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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 10:02

 

 

La presse (Le Monde du 27 octobre) annonce que la pédégère d’un grand groupe minier vient de démissionner. Ça merdait dans le bizeness ces derniers temps. Il se trouve que ce groupe possède les mines d’Afrique du Sud où, ces derniers temps, la police a tout simplement tiré dans le tas, dans la grande tradition du bon vieux libéralisme dixneuvièmiste. Les mineurs, ces gavés qui exercent tout de même ce qui a toujours été un des pires métiers au monde, réclamaient obstinément onze cent euro par mois pour redescendre. Onze cent euro. En Afrique australe. Mais c’est la mort du petit commerce. On vous en donne quatre cent si vous êtes sages. Tiens, fume ! Allez hop, lock out, fusillades (ce qui montre bien que les gouvernements issus de révolutions politiques n’ont pas plus que d’autres l’intention ni d’ailleurs la possibilité de remettre en cause l’ordre économique ; d’où leur investissement dans les hochets culturalistes les plus réacs – voir les piteuses suites du « printemps arabe » : l’alliance des militaires et des curés, et l’auto-extermination des non-rentables).

 

Vous descendriez, vous, dans une mine d’or, même pour onze cent euro ? Pas sûr hein ?

 

Mais le plus beau de l’article, c’était sa conclusion : « Le départ de la dirigeante âgée de 55 ans risque de réduire un peu plus le nombre de femmes à la tête de grandes entreprises  cotées à Londres. » Beh oui. Ça va nous faire un trou dans la parité. Il importe que, nous, les nanas bio et demain t’, prenions une part substantielle, sinon égale, à l’exercice de la domination et à l’exercice du désastre économique, comme à la guerre généralisée qui va avec. C’est même tout ce qui reste, dans cette optique, de ce qui fut autrefois le féminisme : intégrer l’ordre qui est précisément celui du patriarcat.

 

Non, mais, là, c’est tout de même énorme. Je rognonnais déjà il y a quelques temps sur les protestations d’un groupe paritariste contre le fait qu’il n’y avait pas ou plus de femme au conseil d’admin’ d’un grand groupe européen de production d’armes, c'est-à-dire platement d’exportation de la mort au pays des non-rentables, sans parler de la répression interne ici. C’est ça qui les ennuyait, au lieu qu’il y a quarante ans les nanas combattaient contre la guerre institutionnelle du capitalisme généralisé. Mais elles ont une tête, ou un restant de capacité critique, les camarades ? ou bien est-ce qu’elles croient vraiment comme Caro de Prochoix que nous sommes dans le meilleur des mondes et qu’il faut vite s’y creuser sa petite place ?! Déjà, politiquement et moralement, ce genre de participationnite est tout simplement odieuse, vu ce à quoi nous cherchons à prendre part. Mais le plus pitoyable est que si, comme il est probable, le crash de l’économie se continue, et que nous ne cherchons pas un autre paradigme de vie, c’est tout couru que la barbarisation en cours va, dans son élan de « retour aux sources » bien viril, schniaquer d’abord les nanas – et autres a-valoriséEs. Bref que les paritaristes de l’engagement dans le désastre et la démence planétaires travaillent directement contre nous – contre elles !

 

Je dois avouer, je reste sur le cul du succès de la vitesse à laquelle les néo-conservatismes ont pris, et par diverses voies, la place de la critique féministe. Que ce soit le familiarisme nataliste rainbow, l’attrait pour de très obtus complémentarismes religieux, ou la passion de participer à la domination intégrée productrice de valeur et hich tech, de plus en plus de camarades se mettent à tranquillement défendre les différentes facettes de l’ordre en place. Sans même sembler supposer un instant que cet ordre puisse être notre mort à toutes dans ses conséquences. Il y a vraiment, depuis vingt ans, un abandon systématique de la critique et de la remise en cause au profit de l’adhésion aux évidences les plus grossières, et de la prise de place concurrentielle dans la machine de l’exploitation. Ou de tout autre secteur du capitalisme. Je me suis quelques fois épatée sur les injonctions féministes institutionnalistes à « conquérir le sport ». Le sport, sans doute une des formes sociales les plus néfastes du monde contemporain. Mais rien de l’ordre des choses ne doit nous être étranger. Nous devons devenir de parfaites sujets automates, comme les mecs se vantent d’être. L’appropriation versus la critique. Mais c’est nous à la fin qui sommes appropriées par les formes sociales du patriarcat. Et voilà qu’au lieu de détruire des aberrations comme le sport, nous nous pressons à réaliser les singeries qui y sont prescrites. Peut-être avons-nous aussi perdu le sens du ridicule. Communier dans le sport est moins grave de conséquences que de compéter dans l’exploitation et la destruction, mais fait partie du même combat.

 

C’est sûr que si nous sommes devenues une corpo identitaire comme une autre, cherchant à se placer sur le marché, et à tirer notre part de profit du système en place, il n’y a rien à dire en logique interne. Après nous aussi le déluge. Mais dans ce cas là l’essentiel du féminisme a cessé d’être un mouvement pour changer les choses. Au fond, comme pour tout ce qui fut tentative révolutionnaire et qui n’est plus au mieux que du syndicalisme, la résignation est passée par là. Mais même la croyance que l’acceptation de l’état de fait aura pour contrepartie un accès aux dividendes, matériels comme sociaux, a d’énormes « chances » se révéler un énième marché de dupes.

 

Le pire étant qu’il n’y a pas de méchants trompeurs, de complot pour nous égarer : nous nous dupons nous-mêmes, massivement, comme d’ailleurs à peu près tout le monde. Nous croyons dur comme fer que les formes sociales, économiques, politiques actuelles vont nous amener joie et prospérité. Évidemment ça manque sérieusement de réflexion sur ce que recouvrent cette joie et cette prospérité. Et ça commence bizarrement à durer, la marche vers la terre promise. Mais nous marchons. Et ça ne nous est pas propre. La misère propre à nous par contre, c’est que nos devancières ont été en état de se méfier de ces promesses et de ce qu’elle signifiaient ; pas nous. Que ce soit par avidité, par résignation, par peur ou par crédulité, nous y souscrivons les yeux fermés. Nous en réclamons toujours une louche de plus, alors même que la marmite bascule.

 

Et puis bon – autant le dire, nous avons choisi d’essayer de profiter de ce monde, là aussi peut-être plus par résignation que par machiavélisme. Sauf que ça risque de nous coûter ce que nous ne soupçonnons même pas, pour quelques gains provisoires de certaines d’entre nous. Et comme toujours dans l’histoire humaine, nous ne mesurerons l’affaire que quand il sera bien trop tard pour en sortir, parce que nous aurons tout simplement perdu les capacités d’autonomie que nous avions, à tous points de vue.

 

Le féminisme et le lesbianisme ne semblent plus être pour grand’monde d’entre nous des contestations radicales, voire même pas radicales, de l’ordre en vigueur. Il est vrai que c’est devenu le cas de la plupart des mouvements et idéologies qui ont autrefois prétendu à en sortir. Du refus et de l’invention, nous sommes passées à la revendication, puis finalement à l’acceptation et à la reproduction. Produire, voter, engendrer… Doit on en tirer acte ? Ben oui, je crois ; les féministes révolutionnaires sont à présent très minoritaires et marginales. Un choix a été fait. Les féminismes institutionnalistes et intégratifs, voire quelquefois religieux (!), rassemblent la très grande majorité d'entre nous. C'est comme ça et, ne croyant pas un instant à un "sens de l'histoire", je ne bougonne contre au nom d'aucune "nécessité" ; juste des espoirs déçus et mis dans le placard.


En tous cas, nous voilà bien mal placées désormais pour nous plaindre des conséquences de ce à quoi nous avons adhéré. Nous avons rejoint les cohortes de consommatrices insatisfaites – ce qui est un pléonasme. Nous consommons des formes sociales qui créent dépossession et violence, et nous ne manquons pas de nous plaindre. Le féminisme acritique qui se réduit à une réclamation d’égalité dans la dépossession et l’exploitation n’a d’avenir que dans un ordre des choses inchangé. Nous nous trouvons dans une situation non seulement de compromission, non seulement d’échec, mais pour tout dire, je le crains bien, de stupidité historique. Est-ce qu’on a pris du xanax, un coup sur la tête ? Je dois dire que je n’arrive guère à comprendre l’unanimité dans la résignation et le ralliement qui caractérisent nos mouvements depuis une vingtaine d’années. Est-ce que la « fin de l’histoire » nous a contaminées, que nous croyons nous aussi qu’il serait déraisonnable de chercher à aller plus loin ? En tous cas je nous trouve bien patientes.

 


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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 11:19

 

 

Il m'arrive souvent de lire, affirmé comme article de foi et vulgate historique, que l’homosexualité fut un délit en france jusqu’en 82. Euh. En fait, fut supprimé cette année-là un article de loi qui stipulait que la majorité sexuelle n’était pas la même dans les relations homo qu’hétéro (18 contre 15). Cela créait effectivement une inégalité franche - j’étais d’ailleurs, jeune et pute, dans les personnes concernées - mais jamais les lois de notre fichu pays, depuis la révolution, n’avaient prévu l’homosexualité en tant que telle. Elle n’était visée par aucune disposition spécifique depuis la suppression en 1791 du crime de sodomie, qui s’appliquait spécifiquement aux mecs et visait la pratique même. Ça pouvait vous mener très loin : mort par le feu.

La seule mention appuyée qui en ait été faite dans un cadre institutionnel fut la fameuse déclaration sur les fléaux sociaux de 1960, déclaration d’intention, ou l’homosexualité, le tapin, l’usage des stups et je sais plus quoi étaient dénoncés comme de tristes tares dont notre société avancée devait se débarrasser. Sinon, la drague tombait sous le coup de l’atteinte aux bonnes mœurs si on se faisait choper sur la voie publique.

Rien de moins, rien de plus. C'était déjà bien suffisant, si j'ose dire...

 

Actuellement, en france comme dans à peu près tous les pays où il n’est pas tout simplement totalement interdit, l’avortement est réprimé par le code de la santé et à travers lui par le code pénal dès lors qu’il est pratiqué hors de délais fort courts et autrement que par des toubibs reconnus, dans des endroits précis. Seule concession, l’avortement sur soi-même ne l’est pas, encore qu’il vaut mieux éviter qu’il soit trop tardif, pasque ça peut mener direct aux assises, les aliens devenant subrepticement, à un certain moment, des personnes de droit qu’il n’est pas recommandé de faire mourir autrement que plus tard, dans des conditions légales et pour de bonnes raisons, économiques par exemple. Une vie supportable, sans sangsue, pour une nana n’est, vous l’aurez compris, pas une bonne raison – passées les douze semaines en tout cas.

 

C’est marrant qu’on ne dise jamais, malgré ces restrictions assez sévères, que l’avortement est toujours un délit en france. Alors qu’on le dit au sujet de l’homosexualité quand on évoque cette ancienne disposition, elle aussi plus restrictive qu’autre chose. J’ignore si on peut en tirer quelque conclusion.

 

Á ma connaissance, aucun groupe féministe de quelqu’importance ne réclame publiquement aujourd’hui la dépénalisation tout court de l’avortement (ce qui était demandé avant la loi de 75, quoi).

 

Il est vrai que personne d’autre non plus. L’avortement, et somme toute les femmes en général avec la totalité de ce qui est assigné f continue de relever du mal qu’on aimerait éviter. La civilisation entière est misogyne, structurellement.

 

Par ailleurs, dans le débat sur l’extension des prérogatives hétérotes à toutes, lequel débat est déjà un must de l’obsession réaque autant que du cocufiage électoral, on apprend que l’accès à la PMA, dissocié des droits civiques, sera (peut-être) consigné dans le code de la santé publique. Ce même code qui prévoit la répression de l’avortement hors critères imposés. Je me marre d’avance à imaginer les restrictions dont les angoissés du gouv’ ne manqueront pas d’assortir l’exercice de cette pratique, si même il doit jamais être ouvert aux lesbiennes et aux nanas seules… A ce propos, d'ailleurs, je signale un article (1) collectif qui rappelle pertinemment que dans toutes les luttes féministe et lgtb des quarante dernières années, bien large, les lesbiennes ont soutenu hétéra, gays, etc. et l'ont eu dans le baba pour la réciproque ; elles constituent, avec désormais aussi les t',  la variable de négociation entre associatives majoritaires et pouvoir politique.

