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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 12:16

 

Je l’ai déjà dit, je n’aime pas faire les pleureuses en colère, je suis exaspérée par les requiems, le TDoR et toute l’économie militante où on échange des jetons d’intégrations contre des cadavres, monnaie à bas cours, notamment dans notre cas, mais monnaie quand même, par le principe.

 

Cependant, il faut bien le dire, les dernières années m’ont amené régulières annonces de morts de t’, un peu comme moi la cinquantaine, des atypiques, de celles dont on se disait qu’elles assuraient dans la solitude. Suicides presque toujours. Bon, c’est un mal qui nous frappe massivement, les t’ et apparentées.

 

Là je voulais causer de la sous-catégorie hétéroclite dans laquelle j’ai la faiblesse de me ranger (et de me voir rangée de toute façon par mes congénères, qui me reconnaissent telle en un quart d’heure), je dirais les t’ pour qui il y autre chose, d’au moins aussi et même de plus décisif, que les histoires de genre, sans quoi la vie c’est beurk. Nous sommes souvent ainsi des t’ pour qui la t’itude ne se résume pas à elle-même, mais bien souvent est liée par des liens complexes à ces autres choses. Du coup nous sommes aussi peu appréciées par les t’ qui considèrent que c’est l’affaire de leur décennie (et après cursus ordinaire, enfin dans les rares cas ou la t’itude ne se rappelle pas régulièrement), que par les ceusses, il y en a, qui s’ingèrent de ces autres choses, et qui ne comprennent pas comment nous, suppôtes de la société technologique et aliénée, pouvons avoir le moindre intérêt à des changements et échappées profondes.

 

D’ailleurs c’est vrai que ça ne saute pas toujours très bien aux yeux.

 

Toujours est-il que notre sous catégorie meurt beaucoup vers cinquante ans.

 

Nous n’avons pas su ni voulu marchander, et de toute façon ces autres choses ne sont pas échangeables sur le marché social et politique ; ce n’est pas la roue du dénoncer-revendiquer-s’intégrer. Ne servent à rien, au sens propre, au monde tel qu’il est. Nous avons souvent aussi peu de goût pour le jeu de rôles relationnel. Et c’est pourquoi même nos collègues, qui cependant ne crèvent pas moins, ne songent guère à nous : nous n’existons pas. D’ailleurs ce n’est pas toujours exister que nous voulions (décidément, jamais contentes).

 

Nous ne sommes, t’lande, finalement, je le crois bien, qu’une anecdote qui aura son temps, ou se fondra au « mieux » totalement dans la normalité patriarcale trrrrès élargie qui se profile. Mais zut, et alors ? Nous sommes, étions quand même. Ce qui est une raison suffisante, sans, surtout sans aller chercher aucun droit ou aucune origine, que nous pussions vivre. Je n’ai pas dit comme les autres. Non seulement je n’y crois plus, mais au fond je crois que j’aurais tellement aimé un monde où personne ne cherche trop à faire comme les autres.

 

Et voilà. Je vois la cinquantaine toute proche ; je vois la dégringolade, l’isolement, les mensonges, la haine, le mépris qui forment mon environnement depuis des années. Mè oui, diverses collègues m’en ont d’ailleurs de même témoigné pour elles, qui ne sont plus toutes là aujourd’hui – mais c’est bien connu que les t’ sont des mytho, alors que les bio disposent d’un gène qui leur fait toujours dire vrai.

Et je me dis que toute douillette que je suis j’ai des chances de passer au tableau.

Á propos personne a de la méthadone ?

 

Évidemment je ne suis pas niaise. Je sais très bien qu’à peine la nouvelle que je suis au tableau dont on ne descend pas aura fait son petit chemin à hamsterlande, je serai étiquetée, empaquetée, et mise dans la boîte à négoce. Les ceusses même qui auront bien contribué à me faire monter sur l’estrade ne dédaigneront pas d’en faire leur profit. Et je serais encore plus niaise de m’insurger là-contre ; en effet il ne s’agit pas de volonté bonne ou mauvaise, non mesdames les militantes en colère, libératrices des forces productives, il s’agit juste de faire entrer tout ce qui peut dans le grand système d’échange équivalent. On ne peut même pas choisir de ne pas le faire, à moins de s’exclure immédiatement et radicalement de ce social. Vous êtes, comme absolument tout le monde, des actrices mécaniques de l’échange, dans vos rages comme dans vos négoces.

 

Déjà vouloir être t’, ce n’était pas forcément une option de facilité. Mais vouloir être entre autres t’, et ne pas faire comme, ne pas jouer la « vraie », chercher d’autres chemins que l’intégration dans un monde pourri – c’est vrai que c’est de la gourmandise. De la gloutonnerie.

 

Et que ça méritait d’être châtié. Pour ne pas dire exterminé.

 


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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 08:12

 

 

« Et eux ne valaient rien… »

Troisième sexe

(souvenir du squat de Vaise où cette chanson passait en permanence.

Depuis nous avons appris à valoir). 

 

 

 

 

Parmi le chapelet de revendications de mes petitEs camarades, je vois qu’on fait pour l’Intégratrans® de cette année un bon petit pas en avant (ou c’est que, bénigne, je l’avais pas vu les aut’z’années ?)

