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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 09:09

 

Comme souvent ; étant une lectrice assidue de la presse web religieuse, autant des "progros" que les "intégras" - know your ennemy comme dit une amie -  j'avais remarqué depuis quelques temps cette initiative, et j'avais pondu ce truc puis l'avais mis au frigo, histoire de pas encrasser le blog en publiant trop souvent. Maintenant j'ai l'air de la nouille que je suis qui rampe après le saladier puisque tout le monde en parle. Hé hé.

 

Je n’ai pas pour habitude de faire tant que ça des commentaires sur des points de vue internes à la politique démocrate et représentative. Mon point de vue est de sortir de ça, non pas de l’aménager ou d’y grenouiller. Mais cela ne veut pas dire que je n’y porte aucune attention, notamment en ce qui concerne le sort des nanas, puisque nous sommes encore pour longtemps coincées dans un monde de droit positif et de contrôle légal, notamment au point de vue de l’autonomie physique. Vous avez bien sûr compris que je vais vous recauser de la liberté d’avorter et des trucs conjoints.

 

J’ai maintes fois fait remarquer que ce n’est pas la joie, au point d’ailleurs qu’on en est depuis fort longtemps sur la défensive, autant politique que morale, et que nulle orga féministe ne se risque pratiquement plus aujourd’hui à promouvoir une réelle et totale dépénalisation, la fin des délais et du contrôle socio-médical, etc. On sait que ça ne suffit en rien à nos amiEs réaques, qui voudraient encore et toujours serrer les cordons jusques à extinction de tout accès à soi en la matière, comme en bien d'autres. 

 

Mais depuis l’an dernier, ça barbote aussi à gauche. Bien sûr, la plupart des éluEs de ce bord voient et présentent l’avortement comme un mal qu’il convient d’abolir par une juste régulation « en amont ». Et je ne cause même pas des vieux stals qui considèrent carrément, avec quelques autres identités, qu’il faut pondre à foison de petitEs prolétaires et subalternes, que c’est la condition d’une nouvelle hiérarchie à venir.

Non, je voudrais causer ici d’un mouvement qui se nomme les « Poissons roses », et qui n’est rien d’autre qu’une opération assumée de noyautage catholique chez les soces. Des cathos dans la veine sociale, plutôt genre charité bien ordonnée que prime à la débauche, bien entendu, menées par un entrepreneur en insertion (ça ne s’invente pas !).

Or, ce mouvement entend bien, et on le comprend, insuffler à la gauche libérale les préventions chrétiennes à l’égard de la disposition de soi, et tout particulièrement, comme par hasard, envers celle des femmes. Il faut savoir que son patron le dit clairement : leur différence avec bien des excroissances chrétiennes plus ou moins dévergondées depuis les années 50 et encore plus le dernier concile, c’est qu’ellils font ça sur « mandat pontifical ». Les choses sont ainsi clarifiées. Pas de badinage avec la doctrine de l’Église. Humanae vitae, article 1398 du droit canon, protection de la pauvre hétérolande menacée par le succès même de ses formes pourtant atterrantes, familisme distributiste, etc. Les Poissons roses sont là pour inspirer une saine réticence à l’égard de toute libéralisation à ces sujets, sans même évidemment parler de leur mise hors du système légal et judiciaire. Bien au contraire.

Bref, ça en fait quelques unEs de plus derrière les culs et les ventres des copines bio, à scruter, surveiller, glapir et emmerder. Je ne sais pas ce qu’ellils pensent des t’. Peut-être rien, tant mieux ; moins on pense à nous mieux on se porte, et c’est valable pour bien d’autres. Plus probablement commisération, apitoiement et contrôle médico-social, ce qui d’ailleurs ne les différencie en rien de leurs collègues de tous bords.

 

Enfin toujours est-il qu’on est avertiEs. Si vous voyez un Poisson rose, vous pouvez sortir la poêle à frire – à supposer bien sûr que ça soit comestible.

 


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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 10:36

 

 

 

Paradis ou enfer ? Dans la version française de l’indémodable Docteur Folamour, qui est une somme cinématographique en soi sur la rationalité folle, c’est le dilemme dans lequel est transcrit le code de rappel des bombardiers atomiques.

 

http://yagg.com/2012/08/07/etats-unis-une-loi-pour-restreindre-les-manifestations-de-leglise-de-westboro-notoirement-homophobe/

 

En zieutant, pour ma part, la photo qui accompagne l’article cité, je crois comprendre que des excitéEs plus ou moins calvinistes (en fait je ne comprends pas grand’chose aux dénominations religieuses amerloques) vont conspuer les enterrements de soldats de la première puissance mondiale, tombés sur tous les fronts de la guerre économico-coloniale, sous l’accusation qu’ellils auraient été ou pu être pédégouines durant leur vie.

 

La question de savoir si leur trépas et ce qui l’a précédé a été bien moral d’un simple point de vue humain et raisonnable ne se pose pas. Les lgtb’s ont fait un grand pas de pouvoir aller la tête haute et le rainbow à la boutonnière tuer, mourir pour la patrie, la civilisation et General Motors. Comme les coloured quelques décennies plus tôt (mais à elleux on n’avait pas trop demandé leur accord et encore moins leur enthousiasme pour les expédier à la charcuterie). C’est la grande porte pour entrer dans la confraternité citoyenne de la domination en acte. Et l’univers enchanté des ancienNEs combattantEs : méchouis et pétages de plomb meurtriers.

 

Ce qui me rappelle ce fait pas si anecdotique que, durant bien longtemps, l’église catholique ne vit pas du tout d’un bon œil qu’on allât s’entretrucider, quels qu’en fussent d’ailleurs les motifs. Et si on n’avait pas la chance, blessé en bataille, de pouvoir se purger par une dernière confession et un confiteor, on avait des chances non négligeables d’aller effectivement en enfer. Sodomite ou pas. Pasque c’est une honte de s’en prendre à ce point à des créatures faites à l’image de dieu. Surtout chrétiennes. Eh ouais. Pour des motifs qui plus est qui apparaissaient souvent encore pour ce qu’ils étaient : mauvais !

On le répéta encore, bien qu’avec un peu de mauvaise foi, à Jeanne d’Arc durant son mémorable procès (je vous conseille aussi ses réponses, qui nous seraient bien utiles aujourd’hui, notamment celle sur le droit imprescriptible de n’importe quelLE prisonnièrE à s’échapper).

 

Il est vrai qu’à ce moment le purgatoire était apparu, avec la raison économique, les états fœtus de nations avec leurs raisons définitives qui vont avec, et qu’on commençait chez les théologiens à se dire que oui, bon, si on avait vaillamment combattu pour la chose publique, il y avait une échappatoire. Mais il fallut un moment pour que ça s’impose. Et les armées modernes, professionnelles, parcourant l’europe en dévastant tout, tuant, pillant et violant pire qu’aparavant, ne durent pas aider nos ancêtres à considérer que les morts pour la patrie étaient somme toutes de braves gentes.

 

Braves gentes ellils n’étaient pas, non plus que maintenant, que la tuerie est toujours plus un emploi comme un autre. Ce qui est d’ailleurs conforme à la logique du travail : du moment que c’est payé, que ça produit d’une manière ou d’une autre un soupçon de valeur, c’est légitime.

 

Il semble qu’à l’époque, un mélange de pudeur et de raison retenait de s’esbaudir devant les exactions consubstantielles à la guerre, et à ne pas encenser ce que nous appellerions aujourd’hui ses acteurEs. Qu’il n’y avait rien de recommandable à étriper et à périr ainsi.