Dans la soirée même, paraissait dans le Monde la complainte (2) d’une députée soce, laquelle, avec autant de brio et de mauvaise foi que les fameux missionnaires cathos au PS dénommés « Poissons Roses », dont si ça se trouve elle fait partie, lesquels bafouillent des trucs du genre qu’un mariage entre personne de même sexe bafouerait la parité (yes ! il faut arriver à le dire sans s’étrangler), laquelle donc affirme que l’ouverture de la dite PMA entraînerait de droit celle de la GPA – dont le principe n’a pas grand’chose à voir. L’important étant de faire peur. J’ai beau être plus que critique de notre engouement pour les formes et pratiques d’hétérolande, l’obsession miteuse des opposants, qui résume au fond toute la misogynie et le virilisme du monde, ne peut que me faire vomir.

 

Comme une reculade réactionnaire n’arrive jamais seule, on apprend dans la foulée qu’un projet parlementaire d’abrogation du délit de racolage passif (oui, juste ça, on va tout de même pas supprimer la LSI, vu le naufrage qui commence, la domination aura besoin de toute ses forces pour réprimer les mouvements d’impatience) vient tout juste d’être retiré du programme (3). Par une sénatrice verte fameuse pour son affection démonstrativement visqueuse envers les minorités - mais pas tant épaisse qu'elle ne soit aisément dissoute par l'acétone de l'autorité des ministres en charge et de leurs crews. Comment ça suspendre la chasse aux putes ? Laxisme zéro, répression décomplexée. Les verts n’en sont il est vrai plus à une compromission, ni à une léchouille près. Ni les soces à une dérive droitière. Les léches des politiques sont pourries, est-il besoin de le préciser, donnent la gangrène. Motif officiel du retrait et donc du maintien du harcèlement policier, tiens, encore une « concertation » pour une « loi plus large ». Peut-être elle aussi au code de la santé publique, tiens ? Mais non, bêtes, la loi plus large c’est celle de la prohibition du tapin, après laquelle on pourra s’aligner pour aller se faire assassiner dans les coins sombres comme la collègue de Rouen l’autre jour. Ou bien plier des emballages pour à peu près un rsa dans les ateliers de réinsertion des cathos du Nid (pasqu’attends, pour faire caissière y faut pas d’antécédents – y faut être née caissière en fait). C’est merveilleux les choix qu’on propose à notre consentement. Je dois dire que j’ai beau ne rien attendre d’un partage de la brutalité, pas plus de quoi que ce soit venant du pouvoir, quand j’apprends ce genre de truc c’est shoot’em all et rien d’autre.

 

Évidemment, ce que je pense in petto, c’est qu’on ne pourra jamais, je dis bien jamais, respirer tant qu’on sera à réclamer et attendre, quelquefois jusques à la mort, l’ouverture d’un petit guichet supplémentaire dans le mur que la dépossession et le pouvoir ont élevé entre nous et nous-mêmes. Bref que la seule issue est d’enlever leurs sales pattes de sur nous. Et de casser ce mur. Mais où avons-nous donc foutu ces sacrés marteaux ?

 

 

(1) http://www.liberation.fr/societe/2012/11/05/les-lesbiennes-ont-ete-flouees_858256 


(2)http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/11/08/mariage-pour-tous-une-intime-conviction_1788115_3232.html

 

(3) http://www.actupparis.org/spip.php?article5004).

 

 


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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 10:00

 

 

Comme je regarde de bien loin, par le petit bout de la lorgnette, je n’avais pas remarqué ce petit mot dans la définition de l’Intégratrans© de cette année. C’est mon ahurissement devant la liste des signataires qui m’y a ramenée, comme un seau d’eau froide sur la tronche. Je crois que je n’avais jamais vu pour telle occasion une telle presse d’opportunistes, d’imbéciles et de carrément puants, mélangés à des dont je me demande ce qu’elles font encore avec. Moi j’aurais eu rien honte. Quand même, entre les mégalotes à dents creuses de l’ANT (1), les pourries de HES, les teubées de Sos-Homophobie (onnénécomçacèpadnotfautsoyégenti) et, abominable fruit confit sur ce vilain gâteau, le soutien accepté du Flag (!!), les angelots bleu marine de la domination-répression avec le ruban rainbow, il fallait le faire. Les camarades l’ont fait. C’est l’unité dans la compromission et, de mon point de vue, le discrédit. Quand on cause d’unanimité, qu’on se réclame d’un pack, d’une identité ou d’un peuple, qu’on daube sur le tous ensemble, ça finit toujours par puer. Ce genre de fiction ne profite qu’aux ordres établis, et à leurs imaginaires de misère enguirlandée.

Au fond, malheureusement, mais hélas pas étonnamment, de l’ANT à l’ODT, en passant par les éminences grises du Gest et la mosaïque des féodalités T régionales, un des désirs poignants qui lie toutes ces figures derrière leurs concurrences, c’est exercer un pouvoir, ne fut-il que sur quelques loquedues reconnaissantes rassemblées pour faire nombre, peupler le T de leurs raisons sociales ; et tendre la main à celui qui reste néanmoins le grand, le seul, le vrai, de pouvoir - ce vrai après lequel nous courons toujours, les t’ – histoire de croire au moins un instant en elles et en leurs gesticulations. On ne saurait en effet croire un instant que l'on existe tant que papa état n'a pas abaissé ses yeux (dont pour ma part je trouve le regard inquiétant) sur nous. Même si l'on patronne sans conteste son petit groupement formalisé et déclaré en préfecture, même si l'on préside régulièrement ses retrouvailles supportware. Ce complexe parental à plusieurs étages est d'ailleurs répandu dans tout le social. Tout ça n'en semble pas moins pathétique.

Pour cela qu’il leur faut s’approprier à quelques la parole, la faire certifier par les media qui sont le registre bis de la propriété intellectuelle, la canaliser pour dire comment les chose sont, et comment elles doivent être (2).

Pour ma part, j’attends le possible moment où ces supercheries se dégonfleront, et où des t’ crèveront le T majuscule que nos petites cheffes, si bien intentionnées soient-elles, essaient de nous coudre sur le dos pour marquer leur troupeau, et nous imposer leur similitude de bazar.

 

Il me semble cependant, pour parler du présent, qu’on n’était jamais tombées aussi bas. Je dis « on » même si je n’y vais plus depuis longtemps ; je suis hélas de la famille, et je ne peux que déplorer son aplatissement. Mais voilà, la réponse tient sans doute dans un mot à l’histoire terriblement straight, le doigt sur la couture du pantalon, les oneilles bien dégagées, un mot qui orne désormais la raison sociale même de notre triste défilé annuel de caricatures et de béquilles bipèdes bienveillantes. Et la déesse sait si nous avons fait du chemin vers straightlande ces dernières années ; une vraie conversion que dis-je, une abjuration. Un mot qui fait comme un tétanos dans la mâchoire quand on le prononce. Pragmatique.

 

Bon ; il faut bien dire que l’intégratrans est en elle-même de plus en plus anecdotique. Toujours trois cents bio et cinquante t’ qui déambulent en psalmodiant et essayent d’épater quelques réacs tout en se rendant comestibles pour les institutions. Quand on voit et a vu la chose c’est pitoyable. Il y a quelque chose de momifié, zombifié, les slogans consensuels, les vœux pieux qui reviennent d’année en année, comme des lettres au père noël, avec les mêmes têtes et les mêmes attitudes. Mortibusette. La plupart des manifs aujourd’hui sont il est vrai des enterrements. Mais voilà, les média l’ayant intronisé « représentative », tout s’ensuit, y compris le passage obligé pour aller faire ses courses dans les couloirs des sous-ministères. Ce qui compte dans le marché des dupes n’est pas le réel, mais le montré. Les grandes gueules de nos bergers zet bergères, aussi caricaturales que leurs discours. Le pragmatique est essentiellement piétinement devant la porte étroite pour figurer au registre médiatique, avec la fascination qui sévit pour cette divinité encore plus volage que la Fortune.

 

Pragmatique. Ça veut dire que maintenant on a passé aux choses sérieuses. Plus question de changer ou de divaguer, l’affaire est désormais de s’intégrer, et accessoirement de voir s’il y a des places à occuper. La représentation de translande est désormais sur le marché. Pas très cher, mais il est vrai que nous sommes habituées à vivre de peu, et à nous contenter de quelques grimaces, pourvu que ce soit nous qui les faisions.

Pragmatique, c’est aussi la bonne vieille adhésion aux formes et aux mécanismes. On se laisse aller au pragmatisme. On s’y résigne. On a renoncé. On est disponibles.

On devient sérieux quand on a renoncé à tout – à part à la gamelle déjà préparée et refroidie qu’on nous sert à la soupe popu des bureaux de la reconnaissance. C’est d’ailleurs là un des traits fondamentaux chez nos contemporainEs en général : on n’en sortira plus, essayons d’oublier la misère et le déversoir peut-être tout proche avec quelques lego à ajouter au château de cauchemar et de dérision qui nous enferme.

En plus « C’est arrivé ». On a un gentil gouvernement avec lequel on croit qu’on va pouvoir négocier. Sans aucun doute d’ailleurs, dans l’interstice laissé par le débattement entre son désir de trouver des mesures qui ne coûtent rien et son souci de ne pas déplaire à une population de plus en plus réaque et haineuse. Tout ça va bien nous laisser de quoi assister à quelques réunions ministérielles, et aussi de quoi nous extasier de quelques inscriptions au grand livre de la loi. C’est cela aussi, straightlande. C’est même peut-être tout d’abord cela. Fonctionner et se considérer selon les règles en vigueur. Si on croyait qu’il suffisait pour y échapper de jouer eu rubik’s cube avec quelques éléments de genre ou de pratiquer studieusement quelque « déviance » (mais dans la normalité de la valorisation corporelle et sexualiste, bien sûr, les autres déviances n’ont aucun intérêt) – eh bien on est faites. Nous sommes ultra-straightes, avec nos assoces, nos communautés, notre santé, notre intégration, nos petits papiers et j’en passe et des plus aplaties. Après tout c’est ce que nous voulions ; nous sommes sur le point de l’avoir (comme d’hab ce sera un peu petit, un peu juste à enfiler, comme toutes les formes octroyées par le social, mais voilà, comme on est un peu maso aussi ça fera du bien de souffrir, si on est reconnues par et pour ça).

 

C’est juste dommage que tout ça arrive à un moment où, peut-être, c’est le décor lui-même qui va valser. Et que les certificats ou autres garanties obtenues vont passer, comme les autres statuts, au rouleau du crash économique et social. On verra bien alors ce que valent en réalité ces hochets.

 

Le plus triste, ou le plus drôle si l’on a encore envie de rire dans le naufrage, c’est sans doute que les intentions et les magouilles diverses pour se tailler parts de reconnaissance, de dividendes, de tout ce qu’on voudra, bref l’approche pragmatique, n’ont absolument aucun caractère autonome. Les malignes croient être malignes, les responsables croient être responsables, les victimes croient être victimes, etc., et il ne s’agit tout bonnement que de la mécanique intégratoire et avalatoire par l’état des choses. Nous sommes, comme nous le confessons nous-même de manière absolument désarmante, les actrices de la pièce qui se joue. De même que nos « interlocuteurs » (ça sent l’hygiaphone !) du pouvoir.

 

Je lisais récemment une citation de Butler (dont je pense, finalement et après des années, qu’elle pose des questions pertinentes ; les réponses c’est autre chose), où elle défend, semble en tout cas défendre, un énième point de vue résigné où notre travail doit être de rendre vivables (et pour combien de temps ? et pour qui ?) des conditions de vie invivables que nous avons renoncé à attaquer. Ça m’a l’air de constituer ce fameux pragmatisme : aménager la précarité en sachant vaguement qu’elle-même ne va sans doute pas pouvoir être prorogée très longtemps, mais en essayant de l’oublier. De ce fait, déployer effectivement une ingéniosité quelquefois stupéfiante, et une énergie inimaginable, dans l’étayage d’urgence d’un désastre en cours, sans vouloir examiner si nous avons encore quelque possibilité d’y échapper radicalement. Évidemment, une pareille conception du monde finit par légitimer à peu près toutes les attitudes, y compris les plus misérables ou les plus crades. L’efficacité provisoire, immédiate dans le remblayage reste l’unique critère de jugement.

 

Nous voulions avoir place dans le cirque. Nous l’aurons. Et elle sera aussi misérable que les autres places. Et nous continuerons à tournicoter sur nous-mêmes en ne comprenant pas bien pourquoi nos vies sont toujours aussi merdiques.