 

« Nous dénonçons l’extrême vulnérabilité et les difficultés d’accès au marché du travail des personnes transgenres, transsexuelles et genres fluides. Nous exigeons des garanties d’accès au monde du travail et la mise sur pied de politiques spécifiques destinées à mettre un terme à la marginalisation et à la discrimination de ces personnes. »

 

Classe, classe, j’en frétille du croupion. C’est vrai, on n’était pas autant marchéables que les zautes, quel scandale et quel manque à gagner que l’économie fût privée par les lourdeurs culturelles de toutes ces compétences. Il était temps que l’évidence triomphe, à la manière des bulldozers et autres moissonneuses. Travail, marché, compétence, valorisation ; on va pouvoir être misEs en coupe réglée selon la seule valeur qui vaille, la rentabilité. Comme toutE citoyenNE productrice qui se respecte, et est respectéE - à l’aune de son CDI.

 

(J’apprends depuis par un article enthousiaste du Monde que même la folie ne protège plus de l’exigence de rentabilité ; des autistes pointilleuXses, cette autre version de la conscience malheureuse et de l’inhumanité galopante, sont désormais employéEs à traquer des erreurs dans des suites de données dont l’ennui massif tuerait quiconque d’autre. Mais nouzautes humainEs, comme l’ont remarqué bien des qui ont fréquenté des lieux de rééducation extrême, résistons à ce qui fait crever sans délai les autres mammifères ; et c’est sans doute là une des clés de notre malheur : le courage.)

 

Bref, produits ou pas de ce monde, en tous cas, il est bien décidé à n’en rien perdre – et, pire, nous sommes très déterminés à lui donner raison. Avoir les bons papiers, se marier, travailler, provigner… Et personne ne s’étonne que nous nous esbaudissions ainsi de perpétuer le monde en l’état. Bien au contraire, nous nous en applaudissons. Ne nous manque que ce qui structure depuis fort longtemps économie, patriarcat et autres babioles.

 

N’oublions pas qu’un droit, c’est une forme sociale à incarner, obligatoirement autant que volontairement ; gare à qui ne s’y intègre pas. Ainsi du travail, un des droits fondamentaux du capitalisme, avec la propriété privée. Nous existons pour l’échange. On en a besoin comme de la misère organisée ou d’une infection virale.

 

Et non plus que le boulot, ce peut être vite, avec les meilleures intentions, la participation totale aux structures de l’ordre présent.

 

Y a sans doute que le tapin qui n’est pas décent. Mais on fera d’excellentes hôtesses de caisse avec une petite pancarte indiquant de pas nous agresser, ni de nous donner des donuts, s’pas les prohi ?

 

On est bien déjà des fois hôtesses de l’air… les plus jeunes et les moins moches…

 

Bref on va avoir des conseillers spécialement formés à Pôle Emploi, en plus de la file aux guichets des mairies. Orgasmons d’aise. Nos associatiFves y travaillent. Plus tard participeront peut-être même au reclassement, à la chasse aux feignantEs, comme la CNT à Barça en 36. Fini de buller, t’lande ! Va falloir rembourser les opés, fut-ce indirectement, en abondant le PIB.

 

Je cause même pas de l’armée et autres forces de sécurité, à bras ouverts ; la prochaine étape. En treillis et fusil d’assaut en bandoulière dans les gares, à zieuter le clando, puis sur les sites des catastrophes industrielles à venir, à filtrer réfugiés et pillards…

 

C’est qu’on a fait tout ça pour être pareilLEs en tout, pour remplir aussi bien qu’autrui les si naturelles, raisonnables attentes de ce monde ; si si, je me rendais pas compte…

 

Le travail c’est la santé. Ça tombe bien c’est là une de nos obsessions consensuelles.

 

La libération des forces prod’s est en marche, assurément. L’émancipation c’est autre chose. Mais ce n’était sans doute pas notre propos. Dommage.

 

Nous avons voulu valoir, à l’unisson de ce monde ; nous suivrons donc sa destinée, sans même pouvoir nous plaindre.

 


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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:07

 

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul », se dit dieu dans le récit de la génèse ; introduction au dualisme foncier et au patriarcat version abrahamique. Quand on y songe tout y est d’emblée. Ce qui est, premier, est m. La f est son complément. Enfin il est prescrit d’être toujours accompagné dans la vie. Et l’accompagnante, subordonnée, revêtira forcément les formes et les positions désignées comme f. Sexisme et relationnisme in radix. Réappropriés et reproduits désormais non seulement à hétérolande, qui en fait tout de même l’essentiel, mais dans tout le social genré – le genre, dans ce cadre, se manifeste comme une inépuisable base, multiple de l’identique en petits paquets pour une normalisation large, accueillante, de ce qu’il n’existe actuellement que par et pour l’intensification et le certificat de la production relationnelle.

