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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 09:31

 

 

 

Ainsi commençait une chanson qui eut ses trois semaines de hit-parade, je ne sais plus trop quand (90’s ?), sur le sujet de secours – vous savez, ceux qu’on sort de l’armoire quand l’amour écœure et que les baleines ne rendent plus assez – de secours donc de l’immense population humaine. Ah, humainEs que nous sommes, toujours pléthoriques, toujours en travers de la marche sacrée de l'histoire, toujours de trop au regard torve de nos propres idées objectivées, j’en parlais l’autre jour. Cette chanson continuait ainsi : « en l’an deux mille sous serons… ». L’an deux mille est passé, sans tambours ni trompettes, et nous sommes dans la m… Ce qui n’est assurément pas une nouveauté.

 

Mais bon, revenons à nos moutons (pucés, bien entendu) ; c’est donc une simple, ou plusieurs simples informations, depuis quelques mois, qui ont attiré mon attention de loquedue éminemment malveillante envers la modernité et ses indéniables succès chimiques et techniques. Dans plusieurs pays fort éloignés les uns des autres, je me rappelle précisément de l’Afrique centrale, et on vient de parler de l’extrême orient, des nourrissons, dans des régions bien circonscrites, sont frappéEs d’un mal « étrange », qui attaque le fonctionnement du système respiratoire, ne semble pas contagieux, mais n’en est pas moins mortel dans la plupart des cas, les toubibs affirmant n’y rien connaître.

 

Comme j’ai un peu plus de vingt ans, depuis un moment, cette étrange « épidémie non contagieuse » m’a singulièrement rappelé une méshistoire qui se déroula en Espagne, au début des années 80, et qu’on appela tout d’abord « pneumonie atypique », puis devant l'ampleur du dégât « syndrome de l’huile toxique ». Les gentes qui en furent atteintEs, en assez grand nombre, soit en sont mortEs, soit en ont gardé de lourdes séquelles. Neurologiques essentiellement. On incrimina dans un second temps, la pneumonie ne faisant plus recette, des fabricants d’huile alimentaire, qu’on accusa d’avoir adultéré leur produit avec des saloperies. Furent jugés, condamnés, hop, le peuple fut vengé. Ça tombait bien d’avoir des coupables, d’autant que, vraisemblablement, leur huile était effectivement frelatée.

 

Sauf que d’aucunEs ne furent pas totalement convaincuEs que de l’huile, même coupée, pouvait donner de pareils symptômes. Et on découvrit petit à petit que cet empoisonnement, puisqu’il s’en agissait bien d’un, avait de très fortes chances d'être issu des concentrations de pesticides utilisés contre les nématodes, vilains petits vers qui colonisent les racines des tomates, dans les serres de la région touchée. Mais bon, que faire, dans l’Espagne en pleine movida, en plein boom économique ? On indemnisa les abîméEs et on continua à pesticider. Les quasi esclaves marocainEs qui bossaient, et celleux qui bossent toujours à cette heure, dans les serres en plastique en question ne sont sans doute plus touTEs là pour nous raconter ce qu’ellils ont avalé, et comment ellils en sont mortEs. Mais ça doit ressembler un peu à la « pneumonie atypique ». Ou au syndrome respiratoire des nouveaux-nés qui se développe dans les contrées reculées dont je cause.

 

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, des nuages et des nuages de produits bienfaisants ont été et sont toujours vaporisés sur les cultures, il faut bien (sur)vivre n’est-ce pas ? Mais le cynisme informationnel a fait de grands pas en avant. Hier on préférait taire autant que possible les « effets secondaires » et autres « dégâts collatéraux ». Aujourd’hui, notre résignation à une survie de plus en plus courte, précaire et ne débouchant sur rien de très propre étant devenue résolue, totale, on peut se dire tout ce qui se passe, il n’y a pas même risque que grand monde essaye d’y échapper, sans même parler de renverser la vapeur. Les produits phytosanitaires sont par conséquent déclarés par toutes les académies producteurs de tas de maladies hideuses, et tout particulièrement neurotoxiques, pourvoyeurs de démence précoce et autres dégénérescences nerveuses irréversibles. On ne va évidemment pas s’en passer. Juste les paysans des pays les plus riches et leurs ayants-droit toucheront des sous de la sécu et des mutu agricoles, tant qu’il y en aura (des sous). Après on verra, de toute façon personne ne se risque plus à faire des prévisions, sinon pour amuser la galerie.

 

Et bon, voilà ; ces maladies étranges, sans cause apparente, qui éclosent dans des régions où les gentes ne valent pas grand’chose sur le marché mondial, présentent tout de même un aspect qui fait penser aux maux déjà amplement répertoriés ailleurs, et liés à des empoisonnements du système nerveux. Est-ce une coïncidence qu’en Afrique déjà certainement, au Laos je ne sais pas, les terres sont rachetées et mises en valeur pour l’agro industrie des pays « développés et émergents » ? Avec un net soupçon d’usage massif de ces produits, dans des pays où qui plus est personne n’ira vérifier les doses utilisées (il est d’ailleurs possible que quelle que soit la dose, ça ne change pas grand’chose) ? Et puis hein, déjà la crevaison des paysanNEs et autres ouvrierEs agricoles par ici ne fait pas grand bruit ; alors qui va se soucier de la mort de petitEs ressortissantEs de pays en faillite qui n’auront eu, pour la plupart, même pas le temps de commencer l’accumulation avant le probable effondrement de l’économie ? On pourrait même les féliciter de l’avoir eue courte, cette vie qui de toute façon ne pouvait en aucun cas être bonne.