Aujourd’hui, la seule question valable subsistante étant d’appartenir à la communauté civique, sans réserve – et donc sans réserve morale non plus – eh bien vous pouvez bien avoir été au-delà des mers porter la civilisation à coups d’armes technologiques de pointe, si on n’arrive pas à vous coincer pour un massacre pas spécifiquement ordonné, vous serez décoréE, pensionnéE, et si vous arborez par ailleurs une identité, ce sera bonus. TouTEs égales dans l’exercice du désastre et dans la complétude des valeurs viriloïdes, produire-baiser-tuer, les seules les vraies ; c’est le credemus du temps. Nulle question oiseuse sur ce à quoi on participe ; participer il faut.

Et si vous êtes crevéE dans l’exercice de vos fonctions, vous aurez droit à un bel enterrement avec officielLEs et drapeau sur la boiboîte. Trop le pied. Il convient donc que personne ne vienne perturber cet acte de reconnaissance ultime. Pour quelques raisons que ce soit.

 

Perso, je n’ai jamais eu la moindre mansuétude envers les fliques, les vigiles, les soldatEs, les matonNEs lgtb’s. Sans parler de toutes mes collègues qui s’imaginent que leur vie sera meilleure dans une société bien raide de la trique. Et ça n’est pas parti pour changer. Il me suffit de considérer en bloc leur néfastitude, identique à celle de leurs innombrables collègues hétér@, l’enfer terrestre qu’ellils verrouillent et cogèrent, et de leur faire, mentalement au moins, un croche patte quand je les croise.

 

 


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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 05:44


 

« Surtout qu’à ce qu’on dit vous aimez faire durer »

Thiéfaine, Alligator 427

 

 

 

Je crois que ça n’a pas été fun depuis des millénaires de vivre au Groënland, malgré la paradoxale dénomination de cette terre qui fut, il y a très très longtemps peut-être, verdoyante. Mais le monde moderne puis contemporain a trouvé une collection inédite de moyens de rendre encore plus sinistre la survie, quand ce n’est pas de la supprimer tout court. On savait déjà que ce pays inhospitalier, devenu base militaire géante durant la seconde fiesta mondiale puis la guerre froide, encerclé par les flottes pourvoyeuses de poisson à bas prix qui nourrissent les moins rentables des pays riches, vivotait dans l’infortune et la prédation. On devinait qu’une fonte des banquises allait en faire un relais de la nouvelle route du nord, censée véhiculer à moindre frais pétrole, voitures, panneaux solaires et autres friandises de la survie économique. Mais voilà bien une autre affaire : ce pays serait riche de ce qui rend éminemment pauvre, voire misérable, en notre époque, et sujet à dévoration : les matières premières, et pas n’importe lesquelles, nous affirme un article du Monde :

 

« La province autonome du Danemark possède enfin certains des plus importants gisements du monde en terres rares, métaux stratégiques indispensables à la production de la plupart des produits de haute technologie, dont la Chine dispose d'un quasi-monopole. »

 

(Faute de syntaxe incluse, les journaux étant un des grands lieux de l’affaissement de la langue, reconnu pourtant depuis un moment conjoint à celui de la pensée.)

 

Top classe. Justement la glace fond. Les pelleteuses sont sans doute déjà en construction quelque part. Si les habitantEs de cette île immense avaient encore quelqu’espoir de la récupérer, eh ben c’est râpé. Il nous faut de toute urgence renouveler notre parc de produits électroniques. Et soutenir l’emploi. Ça va creuser sec, remblayer massivement, exproprier allègrement, empoisonner tout, comme c’est déjà le cas en Chine et en Australie (et je crois bientôt au Canada).

 

Et le plus terrible c’est qu’aux conditions d’existence que nous nous sommes attribuées, lesquelles passent exclusivement par l’échange, la production et la reconnaissance, eh bien la possibilité même de continuer repose sur cette exploitation. Dans le triste couloir de perspective de la vendre au mieux. Le monde de l’économie et de la politique n’a ni issue ni alternative, contrairement à dont essaient de se persuader les « alter ». Comme disaient des collègues il y a quelques années, un autre monde était effectivement, par malheur, possible : nous y sommes. Glups.

 

Et l'indépendance étatique même n'y changera rien : on est toujours obligé de se mettre à l'étalage et de se vendre, au prix le plus compétitif, que ce soit sous l'emballage de sa marque ou de celle d'autrui.

 

Le même article nous apprend la joyeuse nouvelle que l’Union Européenne, dont je le rappelle nous sommes, nolens volens, ressortissantes et citoyennes, même avec la nausée de ces catégories, s’est « positionnée très vite sur ce marché ». Classe là encore, les pelleteuses seront bleu ciel et durables. Durables surtout. N’en ont pas fini d’en baver. Parce que la durabilité, économique, sociale, relationnelle, que sais-je encore, c’est ça : c’est que nous n’en avons pas fini avec le cauchemar et l’épouvante, l’abondance des gadgets et la pénurie du vivable, la guerre de touTEs contre touTEs et la survie sous contrôle, l’injonction à la colle et la « santé sexuelle ». Ou, inversement, ce sont ces sympathiques formes sociales et leur aimables conséquences qui n’en ont pas fini avec nous. Pas question même : il faut faire durer, comme le clamait Thiéfaine il y a déjà bien trente ans. Toujours se traîner plus loin à faire de même. Rien perdre. Rien laisser à la fin. Quelle fin d’ailleurs ? Rien, nous ne sommes rien ; l’économie, l’emploi, l’amour, la planète, la nature, les cultures sont concurremment tout, ont droit de cité exclusif, préemption sur nozigues ; nous nous exténuons et exterminons en leurs noms, lesquels ne sont contradictoires qu’en apparence : ce sont toutes nécessités totalitaires, abstractions réelles impitoyables. Métamarchandises d’une concurrence olympienne.

 

Rien laisser à la fin. C’est le principe qui ferme tout espoir. Si jamais cette folie collective vient à épuisement il n’y aura plus rien, et d’une certaine manière plus personne. Bernique pour les optimistes qui attendent une sortie. On ne sort pas de la mort.

 

Et, sans même prendre en compte cela, ce qui interloque, c’est que tout simplement nous voulons perpétuer ce dans quoi nous baignons. Nous en sommes contentEs. AffrioléEs. Toujours mieux, plus, plus loin, le même. Je crois que c’est encore plus ahurissant que le suicide planétaire que cela entraîne. Après tout, on peut imaginer vouloir en finir. Mais en finir comme ça ! Ou même n’en pas finir : rien que continuer indéfiniment à vivre comme ça ! Puisque c’est, que ce soit réalisable ou pas, ce que nous nous proposons. Ce dont nous nous félicitons quand nous le croyons possible. On ne sait jamais ; c’est peut-être possible, des choses étonnantes sont, hélas, possibles. Et nous ne ratons jamais à nous jeter sur le possible pour le réaliser. Eh bien même dans ce cas, peut-être surtout dans ce cas, j’ai les cheveux qui blanchissent un peu plus sous mon henné. L’unique alternative serait donc la mort ou la misère.