 

Il faut bien dire que complémentarisme comme injonction à la relation, qui pourtant n’ont jamais connu d’étiage bien bas, reviennent très fort de nos jours, y compris dans les approches libératoires qui, prenant la succession de celles des années 70, assurent la même cohésion gluante en fétichisant tels ou tels groupes sociaux. On est simplement passéEs ou repasséEs de la fausse androgynie poilue mais aux rapports bien classiques, vaguement préhistoriques, à barbie vêtue ou dévêtue et à action man, bien dégagé sur les oneilles quoi, glabre ou barbu. DotéEs de rapports tout aussi classiques bien que désormais assistés par technologie, laquelle permet un niveau de contrôle jamais imaginé auparavant. Mais l’affaire est toujours de libérer quelque chose, une idée, un peuple, une conception, une nécessité, une abstraction réelle imposante et coercitive, nature ou culture ; la libération s’assoit toujours, priorité oblige, sur l’émancipation comme sur la réflexion. Pouikch.

 

Pas seul. Y faut toujours quelqu’une avec. Pour assurer pépé de son importance. Pour cimenter la communauté. Pour que la valeur croisse autour de lui ou de ses avatars. Je renvoie ici à l’analyse indépassée de Solanas sur l’état des rapports humains : le monde des formes masculines est celui de la guerre, de la concurrence et de l’incapacité à autre rapport que la valorisation par la dépendance et la surveillance. Je tends à penser comme elle que l’injonction relationniste et sexuelle, intégrée comme désir, est un fort morceau de cette structure.

J’apprends que Sulamith Firestone, une autre qui avait des visées critiques sur les évidences relationnistes, et qui ne l’avait pas plus emporté en paradis que sa consœur aînée, vient de mourir, elle aussi, isolée et disgraciée. C’est je pense le salaire mécaniquement octroyé par le social à celles qui ont blasphémé avec précision et insistance. Et la famille ne s’est guère distinguée en ces occasions.

 

Pas seul. Pas seulEs. Toujours encolléEs et dans l’ordre, qui se reconstitue automatiquement par l’objet visé, quelles que soient les identités en présence. C’est la porte de l’existence reconnue, la vraie l’unique.

 

Jamais seules, toujours sous le regard et dans le contrôle. Dans la comparaison et les hiérarchies.

 

La complémentarité a toujours été une antiphrase pour la subordination.

 

Et l’égalité une autre pour le pressage paritaire dans l’écrabouillement rentable.

 

Toujours quelque chose au dessus par lequel nous nous traduisons, projetons, légitimons à conditions, histoire qu’on n’aille pas s’égayer ici et là.

 

Valérie, tu nous manques grave.

 


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8 septembre 2012 6 08 /09 /septembre /2012 08:15

 

 

On se gargarise de maturité, et c’est déjà la sénescence qui nous a pris par la main pour nous traîner en bas.

 


 

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 07:26

 

N’y a rien de tel que la sincérité, notamment longtemps malheureuse, pour nourrir la plus redoutable brutalité objectivante au premier signe de prospérité, au moindre accès de pouvoir. Les gentes qui croient tout ce qu’ellils disent, et inversement, son prêtes à tout pour continuer dans cette voie. S’abusent et abusent de donner, redonner dans le miroir aux alouettes des nécessités objectives, toujours en dehors, au dessus, et fréquemment meurtrières pour le bien du x de l’équation en vigueur.

On ne peut attendre quelqu’humanité et raison que des idées de derrière la tête. Bref du doute, de la distance et du dessalement.

Quant à la sortie…

Pour le moment nous en sommes plutôt à la sale et à la colle.

 

 


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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 14:16

 

« Que les Romains leur donnent et leur ôtent leur trônes à volonté, ils le savent fort bien.

Mais ne pas oublier pour autant, les malheureux, qu’ils portent encore le titre de rois. »

C.Cavafy

 

 

Pont. Strapontin. Je ne puis m’empêcher de penser, au spectacle de nos petites camarades qui entendent et prétendent représenter le « peuple des t », aux petits rois de l’époque post héllénistique, lesquels prospéraient frileusement sous l’aile de l’Empire. Les t’ sont à sauver, à développer, à insérer, à mener vers la terre promise de l’égalité civique, judiciaire et autres hochets. Bonne affaire ; le social marche bien en période de naufrage, et se pare des couleurs du prophétisme. .

Pour mener à bien cette noble tâche, elles ont résolu de se faire proclamer ici et là par trois pelées et deux tondues supposées nous incarner. Ou, pour les moins achalander, de s’auto-exalter sur internet, ce vide grenier de la reconnaissance. Un peu comme ces sacres à la sauvette de monarques ou de papes contestés, mutuellement schismatiques, à la fin du moyen-âge. Quand de toute façon la réalité du pouvoir était déjà passée ailleurs.

 

Passée ailleurs. C’est ce qui les fait roitelettes autant que strapontines, ces braves t’folks. Bien sûr elles entendent régner sur ce fantasme de peuple que nous inspirons désormais, comme toutes les autres identités, dont on ne dira jamais assez qu’elles dessinent des cultures, au sens du bouillon, où se multiplie le pouvoir et son exercice. Mais bien entendu le vrai pouvoir est ailleurs, au dessus, dans les ministères, ou dans les grosses orgas d’état. Il s’agit donc pour nos roitelettes de se battre bec et ongles pour un très hypothétique strapontin, lequel correspond, s’il existe, grosso modo au trône d’un de ces petits potentats dépendants et protégés par un empire. En effet, ce à quoi elles font le plus penser, comme modèle historique, sont ces ethnarques qui, dans les empires de l’antiquité occidentale, régissaient leur peuple sous la houlette commune, tout en s’en faisant accroire et à grands renforts de décorum.

