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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 10:08

 

 

 

Je ne sais pas si il y a une spécificité des pays à vernis religieux supposé épais dans les stratégies de diversion morales mises en œuvre en situation de naufrage social, mais l’Espagne semble décidée à imiter l’Argentine dans ce qui peut apparaître comme une simple schizophrénie politique, mais pose tout de même des questions. Je vous avais déjà parlé il y a peu, à deux reprises, du cas de la seconde, et surtout de l’enthousiasme sans amertume de mes petitEs camarades de t’lande devant le déluge de cartes d’identités, alors que l’avortement continue à y être réprimé et clandestinisé.

 

Tout ça m'a refait songer à deux choses.

La première est que l’avortement, en Espagne, était depuis la fin des années 70 ou le début des 80 l’objet d’une sorte de consensus basé sur une loi vague et un non-dit qui de fait profitaient plutôt aux nanas, à la question près du fric. En effet, l’avortement était considéré comme « exceptionnel », mais pratiquement sans limitations, notamment de délai, dès lors qu’un toubib certifiait un risque pour la femme enceinte. Dans les faits, cela faisait du pays un hâvre relativement accueillant, où on ne s’embarrassait pas de formalités. On appliquait un système généralisé d’avortement dit thérapeutique et ça roulait. 

Puis, il y a quelques années, le gouvernement d’alors se mit dans la tête de légaliser l’affaire, c'est-à-dire de la soumettre plus nettement à la loi, sous couleur de lever l’exception… mais de facto comme de jure de limiter sérieusement l’exercice de cette liberté, la ramenant désormais pour presque tous les cas aux restrictions, notamment temporelles, semblables à celles qui prévalent de ce côté des Pyrénées. De fait, ç’avait déjà débouché sur une plus grande restriction pour les « délais avancés », en « échange » de la prise en charge financière de qui était dans les clous.

On avait été quelques unes à l’époque, là encore au-delà comme en deça, à dénoncer ce marché de dupes. Et à signaler aussi qu’une loi étroitement encadrante favoriserait des régressions ultérieures par retouches.

Or, c’est exactement ce qui est en train de se produire. Le gouvernement de droite actuel, bien empêtré dans la chute en vrille de l’économie, travaillé aussi par les lobbies catholiques durs, va retoucher la fameuse loi : fin de l’accès libre pour les mineures, et disparition d’une grande partie de l’avortement thérapeutique, puisque les anomalies du fœtus ne seront plus un motif valable ; ça va être trop classe de naître sans bras, je vous le dis. Et tout ça n’est qu’un début : d’aucuns ne se cachent pas de vouloir interdire tout bonnement la chose à terme.

 

Sans doute, si la loi n’avait pas été modifiée et précisée en 2010, le dit gouvernement Rajoy aurait-il également ourdi ce genre de truc. Mais la chute eut alors été encore plus raide. On aurait peut-être craint une plus vigoureuse protestation (cent nanas à Madrid hier, un peu la misère, alors même que les sondages affirment une opposition majoritaire au projet). Bref, c’est un peu comme si la légalisation avait constitué dans ce cas un préalable, une forme de préparation et d’accoutumance à une suite de rabiotages dans la dépossession.

 

La seconde chose, c’est que l’Espagne est depuis quelques années aussi un pays en pointe côté droits civiques : mariage sans question de genre, et une loi sur la transidentité qui fit elle aussi bien piapiasser en son temps à t’lande, les réglementaristes applaudissant, les camarades moins dociles gueulant contre l’institutionnalisation renforcée du contrôle psy et médical. Une fois de plus, on se rendait compte qu’il vaut mieux être oubliéEs de la loi qu’en être sujetTEs.

Je ne sais pas ce qui se trame de ces côtés-là dans les sombres replis des cerveaux des Populares de Madrid, mais force m’est de constater que les premières sur lesquelles ellils ont décidé de taper, ce sont les nanas bio, et précisément sur l’avortement. Avant même le mariage, qui semblerait pourtant une cible qui permette, par moins de consensus, d’obtenir une certaine allégresse sur son retour en propre aux hétér@s.

 

Consensus… Ou bien est-ce que le consensus est précisément plus compact envers l’avortement ?

 

En France, finalement, pareil un peu : on parle de droit civiques et tout et tout, mais sur l’avortement c’est la défensive : personne ne réclame plus depuis longtemps un allongement des délais et encore moins une vraie dépénalisation, une sortie du droit pénal. Il y a plus qu’une frilosité là-dessus, y compris dans le milieu féministe, où j’ai quelquefois entendu des gentes affirmer des positions assez rétives, tant sur la chose elle-même que sur ses conditions d’exercice. Alors je vous dis pas ailleurs ; je me rappelle un micro-trottoir où le mal à l’aise était la position très majoritaire. Il y a quelque chose qui emmerde profondément dans l’avortement, comme dans le refus de relationner. Et qui déclenche les foudres, viol et pourchas de toute nana susceptible de loger un alien, que surtout elle n’aille pas s’en débarrasser n’importe comment à son gré – voir les lourdes peines infligées pour néonaticide, somme toute avortement à terme. Alors que, cependant, on ne fait souvent pas tant d’affaire pour une vie humaine bien formée (principalement si elle risque de ne rien rapporter). Serait-ce d’ailleurs parce qu’on craint de manquer de consommateurices encore un peu solvables ? Je ne crois pas que ce soit de ce niveau, d’autant que la pédomanie et l’enfantement sont galopants en france à l’heure qu’il est. C’est une affaire politico-morale de refus du refus, un refus risquant d’en entraîner d’autres, qui sait ?

 

On pourrait me faire la remarque qu’il est étrange que j’en fasse autant sur l’avortement, alors que je suis par ailleurs antirelationniste, antisexuelle, enfin aussi hostile à hétérolande qu’on puisse l’être. C’est que je prends la chose comme allant au-delà du simple enchaînement de cause à effet. Il s’agit là de la liberté de soi. Et de s’occuper de ses fesses, au sens large. C’est là qu’est la racine, pas dans telle ou telle pratique.

 

L’avortement, tout simplement, ça continue à être le truc qui pue, comme bien des trucs assignés à f’, le machin que presque personne ne voudra voir comme mieux qu’un triste mal qu’on va éradiquer. Et, il faut le croire, un poil plus dans l’échelle des abominations que les pédégouines qui s’accouplent ou les travelotes comme votre humble servante qui se multiplient. Il y a quelque chose de singulier et pour tout dire d’inquiétant dans cette gradation négative : droits civiques, ça passe, même quand sans enthousiasme ; libertés corporelles, alors là niet, pas question. On peut – et même on doit – couper dedans.

Les droits, finalement, c’est toujours du bon côté, le côté de l’équivalence, de l’alignement, le côté m’ du monde, le côté propre. La liberté physique, réelle, irréductible à la mise au carré – mais qu’on aimerait y réduire néanmoins, c’est le trou qui pue, le côté f’, ce fichu côté dont on sait bien qu’on ne pourrait se débarrasser sans mourir, et qui cependant fiche tellement le bran dans la logique de contrôle et de surveillance mutuelle, qu’il le faut domestiquer. Surtout pas le laisser vagabonder.

Et le propre du droit, c’est de subordonner la dispo de soi au bien commun, de l’obliger à passer par des robinets que l’on peut fermer, sous les meilleurs et les plus inattaquables prétextes.

Enfin tout ça, ce sont interprétations, exégèse ; n’empêche, y a quelque chose, un os, une poignée de clous dans le rata.

 

Il ne s’agit pas pour moi de donner dans la mélasse de la hiérarchie des misères. Mais il y a là peut-être bien un point nodal, quelque chose de sombre et de noué dans la logique de la domination : on a l’impression, pas nouvelle, que la « progression » des droits de l’incorporel coïncide systématiquement avec une mise au pas grandissante des possibilités du corporel. Il va de soi déjà que droit n’est pas possibilité, droit est médiation qui nous enlève précisément l’accès à nous-mêmes pour le confier à l’institution compétente. Et je ne songe pas non plus qu’au judiciaire, puisque le système médical, par exemple, est amplement impliqué désormais dans l’affaire.

 

L’encadrement continue, pour sa part, à être le même piège de dépossession et de surveillance qui nous revient toujours dans la gueule, directement ou indirectement (quand les « conditions prévues par la loi » ne sont, bizarrement, plus possibles à réunir).

 

Je n’ai ainsi pas de perspective explicatoire profonde, autre d’abord que la misogynie constitutive de ce monde, intégralement assaisonnée d’un désir croissant de contrôle de ce que nous faisons de nous-mêmes, que ce soit pour l’approuver, l’improuver, le réglementer ou l’interdire.