 

En attendant, nous avons tout de même réussi à empoisonner la totalité des instants de nos vies avec un dégradé pitoyable de la vieille question sans réponse de l’existence. Ce dégradé est d’ailleurs un accumulis des solutions que nous y avons donné, de nos divertissements au sens pascalien. I fallait pas. I fallait jamais. I eût jamais fallu. Nous nous sommes déclaréEs de trop, fondamentalement, avec rachat toujours à recommencer. Le capitalisme a finalement quelque chose d’une pénitence répétitive et infinie. I fallait pas être Inuit au Groënland. I vaut mieux éviter d’être nana un peu partout. Et finalement il ne fait pas bon tenter d’être humainE.

 

On n’a pas fini de payer notre existence ; c’est le sens fondamental de la durabilité.

 

 

 

PS 1 : Dans le même temps que cette floraison d’optimisme sur l’avenir économique du Groënland et sur celui des i-pads de demain, on apprend d’un peu partout que l’état du climat fait que les sécheresses sont devenues endémiques à des tas d’endroits de la planète, au point qu’il n’est même plus la peine de semer, comme le constate un paysan hindou cité par la presse. Le climat, certes, mais aussi et peut-être surtout le dimensionnement industriel de l’agriculture, qui va rendre finalement la survie bien plus fragile, dépendante, qu’elle a pu l’être. Bref, outre l’eau buvable, c’est carrément la bouffe organique qui va manquer, petit à petit. Le coton a déjà disparu de bien des magasins, je sais pas si vous avez remarqué. Même cause. Mais on aura internet pour réenchanter la situation dickienne qui se profile.

 

PS 2 : sur un autre aspect du même sujet, et suite à ce que j’écrivais dans Verdun DIY, je signale un article d’un vieux de la vieille, lequel arrive, j’ai la faiblesse de le relever, à des conclusions sensiblement proches des miennes : http://www.non-fides.fr/?Breves-notes-sur-le-Chefresne

 

On ne s’en sortira pas en participant à aucun des jeux de société dans lesquels nous nous entraînons obstinément.

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 09:55

 

 

Je lisais avec un réel intérêt une inter de Cathy Bernheim, sur Féministes en tout genre, que je recommande par ailleurs et où elle raconte, professe plein de choses pertinentes, fructueuses et mémorables, quand je suis tombée sur ce passage, qui m’aurait assise si je ne l’avais déjà été, et aussi n’étais habituée ; mais tout de même, ça tranchait brusquement avec la tenue générale.

 

« Dans un roman qui n’a jamais paru, j’avais pris pour personnage principal une transsexuelle (M to F) que j’avais appelée Anna Merveille. Elle était mon porte-parole, celle qui menait la danse avec les hommes, qui les pliait à son désir ou se pliait au leur, mais toujours sur un pied d’égalité que je n’étais pas parvenue à obtenir, sexuellement, des hommes que j’avais rencontrés. »

 

Décidément, pour nozamies bio, une f t’ reste un objet de fantasme comme de transfert non seulement inépuisable, mais aussi et surtout qui révèle bien la pauvreté générale de l’imaginaire socialisé, depuis sans doute des siècles : la monstruosité et le cul.

 

Déjà, il faut absolument que nous soyons des monuments ; la f t’ est nécessairement un colosse d’un mètre quatre vingt dix, anguleuse de partout, moralement autant que physiquement. Équipée d’un nom forcément ridicule, digne de Copi – lequel finalement, comme bien des pédés, était tristement misogyne. Dommage.

Qu’une f t’ soit tout simplement une petite bonne femme semblable à bien d’autres, c’est inimaginable. Nous sommes contraintes à l’extraordinaire, au sens précis du démesuré, et au refus qu’on nous oppose de simplement vivre comme autrui.

Voir ce que j’écrivais il y a peu sur visibilité et invisibilité. Toujours trop ou pas assez, entre les pleurardes hypocrites « oh ma pauv’ trans invisible » alors que tu cherches justement à ce qu’on te dévisage pas trop ; et les enthousiastes qui consomment sur notre ardoise de l’ultravisibilité.

 

Et puis c’est un être éminemment sexuel. Hyper. Pas nouveau, là encore, depuis l’antiquité la monstruosité est attachée par du raphia à l’hypersexualité. Là on a le fantasme de la domination. Beh oui, c’est bien connu, quoi de plus dominant et dominateur qu’une f t’. Tous les jours on en voit d’entre nous, armées de grands fouets, obtenir la soumission de rangées de mecs et sans doute aussi de nanas, dans les rues des mégapoles ; le spectacle en est même banal.

 

Beh oui, pas nouveau non plus : les gentes qui dans la réalité rasent les murs sont d’impitoyables tyrans des normales, ça aussi c’est bien connu. C’est une vérité sociale antique. Que ce soit le fond de caisse de la droitisation de la société depuis les années 80 ne semble pas donner la moindre sueur à celles qui en reprennent aussi complaisamment qu’innocemment les mottos.

 

En outre, je trouve qu’il y a quand même du foutage de gueule à projeter sur nous ses envies envers les mecs. Si tu veux faire domina eh ben t’as qu’à le faire, patate. Et si tu veux t’ifier eh bien transitionne, retransitionne, mais lâche nous les basques.

 

C’est dommage ; dans cette inter, Bernheim me fait irrésistiblement penser à notre autre amie Mercader, de laquelle tout le « travail sur les t’ » semble plutôt un exorcisme de ses angoisses envers nouzautes – et envers elle-même. C’est dommage, dans la mesure où ça montre à quel point, et là toutes, nous ne parvenons pas à éviter ni à critiquer vraiment les formes de l’autrification, le fétichisme des groupes sociaux, pour ne pas dire sortir la conscience politique du fantasme et du ressentiment. D’où une salade plutôt pauvrette de jugements et de fadaises comme celle-ci.

 

Il y aurait pourtant bien autre chose et plus intéressant que de spéculer sur le contenu supposé des identités des unes et des autres, leur valeur négociable sur le marché politique. Mais pour cela il nous faudrait déjà nous débarrasser de cette obsession identitaire. Nous pourrions faire bien mieux avec quelqu’effort, et un peu de liberté d'esprit. 

 

Pareil, Mercader et d’ailleurs bien d’autres, on a finalement des bases communes ; on est toutes issues du féminisme radical ; mais voilà, d’une part le matérialisme a fréquemment glissé vers un néo-essentialisme des statuts ; d’autre part il y a des sujets, dès qu’on en parle, dès qu’on les fait objets, tout le monde déraille, frissonne, exotise, investit, projette. Les juifs, les musulmans, les t’, les…, oh, un tas de gentes finalement.

 

Tout le monde, hein ? Pour ce qui est des t’, je ne crois pas que nous déraillons souvent moins dans notre affirmativité que les tradibio dans leur exotisation, positive ou négative. Mais accepter d’abdiquer la réflexion critique sous prétexte que « nous en serions toutes au même point », est une autre facette de ce vertige de la déglingue et de l’écrasement, du nivellement par le bas et les coups de surin, qui pourrit depuis quelques décennies nos bonnes comme nos mauvaises intentions. Nulle n’est l’excuse de personne.

 

Bernheim répond résolument, à un autre endroit, à la question si les couples hétéro ou homo sont différents : « Non, c’est pareil ». Et que ça reste de l’amour.

Hélas, c’est bien là le malheur. Hétéro ou homo ou je ne sais quoi, ça reste le couple, l’amour, la valeur-cul, et tout est dit.