 

Enfin bon, voilà. C’est une simple information. Et quelques suppositions, déductions, par-dessus. Je sais, tout ça ne va pas bien loin. Nos petites gambettes ne sont pas assez fortes pour beaucoup étirer les élastiques nombreux qui nous attachent à ce fonctionnement morticole que de toute façon nous avons accepté. Sans même parler de les faire péter. Il ne nous reste plus qu’à jacter, et à nous cogner, pour les plus braves, contre les murs bleu marine, gris ou rainbow.

Peut-être faudrait-il qu’il nous pousse des griffes taupesques, blaireautiennes, afin que nous puissions fouir et creuser des tunnels pour passer d’un autre côté ? Mais reste-t’il seulement, dans le matériel comme en nous, de quoi constituer un autre côté ? Pas sûr. Et si c’est encore possible, ce ne sera certainement pas facile ni mécanique, n’en déplaise à celleux qui font confiance à l’accélération et à l’effondrement pour nous libérer ; ni à mes petites camarades fascinées par la déglingue, qui pensent que la lucidité surgira nécessairement, comme l'huile bio, par pression à froid du pire et de l’écrabouillis d'oppression, auxquels il convient de nous agréger vite fait et sans réflexions oiseuses afin de passer du bon côté de l'histoire. Ça semble plutôt prendre le chemin de la libération de la misère et du néant. Lesquels par cascade nous libéreront sans doute de ce qui nous reste d’humain, cette pesanteur insupportable. Classe ! 

 

 

 

PS : On pourra aussi lire cet article sur le site Égalité, que je recommande parce que c’est un des rares, même si par ailleurs je ne suis pas d’accord avec sa ligne majoritairement institutionnaliste et prohi, à parler régulièrement des femmes dans le naufrage de l’économie : http://www.egalite-infos.fr/2012/07/06/accaparement-des-terres-les-femmes-en-premiere-ligne/ ; et qu’en général il y est quelquefois causé d’aspects des choses, comme ici la critique du productivisme, qui sont fréquemment négligés par la presse féministe. Pourtant les nanas sont les premières à éponger.

 

 

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7 juillet 2012 6 07 /07 /juillet /2012 10:27

 

 

 

« N’avons-nous pas encore compris que la sagesse et la sainteté fournissent le cadenas des menottes, la bonté et la justice la clavette de la cangue ? Se peut-il en un mot que nous ignorions que les parangons de vertu sont les plus sûrs fourriers des tyrans ? »

Tchouang-tseu

 

 

 

http://www.lemonde.fr/sante/article/2012/06/18/nourrir-les-terriens-depend-de-leur-nombre-mais-aussi-de-leur-poids_1720794_1651302.html

 

J’avais il y a quelques temps une vague discute avec une vieille amie, une carne comme moi quoi, je ne sais plus pourquoi, sur ce sujet bateau qu’est la population humaine et ses estimations. Je répondais à son expression de l’avis d’une surpopulation qu’aborder la question ainsi, c’était une fois de plus tomber dans le piège habituel qu’est se placer d’un point de vue prétendument extérieur pour juger de notre pertinence. Et comme d’hab’ mettre une abstraction en place de sujet. Enfin que ce genre de méthode aboutissait facilement à la justification de l’extermination de telle ou telle catégorie humaine.

 

Le coup de la bouffe, c’est un classique du genre. Y en aura pas pour tout le monde. Prélude à un cannibalisme systémique et massif, comme l’avait bien prévu le père Swift. Le bon cannibalisme commence d’ailleurs par (presque) soi-même. C’est ce que me rappelait il y a quelques mois la une de l’inénarrable revue que touTes les cafardEs de France, de Navarre et des colonies reçoivent dans leur boîte, avec les avis de réduction de leurs allocs ou de ces fameux « trop-versés » dont on parlera encore quand nous serons en enfer. « Vie de famille », rien que le titre donne envie de s’enfouir très profond pour y échapper. Et, au moins je pense une fois par an, de manière de plus en plus injonctive à mesure que l’économie se vautre, les assistantEs en économie familiale nous serinent comment vivre avec toujours moins, avec une proportion toujours plus grande d’ersatz ; mais d’ersatz surtout qui ne doivent pas faire plaisir (sans quoi on en consomme plus et ça fait grimper le budget). Qu’on soit non pas pauvres, ce qui était un véritable établissement autrefois, mais bien misérables, loquedues, et cela durablement. Des fois qu’on puisse encore servir avant de crever.

 

Et bref, donc, voilà de nouvelLEs affreuXses à tuer. Les grosSEs. PromuEs accapareureuses pour les besoins de la cause, cette fichue cause qui est bien ce dont on devrait se débarrasser en premier. Il paraît que les grosSEs mangent trop. Déjà on mangeait mal (on se demande d’ailleurs ce qu’est bien manger pour ces gentes). Mais carrément là on mange trop. Et donc on rentre dans cette fameuse catégorie mouvante, avec les non-rentables en tout genre, qui, d’un point de vue objectif, ne devrait plus exister. Finalement, on est toujours dans la bonne vieille logique libérale malthusienne du dix huitième siècle, que même le léninisme le plus pur et dur a reconduite avec enthousiasme en concurrence avec la haine mesquine et droitière des « assistéEs » : les méchantEs dominantEs, les obstacles humains au progrès sacré, à la productivité et à la valorisation, ce sont tous les non-rentables, tous les oisifs, tous ceux qui mangent trop, enfin bref les mêmes que depuis le moyen âge quoi. C’est nous qui suçons le sang de la bonne humanité, la seule, la vraie, celle qui produit ferme et consomme responsable, va au bureau et chez WW.