Ce qui ramène à ce que je dis au dessus : nous n’avons aucune raison de nous réjouir de l’inflation judiciaire et sociale qui semble accompagner l’implosion économique et humaine. D’une part parce que la répression s’est mise en marche déjà au milieu même de nous (les f en général), et selon toute vraisemblance ne fera que s’amplifier ; d’autre part parce que cette inflation ne « garantit » donc pas un progressisme légal, mais facilite au contraire les régressions, qu’on pourrait dire d’un simple trait de plume, et alors que nous nous sommes totalement livrées à la supposée bonté intrinsèque de cette logique morticole. Nous serons facilement isolées et brisées par cette confiance bien mal placée en la force publique, alors que nous avons survécu, même difficilement, à des siècles de haine.

 

Et autre question, que je pose là à mes petites camarades, t' et autour : au lieu de nous esbaudir et gaver des cachous que l’on nous distribue, est-ce qu’il ne serait pas temps de commencer à les refuser si nous voyons que d’autres sont privées des leurs ? Ce pourrait d’ailleurs être un excellent entraînement pour apprendre à définitivement se passer de ces bonbons que les vieux birbes du pouvoir nous offrent ici et là aux détours du pitoyable square de la citoyenneté ; d’ailleurs, les grilles sont là, escaladons les !

C’est tout de même un monde que nous en soyions à aimer les grilles, à nous en sentir protégées, parce qu’au-delà règne le maelström du mal radical. C’est même régime in fine : l’effondrement et la coercition sont aussi au menu de la popote de plus en plus policière sous ses couleurs de pub qui trône dans le dit square, de plus en plus exigu. C’est le cauchemar et il nous en faut rompre le sinistre enchantement. Sans quoi nous en crèverons réellement, les unes après les autres.

Une critique de la vie quotidienne que nous menons, et d’abord de comment nous la confions bien inconsidérément (il est vrai qu’on ne nous laisse guère le choix, mais le choix ne se laisse jamais) à la bienveillance institutionnelle et aux pièges de sa reconnaissance, ne serait pas de trop.

 

Bref, en hors d’œuvre qu’on en finisse avec l’état et toutes les joyeusetés qui vont avec, on aurait intérêt à souhaiter d’arracher à tout système légal et répressif la disposition de soi. Je dis à souhaiter, et à faire, parce bien entendu ça ne se réclame pas : à qui voulez vous réclamer ça, à part à nous-mêmes ? L’état ni la justice ne sont ni ne seront jamais les gentilles bisounourses que fantasment les citoyennes sous les coups qui en pleuvent pourtant. Ce seront toujours les organismes saprophytes d’une logique folle ancrée dans des « nécessités » que nous avons suspendues hors de portée et qui nous dévorent. Si on arrive à se sortir de la glu du contrôle politique et social, ce sera notre œuvre ; nous serions bien bêtes de l’attendre ingénument de la bonne volonté de celui-ci, et de ses instances relais en nous-mêmes. L’état ni le patriarcat ne se suicideront. Ils auront notre peau bien avant. Il sont déjà dedans, même, depuis belle lurette. D’où la nécessité critique, et pas simplement dénonciatrice ou redistributive. Ce ne sont pas seulement des gentes mais des formes, et les formes ne connaissent pas de scrupules.

 


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29 juillet 2012 7 29 /07 /juillet /2012 19:55

 

 

J’apprends avec émotion, par le quotidien régional, que Bébert, le silure de l’aquarium de Limoges, est décédé, alors qu’on se promettait de le voir enfiler une longue vie, énormément grossir, encore qu’il eût déjà rassemblé quatre vingt cinq kilos.

 

Un silure est un animal sympathique, "solitaire et lucifuge" dit la notice, qui vit dans les profondeurs boueuses des fleuves et se nourrit de bébés humains (quand il en trouve), de jambes de pêcheurs à la ligne, de chiens crevés, enfin vous voyez, un glouton, comme nous les murènes. Quand on le capture, il est mangé à son tour en pâté, ce qui somme toute est un peu justice ; ou quelquefois, ce qui fut le cas du petit Bébert, mis en aquarium.

 

Bref, faut pas vivre en prison, ça donne du choléstérol.

 

Et j’en ai songé à la pauvre murène de l’aquarium de Nancy, avec ses petits yeux en boutons de bottine, qui me fascina tant quand je passai par là autrefois avec des qui furent des zamies - nos zamies, avec un z, dont on ne saurait trop se garder. Qu’a-t-elle bien pu devenir ? Quel est le destin des murènes d’aquarium ? pour ma part j’incarne celui des murènes de dépotoir.

 

J’en réexhume cette humeur de l’hiver dernier, en l'honneur et mémoire de touTEs les poissonNEs carnivores et mal embouchéEs qui croupissent dans les plus diverses captivités :

 

J’aime bien ce qui est écrit des murènes, ici ou ailleurs. C’est farci de vérité, à un point qui ne se rencontre guère en cette sombre époque.

 

Nous sommes « sédentaires et territoriales ». Je confirme, on peut pas mieux. Nous souffrons ainsi conjointement d’exil intellectuel permanent et d’artériosclérose.

 

Nous « changeons de sexe au cours de notre vie », ce qui est vraiment se foutre du brave monde.

 

Nous avons une très sale gueule, et sommes, somme toute, des parasites, tout à l’unisson de nos copines les lamproies.

 

Nous restons « à éviter », « très vindicatives », ce à quoi je ne peux qu’applaudir de ravissement et d’approbation. Parfaitement antisociales.

 

Certaines d’entre nous, néanmoins, « peuvent vivre à plusieurs individus dans un même trou ou dans des morceaux de tuyau, dans des vieux pneus ». C’est pour causer mieux de déprédations, mes enfants. Notre méchanceté outrepasse notre solitude, ce qui n’est pas peu dire.  

 

Notre reproduction est « mal connue ». C’est absolument exact. Notre production aussi. Le caviar négatif que je porte depuis fort longtemps dans ma poche ventrale n’a aucune vertu fécondante ou repopulative. Bien au contraire.

 

Nous nous reproduisons par l’exemple.

 


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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 08:07

 

 

 

Et ainsi de suite, si nous n’y mettons fin

 

« Rien sauf des coups »

A.Pizarnik

 

« Tu ne demanderas rien à personne, tu ne croiras personne, tu ne craindras personne. »

Précepte des camps.

 

 

« J'ai le sentiment qu'il a fait le travail comme il faisait son travail de maçon. Et maintenant que le travail est fait, elles sont à lui pour l'éternité. »

 

Extrait de la plaidoirie d’un avocat dans l’assez banal cas d’un type qui a exterminé femme et môme. Je ne reviens même pas sur cette tradition masculine d’assassiner, en cas de bobo mental ou social, ou tout simplement de perte de pouvoir, ou de diarrhée morale, que sais je ? sa famille, soi y compris ou pas, aboutissement de la logique viriliste et sédiment ultime de la pratique de la patria potestas, que quelques nanas tentent bien timidement de se réapproprier quelquefois (je ne cause évidemment pas ici de la suppression tardive et bénéfique des aliens, mais de la tuerie familiale taille L et au dessus, voire du petit massacre autogestionnaire de galerie marchande).

 

Ce qui m’intéresse, c’est l’usage du terme et de la notion de travail pour désigner le meurtre, pour caractériser sa mise en œuvre. Je l’ai déjà signalé après bien d’autres dans le cas des meurtres de masse et génocides. La forme travail, par ailleurs éminemment assignée au versant masculin du social, permet de se charger comme de se décharger des plus épouvantables exterminations en les rationnalisant intellectuellement dans leur mise en œuvre, qui devient à elle seule tentative de justification ou de déresponsabilisation.

 

Mais je n’avais jamais trop trouvé mentionné ce même travail dans le cadre de l’amour conjugal, que je suppose depuis bien longtemps être effectivement une forme de boulot, « je t’aime » équivalant à « je travaille, moi », et dans l’échange transactionnel et valorisateur, tout d’abord, et dans sa mise au carré de nos existences, et dans la reproduction des formes, et dans sa capacité à tout justifier, notamment le pire. Travail comme amour, indissolublement liés, chapeautent admirablement la violence instituée. Par leur seule existence et leur statut de « nécessité » : tout et surtout toutes doivent se plier devant eux ; il faut qu’ils passent. Point.

 

Ça ne suffit évidemment pas comme analyse. Mais on peut partir des résultats et des caractères les plus « avancés » de ces formes qui kidnappent à peu près tout rapport humain pour remonter dans leur genèse. Les formes qui deviennent sujets, qu’on peut mettre au début de la phrase, devant le verbe, à notre place, sont éminemment dangereuses.