 

C’est l’exigence de fond de nos consciences vaincues et néanmoins dogmatiques : que tout soit dit, et depuis longtemps si possible. Bien sûr on s’em…, puisqu’il ne s’agit plus que d’appliquer la sentence de l’Histoire. Ou de la subir. Mais au moins on croit en avoir la sécurité mentale, certitude de qui on est et de qui on doit être. Tout est bourré, l’inédit ni l’imprévu ne peuvent plus survenir. On ne peut plus sortir mais les créatures du dehors ne peuvent plus entrer. On est entre soi. On se sait. Même si on se méconnaît profondément. Même si on s’égorge. Je vous dis pas la safety effective. Je vous dis pas l’auberge.

 

 


 

 

 

 

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 16:15

 

 

Je dirais bien que lgteubélande est à la pointe de la compromission, que ce soit en France® avec la gauche molle mais néanmoins expulsante, en Argentine® avec les populistes anti-avortement ou en Italie® du nord avec la droite dure sans surprise. Bref, avec les états, adultes ou en gestation. Mais il se trouve que toutes les identités et catégories socio-professionnelles se marchent dessus pour peupler cette pointe, s’y maintenir avec rage et désespoir, valoir quelque chose et le faire reconnaître par qui de droit. Elle est surpeuplée, cette pointe du présent, au bord de l’abîme, comme le bout de chemise que, raconte Chalamov, on laissait émerger du sol gelé afin que les poux s’y concentrent, et qu’on puisse les y cramer. Une sauterelle n’y retrouverait pas ses larves.

Ce qui ne rend évidemment pas la chose moins misérable ni moins puante, selon les circonstances ; ainsi donc de cet investissement sur la réaction locale que, selon 360°, tentent des apprentiEs padanienNEs.

 

http://360.ch/blog/magazine/2012/07/appel-du-pied-gay-aux-dirigeants-de-la-lega/

 

Ben oui, on aurait tort de s’en priver, puisque l’avenir est à l’intégrationnisme national-économique. Et on aura ainsi une Padanie® bien proprette, décente, blondinette, avec ses lgbt’s nationales et certifiées, prospères et paritaires. Faudra tout de même pas trop bronzer, danger.

Á un autre bout de la même étagère, on a déjà un Azawad® en plein nettoyage du vice, straightland hanbalite. Bien dégagé sur les oneilles. Le religieux marche très fort aussi en ce moment. Les militaires, les curés et les banquiers, comme on disait prophétiquement il y a vingt ans.

Et pour bientôt peut-être un morceau de Kurdistan® léniniste, sorti direct du frigo historique. Je ne vous dis que ça. Les métaphysiciennes de la lutte des classes et de l’identité nationale vont pouvoir se goberger, et de nouvelles prisons se remplir.

Pas d’états sans prisons, sans appropriation de la violence. Z’auraient l’air de quoi ?

Á qui le tour ?

Y a pas plus efficace pour boucler les gentes que celleux qui l’ont été elleux même. Ça peut paraître affligeant mais c’est d’une vieille expérience.

 

Qu’est-ce qu’on se marre, tout de même, avec les états. On n’en a jamais assez, de cette vérole multiplicative, pourtant on devrait savoir, depuis le temps. Ben non, toujours plus qu’y nous en faut, à notre volonté de servitude comme à notre exotisme crasse. Rien de plus appétant qu’un nouveau drapeau, qu’une nouvelle carte, une nouvelle frontière, une nouvelle loi gourmande de vies. Pas un groupe, pas un bout de terre qui n’y voie le salut, alors même que ça finit toujours mal (avec sursis s’il y a des réserves).

 

Les états sont des marchandises comme les autres, toutes égales, identiques, toutes gonflées de valeur, de travail et d’idéal, éponges à désir et à illusion, toutes disposées à dévorer les vivantes. Le marché, politique et identitaire autant qu’économique, est toujours à la fin une duperie. Mais il est alors trop tard pour sortir : les portes sont verrouillées. Et personne ne sait au juste, au moment crucial, qui détient alors les clés.

 

Comme disait le vieux La Fontaine : « Que sa majesté nous dispense

                                                        Grand merci de son passeport

                                                        Je le crois bon, mais dans cet antre

                                                        Je vois fort bien comment on entre

                                                        Et ne vois pas comme on en sort »

 


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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 17:11

 

« « Je ne pense pas que ce soit principalement de déraison que nous manquions aujourd’hui ; et la folie, comme réponse au malheur elle-même malheureuse, n’est jamais une émancipation. »

Jaime Semprun

 

 

Un quelconque psy, dans un quelconque article paru il y a quelques temps au sujet du traitement judiciaire et/ou psychiatrique d’un petit « meurtre multiple » parmi désormais tant d’autres survenu il y a quelques années en Belgique, s’interrogeait gravement sur ce que, selon l’analyse de ses pairs, « la psychose ordinaire est devenue la norme ».

 

Ce qui demande de s’arrêter un instant sur ce qu’est, peut être ou veut être la norme actuellement par chez nous. C’est ennuyeux parce qu’il s’agit d’un de ces mots magiques, plutôt péjoratif mais pas pour tout le monde. Et dont le sens précis s’est dilué au point de ne plus constituer qu’un sentiment d’attirance ou de répulsion.

 

Si la norme, c’est le nomos, la loi, assurément le meurtre multiple, directement et frustement assuré par un personnage sans mandat aucun, d’unités sociales revêtant une importante valeur d’échange au moins potentielle, n’est pas permis, et même scandaleux.

 

Si la norme est un moyenne vague de comportement social, alors là évidemment, vu dans l’état où nous nous trouvons, ça change tout, et la brutalité aveugle envers des un peu plus faibles ou désarméEs que soi, comme envers ses égaux, peut être considérée comme un furoncle de la guerre de tous contre tous, de la concurrence, de l’excellence et de la dépersonnalisation ; furoncle qui tend à se multiplier. Ce d’autant quand la pression externe diminue et que ce genre de meurtre, visant des non-valeurs sur pattes, est considéré comme un dégât collatéral qui, selon les circonstances, sera passible ou non des tribunaux.

 

Mais le bonhomme évoqué plus haut a effectivement, même si c’est pour le retirer tout de suite (il s’est brûlé), mis de doigt sur la question : la folie, qui de mon point de vue consiste majoritairement en un excès de normalité, est elle en train de se répandre ? Je veux dire, sommes nous dans des conditions qui rendent dingue, et surtout acceptons nous d’y glisser, par un mélange de lassitude, de cynisme et de conformisme ? Ce que nous nommons la folie se manifeste tout de même bien souvent dans une exacerbation des tropes les plus bruts de cette vie sociale : extermination, viol, obsessions complotistes, autismes divers. Ou plus généralement un espèce de tyrannie diffuse des humeurs, tempérée par une rationalité cynique qui s’inscrit elle aussi admirablement dans les exercices du pouvoir et des coercitions.

 

Et comme bien sûr rien n’est de notre faute, à part ce que nous sommes, pour ne pas dire simplement d’être, eh bien nous baissons les bras, antiphrase pour dire que nous les levons cycliquement, ou spasmodiquement. La déglingue n’est plus de notre réssort, il nous faut donc la choyer, comme un alien grandi qui s’impose, et à qui plus personne ne tordra le cou.

 

Hé ben zut. Plus envie de choyer la folie ni la déraison.

 

Marre de consentir à cette guerre de tous contre tous, à cette guerre de nous-mêmes contre nous-mêmes, contre l’humain, la raison, l’intelligence, enfin bref toutes ces petites choses qui aident quand même bien à s’offrir des vies moins insupportables. Á soi et aux autres.

