, enfants ou en formation. Et puis malheur, si on commence à penser qu’on peut se débarrasser de ça sans scrupules, où n’ira-t’on pas après ? Se débarrasser des mecs, de la maisonnée, du travail, de la surveillance sociale, que sais-je encore ! Ce serait la fin de ce monde. Pas question. Pilule donc. Où contrôle socio-médical et morigénation. N’y revenez plus ! C’est ce qu’on entend souvent dans les services où se pratiquent les ivg.

 

Or voilà. On savait pourtant depuis longtemps que les hormones ce n’est pas toujours bon (euphémisme), mais là ce sont carrément des morts brutales, après assez peu de temps de prise, qui adviennent. Et l’article cite surtout des jeunes. Ben oui, les vieilles qui crèvent de cancer, on s’en fout, on en a tiré tout ce qu’on pouvait, bon débarras même, on économise sur la pension. Mais des neujes, des toutes fraîches, qu’on allait pouvoir exploiter à fond, travail cul famille patrie (ne jamais oublier que le point de vue panoptique est masculin), quel gâchis !

 

Bref, cri du cœur. Là ça va plus. Il y a de la viande fraîche qui se perd, de la valeur marchande qui ne sera pas réalisée, scandale. L’(hétéro)sexualité naturalisée, la disponibilité, l’épanouissement coïtal, la libération quoi, en sont chiffonnées.

 

Je m’épatais l’autre jour, au lire de ce qu’on appelle un fait divers, sur ce dont nous, les gentes, sommes capables pour bien présenter et répondre de nous à nous-mêmes comme au jugement social, en nous accouplant démonstrativement. Des fois, je le confesse, c’est un rire, amer certes, qui l’emporte un instant sur l’effroi et la colère, tellement nous sommes prêtes à consentir aux plus minables attelages pour faire mine d’exister en la matière. Ébriété permanente, à vie, nous ne pouvons voir que double, quelquefois multiple, à peu près jamais clair. Les conséquences sont à la hauteur, si j’ose dire, de l’exigence.

 

Et parmi ces conséquences, eh bien y a la pilule, l’ingestion du contraceptif oral, qui je crois possède cet immense avantage sur d’autres que tout de même, y rapporte beaucoup plus aux prospères industries pharmaceutiques que les « mécaniques », qu’on change quand on y pense et même qu’on peut oublier, ce qui n’est pas le cas de cette horloge quotidienne. Patriarcat et économie sont de ces doubles siamois qu’on ne peut séparer, et qu’il faudrait noyer sans chercher à s’en réapproprier quoi que ce soit.

 

Et je ne parle même pas de zigouiguer pépé, où de l'obliger à se taper de l'androcur, ah ça pas question, qu'on lui cause quelque inconfort, qu'on l'expose à quelque risque : la seule vraie gratuité relationnelle, en fait, c'est pour les mecs, mais motus, secret public !

 

Relation, contraception. C’est la cage dans laquelle il est prescrit de se mouvoir ; le reste est néfaste, aventureux ou méprisé. On va peut-être avoir droit à un scandale sanitaire de plus avec les pilules de la mort qui tue, mais les interrogations sur comment on vit, elles, resteront évidemment dans les placards.

 


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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 12:23

 

 

« Laissez-moi vous le dire clairement : mon gouvernement n'accepte et n'acceptera jamais ni le cynisme ni la stigmatisation. »

 

Ayrault, premier ministre de son état, dixit, aujourd’hui même, à la sortie d’une conférence gouvernementale de « lutte contre la pauvreté ».

 

On a déjà vu ce qu’il en est de la stigmatisation avec les clandos, les putes, et quelques autres. Menu complet, fromage et dessert. Les sous, c’est pour la flicaille qui les traque.

 

Pour ce qui est du cynisme envers les qui rament au rsa, dont une majorité de nanas, c’était ce matin. Á dix heures, les articles de presse annonçaient triomphalement une « revalorisation de dix pour cent » du rsa. C'est-à-dire dans les quarante cinq euro par mois. Sûr que c’était ça qui allait permettre aux allocataires de se chauffer cet hiver, lequel prend fort, par exemple.

 

Mais bon, c’étaient toujours quarante cinq euro, allez…

 

Á midi, on apprend par la même voie de presse que cette revalorisation, c'est-à-dire cette augmentation de quarante cinq euro, aura lieu « d’ici 2017 ».

 

Ben oui, sans ça ces goinfres allaient faire des indigestions ; les urgences hospitalières allaient se trouver encombrées de pauvres trop nourries.

 

Il est difficile d’exprimer l’intense foutage de gueule que ça représente.

 

Les soces ont vraiment une capacité étonnante à se montrer un tantinet plus odieux que la droite, juste parce que celle-ci est ouvertement brutale et en fait son fond de commerce. Ce qui en dit long évidemment sur le monde où nous vivons, et le choix que nous offre la démocratie représentative.

 

Mais bon j’ai dit ça j’ai rien dit, hein ?

 

 


 

 

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 08:29

 

 

« Quand on a été ministre ou putain, on a droit au titre le reste de sa vie »

César Campinchi

 

 

 

Ce que j’aime beaucoup, enfin façon de parler, avec les institutionnelles et bureaucrates, c’est cette espèce de franchise qui les possède, quand elles sont sûres, à tort ou à raison d’ailleurs, de leur pouvoir, et aussi des nécessités absolument incriticables au nom daesquelles elles agissent, ces fameux « objets suspendus » avec lesquels nous nous sommes vouées à déterminer nos vies et dont j’ai déjà parlé ici et là, formes sociales hyperstasiées. Franchise, dans cette position, c’est bien sûr plutôt du cynisme. Du genre « on ne fait pas d’omelette sans… ». Sans un nombre considérable de déprédations et d’exactions. L’histoire en atteste.

 

C’est ainsi que dans le Monde du 1er décembre, date symbolique qu’elle eut peut-être mieux fait de contourner vu les conséquences des politiques gouvernementales en terme de contamination au vih et autres bestioles sympathiques, notre NVB nationale et républicaine crache tranquillement le morceau dans une interview :

 

« Réaffirmez-vous votre objectif de départ, à savoir la disparition de la prostitution ?


C'est une caricature. Mon propos est abolitionniste. En résumé, la prostitution est une violence faite aux femmes et il faut la faire reculer. Évidemment, elle ne va pas disparaître totalement. Mais les politiques
publiques sont là pour construire un projet de société. Je réaffirme que l'achat de services sexuels systématisé est incompatible avec l'égalité entre les sexes. »

 

Ce qui est magnifique dans cette mise au point, c’est le « pas totalement ». Ben oui, il restera, même au pays du cul bénévole et des quotidiennement constatables bienfaits du relationnisme contractuel gratuit, bref de la sexualité en général, un volant de malheureuses et de perverses qui continueront obstinément, aidées de non moins sombres complices (les fameux et indispensables prostitueurs, tant il est vrai que des nanas ne sauraient à elle seules cumuler tant de vice), à contrarier les vues éclairées du gouvernement en tarifant l'inconfort. Il n’est plus question de le nier ni même d’éluder le problème. Mais ce n’est d’ailleurs pas un problème. On se soumettra et on prendra un turbin plus digne (la dignité du boulot est une des farces les plus horribles des deux derniers siècles) ou on crèvera dans des coins obscurs. C’est assumé, diligemment, droit dans les bottes. La félicité publique est à ce prix (l’omelette).

(Au passage, je signale quand même une inexactitude, pour rester polie : les mesures proposées ne relèvent plus de l’abolitionnisme, politique suivie depuis l’après guerre, mais du prohibitionnisme, qui expose directement le tapin en tant que tel à la répression.)