 

Le couple, hétéro principalement, ne serait-ce que par sa prédominance, mais pas que, comme la famille, est décidément un endroit bien glauque, bien oppressif et bien dangereux. Un endroit et un système (politique disent à raison des camarades). Le couple, le trouple, le nôme, l’amour, la relation, la dépendance affective, l’angoisse de reconnaissance par l’injonction à se mettre ensemble, à le montrer, à cohabiter, à faire du sexe, sources de calcium et de bonheur. Tu parles. Je commence pour ma part à en avoir marre qu’on s’y esquinte et s’y réesquinte, tout ça parce qu’on trouve que c’est une anomalie que ça merde. Je commence à en avoir ras la t’ des amies qui pleurent au téléphone et me disent « mais je peux pourtant pas arrêter ». Mais si ! Première chose à faire, arrêter, et apprendre aux autres à ne pas commencer. Á nous d’arrêter, pas d’implorer que les autres soient gentils. Sortons de leurs pattes. Et n’essayons pas de calquer ni de dupliquer cette misère entre nous.

 

Les niches prétendument échappant à la logique massive de ce monde sont des pièges particulièrement meurtriers, parce qu’on s’y décuirasse d’autant. Et couiner que « c’est pas de jeu » quand on s’y retrouve amochées est aussi fondé que réclamer parce que le travail est exploitation. Ce qui se passe dans la relation est même pire, plus brut, plus cynique. La demande est parfaitement naturalisée. Ses motifs sont incontournables : c’est qu’il faut être, encore un peu, gagner et rabioter chaque jour sa reconnaissance existentielle. Pas de pitié. Il paraît que c’est ça ou la mort, et ils le font comme ils le disent.

Authentique, la relation, plaident jusques à des comme OLF. Ah ouiche, comme si on ne savait pas ce qu’implique l’authenticité, « à l’ancienne à la bio » comme disait une amie. L’authentique est le repaire de la contrainte intériorisée.

 

Tant que nous croirons, aveuglement sur lequel insista la mère Solanas, que nous avons irrépressiblement besoin d’amour, de lien, de cohabitation, de baise et de tout cette glu, eh bien nous nous y refoutrons la tête et le reste avec entrain, et nous prendrons des coups. La dépendance entraîne la violence. Elle la facilite et lui offre son cadre. Elle l’abrite, la domicilie littéralement.

 

Il n’y a aucune amélioration fatale à attendre, non plus que princes ou de princesses charmantes ou pas ; nous n’avons rien à attendre de personne ; rien ne s’arrêtera si nous n’arrêtons pas de relationner obsessionnellement, de nous noyer comme des lemmings les unEs dans les autres, en masse. Relationner ne brise pas la solitude, mais l’organise, la verrouille ; relationner nous isole, nous colle à une ou quelques personnes dont nous dépendons maladivement, selon des règles que nulLE ne maîtrise et auxquelles tout le monde se plie, consent d’autant plus que nous nous sommes dresséEs à percevoir cela comme désir, ce petit dieu domestique de la contemporanité, inlassablement commun et que pourtant nous voulons croire intime. Qu’un groupe social dominant, ici les mecs, en profite, comme pour tout rapport social institué et autonome, n’implique pas que la rapport lui-même est neutre et qu’il suffirait d’égaliser pour entrer au paradis. Il n’y aura qu’une autre autogestion de la peur et de la dépendance.

 

La relation comme idéal est une transaction sociale généralisée et impérative. Elle n’a rien de naturel et encore moins de gratuit. Elle est là pour nous valoriser – et valoriser signifie exproprier, essorer, extraire tout ce qu’on peut des personnes pour nourrir la baudruche sociale insatiable. Transaction obligée, elle est aussi par conséquent une contribution. Le relationnisme, c’est l’hétéropatriarcat, et réciproquement. Il a vocation à l’hégémonie, et a depuis longtemps appété, hameçonné lgbtlande et même tpglande. Il se trouve chaque semaine un assemblage plus subversif à exhiber – je songe à une récente expo de Jouvet. L’objet étant de produire de la valeur existentielle, réutilisable socialement, de faire de nous des centrales énergétiques relationnelles toujours plus perfectionnées. Il est revendiqué, reproduit comme évident. Toute cette contribution, sous forme de dépendance angoissée, frénétique, est le durcisseur d’un social particulièrement meurtrier. Quand à la transaction, elle n’est même pas tant de personne à personne, où nous ne sommes pas plus que fonctions et vecteurs dans le procès de la valorisation en général (d’où sans doute le goût caricatural pour les rôles et les apparences) ; elle est le marché de dupe habituel entre les individus mutilés (pléonasme ?) et la totalité : en échange du don à peu près total de nous-mêmes, nous obtenons, toujours provisoirement, un peu de reconnaissance. Le système relationnel marche sur la croyance, comme le système économique, que nous sommes ses décidantEs, et que ce sont nos petites complexions qui comptent. Alors que cela crève les yeux que nous reproduisons toujours les mêmes schémas, au détail près, quelles que soient nos « identités ». La vaste blague. ActeurEs, marionnettes, voilà tout, et provende de ce fonctionnement sans tête.

 

Refusons le choix entre peste, choléra et tuberculose. Arrêtons de relationner, d’enfanter, de pouponner et de soutenir, déjà ; peut-être demain de travailler. De servir à, et de ne pouvoir nous sentir exister que si nous servons à – s’il y a une « subjectivité féminine » bien verrouillée c’est celle là. Occupons nous de nous. Nous en aurons peut-être alors de toutes autres approches de ce qu’on peut faire entre humaines autonomes. Mais pour cela il nous faudra dégorger, comme les escargots, notre propension à la servitude volontaire - laquelle peut ne pas être étrangère, en nos temps de bondage moral et physique, de réappropriations tous azimuts de toutes les chaînes historiques, à l’extension de notre fascination pour les soumissions ; passer par la solitude pour nous retrouver. Il se peut que ce soit indispensable pour quitter un système qui s’est identifié à tout ce qui peut se faire entre humainEs, et qui est devenu de ce fait une obligation terrorisante. Il nous faut faire crever la valorisation relationnelle par l’affamement. Pour commencer. Et sortir de l’auberge aux supplices. C’est comme d’aller aux toilettes, de s’évader de prison, et autres activités profitables, personne ne le peut faire à notre place. Sans ça, nous crèverons à petit feu en nous lamentant dans notre misère, en nous interpellant vainement, en nous reprochant un « manque de soutien » mais en refusant toujours avec rage le refus quand on se le conseille ; nous porterons pour finir répétitivement notre deuil et celui des autres ; tout ça est exaspérant.

 

Ce n’est pas une nouveauté, on le notait déjà il y a bien deux millénaires et demi. Une condition à l’émancipation est de savoir dire non, voire fuck off, consécutivement et même préalablement ; et aussi de savoir vivre seule (1). Cette seuleté nous est précisément une issue hors de l’isolement engendré par la mise en boîte relationnelle, affective, familiale ; une issue vers des possibilités de nous trouver entre personnes, et non plus entre fonctions contributives d’une dépendance intimidante. Il ne s’agit ni d’un but ni d’un programme en soi ; il s’agit de nous retirer d’une glu générale et instituée.

 

 

 

(1) J’aurais même envie d’ajouter, à tout hasard, savoir s’ennuyer. Et ne le pas craindre.

 

 


 

 

 

 

 

 

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22 juillet 2012 7 22 /07 /juillet /2012 10:55

 

 

Nous voilà reprotégées du harcèlement. Enfin, bon, protégées à la manière habituelle de la loi. Nous sommes toujours censées consentir quotidiennement à la fréquentation normative pseudogratuite, à la subordination hiérarchique payée, bref à la relation et au travail, et à tout ce qui va avec. Mais on nous promet de taper après coup sur les qui y auront abusé de manière trop flagrante.

 

On peut en effet abuser de, ou dans, l’insupportable. C’est un mystère d’ailleurs fort ancien des sociétés humaines. Vivre des vies de m…, plier sous le joug, mais pas tout de même trop trop. Qu’on soit encore utilisables, profitables. Surtout en nos jours cruciaux où la croissance est menacée.

 

Il serait en effet excessif que nous nous protégions nous-mêmes, sans parler de nous extirper, de ces carcans bienfaisants et productifs. Nous obéirons et couplerons donc sous protection a posteriori. Ou, si l’exigence de réactivité se renforce, sous surveillance électronique. On se rapprochera toujours ainsi de l’immédiat, sans jamais risquer de passer de l’autre côté, celui où nous nous ingèrerions de refuser d’emblée les conditions mêmes qui nous mettent en danger, nous livrent à la volonté d’autrui, enfin qui de manière plus générale nous pourrissent la vie. 

 

Car anathème à celles qui useront du retrait préalable de ce foutoir, de la désertion et des ciseaux. Faut pas casser la baraque tout de même !