 

Marre par conséquent d’aménager la déroute, d’installer et de s’installer dans des hôpitaux de campagne, pas de campagne, des lieux de survie, de jouer alternativement les malades et les sœurs de charité – charité relookée en solidarité, qui a perdu à peu près tout son contenu, ou en support. Tout cet arrière immédiat du carnage social, et dont on sent bien qu’il sera emporté dans la débâcle à la prochaine grande offensive de celui-ci. On se battra dans les chambrées.

 

Marre de faire comme si tout cela était normal, bénin, inéluctable, indiscutable, voire progressiste ou libératoire ; ne posait nulle question de fond, nulle question autre que son aménagement, de même que pour tous les désastres déjà un peu passés, présents et à venir. Comme si tout cela devait être supporté, pour ne pas dire pis, positivé.

 

Nous couinons quand on veut nous renfermer, nous réhabiliter, nous encadrer, nous assainir, et ce à grand raison ! Mais n’avons-nous pas nous même collaboré avec entrain à ce que notre vaste enclos prenne les couleurs de l’hôpital général ? Minimisé et rationalisé, normalisé chaque disgrâce, chaque misère, chaque déraison au point qu’elles se sentent parfaitement chez elles en nous ? N’avons-nous pas souvent reculé devant l’envisagement de les chasser ? De ne plus leur laisser prendre asile, en tout cas si facilement ? D’avoir préféré céder à leur insistance qui parfait la dépossession et la dépersonnalisation ?

Si nous nous résignons à nous voir comme un grand hôpital, avec une perception valétudinaire, eh bien nous l’obtiendrons assurément. Mais il ne faudra pas nous plaindre des suites.

 

La transformation même du concept de raison en celui de santé mentale a quelque chose qui m’inquiète fort. Déjà, et comme je l’avais écrit ici il y a fort longtemps, je ne crois pas que la raison soit une affaire personnelle, mais bien plutôt quelque chose de commun, qui ne nous appartient pas en propre et par là même nous permet de vivre et de faire ensemble. Le concept moderne de santé est celui d’un bien privé comme d’un autre, géré (ce verbe dit tout) en partie de manière étatisée, mais toujours finalement réduit à une propriété. La raison a pour conditions de vie le partage et la confrontation ; la santé actuelle, la protection, la fermeture. Chercher à protéger la raison par la fermeture est un moyen efficace de mener à la folie, comme le même traitement mène l’idéologie de la santé à l’hypocondrie puis à la paranoïa (où elle retrouve, précisément, la raison, tout aussi dégradée et échevelée).

Ensuite, quand on parle de santé, c’est avec la conscience malheureuse que de toute façon elle va décliner, se défera, bref c’est attribuer la mortalité à la raison. Et enfermer celle-ci, démembrée, dans nos tiroirs respectifs où elle est appelée à moisir.

 

Si nous refusons l’enfermement, nous devons conséquemment et primordialement refuser de nous laisser chasser de nous-mêmes par les imitations grossières de la folie et de la déraison. Et de consentir à l’ordre des choses qui nous pousse dans ce marécage qui devient déjà un charnier. Mais ça va pas être si simple que ça ; nous sommes déjà bien abîmées. Il ne s’agit pas de rester où nous en sommes, parce qu’où nous en sommes c’est déjà perdu. Il va falloir nous reprendre, littéralement. Cesser un peu de jouer la croix-rouge, de normaliser et d’accepter notre état pitoyable.

 

 


 

 

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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 10:08

 

 

 

Je ne sais pas si il y a une spécificité des pays à vernis religieux supposé épais dans les stratégies de diversion morales mises en œuvre en situation de naufrage social, mais l’Espagne semble décidée à imiter l’Argentine dans ce qui peut apparaître comme une simple schizophrénie politique, mais pose tout de même des questions. Je vous avais déjà parlé il y a peu, à deux reprises, du cas de la seconde, et surtout de l’enthousiasme sans amertume de mes petitEs camarades de t’lande devant le déluge de cartes d’identités, alors que l’avortement continue à y être réprimé et clandestinisé.

 

Tout ça m'a refait songer à deux choses.

La première est que l’avortement, en Espagne, était depuis la fin des années 70 ou le début des 80 l’objet d’une sorte de consensus basé sur une loi vague et un non-dit qui de fait profitaient plutôt aux nanas, à la question près du fric. En effet, l’avortement était considéré comme « exceptionnel », mais pratiquement sans limitations, notamment de délai, dès lors qu’un toubib certifiait un risque pour la femme enceinte. Dans les faits, cela faisait du pays un hâvre relativement accueillant, où on ne s’embarrassait pas de formalités. On appliquait un système généralisé d’avortement dit thérapeutique et ça roulait. 

Puis, il y a quelques années, le gouvernement d’alors se mit dans la tête de légaliser l’affaire, c'est-à-dire de la soumettre plus nettement à la loi, sous couleur de lever l’exception… mais de facto comme de jure de limiter sérieusement l’exercice de cette liberté, la ramenant désormais pour presque tous les cas aux restrictions, notamment temporelles, semblables à celles qui prévalent de ce côté des Pyrénées. De fait, ç’avait déjà débouché sur une plus grande restriction pour les « délais avancés », en « échange » de la prise en charge financière de qui était dans les clous.

On avait été quelques unes à l’époque, là encore au-delà comme en deça, à dénoncer ce marché de dupes. Et à signaler aussi qu’une loi étroitement encadrante favoriserait des régressions ultérieures par retouches.

Or, c’est exactement ce qui est en train de se produire. Le gouvernement de droite actuel, bien empêtré dans la chute en vrille de l’économie, travaillé aussi par les lobbies catholiques durs, va retoucher la fameuse loi : fin de l’accès libre pour les mineures, et disparition d’une grande partie de l’avortement thérapeutique, puisque les anomalies du fœtus ne seront plus un motif valable ; ça va être trop classe de naître sans bras, je vous le dis. Et tout ça n’est qu’un début : d’aucuns ne se cachent pas de vouloir interdire tout bonnement la chose à terme.

 

Sans doute, si la loi n’avait pas été modifiée et précisée en 2010, le dit gouvernement Rajoy aurait-il également ourdi ce genre de truc. Mais la chute eut alors été encore plus raide. On aurait peut-être craint une plus vigoureuse protestation (cent nanas à Madrid hier, un peu la misère, alors même que les sondages affirment une opposition majoritaire au projet). Bref, c’est un peu comme si la légalisation avait constitué dans ce cas un préalable, une forme de préparation et d’accoutumance à une suite de rabiotages dans la dépossession.

 

La seconde chose, c’est que l’Espagne est depuis quelques années aussi un pays en pointe côté droits civiques : mariage sans question de genre, et une loi sur la transidentité qui fit elle aussi bien piapiasser en son temps à t’lande, les réglementaristes applaudissant, les camarades moins dociles gueulant contre l’institutionnalisation renforcée du contrôle psy et médical. Une fois de plus, on se rendait compte qu’il vaut mieux être oubliéEs de la loi qu’en être sujetTEs.

Je ne sais pas ce qui se trame de ces côtés-là dans les sombres replis des cerveaux des Populares de Madrid, mais force m’est de constater que les premières sur lesquelles ellils ont décidé de taper, ce sont les nanas bio, et précisément sur l’avortement. Avant même le mariage, qui semblerait pourtant une cible qui permette, par moins de consensus, d’obtenir une certaine allégresse sur son retour en propre aux hétér@s.