Elles règneraient ainsi, le chef nimbé d’une double auréole associative et politique, au nom de notre insertion fructueuse dans la grande nécessité collective étatique. Imprégnée du xilophène du bien commun, lequel est censé tuer net la vermine incivile. Classe.

 

Le pire, ou le meilleur, c’est que, dans la grande tradition démocrate, ce rêve d’être l’élue (ce qui veut dire choisie, reste à savoir par qui) est un fier mélange de sincérité citoyenne et de cynisme fasciné par le rôle de représentativité, qui est la forme actuelle du pouvoir.

 

Et d’y aller de leurs initiatives, longues stations dans les couloirs des conférences ministérielles, audacieuses plaintes à La Haye, quand ce n’est pas carrément faire campagne pour un poste électoral. Sans parler évidemment de l’inénarrable débat sur la natûre de notre identité, farci de la déception, genre celle de la consommatrice qui ne trouve pas dans l’emballage la couleur escomptée, des deux ou trois autoproclamées qui jouent (avec une foultitude d’autres lobbyistes) les acariennes du tapis rouge de l’assemblée. Il faut avouer que je me suis un peu marrée. Et que j’en pense au final la même chose que l’autre jour.

Depuis, et au rythme d’un communiqué par semaine, la nationale trans (« tout ce qui est national gnagnagna »), toujours une mégalomanie d’avance, a carrément préempté la représentation mondiale. Elle octroie, figurez vous, satisfecit et conseil à la R.P. du Vietnam (ont-elles consulté en outre le gouvernement en exil du Sud ? Si elles ont oublié je le leur conseille. On ne sait jamais, l’histoire a des imprévus). « Et demain le monde entier », comme je le disais il y a déjà un moment à leur sujet. On y est. Á quand la galaxie (trans, bien entendu, ce sont des ethnarques, selon la vieille tradition hèllénique) ?

 

La seule, finalement, l’unique anicroche, dans tout ça, c’est précisément ce peuple par identité dont elles affirment être à la fois l’émanation (on ne peut effectivement leur contester d’en être, elles aussi) et les bergères. Bien sûr, je ne suis pas tant que ça typique de t’lande (encore que, je me sens aussi caricaturale qu’une autre) ; je répugne à être confite de droits, à ce qu’on me reconnaisse, à ce qu’on me facilite la vie, à être recensée, encadrée, certifiée. Bon. Mais il faut bien avouer que quelles qu’en soient les raisons, le dit peuple fait quand même bougrement défaut. Oh, je ne vais pas ici m’enfoncer dans une revue critique des possibles raisons. Mais voilà, de fait, la situation de nos roitelettes fait un peu pitié. Juchées sur de fantomatiques assoces aux noms ronflants, œcuméniques, comme sur de très étiques cavales, jouant avec une virtuosité qu’on ne saurait leur contester du communiqué par internet, se grisant pour finir de leur jactance et de l’admiration inconditionnelle des trois pelées évoquées plus haut, lesquelles ne manquent jamais dans ces équipées, elles représentent un nec plus ultra de l’anecdotique contemporain.

 

Et le peuple en question, si disputé et si absent ? Est-ce au fond un problème qu’il le soit ? Ne sommes nous pas, identité supplémentaire, déjà une valeur parmi d’autres ? Ce qui règle la question : que nous le voulions ou pas, que nous soyons là ou pas, nous serons comme on dit dans le langage de la charité moderne prises en compte. Dans la foire aux identités collantes, on se retrouve empeuplées sans même l’avoir voulu et encore moins pensé. Ce qui permet aux roitelettes de se réclamer de nous, de présenter des listes, des diagrammes, des statistiques, à la puissance supposée bienveillante.

 

Quand même une chose qu’on ne peut, il me semble, leur reprocher. Contrairement à la pratique martyrologique qui sévit par chez nous comme en bien d’autres (auto)gestions d’identités et m’exaspère, elles ne font pas trop dans le funéraire. C’est plutôt le domaine de la bureaucratie horizontale de l’autosupport communautaire. Il y a un côté « je positive » nécessairement plus marqué chez ces associatives de pouvoir vertical. Mais du coup elles font moins que d’autres commerce et engrangement de nos malheurs et déconvenues, à l’inverse par exemple des épicières de sos-homophobie ou des onze-novembrités du TdOR.

 

Nos vies ne valent rien, et c’est tant mieux. Il est temps de le faire savoir, et de ruiner les petites spéculations de celles qui essayent, bien maladroitement, de les introduire en la bourse politico-judiciaire. On s’occupe de nos fesses, qu’elles s’occupent des leur.