 

Et si nous voulons nous ébrouer, faire tomber cette fatalité de sur nos épaules, il nous faudra peut-être bien remettre en cause la normalisation et la bureaucratie T, le cadre associatif en général qui s’évertue à fermer le parc, et pour cela décortiquer les buts et objectifs si évidents que personne ne prend plus la peine de les examiner. Il ne s’agit même pas des personnes : la domination et la normalité trouveront et créeront leurs représentantes de commerce tant que nous serons addictes à leurs promesses vaseuses. On devient un instrument de pouvoir sans bien même s’en rendre compte, de nos jours. Les bonnes intentions sont les plus dangereuses. C’est tout le système associatif, sanitaire, identitaire qui est à déserter si nous avons quelque envie que nos vies soient autre chose qu’une longue adhésion à ce qu’on attend de nous (et on, c’est aussi malheureusement nous-mêmes, par le jeu du miroir qui nous fait désirer d’être ce qui conviendra à l’ordre des choses).

C’était couru, mais c’est vérifié : l’associatif comme le communautaire sont, aux côtés des autres formes de pouvoir et de dépossession, un nouvel obstacle entre nous et nous-mêmes, et par ailleurs un leurre supplémentaire que nous nous sommes confectionnés afin de croire que les choses vont continuer paisiblement, dans le progrès, l’intégration et la prospérité. Alors que c’est exactement le contraire qui a déjà bien commencé, et va faire de nous des bêtes sauvages (mais avec des conseillers juridiques, des réseaux sociaux et autres béquilles de la brutalité autiste et souriante).

 

Ainsi même, si on voulait à toute force être un peu « pragmatiques », voilà ce que j’écrivais il y a quelques jours à une correspondante, au sujet de la course aux institutions et à la reconnaissance :

« En fait, pour être claire, ce que je crains d’abord avec l'investissement dans les ou même vis-à-vis des institutions, c'est qu'il mobilise les dernières forces dont nous disposions pour un éventuel changement de société, pendant que ces mêmes institutions font paravent devant la ruine de celle ci et nous cachent, ou nous aident à nous dissimuler, l'ampleur du désastre. Cette attitude nous induit par ailleurs à nous fourvoyer dans l'analyse, laquelle reste de la comptabilité au coup par coup. Je crois qu'avant même toute considération politico-morale de non-participation à ce monde, que bien évidemment je défends, il y a cet élément.... "pragmatique" qui me chagrine. Pour moi, si nous avions encore des chances de sortir de ce naufrage, ce que personne ne peut dire, nous sommes en train de les gaspiller dans un rapetassage que je crois sans issue ni avenir. »

 

 

 

(1) Je rigole souvent devant les communiqués mégalos jusques au surréalisme de cette asso ; le dernier dépassait tout en cocasserie : ça commençait par Madame la Ministre et la brosse à reluire, ça continuait par la révolution contre l’hétéropatriarcat, pas moins (en reprenant ses formes mais bon, ça c’est le lot de tout lgteubélande), et ça finissait par… « c’est une honte on nous rembourse pas le TGV ». Morte de rire !

 

 

(2) J’apprend illico, en application de ce principe contemporain que si on songe à une c…ie qui n’a pas été faite, elle est aussitôt réalisée par des gentes, que nos porte-paroles autorisées sortent une « Transyclopédie », histoire de bien clore le pré où  nous sommes appelées à brouter. On va savoir ce qu’on est appelées à être, notre vocation quoi, ce qu’on aura le droit d’être, et pas ! Nous voilà convenablement cernées, à la moderne, par une brochette d’expertes adornées du badge universitaire, l’accès cheap aux basses salles du pouvoir, et de responsables sordidement durables, lesquelles mettent en scène à notre usage ce que nous devons désirer être – le spectacle achevé. Le miroir qui tue net. C’est pas déesse possible ; il va falloir mener une véritable guerre de libération contre la bureaucratie associative trans ! On n’avait que ça à faire !

 

 


 

 

 

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 10:23

 

 

 

Finalement, si les choses n’avaient pas été fortement aigries par la bienveillance d’un échantillon de simili-féministes bio lyonnaises abuseuses et casseuses de f-t’ qui ne rampent devant elles ni ne sont reconnaissantes, d’autre part si les perspectives immédiates de notre société n’étaient pas à la régression précuite, je vous aurais parlé beaucoup plus souvent dans ce blog de la vie dans la région où je me retrouve coincée. Je vous aurais même causé, je ne rigole pas un instant, de la flore des prés ou du vol des buses. Mais voilà, comme dans le conte esquissé par Boulgakov, je suis irrémédiablement devenue méchante (on ne le naît pas, on finit par le devenir), et je ne jacte guère que pour dauber sur la genropolitique. Il y a de quoi, c’est sûr. Mais précisément, une rupture avec la logique productiviste serait précisément de ne pas toujours réagir, et de ne surtout pas faire tout ce qu’on peut (Arendt, encore une fois). Seulement voilà, je suis de ce monde, comme vous (ah bon !?), et je suis faible. Et de plus je m’emmerde.

 

Cela dit, passant faire quelques courses dans mon nouveau chef lieu de canton, pasque j’en ai changé, j’ai eu l’appétit d’en parler un peu. En mal. Arrivé à un certain point dans la déglingue, les nouveautés sont de très délavées décalcomanies de ce qui les a précédées. Vous connaissez pas, hein, les jeunes, les décalcomanies. C’était avant même le règne de l’autocollant, c’est dire, ces images qu’on accumulait sur des feuilles à partir d’autres feuilles. Oui, ça n’a rien de passionnant. Les nouveautés de nos fin de vies de t’ persécutées non plus. La Chaise Dieu non plus.

 

La Chaise Dieu est une fable. Un misérable bourg perché sur une montagne entourée de forêts très moches, tout replié autour de la masse d’une ambassade soviétique – euh pardon d’une abbatiale en gothique avignonnais. C’est sensiblement la même chose en fait, à quelques détails près. Dans l’abbaye il y a des moines, pas des vrais selon moi, ceux là ne sont pas d’un ordre historique mais d’un néo-ordre charismatique particulièrement réac.

 

La Chaise Dieu, avec ses quelques centaines d’habitants, sa conserverie à champis, sa maison de retraite et son IME, a droit sur les cartes de France à un point plus gros que les autres chefs lieux de canton, même plus peuplés et bien plus vivants. C’est que la Chaise Dieu est célèbre. Du coup on croit arriver dans une bourgade riante, et on se retrouve dans de tristes rues, bordées de maisons sales et de boutiques abracadabrantes – je vous dirai après pourquoi – écrasées par la masse de l’église et objet de regards hostiles (dont éventuellement le mien).

 

Mon vieux maître avait écrit une fois d’un chef lieu de canton de son pays de Périgord que l’activité principale semblait en être l’exportation des imbéciles. L’activité principale de la Chaise Dieu paraît être l’attraction des mêmes imbéciles. J’ai dit l’attraction, pas l’importation, parce qu’au fond, pas si imbéciles que ça, ellils n’y restent pas ! Pas comme moi, quoi, qui en suis vraiment une d’imbécile.

 

La Chaise Dieu est un attrape-mouches géant, en fait, pour toute une population de snobinards, d’artisteux à crinière, de touristes calés et décalés, qu’on voit presque en toute saison déambuler par grappes, visiblement déçus par la réalité, dans les rares rues de l’endroit. C’est pour leur usage d’ailleurs qu’il y a des boutiques abracadabrantes, où on vous vend des souvenirs hideux ou même des minéraux (!), et des espèces de restaurants pas même typiques – mieux vaut aller à Besse bouffer un aligot, le seul plat qu’on n’ait pas réussi à finir avec une ex copine qui comme moi était une gloutonne. Le PMU ne vaut pas et de loin celui de Paulhaguet. Je recommande par contre la boucherie-charcuterie (je suis tout à fait sérieuse), et la boulangerie de la route de Sembadel.

L’autre jour, par exemple, il y avait une concentration (je crois qu’on dit comme ça) de motards en side-car sur le parking à touristes. J’ai une aversion particulière pour les motards, enfin particulièrement les motards hétéro. Je ne sais pas si vous avez remarqué tout de même mais l’usage de la moto va presque toujours avec des démonstrations appuyées d’hétéronormalité. Je veux bien faire une exception pour les camarades lesbiennes motardes, que je ne croise jamais dans ces contrées. Par ailleurs je n’arrive absolument pas à comprendre qu’on puisse avoir goût à se jucher sur ces engins, se bousiller le bassin, rien pouvoir emporter avec soi et pas dormir dedans non plus. De la pure déraison.

D’aucuns m’ont cité la comparaison avec le cheval ; ça tombe mal je n’aime pas non plus les chevaux, du tout. En fait, les chevaux, bon, c’t’une chose, ce que je ne supporte pas c’est le rapport des humains aux chevaux et la mise en scène qui va avec. La cavalophilie pue l’aristocratie mal décrottée, pour le passé, et pour le présent la vanité petite-bourgeoise qui s’est déjà acquis une maison un peu plus que Phénix et un grrros 4x4 bien mortuaire. Le degré au dessus c’est d’acheter un ou deux canassons qu’on va flanquer dans un triste pré et exhiber aux collègues. J’ai vu aussi maintes fois la suite, les revers de fortune, le cdi qui saute, la mini entreprise qui coule, et les chevaux assoiffés et affamés qui finissent par se barrer sur la route et à faire paf contre la première bagnole du matin. Rideau.

 

Je n’aime donc ni les chevaux ni les motos. Ni vraiment ce chef lieu de canton sur le ressort duquel mon isolement destructeur est venu me poser, après l’inénarrable passage dans la banlieue brivadoise, sur laquelle j’aurais encore bien bavé aussi, tiens. J’avais encore quelque chose au frigo. Mais c’est comme ça.

 

Au sujet de l’attraction locale, des attractions si on veut, à part la foire aux champignons de la saintchépaquoi, finalement, y va y avoir moi. Ben oui, je suis tout de même la f-t’ de l’arrondissement. Jamais j’en ai vu ni entendu parler d’autres. J’avais déjà si on veut fait mon trou sur Brioude, la sous-pref’. Voilà que je m’en vais être la curiosité des hauteurs.

 

Il faut savoir que ces hauteurs, à quelques kilomètres près - la ligne de partage des eaux de la Senouire et du Doulon pour tout dire - sont, hélas, le domaine des stéphanois. Qui constituent eux-mêmes un sous-domaine des lyonnais. Ma binôme, qui avait autrefois de l’esprit avant de se le faire aplatir par le rouleau à pâtisserie décolonial, résumait les lyonnais en deux mots : des bourges barges. Ce qui me semble convenir. Les stéphanois, c’est la version lumpen’ de ce barge. Les hallucinés du naufrage. Cet immense état où nous glissons les unEs après les autres, et d’où les camarades exotisantes restent obstinément persuadées, en dépit des conséquences de plus en plus sordides, que vont surgir lucidité et peut-être même révolution. On est essentialiste ou on ne l’est pas.

 

Même si j’ai un passing de petite vieille précoce, il faut dire que je ne me suis jamais très bien sentie à Sainté. La revirilisation accélérée de la société rend les gentes qui se sentent en délicatesse avec la rentabilité scrutateurs. Trou de nez et mensurations précises. Toujours bon d’avoir des formes f à démolir, ça fait se sentir humain, mec pour tout dire.

En somme, je suis dix kilomètres trop à l’est pour une très relative assurance-survie.

 

En fin de compte – puisqu’un jour notre compte est fait, sinon bon – entre mon isolement, ma faiblesse, mes exigences, la malveillance des unes, le rejet des autres, et pour couronner le tout l’appétit de meurtre qui rôde envers les gentes comme nous, il est bien probable que même sans y mettre la moindre bonne volonté, je me retrouve sur la liste, celle qu’on célèbre lors des singeries du TdOR, l’espèce de pardon où les bio viennent larmoyer sur les t’ qu’elles ont studieusement aidé à crever – et les transbureaucrates s’assurer que même mortes on n’échappera pas à leur cheptel. Directement des productrices aux consommatrices, ce genre de commémoration, c’est l’amap des radis de la bonne conscience. L’important c’est d’en croquer, et bien en vue !

Sur ma chandelle, les hyènes qui m’ont pourrie pourront communier avec les pleutres opportunistes qui les ont laissé faire. Avec la bénédiction des feudataires trans locaux, adeptes émérites de la brosse à faire reluire les grolles de tout ce qui sent le pouvoir. Ça sera vraiment émouvant.