 

Ce disant, NVB ne se démarque d’ailleurs pas d’un poil de l’attitude qui est celle de myriades de responsables de toutes structures, politiques, sanitaires, associatives, missionnaires, militantes, que sais-je encore, bref de toutes celles qui ont un petit actionnariat dans l’application des grandes nécessités et la durabilisation du désastre. Et son cynisme est de fonction. Avec son autre casquette de porte parole du gouvernement, elle affirmait ainsi posément l’autre jour que tel aéroport, vivement combattu, se ferait, point. La nécessité économique le veut ainsi, et un peu le fait que son promoteur est premier ministre. Si celui-ci saute, et qu’elle est reconduite au même poste, elle annoncera sans doute son abandon avec la même détermination. Il faut dire qu’être ministre, certes, est un sort enviable, on regarde les gentes de haut, on mange bien, on double les files avec le gyrophare ; mais on mange son chapeau aussi assez souvent. Je n’en veux pour illustration que ce qui est arrivé à Benguigui, personne réputée intègre, laquelle a malencontreusement accepté un strapontin – et s’est retrouvée fort vite à devoir faire l’éloge d’un dictateur assez brutal que visitait notre président. Il devait y avoir quelque chose comme des minéraux coûteux ou des terres rares en jeu, et pas de pantin de rechange qu’on puisse facilement lui substituer. Le chapeau était grand et épais, avec des épingles dedans. Cul sec ! Fallait pas y aller, au gouvernement.

 

Ce qui est en fait important, cela dit, ce n’est évidemment pas de savoir si telle ou telle ministre a des scrupules. On s’en fout, si on ne devrait pas être putes, alors que dire d’être ministre ! C’est que toute cette machinerie conduit à écrabouiller et détruire des gentes, le cas échéant en grand nombre, et que c’est ouvertement assumé. L’omelette est publique. C’est ainsi que nous, les putes, seront sciemment et délibérément clandestinisées, hop. On ne représente ni ne vaut grand’chose, ça ne coûte donc pas trop cher, comme disait cette vieille canaille de Mimit’ au sujet d’un génocide d’insolvables. Il est d’ailleurs fondamental que ça ne coûte pas cher, en une époque où ce qu’on appelle bien à tort « esprit critique » est l’habileté à l’usage de la calculette mentale bénéfice/risque. Il ne fait ainsi guère de doute que l’assiduité de ce gouvernement à promouvoir notre extinction au nom de motifs fort élevés est attisée par l’opportunité de réaliser une réforme tapageuse qui ne coûtera rien, si ce n’est à celles qu’elle va expulser du monde. Au reste, aucune, mais aucune des initiatives affirmées antisexistes et pour les nanas qui sont carillonnées actuellement ne doit rien coûter. Tout ce qui pourrait mobiliser du fric est curieusement resté dans les cartons (1). C’est qu’il y a déjà trente milliards à trouver pour les actionnaires. Et que les choses ont été clairement dites il y a six mois : maintien des crédits uniquement pour la police, la justice et l’école, bref pour le contrôle, la répression, l’enfermement et la rentabilisation. Ce n’est évidemment pas propre à NVB ni aux soces ou à la gauche en général, qui proroge toujours les projets et les pratiques de ses concurrents et prédécesseurs de droite : hypocrisie, répression des faibles, veulerie devant les décideurs. Au fond, le réalisme économico-politique finit toujours à droite. Et pas qu’un peu.

 

C’est ainsi que son collègue Valls reconduit les méthodes et critères du précédent gouvernement, vous vous en souvenez encore, au moins, de ce gouvernement et de ce président contre lesquels il était de bon ton de beugler quand on n’avait rien à dire et pas envie de penser, en qui on aimait à personnaliser toute l’épouvante de l’ordre présent ? Eh bien sa politique continue, pasque déjà notre adorable peuple a nettement fait comprendre par son vote qu’il n’aime pas les intrus, les pas blancs, les mal lavés, et autres chapardeurs de poules ou de cuivre, et qu’il plébiscite leur chasse à courre ; pasqu’ensuite le naufrage de l’économie ne laisse pas de choix : on ferme les écoutilles, « la barque est pleine » comme on disait en d’autres temps gracieux. Mais Valls et tous ses fliques savent très bien que des clandos, il y en aura toujours, et même si on élève un mur bardé d’électronique sur la frontière ; les humains sont incorrigibles. Alors c’est très simple, on va leur donner la chasse et s’ils survivent cinq ans sans se faire coxer, eh ben z’auront le droit de prétendre à un séjour, en étant bien sages et bien intégrés. Ce qui se passe pendant ces cinq ans on s’en fout. On sait très bien que c’est l’horreur. C’est la version actuelle du darwinisme social. Ça fait plus que penser à la plus sombre science-fiction. Les plus aptes et les plus chanceux survivront, les autres pas. Ça fera des gentes pleines de ressources pour la guerre qui commence, sous tous les aspects. Ça fera du personnel pour les warriors de la concurrence et pour les forces de sécurité. L’écrasement ne rend ni humain ni lucide, bien au contraire. La nation ne peut par conséquent qu’y gagner.

Ça m’a fait penser à un truc qu’on nous impose des fois, à nous les t’, dans divers endroits, et qu’on appelle « real life test » : s’en tirer, pendant un temps quelquefois fort long, sans hormones sans rien. Si on survit, si on persiste, c’est qu’on est vraiment malades de la tête, et donc qu’on peut alors nous médicaliser.

 

C’est pour cela que vous avez voté, et que vous auriez voté de toute façon, quelle qu'eût été la teneur de votre bulletin de vote. Et quand vous demandez au gouvernement, lui aussi quel qu’il soit, d’aller plus loin, c’est cela que nous aurons : appauvrissement, répression, exclusion, contrôle social, et pour agrémenter la chose et faire passer la bouchée, un peu d’arbitraire sur la gueule des moins rentables et des plus stigmatisées, un joli reality test où vous pourrez les voir courir à la télé. Mieux que n’importe quel jeu. On le savait déjà dans l’antiquité, n’y a que le réel, l’irréparable, le sang et la mort qui excitent et stimulent.

Réfléchissez y donc avant d’aller l’encourager à mieux faire en allumant des lampions sous ses fenêtres, et de lui demander vos cadeaux de noël ; on pourrait encore avoir de vilaines surprises à ce qui déboulera par la cheminée. Et il ne sera plus temps de se plaindre. On ne sait pas toujours très bien le libellé exact de ce qu’on réclame. Ni les accessoires qui vont avec.

 

Dans le cas que préconise NVB, il n’y a pas de fin prévue au test. Perpète. Y aura encore des putes, les jeunes remplaçant les vieilles et les tuées. Il y aura encore des nanas qui choisiront, et d’autres aussi qui ne choisiront pas mais feront ce boulot, comme c’est le cas pour tous les boulots, sales ou moins sales. Un boulot est toujours sale. Plus ou moins pénible, humiliant, obsédant. Et rarement choisi tout à fait librement. Obligation d’échange de soi, c’est ça l’économie. En tous cas tant pis pour elles. N’avaient qu’à pas. N’avaient qu’à faire un métier honorable, presque toujours très subordonné et bien crade, dont paraît-il il faut pourtant être fière (d’ailleurs y a intérêt pour se consoler pasqu’en général ça paie pas – voir ce que j’en écrivais dans Pauvres mais honnêtes). La fierté que consent et impose patriarcalande aux nanas, aujourd’hui et apparemment demain comme hier, consiste en la virginité, sous toute ses formes, et le bénévolat relationnel a toujours été une des formes de cette virginité (par contre les antisexuelles et coupeuses de couilles, anathème, pas tolérables !) Quant aux traînées, que leur sang retombe sur leur tête comme il est dit quelque part. Il y a toujours quelques catégories dont les malheurs et l’oppression sont sur leur propre compte. On va leur pourrir encore plus la life. Les obliger à se cacher encore plus. Le tunnel de la prohibition a déjà montré ailleurs combien il est pratique pour faire disparaître des catégories sociales ennuyeuses, quelquefois coûteuses sans rien rapporter, ou tout simplement en marge du circuit normal de l’argent. Il y a effectivement un retentum de statut à la valeur que sont censées porter les personnes en fonction de leur nationalité, origine, etc. Dans une certaine mesure, l’état, tout autant que le marché, peut décider que vous ne valez plus rien, où que ce que vous valez est affligé d’un signe moins (2). Au reste, c’est le principe même de toute illégalisation d’un secteur du marché, c'est-à-dire, dans la logique où nous sommes, d’une population. Vous ne devez plus être ; en trop ou pas bien. C’est peut-être une des rares prérogatives propres à l’annexe politique de l’économie : pouvoir encore dire que telle ou telle activité n’est pas légitime, que telles ou telles gentes n’ont plus fondement à exister, à être là. Évidemment cette prérogative est fort limitée, et s’applique à peu près toujours aux rebuts historiques du social. Sans quoi ce serait la gabegie. Cela ne remet absolument pas en cause que tout soit marchandise, à commencer par nous-mêmes, ce qui est la base même d’une société basée sur le travail. Et ne remet non plus pas en cause son alter-ego, le système d’échange relationnel contraint. Sans parler du patriarcat et d’hétérolande, lesquels lui sont intimement liés et qui ont réussi le coup fumant de vendre aux clientes leur échappant encore un tant soit peu leur plus antique attirail du bénévolat, mariage et famille en tête, au prix de détail ! Chapeau les indémodables !

