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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 09:34

 

 

Ça tatouille de plus en plus fort, tout de même, dans le match mondial de la domination. Qui incarnera à la fin, avec la brutalité adéquate à l’effondrement de ses propres bases, la légalité, le droit, la propriété, l’échange (parce que de partout, désormais, ce n’est au fond plus que de ça qu’il est question) ?

 

Le principe en est que personne ne doit échapper aux destins qui ont, par leur biceps, passé l’homologation, les éliminatoires. C’est comme partout dans le monde du consentement : vous n’êtes pas censé divaguer, on vous impose le choix ; il n’est finalement plus très large, et y faut choisir. Léger aménagement de 84’. Mais il reste prescrit d’adhérer, ou du moins d’être supportrice, aux bleus ou bien aux verts, ou à quelques autres, et d’éviter de fiche trop de pensée critique dans ces mayonnaises délicates. Sinon anathème.

 

Je dois avouer que je commence à avoir les poipoils qui se dressent à ouïr et lire ce que défendent des fois mes petites camarades, et surtout la défiance de plus en plus grande envers qui se manifeste envers des positions non affirmatives ou critiques. On se croirait revenues soixante ou quarante années en arrière. Pensée-blocs. On ne cause plus que d’ordre républicain progressiste ou d’anti-impérialisme libératoire. Néo-cons, guerre high-tech et institutionnalistes versus léninistes et existentialistes fanoniens. Justifications urbi et orbi de la brutalité et de l’évidente urgence d’é-li-mi-ner. Reste, revient la bonne vieille négation idéologique des gentes et du réel ; ne doivent exister que les statuts, les nécessités, les natures et les cultures. J’apprends ainsi avec quelque désespoir l’enthousiasme de camarades féministes pour une thèse, une de ces thèses de la pureté populaire comme on en bouffe par toute la planète depuis longtemps, selon laquelle les tpg ou lgteubés vivant dans des pays arabo-persans sont au mieux de regrettables accidents de contamination identitaire, des grumeaux dans la béchamel du peuple quoi, peut-être carrément des agentes objectives de l’impérialisme, le vilain le seul l’unique.

 

Ah, cet objectif qui permet depuis deux siècles de surmonter les vies et les personnes, de les passer au rouleau de l’économie ou de l’idée ! Et ces éléments étrangers, aaahh, ces irremplaçables éléments étrangers, à la nature au peuple à la nation etc., sans l’action perfide desquels aucune impuissance, aucune impasse n’a jamais pu être scrutée ni expliquée, tant il est certain qu’elles ne peuvent être constitutives de nos merdouilles sociales et culturelles. Classe. Donc les tuer ne pose nul problème moral, puisqu’ellils n’existent pas vraiment. Ça relève de la prophylaxie, ce qui n’est pas étonnant dans un monde où la santé, sous toutes ses coutures, est un must depuis un siècle et quelque et a accompagné toutes les totalités et autres tyrannies, y compris la démocratie et ses concurrents actuels, religieux ou nationalistes. Conséquence du lit de procuste des idéaux civilisationnels et du cauchemar partagé des cultures pures. C’est avec cette logique que presque tout le mouvement révolutionnaire a assisté tranquillement à l’extermination d’une partie notable du Cambodge il y a quelques décennies, au nom de la production massive de l’homo novus. Y fallait pas déranger les alchimistes, la pierre, pardon la chair philosophale allait sortir des camps, toute fraîche toute nue. Pareil nous du recours aux traditions ? Ou de la défense de la république ? Qu’allons-nous défendre, admettre, encourager sous peu, les unes comme les autres, pour être de nos bons côtés ? (Il y a toujours plusieurs bons côtés, il suffit de s’y amasser et de ne pas trop discuter).

 

Exemples parmi bien d’autres de l’aveuglement volontaire dans lequel nous nous entassons avec détermination dès lors que nous avons avalé l’immense limace qu’il y a vérité au dessus du ou derrière le réel, et qu’elle est hors de nous, dans les formes sociales sacrées ou « nécessaires ». Le fond des idéaux mis en ligne de bataille est le même, dans l’hégémonie de la valeur et le fétichisme du « à réaliser » ou « à conserver », une des bases de l’aliénation. Et nous, humaines diaboliquement imparfaites, sommes systématiquement de trop, un tantinet plus vite quand on a n’a pas d’argent ou qu’on a le malheur de pas entrer dans les cases de la common decency. C’est avec la même logique que l’extermination touche un peu partout les non-rentables. Ou qu’on frissonne d’inquiétude et de dégoût devant tous ces surnuméraires pas bien polis qui passent encore par les fissures de la forteresse europe. Mais on préfère croire qu’il y a plusieurs logiques à l’œuvre, et que celle de cellui qui joue l’autre autre est meilleure. Ou que l’écrasement rend lucide. Fascination de la déglingue et haine de soi. Ingrédients incontournables de l’exotisation basique. Voilà tout ce qu’on a trouvé, dans la vieille drouille politique, à « opposer » au repli civique tout aussi paranoïaque. Dans les deux cas, abandon résolu de toute velléité de sortir du désastre. Et imprégnation par des idéologies à caractère sadomasochiste, pénitentiel, panoptique qui prescrivent correction ou suppression, dans un bain de surveillance et de répression, étatique autant que communautaire. Quelle passion nourrissons-nous pour ce qui nous anéantit, nous dépossède ou nous soumet ! Il n’y a que ça de vrai, puisque nous nous considérons essentiellement comme des fautes sur pattes.

 

Pour ma part, je ne crois même pas à la fiction d’une culture occidentale versus une culture musulmane. Même chantier. Je tiens que ce que nous appelons l’occident, ce triste terme, rassemble depuis fort longtemps tout le monde abrahamique, avec les mêmes piliers, et les mêmes surenchères. L’une d’elle étant la haine, la peur, le mépris et l’a-valorisation de toute forme sociale estampillée f. Au reste, j’offre un coup à qui me montrera une société humaine où ce ne soit pas non seulement le cas, mais un fondamental. Essayer de se tortiller à charger les uns pour dédouaner les autres est assez pitoyable.