 

 


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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 10:42

 

 

Á défaut que la survie commune prenne le chemin de se dérober un tantinet à sa misère, il nous pousse ces derniers temps des membres, nommément des belles jambes, de partout. Que nous sommes censées partager avec nos petites camarades bio et hétéro avec entrain. Je ne reviens pas sur la citoyenneté de plein exercice, c'est-à-dire la joie de se voir aussi impuissantes mais aussi reconnues et honorées que n’importe qui d’autre ou presque. Ni sur les joies du mariage, de la famille et de tout ce qui va avec. Mais j’apprends qu’une église anglicane vient de nous conférer l’accès à la prêtrise. Il ne manquait effectivement plus que ça pour notre épanouissement. J’en reste stupide.

 

Une vieille copine me disait bien que si les encadreuses du rsa venaient la rechercher dans son trou, elle postulerait pour être évêque. Mais c’est parce qu’évêque déjà c’est mieux payé que curée, qu’on a une mitre et une crosse, bref qu’on peut s’amuser tout plein ; pensez à Gaillot et à ses frasques. Être évêque in partibus et pouvoir bénir la foule, en songeant in petto, comme Talleyrand montant à l’autel, « surtout ne me faites pas rire ! ». Il y a effectivement de quoi prendre quelque bon temps.

 

Le drame c’est quand on prend au sérieux sa baudruche sociale, comme l’âne qui porte les reliques dans La Fontaine ; et pour ma part, je serais bien contente d’être ânesse ou poule ; les reliques, c’est l’insertion sociale, le cadavre intériorisé.

 

Bon ; après tout, il n’y a pas de raison, hélas, que nous ne participions pas avec entrain à ce à quoi les zautes, les normales, participent. Sauf que ça ne nous rend pas plus malignes qu’elles.  

 

L’espèce de fascination envers religions, traditions, les identités à la puissance quelque chose, dans ce qu’elles ont pourtant de plus mesquin, glauque et pointilleux, subitement vues à nouveau comme des témoignages ou des instances d’émancipation, d’indépendance et d’opposition, n’a rien d’étonnant dans une époque traînant en longueur qui n’a jamais réussi à se défaire de l’essentialisme in fine, ni des doctrines dualistes. Il faut toujours qu’il y ait un vrai autre, un vrai contre de rechange, en l'état et sans aller au fond des choses. Sans que nous ayons à agir, au contraire, par bienveillant déterminisme historique, par essence et vertu de statut.

Et ainsi continue, après les capitalismes de rattrapage « socialistes », les nationalismes qui n’auraient point les tares de la nation, la vaste blague de la concurrence pour prendre place dans une domination intangible, qui entend bien même survivre à l’écroulement possible de tout ce cirque. Comme la croyance ferme envers les groupes sociaux de recours, messianisme moderne qui évite de se questionner sur les formes sociales communes et le piétinement à leur porte. Rien de neuf depuis deux cents ans.

 

Au fond, ce fétichisme de l’écrabouillement, cette métaphysique des groupes, ce nous est aussi une collection de belles jambes de secours, que nous nous échangeons, prêtons, imposons même. Jambes de légitimité, de culpabilité, de statut… Une banque de belles jambes idéelles, pour paraître correctes et achalandées, barbies morales, montables et démontables, que nous sommes, que nous nous sommes faites. J’y ai tenu ma petite échoppe comme bien d’autres, dans ce bazar. Je m’en suis vissée et laissée visser partout, comme les autres. je me baladerai à vie avec ces mortes jambes à ressort qui pendouillent. Bien fait. N'avais qu'à pas m'investir dans ces inepties. Ce sera mon stigmate. 

 

Juste en même temps nous pousse une autre jambe. On n’a pas le temps de les voir se former que déjà d’autres pointent. Y en a de partout. Il ne nous reste plus même que ça. On ressemble à des rétroviri géants. Voilà que nos zéluEs, qui s’ennuient ferme en ces jours de relative disette législative, nous octroient enfin l’hostie, la fameuse dix-huitième discrimination, vous savez, celle envers l’identité de genre. Renommée « identité sexuelle », ce qui est un non-sens parmi bien d’autres, du à la suggestion de nos petites camarades patho agrippées aux strapontins du pouvoir, et qui ont autant la trouille de la notion de genre que les plus réaques bio-hétérocrates (cette pauvre notion de genre qui pourtant ne risque pas, en l’état et vu le niveau de l'analyse qui la porte, de faire grand’mal à quiconque…). Mais comme leur affaire est de les égaler en tout, il n’y a nulle contradiction à pointer. Elle vont vers où elles ont choisi ; on sera j’espère quelques unes à aller résolument ailleurs.

En outre, on va s’amuser quelques jours, la question de la formulation sacrée étant une excellente occasion pour les bureaucrates qui prétendent à l’hégémonie sur t’lande de se prendre spectaculairement le bec, et de mesurer leur taux respectifs de strapontinade, comme le fait illico l’ANT envers HES.

 

Cela dit ça y est, c’est arrivé, nous nous trouvons donc à la (grande) porte du code pénal, cet aboutissement, cette plus haute expression de l’humanité contemporaine, laquelle en pond un œuf d’or tous les matins, dans le désespoir qu’engendre la rationalité éconocroque, qui montre désormais sans fard son visage exterminatoire. Soyons dans l’allégresse. On ne nous méprisera pas un poil moins, ne nous tapera pas moins dessus, ni ne nous assassinera avec moins d’entrain, dans le naufrage de haine et de sauvagerie qui prend la gîte un peu plus chaque jour. Mais on aura quelquefois accès, cet accès tant souhaité, aux leviers de la loi, à la bleusaille et aux chafourrés à toque pour prendre, par procuration bien entendu, notre part de la guerre de touTEs contre touTEs dans ce foutoir désespéré, et y mettre notre grain de sel mouillé. Oh comme c’est classe. J’en frétille. Encore un grand pas vers l’émancipation. D’ailleurs non, on ne marche plus, on ne court même plus non plus, c’est démodé, on fait la roue sur nos pattes, nos belles jambes innombrables, direction les déchetteries de l’avenir radieux. Comme le bonhomme multimembres de Vinci, à très juste titre réapproprié par une boîte de travail temporaire. Roulons nous faire intégrer !

 

Toujours la quête de l’accès, toujours nous fiche la tête et le reste plus profond dans l’ordre et la manière, toujours demander, supplier, rognonner, exiger, attendre de. Ne jamais regarder ailleurs que la petite porte kafkaienne qui doit s’ouvrir, pour que nous rampions dans le tube.

 

Je suis claustrophobe.

 

Par ailleurs je préfère le coup de boule et les ciseaux au bon endroit.

 

Et je dirais enfin bien aux truismes morts-vivants de HES, de l’ANT, et autres sociétés de bienfaisance, que « mon identité n’est pas sexuelle », ni même « de genre » ; mais je ne tiens pas non plus aux identités. Donc je ne leur dis rien du tout. Sinon peut-être fuck off.

 

 


 

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 08:15

 

Bonne et mauvaise.

 

Pasque ma fête, c’est tous les vendredi 13 !

 

Et même un peu les samedi 14, pour faire ample mesure.

 

 


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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 09:44

 

ou les enfants de dieu au boulot

 

 

« Vois les marcher, vois les courir

Á des morts, il est vrai, glorieuses et belles

Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles. »

La Fontaine

 

« Vivre en travaillant, ou mourir en combattant »

Eventuellement l'inverse, mais il convient de travailler ou de combattre, ce qui finit par revenir à la même chose.

Classe le choix. C’est par où la sortie ?

 

 

Je m’écarquillais les yeux l’autre jour, faisant ma revue de la cyberpresse de hamsterlande (dont je suis ressortissante mais pas citoyenne), sur un compte rendu de bagarre anti-indus, pareil à bien d’autres, mais tout de même. Rien à dire à l’objet en soi – cela fait un moment que nous sommes un certain nombre à partager cette certitude qu’énonça Benjamin dans les années 20 du dernier siècle, qu’au-delà d’un certain niveau de développement ça deviendrait réellement coton de sortir de la cata vers un monde humain émancipé. Et par conséquent que le temps perdu pour la recherche, l’accélération, la production, la croissance et le confort sont du temps gagné, ou épargné, pour une vie supportable. Bref, entièrement pour casser l’élan. Et creuser des trous pour lui tordre les chevilles.

 

Je n’aime cependant pas l’activisme pour l’activisme, notre militarisation qui suit immanquablement l’idéologie de la mobilisation et nous fait ressembler en bien piètre aux casqués, enfin nous fait des fois mourir à peu près aussi stupidement qu’à Verdun, un petit Verdun de coin de campagne que nous aimons tant à jouer et rejouer, quand ce n’est pas l’Etna chez soi, comme disait un distant du dix neuvième siècle. J’en ai pleuré des fois de rage et de dépit, de comment des amies ou des connaissances sont mortes ou ont été amochées. Il arriva que ce fût bien bêtement – et je crois par ailleurs fréquemment bête de mourir. Le fétichisme de l’engagement total et du martyre est aussi une forme d’aliénation séculaire. Le radicalisme peut aussi être creux, ou renforcer le présent par effet de concurrence. Et la rébellion peut s’intégrer parfaitement au grand jeu de la servitude volontaire, même quand ça clashe, pourvu que ça clashe là et où tout le monde l’attend.