Au contraire, cela fait monter les enchères. Pas de dumping ! Les putes cassent, au fond, le prix plancher de l’existentiel, et ça nuit au maintien d’un fantôme de croissance de celui-ci. Tout autant qu’au rêve qu’il est censé perpétuer au milieu du désastre, comme toutes les méta-marchandises. Le produit est à nu, déclaré tel, de même que la logique qui y aboutit, sa forme et les rapports sociaux qui vont avec ; c’est ça aussi qui fait enrager les prohi, on leur casse leur salon de maquillage du relationnel, notamment hétéro, en contrat inoffensif (oxymore !). C’est pourquoi nous allons finir en omelette. Comme tout ce qui fait chuter la spéculation et la valeur. De même que bien d’autres.

 

Il n’est en effet évidemment question, et c’est heureux, pour aucun gouvernement de remettre en cause la famille, le couple à structure fondamentalement hétéra dans le conjugal logis, comme idéaux de vie, ni de suggérer que la sexualité dans sa totalité est un système de mise en dépendance et de contrainte ; bien au contraire il les faut faire grimper à la bourse sociale, en en arrondissant les angles. Comme toutes les valeurs. Tant pis pour la casse, déjà intensive ; la médicalisation, les psys, la police, les prisons et les assurances sont là afin de faire que ça ne soit pas perdu pour tout le monde, et qu’on mène ce cirque sanglant aussi loin que l’on pourra. Après nous le déluge.

 

Je dis que c’est heureux parce que je serais finalement fort malheureuse qu’un gouvernement s’avisât de nous faire sortir du monde de l’échange contraint, de la relation obligatoire, de la concurrence et de la valeur. Ce serait le monde à l’envers et quelque part je serais encore plus effrayée d’une telle occurrence que de la barbarie dans laquelle nous sommes désormais bien installées, dans le sens où tout ce qui passe par la forme gouvernement, en dégouline, est pourri, néfaste, meurtrier – et que ce serait peut-être alors notre émancipation même qui serait définitivement confisquée, alors qu’il peut encore rester quelque chance que nous la réalisions, sans bureaucrates, sans associatives, sans patronnesses et sans ministres. On verra alors à voir si on se dispense de tapiner, lorsque l’argent, le travail et l’amour auront été jetés à la poubelle de l’histoire.

 

 

 

(1) Voir par exemple ce communiqué : http://www.actupparis.org/spip.php?article5042


(2) On peut lire à ce sujet je ne sais plus quel article de Gail Pheterson sur la mise à néant statutaire de la valeur engendrée par le travail sexuel et la notion d’argent sale (comme s’il en existait de propre, pareil que pour le boulot).

 

 


 

 

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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 12:04

 

 

« la très faible intensité de travail (fait de vivre dans un ménage dans lequel les adultes ont utilisé moins de 20 % de leur potentiel total de travail au cours de l'année précédente). »

 

C’est un des trois, oui, seulement trois, critères définis par l’Union européenne pour déclarer si des gentes sont pauvres. Yes. On pourrait s’imaginer qu’utiliser une part raisonnable de son temps pour ce que Marx appelle la reproduction de la force de travail, voir un peu plus, serait signe d’abondance, de quiétude et de joie. Pas du tout ! Bien au contraire. Si vous n’êtes pas un grand nombre d’heures chaque jour à produire des trucs qui ne vous concernent généralement en rien pour les échanger contre de l’argent, vous êtes sans conteste misérable, désocialisée, peut-être même tubarde ! C’est l’Union, vous savez, la couronne d’étoiles et le prix Nobel de la paix, qui l’assurent. On serait mal fondées d’en douter ! Et soupçonner derrière cette déclaration à apparence objectiviste une sainte haine de la feignantise et de la vieille fuite du travail et de la contrainte, oooh, ce serait vraiment avoir l’esprit négatif.

 

Bien entendu, dans un monde où tout doit passer effectivement par l’échange marchand, il résulte que si vous ne bossez pas vous êtes souvent pauvres, à moins de bénéficier des rentes de vos aïeules. Se pose bien entendu la question, par ailleurs, de savoir si, manquant d’une Logan neuve, d’une tablette électronique et d’une maison à chauffage bio qui sauve la planète, votre vie en est immanquablement ratée et miteuse. Là on entre dans un débat de comptabilité, encore une fois. Mais ce qui reste à la base, c’est l’anathème sur tout ce qui conduit à s’occuper de ses fesses ; au contraire, la richesse, le contentement légitime sont subordonnés à s’occuper aussi exclusivement que possible de ce qui n’a rien à voir avec soi ni les alentours, et est inclusible dans les catégories du travail et, pour les mieux lotis, des loisirs. C’est pourquoi peu travailler est mal.

 

Il arrive, il est vrai, que ce peu ne soit qu’apparent, et que les unes bossent pour les autres. Lisant il y a peu les Voyages de Young, celui-ci remarque, donc juste avant la révolution, une constante dans les campagnes françaises : des nanas, vieillies avant l’heure, qui s’échinent à traîner l’araire dans les champs, et des mecs qui glandent ostensiblement. Comme quoi la tradition des teneurs de murs a de qui tenir. Mais l’Union, je crois, est impartiale, de ce point de vue en tous cas : elle mesure désormais le travail uniquement légitime et taxé (ce qui veut dire que ni nous, les putes, ni les récupératrices de métaux ne sont comptabilisées), et ce paritairement. Tout est pour le mieux dans le meilleur, etc. Et par ailleurs, où nous mèneraient des nanas qui ne rapporteraient pas, paresseraient, mettraient tout dans leur réticule, rien pour la famille rien pour l’état ? Á la décadence. Haro ! Tout le monde au boulot.

 

Quant au fait de ne pouvoir effectivement, dans une très grande majorité de cas, qui tendent à s’étendre encore, pas survivre sans gagner de l’argent puis aller l’échanger contre des biens, la question ne se pose même plus. La naturalisation résignée de l’économie n’a jamais été aussi poussée – je m’en rendais compte ce matin en lisant un livre de Nancy Fraser sur la notion de justice, où le système d’échange contraint généralisé est tout au long considéré comme opposé au «culturel » et, partant, anhistorique et surtout « rationnel », issu d’une supposée partie totalement logique de l’humaine – ce qui d’ailleurs ne correspond nullement à une quelconque bienveillance. Tous les socios de notre époque ont avalé Hobbes sur parole (1) : l’humanité est intrinsèquement mauvaise, chue, la concurrence darwinienne est l’expression du réel le plus élémentaire, incriticable, il ne faut pas moins que toute la puissance publique pour y remédier tant à coup de redistribution, de reconnaissance institutionnelle, que de matraques et de geôles. Je me demande ce que ces gentes diraient si on leur représentait que leur approche est précisément un mélange de celle des ultralibéraux primaires de la fin du dix septième et de celle des contre-révolutionnaires à la De Maistre. La naturalisation des évidences sociales a eu semblé, un moment, reculer, mais c’est de fort peu, et de plus elle s’est à présent fortifiée sur des positions (travail, échange, sexualité…) qui paraissent encore plus consensuelles et inexpugnables que celles qui avaient prévalu tant bien que mal de la fin du dix huitième aux années cinquante !