Dans le monde de la valeur et de son corollaire la domination mécanique, il n’y a meilleures ennemies que les épiceries en présence, dont nous sommes les marchandises ; et l’ultima ratio de la concurrence est toujours la guerre. Que nous rêvions à la parité ou au califat, à la réindustrialisation ou à maman planète, nous sommes les sujets automates, dévoués, de cette autodévoration. Et effectivement, par la grâce de l’idéalisme général comme de l’esprit-calculette, plus que des signes de valeurs, rayables à volonté. Nos volontés, kidnappées et mises à profit par les biens communs en vigueur.

 

Ce qui me désespère et me rend plus que pessimiste sur nos chances de sortir du cauchemar, c’est que nous ayons encore si facilement l’illusion d’un autre, d’une réelle opposition, immanente, présente, dans cette foire. Les positions, politiques comme intellectuelles, se calcifient, se transforment une fois de plus en vérités morales indiscutables. Avec la menace qui va toujours avec : si tu es en travers de la route du progrès ou bien de la libération, selon l’option retenue, gare à toi. Si tu es à l’écart gare à toi aussi – tu égares les citoyennes ou le peuple ou la communauté, là encore selon la gamme choisie. Il faut rejoindre les rangs reconnus. C’est très mal vu que de partir ailleurs. D’ailleurs, où ça ailleurs ? Tout est verrouillé, pupuce, le salut du monde, du peuple, de la classe, ect. est à ce prix. Et couic. L’esprit missionnaire, apparemment indissociable depuis fort longtemps de l’engagement politique, ne cesse de nous empoisonner : je porte la vérité menacée par les méchants. Voilà où nous nous laissons parquer et parquons nous-mêmes dans la plupart des cas.

Quand on fait la chasse aux crânes d’œuf, historiquement, ça sent toujours très mauvais. La haine du doute et de la fragilité va avec une revirilisation des idéaux, cette rébellion libérale tradi qui cherche adhésion à toutes les brutalités légales ou non, et à toutes les chefferies formelles comme informelles. Les partisanes de la domination institutionnelle ne sont pas en reste dans l’extension systémique des formes du patriarcat (état, propriété, droit positif…). De tous les côtés, c’est l’assaut du même.        

Tout ça avec son corollaire essentialiste de retour : c’est ce que les gentes sont qui compte, ni le contenu des discours ni ce qui se passe, lesquels n’existent qu’en rapport à cette essence. Qui compte ; j’insiste. Le néo-essentialisme de statut qui se répand est le miroir exact de la hiérarchisation des légitimités d’existence dans le monde de l’économie et du droit. Ni toi ni le réel n’entrent, encore une fois, en ligne de compte ; c’est la traduction en abstractions, citoyennes, populaires ou communautaires, qui reste décisive, de même que ce que tu vaux sur le marché, activement et passivement. Et ce n’est pas par hasard que le matérialisme politique a fini par s’embourber dans une mentalité de cabinet comptable, avec ses colères distributives, et le refus de plus en plus buté de critiquer les formes sociales destinataires que tout le monde cherche à s’approprier. De tous les côtés des barrières, ce qu’on appelle l’esprit critique se limite désormais à des calculs bénéfice/perte, ce qui est si j’ose dire bien naturel dans un monde basé sur la naturalisation de l’échange équivalent et du rapport d’appropriation.

Pour ma part, je tiens qu’il y a là l’habituelle auto-arnaque, et le coupage de nos propres membres à la tronçonneuse, derrière l’anti-intellectualisme activiste, la peur de la mise en question et l’accusation que la critique est un retardement de la rédemption que nous promettent toutes les hallucinations collectives, que celle-ci soit civique, économique, religieuse, culturaliste ; est-ce que nous arriverons à nous dire un jour que ce que nous vivons est le résultat, la conséquence, l’aboutissement de nos idéologies, et qu’il n’y a rien de plus à en attendre, rien d’autre que notre mort hiérarchisée ? Si quelque chose est encore possible, ce qui se discute, c’est à inventer et à dégager. Ce n’est pas déjà/toujours « quelque part », à nous attendre. Il n’y a pas de salut hétéronome.

 

Mais voilà, on ne se refait pas – vivre sans croire, au sens absolu et non de croyance raisonnable, est probablement impossible, et pour croire il se faut savoir leurrer. « Peut-on vivre sans fétichisme ? », entend traiter le camarade Anselm à Lausanne. Je lui souhaite bien du plaisir. Pour ma part j’ai des doutes. Notre aliénation multicolore est devenue telle que l’hypothèse d’une sortie possible qui ne soit pas l’anéantissement commence à ressembler à remplir une grille de loto – sans compter qu’il n’y aurait personne au cas où, nulle part, pas d’esprit de l’histoire et encore moins de recours institué pour payer les gains. Il n’y a sans doute plus de réserves humaines et matérielles d’autonomie, de même qu’il n’y a pour ainsi dire plus de distance aux concepts et aux mots magiques.

 

Bleu ou vert, circulaire, comme les couleurs des supporters de Constantinople sous Justinien – jusques à ce que ça finisse par le massacre dans l’hippodrome. Nous sommes en pleine dégringolade, fascinées par les régressions ou par les répressions. Quelquefois par les deux. Décidées à nous empêcher toute initiative de sortie de la déchetterie géante, des bâches sur la tête, persuadées que c’est au fond de la pourriture amassée que nous allons trouver les outils miracles, policiers ou culturels. Ce qui nous tue, ce qui nous fait nous tuer, c’est de nous obstiner à croire que les formes sociales usées et réusées ne le sont pas, n’ont pas été réalisées vraiment, ont été volées par des vilains, recèlent des potentialités insoupçonnées. Si elles en recèlent, ce sont des potentialités supplémentaires d’aliénation et de mise à mort. Ce « tout est possible » qu’Arendt posait à l’entrée de tous les désastres totalitaires. Tout est effectivement possible, après trois siècles de capitalisme, de folie fétichiste, de recours tronqués, de croyance en des rédemptions immanentes, pour en finir avec l’humanité et toute possibilité d’émancipation. On en a les moyens ; c’est nous-mêmes. Nous sommes au bout du rouleau.

 

 

Les natures et les cultures

Les nations et les peuples

La citoyenneté et la propriété

Les nécessités économiques et historiques

C’est la vérole !!!