 

Mais bon, je vois à quel point je me moque ici de cible bien faciles, visibles comme un furoncle sur le nez retroussé de t’lande, et même trompeuse, abstraction une fois faite de la réelle et indiscutable nocivité de l’état, des lois et des institutions de ce type. En effet, nous n’avons hélas pas même besoin de ces clounes de la soif potentiaire pour étancher la nôtre d’autogestion, d’intrégration volontaire et enthousiaste, civile autant que soucieuse, au jeu de la responsabilité, de la reconnaissance, in fine de la domination infuse. Elles rêvent conseils trans, nous rêvons communauté(s), droits, schizophrénie de la différence dans l’égalité ou l’inverse. Mais surtout et toujours gestion, prise en charge, rationalisations, care ; d’être toutes garanties d’un sanitaire chier droit ; toutes surveillantes de notre participation décente ; toutes mécanotes de notre générale. Ce qui se profile derrière les roitelettes qui s’agitent dans les couloirs des sous-ministères, c’est nous, ce peuple t’ que nous aurions pu peut-être éviter de devenir, mais qui est en train de se coaguler effectivement par nos volontés et nos consentements. Nous n’aurons pas su éviter d’être et faire comme il est prescrit de, au fond de nos consciences individuelles de masse ; identité santé, empeuplement et pouvoir intériorisé au bout, même et surtout dans l’impuissance.

 

Ou peut-être ? Mais il nous faudrait alors sévèrement réviser nos conduites et désirs ; cesser de vouloir faire aussi bien que ; enfin rétropédaler en diable. Ou mieux, refuser de pédaler.

 


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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 14:30

 

http://www.lemonde.fr/vous/article/2012/07/30/la-vente-de-medicaments-sur-internet-n-est-pas-reglementee_1740224_3238.html

 

On connaît bien ça à t’lande, les mises en garde de copines, « surtout n’achète pas d’hormones ou d’anti-hormones sur internet, c’est de la contrefaçon ».

 

Sauf que contrefaçon est un terme commercial qui désigne un objet produit sans que le détenteur du brevet qui le protège (l’objet, ou plutôt sa valeur, pas les gentes), lequel est toujours ici un géant de la pharmacie, ait empoché ses droits, calculés évidemment au plus haut. Le domaine pharmaceutique est par excellence un de ceux où la règle que le prix doit monter jusqu’à ce que la partie la plus riche de la population mondiale est disposée à payer pour. Sachant que dans le cas des médocs, bien sûr, la préservation de soi est un aiguillon qui place la dite barre encore plus haut.

 

Les majors du secteur et les états jouent volontiers du terme de « contrefaçon » pour faire croire qu’un produit commercialisé hors brevet est nécessairement un sous-produit inefficace ou néfaste.

 

Á cette aune, à peu près toute l’industrie pharma indienne, généralement reconnue pour son savoir faire dans la production de générique, délivre de la contrefaçon.

 

Á l’inverse, on peut régulièrement voir que d’excellents produits légalement brevetés, ayant reçu appui et contreseing de toutes les agences, se révèlent après plus ou moins longtemps des poisons. Pas de pot ! Ce qui pose l’autre problème de la médicalisation à outrance, et de la recherche d’une solution pour chaque souci, lesquelles se montrent à la longue particulièrement « coûteuses »… en vies.

 

Bref, quand prendrons nous conscience que l’économie et le commerce n’ont absolument rien à fiche ni du réel, ni de nos vies, et que leur propagande n’a de but que leur intérêt propre à croître ou à se maintenir ?

Ce que je faisais remarquer dans un récent article à propos d’un traité de commerce, c’est que tout le monde a couiné sur les biens culturels, bref sur le copié collé internet, alors que sont principalement visés par ces accords des biens beaucoup plus sensibles, en premier lieu les médocs. J’ai été épatée d’à quel point personne n’en avait rien à cirer. ActUp a été presque la seule assoce ici, avec quelques autres du même secteur, à chanter au charron.

 

Accessoirement, il pourrait nous naître une inquiétude sur notre demande permanente, angoissée, de règlementations, de protocoles, de garanties, de labels – est-ce que ces parcages ne vont pas toujours dans le sens d’une raréfaction de l’accès aux choses, propices à un renchérissement ?

 

Bref, le pouvoir n’a-t-il pas quelque chose à voir avec l’économie, c'est-à-dire avec l’expropriation fondamentale et la dépossession ? Et avons-nous raison de trembler au rythme des peurs qui gigotent sur les écrans pour nous captiver ?

 

Enfin de ne pas nous rappeler que les mots ont un sens ?

 


 

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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 09:09

 

Comme souvent ; étant une lectrice assidue de la presse web religieuse, autant des "progros" que les "intégras" - know your ennemy comme dit une amie -  j'avais remarqué depuis quelques temps cette initiative, et j'avais pondu ce truc puis l'avais mis au frigo, histoire de pas encrasser le blog en publiant trop souvent. Maintenant j'ai l'air de la nouille que je suis qui rampe après le saladier puisque tout le monde en parle. Hé hé.

 

Je n’ai pas pour habitude de faire tant que ça des commentaires sur des points de vue internes à la politique démocrate et représentative. Mon point de vue est de sortir de ça, non pas de l’aménager ou d’y grenouiller. Mais cela ne veut pas dire que je n’y porte aucune attention, notamment en ce qui concerne le sort des nanas, puisque nous sommes encore pour longtemps coincées dans un monde de droit positif et de contrôle légal, notamment au point de vue de l’autonomie physique. Vous avez bien sûr compris que je vais vous recauser de la liberté d’avorter et des trucs conjoints.