 

Consensus… Ou bien est-ce que le consensus est précisément plus compact envers l’avortement ?

 

En France, finalement, pareil un peu : on parle de droit civiques et tout et tout, mais sur l’avortement c’est la défensive : personne ne réclame plus depuis longtemps un allongement des délais et encore moins une vraie dépénalisation, une sortie du droit pénal. Il y a plus qu’une frilosité là-dessus, y compris dans le milieu féministe, où j’ai quelquefois entendu des gentes affirmer des positions assez rétives, tant sur la chose elle-même que sur ses conditions d’exercice. Alors je vous dis pas ailleurs ; je me rappelle un micro-trottoir où le mal à l’aise était la position très majoritaire. Il y a quelque chose qui emmerde profondément dans l’avortement, comme dans le refus de relationner. Et qui déclenche les foudres, viol et pourchas de toute nana susceptible de loger un alien, que surtout elle n’aille pas s’en débarrasser n’importe comment à son gré – voir les lourdes peines infligées pour néonaticide, somme toute avortement à terme. Alors que, cependant, on ne fait souvent pas tant d’affaire pour une vie humaine bien formée (principalement si elle risque de ne rien rapporter). Serait-ce d’ailleurs parce qu’on craint de manquer de consommateurices encore un peu solvables ? Je ne crois pas que ce soit de ce niveau, d’autant que la pédomanie et l’enfantement sont galopants en france à l’heure qu’il est. C’est une affaire politico-morale de refus du refus, un refus risquant d’en entraîner d’autres, qui sait ?

 

On pourrait me faire la remarque qu’il est étrange que j’en fasse autant sur l’avortement, alors que je suis par ailleurs antirelationniste, antisexuelle, enfin aussi hostile à hétérolande qu’on puisse l’être. C’est que je prends la chose comme allant au-delà du simple enchaînement de cause à effet. Il s’agit là de la liberté de soi. Et de s’occuper de ses fesses, au sens large. C’est là qu’est la racine, pas dans telle ou telle pratique.

 

L’avortement, tout simplement, ça continue à être le truc qui pue, comme bien des trucs assignés à f’, le machin que presque personne ne voudra voir comme mieux qu’un triste mal qu’on va éradiquer. Et, il faut le croire, un poil plus dans l’échelle des abominations que les pédégouines qui s’accouplent ou les travelotes comme votre humble servante qui se multiplient. Il y a quelque chose de singulier et pour tout dire d’inquiétant dans cette gradation négative : droits civiques, ça passe, même quand sans enthousiasme ; libertés corporelles, alors là niet, pas question. On peut – et même on doit – couper dedans.

Les droits, finalement, c’est toujours du bon côté, le côté de l’équivalence, de l’alignement, le côté m’ du monde, le côté propre. La liberté physique, réelle, irréductible à la mise au carré – mais qu’on aimerait y réduire néanmoins, c’est le trou qui pue, le côté f’, ce fichu côté dont on sait bien qu’on ne pourrait se débarrasser sans mourir, et qui cependant fiche tellement le bran dans la logique de contrôle et de surveillance mutuelle, qu’il le faut domestiquer. Surtout pas le laisser vagabonder.

Et le propre du droit, c’est de subordonner la dispo de soi au bien commun, de l’obliger à passer par des robinets que l’on peut fermer, sous les meilleurs et les plus inattaquables prétextes.

Enfin tout ça, ce sont interprétations, exégèse ; n’empêche, y a quelque chose, un os, une poignée de clous dans le rata.

 

Il ne s’agit pas pour moi de donner dans la mélasse de la hiérarchie des misères. Mais il y a là peut-être bien un point nodal, quelque chose de sombre et de noué dans la logique de la domination : on a l’impression, pas nouvelle, que la « progression » des droits de l’incorporel coïncide systématiquement avec une mise au pas grandissante des possibilités du corporel. Il va de soi déjà que droit n’est pas possibilité, droit est médiation qui nous enlève précisément l’accès à nous-mêmes pour le confier à l’institution compétente. Et je ne songe pas non plus qu’au judiciaire, puisque le système médical, par exemple, est amplement impliqué désormais dans l’affaire.

 

L’encadrement continue, pour sa part, à être le même piège de dépossession et de surveillance qui nous revient toujours dans la gueule, directement ou indirectement (quand les « conditions prévues par la loi » ne sont, bizarrement, plus possibles à réunir).

 

Je n’ai ainsi pas de perspective explicatoire profonde, autre d’abord que la misogynie constitutive de ce monde, intégralement assaisonnée d’un désir croissant de contrôle de ce que nous faisons de nous-mêmes, que ce soit pour l’approuver, l’improuver, le réglementer ou l’interdire.

Ce qui ramène à ce que je dis au dessus : nous n’avons aucune raison de nous réjouir de l’inflation judiciaire et sociale qui semble accompagner l’implosion économique et humaine. D’une part parce que la répression s’est mise en marche déjà au milieu même de nous (les f en général), et selon toute vraisemblance ne fera que s’amplifier ; d’autre part parce que cette inflation ne « garantit » donc pas un progressisme légal, mais facilite au contraire les régressions, qu’on pourrait dire d’un simple trait de plume, et alors que nous nous sommes totalement livrées à la supposée bonté intrinsèque de cette logique morticole. Nous serons facilement isolées et brisées par cette confiance bien mal placée en la force publique, alors que nous avons survécu, même difficilement, à des siècles de haine.

 

Et autre question, que je pose là à mes petites camarades, t' et autour : au lieu de nous esbaudir et gaver des cachous que l’on nous distribue, est-ce qu’il ne serait pas temps de commencer à les refuser si nous voyons que d’autres sont privées des leurs ? Ce pourrait d’ailleurs être un excellent entraînement pour apprendre à définitivement se passer de ces bonbons que les vieux birbes du pouvoir nous offrent ici et là aux détours du pitoyable square de la citoyenneté ; d’ailleurs, les grilles sont là, escaladons les !

C’est tout de même un monde que nous en soyions à aimer les grilles, à nous en sentir protégées, parce qu’au-delà règne le maelström du mal radical. C’est même régime in fine : l’effondrement et la coercition sont aussi au menu de la popote de plus en plus policière sous ses couleurs de pub qui trône dans le dit square, de plus en plus exigu. C’est le cauchemar et il nous en faut rompre le sinistre enchantement. Sans quoi nous en crèverons réellement, les unes après les autres.

Une critique de la vie quotidienne que nous menons, et d’abord de comment nous la confions bien inconsidérément (il est vrai qu’on ne nous laisse guère le choix, mais le choix ne se laisse jamais) à la bienveillance institutionnelle et aux pièges de sa reconnaissance, ne serait pas de trop.

 

Bref, en hors d’œuvre qu’on en finisse avec l’état et toutes les joyeusetés qui vont avec, on aurait intérêt à souhaiter d’arracher à tout système légal et répressif la disposition de soi. Je dis à souhaiter, et à faire, parce bien entendu ça ne se réclame pas : à qui voulez vous réclamer ça, à part à nous-mêmes ? L’état ni la justice ne sont ni ne seront jamais les gentilles bisounourses que fantasment les citoyennes sous les coups qui en pleuvent pourtant. Ce seront toujours les organismes saprophytes d’une logique folle ancrée dans des « nécessités » que nous avons suspendues hors de portée et qui nous dévorent. Si on arrive à se sortir de la glu du contrôle politique et social, ce sera notre œuvre ; nous serions bien bêtes de l’attendre ingénument de la bonne volonté de celui-ci, et de ses instances relais en nous-mêmes. L’état ni le patriarcat ne se suicideront. Ils auront notre peau bien avant. Il sont déjà dedans, même, depuis belle lurette. D’où la nécessité critique, et pas simplement dénonciatrice ou redistributive. Ce ne sont pas seulement des gentes mais des formes, et les formes ne connaissent pas de scrupules.