 

On l’a ; et bien copieuse

 

 


 

 

 

 

 

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 08:53

 

 

 

Je l’ai dit, écrit, notamment dans Verdun DIY, je ne crois pas trop aux vertus des tournois, en plus je suis malade et profondément déprimée. Ce pourquoi je moisis en m’emmerdant dans un fort vilain trou sur une sombre montagne plutôt que de faire la course avec des camarades dans un bocage suburbain en bouffant du gaz cs. Je devrais peut-être. Ça ne serait certainement pas pire. Au point qu’on en est, hein ? On dit que l'exercice ça fait du bien. M’enfin raté pour cette fois. Quand je serai redevenue plus grande, qui sait…


Mais voilà un petit texte anonyme paru sur zad.nadir, qui ne m’a pas déplu, et que je vous livre, au sujet de la foire d’empoigne des derniers jours à Notre Dame des Landes.


Juste, je me permets, tache, dans ce sens là, ça s’écrit sans circonflexe. Tâche, c’est justement le devoir, le travail, la nécessité écrasante, qui nous en font faire et des pas mûres. L’antinome quoi : nous, les taches, fuyons les tâches (et comment !).


Et peut-être aussi de faire remarquer qu’on pourrait quand même, après tant d’années, commencer à remplacer la déploration-dénonciation de nos vilains côtés par un peu d’analyse critique plus précise et moins pénitentielle, mais bon…

 

V13 – pour un monde de nanas, de paresse, de critique et d’émancipation ; contre le travail, l’état, l’intégration sociale et la sexualité.

 

 

 

“Nous ne partirons pas” ?


“Je ne veux pas partir” ne signifie pas “Je ne partirai pas”. En fait, il se peut même que je m’enfuie en courant, quand il viendront me chercher, voire un peu avant. La fuite n’a pas grand chose à voir avec le fait d’être lâche ou courageux, c’est de l’auto-défense élémentaire. Il n’y a ni honte ni fierté à mettre là-dedans mais un rapport stratégique et politique à évaluer. Je ne lutte pour produire ni des martyrs, ni des individus brisés parce qu’illes auront pris de face la lame de fond de la répression, je refuse de participer à une culture de lutte de guerriers virils qui n’ont peur de rien, où l’aveu de faiblesse est tabou. Je veux une lutte de tapettes qui peuvent assumer de ne pas se sentir forts. Répéter des formules incantatoires selon lesquelles rien ne nous fera plier et que nous ne partirons pas, font autant pour me donner de la force qu’un placebo agit réellement pour me soigner. Ca marche peut-être pour celleux qui veulent bien y croire. Pour les autres, le plus probable est qu’elles ne fassent que les culpabiliser. Il ne s’agit pas tant d’affirmer haut et fort que nous ne partirons pas, que nous ne plierons pas mais bien plus de s’interroger sur les conditions qui permettent de tenir, de ne pas en ressortir écrasé. Pour certain-e-s d’entre nous, plier un peu, c’est peut-être la condition pour ne pas se briser.


Je refuse le déni de notre impuissance chronique aussi bien que la résignation qui prête a nos ennemis une toute puissance et omnipotence qui interdirait toute velléité de subversion. Je trouve plus de force dans une tentative de lucidité qui ne nous promets pas que l’on “va gagner parce que c’est la seule solution”, qui ne nous berce pas d’illusions en nous racontant que “seuls quelques nuages noirs suffisent a obscurcir le ciel”... Il y a sur notre époque, plus que quelques nuages noirs, je pense. Cela ne m’ôte pas l’envie d’être un parasite au meilleur des mondes, comme une tache d’huile sur leur océan aseptisé et sous contrôle... Et cette tache là, il faudra plus qu’une shampouineuse nouvelle génération pour la décoller, parce qu’elle ne se sera pas bâtie sur une fragile illusion, celle qui nous promet que la victoire est à portée de main.


Ah ! Si toutes les taches du monde voulaient bien se donner la main ! Et en se donnant la main s’échanger discrètement leurs plans d’évasions puis (dans un même mouvement) de destruction de ce monde. “Fuir mais en fuyant chercher une arme”comme dirait l’autre.


Je ne défends pas un territoire. Le capitalisme, le sexisme et autres ont cours ici aussi. Je veux aider à porter des dynamiques qui visent a briser l’isolement, qui visent à faire exister des solidarités pour reprendre du pouvoir sur nos vies, je veux défendre le refus de se laisser aménager de ce territoire et de ces habitant.e.s, pas une hypothétique entité encore intacte et exempte de rapports d’exploitation et de dominationS. Ici, ce n’est pas un ilôt à l’extérieur du monde. La misère banale qui l’incruste est bien accrochée, ici, comme ailleurs. Dans cette perspective, “on ne se lâchera pas”, on a des choses à faire ensemble, encore après des ex.pulsions, même si nous sommes virés manu militari me paraît moins exclusif des multiples stratégies de résistances qu’on peut envisager.

 

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 17:19

 

 

Dans la famille, une des ces « familles » de choses qui font de notre monde un véritable oursin, donc dans une famille que ne sais si c’est celle de la némésis, de l’arnaque ou tout simplement de l’aveuglement qui nourrit la peur laquelle lui redonne la becquée, je revois fleurir les affiches roses pour les campagnes de dépistage des tumeurs des seins. C’est un des matraquages, avec l’industrie de la maigreur ou le prétendu vaccin du cancer de l’utérus, qui cible comme on dit les nanas. Bio mais pas que. Je me rappelle la fois où mon endocrino, brave lesbienne placard que j’aime bien mais qui est trop loin pour que je la consulte, m’avait chopé les nénés pour tâter ; j’en suis restée stupide. Je hais le tripotage. C’est le genre de choses qu’on apprend à l’adolescence ou en transitionnant ; on s’en passerait bien. Toutes.

 

Bref les tumeurs du sein. Ben ouais. Il serait bien étonnant que dans notre empoisonnement généralisé fertile en incitation aux néoplasmes, il n’y en eut pas plein, comme d’ailleurs. C’en est à ce point que quand on se donne des nouvelles avec des copines qui ont mon âge ou plus, ce sont bien souvent des nouvelles de cancers. Même j’ai fait récemment l’étrange expérience de haïr quelqu’un au point de lui souhaiter un cancer – et il l’a eu, en est même crevé en rien de temps. Pas du tout que je crois être devenue sorcière, pasque là y en a quelques qui auraient bien du souci à se faire vu ce que je leur souhaite ; juste la statistique. On va en gros crever majoritairement, entre 40 et 70 ans, de cancers de partout et de neurodégénérescence. C’est nous, quoi.