Quant à l’indignation qui trottine dans ses traces, elle me laisse froide ; si on attend autre chose des cognes et de la force publique que plaies, bosses, tabac, humiliations et au besoin pire, alors là moi j’arrête. Est-ce que c’est encore cette vieille hallu politique de croire que le roi, in fine, est forcément bon mais mal servi ; et la démocratie foncièrement géniale mais dévoyée ? Que l’état est autre chose que le monopole de la brutalité ?

 

Le productivisme de l’action et de la confrontation peut lui aussi participer du tonneau infernal, et de l’intériorisation poussée de ce qui doit compter. Nous voulons nous mettre à la hauteur de la domination, et nous y réussissons trop bien, à notre échelle bien entendu. Après, les résultats…

 

Valérie Solanas, dont je me dis des fois qu’elle avait une vision stéréoscopique du présent et de l’avenir, l’avait pourtant dit et martelé : n’allez pas stupidement vous faire casser en rase campagne, mettre le nez sous la trique ; nous sommes précieuses ; sabotage et action invisible, désertion (1). Mais non, ce qui prévaut c’est toujours activisme, territorialisme, visibilisme, monument permanent aux mortes et aux esquintées. Faire comme les autres, s’offrir partout sur la planète au broyage plus ou moins héroïque. Eh ben m…, je n’en suis pas.

 

Là dans ce texte y avait le pompon. Déjà, une analyse parfaitement reichienne du capitalisme. La domination serait le fait de caractères « cupides-autoritaires ». Et probablement un peu refoulés sur les bords. Mais on n’en aura donc jamais fini avec ce vieux prêcheur de l’hétérosexisme ?! Et ses explications simplistes du fonctionnement économique ou des fétichismes collectifs ?

 

Puis, dans le même texte, l’ahurissante expression  « enfants de la liberté ». Alors là j’ai hoqueté. Les enfants de dieu, quoi. Liberté, dieu, économie, planète, tout ces trucs objectivés qui pendouillent en l’air et nous kidnappent. Si on se bat, au moins que ce soit pour nous, pas pour ces rejets opiniâtres de formes religieuses qui parsèment le terrain vague.

Dès qu’on s’agite, du bon côté sous entendu, on est pris par l’esprit. Ça ressemble fichtrement aux idéaux des hussites ou des münzériens, restés dans l’histoire certes comme de sympathiques vaincus, mais aussi comme de féroces absolutistes de la rédemption, qui mettaient à mort cellui des leurs qui faisait mine d’avoir commis un péché quelconque, puisque dès lors ellil était hors de la grâce, et ne valait donc plus un pet de lapin. Zicouic ! Ah c’est qu’y faut pas de demi-mesures pour surmonter la malédiction du péché originel. Ben pareil, nous essayons de dissoudre notre culpabilité d’être nées dans l’anéantissement et l’abnégation.

 

Ces vieilles daubes gnostiques et millénaristes continuent hélas à structurer les mouvements de lutte et les prospectives politiques. Avec leur héritage existentialiste, où la castagne promet par sa seule vertu « une nouvelle terre et un nouveau ciel ».

 

Je suis enfin restée sur le cul en lisant – pas là tout de même ? hélas si – l’invocation pourtant infiniment daubée, partagée avec de très puants, à la Résistance. Sur le cul, tout de même, ne serait-ce que parce que cette pénultième session de rattrapage, tricolorwashing, de l’impérialisme national en vrille a tout de même préparé les technocrates de l’après guerre, la prospérité électrique, l’atome hexagonal, les plans d’industrialisation, de regroupement de la population et de conso ; ainsi qu’enfanté les premières compagnies républicaines de sécurité, lesquelles se firent la main en cognant les rétrogrades paysans qui n’entendaient point que l’on noyât leurs villages pour restaurer la puissance de la nation. Sur le cul, parce que les camarades qui se collètent contre THT et TGV se battent précisément contre le développement de la société voulue par cette Résistance nationaliste et technolâtre. Faudrait savoir.

 

Tout à fait au même moment, se tenait par là bas aussi un « forum contre les grands projets inutiles ». Parce qu’il y aurait des grands projets utiles (toute la question gisant sans doute dans la portion de présent qu’on est disposée à critiquer). Curieuse, je vais lire le programme. Et je reste figée : l’entièreté de celui-ci se limite à « comment se friter efficacement avec les casqués. Casqués au sens large, bien sûr, les casques de chantier multicolores des cadres sups’ et autre vermine ingéniérique y prennent place. Encore heureux. Et efficacement, ce qui d’une part nous met exactement à leur niveau, et d’autre part laisse songeuse quand on a un passé dans le secteur, et qu’on a vu surtout les projets peints en vert et les chefs cooptés par la rationalité économique.

Mais dans ce programme, pas un, je dis pas un, « atelier » sur le devenir du monde, le capitalisme, la technologie, l’économie, le droit, enfin bref les formes qui, ce me semblent, permettent et entraînent la folie économique. D’ailleurs, pas non plus de remise en cause de celle-ci. L’important semble de se foutre sur la tronche toujours plus réglément avec les forces de l’ordre, de se sentir bouger quoi. Déjà, les immenses succès auxquels cela nous a menéEs depuis cinquante ans nous montrent le chemin. On a toujours perdu, eh ben on va faire encore mieux. Et, par ailleurs, cela va nous permettre de nous montrer, comme je dis plus haut, aussi efficaces que l’ennemi, c'est-à-dire aussi militariséEs, mentalement blindéEs, utilitaristes que lui. Donc pas non plus sans doute de réflexion sur comment se battre sans jouer au wargame genre Valmy.

 

Et c’est là d’ailleurs ce que je disais, tiens, précisément par là bas aussi, à un ex-camarade qui me serinait l’habituel « eux et nous ». Nan. Y a pas eux et nous. Y a nous. Ou à la rigueur, si on admet que l’aliénation est totale, nous sommes eux – mais ce me semble un artifice. Á toujours vouloir être à la hauteur de, intégréEs à, égales à, eh bien il n’y a que nous. Et c’est ce nous qu’il nous faudrait sans doute déserter. Mais pas pour devenir un autre bloc : ce sera toujours la même gélatine, et ça redeviendra toujours « nous » dans les faits et dans la logique en cinq secs. Si nous voulons ne pas être eux, il va nous falloir examiner nos bases mêmes de réflexion, d’identification, et ce à quoi nous croyons comme recours. Et cela voudra aussi dire, pour moi en tous cas, en finir avec le dualisme à bon marché avec lequel nous nous rachetons, qui nous vient de la gnose millénariste évoquée plus haut, et reste dénominateur commun des révolutionnaires avec les plus rances idéologies ; l’identité de base ami ou ennemi. Ce qui permet de faire l’impasse sur la critique des formes sociales. Et a patronné bien des glissades vers les idéologies réacs, simplistes, antisémites et complotistes. Ou juste vers une rancœur désabusée.

 

Dans les mêmes jours, il m’a été donné de lire un bout de catéchisme « anarchiste individualiste » qui proclamait fièrement que « L’individualisme anarchiste mène à l’association, à la rivalité créative, au potlatch et à l’orgie ». Ah wais. Pasque le capitalisme effréné mène à autre chose peut-être ? Et se base sur autre chose que l’exacerbation des « désirs » ? C’est quand même atterrant qu’on en soit encore à ces resucées productivistes que la mesure, comme la raison, semblent autant gêner qu’elles ennuient les managers de la conso. UniEs en tenaille dans la lutte pour la mobilisation totale. Une grande différence qu’il y aurait entre la libération des forces productrices, à peu près toutes déchaînées depuis que l’individu abstrait est le centre de l’intérêt, et l’émancipation humaine, est l’obsession de l’échange et de la valorisation, sans doute. Mais croire que l’angoisse de l’intensivité et les visions messianiques d’une humanité « qui ne dormirait jamais » n’ont-elles rien à voir avec cette folie collective par laquelle nous nous anéantissons, relève d’une naïveté bien miséreuse. On est mal.