 

J’ai maintes fois fait remarquer que ce n’est pas la joie, au point d’ailleurs qu’on en est depuis fort longtemps sur la défensive, autant politique que morale, et que nulle orga féministe ne se risque pratiquement plus aujourd’hui à promouvoir une réelle et totale dépénalisation, la fin des délais et du contrôle socio-médical, etc. On sait que ça ne suffit en rien à nos amiEs réaques, qui voudraient encore et toujours serrer les cordons jusques à extinction de tout accès à soi en la matière, comme en bien d'autres. 

 

Mais depuis l’an dernier, ça barbote aussi à gauche. Bien sûr, la plupart des éluEs de ce bord voient et présentent l’avortement comme un mal qu’il convient d’abolir par une juste régulation « en amont ». Et je ne cause même pas des vieux stals qui considèrent carrément, avec quelques autres identités, qu’il faut pondre à foison de petitEs prolétaires et subalternes, que c’est la condition d’une nouvelle hiérarchie à venir.

Non, je voudrais causer ici d’un mouvement qui se nomme les « Poissons roses », et qui n’est rien d’autre qu’une opération assumée de noyautage catholique chez les soces. Des cathos dans la veine sociale, plutôt genre charité bien ordonnée que prime à la débauche, bien entendu, menées par un entrepreneur en insertion (ça ne s’invente pas !).

Or, ce mouvement entend bien, et on le comprend, insuffler à la gauche libérale les préventions chrétiennes à l’égard de la disposition de soi, et tout particulièrement, comme par hasard, envers celle des femmes. Il faut savoir que son patron le dit clairement : leur différence avec bien des excroissances chrétiennes plus ou moins dévergondées depuis les années 50 et encore plus le dernier concile, c’est qu’ellils font ça sur « mandat pontifical ». Les choses sont ainsi clarifiées. Pas de badinage avec la doctrine de l’Église. Humanae vitae, article 1398 du droit canon, protection de la pauvre hétérolande menacée par le succès même de ses formes pourtant atterrantes, familisme distributiste, etc. Les Poissons roses sont là pour inspirer une saine réticence à l’égard de toute libéralisation à ces sujets, sans même évidemment parler de leur mise hors du système légal et judiciaire. Bien au contraire.

Bref, ça en fait quelques unEs de plus derrière les culs et les ventres des copines bio, à scruter, surveiller, glapir et emmerder. Je ne sais pas ce qu’ellils pensent des t’. Peut-être rien, tant mieux ; moins on pense à nous mieux on se porte, et c’est valable pour bien d’autres. Plus probablement commisération, apitoiement et contrôle médico-social, ce qui d’ailleurs ne les différencie en rien de leurs collègues de tous bords.

 

Enfin toujours est-il qu’on est avertiEs. Si vous voyez un Poisson rose, vous pouvez sortir la poêle à frire – à supposer bien sûr que ça soit comestible.

 


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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 10:36

 

 

 

Paradis ou enfer ? Dans la version française de l’indémodable Docteur Folamour, qui est une somme cinématographique en soi sur la rationalité folle, c’est le dilemme dans lequel est transcrit le code de rappel des bombardiers atomiques.

 

http://yagg.com/2012/08/07/etats-unis-une-loi-pour-restreindre-les-manifestations-de-leglise-de-westboro-notoirement-homophobe/

 

En zieutant, pour ma part, la photo qui accompagne l’article cité, je crois comprendre que des excitéEs plus ou moins calvinistes (en fait je ne comprends pas grand’chose aux dénominations religieuses amerloques) vont conspuer les enterrements de soldats de la première puissance mondiale, tombés sur tous les fronts de la guerre économico-coloniale, sous l’accusation qu’ellils auraient été ou pu être pédégouines durant leur vie.

 

La question de savoir si leur trépas et ce qui l’a précédé a été bien moral d’un simple point de vue humain et raisonnable ne se pose pas. Les lgtb’s ont fait un grand pas de pouvoir aller la tête haute et le rainbow à la boutonnière tuer, mourir pour la patrie, la civilisation et General Motors. Comme les coloured quelques décennies plus tôt (mais à elleux on n’avait pas trop demandé leur accord et encore moins leur enthousiasme pour les expédier à la charcuterie). C’est la grande porte pour entrer dans la confraternité citoyenne de la domination en acte. Et l’univers enchanté des ancienNEs combattantEs : méchouis et pétages de plomb meurtriers.

 

Ce qui me rappelle ce fait pas si anecdotique que, durant bien longtemps, l’église catholique ne vit pas du tout d’un bon œil qu’on allât s’entretrucider, quels qu’en fussent d’ailleurs les motifs. Et si on n’avait pas la chance, blessé en bataille, de pouvoir se purger par une dernière confession et un confiteor, on avait des chances non négligeables d’aller effectivement en enfer. Sodomite ou pas. Pasque c’est une honte de s’en prendre à ce point à des créatures faites à l’image de dieu. Surtout chrétiennes. Eh ouais. Pour des motifs qui plus est qui apparaissaient souvent encore pour ce qu’ils étaient : mauvais !

On le répéta encore, bien qu’avec un peu de mauvaise foi, à Jeanne d’Arc durant son mémorable procès (je vous conseille aussi ses réponses, qui nous seraient bien utiles aujourd’hui, notamment celle sur le droit imprescriptible de n’importe quelLE prisonnièrE à s’échapper).