 


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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 19:55

 

 

J’apprends avec émotion, par le quotidien régional, que Bébert, le silure de l’aquarium de Limoges, est décédé, alors qu’on se promettait de le voir enfiler une longue vie, énormément grossir, encore qu’il eût déjà rassemblé quatre vingt cinq kilos.

 

Un silure est un animal sympathique, "solitaire et lucifuge" dit la notice, qui vit dans les profondeurs boueuses des fleuves et se nourrit de bébés humains (quand il en trouve), de jambes de pêcheurs à la ligne, de chiens crevés, enfin vous voyez, un glouton, comme nous les murènes. Quand on le capture, il est mangé à son tour en pâté, ce qui somme toute est un peu justice ; ou quelquefois, ce qui fut le cas du petit Bébert, mis en aquarium.

 

Bref, faut pas vivre en prison, ça donne du choléstérol.

 

Et j’en ai songé à la pauvre murène de l’aquarium de Nancy, avec ses petits yeux en boutons de bottine, qui me fascina tant quand je passai par là autrefois avec des qui furent des zamies - nos zamies, avec un z, dont on ne saurait trop se garder. Qu’a-t-elle bien pu devenir ? Quel est le destin des murènes d’aquarium ? pour ma part j’incarne celui des murènes de dépotoir.

 

J’en réexhume cette humeur de l’hiver dernier, en l'honneur et mémoire de touTEs les poissonNEs carnivores et mal embouchéEs qui croupissent dans les plus diverses captivités :

 

J’aime bien ce qui est écrit des murènes, ici ou ailleurs. C’est farci de vérité, à un point qui ne se rencontre guère en cette sombre époque.

 

Nous sommes « sédentaires et territoriales ». Je confirme, on peut pas mieux. Nous souffrons ainsi conjointement d’exil intellectuel permanent et d’artériosclérose.

 

Nous « changeons de sexe au cours de notre vie », ce qui est vraiment se foutre du brave monde.

 

Nous avons une très sale gueule, et sommes, somme toute, des parasites, tout à l’unisson de nos copines les lamproies.

 

Nous restons « à éviter », « très vindicatives », ce à quoi je ne peux qu’applaudir de ravissement et d’approbation. Parfaitement antisociales.

 

Certaines d’entre nous, néanmoins, « peuvent vivre à plusieurs individus dans un même trou ou dans des morceaux de tuyau, dans des vieux pneus ». C’est pour causer mieux de déprédations, mes enfants. Notre méchanceté outrepasse notre solitude, ce qui n’est pas peu dire.  

 

Notre reproduction est « mal connue ». C’est absolument exact. Notre production aussi. Le caviar négatif que je porte depuis fort longtemps dans ma poche ventrale n’a aucune vertu fécondante ou repopulative. Bien au contraire.

 

Nous nous reproduisons par l’exemple.

 


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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 08:07

 

 

 

Et ainsi de suite, si nous n’y mettons fin

 

« Rien sauf des coups »

A.Pizarnik

 

« Tu ne demanderas rien à personne, tu ne croiras personne, tu ne craindras personne. »

Précepte des camps.

 

 

« J'ai le sentiment qu'il a fait le travail comme il faisait son travail de maçon. Et maintenant que le travail est fait, elles sont à lui pour l'éternité. »

 

Extrait de la plaidoirie d’un avocat dans l’assez banal cas d’un type qui a exterminé femme et môme. Je ne reviens même pas sur cette tradition masculine d’assassiner, en cas de bobo mental ou social, ou tout simplement de perte de pouvoir, ou de diarrhée morale, que sais je ? sa famille, soi y compris ou pas, aboutissement de la logique viriliste et sédiment ultime de la pratique de la patria potestas, que quelques nanas tentent bien timidement de se réapproprier quelquefois (je ne cause évidemment pas ici de la suppression tardive et bénéfique des aliens, mais de la tuerie familiale taille L et au dessus, voire du petit massacre autogestionnaire de galerie marchande).

 

Ce qui m’intéresse, c’est l’usage du terme et de la notion de travail pour désigner le meurtre, pour caractériser sa mise en œuvre. Je l’ai déjà signalé après bien d’autres dans le cas des meurtres de masse et génocides. La forme travail, par ailleurs éminemment assignée au versant masculin du social, permet de se charger comme de se décharger des plus épouvantables exterminations en les rationnalisant intellectuellement dans leur mise en œuvre, qui devient à elle seule tentative de justification ou de déresponsabilisation.

 

Mais je n’avais jamais trop trouvé mentionné ce même travail dans le cadre de l’amour conjugal, que je suppose depuis bien longtemps être effectivement une forme de boulot, « je t’aime » équivalant à « je travaille, moi », et dans l’échange transactionnel et valorisateur, tout d’abord, et dans sa mise au carré de nos existences, et dans la reproduction des formes, et dans sa capacité à tout justifier, notamment le pire. Travail comme amour, indissolublement liés, chapeautent admirablement la violence instituée. Par leur seule existence et leur statut de « nécessité » : tout et surtout toutes doivent se plier devant eux ; il faut qu’ils passent. Point.

 

Ça ne suffit évidemment pas comme analyse. Mais on peut partir des résultats et des caractères les plus « avancés » de ces formes qui kidnappent à peu près tout rapport humain pour remonter dans leur genèse. Les formes qui deviennent sujets, qu’on peut mettre au début de la phrase, devant le verbe, à notre place, sont éminemment dangereuses.

 

Le couple, hétéro principalement, ne serait-ce que par sa prédominance, mais pas que, comme la famille, est décidément un endroit bien glauque, bien oppressif et bien dangereux. Un endroit et un système (politique disent à raison des camarades). Le couple, le trouple, le nôme, l’amour, la relation, la dépendance affective, l’angoisse de reconnaissance par l’injonction à se mettre ensemble, à le montrer, à cohabiter, à faire du sexe, sources de calcium et de bonheur. Tu parles. Je commence pour ma part à en avoir marre qu’on s’y esquinte et s’y réesquinte, tout ça parce qu’on trouve que c’est une anomalie que ça merde. Je commence à en avoir ras la t’ des amies qui pleurent au téléphone et me disent « mais je peux pourtant pas arrêter ». Mais si ! Première chose à faire, arrêter, et apprendre aux autres à ne pas commencer. Á nous d’arrêter, pas d’implorer que les autres soient gentils. Sortons de leurs pattes. Et n’essayons pas de calquer ni de dupliquer cette misère entre nous.

 

Les niches prétendument échappant à la logique massive de ce monde sont des pièges particulièrement meurtriers, parce qu’on s’y décuirasse d’autant. Et couiner que « c’est pas de jeu » quand on s’y retrouve amochées est aussi fondé que réclamer parce que le travail est exploitation. Ce qui se passe dans la relation est même pire, plus brut, plus cynique. La demande est parfaitement naturalisée. Ses motifs sont incontournables : c’est qu’il faut être, encore un peu, gagner et rabioter chaque jour sa reconnaissance existentielle. Pas de pitié. Il paraît que c’est ça ou la mort, et ils le font comme ils le disent.