 

La bagarre et l’orgie… Ça ne vous fait penser à rien comme idéaux traditionnels ? Pour ma part j’y vois cette imprégnation des formes nihilistes et brutales assignées et valorisées masculines, qui me semblent prendre leur revanche à l’intérieur de nous-mêmes, je cause là de nous en tant que féministes, depuis un certain nombre d’années. Pour moi, le féminisme, ce n’est pas s’emparer des vieilles daubes viriles et les repeindre en mauve ; c’est renverser les perspectives et aller vers un monde f, avec aussi une nouvelle analyse à la clé du pourquoi ce f. Il ne s’agit évidemment pas d’une nouvelle collection d’identités. On en a soupé des identités. Je fais partie de celles qui tiennent le pari qu’un monde humain et une émancipation conséquente sont à chercher du côté de ce qui a été ravalé, socialement, tout au fond de ce f. Enfin que ça à voir avec la vieille critique sociale, celle qui se méfie du sujet automate et des formes qui le meuvent.

C’est le propre des formes sociales valorisées que d’être revendiquées par touTEs les parties en présence, au lieu d’être démontées et critiquées. Et c’est probablement une des principales causes d’échec des mouvements révolutionnaires (allez, un grand mot, un !). Bref, je tiens le pari de la vieille critique sociale que nous n’avons rien à chercher dans la réappropriation ni dans le tripatouillage hiérarchique, la métaphysique des identités salvatrices et des classes providentielles.

Et au fond, tout ça c’est du boulot ; l’adhésion à la nécessité productive. L’activité pathologique. L’injonction réciproque de servir à quelque chose, fut-ce à un soi idéalisé et hypostasié ; bref un des aspects les moins remarqués à ce jour de la servitude volontaire.

Comme disait barbichette, l’usine forme l’armée des prolétaires ; et l’armée forme l’usine des prolétaires. Ce qui reste, c’est la prolétarisation générale et transversale, comme serinent les univ’s.

 

Ne nous cherchons pas de parents rêvés, de princes noirs ni de princesses libres. Des clous. Nous ne sommes enfants que de ce qui a été et reste. Il n’y a rien à chercher dans le ciel ni dans l’immanent. Et encore moins dans un « nous » profondément enfoui.

 

Il n’y a pas de paix sociale. Moins que jamais pourrait même t’on dire. Social et paix ont des chances de se révéler antinomiques par eux-mêmes. Ce dont nous aurons à sortir est plutôt de la guerre de toutes contre toutes, prédicat du monde politique et économique. Sortir de l’idéal guerre pour faire des choses, des choses qui ne soient pas qu’un décor de théâtre de la lutte, voué à être arraché au gré de celle-ci, et que nous allons nous épuiser à remonter plus loin, pour refuser aussi d’agir en réaction, toujours menées par l’adversité qui nous promène où elle veut, et de céder à l’agitation, pour creuser des ornières, des nids de poule, des cavernes. Pasque, comme on dit grossièrement, à jouer aux c… avec des c…, on finit toujours par perdre.

 

On sait trop bien où nous trouver. Nous sommes visibles comme le nez au milieu de la figure, quand il n’en a pas été arraché ; et quand il l’a été, il l’en est encore plus. Il y a déjà plus de vingt ans que, faisant le bilan d’une autre confrontation, avec quelques, nous nous rendîmes compte à quel point la prévisibilité de tous les rôles sur pattes en présence, des flics aux irréductibles, équivalait à un large contrôle autogéré, contrôle qui évidemment favorisait les plus forts, mais posait problème par son existence même, par la réalisation scrupuleuse de ce qu’on pouvait prévoir de chacun, par la bonne volonté générale. Une véritable autogouvernance, inclusive en diable. Et zut. Peut-être nous faut-il au contraire chercher le voile et la fumée de la mauvaise volonté. Est-ce sorcier ? Tant mieux.

 

Je suis de celles qui pensent qu’avant toute chose, si nous voulons bloquer ce monde et sortir de la fatalité, il nous faut nous constituer des vies, matérielles et morales, supportables. Ce qui n’est déjà pas évident vu l’état dans lequel nous nous trouvons. Et pas forcément courir se confectionner des morts et des blessures, si subversives, morales et héroïques soient-elles. Nous n’avons pas besoin de médailles. Et encore moins de bras ou de jambes de fer, ou de matériaux composites. Si vous voyez ce que je veux dire. Ce qu’il nous faut, ce sont des assises pour récupérer et repartir. Nous sommes perdues dans le monde, retrouvons nous, et de là on pourra peut-être dérouter l’adversaire. Qui n’est pas (que) quelqu’unE.

L’avenir que nous nous sommes concocté et dans lequel nous nous sommes laissées emberlificoter est parfaitement daubé, de quel côté qu’on l’examine. Nous n’avons pas réussi à sortir de l’ornière de la surenchère. Chiche, disaient d’aucunes il y a des années. Ben justement, il ne faut jamais dire chiche au désastre, sans quoi on est paralysées, comme dans un conte, et asservies à ses fins. Prises au mot. Si nous voulons retrouver et du terrain et l’usage de nos abattis, peut-être va-t’il falloir retourner sur nos pas, jusques à un endroit où nous pourrions bifurquer et reprendre du champ. Et commencer pour cela à admettre que toujours avancer peut être un leurre.

L’affaire n’est actuellement plus tant de savoir si on se conforme ou non à tel schéma explicatif ou activiste, que de maintenir et même relancer autant de bases de vie qu’on pourra, et de vies qui ne soient pas à la merci immédiate, matériellement comme moralement, des exigences et autres nécessités qui se balancent à la crémaillère du cauchemar social. Il est je crois inutile et même néfaste d’attendre pour cela des autorisations, fussent-elles morales, ou mêmes des assentiments. Encore moins des consensi d’assemblées, des conclusions d’ateliers, des comptes-rendus de conspirations. Il faut effectivement souvent, pour cela, tourner les talons, seules au besoin (et besoin il y aura) et retrouver la vieille ruse de l’Odyssée ou des mendiants de Cossery. Nous occuper de nos fesses, quoi plutôt que de les offrir en holocauste.

 

 

 

 

(1) : Je cite, pasque tout le monde affecte de causer de Scum, et que j’ai cependant l’impression que des passages entiers échappent à l’attention – comme par exemple la critique glacée de la sexualité, de la relation et de la dépendance :

 

« De plus, SCUM, qui est égoïste et garde la tête froide, n'ira pas se jeter sous les matraques des flics ; c'est bon pour les fifilles bien élevées qui tiennent en haute estime Papa et les policiers et manifestent une foi touchante en leur bonté intrinsèque. Si SCUM défile un jour, ce sera sur la face stupide et répugnante du Président. Et en fait de piquets de grève, ce seront de longs couteaux que SCUM plantera dans la nuit.

Les agissements de SCUM seront criminels. Il ne s'agira pas de simple désobéissance civile, de violer ouvertement la loi pour aller en prison et attirer l'attention sur l'injustice. Cette tactique suppose l'acceptation globale du système et n'est utilisée que pour le modifier légèrement, pour changer certaines lois précises. SCUM se dresse contre le système tout entier, contre l'idée même de lois et de gouvernement. Ce que SCUM veut, c'est démolir le système et non obtenir certains droits à l'intérieur du système. D'ailleurs, SCUM – qui garde la tête froide, qui est avant tout égoïste – évitera toujours de se faire prendre et de se faire condamner. SCUM agira par en dessous, furtivement et sournoisement. »

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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 09:31

 

 

 

Ainsi commençait une chanson qui eut ses trois semaines de hit-parade, je ne sais plus trop quand (90’s ?), sur le sujet de secours – vous savez, ceux qu’on sort de l’armoire quand l’amour écœure et que les baleines ne rendent plus assez – de secours donc de l’immense population humaine. Ah, humainEs que nous sommes, toujours pléthoriques, toujours en travers de la marche sacrée de l'histoire, toujours de trop au regard torve de nos propres idées objectivées, j’en parlais l’autre jour. Cette chanson continuait ainsi : « en l’an deux mille sous serons… ». L’an deux mille est passé, sans tambours ni trompettes, et nous sommes dans la m… Ce qui n’est assurément pas une nouveauté.

 

Mais bon, revenons à nos moutons (pucés, bien entendu) ; c’est donc une simple, ou plusieurs simples informations, depuis quelques mois, qui ont attiré mon attention de loquedue éminemment malveillante envers la modernité et ses indéniables succès chimiques et techniques. Dans plusieurs pays fort éloignés les uns des autres, je me rappelle précisément de l’Afrique centrale, et on vient de parler de l’extrême orient, des nourrissons, dans des régions bien circonscrites, sont frappéEs d’un mal « étrange », qui attaque le fonctionnement du système respiratoire, ne semble pas contagieux, mais n’en est pas moins mortel dans la plupart des cas, les toubibs affirmant n’y rien connaître.