 

Un autre des critères évoqués plus haut concerne la « consommation de protéines ». Je n’aurais pas cru me refaire fourrière des antispés, mais ayant été fouiner sur les sites de l’union, il y est spécifié que ces protéines doivent être « d’origine animale » pour être prises en compte. Bidoche ou frometon. Les lentilles ni les fayots ne contiennent, pour les économistes de l’union, de protéines. C’est sûr que la valeur ajoutée qu’on peut tirer de la culture des lentilles est bien inférieure à celle qu’engendre une laiterie industrielle ou artisanale. Et quelque chose d’aussi noble que la protéine doit créer de la valeur, sans quoi on est perdues.

 

Mais bon, si on parle de « culture », on est sauvées, nous clame un article du même Monde (4 décembre). La création artistique et culturelle est en effet « créatrice de valeur », et pas qu’un peu, d’après les chiffres égrenés. L’expression (de la différence, de ci, de ça…) ça vaut des sous, ça n’a même d’existence, à commencer par sociale et politique, que si c’est sanctionné par le marché, qui est la reconnaissance, la seule la vraie (et je dis ça sans ironie, c’est effectivement ce qui se passe – après, les formes et les contenus c’est une autre discussion). C’est « vrai » au sens actuel ou vrai, c’est ce qui est inévité, fatal, contraint, résultant. Le « vrai » du « tout est possible » totalitaire analysé par Arendt.

 

Sauf que, arrivées là, on se demande ce qui n’est pas « créateur de valeur », à part couper son bois à la scie égoïne. Et encore. Et qu’avec toute cette valeur, incommensurable, crée depuis des siècles, l’oppression, l’inégalité, la contrainte, enfin le besoin n’ont diminué en rien, et que, l’Union une fois de plus nous le certifie, même les riches de la planète que nous sommes s’enfoncent tous les ans un peu plus dans la pénurie. On ne parle même plus des autres, là le traitement c’est la bombe à billes, plus d’autre prophylaxie possible contre la pauvreté, mal absolu. Être pauvre n’a jamais autant équivalu à crime, carrément désormais « contre l’humanité », laquelle se doit d’être riche, c'est-à-dire au boulot, cafie de gadgets et coupée de tout accès direct à sa préservation. Je ne sais pas si on sera encore là quand le traitement arrivera jusques ici. Les choses ont toujours le pied sur l’accélérateur, depuis qu’elles ont pris résolument la place de sujet social agissant. Pendant ce temps là, on est censées bosser. Vivre intensément quoi.

 

 

 

 

(1) et jamais lu le tome premier du Capital, ni les Grundrisse, où l’économie capitaliste est précisément caractérisée historiquement comme un fétichisme, un auto-aveuglement, une projection dans les objets, donc un fait également « culturel »… C’est d’ailleurs là une thèse, je ne prétends pas qu’elle recouvre la réalité ; mais ces socios ont soin de toujours citer Marx, pour en tirer des interprétations qui sont des contresens d’épigones, quand ce ne sont pas des troisièmes lectures de manuel de première année…

 


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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 18:01

 

 

« Je me sens payée à ma juste valeur ». Cette déclaration, dans une inter, d’une salariée d’un machin écoloquitable confine à l’extralucidité. Au fond, cela fait des décennies que nous disons crûment ce qui est, le sourire aux lèvres (sauf le jour du plan social). Mais là c’est très fort. Depuis cent cinquante ans les choses se sont affinées, on est passées par le travail qui rend libre, par le salariat émancipateur, maintenant nous en sommes arrivées à coller fort juste aux abstractions qui sous-tendent la folie économique. Il y a quelque chose de presque mystique là dedans, de dépouillé (et à tous les sens du terme…). Nous reconnaissons que nous sommes valeur. Que nous ne sommes que valeur. Et que nous n’avons à être que valeur.

 

Valeur – et juste ! Il ne convient effectivement pas que nous allions nous égayer sur ce qui doit relever d’une comptabilité très stricte, d’une organisation rigoureuse de l’équivalence et de la pénurie. Nous ne devons avoir accès, dans ce qu’il est convenu entre nous d’appeler la vie, qu’à une quantité très précise de biens, de temps, d’existence, calculée au plus juste de notre utilité collaboratrice à la susdite économie. Le capitalisme aura ainsi instauré la notion de rationnement, que l’on ne connaissait à proprement parler avant lui que dans les villes assiégées ou en cas de famine ; il l’aura fourré partout, et surtout dans nos têtes. Nous sommes disposées, que dis-je, passionnées à quémander et recevoir notre juste portion, pour la jouissance de laquelle nous nous sentirons légitimes et fondées – et sans doute au besoin mesquinement féroces. Pas du tout comme les vilains traders qui ne savent même pas combien ils gagnent ; et encore moins comme celleux qui ne gagnent rien, peut-être même qui ne daignent rien gagner, et qui pour cela sont tout à fait en dehors de l’humanité laborieuse – en laquelle on pourrait encore rééduquer les premiers.

 

La même employée nous décrit, dans l’inter, ses loisirs. Ils sont parfaitement cohérents avec son travail, ce qui est recommandé désormais : aller en avion en Inde pour déambuler avec des paysans expropriés. Ce qui me fait d’ailleurs illico penser à une autre inter, elle précisément de paysans indiens, où était proférée cette parole définitive : « Si je pouvais vendre mes légumes directement au supermarché, je m’en sortirais ». Hé oui. Vendre et acheter, voilà effectivement l’issue unique et toujours provisoire que nous nous sommes laissés.

 

Il y a quelques mois, dans une très cocasse discussion avec des militants d’une CNT régionale, qui se déguisaient plus en vrais anars à quarante ans que moi à dix huit, c’était aussi le mot du début et de la fin d’un jeune paysan qui traînait avec elleux : il faut que je puisse vendre. Où on voit que le niveau de la critique anarchiste a décidément rejoint celui de la résignation générale. Marché équitable – voilà tout ce qu’il leur reste, ce vieux fantasme libéral du dix huitième siècle. Au mieux son assomption douteuse en collectivisation elle aussi dévaluée, léninisée. Les outils de torture aux torturées, qu’on maîtrise la production !

 

Mais revenons au mot qui à mon sens prime encore sur « valeur », en ce qu’il fonde et détermine celle-ci. Juste. Il s’agit clairement du sens distributif du terme. Il s’agit que personne n’ait plus, ou moins, mais surtout n’aie pas autre chose que ce qui lui est destiné par la raison économique – que celle-ci se mette ou non le masque humaniste ou décroissant. Celle-ci ne connaît qu’une équation entre la notion d’équivalence (pas avoir trop plus que ce qu’on a fourni) et celle de besoin (nous devons dépendre des choses, des biens, des services, et les consommer, pour qu’on puisse en apporter de nouveau à l’étalage).

 

Je crois effectivement que la vieille question distributive, qui se tient dans les limites du plus ou moins de ce qui existe, élude évidemment toute sortie, mais tout simplement l’éventualité qu’autre chose soit en jeu, quelque chose qui ne se mesure pas, ou pas du tout de la même manière, et qui ne puisse que très imparfaitement être l’objet d’une comptabilité. Et de même, interdit qu’on pose la question depuis nous-mêmes ; celle-ci, dans la droite logique copernicienne et capitaliste, doit se trouver dans les choses, les marchandises quoi, équitables ou pas. La valeur comme la justice se situent nécessairement hors de nous, comme nécessité à l’aune desquelles nous serons jugées, évaluées ; et il en est de même du besoin, cet acarien chargé de nous gratter, aiguillonner sans cesse.

 

Á partir du moment où nous constituons une valeur, et où nous ne devons recevoir que notre « dû », rien ne s’oppose aux ultimes conséquences de cette mise en équivalence ; ni payer pour travailler, ni être exterminées comme non-rentables, et pas non plus être contraintes au travail forcé. Puisque la légitimité de notre survie tient au surplus de ce que nous sommes censées rapporter à l’économie, travestie ou non en « collectivité » - collectivité d’abstractions et de fantômes altérés. Le continuum économique va des échoppes équitables des pays riches aux mines où rampent de quasi-esclaves. L’un ne peut exister sans l’autre, et pas seulement ni même principalement pour des raisons comptables – l’exploitation des uns faisant l’accumulation finale des autres – mais tout simplement parce que la même logique de transformation des humaines en juste valeur est mise en œuvre.