 

Enfin bon. S'il y a ce qu'il est convenu d'appeler une urgence, c'est bien de nous rappeler que nous ne sommes que de très conditionnelles humaines (les t’ en particulier). On ne naît rien du tout, contrairement à ce que prétendent la déclaration des droits et sos-homophobie. On devient, ou on ne devient pas, au gré de ce que les autres nous concèdent et des aléas du capitalisme, plus ou moins humaines ou rentables, donc plus ou moins légitimes. Si on l’est pas assez on fait de la viande pour les mouettes, et voilà. Statuts, droits, mon cul. C’est finalement toujours la volonté, bonne ou mauvaise, de nos congénères qui est décisive, qu’elle soit autonome ou téléguidée. En quoi c’est, comme la langue, la pire – et la meilleure des choses. Car pour un monde agréable, émancipé, entre vraies gentes quoi, je ne vois effectivement pas de garantie meilleure ni de possibilité plus désirable que la volonté réciproque de se permettre de vivre. Le tout est que nous allions la reprendre au clou où nous l’avons il y a fort longtemps troquée contre des illusions, des hochets, des droits et autres franches merdouilles. Sans doute on ne nous la rendra pas volontiers, il faudra en venir aux mains, peut-être même aux manches de pioche. Je ne suis pas une warrior mais si jamais on laissait tomber nos matches de valorisation, alignement et croc en jambes pour nous lancer dans cette expédition, j’y irai fort volontiers.

 

Si je suis encore vivante, évidemment.

 

 

PS : Et, bien sûr, en attendant : ni oubli ni pardon !

 

 

 


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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 09:05

 

 

Vous avez du maintes fois remarquer ma très grande aversion, pour ne pas dire pis, envers les idées et propagandes de plus en plus diverses et néanmoins convergentes qui positivent le fait de faire – et du coup d’avoir, de devoir s’occuper, des enfants. Tout autant que contre l’idéalisation de celleux-ci, notamment dans les conditions actuelles de surinvestissement envers ces promesses sur pattes particulièrement pénibles, et qui ne tiendront jamais rien plus que nous n’avons su tenir, tout en nous bouffant le peu d’existence qu’on nous concède.

 

Il me paraît cependant important, même si ça aussi ça se comprend très bien quand on lit mes foucades, que mon antinatalisme est en faveur de la vie la plus correcte possible et imaginable des nanas existantes et présentes, et n’a rien à voir avec ce qui motive en général ce genre de position : un calcul malthusien.

 

Les choses sont très simples. Je fais partie de celles qui, tout bien considéré, refusent que nos existences soient conditionnées, rabotées, mesurées, légitimées ou non, en fonction de « nécessités » générales ou même absolues, et d’abstractions diverses. Bref que le principe de nos vies se trouve en dehors d’elles-mêmes. En clair, je suis opposée aux conséquences de ce qu’on appelle souvent la « révolution copernicienne », surtout dans les affaires humaines. Cette « révolution » qui consista à placer en dehors de notre cadre propre l’axe de ce que nous comprenons comme le monde. Bien sûr quand on parle de Copernic et de quelques autres, cela fait référence à la conclusion que la terre n’était pas le centre de l’univers. Je vais dire quelque chose qui va vous faire bondir, mais j’ai l’impression qu’en s’intéressant à ça on s’est enfilés dans un fort mauvais coton.. En effet, depuis, on n’a pas cessé de faire dépendre nos existences et le rapport que nous y nourrissons de « mesures objectives », suspendues en dehors et au dessus. Sans parler qu’au fond ça n’avait pas la moindre importance pour la vie que nous menions et dans une certaine mesure menons encore – l’atmosphère ne se dérobe pas d’un poil si nous cessons d’y accorder crédit, et le soleil ne s’en lève pas moins (1). On peut tout à fait vivre, et confortablement, sur Terre, sans nourrir la moindre spéculation copernicienne !

Je suis de celles qui pensent que le capitalisme, c'est-à-dire la prééminence donnée à la « dimension économique », a vu sa mise en place facilitée par les points de vue coperniciens, scientifiques et tout ce bataclan. Et si le monde précopernicien était déjà, évidemment, réglé sur l’hétéronomie assez radicale du divin, les idéologies du Bien, du sens de l’histoire et autres nécessités objectives ont motivé des exactions et des désastres d’une ampleur inconnue jusque là, même pour la bestiole agressive que nous sommes. On aurait pu vivre fort bien sans se soucier de savoir qui tournait autour de qui. Et une part de nos infortunes historiques est peut-être liée à cette passion de nous forger finalement de nouvelles divinités, bien voraces, en l’espèce des « vérités objectives » au nom desquelles nous nous faisons passer à la casserole, plutôt deux fois qu’une.

 

Or donc, comme je disais, la plus grande partie des idéologies antinatalistes n’ont rien à battre de ce que se coltiner des mômes c’est chiant et pénible, que la vie est fort courte et qu’on y aurait une foultitude de choses plus passionnantes à faire, sans parler de ne rien faire. Non, les raisons données sont qu’on serait « trop nombreux », « qu’y en aura pas pour tout le monde », etc. C'est-à-dire précisément les idéologies de guerre mutuelle, de possession privée et de pénurie qui accompagnent l’économisme depuis trois ou quatre siècles. Où on a réussi à produire des monceaux inouïs de choses, de plus en plus néfastes et pourries, sans que la plupart en aient, et surtout des plus utiles !

Les malthusianismes mettent précisément en avant des raisons externes à notre existence pour estimer celle-ci, dans la droite tradition copernicienne et scientiste, où ce sont, ô fétichisme, camarade Marx au secours, les choses, investies du pouvoir décisif, pour ne pas dire les marchandises et les métamarchandises (nature, planète etc.) qui se substituent à nous comme sujets sociaux et « réalités décisives ». En quoi on a l’habituelle chute des velléités de critique dans la naturalisation des formes sociales en vigueur, qui a fait de bien des révolutions des sessions de rattrapage du capitalisme et des ses abstractions réelles annexes. En gros, je pense que le malthusianisme à dès son origine (et son auteur) fait l’impasse précisément sur une critique de la société de production, d’échange forcé et de pénurie, en avalant ses présupposés d’angoisse matérielle permanente – création du besoin – comme sa confiance dans la prééminence des données externes, toutes formes si utiles à fouetter les producteurs et les consommateurs dans la galère des nécessités.

Sans parler du rôle foncier dans ces types de pensée de notre bonne vieille illégitimité foncière, elle directement héritée des religions culpabilisantes, abrahamiques en particulier. Nous sommes toujours coupables, toujours de trop, il y a toujours une bonne raison de tuer plein d’entre nous, que nous soyons mécréants ou non-rentables. Pensées systématiques de malveillance envers nous-mêmes et autrui. Eh bien m… !

 

Ces approches, les amies, me font vomir. Si je suis antinataliste c’est pour nous, pas pour les « ressources » ou la « planète », cet « organisme » dont je n’ai absolument rien à branler, et dont l’évocation alarmiste sert uniquement à renforcer les prérogatives de la domination, des états, des polices, avec l’assentiment enthousiaste des décroissants et autres écologistes. Je reprends à mon compte là-dessus la critique des camarades Riesel et Semprun. Et aussi celle fort éloignée en apparence, mais peut-être pas tant en fait, de Solanas.

Pour moi la seule bonne raison d’agir, c’est de prendre nos vies en main, de nous autonomiser, de créer des rapports humains et non plus sociaux, de cultiver notre imperfection en somme. Il y aura ou pas des mômes, probablement toujours un peu. Mais nous gagnerions quelque chose de décisif à remettre en cause, au lieu de vouloir les intégrer, les structures du patriarcat qui sont quand même bien ancrées sur le souci de la reproduction-transmission des pouvoirs et des biens. On n’a pas à organiser les choses en fonction des aliens qui surviennent – je rejoins là la thèse d’Arendt sur l’étrangéité de l’enfant dans un monde déjà constitué, en sus du fait que c’est un emmerdement sur pattes.

 

Je suis donc, comme antinataliste, assez déprimée par l’effervescence qui agite toute la société à ce sujet depuis vingt ans, comme par hasard au moment même où la valeur des « vies pour elles-mêmes », dans le cadre politico-économique, s’effondre ; et où nettement l’enfantement revient à la mode comme pansement – mais alors coûteux, le pansement. Je ne parle pas en argent. Je parle en vie, en peau, en temps. Je vois juste les copines, les copines de la génération qui s’était soulevée contre ça, qui aujourd’hui se retrouvent à devoir faire vivre leurs enfants quarantenaires, et pouponner leurs aliens, tout en quelquefois surveillant du coin de l’œil leurs parents déments ! Pas une minute. Crever à la tâche. P… ! C’est ça, c’est pour ça qu’on s’est battues ?

Et je vous le tranche tout net – je ne fais pas un pas dans le sens de la tradition et du complémentarisme sexuel. Ç’a toujours été le bagne pour les nanas, partout. Il n’y a pas d’issue vers le passé – et si on aurait pu suivre d’autres chemins à divers moments, de toute façon c’est râpé. La sortie n’est pas derrière ; elle n’est pas non plus dans l’obstination productiviste. Sortir du capitalisme, ce n’est pas le plein emploi, les crèches et l’hypersocialisation, dont on voit déjà les conséquences dans la folie qui gagne ; c’est bazarder toutes ces obligations et ce injonctions repeintes en « services » et en « opportunités ».

Je fais partie de celles qui croient que si on vivait des vies moins pourries, singulièrement, on aurait moins envie de se les pourrir encore plus pour être bien sûres de notre fait. Tout bêtement. Je suis une optimiste – vous ne vous en doutiez pas ?

 

Comme antinataliste je suis parfaitement anti-malthusienne, et de manière générale, allez un petit néologisme que je dédie (re !) à Arendt qui a beaucoup réfléchi sur la question, antinécéssitaire. Le jour où nous commencerons à cesser de nous payer de mauvaises raisons pour légitimer notre émancipation, on aura fait un sacré bougre de pas sur le côté ! Partir sur le côté est le prélude à toute évasion. En face il n’y a que le gouffre.

 

 

 

PS : Ce que je trouve assez tristement cocasse, c'est que lorsque je discute là dessus, bien souvent, on glisse sur les motifs de la vie présente pour finir par me dire "mais alors, comment on va faire après quand on va vieillir ?". Ce qui résume en dix mots la totalité de l'impasse où nous nous sommes foutues et dont nous craignons comme la gale de sortir : qui va payer nos maisons de retraite et nous torcher quand on pourra plus ? Point. Voilà toute la perspective humaine et politique que la civilisation perfectionnée nous a laissée. C'est tout de même trop classe, nan ?

 

PS 2 : Je vois, ô honte, que j'ai oublié de faire référence à Madeleine Pelletier, laquelle fut au tournant de l'autre siècle une des défenseures bien isolée d'une opposition au natalisme centrée sur la vie des nanas, et pareillement d'une remise en cause radicale du relationnisme et de la sexualité - elle fut une des très rares anarchistes à mener une critique de "l'amour libre", c'est à dire de la mise à dispo des nanas pour les "besoins" masculins, libération qui était encore à l'affiche soixante dix ans plus tard !!

 


(1) je trouve d’un humour fort noir que l’on nous bassine dans les média avec les incroyables performances d’un quad télécommandé envoyé sur une planète voisine, et encore plus désopilant qu’on nous annonce comme des nouvelles d’importance la supposée présence d’autres planètes, tout à fait invivables et à des distances astronomiques, alors que nous sombrons depuis un siècle dans la guerre générale, les dingueries les plus avancées et somme toute l’extermination. On se demande où ont la tête des gentes capables de s’occuper de pareilles niaiseries, et dans une telle situation, sans même parler de celleux qui les relaient et les écoutent avec dévotion.

 

 

 

 


 

 

 

 

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 08:38

 

 

« Pro-vie, pro-famille, pro-gosses ; parce que vous croyez que nous on est contre ? » Question posée par une militante lgtb à des réaques en goguette.

 

Je suis pas tombée sur le cul, j'étais déjà assise ; et de toute façon je connais la réponse lourdement majoritaire depuis vingt ans : oui, on est pour ça. Comme on est pour le travail, la république, les rtt, les gentils flics qui nous protègent des méchants malfaiteurs… C’est Mickeyville partout ! La réconciliation nationale ! La fin de l'histoire ! Alleluïa ! .

 

On est pour tout, dans tout ce qui est, et on a juré méfiance et hostilité envers tout ce qui n’est pas et pourrait être, bouh. On est d’une bonne volonté à faire peur. On a résolu de tout avaler et d’ailleurs on l’a fait.

 

Bizarre qu’ellils ne soient encore pas contentEs ; pourtant on a intégré toutes leurs croyances, tous leurs modes de vie. Un peu plus on va se déguiser en m et en f pour faire encore plus vrai. On s'y entraîne déjà. 