 

Cela dit l’arnaque, ou la dinguerie inconséquente mais très rationnelle si on veut, c’est justement cette règle qu’on veut imposer de se faire passer les nénés aux rayons x toutes les très peu d’années, à répèt’ quoi. Ce qui est tristement drôle, c’est que depuis quelques temps paraissent dans la presse médicale, puis générale, de sourdes interrogations, sur si c’est vraiment un bon truc – vu comme toujours d’un point de vue calculateur de bénéfices/risques, le seul « esprit critique » qui nous reste. Or, y avait pas besoin d’avoir fait des études scientifiques ni d’attendre quarante ans pour se rappeler que les rayonnements radioactifs sont réputés pour, entre cent autres sympathiques effets, faciliter ou provoquer l’apparition de ces fameuses formations anarchiques nommées tumeurs. Et que le coup des « faibles doses », les cimetières s’en engraissent tous les jours.

En gros, est-ce que tout simplement, à aller se faire transpercer à coups de rayons, on n’a pas bien autant de chances de s’offrir un tumeur que de découvrir celle qui nous aura été libéralement octroyée par les produits ménagers, le gazole, les lieux de travail ou les vies de m… en général ? La question est bête, comme le sont toutes les « questions » que nous nous posons alors qu’il est de toute façon depuis longtemps impossible de sortir des conditions imposées ; et auxquelles on peut bien répondre comme on veut, voire très sagacement, on l’a dans l’os quand même, on ne peut plus agir. Encore moins fuir.

 

D’ailleurs, ça n’a rien de particulier à ce cas précis : la médecine industrielle fait un usage absolument massif des moyens de détection à principe radioactif. Le moindre bobo ? Ouh là, toubib va pas se casser la tête à recompulser de vieilles connaissances que d’ailleurs on ne lui apprend peut-être même plus à la fac : scanner, irm. Et si ça ne suffit pas deux fois, trois fois, quinze fois. Pareil si vous êtes foutue, que tout le monde sait, y compris vous, que l’affaire est pliée : on aurait tort, jusques à l’entrée en soins palliatifs, selon l’abominable dénomination en vigueur, d’épargner un passage à la machine.

 

C’est que tout ça, mes bonnes, fait tourner les hôpitaux, ces usines médicales qu’on en est, d’ailleurs, aujourd’hui, à vouloir sauver, exactement comme les autres et des plus meurtrières (sidérurgie, chimie…), tellement on s’est appauvries et rendues dépendantes qu’on n’a effectivement plus que ça ! Plus que ces épouvantables endroits où on traite et transforme en restes de PIB et en heures de travail, pêle-mêle bricolages étonnants, souffrances chroniques autant qu’aigües, dépossession absolue du rapport à soi et à son corps. Et au-delà des hôpitaux, l’industrie médico-pharmaceutique, qui d’ailleurs est un des plus riches producteurs de valeur ajoutée dans ce monde en débine, tant qu’il y a encore de l’accumulation à pomper dans certaines régions du globe.

 

Je veux donc bien qu’il y ait de la némésis – mais je flaire tout de même assez fort l’arnaque. Seulement voilà, il y a cet élément dans lequel nous baignons bien autant que dans l’air ou dans la crasse, il y a la peur. Peur tout à fait justifiée d’ailleurs pasque ça tombe effectivement dru. Maintenant ce n’est plus « qui y aura », c’est « qui y échappera », la question. Et la peur est un puissant outil de domination intégrée et de résignation. On sait que ça va tomber mais ça ne donne évidemment pas envie un instant de tenter – de tenter quoi d’ailleurs ? D’aller où ? C’est comme la peste, il n’y a nulle part où aller hors de ce monde. Il est trop tard. On est dedans jusques au trognon. Et donc on ira se faire dépister et ci et ça, en arrivant à ne plus même souhaiter d’y échapper, mais d’être des quelques qui « en réchappent », plus ou moins charcutées, sursis à vie. Étrange version libérale et corporelle de la vieille blague russe : « celui qui avait pris cinq ans était bien content que ce ne fût pas dix, celui qui avait dix ans était soulagé que ce ne fût pas vingt cinq, et celui qui prenait vingt-cinq pleurait de joie de n’avoir pas été fusillé ».

C’est la totalité de notre survie qui ressemble désormais à cet état macabre.

 

Pour ce qui est de nous, les t’, il faut bien dire… bien rien justement. Qu’est-ce qu’on peut dire ? On s’est bourrées d’hormones, on a été ou on délibère d’aller à la charcuterie (qui donne à peu près moitié de résultats passables et moitié de dysfonctionnements à vie, urinaires, notamment, les filles !), on se fait raboter de partout, et tout cela de notre propre chef. Bien sûr, et d’ailleurs c’est une discussion que j’avais encore il y a peu, il y a la « pression normative » de cet « autre » après quoi nous courons toujours. Mais zut, eh, la pression elle est aussi pour les bio, d’une part. Je veux dire, donc, qu’on n’a pas moins de raisons de s’y confronter critique. Et deux y en a marre de toujours se rappuyer là-dessus pour en plus passer notre temps à nous plaindre de la tuyauterie qui fuit ! On l’a voulu, on a été « les actrices de notre propre vie », comme toutes les consommatrices, on l’a eu, on l’a on l’aura, notamment notre très probable cancer. Les chanceuses auront un avc. Enfin celles qui auront la veine supplémentaire de ne pouvoir, comme on dit, être médicalisées à temps. Sinon gagatisme et hémi ou tétraplégie – là aussi, ça fera tourner l’industrie du soin à la personne, cette ultime poche de valorisation à bas salaires, dévolue évidemment aux nanas. Finalement c’est terrible, on pourrait aussi avoir à la fin un monde de nanas, mais complètement aliéné et désastreux, au rebours total de ce que nous proposait de tenter Valérie Solanas !

 

Oscours - mais qui, qui d'autre que nous qui ssommes déjà dans la boîte, hein ?