 

Comme j’ai un peu plus de vingt ans, depuis un moment, cette étrange « épidémie non contagieuse » m’a singulièrement rappelé une méshistoire qui se déroula en Espagne, au début des années 80, et qu’on appela tout d’abord « pneumonie atypique », puis devant l'ampleur du dégât « syndrome de l’huile toxique ». Les gentes qui en furent atteintEs, en assez grand nombre, soit en sont mortEs, soit en ont gardé de lourdes séquelles. Neurologiques essentiellement. On incrimina dans un second temps, la pneumonie ne faisant plus recette, des fabricants d’huile alimentaire, qu’on accusa d’avoir adultéré leur produit avec des saloperies. Furent jugés, condamnés, hop, le peuple fut vengé. Ça tombait bien d’avoir des coupables, d’autant que, vraisemblablement, leur huile était effectivement frelatée.

 

Sauf que d’aucunEs ne furent pas totalement convaincuEs que de l’huile, même coupée, pouvait donner de pareils symptômes. Et on découvrit petit à petit que cet empoisonnement, puisqu’il s’en agissait bien d’un, avait de très fortes chances d'être issu des concentrations de pesticides utilisés contre les nématodes, vilains petits vers qui colonisent les racines des tomates, dans les serres de la région touchée. Mais bon, que faire, dans l’Espagne en pleine movida, en plein boom économique ? On indemnisa les abîméEs et on continua à pesticider. Les quasi esclaves marocainEs qui bossaient, et celleux qui bossent toujours à cette heure, dans les serres en plastique en question ne sont sans doute plus touTEs là pour nous raconter ce qu’ellils ont avalé, et comment ellils en sont mortEs. Mais ça doit ressembler un peu à la « pneumonie atypique ». Ou au syndrome respiratoire des nouveaux-nés qui se développe dans les contrées reculées dont je cause.

 

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, des nuages et des nuages de produits bienfaisants ont été et sont toujours vaporisés sur les cultures, il faut bien (sur)vivre n’est-ce pas ? Mais le cynisme informationnel a fait de grands pas en avant. Hier on préférait taire autant que possible les « effets secondaires » et autres « dégâts collatéraux ». Aujourd’hui, notre résignation à une survie de plus en plus courte, précaire et ne débouchant sur rien de très propre étant devenue résolue, totale, on peut se dire tout ce qui se passe, il n’y a pas même risque que grand monde essaye d’y échapper, sans même parler de renverser la vapeur. Les produits phytosanitaires sont par conséquent déclarés par toutes les académies producteurs de tas de maladies hideuses, et tout particulièrement neurotoxiques, pourvoyeurs de démence précoce et autres dégénérescences nerveuses irréversibles. On ne va évidemment pas s’en passer. Juste les paysans des pays les plus riches et leurs ayants-droit toucheront des sous de la sécu et des mutu agricoles, tant qu’il y en aura (des sous). Après on verra, de toute façon personne ne se risque plus à faire des prévisions, sinon pour amuser la galerie.

 

Et bon, voilà ; ces maladies étranges, sans cause apparente, qui éclosent dans des régions où les gentes ne valent pas grand’chose sur le marché mondial, présentent tout de même un aspect qui fait penser aux maux déjà amplement répertoriés ailleurs, et liés à des empoisonnements du système nerveux. Est-ce une coïncidence qu’en Afrique déjà certainement, au Laos je ne sais pas, les terres sont rachetées et mises en valeur pour l’agro industrie des pays « développés et émergents » ? Avec un net soupçon d’usage massif de ces produits, dans des pays où qui plus est personne n’ira vérifier les doses utilisées (il est d’ailleurs possible que quelle que soit la dose, ça ne change pas grand’chose) ? Et puis hein, déjà la crevaison des paysanNEs et autres ouvrierEs agricoles par ici ne fait pas grand bruit ; alors qui va se soucier de la mort de petitEs ressortissantEs de pays en faillite qui n’auront eu, pour la plupart, même pas le temps de commencer l’accumulation avant le probable effondrement de l’économie ? On pourrait même les féliciter de l’avoir eue courte, cette vie qui de toute façon ne pouvait en aucun cas être bonne.

 

Enfin bon, voilà. C’est une simple information. Et quelques suppositions, déductions, par-dessus. Je sais, tout ça ne va pas bien loin. Nos petites gambettes ne sont pas assez fortes pour beaucoup étirer les élastiques nombreux qui nous attachent à ce fonctionnement morticole que de toute façon nous avons accepté. Sans même parler de les faire péter. Il ne nous reste plus qu’à jacter, et à nous cogner, pour les plus braves, contre les murs bleu marine, gris ou rainbow.

Peut-être faudrait-il qu’il nous pousse des griffes taupesques, blaireautiennes, afin que nous puissions fouir et creuser des tunnels pour passer d’un autre côté ? Mais reste-t’il seulement, dans le matériel comme en nous, de quoi constituer un autre côté ? Pas sûr. Et si c’est encore possible, ce ne sera certainement pas facile ni mécanique, n’en déplaise à celleux qui font confiance à l’accélération et à l’effondrement pour nous libérer ; ni à mes petites camarades fascinées par la déglingue, qui pensent que la lucidité surgira nécessairement, comme l'huile bio, par pression à froid du pire et de l’écrabouillis d'oppression, auxquels il convient de nous agréger vite fait et sans réflexions oiseuses afin de passer du bon côté de l'histoire. Ça semble plutôt prendre le chemin de la libération de la misère et du néant. Lesquels par cascade nous libéreront sans doute de ce qui nous reste d’humain, cette pesanteur insupportable. Classe ! 

 

 

 

PS : On pourra aussi lire cet article sur le site Égalité, que je recommande parce que c’est un des rares, même si par ailleurs je ne suis pas d’accord avec sa ligne majoritairement institutionnaliste et prohi, à parler régulièrement des femmes dans le naufrage de l’économie : http://www.egalite-infos.fr/2012/07/06/accaparement-des-terres-les-femmes-en-premiere-ligne/ ; et qu’en général il y est quelquefois causé d’aspects des choses, comme ici la critique du productivisme, qui sont fréquemment négligés par la presse féministe. Pourtant les nanas sont les premières à éponger.

 

 

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 10:27

 

 

 

« N’avons-nous pas encore compris que la sagesse et la sainteté fournissent le cadenas des menottes, la bonté et la justice la clavette de la cangue ? Se peut-il en un mot que nous ignorions que les parangons de vertu sont les plus sûrs fourriers des tyrans ? »

Tchouang-tseu

 

 

 

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/06/18/nourrir-les-terriens-depend-de-leur-nombre-mais-aussi-de-leur-poids_1720794_1651302.html

 

J’avais il y a quelques temps une vague discute avec une vieille amie, une carne comme moi quoi, je ne sais plus pourquoi, sur ce sujet bateau qu’est la population humaine et ses estimations. Je répondais à son expression de l’avis d’une surpopulation qu’aborder la question ainsi, c’était une fois de plus tomber dans le piège habituel qu’est se placer d’un point de vue prétendument extérieur pour juger de notre pertinence. Et comme d’hab’ mettre une abstraction en place de sujet. Enfin que ce genre de méthode aboutissait facilement à la justification de l’extermination de telle ou telle catégorie humaine.

 

Le coup de la bouffe, c’est un classique du genre. Y en aura pas pour tout le monde. Prélude à un cannibalisme systémique et massif, comme l’avait bien prévu le père Swift. Le bon cannibalisme commence d’ailleurs par (presque) soi-même. C’est ce que me rappelait il y a quelques mois la une de l’inénarrable revue que touTes les cafardEs de France, de Navarre et des colonies reçoivent dans leur boîte, avec les avis de réduction de leurs allocs ou de ces fameux « trop-versés » dont on parlera encore quand nous serons en enfer. « Vie de famille », rien que le titre donne envie de s’enfouir très profond pour y échapper. Et, au moins je pense une fois par an, de manière de plus en plus injonctive à mesure que l’économie se vautre, les assistantEs en économie familiale nous serinent comment vivre avec toujours moins, avec une proportion toujours plus grande d’ersatz ; mais d’ersatz surtout qui ne doivent pas faire plaisir (sans quoi on en consomme plus et ça fait grimper le budget). Qu’on soit non pas pauvres, ce qui était un véritable établissement autrefois, mais bien misérables, loquedues, et cela durablement. Des fois qu’on puisse encore servir avant de crever.

 

Et bref, donc, voilà de nouvelLEs affreuXses à tuer. Les grosSEs. PromuEs accapareureuses pour les besoins de la cause, cette fichue cause qui est bien ce dont on devrait se débarrasser en premier. Il paraît que les grosSEs mangent trop. Déjà on mangeait mal (on se demande d’ailleurs ce qu’est bien manger pour ces gentes). Mais carrément là on mange trop. Et donc on rentre dans cette fameuse catégorie mouvante, avec les non-rentables en tout genre, qui, d’un point de vue objectif, ne devrait plus exister. Finalement, on est toujours dans la bonne vieille logique libérale malthusienne du dix huitième siècle, que même le léninisme le plus pur et dur a reconduite avec enthousiasme en concurrence avec la haine mesquine et droitière des « assistéEs » : les méchantEs dominantEs, les obstacles humains au progrès sacré, à la productivité et à la valorisation, ce sont tous les non-rentables, tous les oisifs, tous ceux qui mangent trop, enfin bref les mêmes que depuis le moyen âge quoi. C’est nous qui suçons le sang de la bonne humanité, la seule, la vraie, celle qui produit ferme et consomme responsable, va au bureau et chez WW.