 

En d’autres termes, être lesbienne ne voudrait surtout, mais alors surtout plus dire vouloir que les choses changent. Ce serait au contraire vouloir s’y intégrer, à fond. Vouloir se réapproprier, réaliser une bonne fois pour toutes ce bon vieux patriarcat dont les coutumes et les formes sont tellement attrayantes. Que c’est une honte qu’on en ait été privées si longtemps. Mais maintenant on est sages, on y a droit, on va tout bien faire comme vous, fonder des familles, élever des lardons, cotiser à la mutuelle, tondre le dimanche entre 3 et 5 le gazon du lotissement…

 

L’identité, marchandise parmi les autres, l’a emporté sur la volonté de changer l’ordre des choses – et des gentes. Et ça risque de nous mener « loin ». C’est que ça nous a déjà rendues fort conservatrices, la convoitise envers ces bonnes vieilles structures sociales qui se ficellent à la mairie, chez les notaires, dans les assurances-vie, devant les tribunaux quand ça chavire. Et il va falloir les protéger, en plus, ces formes si fragiles. Voilà que les bouleversements possibles ne nous apparaissent plus du tout sous le même jour. On a des intérêts maintenant dans l’ordre présent, et pas qu’un peu. On va apprendre, quand ce n’était déjà le cas, à aimer l’état, le contrôle social, la répression, la défense contre les vilains non-rentables ou les aléas politiques qui pourraient faire chuter le niveau de vie de nos petites familles, remettre en cause nos propriétés laborieusement acquises, nos annuités retraite, notre marasme républicain. Plus touche ! On est déjà conservatrices, on va apprendre assez vite à être réactionnaires. Chez les versaillais, pour être tout à fait in.

 

La substitution de la revendication à la critique mène systématiquement par assimilation et ralliement aux formes majoritaires vers une droitisation. Les mouvements d’intégration identitaire qui ont évincé ceux de contestation en sont en ce moment un exemple type, de même que les divers populismes simplificateurs. Il faut dire que c’est une tendance profonde en ce moment, et peut-être le début d’une régression massive, qui entraînerait tout le monde dans l’effondrement ; pour n’avoir pas voulu sortir de ce monde, et au contraire nous y entasser, nous périrons avec lui. Et le défendrons avec la brutalité requise, aux côtés de tous ses autres tenants, contre toute tentative d’échappatoire. Ça sera classe autour des barricades, si barricades il y a : robocops et militaires lgteubés défendant la propriété et la sécurité républicaines-rainbow© contre gouines antipatriarcat, antinatalistes et anticapitalistes. Au moins ça aura le mérite de montrer que les sexualités et autres identités ne sont pas un mode pertinent de départagement politique.

 

On commençait à commémorer ces derniers temps le dixième annif de la mort de Wittig. Je me suis demandée ce qu’elle aurait pensé de tout ça, mais tout simplement aussi ce qu’elle pensait de son vivant, que ça avait déjà bien commencé à glissouiller. Ce n’était pas très clair. Wittig avait du mal à se débarrasser de la gangue léniniste, et de l’envie de rattraper ce monde. Et cependant on sent bien qu’elle n’était pas non plus à l’aise avec la revendication-acceptation. Pour ça je pense elle prenait du champ.

 

Je suis incontestablement plus proche de Solanas que de Wittig.

 

En tout cas, s’il y en a qui sont paumées, ce sont bien les réaques. Autrefois, c’était clair, nous avions des projets de société ou d’autre chose exclusifs, opposés, qui se rentraient dedans direct. Elles voulaient ce monde en bien concentré, nous voulions démolir les formes qu’elles défendaient.

 

Á présent, nous voilà toutes les unes sur les autres, à réclamer la même vie, les mêmes formes sociales et relationnelles, à en rajouter sur comment nous allons super bien les remplir et réaliser. Il y a de quoi en perdre la tête. Apparemment, de notre côté ça suscite fort peu de perplexité. M’alors en face, la panique. Y z’en sont à se couper l’herbe sous le pied pour pas qu’on y vienne ; ainsi d’un fort ahurissant communiqué d’un syndicat de notaires, qui s’oppose à hétérolande partout ; alors même qu’y z’ont tout à y gagner, comme les autres professions juridiques d’ailleurs. Contrats et procès (qui ont déjà commencé, il y a déjà des empoignades entre parentes), lesquels vont de pair avec l’extension des formes du capitalisme et de la citoyenneté propriétaire (laquelle est au départ le but principal de la conjugalité, on l’oublie trop aisément), vont fleurir. Pour parler vulgairement, y vont se faire des c…. en or. Mais nan, moralement ça bloque.

 

Ces gentes là doivent se poser la question « qu’est-ce qu’on a merdé pour que ces dépravées libérales viennent picorer dans notre triste gamelle ? ». Ben, rien je pense. Si il y en a qui ont étrangement déraillé, c’est plutôt nous. Enfin, déraillé, non, on s’est ralliées, voilà tout.

 

Au fond et en toute logique intégratoire et accaparante, il n’y a effectivement pas de quoi en ch… une pendule. Nous avons massivement fait un choix (ce fameux choix qui fait si peur à sos-homophobie). Et comme sos-homophobie nous faisons tout pour oublier que ç’a été un choix, non non, on a toujours été super bien avec ce monde, avec la famille, avec les aliens, avec hétérolande ; on veut y prendre part, s’en gaver, le servir comme des vestales. Les gouines rouges, comment dire, n’avaient pas saisi le sens ou plutôt la fin de l’histoire, voilà tout, sans quoi elles feraient comme nous aujourd’hui. There is no alternative, un monde unique et heureux.

 

Beh oui, ça n’a pas grand’sens, je le vois bien, de s’étrangler et de s’offusquer. Maintenant c’est comme ça, nous sommes comme ça. Au fond nous avons même peut-être toujours été comme ça. C’est le réel indépassable et voilà tout. Comment avons-nous – non, comment aurions nous pu commettre cette dangereuse erreur, probablement antidémocratique (Caro !), de vouloir changer les rapports humains ? Ce doit être un faux souvenir, un vieux cauchemar mal digéré.

 

Ou alors ? L’autre jour, je répondais à un envoi d’une très ancienne camarade, qui faisait suivre un texte sur une supposée – et espérée - opposition irréductible homo/hétéro, que je craignais que nous en soyons tout au rebours, et la tête dans la photocopieuse. J’ajoutais, un rien grandiloquente, que je pensais que nous étions dans un désastre historique aussi pour les tpg, c'est-à-dire le naufrage de ce que nous avions voulu porter en d’autres temps, et, je le répète, l’assimilation à hétérolande – donc la victoire de celle-ci.

Mais peut-être tout le monde n’est pas d’accord justement pour se passer à la photocopieuse, malgré l’apparence d’unanimité et les clameurs d’adhésion ?

Bref je jette la bouteille au marais, peut-être pour des temps prochains où, l’enthousiasme retombé, d’aucunes commenceront à percevoir la misère et l’autoarnaque dans la reconnaissance et l’intégration.

(Peut-être serons nous fières de vivre la même misère que les hétér@, l’égalité avant tout ? Difficile de dire jusqu’où la peur et la honte de se singulariser peuvent nous conduire.)

 

N’empêche, nous sommes encore un certain nombre à être contre la famille, l’enfantement, l’intégration au patriarcat élargi, la demande de certificats de bonne vie et mœurs au pouvoir, la résignation à ce monde laborieux, et cette survie idéalisée qu’on appelle la vie, en cadence alternée avec les anti-avortements - à qui l’acclamera le plus fort !

Nous sommes encore plusieurs à ne pas vouloir de cette existence en tube digestif, à ne pas bien voir à quoi servent les droits dans un monde d’impuissance, sinon à nous encager encore plus, à dire que nous nous passons allègrement des baptêmes républicains.

Nous sommes encore quelques unes à nous souvenir que féminisme et lesbianisme furent des mouvements révolutionnaires ; des refus de la résignation et des volontés de sortir de la saumure ; pas des boutiques du marché existentiel. Qu'elles peuvent redevenir refus et perspective ; changement de génération aidant, ou esprits se trouvant. Vrai qu’à voir où on en est tombées, c’est à n’y pas croire. Mais nous sommes d’indécrottables optimistes. Et l’histoire a ses surprises, bonnes et mauvaises – selon où on se trouve sur l’échiquier, les choix qu’on a faits. Reste en effet le choix, ce fameux choix qui effraye tellement qu’on préfère souvent nier jusques à sa possibilité. Comme tous les spectres historiques, on a beau l’enterrer, il remonte, rentre par les écoutilles mal fermées, fait sauter les canalisations. Le spectre du choix évacué viendra chatouiller les pieds des gentils couples endormis, avant de devenir sans doute moins friendly. Les unes et les autres ne pourront pas nier très longtemps qu’elles ont choisi, et ce qu’elles ont choisi.

 

Nous sommes dans de très sales temps, dans des années gluantes, mais nous parions que les mauvais jours finiront.

 

 


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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 10:55

 

 

 

« Il n’y a pas de gloire à être français ; la seule gloire c’est d’être vivant ».

Giono

 

 

L’air de rien, je suis de loin, avec quelque attention, les comptes rendus de la bagarre qui se déroule depuis quinze jours à Notre Dame des Landes. Je songe aux camarades qui se fritent là bas dans la flotte, et avec qui je suis de pensée, avant peut-être d’y être de poil et peau. J’avoue que j’aime pas trop les dernières nouvelles, les grenades qui se mettent à voler droit, les éclats qui ne se perdent plus, les flashballs. De toute évidence les fliques ont reçu l’ordre d’élever le niveau de brutalité, et on ne recule plus en face devant quelques mutilés, comme au Chefresne. Or, les camarades ne peuvent pas reculer non plus, sinon par la force. Et le mieux serait de ne pas reculer du tout, de revenir dessus de partout. Mais là je sens mal l’affaire comme elle est en train se s’embringuer, et comme elle s’est déjà embringuée bien des fois. Pourtant je refuse aussi de faire dans le fatalisme. Sans quoi j’écrirais même pas ça. Je parie toujours qu’il y a une sortie vers autre chose.

 

En discutant avec une vieille amie, je me rappelais en outre la constatation que faisait Ellul, longtemps avant de sombrer dans les obsessions de ses dernières années : quand il y a des tués, ça sacralise l’objet ; malheureusement, ça marche très vite en sens inverse : dès lors qu’il y a des tués, l’objet est nécessairement sacré, car cela dépasse notre entendement et surtout notre acceptation, que l’on puisse mourir pour rien, ou pire que rien, pour quelque chose qui se révèle stupide ou néfaste. Le plus bel exemple reste 14-18, guerre s’il en fut de vanités nationales et d’intérêts économiques, et qu’on s’évertue désespérément depuis un siècle à repeindre de manière supportable, pasque sinon, comment justifier dix millions de morts ?

 

Ma réponse c’est que ça ne se justifie pas. Que ce soit un ou dix millions. Je vais encore dire une énormité mais rien, au sens élargi de chose, ne vaut à proprement parler qu’on meure pour. Ni utilitairement ni moralement. Dès qu’on entre là dedans on entre dans le monde, qui tiens comme c’est étonnant est celui du capitalisme, où les choses sont les vrais sujets sociaux et nous les acteurs de leurs petites et moyennement grandes histoires.

 

Les choses, les grandes nécessités évidentes et suspendues. Qui vont, je trouve, avec un alignement de plus en plus massif sur des choix identiques, eux-mêmes incités par un mélange de contrainte et de capacité morale autant que technique. Nous nous alignons sur notre identification à des nécessités, qu’elles s’appellent croissance économique ou maman planète, peut-être émancipation sociale si celle-ci nous échappe pour devenir aussi une de ces choses impérieuses. Ce matin, je lisais avec effroi un article débile et odieux où une expérience effrayante avec un casque à électroencéphalogramme était décrite ; et où on signalait bonnassement que ce casque se dégotte dans le commerce, à cinq cents euro. Ben je dois avouer que ça me glace. Je n’ai évidemment rien pour le monopole de la violence et du contrôle social, désormais mental, par l’état et ses annexes ; mais nous perdrons tout en usant des mêmes logiques et des mêmes objets, en nous assimilant à ce système de contrôle, et aux valeurs qu’il draine. Sans parler de l’immense liberté que nous offre le monde foisonnant et pratique des marchandises, euh euh… De même pour l’usage de la brutalité – et là je cause pour nous, je veux dire des conséquences retour sur nos viandes, pas celles des fliques qui peuvent bien crever. Je crois qu’il nous faut limiter, dans la mesure où nous le pouvons, la brutalité envers nous-mêmes, ne pas surenchérir sur le même, quoi, comme d’hab.

 

Comme nous étions déjà quelques unes à le constater il y a plus de vingt ans (1), l’issue de ces luttes relève presque toujours d’une mayonnaise de combat local médiatisé, de circonstances économiques et financières, enfin de tractations politiques qui d’ailleurs n’ont pas toujours à voir directement avec. Ainsi, ce qui était imprévisible il y a quelques mois, c’est qu’Ayrault cafouille lamentablement dans son poste de premier ministre, et pourrait bien se voir éjecté. Ce qui peut-être changerait la donne, lié au fait que la grogne monte contre le projet.