 

Et voilà. Voilà où en est déjà ce monde que nous prétendons encore perfectionner. C’est trop classe. J’en ai mal aux seins, tiens. Quel oursin ce rouleau compresseur. Ou bien sommes nous des sacs d'oursins ?

 


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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 12:16

 

Je l’ai déjà dit, je n’aime pas faire les pleureuses en colère, je suis exaspérée par les requiems, le TDoR et toute l’économie militante où on échange des jetons d’intégrations contre des cadavres, monnaie à bas cours, notamment dans notre cas, mais monnaie quand même, par le principe.

 

Cependant, il faut bien le dire, les dernières années m’ont amené régulières annonces de morts de t’, un peu comme moi la cinquantaine, des atypiques, de celles dont on se disait qu’elles assuraient dans la solitude. Suicides presque toujours. Bon, c’est un mal qui nous frappe massivement, les t’ et apparentées.

 

Là je voulais causer de la sous-catégorie hétéroclite dans laquelle j’ai la faiblesse de me ranger (et de me voir rangée de toute façon par mes congénères, qui me reconnaissent telle en un quart d’heure), je dirais les t’ pour qui il y autre chose, d’au moins aussi et même de plus décisif, que les histoires de genre, sans quoi la vie c’est beurk. Nous sommes souvent ainsi des t’ pour qui la t’itude ne se résume pas à elle-même, mais bien souvent est liée par des liens complexes à ces autres choses. Du coup nous sommes aussi peu appréciées par les t’ qui considèrent que c’est l’affaire de leur décennie (et après cursus ordinaire, enfin dans les rares cas ou la t’itude ne se rappelle pas régulièrement), que par les ceusses, il y en a, qui s’ingèrent de ces autres choses, et qui ne comprennent pas comment nous, suppôtes de la société technologique et aliénée, pouvons avoir le moindre intérêt à des changements et échappées profondes.

 

D’ailleurs c’est vrai que ça ne saute pas toujours très bien aux yeux.

 

Toujours est-il que notre sous catégorie meurt beaucoup vers cinquante ans.

 

Nous n’avons pas su ni voulu marchander, et de toute façon ces autres choses ne sont pas échangeables sur le marché social et politique ; ce n’est pas la roue du dénoncer-revendiquer-s’intégrer. Ne servent à rien, au sens propre, au monde tel qu’il est. Nous avons souvent aussi peu de goût pour le jeu de rôles relationnel. Et c’est pourquoi même nos collègues, qui cependant ne crèvent pas moins, ne songent guère à nous : nous n’existons pas. D’ailleurs ce n’est pas toujours exister que nous voulions (décidément, jamais contentes).

 

Nous ne sommes, t’lande, finalement, je le crois bien, qu’une anecdote qui aura son temps, ou se fondra au « mieux » totalement dans la normalité patriarcale trrrrès élargie qui se profile. Mais zut, et alors ? Nous sommes, étions quand même. Ce qui est une raison suffisante, sans, surtout sans aller chercher aucun droit ou aucune origine, que nous pussions vivre. Je n’ai pas dit comme les autres. Non seulement je n’y crois plus, mais au fond je crois que j’aurais tellement aimé un monde où personne ne cherche trop à faire comme les autres.

 

Et voilà. Je vois la cinquantaine toute proche ; je vois la dégringolade, l’isolement, les mensonges, la haine, le mépris qui forment mon environnement depuis des années. Mè oui, diverses collègues m’en ont d’ailleurs de même témoigné pour elles, qui ne sont plus toutes là aujourd’hui – mais c’est bien connu que les t’ sont des mytho, alors que les bio disposent d’un gène qui leur fait toujours dire vrai.

Et je me dis que toute douillette que je suis j’ai des chances de passer au tableau.

Á propos personne a de la méthadone ?

 

Évidemment je ne suis pas niaise. Je sais très bien qu’à peine la nouvelle que je suis au tableau dont on ne descend pas aura fait son petit chemin à hamsterlande, je serai étiquetée, empaquetée, et mise dans la boîte à négoce. Les ceusses même qui auront bien contribué à me faire monter sur l’estrade ne dédaigneront pas d’en faire leur profit. Et je serais encore plus niaise de m’insurger là-contre ; en effet il ne s’agit pas de volonté bonne ou mauvaise, non mesdames les militantes en colère, libératrices des forces productives, il s’agit juste de faire entrer tout ce qui peut dans le grand système d’échange équivalent. On ne peut même pas choisir de ne pas le faire, à moins de s’exclure immédiatement et radicalement de ce social. Vous êtes, comme absolument tout le monde, des actrices mécaniques de l’échange, dans vos rages comme dans vos négoces.

 

Déjà vouloir être t’, ce n’était pas forcément une option de facilité. Mais vouloir être entre autres t’, et ne pas faire comme, ne pas jouer la « vraie », chercher d’autres chemins que l’intégration dans un monde pourri – c’est vrai que c’est de la gourmandise. De la gloutonnerie.

 

Et que ça méritait d’être châtié. Pour ne pas dire exterminé.

 


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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 08:12

 

 

« Et eux ne valaient rien… »

Troisième sexe

(souvenir du squat de Vaise où cette chanson passait en permanence.

Depuis nous avons appris à valoir). 

 

 

 

 

Parmi le chapelet de revendications de mes petitEs camarades, je vois qu’on fait pour l’Intégratrans® de cette année un bon petit pas en avant (ou c’est que, bénigne, je l’avais pas vu les aut’z’années ?)

 

« Nous dénonçons l’extrême vulnérabilité et les difficultés d’accès au marché du travail des personnes transgenres, transsexuelles et genres fluides. Nous exigeons des garanties d’accès au monde du travail et la mise sur pied de politiques spécifiques destinées à mettre un terme à la marginalisation et à la discrimination de ces personnes. »

 

Classe, classe, j’en frétille du croupion. C’est vrai, on n’était pas autant marchéables que les zautes, quel scandale et quel manque à gagner que l’économie fût privée par les lourdeurs culturelles de toutes ces compétences. Il était temps que l’évidence triomphe, à la manière des bulldozers et autres moissonneuses. Travail, marché, compétence, valorisation ; on va pouvoir être misEs en coupe réglée selon la seule valeur qui vaille, la rentabilité. Comme toutE citoyenNE productrice qui se respecte, et est respectéE - à l’aune de son CDI.