 

Il est vrai qu’à ce moment le purgatoire était apparu, avec la raison économique, les états fœtus de nations avec leurs raisons définitives qui vont avec, et qu’on commençait chez les théologiens à se dire que oui, bon, si on avait vaillamment combattu pour la chose publique, il y avait une échappatoire. Mais il fallut un moment pour que ça s’impose. Et les armées modernes, professionnelles, parcourant l’europe en dévastant tout, tuant, pillant et violant pire qu’aparavant, ne durent pas aider nos ancêtres à considérer que les morts pour la patrie étaient somme toutes de braves gentes.

 

Braves gentes ellils n’étaient pas, non plus que maintenant, que la tuerie est toujours plus un emploi comme un autre. Ce qui est d’ailleurs conforme à la logique du travail : du moment que c’est payé, que ça produit d’une manière ou d’une autre un soupçon de valeur, c’est légitime.

 

Il semble qu’à l’époque, un mélange de pudeur et de raison retenait de s’esbaudir devant les exactions consubstantielles à la guerre, et à ne pas encenser ce que nous appellerions aujourd’hui ses acteurEs. Qu’il n’y avait rien de recommandable à étriper et à périr ainsi.

Aujourd’hui, la seule question valable subsistante étant d’appartenir à la communauté civique, sans réserve – et donc sans réserve morale non plus – eh bien vous pouvez bien avoir été au-delà des mers porter la civilisation à coups d’armes technologiques de pointe, si on n’arrive pas à vous coincer pour un massacre pas spécifiquement ordonné, vous serez décoréE, pensionnéE, et si vous arborez par ailleurs une identité, ce sera bonus. TouTEs égales dans l’exercice du désastre et dans la complétude des valeurs viriloïdes, produire-baiser-tuer, les seules les vraies ; c’est le credemus du temps. Nulle question oiseuse sur ce à quoi on participe ; participer il faut.

Et si vous êtes crevéE dans l’exercice de vos fonctions, vous aurez droit à un bel enterrement avec officielLEs et drapeau sur la boiboîte. Trop le pied. Il convient donc que personne ne vienne perturber cet acte de reconnaissance ultime. Pour quelques raisons que ce soit.

 

Perso, je n’ai jamais eu la moindre mansuétude envers les fliques, les vigiles, les soldatEs, les matonNEs lgtb’s. Sans parler de toutes mes collègues qui s’imaginent que leur vie sera meilleure dans une société bien raide de la trique. Et ça n’est pas parti pour changer. Il me suffit de considérer en bloc leur néfastitude, identique à celle de leurs innombrables collègues hétér@, l’enfer terrestre qu’ellils verrouillent et cogèrent, et de leur faire, mentalement au moins, un croche patte quand je les croise.

 

 


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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 05:44


 

« Surtout qu’à ce qu’on dit vous aimez faire durer »

Thiéfaine, Alligator 427

 

 

 

Je crois que ça n’a pas été fun depuis des millénaires de vivre au Groënland, malgré la paradoxale dénomination de cette terre qui fut, il y a très très longtemps peut-être, verdoyante. Mais le monde moderne puis contemporain a trouvé une collection inédite de moyens de rendre encore plus sinistre la survie, quand ce n’est pas de la supprimer tout court. On savait déjà que ce pays inhospitalier, devenu base militaire géante durant la seconde fiesta mondiale puis la guerre froide, encerclé par les flottes pourvoyeuses de poisson à bas prix qui nourrissent les moins rentables des pays riches, vivotait dans l’infortune et la prédation. On devinait qu’une fonte des banquises allait en faire un relais de la nouvelle route du nord, censée véhiculer à moindre frais pétrole, voitures, panneaux solaires et autres friandises de la survie économique. Mais voilà bien une autre affaire : ce pays serait riche de ce qui rend éminemment pauvre, voire misérable, en notre époque, et sujet à dévoration : les matières premières, et pas n’importe lesquelles, nous affirme un article du Monde :

 

« La province autonome du Danemark possède enfin certains des plus importants gisements du monde en terres rares, métaux stratégiques indispensables à la production de la plupart des produits de haute technologie, dont la Chine dispose d'un quasi-monopole. »

 

(Faute de syntaxe incluse, les journaux étant un des grands lieux de l’affaissement de la langue, reconnu pourtant depuis un moment conjoint à celui de la pensée.)

 

Top classe. Justement la glace fond. Les pelleteuses sont sans doute déjà en construction quelque part. Si les habitantEs de cette île immense avaient encore quelqu’espoir de la récupérer, eh ben c’est râpé. Il nous faut de toute urgence renouveler notre parc de produits électroniques. Et soutenir l’emploi. Ça va creuser sec, remblayer massivement, exproprier allègrement, empoisonner tout, comme c’est déjà le cas en Chine et en Australie (et je crois bientôt au Canada).

 

Et le plus terrible c’est qu’aux conditions d’existence que nous nous sommes attribuées, lesquelles passent exclusivement par l’échange, la production et la reconnaissance, eh bien la possibilité même de continuer repose sur cette exploitation. Dans le triste couloir de perspective de la vendre au mieux. Le monde de l’économie et de la politique n’a ni issue ni alternative, contrairement à dont essaient de se persuader les « alter ». Comme disaient des collègues il y a quelques années, un autre monde était effectivement, par malheur, possible : nous y sommes. Glups.