C’est comme ça, ç’a été comme ça pour Plogoff ou le Larzac, et pour des luttes plus récentes, des suites de circonstances et de négociations aussi qui ont fait que ; ne pas oublier non plus qu’il fallait tout de même nourrir la grosse bébête, et que Chooz s’est construit dans la même dynamique.

Mais à l’autre bout de la cuisine, j’aimerais autant qu’il n’y ait pas des morceaux de camarades dans la mayo. La souffrance ne rend pas lucide. Elle obscurcit et nous enferme dans des logiques où il vaut mieux pas entrer, et qui sont rien moins qu’émancipatoires.

 

Anticapitaliste et anti-indus, je serai très contente qu’on parvienne à ce que ce projet coule. Mais pas à n’importe quel prix. Parce qu’après c’est le prix – la valeur - qui prend toute la place, dicte la pensée et le ressenti ; encore une fois comme il est de règle dans le capitalisme.

Je ne crois pas un instant que nous pouvons nous soustraire totalement en claquant des doigts à ces logiques qui nous sont imposées, mais si nous pouvons retirer la patte, glisser un peu de côté, c’est déjà pas mal. Ne rien lâcher de bonne grâce, et non plus à la pensée mécanique.

 

 

 

 

(1) Complément d’enquête sur un engagement différé, 1990, que je promets encore une fois de vous mettre en ligne quand j’aurai récupéré mes affaires dispersées.

 

 

Pour avoir des news de comment ça tourne là bas : http://zad.nadir.org

 

 


 

 

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 08:59

 

 

 

pourquoi je suis de celles qui veulent qu’on en finisse

avec la sexualité et la relation affective comme socialités (et même tout court)

 

 

« en raison de leurs activités sexuelles… »

 

Je suis restée songeuse devant cette expression, que j’ai peut-être déjà vu passer, mais qui m’a sauté au nez il y a quelques mois depuis un communiqué d’actup, l’assoce pour la promotion de la baise durable.

 

Il y a le « en raison » et il y a « activité ».

 

Activité ramène la chose au même secteur que le boulot. Nous sommes dans une société, même une civilisation, où nos activités forment une majeure partie de notre être. Activité est un mot d’équivalence – toutes les activités s’équivalent au sein de leur reconnaissance comme productrice de valeur. Difficile de ne pas penser très fort que ce type d’approche est spécifiquement lié au système capitaliste.

 

Mais c’est surtout le « En raison » qui compte et pèse. Qui enrobe tout ça de la nécessité/fatalité propre à la désignation de tout ce qui est base sociale et ne peut être remis en question. Là aussi, c’est le même langage que pour l’activité économique, politique, judiciaire. Baiser et relationner en général est une nécessité sociale, point. Elle est le point de départ de toute réflexion, et de toute suite de conséquence, cause immuable. C’est la « ratio », le réel indépassable par rapport à quoi on détermine tout le choisible. Sauf que ce « réel incontournable », comme dans d’autres cas, est déjà un habitus social d’une part, la valorisation d’un comportement de l’autre.

 

Ce genre de raison, qui a peu à voir avec le raisonnable et tout avec l’arraisonnement, la mise à la raison, impose d’emblée la fin de tout examen. La chose qui est habillée en raison est, elle doit être, n’importent les conséquences et ce qui est réellement vécu. C’est l’origine du monde, en quelque sorte. Il n’y a, ne doit rien y avoir, ni avant, ni en dehors. Raison signifie ici « cause première ». Nature, quoi. Or, je fais partie des gentes qui sont très sceptiques envers les justifications naturalistes, notamment au sujet des comportements humains. Et qui ne croient guère à cet argument, qu’il soit explicite ou non. Ce qui me fait d’ailleurs un peu marrer, c’est que ce sont des constructionnistes qui bien souvent aujourd’hui se réclament de ce genre d’évidence pour bâtir leurs châteaux de cartes. Concurremment avec les réacs ouvertement régressifs, bien qu’avec des intentions opposées. Les unEs et les autres finissent pas buter sur les mêmes impasses.

 

Vous avez je pense compris depuis longtemps que ma réflexion antisexe et critique du relationnisme n’est pas à proprement parler une approche morale, que le sexe ce serait bien ou mal et à l’origine ou pas en soi d’un nombre incalculable de déboires. Ça l’est effectivement, mais comme conséquences systémiques, pas comme évidence a priori, encore moins comme récompense/punition immanente, et mon approche essaie d’être critique, même si je ne cache pas mon aversion pour ce genre d’aliénation généralisée. Je considère donc encore moins, s’il est possible, qu’il s’agit d’une question personnelle !

Pour moi, le problème est que relation et sexualité sont des valeurs d’échange, et des formes de socialisation intégrées à un monde donné. Que ce monde est celui de la valeur, de l’économie et du capitalisme, de la manie productive et existentielle, bref que pour moi nous courons après des choses qui nous pompent.

 

Je n’ai foncièrement pas la même approche de la critique du capitalisme que les marxistes classiques ni les féministes matérialistes léninistes actuelles, parce que nous n’avons pas la même définition fondamentale de la chose. Pour elles il s’agit uniquement d’oppression de groupes par d’autres (ce qui est une description exacte de la situation mais n’est pas propre au capitalisme), et l’issue en en est la modification de la hiérarchie pour l’accès aux mêmes valeurs sociales ; pour moi il s’agit de l’invasion du monde entier, nous comprises, par une équivalence qui fait de nous des abstractions au « service » de formes à réaliser – formes que nous ressentons comme nous-mêmes (le sujet). Et que tous les groupes sociaux cherchent concuremment à réaliser ces formes. Il n’y a donc pas d’issue dans le simple changement de chefs ou de dominantEs. Il faut dans cette logique nous émanciper de ces formes.

 

Le propre du fétichisme, selon un vieux barbu et une école critique qui a survécu à ses ardentEs épigones, est de nous identifier totalement à un ensemble de formes sociales, perçues comme nécessité ; c’est le cas de l’économie, et plus largement de la notion d’échange équivalent. Il semble que ce soit de plus en plus aussi celui de la relation dite humaine et de la sexualité. Elle est là, elle est nous, nous n’y pouvons rien, ne la maîtrisons guère, et devons donc infléchir notre vie entière à ses exigences. C’est exactement ce que je lis sous ce libellé « en raison de ». La rationalité se déploie en fonction du posé et présupposé sexuel. Qui a aussi d’identique à la raison économique qu’il est vécu comme un « bien », avec toute l’ambiguité attachée à ce terme, et un bien à la fois individuel et collectif. Bref, de quel côté qu’on se tourne, il est là, toujours là. Son absence est considéré comme un manque grave, lui-même accentué par la notion de besoin, dont Illich fit autrefois une critique assez pertinente : « ce qu’on doit posséder pour être ».

 

Baiser, la sexualité quoi, comme travailler, ou citoyenner, est considéré comme une tâche sociale incontournable, inanalysable, impossible à remettre en question de quelque manière que ce soit. C’est un fait naturalisé. Depuis plusieurs siècles. C’est aussi une forme sociale dans laquelle nous devons nous intégrer pour être (au point que même le refus de baiser est aujourd’hui considéré comme une forme de sexualité, ce qui d’ailleurs le renvoie à la gamme des identités équivalentes, et permet de le réduire à un choix privé sans importance inquiétante pour la norme ; ne pas baiser c’est baiser tout de même, au fond).

 

C’est pourquoi, comme pour l’économie, les positions les plus subversives consistent à essayer de rendre durable son exercice, à pouvoir copuler sans attraper boutons ni virus, à se livrer à toute pratique sans que le ratio bénéfice/risque n’en souffre trop. Il s’agit au fond de faire mine de rendre inoffensif, comme pour le travail, un système en lui-même total et incroyablement contraignant. Et à déplorer, force dénonciations à l’appui, quand il y a de la casse.

 

Or, je suis de celles qui pensent qu’il y a forcément de la casse avec les injonctions sociales, dominations en elles-mêmes d’expérience toujours doublées de hiérarchies spécifiques. Comme pour l’économie et la propriété, on ne peut pas exalter un monde où on n’existe que sur la peau du voisin, dans un mélange d’isolement et d’exploitation, et se lamenter du désastre qui en résulte. Enfin si, on peut, c’est ce qu’on fait à longueur de temps, dans un mélange hideux d’hypocrisie et d’impuissance. Hypocrisie à croire que la forme sociale peut être inoffensive, impuissance à nous en sortir, ne serait-ce qu’individuellement, tellement la pression est forte. Et tellement la sanction du refus de consentement à cette merde est définitive : exclusion de ce qu’on appelle, bien à tort, les rapports humains – il s’agit de rapport entre sujets hypersocialisés.

 

La fiction des « besoins irrépressibles », taillée au départ pour les mecs et que les nanas s’approprient, comme bien des misères du patriarcat, est à la mesure de toutes les autres théories du besoin, cette nécessité et manque induites qui normalisent et naturalisent un système de production consommation effrénée. Tous les biens sociaux et matériels sont désormais énumérés comme besoins, jusques aux plus néfastes réalisations, institutions ou obligations. On est censées n’y avoir aucune distance possible, il en faut, et les renouveler sans cesse. Sans quoi déshérence et panique. Le système entier d’abondance prétendue du capitalisme et des formes sociales annexes est un système de pénurie perpétuelle et répétitive. Il n’y a au fond jamais rien, tout manque, sans cesse, tout est à réaliser ou acquérir, le plus souvent possible. La sexualité comme création d’individu est un exemple frappant de cette terreur sociale, d’engendrement de la peur, menace perpétuelle d’être exclue du système de reconnaissance mutuel. La reconnaissance instituée est aussi un chantage autogéré dont nous gagnerions à nous défaire…

 

De ce fait, la relation et son nec plus ultra sexuel et amoureux sont un système d’échange parfaitement calqué sur et adapté au système d’échange et de valorisation qui constitue le capitalisme – sachant que ce système recouvre la totalité de la planète, y compris les rattrapages dits socialistes, etc. Une des grandes arnaques à ce sujet est de parler de gratuité, alors même que la totalité de nos misérables vies pendues à ce cirque démentent puissamment cette fiction, qu’aiment à promouvoir, aux côtés de tous les menteurs de la terre, religieux en tête, des féministes dont je ne sais si elles sont naïves ou réaques. Je tiens qu’il existe ce qu’on pourrait nommer système relationnel, système d’injonction à un type bien déterminé de relation, que nous sommes prises dedans et que nous le reproduisons, enfin qu’il est probablement une des causes principales de la misère matérielle et morale dans laquelle nous baignons.

 

Une vision passablement romantique, relayée ces dernières décennies par un constructionnisme finalement très descriptif mais acritique, prétend que la normalité ne concernerait qu’une forme de sexualité, et que les autres seraient subversives de l’ordre des choses. Déjà, je dirais méchamment, on demande à voir, alors que les représentantes et sujets de ces sexualités subversives se bousculent pour accéder aux formes sociales d’hétérolande. D’autre part, on ne voit pas que les buts sociaux exprimés par ces « autres sexualités » soient finalement différents de la majoritaire – au contraire, il y a prétention, comme souvent dans le revendicationnisme interne aux formes sociales, à encore mieux les remplir. Reconnaissance existentielle, valorisation sociale, échange codé, tout y est, sans même causer du mariage ou de la parentalité.

La sexualité est un domaine social unique, comme l’économie sa grande sœur, qui connaît comme cette dernière une tentative de revalorisation par la diversification des produits et des programmes. Mais la nécessité sociale qui s’y exprime reste obstinément identique. Il n’y a aucune remise en cause de ce qui constitue les buts ni le système qui en est abondé ; la sexualité est aussi monolithique que l’économie aux marchandises variées et innombrables.

Cela posé, et tout crûment, ainsi que de mon expé, la conséquence en est que je pense désormais que la multiplication des orientations sexuelles (et des identités de genre, ce qui recouvre un domaine voisin dont je causerai par ailleurs), ni leur affirmation, ne nous feront sortir de l’ordre ni des dynamiques actuelles. En tant que participation à la sexualité, au système relationnel et à leur mise en scène, évidemment. Je suis lesbienne pasque je veux une socialité et un monde de nanas. Pas un calque d’hétérolande et de m-lande, fut-ce entre f. Féminisme et lesbianisme perdent raison et objet dès lors qu’elles ne sont plus sorties des logiques, des formes et des institutions qui constituent l’hétéropatriarcat et les systèmes corrélés ; or, c’est à les adopter que nous en sommes à peu près toutes tombées. Sos !