 

Enfin, puisque cette valeur et cette reconnaissance doivent être distribuées (équitablement de surcroît), il faut immanquablement un ciel, un lieu comme qui dirait impartial, objectif, et même bienveillant pendant qu’on y est (sauf avec les indignes fraudeuses, cela va sans dire !) d’où pleuve cette distribution. Comme nous sommes soucieuses de démocratie, ça tombe bien, ce ciel est en nous, nous nous sommes faites ce ciel en nous arrachant à nous-mêmes, à nos petites complexions et à nos singularités regrettables, qui entravent le bon fonctionnement. Nous nous répartissons donc, par justice, nos portions de valeur, équitablement, durablement, ce qui ne veut d’ailleurs pas dire égalitairement. Nous nous les répartissons au nom de la nécessité qui siège en nous, avec notre accord et même de notre initiative, puisque c’est nous qui, historiquement, avons décidé que les choses seraient nécessaires, suspendues.

 

Il ne faut donc guère s’étonner d’à quel point le distributisme, et son angoisse de coller à un échange où surtout on ne prenne jamais trop et où on donne toujours assez, soit une agriculture de la misère, de la mesquinerie, de la méfiance et pour tout dire de la malveillance. Ni de ce qu’il n’empêche nullement les petites et grandes cheffes de prospérer, en quelque matière que ce soit, puisqu’on ne peut en rien leur contester leur apport ! Enfin bref que tout le monde stagne dans une m... crasse, avec le sourire aux lèvres, et des calmants bio pour les coups de grisou internes.

 

J’ai relu il y a peu la Critique du travail marginal (voir dans les Pages), écrite il y a près de quarante ans, à la belle époque de l’exode. Je l’ai trouvée incroyablement à jour. Notamment en cette quête éperdue de valeur et de justice, préalablement à toute décision matérielle. Quête qui lie indissolublement, à cette heure, les plus redoutables partisans de la méga-économie et rebelles les plus renâclantes à celle-ci. Comment être juste, c'est-à-dire comment faire tout entrer dans une comptabilité générale, dans une totalité, que rien ne soit oublié, ne se perde, ne soit indu. Ah, l’indu. La vilaine bébête sombre qui rôde sous le lit de cette justice d’échange qui, le notait Adorno, semble une mise à jour très complexe de la bonne vieille vengeance. Je te rends ce que tu m’as donné. Paf. Besoin, privation, pénurie, rétorsion (important la rétorsion, sous toutes ses formes, pour soulager notre frustration permanente, elle-même formatée par le besoin). Et tout cela géré selon des barèmes de plus en plus totaux, de plus en plus institutionnels. Au reste l’un entraîne l’autre. On ne peut pas imaginer valeur ni justice sans réduction à la totalité, ou à une autarcie féroce qui entraîne les mêmes conséquences.

 

Le mal, c’est donc l’indu. Ce qu’on n’est pas contrainte à céder en échange de. Je ne parle évidemment pas ici de gratuité, ce village de vacances de l’échange réglé, qui d’une part n’existe qu’en regard de l’hégémonie de celui-ci, d’autre part exprime l’inquiétant fantasme de comportements, choix et décisions découplés les uns des autres, impulsifs, autistes pour tout dire ; fantasme que le social actuel est effectivement en train d’essayer de réaliser, avec ses principes de plaisir, d’auto-nomie, d’espaces de liberté. Mais avec ce retentum fondamental, définitif, que tout cela dépend de la mise à disposition des biens et des formes, et que celles-ci sont détenues au-dessus, là où il n’est pas question d’accéder. La gratuité est une vaste blague, comme je l’ai déjà fait remarquer à propos du système relationnel. 

 

L’indu est tributaire du dû et de la logique totale qui va avec. Laquelle est une fantastique comptabilité, comme jamais n’en purent rêver même les tenanciers des greniers royaux mésopotamiens, dont on dit qu’ils furent parmi les créateurs de l’écriture. Le dû et l’indu sont les murs de la prison dans laquelle nous nous enfermons réciproquement avec un grand souci d’exactitude et les meilleures intentions du monde. Il importe que nulle n’en sorte : cela fausserait le compte, rendrait même sa pratique impossible, la justice distributive en serait lésée, et par là même notre personne sociale, à chacune. L’enfermement dans l’échange abstrait, mathématique, de fait contraint, est la condition pour nous sentir libres et égales. La boucle est bouclée. Enfin, dans le nombre de cas où l’état actuel des choses permet un niveau minimal d’accès aux choses. Le dû du citoyen ordinaire d’un pays en faillite ne permet aucunement de vivre, tout juste de mourir. C’est le côté sombre de la juste valeur. Ce côté sombre tend à englober une part majoritaire des bipèdes de la planète. On le déplore, on cherche un aménagement, mais l’ennui, avec les principes rigides de la justice distributive et des comptabilités qui la structurent, c’est qu’il n’y a pas d’aménagement. C’est elle au contraire qui a aménagé et le monde matériel, et notre manière de le, et de nous, percevoir. Bref, à chaque fois c’est l’échec. Pas possible. Ça on peut pas. Ça non plus. Il y aurait de l’indu et sans doute encore pire. Et ce ne sont même pas les célèbres crates qui le disent ; ce  sont les alter, les décroissants, toutes ces braves gentes que la morale des objets brime et triture. C’est nous-mêmes, à la fin. C’est moi et c’est toi. Méfiance !

 

Ben oui, je suis la première à buter sur cette exigence d’échange, même si je vois très bien qu’elle nous mène à la mort, et nous fait généralement la vie assez miséreuse, hargneuse, mesquine. Nous nous sommes tellement emberlificotées là dedans, nous avons tellement soigneusement évité que rien, nulle réserve, d’aucune nature, ne reste en dehors, qu’il n’y a effectivement pas moyen d’en sortir. Autant aller faire une balade sans scaphandre dans le vide spatial. La justice est le type même du cabinet dans lequel on s’enferme, et en jetant la clé aussi loin que possible par un fenestron au travers duquel il est impossible de passer. Même en faisant assaut d’anorexie, comme il est spécifié dans la fable de la belette et du grenier. Même en nous retranchant toujours plus, dans l’espoir que ça passe, qu’enfin l’abondance reparaisse, il n’y en aura jamais assez. Et la disposition nous en échappera toujours au profit de cette instance qui siège en nous, que nous avons vraisemblablement créée, à laquelle nous avons résigné notre volonté, notre intelligence, nos émotions. Et dont nous ne savons même pas si nous aurions pu ne pas.

 

 

 


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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 09:00

 

Des fois je me dis, en lisant de déjà vieilles pages internet dont la file s’est interrompue subitement il y a des années – sans même parler de mes vieux zines – que la plupart des lesbiennes sont mortes, ou disparues, peut-être émigrées dans des lieux paisibles qui sait, soyons tout de même optimistes et souhaitons leur du meilleur. Mais c’est vrai que bien des endroits d’expression lesb’ bien concentrée, bien hétéronome à hétérolande, se sont tus.

 

Je suis contemporaine à présent d’une société de « f qui font du sexe avec des f », comme tout le monde est censé « faire du sexe » avec tout le monde ; une société de gentes qui vont se faire certifier « de bonne vie et mœurs » ; mais je ne crois pas que ça réponde à ce que voulut dire être lesbienne. On ne se risque plus trop à être. C’était inutilement provoquant et effectivement ça dégénérait facile. Désormais on fait. Avec.

 

Faire, produire quoi, participer aussi, résume désormais tout. Et baiser, qui est faire au carré, superlativement.

 

D’ailleurs, la vie la plus déglingue, la plus précaire, la plus miséreuse, la moins autonome n’est-elle pas considérée comme supportable dès lors qu’on peut la saupoudrer d’un peu d’amour, de baise et de conso ? Ne nous faut plus que ça aujourd’hui.