 

Et l'indépendance étatique même n'y changera rien : on est toujours obligé de se mettre à l'étalage et de se vendre, au prix le plus compétitif, que ce soit sous l'emballage de sa marque ou de celle d'autrui.

 

Le même article nous apprend la joyeuse nouvelle que l’Union Européenne, dont je le rappelle nous sommes, nolens volens, ressortissantes et citoyennes, même avec la nausée de ces catégories, s’est « positionnée très vite sur ce marché ». Classe là encore, les pelleteuses seront bleu ciel et durables. Durables surtout. N’en ont pas fini d’en baver. Parce que la durabilité, économique, sociale, relationnelle, que sais-je encore, c’est ça : c’est que nous n’en avons pas fini avec le cauchemar et l’épouvante, l’abondance des gadgets et la pénurie du vivable, la guerre de touTEs contre touTEs et la survie sous contrôle, l’injonction à la colle et la « santé sexuelle ». Ou, inversement, ce sont ces sympathiques formes sociales et leur aimables conséquences qui n’en ont pas fini avec nous. Pas question même : il faut faire durer, comme le clamait Thiéfaine il y a déjà bien trente ans. Toujours se traîner plus loin à faire de même. Rien perdre. Rien laisser à la fin. Quelle fin d’ailleurs ? Rien, nous ne sommes rien ; l’économie, l’emploi, l’amour, la planète, la nature, les cultures sont concurremment tout, ont droit de cité exclusif, préemption sur nozigues ; nous nous exténuons et exterminons en leurs noms, lesquels ne sont contradictoires qu’en apparence : ce sont toutes nécessités totalitaires, abstractions réelles impitoyables. Métamarchandises d’une concurrence olympienne.

 

Rien laisser à la fin. C’est le principe qui ferme tout espoir. Si jamais cette folie collective vient à épuisement il n’y aura plus rien, et d’une certaine manière plus personne. Bernique pour les optimistes qui attendent une sortie. On ne sort pas de la mort.

 

Et, sans même prendre en compte cela, ce qui interloque, c’est que tout simplement nous voulons perpétuer ce dans quoi nous baignons. Nous en sommes contentEs. AffrioléEs. Toujours mieux, plus, plus loin, le même. Je crois que c’est encore plus ahurissant que le suicide planétaire que cela entraîne. Après tout, on peut imaginer vouloir en finir. Mais en finir comme ça ! Ou même n’en pas finir : rien que continuer indéfiniment à vivre comme ça ! Puisque c’est, que ce soit réalisable ou pas, ce que nous nous proposons. Ce dont nous nous félicitons quand nous le croyons possible. On ne sait jamais ; c’est peut-être possible, des choses étonnantes sont, hélas, possibles. Et nous ne ratons jamais à nous jeter sur le possible pour le réaliser. Eh bien même dans ce cas, peut-être surtout dans ce cas, j’ai les cheveux qui blanchissent un peu plus sous mon henné. L’unique alternative serait donc la mort ou la misère.

 

En attendant, nous avons tout de même réussi à empoisonner la totalité des instants de nos vies avec un dégradé pitoyable de la vieille question sans réponse de l’existence. Ce dégradé est d’ailleurs un accumulis des solutions que nous y avons donné, de nos divertissements au sens pascalien. I fallait pas. I fallait jamais. I eût jamais fallu. Nous nous sommes déclaréEs de trop, fondamentalement, avec rachat toujours à recommencer. Le capitalisme a finalement quelque chose d’une pénitence répétitive et infinie. I fallait pas être Inuit au Groënland. I vaut mieux éviter d’être nana un peu partout. Et finalement il ne fait pas bon tenter d’être humainE.

 

On n’a pas fini de payer notre existence ; c’est le sens fondamental de la durabilité.

 

 

 

PS 1 : Dans le même temps que cette floraison d’optimisme sur l’avenir économique du Groënland et sur celui des i-pads de demain, on apprend d’un peu partout que l’état du climat fait que les sécheresses sont devenues endémiques à des tas d’endroits de la planète, au point qu’il n’est même plus la peine de semer, comme le constate un paysan hindou cité par la presse. Le climat, certes, mais aussi et peut-être surtout le dimensionnement industriel de l’agriculture, qui va rendre finalement la survie bien plus fragile, dépendante, qu’elle a pu l’être. Bref, outre l’eau buvable, c’est carrément la bouffe organique qui va manquer, petit à petit. Le coton a déjà disparu de bien des magasins, je sais pas si vous avez remarqué. Même cause. Mais on aura internet pour réenchanter la situation dickienne qui se profile.

 

PS 2 : sur un autre aspect du même sujet, et suite à ce que j’écrivais dans Verdun DIY, je signale un article d’un vieux de la vieille, lequel arrive, j’ai la faiblesse de le relever, à des conclusions sensiblement proches des miennes : http://www.non-fides.fr/?Breves-notes-sur-le-Chefresne

 

On ne s’en sortira pas en participant à aucun des jeux de société dans lesquels nous nous entraînons obstinément.

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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