 

(J’apprends depuis par un article enthousiaste du Monde que même la folie ne protège plus de l’exigence de rentabilité ; des autistes pointilleuXses, cette autre version de la conscience malheureuse et de l’inhumanité galopante, sont désormais employéEs à traquer des erreurs dans des suites de données dont l’ennui massif tuerait quiconque d’autre. Mais nouzautes humainEs, comme l’ont remarqué bien des qui ont fréquenté des lieux de rééducation extrême, résistons à ce qui fait crever sans délai les autres mammifères ; et c’est sans doute là une des clés de notre malheur : le courage.)

 

Bref, produits ou pas de ce monde, en tous cas, il est bien décidé à n’en rien perdre – et, pire, nous sommes très déterminés à lui donner raison. Avoir les bons papiers, se marier, travailler, provigner… Et personne ne s’étonne que nous nous esbaudissions ainsi de perpétuer le monde en l’état. Bien au contraire, nous nous en applaudissons. Ne nous manque que ce qui structure depuis fort longtemps économie, patriarcat et autres babioles.

 

N’oublions pas qu’un droit, c’est une forme sociale à incarner, obligatoirement autant que volontairement ; gare à qui ne s’y intègre pas. Ainsi du travail, un des droits fondamentaux du capitalisme, avec la propriété privée. Nous existons pour l’échange. On en a besoin comme de la misère organisée ou d’une infection virale.

 

Et non plus que le boulot, ce peut être vite, avec les meilleures intentions, la participation totale aux structures de l’ordre présent.

 

Y a sans doute que le tapin qui n’est pas décent. Mais on fera d’excellentes hôtesses de caisse avec une petite pancarte indiquant de pas nous agresser, ni de nous donner des donuts, s’pas les prohi ?

 

On est bien déjà des fois hôtesses de l’air… les plus jeunes et les moins moches…

 

Bref on va avoir des conseillers spécialement formés à Pôle Emploi, en plus de la file aux guichets des mairies. Orgasmons d’aise. Nos associatiFves y travaillent. Plus tard participeront peut-être même au reclassement, à la chasse aux feignantEs, comme la CNT à Barça en 36. Fini de buller, t’lande ! Va falloir rembourser les opés, fut-ce indirectement, en abondant le PIB.

 

Je cause même pas de l’armée et autres forces de sécurité, à bras ouverts ; la prochaine étape. En treillis et fusil d’assaut en bandoulière dans les gares, à zieuter le clando, puis sur les sites des catastrophes industrielles à venir, à filtrer réfugiés et pillards…

 

C’est qu’on a fait tout ça pour être pareilLEs en tout, pour remplir aussi bien qu’autrui les si naturelles, raisonnables attentes de ce monde ; si si, je me rendais pas compte…

 

Le travail c’est la santé. Ça tombe bien c’est là une de nos obsessions consensuelles.

 

La libération des forces prod’s est en marche, assurément. L’émancipation c’est autre chose. Mais ce n’était sans doute pas notre propos. Dommage.

 

Nous avons voulu valoir, à l’unisson de ce monde ; nous suivrons donc sa destinée, sans même pouvoir nous plaindre.

 


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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:07

 

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul », se dit dieu dans le récit de la génèse ; introduction au dualisme foncier et au patriarcat version abrahamique. Quand on y songe tout y est d’emblée. Ce qui est, premier, est m. La f est son complément. Enfin il est prescrit d’être toujours accompagné dans la vie. Et l’accompagnante, subordonnée, revêtira forcément les formes et les positions désignées comme f. Sexisme et relationnisme in radix. Réappropriés et reproduits désormais non seulement à hétérolande, qui en fait tout de même l’essentiel, mais dans tout le social genré – le genre, dans ce cadre, se manifeste comme une inépuisable base, multiple de l’identique en petits paquets pour une normalisation large, accueillante, de ce qu’il n’existe actuellement que par et pour l’intensification et le certificat de la production relationnelle.

 

Il faut bien dire que complémentarisme comme injonction à la relation, qui pourtant n’ont jamais connu d’étiage bien bas, reviennent très fort de nos jours, y compris dans les approches libératoires qui, prenant la succession de celles des années 70, assurent la même cohésion gluante en fétichisant tels ou tels groupes sociaux. On est simplement passéEs ou repasséEs de la fausse androgynie poilue mais aux rapports bien classiques, vaguement préhistoriques, à barbie vêtue ou dévêtue et à action man, bien dégagé sur les oneilles quoi, glabre ou barbu. DotéEs de rapports tout aussi classiques bien que désormais assistés par technologie, laquelle permet un niveau de contrôle jamais imaginé auparavant. Mais l’affaire est toujours de libérer quelque chose, une idée, un peuple, une conception, une nécessité, une abstraction réelle imposante et coercitive, nature ou culture ; la libération s’assoit toujours, priorité oblige, sur l’émancipation comme sur la réflexion. Pouikch.

 

Pas seul. Y faut toujours quelqu’une avec. Pour assurer pépé de son importance. Pour cimenter la communauté. Pour que la valeur croisse autour de lui ou de ses avatars. Je renvoie ici à l’analyse indépassée de Solanas sur l’état des rapports humains : le monde des formes masculines est celui de la guerre, de la concurrence et de l’incapacité à autre rapport que la valorisation par la dépendance et la surveillance. Je tends à penser comme elle que l’injonction relationniste et sexuelle, intégrée comme désir, est un fort morceau de cette structure.

J’apprends que Sulamith Firestone, une autre qui avait des visées critiques sur les évidences relationnistes, et qui ne l’avait pas plus emporté en paradis que sa consœur aînée, vient de mourir, elle aussi, isolée et disgraciée. C’est je pense le salaire mécaniquement octroyé par le social à celles qui ont blasphémé avec précision et insistance. Et la famille ne s’est guère distinguée en ces occasions.

 

Pas seul. Pas seulEs. Toujours encolléEs et dans l’ordre, qui se reconstitue automatiquement par l’objet visé, quelles que soient les identités en présence. C’est la porte de l’existence reconnue, la vraie l’unique.

 

Jamais seules, toujours sous le regard et dans le contrôle. Dans la comparaison et les hiérarchies.