 

On aura au moins appris ça des mecs…

 

Il y a encore quelques anciennes qui conservent – avec prudence et sans tonitruer – le niveau intellectuel, l’exigence critique, l’intention d’une vie digne de ce nom, et tout bonnement celle d’un monde de nanas.

 

(Pensez donc un peu, un monde de nanas, manquerait plus que ça, un monde pas paritaire, un monde où les formes masculines, si nécessaires pour structurer nature et culture, seraient jetées au vent).

 

Et quand elles ne seront plus ?

 

Tout cela fait un grand vide, un sacré. Il y a en quelque sorte une voix qui s’est tue. Une voix qui n’était pas une, amalgamée, une voix qui était la voix de personnes. Une rumeur, un gros murmure. Des questions et des déclarations. Des paroles quoi.

 

Á la place, des haut-parleurs clament des slogans, édictent des conseils sanitaires et vantent des produits. Rien laisser perdre.

 

Nous voilà muettes et bruyantes, décomplexées quoi, comme la société majoritaire à la porte de laquelle nous tapotons.

 

Il faut se taire pour entrer. Nous nous sommes tues, avons été tues ; fait taire nos voix pour prendre place dans le vacarme.

 

Mais on est quelques unes à ne pas faire avec ça.

 

 


 

 

 

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 10:00


 

Ces inénarrables « poissons roses », dont on a été déjà quelques à causer, et dont l’existence a en gros le singulier objet de diffuser la pensée de Benoît XVI et de la curie romaine au parti socialiste, se sont évidemment prononcés, le doigt sur la couture du pantalon et de la jupe, contre hétérolande pour tous. Ah ben on suit la doctrine pontificale ou on ne la suit pas. Ce qui est assez tordant c’est de voir par quelles contorsions ellils essaient de justifier le point de vue réac tout pour pépé sans le dire comme ça, puisque ce sont des progressistes (on ne rit pas !). Figurez vous alors que la conjugalité et la parentalité de deux personnes de même sexe (on ne sait pas trop ce qu’ellils pensent des t’, probable qu’il va leur falloir référer à Anatrella (1) pour savoir quelle ligne adopter), eh bien c’est une gifle, pas moins, à la doctrine de la parité. On ne savait pas que l’Église catholique, qui a depuis longtemps oublié l’épître aux Romains (« il n’y a plus ni homme ni femme »), avait le moindre souci en la matière, vu son virilisme obstiné bene pendentes. Mais si. Juste dans ce cas là. Foutage de gueule.

 

Évidemment, ça déborde de mauvaise foi et il faut bien dire de capacité fort courte à argumenter. La parité réduite à la portion conjugale ! Ellils pourraient au moins avouer que leur parité, c’est la complémentarité, ce réemballage de la domination masculine qui a quelquefois un peu passé la date de péremption, et que toutes les religions abrahamiques nous remettent à l’étalage depuis quelques temps pour affecter la modernité. Mais ça fait tout de même bien marrer. Ces petits soldats sont à peu près aussi pertinents, à le prendre d’un peu loin, que les francs réacs intégristes qui, bien loin d’être en mesure de proposer un retour à, je sais pas, un point de vue haut-médiéval, à la fois piaillent contre les évolutions pourtant bien peu révolutionnaires du présent – puisqu’il ne s’agit en général que d’assimilation égalitaire à leurs valeurs – et défendent béatement l’économisme, la logique d’échange qui, historiquement, a précisément saccagé leur société chrétienne. Vraiment l’intelligence ne déborde pas par les temps qui courent, à catholande.  

 

Pour en revenir aux poissons roses, je crois qu’on va régulièrement se taper de franches tranches de rigolade avec ces zozibous. J’ignore ce qu’on en pense au PS, activement occupé à essayer de faire comme s’il tenait ses promesses en tentant de contenter les passions réactionnaires, haineuses et hétérocrates du bon peuple. Il faut dire que les arguties emberlificotées du gouvernement ont finalement quelque chose en commun avec celles de ces missionnaires. Les poissons roses sont-ils l’avenir des soc-dem ? On peut s’attendre à tout.

 

Quelques jours plus tard, je me suis avisée qu’un des sites principaux de rassemblement des réaques, lequel se nomme « Á contre-courant » (il faut le faire, encore une fois, comme je dis plus haut, pour des gentes qui ont tout avalé de ce monde, exactement comme les autres), eh bien que le symbole choisi par ce site est un… saumon. Y n’ont pas choisi l’anguille, ma cousine – sans doute trop peu virile. Ben oui, ce saumon qui remonte les fleuves avec obstination pour se reproduire (but quand même assez étriqué) est forcément mâle dans son principe. On retrouve en un quart de seconde tout le monde idéal et fantasmé d’hétérolande : le mâle est actif. Actif, ça veut dire qu’il remonte, pénètre, défonce, viole, que sais-je encore. Tout est bon pour perpétuer le monde présent, via sa puissance, d’une part, et des tas de petits aliens d’autre part. 

 

Sur les bords de l'Allier, à Brioude ou dans la Ribeyre, autrefois, on pêchait les saumons à la fourche.

 

Une autre de ces initiatives se titre d’un « monde durable ». Ce qui une fois pour toutes d’ailleurs montre bien qu’il faut lire ce qui est écrit : quand on vous cause de quoi que ce soit de durable, ça veut dire qu’on a affaire à des gentes qui veulent que l’état des choses présent dure. En quelque matière que ce soit. Et que si on ne veut pas que ça dure, eh bien il faut s’empresser d’enfiler d’autres chemins.

 

 

(1) Tony Anatrella, ahurissant psychanalyste près le Saint Siège, qui a autrefois pondu un mémorable monument de mépris sur les t’, qualifiéEs « d’immatures et de narcissiques ». Comme si c’était notre apanage, à l’ère du capitalisme finissant…

 

 


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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 16:58

 

 

Je dois dire, je suis d’un œil assez distrait les évolutions de V. Despentes depuis l’époque de King-Kong Théorie, où j’avais trouvé quelques apports de première grandeur, comme le refus de la victimité. L’an dernier, j’avais noté son assomption lesbienne, ce qui ne pouvait que me réjouir, et aussi que pour elle la définition semblait en être de « faire du sexe avec des nanas », réductionnisme ordinaire aujourd’hui mais qui assombrissait le tout. Mais bon, quand on change, dans la vie, on a souvent un moment d’éblouissement où tout ce qui rapport à sa nouvelle identité est magnifique. J’ai vécu ça aussi.

 

C’est juste ennuyeux quand l’éblouissement aveugle trop longtemps. Et là je trouve, en lisant sa longue et argumentée diatribe contre les réaques hétérocrates parue dans Têtu, que la zone aveugle – qui est celle de tout le mouvement lgtb ou presque il est vrai, reste identique. En gros, ça se ramène à : « nous sommes différentes ». Sommes. On fait exactement comme vous, on use des mêmes formes sociales (et là je ne parle pas que des histoires de conjugalité, reproduction, parentalité), mais par la vertu de ce qu’on est, nous sommes glorieuses, au sens des corps glorieux, de la gloire qui exonère de la misère sociale et relationnelle. Je signale souvent ce néo-essentialisme qui, lui, nous exonère effectivement de toute audace critique comme de bien des exigences que ne pourraient combler nos institutions. Il suffit d’être pour que le monde soit différent. Ouais… Sceptique.

 

C’est exactement ce que je comprends quand je lis Despentes descendre, à très juste titre, la misère d’hétérolande, de la famille, des lardons, etc. Bref je suis bien d’accord avec elle sur ce que nous ne voulons surtout pas. Sauf que. Sauf que – que se passe-t’il quand nous faisons exactement la même chose, que nous nous intégrons dans les mêmes formes ? Et là Despentes ne dit rien, ou plutôt dit en creux que si c’est nous, alors c’est (potentiellement ?) merveilleux. Ou en tout cas bien meilleur que les hétér@s.