 

Bof, une de ces fameuses « raisons rationnelles » de plus. C’est dans leur logique même, de nous estimer à l’aune des abstractions, des devoirs, des nécessités que nous avons-nous même suspendues en l’air à des fils qui cassent, et qui nous tombent comme des lustres sur la margoulette. Á nos grands applaudissements quelquefois. Prétendues nécessités objectives, économiques ou idéologiques, pourvoyeuses de ce bonheur dont la quête est une cause inépuisable de désastres et d’exactions.

 

Au fond, ce désir obessionnel d’un point de vue tiers, et que sa tiercité ferait tout puissant parce que tout rationnel (autre de nos fétiches), celui aussi d’un levier extérieur pour agir, puisque nous sommes désespérées lorsque nous ne pouvons pas, ce désir imprégné d’affirmation de principe est il pas la simple modernisation de notre angoisse d’être seules ? Pas possible qu’il n’y ait personne, là, qui regarde et par laquelle on puisse revenir sur nous, boomerang, du ciel des idées. Personne par qui nous puissions nous évaluer, nous juger. Cette froide troisième personne de l’idéologie, qui permet toutes les horreurs pourvu qu’on sache en user, c’est dieu, tout bêtement, revenu sous ses oripeaux de la raison absolue, inhumaine.

 

Et quand ce n’est pas dieu, qui fait tout de même un sacré retour en ce moment, c’est un crumble extravagant du pire et du plus absurde, sous les couleurs économiques et scientifiques. Économiques : y en aura pas pour tout l’monde, les non rentables vont crever ; scientifiques, des préoccupations aussi pertinentes que le boson de Higgs ou les exoplanètes. Bah, avant-hier c’étaient les soucoupes volantes. Ce qui rassemble en logique ces redoutables berlues, c’est le pouvoir que nous leur concédons sur nos vies, ou même simplement la place que nous leur concédons dans notre temps et notre cervelle.

 

Ou encore ces « opportunités », censées nous sortir de notre paresse, de nos délinquances, de toutes nos imperfections et insuffisances, qui se multiplient, toutes plus ridicules et clownesques les unes que les autres, mais dont l’unique principe actif est de se tenir « au dehors », dans le monde sacré du développement, de la valorisation, quand ce n’est pas de l’estime de soi (!) et des lendemains qui gazouillent, de nous engager à sortir de nous, à nous aliéner avec confiance, à nous livrer à l’objectivation. Justice définitive, confort moderne, sens de l’histoire, humanité vigilante, sans parler de l'intérête supérieur du peuple, qu’est-ce que nous ne nous sommes pas inventé à ces fins ?

 

Singulier en tous cas de voir comment, petit à petit, le sanitaire et l'idéologique se sont rejoints, au point d'être devenus inextricables. Il faut é-li-mi-ner.

 

Le recherche obstinée, désespérante, de solutions, est comme celle de remèdes ; nous ne rêvons que maintien, rafistolage durables du cadre, à un prix certes fort mais que nous escomptons bien pouvoir faire payer à l'indispensable autre - le seul rique étant de se retrouver brutalement cet autre.

 

« Le ciel est vide et le maître ne parle plus », écrit un critique de la subjectivité, mais qui rêve quand même qu’il y ait recours dans un « vrai » sujet. On y est depuis longtemps au vrai sujet. Il a tout envahi, le ciel en est plein. Nous nous sommes intégralement déléguées. Et avec diversité, comme il est de règle pour la marchandise, notamment les métamarchandises par lesquelles passe notre commandement à disparaître, notre déclaration de superfluité. Y en pour tous les goûts, pour toutes les identités.

 

Toutes ces magnifiques boules de noël accrochées au champignon du désastre ont pour commun dénominateur d’être au final impersonnelles, au-delà, « objectives ». Exigeantes de nos peaux, pour le mieux disant. Elles sont suspendues au ciel des idées, et nous picorent le cerveau. Leur principe est de nous répéter : tu n’es pas assez bien, tu n’es pas assez construite/déconstruite, tu es née et vouée du mauvais côté, dans le mauvais statut, tu es trop ci ou trop ça, tu es de trop. Le de qui tue.

 

Et c’est tout de même ahurissant que dans le même temps, nous entendons soustraire à tout examen, à toute réflexion critique, nos identités, nos « vies privées » essentiellement réduites à notre valeur d’échange marchande et relationnelle, nos restes de subjectivité elles mêmes suspendues dans la pièce de derrière comme des sauciflards, que nous couinions au méchant « universalisme » alors que nous avons depuis longtemps avalé et intégré toutes les machineries de dépossession et d’aliénation qui se reproduisent hégémon,iquement sous toutes les couleurs de la concurrence interne à la domination. Elles sont sacrées, la vérité en exsude, il n’y a d’ailleurs pas d’autre réalité que ce patchwork négociable.

 

Enfin bah, cela n’entravera en rien la croissance : on continue en effet à mettre sur le marché d’incroyables mixtures « anti-obésités » qui tuent à coup à peu près sûr. Les affreuXses mourront en remblayant l’industrie pharmaceutique. Pendant que les grosses sociétés agricoles préemptent les dernières terres vivrières d’Afrique, ouste les pauvres, pour qu’on puisse produire des produits bio à pas trop cher afin de démarcher les survivantEs qui ont encore quelques sous dans leurs escarcelles. Quand on vous dit que nous sommes, résolument et jusques à la mort, dans le meilleur des mondes possibles !

 

Á moins que nous passions à l’euthanasie des formes avec lesquelles nous nous grignotons : économie, démocratie, santé, amour… Euthanasie, là j’use de ce terme. Á escient. Je pense qu’il nous faudra les étouffer et les affamer le plus doucement qu’il nous sera possible, afin de pouvoir passer outre, et non pas retomber en arrière ou plonger dans le meurtre pur. Et surtout éviter de le faire au nom de quoi que ce soit, sans quoi le fantôme nous étrangle et c’est reparti pour un tour.

 

 

 

PS : à propos de ces nécessités incontournables dont nous couvrons volontiers nos intentions exterminatoires et à travers lesquelles nous excusons notre soif de pouvoir, on pourra lire avec je pense quelque profit Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, de Riesel et Semprun, écrit il y a déjà quelques années.

 


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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 12:29

 

Réaction suite aux cris de joie et de victoire de pas mal d’assoces t’ au sujet du droit au changement d’état-civil en Argentine.

 

Ouaips – et une (relative) liberté d’avorter en Argentine, c’est pour quand ? Ce pays criminalise toujours la pratique de l’avortement, et ne semble pas du tout prendre le chemin de le légaliser – sans même parler de le dépénaliser totalement, ce qu’aucun pays ne semble faire à ce jour, gardant ainsi à cet acte un caractère de mal en soi. L’Argentine, comme bien d’autres, voit ainsi un nombre considérable de nanas mourir ou être estropiées suite à des avortements faits dans de sales conditions.

 

Nous sommes très mal à l’aise de l’absence totale de critique à ce sujet dans la pub faite par les assoces t’ envers cette mesure, dans un contexte général qui réprime les femmes, et de leur admiration envers une présidente qui certes nous distribue des cartes d’identité (le pied !), mais proclame dans le même temps bien haut, soutenue par le système politique masculin et les religieux, qu’elle ne fera pas un pas dans la direction de permettre aux nanas bio de disposer un tant soit peu de leur utérus, pour des raisons morales et religieuses (Le Monde du 5 juillet).

 

Pour notre part, nous ne consentirons pas à célébrer des avantages pour nous, surtout dans un cadre politique mondial de contrôle et de répression, qui se feraient en quelque sorte, même indirectement, sur le dos d’autres, et dont le battage médiatique et apologétique viendrait à masquer des situations intolérables. Et nous ne nous réjouirons pas en chœur. Non plus que d’aucuns droits (comme le mariage, encore une fois quel pied !) qui nous seraient octroyés (merci papa pouvoir !) en même temps que l’on réprimera d’autres, moins télégéniques, comme les étrangèrEs réfugiéEs de la guerre économique, ou les putes qui font crade dans ce qui reste de rues.

 

Nous sommes, et où que ce soit, pour une sortie hors de la mainmise judicaire, étatique, sociale et médicale de la possibilité de disposer de soi, et d’aller où on veut. Et de bien d'autres choses. 

 

Vendredi 13

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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