 

Bof, une de ces fameuses « raisons rationnelles » de plus. C’est dans leur logique même, de nous estimer à l’aune des abstractions, des devoirs, des nécessités que nous avons-nous même suspendues en l’air à des fils qui cassent, et qui nous tombent comme des lustres sur la margoulette. Á nos grands applaudissements quelquefois. Prétendues nécessités objectives, économiques ou idéologiques, pourvoyeuses de ce bonheur dont la quête est une cause inépuisable de désastres et d’exactions.

 

Au fond, ce désir obessionnel d’un point de vue tiers, et que sa tiercité ferait tout puissant parce que tout rationnel (autre de nos fétiches), celui aussi d’un levier extérieur pour agir, puisque nous sommes désespérées lorsque nous ne pouvons pas, ce désir imprégné d’affirmation de principe est il pas la simple modernisation de notre angoisse d’être seules ? Pas possible qu’il n’y ait personne, là, qui regarde et par laquelle on puisse revenir sur nous, boomerang, du ciel des idées. Personne par qui nous puissions nous évaluer, nous juger. Cette froide troisième personne de l’idéologie, qui permet toutes les horreurs pourvu qu’on sache en user, c’est dieu, tout bêtement, revenu sous ses oripeaux de la raison absolue, inhumaine.

 

Et quand ce n’est pas dieu, qui fait tout de même un sacré retour en ce moment, c’est un crumble extravagant du pire et du plus absurde, sous les couleurs économiques et scientifiques. Économiques : y en aura pas pour tout l’monde, les non rentables vont crever ; scientifiques, des préoccupations aussi pertinentes que le boson de Higgs ou les exoplanètes. Bah, avant-hier c’étaient les soucoupes volantes. Ce qui rassemble en logique ces redoutables berlues, c’est le pouvoir que nous leur concédons sur nos vies, ou même simplement la place que nous leur concédons dans notre temps et notre cervelle.

 

Ou encore ces « opportunités », censées nous sortir de notre paresse, de nos délinquances, de toutes nos imperfections et insuffisances, qui se multiplient, toutes plus ridicules et clownesques les unes que les autres, mais dont l’unique principe actif est de se tenir « au dehors », dans le monde sacré du développement, de la valorisation, quand ce n’est pas de l’estime de soi (!) et des lendemains qui gazouillent, de nous engager à sortir de nous, à nous aliéner avec confiance, à nous livrer à l’objectivation. Justice définitive, confort moderne, sens de l’histoire, humanité vigilante, sans parler de l'intérête supérieur du peuple, qu’est-ce que nous ne nous sommes pas inventé à ces fins ?

 

Singulier en tous cas de voir comment, petit à petit, le sanitaire et l'idéologique se sont rejoints, au point d'être devenus inextricables. Il faut é-li-mi-ner.

 

Le recherche obstinée, désespérante, de solutions, est comme celle de remèdes ; nous ne rêvons que maintien, rafistolage durables du cadre, à un prix certes fort mais que nous escomptons bien pouvoir faire payer à l'indispensable autre - le seul rique étant de se retrouver brutalement cet autre.

 

« Le ciel est vide et le maître ne parle plus », écrit un critique de la subjectivité, mais qui rêve quand même qu’il y ait recours dans un « vrai » sujet. On y est depuis longtemps au vrai sujet. Il a tout envahi, le ciel en est plein. Nous nous sommes intégralement déléguées. Et avec diversité, comme il est de règle pour la marchandise, notamment les métamarchandises par lesquelles passe notre commandement à disparaître, notre déclaration de superfluité. Y en pour tous les goûts, pour toutes les identités.

 

Toutes ces magnifiques boules de noël accrochées au champignon du désastre ont pour commun dénominateur d’être au final impersonnelles, au-delà, « objectives ». Exigeantes de nos peaux, pour le mieux disant. Elles sont suspendues au ciel des idées, et nous picorent le cerveau. Leur principe est de nous répéter : tu n’es pas assez bien, tu n’es pas assez construite/déconstruite, tu es née et vouée du mauvais côté, dans le mauvais statut, tu es trop ci ou trop ça, tu es de trop. Le de qui tue.

 

Et c’est tout de même ahurissant que dans le même temps, nous entendons soustraire à tout examen, à toute réflexion critique, nos identités, nos « vies privées » essentiellement réduites à notre valeur d’échange marchande et relationnelle, nos restes de subjectivité elles mêmes suspendues dans la pièce de derrière comme des sauciflards, que nous couinions au méchant « universalisme » alors que nous avons depuis longtemps avalé et intégré toutes les machineries de dépossession et d’aliénation qui se reproduisent hégémon,iquement sous toutes les couleurs de la concurrence interne à la domination. Elles sont sacrées, la vérité en exsude, il n’y a d’ailleurs pas d’autre réalité que ce patchwork négociable.

 

Enfin bah, cela n’entravera en rien la croissance : on continue en effet à mettre sur le marché d’incroyables mixtures « anti-obésités » qui tuent à coup à peu près sûr. Les affreuXses mourront en remblayant l’industrie pharmaceutique. Pendant que les grosses sociétés agricoles préemptent les dernières terres vivrières d’Afrique, ouste les pauvres, pour qu’on puisse produire des produits bio à pas trop cher afin de démarcher les survivantEs qui ont encore quelques sous dans leurs escarcelles. Quand on vous dit que nous sommes, résolument et jusques à la mort, dans le meilleur des mondes possibles !