 

Et là moi je dis raca. C’est pas vrai. Ce n’est pas vrai aujourd’hui et ça ne sera pas vrai demain. Ça aurait pu être vrai si on avait continué à suivre une ligne de rupture radicale avec ce monde, ses catégories et ses pratiques. Mais ça me paraît évident que si, comme absolument tout le monde, on se coule dans une normalité de familles, de conjugalité, de judiciaire pour régler tout ça, d'injonction à la sexualité, d'incitation à la reproduction, eh bien nous avons et aurons une vie aussi misérable que celle des hétér@s.

 

Et ça me paraît énorme que Despentes ne soupçonne pas ça. Énorme pasque justement elle réussit, dans son texte, à quitter la logique externaliste de « ce qu’on devrait être », et des formes extérieures qui nous modèlent (droit, égalité, etc.) pour s’attacher à la seule question qui vaille, et qui était celle des lesbiennes radicales il y a quarante ans : comment vit-on, nous ? Pour quoi vit-on, nous ? Et nous au centre, pas les rutilantes cases d’hétérolande et d’économiclande à occuper pour se sentir exister. Partir de nous comme raison. Pas comme narcissisme, pas comme oubli du réel, mais, oui, les nanas comme mesure et comme but. Et par nous, pas par les guichets du patriarcat élargi.

 

Je veux bien que pour Despentes, tout ce qui est l soit encore magnifique et incriticable. D’ailleurs j’aimerais bien qu’il en soit un peu ainsi, du premier terme en tout cas. C’est juste un peu la cata du fait que la très grande majorité du l contemporain n’a plus rien de contradictoire avec les structures qui tiennent hétérolande, se limite à une orientation sexuelle, se calque aussi précis que possible sur les cases de rôle déjà en place. Bref c’est actuellement une identité parmi d’autres et non plus une remise en cause radicale du monde, lequel est un monde de mecs, je rappelle.

 

Je veux bien, mais tout de même je suis déçue. Je crois qu’il y a aussi de l’unanimisme dans tout ça. J’en connais bien qui n’en pensent pas moins, mais on juge généralement que ce n’est pas le moment de la ramener. La contradiction inquiète. Il y a peut-être aussi la peur, bien légitime, devant le monde qui se resserre, va visiblement condamner à l’exclusion et à la mort de plus en plus de non-rentables, et l’envie de continuer à y vivre, d’y être reconnues et intelligibles. Possible. Mais de toute façon moralement, politiquement c’est bancroche ; et même pragmatiquement je suis persuadée que c’est inutile. Seule une minorité d’entre nous, à l’image du reste, sera à terme intégrée réellement.

 

Je n’imagine pas un instant qu’il y ait péril en soi à ce qu’on nous octroie des droits, qu’on nous assimile à des statuts. Le péril, c’est que nous croyons avoir besoin de ça. Que sans ça nous n’avions pas moyen d’exister. Que ça va nous faire une vie meilleure – et là j’en appelle précisément au spectacle désespérant d’hétérolande. Enfin, et peut être surtout, que nous ayons renoncé à croire que nous pouvions vivre et fabriquer autre chose. Résignation que nous partageons finalement avec beaucoup de monde. N’empêche, au contraire, je crois que dans la situation où nous nous trouvons, renoncer à une échappée a des chances d’être bien plus périlleux que de la vouloir.

 

Nous aveugler sur où nous en sommes à cette heure, au détriment de ce que nous pourrions faire, ça me semble, je vais le dire tout cru, suicidaire. Yep. Pas moins. Nous en sommes à nous suicider politiquement en acceptant les friandises empoisonnées de la normalité en place ; et ce genre de suicide politique, pour des gentes comme nous, est un risque de mort sociale comme possibilité vivante d’autre chose, ou même à terme tout à fait matérielle, en ordre dispersé sans doute, au milieu des hétér@s dévalués, dans la déprime et la précarité ; mort dont nous aurons nous-même cosigné les conditions. On peut revenir du premier ; en donnant un sacré coup de barre. Pas de la dernière.

 

Pour faire - faire, pas attendre, pas recevoir avec reconnaissance - tout autrement une autre fois, il nous faut déjà nous conserver la possibilité de cette autre fois. Et ça ne se fera pas tout seul, par la simple opération de ce que nous serions. Si nous ne maintenons pas la distance, nous serons avalées, digérées. Et maintenir la distance, c'est déjà probablement ne pas nous associer à hétérolande.

 


 


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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 15:29

 

 

 (Á ce sujet, on pourra relire aussi ce que j’écrivais dans « Petitesses » et surtout dans « Volontaire »)

 

 

Cela fait partie de ces trucs que je n’arrive pas à m’expliquer facilement, peut-être conséquence de la rage républicaine de vouloir contrôler, ne pas lâcher une des dernières choses on va dire sérieuse, et c’est peu dire, qui nous reste, que dans une société où on ne parle que de plaisir, sous-produit de la conso-relation (se faire plaisir, donner du plaisir, nianiania), la mort, la seule la vraie, outre d’être soigneusement contrôlée pour des raisons qui à la base, comme toutes les raisons présentes, sont dans les cabinets des notaires, la mort soit rendue si difficile et par conséquent souvent si douloureuse.

C’est un des sujets sur lesquels les écrivains de fiction d’autrefois se sont assez largement gourés. Voyaient effectivement des hypersociétés de moins en moins humaines, mais pensaient que la mort volontaire y serait infiniment facilitée et même encouragée. Il est vrai que ces auteurs percevaient la domination comme essentiellement politique, et ne se disaient pas toujours qu’autour du jaune de l’œuf il y avait le grand blanc de l’économie. Ni que tout bonnement prétendre prédire n’a guère de fond.

Dans la situation complètement tordue et cauchemardesque actuelle, les choix semblent comme souvent avoir été faits de manière un peu arbitraire. Il était clair que la survie des non-rentables ne pouvait pas entrer dans la préservation d’une économie saine, mais pour autant, et sans doute aussi pour de vagues calculs électoraux, il ne se peut pas qu’on facilite l’exitus – et surtout, surtout pas, horreur des horreurs, en laissant les gentes mourir quand ellils le pensent, c'est-à-dire en laissant traîner des produits sympathiques dont on peut user soi-même. Comme je l’ai déjà fait remarquer, tout ce à quoi on aura droit, dans le meilleur des cas, est la grimaçante intervention d’un toubib quand il sera bien sûr que de toute façon c’est plié. Les guignols de l’admd et leur « mort responsable » - pourquoi pas durable pendant qu’on y est – le repète à l’envi : de toute façon il est devenu impensable d’avoir accès aux bons vireux poisons comme l’opium, et à soi-même tout simplement. Il faudra donc passer par leur thanatocratie et prouver qu’on est scientifiquement incurable. Tous les autres, vidés comme des malpropres dans la poubelle qu’est désormais la survie.

Mais bon, quand on parle de droit(s), on devrait bien savoir ce que ce signifie : dépossession, arnaque et pathétique ridicule pour relever la sauce.

Bien évidemment, la mort volontaire, cette vieille liberté suspecte, alors là, pas même question. Où alors il faudra souffrir ; si on ne bénéficie pas de complicité, d’armes, de prods, ce qui est le cas de la plus grande partie d'entre nous, eh bien il faudra souffrir, le train ou le destop. L’alliance de l’état social et des euthanasiques ne nous laisse que ce genre de porte de sortie. Jusqu’à ce que la soude ait été remplacé par quelque vacherie bio, et les voies ferrées entièrement sécurisées. Là les bergers de la mort pourront se vanter de nous avoir poussé au-delà des extrémités. Selon les lois de la barbarisation bienveillante et croissante, il faudra inventer les moyens les plus ahurrissants pour devancer cancer et alzheimer, pour s’extraire de nos misérables destins. Cela ne s’était jamais vu auparavant. On ne peut plus, somme toute, ni vivre ni mourir, nous sommes réduites à des caricatures racornies et mutilées de chaque.