 

La complémentarité a toujours été une antiphrase pour la subordination.

 

Et l’égalité une autre pour le pressage paritaire dans l’écrabouillement rentable.

 

Toujours quelque chose au dessus par lequel nous nous traduisons, projetons, légitimons à conditions, histoire qu’on n’aille pas s’égayer ici et là.

 

Valérie, tu nous manques grave.

 


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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 08:15

 

 

On se gargarise de maturité, et c’est déjà la sénescence qui nous a pris par la main pour nous traîner en bas.

 


 

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 07:26

 

N’y a rien de tel que la sincérité, notamment longtemps malheureuse, pour nourrir la plus redoutable brutalité objectivante au premier signe de prospérité, au moindre accès de pouvoir. Les gentes qui croient tout ce qu’ellils disent, et inversement, son prêtes à tout pour continuer dans cette voie. S’abusent et abusent de donner, redonner dans le miroir aux alouettes des nécessités objectives, toujours en dehors, au dessus, et fréquemment meurtrières pour le bien du x de l’équation en vigueur.

On ne peut attendre quelqu’humanité et raison que des idées de derrière la tête. Bref du doute, de la distance et du dessalement.

Quant à la sortie…

Pour le moment nous en sommes plutôt à la sale et à la colle.

 

 


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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 14:16

 

« Que les Romains leur donnent et leur ôtent leur trônes à volonté, ils le savent fort bien.

Mais ne pas oublier pour autant, les malheureux, qu’ils portent encore le titre de rois. »

C.Cavafy

 

 

Pont. Strapontin. Je ne puis m’empêcher de penser, au spectacle de nos petites camarades qui entendent et prétendent représenter le « peuple des t », aux petits rois de l’époque post héllénistique, lesquels prospéraient frileusement sous l’aile de l’Empire. Les t’ sont à sauver, à développer, à insérer, à mener vers la terre promise de l’égalité civique, judiciaire et autres hochets. Bonne affaire ; le social marche bien en période de naufrage, et se pare des couleurs du prophétisme. .

Pour mener à bien cette noble tâche, elles ont résolu de se faire proclamer ici et là par trois pelées et deux tondues supposées nous incarner. Ou, pour les moins achalander, de s’auto-exalter sur internet, ce vide grenier de la reconnaissance. Un peu comme ces sacres à la sauvette de monarques ou de papes contestés, mutuellement schismatiques, à la fin du moyen-âge. Quand de toute façon la réalité du pouvoir était déjà passée ailleurs.

 

Passée ailleurs. C’est ce qui les fait roitelettes autant que strapontines, ces braves t’folks. Bien sûr elles entendent régner sur ce fantasme de peuple que nous inspirons désormais, comme toutes les autres identités, dont on ne dira jamais assez qu’elles dessinent des cultures, au sens du bouillon, où se multiplie le pouvoir et son exercice. Mais bien entendu le vrai pouvoir est ailleurs, au dessus, dans les ministères, ou dans les grosses orgas d’état. Il s’agit donc pour nos roitelettes de se battre bec et ongles pour un très hypothétique strapontin, lequel correspond, s’il existe, grosso modo au trône d’un de ces petits potentats dépendants et protégés par un empire. En effet, ce à quoi elles font le plus penser, comme modèle historique, sont ces ethnarques qui, dans les empires de l’antiquité occidentale, régissaient leur peuple sous la houlette commune, tout en s’en faisant accroire et à grands renforts de décorum.

Elles règneraient ainsi, le chef nimbé d’une double auréole associative et politique, au nom de notre insertion fructueuse dans la grande nécessité collective étatique. Imprégnée du xilophène du bien commun, lequel est censé tuer net la vermine incivile. Classe.

 

Le pire, ou le meilleur, c’est que, dans la grande tradition démocrate, ce rêve d’être l’élue (ce qui veut dire choisie, reste à savoir par qui) est un fier mélange de sincérité citoyenne et de cynisme fasciné par le rôle de représentativité, qui est la forme actuelle du pouvoir.

 

Et d’y aller de leurs initiatives, longues stations dans les couloirs des conférences ministérielles, audacieuses plaintes à La Haye, quand ce n’est pas carrément faire campagne pour un poste électoral. Sans parler évidemment de l’inénarrable débat sur la natûre de notre identité, farci de la déception, genre celle de la consommatrice qui ne trouve pas dans l’emballage la couleur escomptée, des deux ou trois autoproclamées qui jouent (avec une foultitude d’autres lobbyistes) les acariennes du tapis rouge de l’assemblée. Il faut avouer que je me suis un peu marrée. Et que j’en pense au final la même chose que l’autre jour.

Depuis, et au rythme d’un communiqué par semaine, la nationale trans (« tout ce qui est national gnagnagna »), toujours une mégalomanie d’avance, a carrément préempté la représentation mondiale. Elle octroie, figurez vous, satisfecit et conseil à la R.P. du Vietnam (ont-elles consulté en outre le gouvernement en exil du Sud ? Si elles ont oublié je le leur conseille. On ne sait jamais, l’histoire a des imprévus). « Et demain le monde entier », comme je le disais il y a déjà un moment à leur sujet. On y est. Á quand la galaxie (trans, bien entendu, ce sont des ethnarques, selon la vieille tradition hèllénique) ?

 

La seule, finalement, l’unique anicroche, dans tout ça, c’est précisément ce peuple par identité dont elles affirment être à la fois l’émanation (on ne peut effectivement leur contester d’en être, elles aussi) et les bergères. Bien sûr, je ne suis pas tant que ça typique de t’lande (encore que, je me sens aussi caricaturale qu’une autre) ; je répugne à être confite de droits, à ce qu’on me reconnaisse, à ce qu’on me facilite la vie, à être recensée, encadrée, certifiée. Bon. Mais il faut bien avouer que quelles qu’en soient les raisons, le dit peuple fait quand même bougrement défaut. Oh, je ne vais pas ici m’enfoncer dans une revue critique des possibles raisons. Mais voilà, de fait, la situation de nos roitelettes fait un peu pitié. Juchées sur de fantomatiques assoces aux noms ronflants, œcuméniques, comme sur de très étiques cavales, jouant avec une virtuosité qu’on ne saurait leur contester du communiqué par internet, se grisant pour finir de leur jactance et de l’admiration inconditionnelle des trois pelées évoquées plus haut, lesquelles ne manquent jamais dans ces équipées, elles représentent un nec plus ultra de l’anecdotique contemporain.