 

Á moins que nous passions à l’euthanasie des formes avec lesquelles nous nous grignotons : économie, démocratie, santé, amour… Euthanasie, là j’use de ce terme. Á escient. Je pense qu’il nous faudra les étouffer et les affamer le plus doucement qu’il nous sera possible, afin de pouvoir passer outre, et non pas retomber en arrière ou plonger dans le meurtre pur. Et surtout éviter de le faire au nom de quoi que ce soit, sans quoi le fantôme nous étrangle et c’est reparti pour un tour.

 

 

 

PS : à propos de ces nécessités incontournables dont nous couvrons volontiers nos intentions exterminatoires et à travers lesquelles nous excusons notre soif de pouvoir, on pourra lire avec je pense quelque profit Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable, de Riesel et Semprun, écrit il y a déjà quelques années.

 


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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 12:29

 

Réaction suite aux cris de joie et de victoire de pas mal d’assoces t’ au sujet du droit au changement d’état-civil en Argentine.

 

Ouaips – et une (relative) liberté d’avorter en Argentine, c’est pour quand ? Ce pays criminalise toujours la pratique de l’avortement, et ne semble pas du tout prendre le chemin de le légaliser – sans même parler de le dépénaliser totalement, ce qu’aucun pays ne semble faire à ce jour, gardant ainsi à cet acte un caractère de mal en soi. L’Argentine, comme bien d’autres, voit ainsi un nombre considérable de nanas mourir ou être estropiées suite à des avortements faits dans de sales conditions.

 

Nous sommes très mal à l’aise de l’absence totale de critique à ce sujet dans la pub faite par les assoces t’ envers cette mesure, dans un contexte général qui réprime les femmes, et de leur admiration envers une présidente qui certes nous distribue des cartes d’identité (le pied !), mais proclame dans le même temps bien haut, soutenue par le système politique masculin et les religieux, qu’elle ne fera pas un pas dans la direction de permettre aux nanas bio de disposer un tant soit peu de leur utérus, pour des raisons morales et religieuses (Le Monde du 5 juillet).

 

Pour notre part, nous ne consentirons pas à célébrer des avantages pour nous, surtout dans un cadre politique mondial de contrôle et de répression, qui se feraient en quelque sorte, même indirectement, sur le dos d’autres, et dont le battage médiatique et apologétique viendrait à masquer des situations intolérables. Et nous ne nous réjouirons pas en chœur. Non plus que d’aucuns droits (comme le mariage, encore une fois quel pied !) qui nous seraient octroyés (merci papa pouvoir !) en même temps que l’on réprimera d’autres, moins télégéniques, comme les étrangèrEs réfugiéEs de la guerre économique, ou les putes qui font crade dans ce qui reste de rues.

 

Nous sommes, et où que ce soit, pour une sortie hors de la mainmise judicaire, étatique, sociale et médicale de la possibilité de disposer de soi, et d’aller où on veut. Et de bien d'autres choses. 

 

Vendredi 13

 


 

 

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 12:29

 

 

En dehors même de tout espoir de perspective critique, décidément éteinte, j’adore tout de même les hiérarchies que font mes contemporainEs dans la réclamation. Puisqu’il ne reste paraît plus qu’à se plaindre des mauvais côtés de notre paradis citoyen, judiciaire et économique.

 

Un traité commercial, signé par les gouvernements des pays où sont détenus le plus grand nombre de brevets, et nettement dirigé contre leurs concurrents « émergents », devait être approuvé au parlement européen. Il ne l’a pas été, et je m’en réjouis, même s’il ne se faut pas faire d’illusions : ce que suppose ce traité (dénommé ACTA) sera probablement appliqué par le biais de diverses réglementations.

 

Ce qui m’épate c’est que ce traité, visant les « contrefaçons » (en gros tout ce qui s’émancipe des brevets originels et n’entend pas payer l’intégralité de droits exorbitants aux sociétés qui les détiennent), a été combattu par la "société civile" au nom du droit, si j’ai bien saisi, à télécharger des vidéos. Et rejeté sur le prétexte précis qu’on ne pouvait accepter les modes de dénonciation électronique que supposait sa partie contraignante. Les grands mots ont été même de sortie ; c’était à la fois une atteinte à la vie privée et à la créativité. La créativité, puisque nous sommes touTEs devenuEs créateurices potentielLEs et appeléEs, notamment depuis que l’informatique s’est répandue un peu partout. « Vous êtes des dieux », clamaient dans un relatif silence les évangiles depuis deux millénaires ; on ne savait pas trop bien que faire de cette redoutable affirmation, et pour cela on la laissait prudemment dans un isolement prophylactique. Le capitalisme, le marché et la technologie nous ont sortiEs de cette piteuse impasse. Nous n’arrivions pas à créer, tout juste à construire, à cultiver, à écrire, enfin bref des activités tragiquement limitées. Et pour lesquelles il fallait souvent se mettre à plusieurs, ce qui est plutôt minable pour des divinités. Grâce aux touches et au réseau, nous avons été proclaméEs créateurices. Quand nous copions-collons nous créons, yes, ne fut-ce que de la masse. Nous faisons surgir quelque chose d’un relatif néant, puisque créer c’est ça. Si en plus on y ajoute de la couleur ou un smiley, alors là, c’est l’extase.

 

Bref, c’est au nom de cette liberté de création et surtout de reproduction que des pétitions ont circulé, que des manifs ont défilé, avec le masque de V© largement exhibé. Scandale urbain, aurais-je envie de dire. Enfin bon, tout est bien qui finit bien – pour quelques mois ; et je m’en réjouis.