 

On nous daube avec la « fin de vie ». Le commun dénominateur de la plupart des slogans, mottos et mantras de l’époque contemporaine, depuis déjà longtemps, est que ce sont des antiphrases. Fin de vie mon cul. Déjà, il est convenu que nous ne disposons pas de cette fin, que ce n’est que sous la pression des circonstances, nommément de l’extrême décrépitude, que l’on peut envisager une fin. Bref, il n’est pas question un instant que nous ayons la liberté d’y mettre fin quand bon, si j’ose dire, nous semble. Ah ben ça non, ce serait licence et chienlit. D’autre part, il faut bien dire que causer d’une pareille fin à quelque chose qui ne mérite fréquemment que fort peu le vocable de vie a quelque chose de funèbrement comique. Il serait en fait tout aussi fondé de parler de commencer à vivre. Mais de ça non plus il ne saurait être question. La démocratie et les règles de droit s’y opposent absolument. Où irions nous ?

 

On pourrait résumer la chose par « Tuez vous, mais que ça vous fasse bien mal et que ça soit un véritable parcours administratif, histoire de n’en point abuser ». Ah, ces abus, qu’on sert à toutes les sauces dès qu’il s’agit – en novlangue – de « disposer de soi ». Soi se révèle toujours, finalement, la plus mauvaise raison qui soit, en logique capitaliste et hypersocialisée. Ça peut paraître paradoxal mais ça ne l’est pas. On a bien intégré que la vraie raison, la seule valable, est toujours hors de nous, qu’on l’appelle croissance ou bien commun ; et que l’essence même de l’individu dans la guéguerre de tous contre tous est de spolier ses voisins – et ce, même lorsqu’ellil s’occupe de ses fesses ! Il faut donc sévèrement réprimer et filtrer l’action qui a soi pour principe et pour but ; elle appauvrit la collectivité. Il y a consensus là-dessus, à commencer par les citoyennes concernées – l’autodiscipline étant un des caractères dominants de l’homo novus.

 

Tout ça relève d’un immense foutage de gueule autour d’une dépossession que personne ne songe un instant à remettre en cause, à commencer par les bureaucrates associatifs qui se sont assis sur le dossier. Tout le monde, d’eux aux plus sombres réacs en passant par les gouvernants, sont parfaitement d’accord sur ce qu’il importe avant tout autant d’empêcher les gentes de mourir que de vivre. J’ai déjà je crois dit quelque part que ce qui fonde les bureaucraties ce n’est pas un fonctionnement, mais un but consensuel, qui ne saurait être remis en cause et que tous concourent à réaliser du mieux qu’ils estiment. La privation de vie et de mort est un des ces buts fondamentaux actuels.

 

Une autre de ces antiphrase est le terme de « dignité ». Quand on commence à vous le servir, courez très loin, si possible après avoir envoyé, comme le cheval de La Fontaine, une bonne ruade dans les gencives de cellui qui vous a entrepris avec. Que ce soit la CGT avec la dignité du travail-pas l’choix ou l’ADMD avec la dignité de la mort « foutue pour foutue » et confisquée par les toubibs, c’est de nouveau la même arnaque. Ni vie ni mort. Circuit. La dignité, c’est ce qu’on nous laisse par dérision quand on nous a ôté tout le reste. C’est du même ressort que les anciens hébétés qu’un élu local gratifie d’une misérable décoration, quelquefois pour un fait peu reluisant, ou bien pour s’être esquintés au travail, voire, dans le cas des nanas, pour s’être bravement fait sucer la moelle toute leur vie par mari, lardons, petits-lardons, arrière petits-… . Voilà la dignité républicaine et économique. Dans leur gueule la dignité. Je ne cause évidemment même pas des opposants, cathos et autres.

 

Au fond, c’est la énième édition du même cas de figure : les progros défendent les mêmes valeurs, les mêmes évidences que les réaques, lesquels sur ce sujet n’ont à la gueule que dignité aussi. Personne ne veut d’un changement de paradigme ni de société, bien au contraire, tout le monde en sue ensemble de crainte. Á aucun prix ne faut que ce soient nous qui agissions, sans rien demander aux papas et aux mamans fouettardes et seringardes. Toutes ces cliques sont bien d’accord là-dessus, ce serait la fin de leurs haricots.

 

Nous nous retrouvons avec le même hold-up qu’en 75 envers l’avortement. Comme le mode de vie qui s’est progressivement mis en place nous a privés de la plupart des possibilités d’action sur nous-mêmes, voilà les bonnes âmes du politico-social-sanitaire, en position de domination presque totale, qui nous en imposent la version mutilée ; on leur demandera, dans la limite fort étroite des critères énoncés, de nous appliquer notre volonté. Mieux schizophrénique il n’y a guère, mais notre civilisation s’est spécialisée dans la charcuterie morale et politique : plus un morceau de nous-mêmes ne doit pouvoir en toucher un autre, la médiation sociale, judiciaire et technologique ayant le monopole de ce commerce. Et quant à la solidarité humaine, haram ! De même que l’aide à l’avortement est toujours sévèrement réprimée en france, de même l’aide au suicide le sera ; on peut même compter sur un durcissement des lois à ce sujet dès lors que le « droit à l’euthanasie » aura été codifié. Il s’agit en effet d’éviter que des gentes puissent faire des choses ensemble, les unes pour les autres, bref que les humaines viennent à retrouver une autonomie vis-à-vis des institutions. Surtout pour les choses importantes, décisives. Manquerait plus que ça ! Que nous constituions des SEL ou des AMAP, à ça c’est bien, braves citoyennes qui se gardent elles-mêmes dans les limites raisonnables des échanges, de la raison par les choses. Mais que nous nous ingérions de nous occuper sérieusement de nos fesses, on va vite voir ce qu’il en est de la liberté en démocratie. Il y a des tribunaux et autres institutions de même genre pour ces déviances qui flirtent avec le terrorisme.

 

La proclamation même du rapport de propriété envers soi participe de cette coupure et de cet éloignement forcé. La propriété des biens, y compris soi puisque nous sommes un bien comme les autres, nécessite de passer par les formes du marché et de la loi. L’idée même de propriété de soi renforce la schizophrénie, et correspond à l’inverse de la capacité d’agir sur et de l’accès à soi, tout bêtement à la vie en soi. Nous sommes et devons rester nos gestionnaires, nos spectatrices et nos consommatrices, selon les critères définis. Quand nous serons toutes pucées et branchées, sans doute nous donnera-t’on un code d’accès aux fonctionnalités qui nous aurons été assignées et laissées. J’ai l’air de rigoler mais pas tant, il se peut même que ce genre d’éventualité soit fort proche.

Nous ne nous « appartenons » pas. Pitié, que nous soit épargnée cette infortune. Nous sommes là, et nous voulons choisir d’y être vraiment, ou de ne pas y être tout aussi vraiment, Mme Hidalgo, puisque vous avez encore récemment relayé avec ardeur ce triste poncif de la misère contemporaine. Il est vrai qu’il serait très naï, pour na pas dire stupide, que l’on attende des politicards, tout autant que des nuées d’experts et autres acteurs de la vie publique, qu’ils aient la moindre idée de ce dont ils parlent. De nos jours, il semble bien qu’il y ait au contraire un grand souci, partagé par à peu près tout le monde, d’ignorer autant que possible ce dont on affecte de parler, de ne pas même vouloir le savoir - ce risquerait de dérouter, de faire douter, toutes ces petites complexions qui entravent la ruée de l’ordre et du progrès.

 

Quant au droit, il est et restera, jusqu'à ce que nous nous débarrassions de cet isolement entre humaines,  dépossession et confiscation. Á chaque fois que nous réclamons une possibilité sous forme de droit, et qu’on nous l’octroie, nous nous apercevons que nous sommes encore plus empêchées et emberlificotées, puis menacées et réprimées. Que l’essentiel nous a été subtilisé. Que le paquet cadeau contient un hochet, un badge et beaucoup de vide. Et à chaque fois nous recommençons, de plus en plus mélancoliquement, persuadées qu’il n’y a rien de possible au-delà de l’organisation actuelle du monde. Qu’au-delà ce serait nécessairement le royaume du Mal. En quoi nous n’avons guère progressé depuis les précédentes civilisations.

 

Disposer réellement, de fait et non de la mascarade du droit, de vivre et de mourir, est tout à fait au-delà des moyens auxquels nous nous réduisons par la socialisation et sa sollicitude en chambres. Encore une fois il va falloir choisir, et cesser de se payer de mots déplacés.

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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