Authentique, la relation, plaident jusques à des comme OLF. Ah ouiche, comme si on ne savait pas ce qu’implique l’authenticité, « à l’ancienne à la bio » comme disait une amie. L’authentique est le repaire de la contrainte intériorisée.

 

Tant que nous croirons, aveuglement sur lequel insista la mère Solanas, que nous avons irrépressiblement besoin d’amour, de lien, de cohabitation, de baise et de tout cette glu, eh bien nous nous y refoutrons la tête et le reste avec entrain, et nous prendrons des coups. La dépendance entraîne la violence. Elle la facilite et lui offre son cadre. Elle l’abrite, la domicilie littéralement.

 

Il n’y a aucune amélioration fatale à attendre, non plus que princes ou de princesses charmantes ou pas ; nous n’avons rien à attendre de personne ; rien ne s’arrêtera si nous n’arrêtons pas de relationner obsessionnellement, de nous noyer comme des lemmings les unEs dans les autres, en masse. Relationner ne brise pas la solitude, mais l’organise, la verrouille ; relationner nous isole, nous colle à une ou quelques personnes dont nous dépendons maladivement, selon des règles que nulLE ne maîtrise et auxquelles tout le monde se plie, consent d’autant plus que nous nous sommes dresséEs à percevoir cela comme désir, ce petit dieu domestique de la contemporanité, inlassablement commun et que pourtant nous voulons croire intime. Qu’un groupe social dominant, ici les mecs, en profite, comme pour tout rapport social institué et autonome, n’implique pas que la rapport lui-même est neutre et qu’il suffirait d’égaliser pour entrer au paradis. Il n’y aura qu’une autre autogestion de la peur et de la dépendance.

 

La relation comme idéal est une transaction sociale généralisée et impérative. Elle n’a rien de naturel et encore moins de gratuit. Elle est là pour nous valoriser – et valoriser signifie exproprier, essorer, extraire tout ce qu’on peut des personnes pour nourrir la baudruche sociale insatiable. Transaction obligée, elle est aussi par conséquent une contribution. Le relationnisme, c’est l’hétéropatriarcat, et réciproquement. Il a vocation à l’hégémonie, et a depuis longtemps appété, hameçonné lgbtlande et même tpglande. Il se trouve chaque semaine un assemblage plus subversif à exhiber – je songe à une récente expo de Jouvet. L’objet étant de produire de la valeur existentielle, réutilisable socialement, de faire de nous des centrales énergétiques relationnelles toujours plus perfectionnées. Il est revendiqué, reproduit comme évident. Toute cette contribution, sous forme de dépendance angoissée, frénétique, est le durcisseur d’un social particulièrement meurtrier. Quand à la transaction, elle n’est même pas tant de personne à personne, où nous ne sommes pas plus que fonctions et vecteurs dans le procès de la valorisation en général (d’où sans doute le goût caricatural pour les rôles et les apparences) ; elle est le marché de dupe habituel entre les individus mutilés (pléonasme ?) et la totalité : en échange du don à peu près total de nous-mêmes, nous obtenons, toujours provisoirement, un peu de reconnaissance. Le système relationnel marche sur la croyance, comme le système économique, que nous sommes ses décidantEs, et que ce sont nos petites complexions qui comptent. Alors que cela crève les yeux que nous reproduisons toujours les mêmes schémas, au détail près, quelles que soient nos « identités ». La vaste blague. ActeurEs, marionnettes, voilà tout, et provende de ce fonctionnement sans tête.

 

Refusons le choix entre peste, choléra et tuberculose. Arrêtons de relationner, d’enfanter, de pouponner et de soutenir, déjà ; peut-être demain de travailler. De servir à, et de ne pouvoir nous sentir exister que si nous servons à – s’il y a une « subjectivité féminine » bien verrouillée c’est celle là. Occupons nous de nous. Nous en aurons peut-être alors de toutes autres approches de ce qu’on peut faire entre humaines autonomes. Mais pour cela il nous faudra dégorger, comme les escargots, notre propension à la servitude volontaire - laquelle peut ne pas être étrangère, en nos temps de bondage moral et physique, de réappropriations tous azimuts de toutes les chaînes historiques, à l’extension de notre fascination pour les soumissions ; passer par la solitude pour nous retrouver. Il se peut que ce soit indispensable pour quitter un système qui s’est identifié à tout ce qui peut se faire entre humainEs, et qui est devenu de ce fait une obligation terrorisante. Il nous faut faire crever la valorisation relationnelle par l’affamement. Pour commencer. Et sortir de l’auberge aux supplices. C’est comme d’aller aux toilettes, de s’évader de prison, et autres activités profitables, personne ne le peut faire à notre place. Sans ça, nous crèverons à petit feu en nous lamentant dans notre misère, en nous interpellant vainement, en nous reprochant un « manque de soutien » mais en refusant toujours avec rage le refus quand on se le conseille ; nous porterons pour finir répétitivement notre deuil et celui des autres ; tout ça est exaspérant.

 

Ce n’est pas une nouveauté, on le notait déjà il y a bien deux millénaires et demi. Une condition à l’émancipation est de savoir dire non, voire fuck off, consécutivement et même préalablement ; et aussi de savoir vivre seule (1). Cette seuleté nous est précisément une issue hors de l’isolement engendré par la mise en boîte relationnelle, affective, familiale ; une issue vers des possibilités de nous trouver entre personnes, et non plus entre fonctions contributives d’une dépendance intimidante. Il ne s’agit ni d’un but ni d’un programme en soi ; il s’agit de nous retirer d’une glu générale et instituée.

 

 

 

(1) J’aurais même envie d’ajouter, à tout hasard, savoir s’ennuyer. Et ne le pas craindre.

 

 


 

 

 

 

 

 

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 10:55

 

 

Nous voilà reprotégées du harcèlement. Enfin, bon, protégées à la manière habituelle de la loi. Nous sommes toujours censées consentir quotidiennement à la fréquentation normative pseudogratuite, à la subordination hiérarchique payée, bref à la relation et au travail, et à tout ce qui va avec. Mais on nous promet de taper après coup sur les qui y auront abusé de manière trop flagrante.

 

On peut en effet abuser de, ou dans, l’insupportable. C’est un mystère d’ailleurs fort ancien des sociétés humaines. Vivre des vies de m…, plier sous le joug, mais pas tout de même trop trop. Qu’on soit encore utilisables, profitables. Surtout en nos jours cruciaux où la croissance est menacée.

 

Il serait en effet excessif que nous nous protégions nous-mêmes, sans parler de nous extirper, de ces carcans bienfaisants et productifs. Nous obéirons et couplerons donc sous protection a posteriori. Ou, si l’exigence de réactivité se renforce, sous surveillance électronique. On se rapprochera toujours ainsi de l’immédiat, sans jamais risquer de passer de l’autre côté, celui où nous nous ingèrerions de refuser d’emblée les conditions mêmes qui nous mettent en danger, nous livrent à la volonté d’autrui, enfin qui de manière plus générale nous pourrissent la vie. 

 

Car anathème à celles qui useront du retrait préalable de ce foutoir, de la désertion et des ciseaux. Faut pas casser la baraque tout de même !

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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