 

Je m’en réjouis, de mon côté, pour une raison que je n’ai guère vue mise en avant, en france en tous cas, que par les camarades d’actup. Cette sympathique disposition sur la contrefaçon et la vermine nommée propriété intellectuelle allait probablement, et notamment, de manière tout à fait terre à terre par rapport au ciel de la création, faciliter grandement la saisie et la destruction douanière de tous les médocs produits, comme évoqué plus haut, dans les pays émergents, Inde en particulier ; médocs qui ont cette particularité, ne payant pas leur historique, d’être disponibles à des prix beaucoup plus abordables que ceux estampillés des « grands » laboratoires. Ce qui, dans le splendide état de valorisation où nous sommes, et où il faut donc que tout soit traduit en équivalence, nommément en argent, permet à un grand nombre de gentes qui n’auraient évidemment pas les moyens de payer ce que paient notre sécu et nos mutuelles de se procurer lesdits médocs, qui sont quelquefois vitaux.

 

Ça me semblait une raison infiniment plus urgente et importante pour que ce genre de disposition commerciale fût au moins retardée. Mais il faut avouer que ça n’a ni pesé lourd ni fait recette par rapport à l’angoisse créatrice. Se pose même la question de savoir si, au cas où le seul objet de ce traité eût été la diffusion des médicaments dits génériques, il y aurait eu la moindre protestation au-delà d’une frange radicale des assoces de santé.

 

Ce que ça dit, de mon point de vue, c’est que nous avons résolument pris la grosse tête. Nous, sans exception. Arriver à bloquer ainsi sur notre petit trafic artisteux, culturel et créateur, et en devenir bigleuXses au point de ne pas même percevoir les implications réelles et importantes, pour ne pas dire désastreuses, de l’affaire que nous regardons par son petit angle, me fait singulièrement penser à ce que décrit un célèbre passage de La Bruyère, dans lequel un intendant, un super-préfet donc de la monarchie d’ancien régime, « signe », par un mélange de mégarde et d’inintérêt absolu, « au sortir d’un excellent repas », « un ordre qui, si l’on n’y remédiait, ôterait le pain à toute une province. ». Démocratie et enrichissement oblige, nous sommes devenuEs collectivement une partie au moins de cet intendant ; et nous nous comportons exactement comme lui. Le principal devient moins encore qu'accessoire , il disparaît ; l'accessoire à l'inverse nous hypnotise, imprègne la terminaison nerveuse du désir. Et nous devenons, faussement inocemment, par une espèce de négligence résolue, prêtEs à nous prêter aux plus catastrophiques boulettes. 

 

Après, nous allons nous interpeller les unEs les autres pour faire la charité aux malheureuXses que notre inconséquence a encore réduit à moins. Inconséquence qui, pour revenir tout en haut de la page, a sans doute quelque chose à voir avec notre réticence à critiquer la totalité du monde actuel.

 


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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 11:10

 

 

Je n’aime pas l’expression, éminemment relationniste et sexiste, de cocues. Je préfère donc dire les berluées. Celles qui ont eu la berlue. Ah, cette berlue, autant personnage je dirais que phénomène, comme notre galipote livradoise. Cette berlue qui nous hypnotise et nous mène après par les taillis de toutes les compromissions, où nous laissons des bouts de notre chair et de ce qui nous reste d’autonomie pour suivre ce mirage de l’octroi de cadeaux institutionnels. Où serons nous, où en serons nous quand nous nous réveillerons, si nous réveiller nous devons, au fond de quel ravin dont nous ne pourrons peut-être plus sortir, à attendre la vague qui nous nettoiera ?

 

La berlue politique nous promène par des chemins incroyables, nous fait acclamer et désirer les plus étonnantes mises en boîte ; l’important est que nous croyions y gagner. Droit à, interdiction de, smic, AAH et loto. Parce que c’est toujours ça que nous entendons gagner : un peu de rab’, trois sous de reconnaissance conditionnelle. Moi la première. On en est touTEs là. La seule distinction qui reste est de s’en féliciter ou pas.

 

Là, ce sont des berluées du nouveau gouvernement, dont je veux causer. Ce gouvernement, cet état, ces éluEs dont nous attendons toute pitance, abondance.

Lesquels courent, pour leur part, après l’économie, puisqu’il n’y a in fine pas d’autre rationalité que l’équivalence (surtout ne jamais donner plus que ce qu’on reçoit, et même autant que possible l’inverse).

Et, bien entendu, après les angoisses du peuple, dont les mesquins membres sentent bien que ça se resserre, et voudraient bien y trouver des coupables.

 

Bref, en quelques semaines, on est fixées, les berluées comme les autres : les nanas ne récupèreront pas leurs trimestres de cotise perdus, les dépenses sociales seront gelées, les frontières encore plus gardées contre les vilainEs pauvres qui essaient d’aborder, les expulsions auront leur rythme soutenu et le ministre ad hoc l’a bien dit : pas une régu de plus que sous la droite. Et pour les années à venir, pénitence budgétaire et appauvrissement généralisé. Au reste, ce serait le menu de n'importe quel gouvernement. 

 

Je pense que c’est net et clair.

 

Mais voilà, y va bien falloir paraître, faire quelque chose, quelque chose qui coûte rien, qui flatte, qui s’en prenne à des qui comptent pas trop, qui arrondisse la fin de mois morale.