L’amour, la sexualité et leurs corollaires n’ont absolument rien de « subversif » (terme d’ailleurs assez bisounoursien), et sont au contraire des recours à l’ordre le moins critiqué et le plus naturalisé des formes de rapports. On les invoque contre tout et son contraire, contre la peste comme contre le choléra, comme ultimae rationis, formes élémentaires qui fondent et justifient la répétition infinie des codifications de la dépendance. On ne peut pas démolir hétérolande ni le patriarcat avec l’amour et la sexualité comme valeur structurante ; on peut juste étendre leurs formes à tout le domaine humain ; et vider de leur substance comme de leur contenu les tentatives de leur échapper.

Les sexualités finissent toujours aux formes de l’hétérosexualité ; les copiés-collés tpg sont de plus en plus fidèles, les images de plus en plus ressemblantes, les rôles comme si vous y étiez. Et pour finir, nous acclamons la famille, la natalité et toutes ces belles choses qui ont fait le monde présent. Retour au même. Comme le genre qui s’obstine à rester binaire. Sexe n'a pas pour rien double sens, d'être et de faire ; la sexualité est un des exercices cimenteurs et incontournables de ce binôme hiérarchique qui contient une des sources de la domination. Pour nous débarrasser de l'un il faudra nous débarrasser de l'autre. Ces formes ne sont pas réformables, encore moins révolutionnables. Dans son mélange de contrainte, d'évidence et d’objectisation, la sexualité, c’est l’hétérosexualité.

 

Je pense enfin, comme Valérie Solanas, que la sexualité comme valeur est constitutivement, ainsi que la production économique, liée aux formes sociales assignées comme masculines, et donc à ce que je définis comme le patriarcat, qui n’est comme les capitalisme pas qu’un système d’oppression, mais un fétichisme collectif qui imprègne tout le monde (ce qui était aussi la thèse de Solanas).

 

Autre rappel de Solanas, l’obsession sociale qui fait qu’on est prêtEs à peu près à tout et au pire, ou au plus ridicule, ou encore au plus misérable, pour baiser, pour réaliser la forme sociale sacrée ; un vrai culte. Elle notait fort justement que les mecs étaient prêts à traverser un océan de vomi pour essayer de tremper leur nouille. Mais on a fait mieux depuis : désormais, baiser fait partie des revendications politico-existentielles de base propres à toutes les catégories. On a des vies dépossédées, merdiques, sans la moindre autonomie, on crève d’empoisonnement et de misère, mais si on baise et si on vote, et accessoirement si on a une place en boîte de sardines, on est unE vraiE humainE ! Ouf. Ce qui nous soumet, littéralement, à la sexualité, qui n’a jamais été aussi coercitive derrière son masque McDonalds de « plaisir et de désir ». Tu parles, c’est devenu l’exercice désespéré de nos ultimes droits. Et ça ne contribue évidemment pas peu à la violence qui va avec ce genre de situation. On, et surtout les mecs, est prêt à tout, inclusivement, pour tenter de manifester une pseudo-humanité qui s’est entièrement fondue dans le virilisme. Enfin, c’est hallucinant de voir ce qu’on est disposéEs à supporter pour pouvoir sexualiser – et le faire savoir, qui est en général un enjeu primordial. Dépendance, brutalité, humiliation, rien ne nous effraie autant que de ne pas pouvoir ; ce qui correspond bien à un état du capitalisme où on en est arrivés à payer pour travailler !

Fuck la sexualité.

 

La réaction basique est de dire « ça a toujours existé ». Déjà c’est en partie faux. Pas comme naturalité. La sexualité et la relation sont effectivement des systèmes d’échanges très anciens, et même pendant longtemps n’ont été à peu près que ça, une base d’ailleurs pas systématique pour la transmission de possessions. Mais comme production d’existence-valeur, avec le sous-produit plaisir, ça n’a pas plus de trois siècles, comme le capitalisme. Par contre, ça a pris comme ce dernier une puissance d’expropriation de nous-mêmes phénoménale. Ensuite, autant je déteste les idéologies mutilantes qui prétendent imposer le bien et la bonté, et qui en général ont toujours justifié des horreurs, autant l’argument d’antiquité me laisse froide. Et alors, totor ?  Parce que les humains n’ont de mémoire historique jamais pu prendre leur vie en main, et même ont plutôt tendance à perdre le peu qu’ellils avaient, y faut continuer et surtout pas essayer d’aller ailleurs ? Mon cul. Féministe révolutionnaire, je ne sais pas si ça peut marcher mais je tiens le pari qu’on peut. Et même que si on essaie pas autant se flinguer.

 

C’est pour ça que je suis contre d’infinis « aménagements » et pansements à ces systèmes d’échange contraint, travail, économie, droit, sexualité, …, qui nous modèlent, encadrent et bouffent la vie possible (1). Pour ça que j’ai fini par quitter tout le tissu associatif et communautaire qui en déplore les dégâts et pose des rustines, et qui en fait multiplie leur effet et aide leur emprise à s’étendre. Je suis pour qu’on remette en question leur « fatalité », leur « naturalité », leur « bienfaisance », et qu’on en sorte.

Je ne crois pas plus à une sexualité émancipée ou émancipatrice qu’à un salariat ou à un commerce de même. La forme même et son poids coercitif sont aliénants.

 

Je ne me fais guère d’illusions sur « qui a envie de sortir de ce monde », aujourd’hui. L’heure semble plutôt à l’aménagement, y compris parmi les radicales. Ma foi… Je ne serais peut-être pas si tranchante si je ne craignais par ailleurs que précisément le temps des aménagements soit fini, et que les conséquences du monde que nous avons choisi ou auquel nous nous sommes résignées soient en train de faire, si j’ose dire, un ménage lui aussi terriblement radical dans la brutalisation et peut-être l’extermination. Ménage auquel nous échapperons d’autant moins, individuellement comme collectivement, que nous serons restées accro à la réalisation des formes sociales qui vont peut-être se refermer sur nous. Scouich !

 

 

 

PS : Je n’ai pas causé dans le corps du texte de ces attrape-mouches que constituent en ce moment le tapin, le porno, etc., bref la valorisation économique au sens étroit de la sexualité, et que les bien-pensantes appellent « l’industrie du sexe », comme si la sexualité n’était pas en elle-même, au sens large, une industrie. Ces questions n’en sont guère que parce qu’il s’agit d’éviter toute mise en question de la sexualité elle-même comme domaine d’échange social, et de préserver la fiction qu’elle serait bonne, épanouissante, libératrice, gratuite. Exactement comme le revendicationnisme acritique prétend que le travail et même « l’économie réelle » n’ont rien, mais rien à voir avec la vilaine méchante spéculation.

Le tapin, qui a été un bon moment mon métier, a ce très relatif avantage qu’au moins on touche quelque chose en échange d’autre que la considération floue qui s’attache à la réalisation de formes sociales, considération qui en plus se mue presque toujours en mépris envers les nanas. Après ça, c’est autant la merde que le boulot en général, et aussi contraint que ce dernier, dans la mesure où si tu ne t’échanges pas, dans ce monde, tu crèves.

Les bien-pensantes voudraient qu’on se cantonne au bénévolat, dont on voit tous les jours les magnifiques conséquences. Aucune d’elles n’est antisexuelle, bien au contraire, elles ne tarissent pas de termes ni d’éloges pour porter la sexualité aux nues ; ce qui fait d’ailleurs bien rigoler quand on voit ce que c’est, techniquement comme socialement : la misère des misères.

 

 

(1) Á ce propos, je reste soufflée devant les « chiffres » des violences conjugales subies par des nanas. Deux pour cent. Et mon c…, une fois de plus ?! Il suffit de vivre dans un endroit pas loin d’autres pour savoir d’expé que la conjugalité et la violence, c’est majorité de cas, c’est la norme ! Je tiens que l’injonction à l’accouplement, la vie conjugale est en soi une violence. Et que la violence est consubstantielle au système relationnel, comme la guerre à l’économie.

Mais voilà, il ne faudrait pas tout de même qu’hétérolande devenue universelle, au-delà même de l’hétérosexualité, soit remise en cause, alors on sous-estime. Mais de toute façon, nous avons tellement intégré que le bonheur, cette métamarchandise vérole, est dans la relation, que nous y allons alors même que nous savons toutes que c’est l’abattoir !

 


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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 12:38

 

S’il y a une expression qui engloutit littéralement nos réflexions et exauce nos intentions, depuis quelques années, c’est bien « prends soin de toi », injonctif de « prendre soin de soi ». On ne dit même pas cela parce qu’on n’a rien à dire, ce serait un moindre mal ; on dit cela précisément parce que c’est là tout ce qu’on veut dire et entendre. « Prends soin de toi » est la version 3.0 du « courage », cette vérole isolante, individualiste et gestionnaire sociale au moindre coût (ce qui est un pléonasme) par laquelle nous nous fouettions déjà mutuellement pour continuer à traîner la charrette de nos vies en plein développement depuis le dix neuvième siècle.

 

Soin et besoin, l’horizon en coupole de notre petit paradis racorni. Soin et besoin, notions totalement adaptées à l’isolement concurrentiel citoyen. Mon soin, mes besoins. Ce que je dois obtenir. On croirait entendre le couinement des girafes pouic pouic piétinées en rang. Mais c’est encore une image bien sympathique pour ce qui recouvre en fait la guerre et la peur de toutes envers toutes, la destruction de toute humanité par la réduction à la bulle, cette fameuse bulle, traduction émotionnelle de l’individu-valeur en bout de course, que nous aimons tant à porter sur les fonts baptismaux en autodéfense.

 

Prendre soin de soi, c’est généralement très mal s’occuper de ses fesses, aussi mal que l’exigent les nécessités de l’heure et de la décennie. C’est même acter qu’on a renoncé à s’en occuper, qu’on a sous-traité.

S’occuper de ses fesses suppose précisément de pouvoir agir seule, mais aussi avec autrui, et est rendu impossible par l’autisme, la parano, l’impossibilité de faire, fut-ce de se suicider correctement, et par la médiation ensocialée des rapports.

 

« Prends soin de toi », c’est démerde toi en l’état des choses, correct, de notre temps de résignation maussade. Et quand l’une de nous crève, eh bien c’est la « colère », tout aussi velléitaire et qui attend tout autant des panneaux de l’autorité publique, qui prend le relais.

C’est démerde toi quand tu es vivante, et « ah les salauds, tout de même », quand tu es morte. Comme ça nous ne sommes jamais impliquées, jamais en cause. Nous pouvons remplir quotidiennement la liturgie du chacune pour soi et de la guerre économique, judiciaire, identitaire – à chacun son dû ! - sans nous sentir merdeuses.

Les rapports humains – et leurs sous déterminations militantes et autres – ne recouvrent plus que l’exercice « auberge espagnole » d’une convivialité de bon aloi entre citoyennes actrices matériellement pourvues et en bon état, les seules fréquentables quoi. Tout le reste est sous-traité aux déchetteries souterraines de la misère croissante, dans lesquelles on tombe directement depuis sa place à table, autant que possible sans faire d’esclandre. « Salut, prends soin de toi » te dit-on alors en guise de viatique et surtout d’exonération. Dés lors on n’y est plus pour rien. Ce sont au reste bien souvent des personnes convenablement entourées qui sortent ce cliquetis mécanique à des isolées.

 

Un des caractères prégnants de cette nouvelle forme d’autisme social est qu’elle s’accompagne et se pare des conseils les plus cocasses, les plus stupides et quelquefois les plus odieux en matière d’aliénation : les copines auront toujours à la bouche un bon conseil qui sera généralement soit de s’adresser, comme on dit, à des institutions et à des professionnelles (abondons le PIB !), soit de recourir à des pratiques ou à des croyances dont le vide et le ridicule ne semblent plus atteindre personne, y compris et à commencer dans des milieux qui croient encore fournir une critique sur l’état des choses et des gentes (warf warf). L’une des solutions n’excluant d’ailleurs pas du tout l’autre, les premières sont, dans la débandade croissante, des spécialistes des secondes.

Prendre soin de soi, c’est en somme se livrer sans restriction à l’impensé grandissant et à l’ordre de la mise au rebut. Aller toute seule, comme une grande, à la machine à broyer.

 

Voilà le programme de toutes les injonctions désormais en vigueur, dans un monde qui n’est plus fait que d’injonctions mal camouflées : dévore toi jusques au trognon et va te jeter à la poubelle ; c’est ton seul moyen de rester rentable pour la machinerie sociale relationnelle et de ne surtout pas empiéter sur qui que ce soit ; il importe que nous coulions en ordre, chacune dans sa bulle en barbelés de possessions et positions diverses. Au fond, s’il y a alors encore quelqu’un pour faire le recensement, on pourra toujours savoir ce que valait chacune. Triomphe ultime du capitalisme, étrange rêve de notaire obsédé. Á chacun son dû !