 

Et le peuple en question, si disputé et si absent ? Est-ce au fond un problème qu’il le soit ? Ne sommes nous pas, identité supplémentaire, déjà une valeur parmi d’autres ? Ce qui règle la question : que nous le voulions ou pas, que nous soyons là ou pas, nous serons comme on dit dans le langage de la charité moderne prises en compte. Dans la foire aux identités collantes, on se retrouve empeuplées sans même l’avoir voulu et encore moins pensé. Ce qui permet aux roitelettes de se réclamer de nous, de présenter des listes, des diagrammes, des statistiques, à la puissance supposée bienveillante.

 

Quand même une chose qu’on ne peut, il me semble, leur reprocher. Contrairement à la pratique martyrologique qui sévit par chez nous comme en bien d’autres (auto)gestions d’identités et m’exaspère, elles ne font pas trop dans le funéraire. C’est plutôt le domaine de la bureaucratie horizontale de l’autosupport communautaire. Il y a un côté « je positive » nécessairement plus marqué chez ces associatives de pouvoir vertical. Mais du coup elles font moins que d’autres commerce et engrangement de nos malheurs et déconvenues, à l’inverse par exemple des épicières de sos-homophobie ou des onze-novembrités du TdOR.

 

Nos vies ne valent rien, et c’est tant mieux. Il est temps de le faire savoir, et de ruiner les petites spéculations de celles qui essayent, bien maladroitement, de les introduire en la bourse politico-judiciaire. On s’occupe de nos fesses, qu’elles s’occupent des leur.

 

Mais bon, je vois à quel point je me moque ici de cible bien faciles, visibles comme un furoncle sur le nez retroussé de t’lande, et même trompeuse, abstraction une fois faite de la réelle et indiscutable nocivité de l’état, des lois et des institutions de ce type. En effet, nous n’avons hélas pas même besoin de ces clounes de la soif potentiaire pour étancher la nôtre d’autogestion, d’intrégration volontaire et enthousiaste, civile autant que soucieuse, au jeu de la responsabilité, de la reconnaissance, in fine de la domination infuse. Elles rêvent conseils trans, nous rêvons communauté(s), droits, schizophrénie de la différence dans l’égalité ou l’inverse. Mais surtout et toujours gestion, prise en charge, rationalisations, care ; d’être toutes garanties d’un sanitaire chier droit ; toutes surveillantes de notre participation décente ; toutes mécanotes de notre générale. Ce qui se profile derrière les roitelettes qui s’agitent dans les couloirs des sous-ministères, c’est nous, ce peuple t’ que nous aurions pu peut-être éviter de devenir, mais qui est en train de se coaguler effectivement par nos volontés et nos consentements. Nous n’aurons pas su éviter d’être et faire comme il est prescrit de, au fond de nos consciences individuelles de masse ; identité santé, empeuplement et pouvoir intériorisé au bout, même et surtout dans l’impuissance.

 

Ou peut-être ? Mais il nous faudrait alors sévèrement réviser nos conduites et désirs ; cesser de vouloir faire aussi bien que ; enfin rétropédaler en diable. Ou mieux, refuser de pédaler.

 


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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 14:30

 

http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/07/30/la-vente-de-medicaments-sur-internet-n-est-pas-reglementee_1740224_3238.html

 

On connaît bien ça à t’lande, les mises en garde de copines, « surtout n’achète pas d’hormones ou d’anti-hormones sur internet, c’est de la contrefaçon ».

 

Sauf que contrefaçon est un terme commercial qui désigne un objet produit sans que le détenteur du brevet qui le protège (l’objet, ou plutôt sa valeur, pas les gentes), lequel est toujours ici un géant de la pharmacie, ait empoché ses droits, calculés évidemment au plus haut. Le domaine pharmaceutique est par excellence un de ceux où la règle que le prix doit monter jusqu’à ce que la partie la plus riche de la population mondiale est disposée à payer pour. Sachant que dans le cas des médocs, bien sûr, la préservation de soi est un aiguillon qui place la dite barre encore plus haut.

 

Les majors du secteur et les états jouent volontiers du terme de « contrefaçon » pour faire croire qu’un produit commercialisé hors brevet est nécessairement un sous-produit inefficace ou néfaste.

 

Á cette aune, à peu près toute l’industrie pharma indienne, généralement reconnue pour son savoir faire dans la production de générique, délivre de la contrefaçon.

 

Á l’inverse, on peut régulièrement voir que d’excellents produits légalement brevetés, ayant reçu appui et contreseing de toutes les agences, se révèlent après plus ou moins longtemps des poisons. Pas de pot ! Ce qui pose l’autre problème de la médicalisation à outrance, et de la recherche d’une solution pour chaque souci, lesquelles se montrent à la longue particulièrement « coûteuses »… en vies.

 

Bref, quand prendrons nous conscience que l’économie et le commerce n’ont absolument rien à fiche ni du réel, ni de nos vies, et que leur propagande n’a de but que leur intérêt propre à croître ou à se maintenir ?

Ce que je faisais remarquer dans un récent article à propos d’un traité de commerce, c’est que tout le monde a couiné sur les biens culturels, bref sur le copié collé internet, alors que sont principalement visés par ces accords des biens beaucoup plus sensibles, en premier lieu les médocs. J’ai été épatée d’à quel point personne n’en avait rien à cirer. ActUp a été presque la seule assoce ici, avec quelques autres du même secteur, à chanter au charron.

 

Accessoirement, il pourrait nous naître une inquiétude sur notre demande permanente, angoissée, de règlementations, de protocoles, de garanties, de labels – est-ce que ces parcages ne vont pas toujours dans le sens d’une raréfaction de l’accès aux choses, propices à un renchérissement ?

 

Bref, le pouvoir n’a-t-il pas quelque chose à voir avec l’économie, c'est-à-dire avec l’expropriation fondamentale et la dépossession ? Et avons-nous raison de trembler au rythme des peurs qui gigotent sur les écrans pour nous captiver ?

 

Enfin de ne pas nous rappeler que les mots ont un sens ?

 


 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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