 

Et puis, autant le dire et le redire, gratouiller le prurit répressif, peureux et un peu haineux des zôtres, touTEs les zôtres, prurit qui empêche notre brave peuple de mal dormir et de cauchemarder tranquille dans ses sales draps. D’où le maintien de la politique anti-étrangérEs. Mais il y a demande pour assainir encore plus, encore mieux le pays. Il va donc falloir trouver qui mettre à la déchet’ à grand bruit, avec camions benne, gyrophares, etc.

 

On va donc donner aux berluées la tête des putes. C’est peut-être même bien une des rares promesses que ce gouvernement va essayer de tenir. C’est cocoje. Ces mauvaises pauvres peut-être quand même un poil trop riches, de temps et d’autonomie sinon de fric, qui ne se laissent pas victimiser, alors que tout le monde devrait communier là dedans.

 

Et pour faire bon compte, le bonbon à la cantharide du mariage et de la famille à touTEs les lgteubéEs (enfin les rentables qui ont, comme on dit, les bons papiers), lesquelLEs pourront l’avaler à la file comme les cathos leur hostie à la messe. ReconnuEs, rédiméEs. Claaasse. Hétérolande partout, voilà l’aboutissement quand les formes incontestées deviennent sujet social. Seront sauvéEs les institutionnables, au sens étroit du terme. De plus en plus étroit dans les faits et les récipendaires, paradoxe, à mesure pourtant que les droits s’arrondissent. Car il faut être porteurE de valeur, et de valeur légitimée, pour pouvoir effectivement faire valoir ses droits.

 

Finalement, ce n’est jamais que l’essence de la politique comme secteur du marché, et de sa nécessité, des ses nécessités, guerre incluse, telle qu’un Clémenceau nous en fit autre fois la leçon. Á plusieurs reprises. La plus belle ayant été sans conteste lorsqu’en pleine charcuterie internationale, il faut nommé président du conseil après avoir passé trois ans à taper sur le gouvernement, l’accusant de tous les vices, parmi lesquels la censure. Une fois nommé, alors qu’on lui demandait comme de juste s’il allait supprimer celle-ci ou du moins l’alléger, il répondit « Vous me prenez pour un c… ? ». Et il la fit incontinent renforcer. Et fusiller quelques mutins et espionNEs supposéEs.

Le ministre actuel expose, disent les journaux, le portrait du Tigre dans son bureau de la place Beauvau ; sûr qu’ils répondent admirablement l’un à l’autre, ces deux là. M'en fait je suppose que c'est l'archétype de touTEs les ministres républicainEs de la force publique. J’imagine très bien une situation de crise, genre centrale qui pète, l’état d’exception proclamé, appliqué, Valls, ou unE autre, martialE, en train d’assumer la fusillade, vaguement extrajudiciaire mais ô combien opportune, des « pillardEs » dont on ne manque jamais en pareil cas pour faire filer doux tout le monde.

Ça peut paraître Dickien comme situation ; et pourtant je crois qu’il s’en faudrait de peu, juste que ça arrive. Tout est en place pour.

Et même là on ne se réveillerait pas forcément. Nous sommes sourdEs, engluéEs dans nos représentations, nos peurs, nos espoirs, au point que nous pourrions basculer dans la pire des morts de masse sans encore bien nous rendre compte. Vous me direz, il sera alors un peu tard pour ouvrir les mirettes ; j’en conviens.

 

En attendant toutes ces splendides occasions de gonfler les biceps, de montrer que la politique c’est viril, c’est l’usage de la force brute, nous allons être un peu les pillardEs, les mutines et les espionnes des temps à venir, semble-t’il. Concurremment avec les clandestinEs de tous ordres, auxquelLEs on va nous joindre par le miracle opérant de la loi et d’un progrès social bien particulier.

 

On va nous pousser sous le tapis, personne ne croyant sérieusement, à part peut-être deux ou trois hallucinées idéologiques du « on va éduquer le peuple », que nous allons réellement disparaître, fût ce de bon ou de mauvais gré. On était déjà à la poubelle, voire la poubelle nous-mêmes. Maintenant, comme elle semble déborder, on va la renverser sous le feutre du silence social et de la répression quotidienne. Puisque nous n’aurons plus de raison d’exister, que les vilains clients seront illégaux (et chacun sait qu’en régime de droit positif, devenir illégal signifie se volatiliser, point, illégitimité santé), eh bien la berlue nous masquera. On pourra crever dans les coins sombres et faire des pipes express non protégées à dix balles, comme nos collègues suédoises. Effectivement, vu comme les épidémies recrudescent, on compte sans doute là-dessus pour ratiboiser les mal couchantes. Ça fera toujours quelques dividendes au passage pour l’industrie pharmaceutique, puis tout le monde au dodo, éternel. Le carré des nettoyées. Il risque d’être vaste, à en juger par ce qui s’amasse sur nos têtes.

 

Au fond, les lendemains sont radieux : épidémies, catastrophes technologiques, empoisonnement intégré et maladies neuronales, misère croissante, état d’exception de plus en plus normalisé, avec le gros nez rouge d’un « progrès social » à pas cher, que dis-je, à zéro thunes. Tout le monde au remblayage précaire, depuis les réinsérées sociales jusques aux petitEs cadres imbuEs de leur portion de pouvoir coercitif, d’accès au chantage à la survie immédiate. Ce qui me fait tristement marrer, c’est que touTes celleux qui, très à raison, tiennent que le marché, l’équivalence, l’échange, c’est la mort, ne semblent pas soupçonner que leur « traitement institutionnel » c’est déjà, aussi, du marché ; du marché directement appliqué à la vie, matérielle. Qu’ellils sont, que nous sommes en plein dedans, acteurices, comptables et comptabiliséEs. Que l’état et le marché sont historiquement la même chose, en deux visages. Et que plus ça se resserre, plus la circulation se tend, plus l’accumulation s’évapore, plus ce qui est derrière ces visages apparaît, brut et brute.