 

Nous nous sommes laissées toutes glisser dans une situation générale où personne ne peut presque plus prendre personne par la main, ça coûte déjà trop cher (et souvent socialement d’abord). Nous subissons certes l’effondrement par la pénurie des capacités de rapports d’aide, mais nous y participons avec un masque souriant en prônant des « autonomies » qui n’en sont évidemment pas, étant toutes livrées à la machinerie sociale, qui ne sont au contraire que des consentements forcés (plénonasme !) à l’impuissance isolée, et en répandant comme un mauvais parfum ce « prends soin de toi » qui résume toute notre misère. "Prends soin de toi" arrive opportunément sur le marché au moment où nous sommes de plus en plus nombreuses à n'avoir plus les moyens de prendre soin de nous.

 

Paradoxalement, un des aspects de l’autisme réciproque qu’évoque ce slogan est l’attention, la commisération inépuisable, hypnotique et obsessionnelle que nous sommes capables d’accorder à des aspects, éléments, inconvénients quelquefois risibles de la pratique de nos identités, comme s’il s’agissait du fond des nos vies, ou encore, je sais pas, vu à quel point nous l’objectivons, de la question sociale. C’est presque la seule manière dont nous soyons capables, si toutefois cela à ici un sens encore, de prendre soin de nous. Mais quel drôle de nous.

 

J’en ai autant marre du care que de la colère. Vu ce qu’elles ont donné. Et à quoi elles ont contribué in fine.

 

La colère s’est intégrée à l’ordre des choses, pour réclamer sa perfection, et l’huile en permanence. La colère est devenue l’antipode et de la critique, et de la volonté de prendre nos vies. Nous sommes en colère parce que nous nous considérons toujours trompées par les machineries auxquelles nous nous remettons. Et que le mal reste le mal, pas moyen de l’exorciser. Nous serons à ce prix toujours en colère, et nous en resterons toujours au même endroit du tapis roulant qui nous emmène au dépotoir. Et, surtout, chacune dans sa petite bulle sacrée. On y crèvera d’autisme, de misère et de brutalité, mais dans la bulle ! Comme des bestioles qui n’auraient pas su, pu ou osé sortir de leur œuf. Écarlates de rage, pour cacher la rougeur de notre honte. La colère ne sait plus, comme d’ailleurs à peu près toutes nos attitudes, que demander, pour ne pas dire mendier. On est prêtes à mettre notre cul à l’air pour ça. Et on arrive encore à parler de ça comme de quelque chose d’irréductible – vraiment on est mal.

Cette colère est inopérante parce qu’isolante, isolée, exactement comme la sujette idéale qui « prend soin d’elle ». Isolée, pas même seule. On peut bien même être trois mille au même endroit à colérer, il n’en sort rien, tout revient sur nous. Elle se suffit à elle-même, et c’est bien là ce qui la rend arthritique. S’autojustifiant, comme attitude, elle n’embraye pas sur une critique ou une remise en cause. Elle demande que les choses soient bonnes. Et encore une fois à qui ? Á celleux et aux institutions à qui nous confions et reconfions le pouvoir à chaque poussée de rage. Et sans toujours non plus se poser de questions sur le bien qui paraît si immédiat.

 

« Prends soin de toi » et « je suis en colère » semblent les traductions actuelles, à hamsterlande et ailleurs, des minutes évoquées par Orwell, parfaitement autogérées et individualisées, à prendre comme on prend des congés ou des pilules. On peut même les convivialiser, ça ne change rien à l’impuissance et à l’isolement qui les caractérisent. Ce sont des sales blagues que nous nous jouons les unes les autres et à nous-mêmes.

 

Chacune pour soi et […] pour chacune. Toutes comme plusieurs ont sombré dans la résignation moche. On est plus que mal.

 

 


 

 

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 09:36

 

 

Je me suis esbaudie, comme quelques autres, devant l’avis rendu par le conseil national consultatif des caf au sujet de l’extension des formes sacrées d’hétérolande à toute la population. Vote négatif – dont celui des représentants de la cgt, jamais en retard d’une œillade au peuple bien réac dont nous avons le malheur de faire partie. Beh oui hein, que vont devenir les chères têtes blondes ou gît la résurrection nationale (rémanente depuis le sursaut national post-45) si elles manquent de l’altérité et de la complémentarité des sexes, c'est-à-dire tout bonnement de la hiérarchie misogyne et de l’exemple nécessaire de la domination masculine, comme des formes m en général, hein ? Peut-être des tapettes et des feignasses (si seulement ! - en fait le désir de normalité l'emporte toujours statistiquement).

 

Je ne parle même pas du faux-culisme gouvernemental. En démocratie représentative, « les promesses n’engagent que celles qui les croient ». Et faire confiance aux soc-dem, avec leur passé permanent de déni et de trahison, était quand même une performance. Les intégrationnistes lgteubées sont cocues, mais ça paraissait évident dès le soir du premier tour et le score de la droite dure ; plus question de laxisme sur les symboles… C’est pour ça qu’on a Valls et la chasse aux clandos, Montebourg et la france saine au bras retroussés, Vallaud-Belkacem et les bons sentiments prohibitionnistes.

 

Mais j’ai été tout aussi épatée par un article qui dénonçait cet état de fait, paru dans Féministes en tous genres, et qui assigne cependant dans le même mouvement comme but de la vie aux mêmes gosses éspéréEs de devenir convenablement des sujets et des citoyens. Autant dire plus crûment des producteurs et des consommateurs. Et de parfaites acteures du cirque ci-dessus évoqué.

 

Bon, déjà, je trouve assez croquignole qu’aujourd’hui personne ne semble plus se poser de questions quant à la reproduction effrénée des formes sociales qui ont fait le patriarcat classique autant que contemporain : famille, mariage, couple, incitation à enfanter. Pourtant on la leur aurait bien laissée leur vie de m… à la colle, le lit conjugal, les marmots qui braillent et toute la séquelle ; mais puisqu’y paraît que nous ne pouvons pas vivre sans le bonheur de cette glu… Enfin bon, je m’en suis déjà expliquée. Là, c’est le reste de l’idéal de vie qui se déroule. Il ne va pas très loin. Et il exprime bien à quel point nous baignons, de quelque côté politique que nous soyons, dans l’horreur et l’angoisse envers la remise en cause des barrières et des mangeoires de notre zoo social.

 

Ce n’est pas non plus par hasard que les parties qui s’opposent sur ce sujet, comme sur bien d’autres, défendent et thurifèrent exactement les mêmes formes et valeurs. La seule différence étant que les réaques pensent que seul la hiérarchie et pépé familias doivent bénéficer de l’affaire ; et les progros que tout le monde doit s’y intégrer à même titre. Ce qui est sans conteste logique et défendable en cohérence interne.

 

Évidemment je fais la nouille en toute mauvaise foi ; je sais fort bien que lgteubélande et la majeure partie de tpglande ont depuis longtemps décidé de trouver ce monde génial et de l’avaler en long, en large et en travers. Ce qui nous fait, comment dire, une drôle de gueule, bien distendue de tous côtés. Et que ma foi, nous nous retrouvons quelques unes à la baille après la plongée vers les abysses, qui pour notre part n’entendions pas du tout faire avec, et pour qui, si nous étions lesbiennes ou t’, c’était aussi et peut-être même d’abord parce qu’on avait résolu d’en finir avec les formes sociales en vigueur.

 

Nous étions quelques, en un temps pas si ancien, qui ne voulions ni produire, ni nous gaver, et surtout pas engendrer. Il se trouve que nous pensions avoir mieux à faire – ou à glander – que de participer aux pitreries sordides de ce triste monde.

 

Aujourd’hui des ex de cette trempe s’adjurent les unes les autres de signer pour la promotion de la PMA, du natalisme, plein de petits nenfants, relance de l’économie, résurrection de la famille. Tiens, fume !

 

Je ne sais pas ce qu’elles pensent ? Que des mômes de lgteubés intégrationnistes changeront quoi que ce soit au désastre ? ou bien qu’ellils payeront les maisons de retraite quand on aura alzheimer ? Mon œil ; il y a toutes les chances que ce fassent de parfaits hétéros réacs, vu comment les choses tournent ; et que la misère sera à un tel point qu’on ira directement à la déchetterie, et elleux après. Même d’un point de vue calculateur c’est raté d’avance, les filles. Et d’un point de vue humain, eh bien le cirque familial, reproductif, dévoué et admiratif des larves prescriptrices de conso est relancé. C’est trop classe. Les gentes et les nanas en particulier continueront à passer l’essentiel de leur vie à torcher, à élever, à supporter, à être coincées dans ces histoires qui n’en finissent plus. Vu la situation économique et humaine, j’ai déjà bien des connaissances qui à soixante ans passés sont toujours à ne pas avoir une minute pour elles, et mourront à la tâche.

 

Elles y ont pensé un peu les camarades qui réclament et acclament hétérolande pour toutes, avec son système familial et reproducteur ?

 

Ou bien est-ce qu’elles ne se risquent plus à rien penser, l’important étant d’être in the move ? Possible. Même si cela les conduit à des positions de plus en plus conservatrices, petit à petit – quand on veut intégrer un ordre, il ne faut surtout pas qu’il bouge, sans quoi la peine de s’y conformer en est perdue. Á promouvoir, à intégrer et à œuvrer pour étendre ce à quoi nous avons autrefois voulu échapper. Ce sans quoi nous estimions qu’une vie émancipée serait mieux possible.

Il est vrai aussi qu’une autre génération est venue, laquelle ne présente plus ce genre de soucis ni d’ambition – non qu’elle manque de cette dernière, mais elle l’investit profitablement dans l’occupation des cadres de la domination présente et des places de ses bureaucraties institutionnelles autant qu’associatives. Les anciennes, séduites par tant de cynisme désinvolte, suivent cahin caha, subjuguées, mentalement en laisse. C’est sans doute pour ça aussi que leur sens critique a été mis sous une grosse serviette de table ; y faut plaire à cette jeunesse, et elle n’aime pas les scrupules.

 

Pourtant, le résultat risque de ne pas être du tout semblable aux images qu’on projette de l’avenir radieux en démocratie sanitaire ; il est déjà là, je l’évoque plus haut. La mise à disposition familiale toujours plus poussée, l’aménagement de la misère et de la maladie, la rencontre de la pénurie du naufrage économique et de l’injonction morale, bref tout ce qui fait que les nanas l’auront à terme une fois de plus dans le baba. Mêmes forme sociales, mêmes conséquences.

Comme toujours il y en a et y en aura qui auront fait leur beurre de cette baratte, et su s’exonérer des pénibles tâches comme des positions subalternes. Ce sont elles qui écriront l’histoire. Enfin – jusqu’à un certain point de la barbarisation déjà engagée, où il faudra plus que quelques galons pour échapper aux conséquences.

 

Bref je rigole jaune quand je songe au rêve des mes congénères pour leurs nenfants : de parfaits citoyens de la forteresse europe, agrippés à leur niveau de vie et à leurs quarante heures, vivotant chez leurs parents, « protégés » par les rangées de barbelés des pays tiers, comme on dit, sujets automates de l’économie, d’un état plus répressif que jamais et pour tout dire des formes du patriarcat étendues à tout le monde. Mais rainbow. Et ©.

 

Il y eut autrefois des chimères inquiétantes appelées féministes révolutionnaires. Pour qui l’émancipation possible n’était pas déjà écrite, n’était pas l’égalité dans la débine, ni la dépossession démocratique, et pas non plus le rattrapage léniniste, l’intégration familiale ou les régressions religieuses. Qui ne faisaient pas non plus dans le consensus, que ce fut entre elles ou avec patriarcalande. Encore moins dans la surenchère avec cette dernière. Il s’agissait de briser la fatalité, d’en finir avec l’indépassable. Où sont elles désormais ? Pas même dans notre mémoire semble-t’il. Où en sommes-nous ? Á la mairie, à la maternité et au cimetière.

 

 

 

PS : je signale cet article paru sur un site de la Vienne, au sujet d’une campagne d’affichage qui a le paradoxal « mérite » d’exprimer naïvement la vie à laquelle nous sommes réduites - http://nidieuxnimaitrenpoitou.over-blog.com/article-poitiers-sexisme-et-national-productivisme-les-deux-mamelles-de-la-poitevine-110452850.html

 

Il ne faudrait qu’un très petit effort, arrivées là, pour commencer à supposer que les nanas caricaturales de l’affiche sont précisément les « sujets et citoyennes » que nous invoquons si facilement et si mal à propos, et que c’est tout cela qu’il y aurait à bazarder.

 

Une fois de plus, Valérie, tu nous manques !

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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