 

Ce n’est pas pour demain ; on s’est gausséEs des décennies au sujet de la « fin d’un monde » qui en était plutôt l’accomplissement, après nous le naufrage. Sauf que c’est pour aujourd’hui, et que même un peu hier ça avait déjà commencé. Et on en est encore à rognonner sur telle ou telle promesse tenue ou pas, symbolique et intégrative, alors que la trique éliminatoire tournicote, fauche largement les vies réelles qui ne valent plus assez, et que des simagrées comme la chasse aux putes, comme celle aux clandestinEs, servent de bien piètre paravent à tout cela. Mais paravents qui tranchent et qui tuent.

 


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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 10:29

 

 

 

Il y a des mots qui n’ont l’air de rien ; enfin, presque rien. D’un mot quoi. Bon, vous allez me dire, avec raison, qu’au contraire un mot c’est énorme, redoutable, comme tout ce qu’il y a dans la langue.

 

Et oui, donc je recommence, il y a des mots qui n’ont pas l’air du tout de ce qu’ils sont. On appelle ça des antiphrases. C'est-à-dire que dans le réel, leur présence permanente aura à peu près l’effet inverse que celui que décrit leur sens sémantique.

 

Et là, c’est « possible ».

 

Je ne me rappelle pas quand ce mot est devenu, ou redevenu, un gimmick. Il l’avait déjà été bien des fois, avec son antonyme impossible. Je crois que c’est quand un certain nombre de gentes, à la fois témoin comme nous touTes du crashage général, et à la fois persuadéEs qu’on « aurait pu mieux faire » (et surtout plus) on lancé l’indécrottable « un autre monde est possible ».

 

Depuis, il faut avouer, ce couple originel n’a pas cessé de provigner. D’autres innombrables ont été proclamés possibles à la queue leu leu. Pas un seul ne s’est vu réalisé. Cela tient sans doute au potentiel. Mais surtout que dès que la chose, qui existait déjà, pleinement, était déclarée possible, ben la boucle était bouclée, et elle continuait. L’alter- en a été créé. Au fond, d’ailleurs, ça se tient. On peut parfaitement rêver d’un autre agencement des misères, des fatalités et des nécessités en vigueur. Je fais juste partie de celleux dont c’est le cauchemar, que d’imaginer que nous sommes au bout de la route humaine, qu’il faudra indéfiniment croupir    . de celleux qui tiennent le pari, sans aucune certitude scientifique (lesquelles font d’ailleurs partie de ce dont nous voulons nous dépêtrer) d’une émancipation et d’un irréalisé.

 

J’avoue, j’aime pas le sport. Et je crois avec quelques unes que cette inquiétante pratique sociale née en angleterre au dix neuvième siècle, et dont le nom même désignait un caprice déraisonnable, est, avec des manifestations sympathiques comme le travail, les prisons ou la patriarcat, de celles dont nous nous passerions intégralement et avec joie. Il y a même peu de risque d’erreur à voir dans l’obsession physique et comptable (toujours plus !) du sport un miroir fidèle de la folie productiviste. « Ici il n’y a pas de pourquoi », comme on disait aux arrivants dans une des conséquences finales de ce genre de fétichisme collectif ; c’est effectivement la réponse d’aboutissement à tout cela.

 

Or là je lisais le papier hebdomadaire de Caro, Caro de Prochoix, dans le Monde, et, comme il m’arrive quelquefois, j’étais au départ assez d’accord avec elle et celles dont elle parlait (les Femen). Je gueule très volontiers fuck euro – et un bon nombre d’autres trucs il est vrai, je me vois bien asperger des mecs à l’extincteur (mais non, ne me faites pas dire que j’ai pensé très fort au lance flammes), etc etc. On est pas d’accord sur ce qui nous paraît le pire, c’est sûr. Mais j’étais assez contente. D’accord, quoi, comme avec son dernier papier sur l’obstination nataliste internationale.

Le problème, c’est que les arguments positifs de Caro descendent de plus en plus bas. Il y a quelques mois elle nous expliquait qu’une « bonne économie » allait nous émanciper. C’était déjà croquignole. Bon, vous me direz, ça relève de nos catéchismes respectifs, et rien ne ressemble tant à un catéchisme qu’un autre catéchisme ; n’empêche, j’ai été frappé par cet irénisme économiste très dix huitième, la paix qui règnera quand tout le monde sera occupé à commercer (et à voter) dans l’égalité d’équivalence des acteurs du marché. Passons.

Puis elle a piqué une crise parce que ses ennemiEs la réprouvaient. Moi ça me rassure plutôt quand mes adversaires m’agonisent, et ça m’inquièterait fort au contraire qu’ellils m’approuvent. Mais Caro est tellement hallucinée de la nécessaire droiture de ses conceptions qu’elle en vient à être frappée de cette illusion d’optique des hagiographes médiévaux, lesquels faisaient parler démons, juifs et sarrasins à la première personne selon leurs conceptions, ce qui donnait des discours fort amusants où les réprouvés faisaient assaut de « je suis le plus grand idolâtre et nécromant ». Bah, ses contradicteurEs la valent souvent bien. Pour ma part, je les trouve aussi butéEs les unEs que les autres, concurrence d’apôtres.

 

Mais là, son laïus se terminait sur ce que je n’avais jamais encore lu « un autre foot est possible ». Disons même largement un autre sport.

 

Bon, je vois que je finis par causer plus de Caro et de son show politico médiatique que de l’objet même de mon aigreur ; mais elle est effectivement une de nos voix, assez représentative des choix, désirs, avidités, résignations et adhésions qui nous agitent ; le souci pour moi c’est que l’obsession à se ranger dans les boîtes à sardines des formes et comportements sociaux majoritaires est le credo de tout lgbtlande, et d’une notable partie du mouvement féministe. Est-ce qu’on s’est seulement posé nettement la question d’où on va comme ça, et de ce qu’on va devenir, à supposer qu’on ne le soit pas déjà devenues ?

 

De qui se fiche t’on ? De nous-mêmes, et activement encore. Dérision autogérée, autofournie, autonome. Bientôt on n’aura même plus besoin des mecs pour faire pareil.

 

Je retrouve ce « possible » qui en fait n’est là que pour boucler, souder les portes de ce monde, qu’on n’en sorte surtout pas. Que tout soit revalorisé, filtré, assaini, mais surtout qu’on en se débarrasse de rien ni qu’on aille vers rien d’autre. Tout est possible, yes. On a fait un bond de géantEs depuis le tout est permis rien n’est possible. Tout est possible, à condition que rien ne change fondamentalement. Au contraire, qu’on en remette au pot. Qu’on reproduise fidèlement ce qui nous structure.

 

Le sport, tout de même, urgh. Cet aspect de la folie collective qui fait par exemple courir jusques à l’infarctus les gentes au bord de routes abondamment diéselisées (1). Et qui naquit en Angleterre, au temps où elle était superpuissance, pour donner sens à des vies déjà bien déboussolées ; avant d’être son propre signifiant, « sport » voulait dire un caprice extravagant et déraisonnable, un peu comme le capitalisme quoi. Le sport, désormais valorisé conséquemment, mais qui n’a jamais été autre chose qu’une aberration – il est vrai parmi tant d’autres. Le sport, apprentissage de la logique de guerre bien plus efficace que la chasse. Structurellement, je crois, lié au culte du corps, de la force, de la victoire, au capitalisme et au sexisme, depuis son origine. Activisme de forme m par excellence. Et qu’évidemment il fallait se réapproprier, puisqu’on a résolument décidé de ne pas critiquer ce monde mais de se l’avaler à la louche. On l’a donc déclaré, après tant d’autres, possible. L’autre, c’est nous qui sommes censées le fournir, selon la régle du néo-essentialisme contemporain : quand ce sont plus les mêmes, même si c’est la même chose, tout change. Youpi.

 

On va applaudir des footballeuses pour témoigner soutien aux camarades persécutées, comme on achète un produit équitable pour donner dix centimes à une ong. Ce faisant, on avale tout rond, dans un cas la valorisation, dans l’autre la sombre idéologie de l’effort pour l’effort, de l’exténuement et de l’élimination qui est celle et sera toujours celle du sport. Et qui historiquement s’est développée avec la première. Sportisation et marchandise ont depuis longtemps investi le vieux domaine de la charité, repeinte en solidarité. Mais ça n’en passe pas moins par les signes et les comportements sociaux les plus englués dans la course du présent sur son tapis roulant.

 

Et, évidemment, me viennent les ultimes, qui j’en suis sûre vont tomber un de ces quatre : main dans la main avec l’économie, la religion, que sais-je encore du même genre, une autre relationnite, une autre hétérolande est possible, un autre patriarcat est possible. Les mêmes tous autres. Il suffit de garder les cadres en remixant un peu les personnels. Faire les mêmes choses, remplir les mêmes formes, avec juste des identités plus diverses et plus fluides. Et durables, surtout, durables ; il faut que tout dure et soit pérenne.

 

Quand on vous parle d’autre et de possible, c’est que l’issue a déjà été verrouillée derrière vous.

 

Mais bon, pas de panique ! Il n’est de porte, même de coffre-fort ou de fort tout court, qui ne puisse être pied de bichée. Les mauvais jours peuvent finir ; il faut le vouloir, et nous casser aussi un peu beaucoup la tête sur comment. Il n’y a pas de paradis ni de sortie automatique, fatale, historiquement déterminée. Ce qui risque d’arriver si on fait confiance à ces mythes, comme disaient Benjamin et Woolf, ce sera la barbarie. Ça ne se peut que si on le veut, si on s’y atèle, et si on largue nos amarres internes à un monde dont la perfection se déroule chaque jour, patacrêpe de nous-mêmes et barbarie idem.

 

Á moins que ce soit nous qui ayons mué en coffre-fort.

 

Mais à un moment, ce serait bien de nous dire qu'il y a des trucs que non, sont pas possibles. Ou que même si c'est possible, c'est tellement misérable qu'y vaut mieux pas. Comme recycler indéfiniment la m... Non qu'il ne le soient de fait, si on s'y obstine ; mais alors c'est nous mêmes qui sommes recyclées. Et ça pue.

 

 

 

(1) J'apprends à l'instant que, ce matin même, un député lyonnais tout neuf et plus jeune que moi est crevé, après et avant tant d'autres, de cette pratique démente. Bon débarras. Et longue vie à celles qui se prélassent en grossissant. Comme on avait écrit sur le mur d'une des meilleures vacances féministes où je me sois trouvée : manger, dormir, grossir !

 


 

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 09:00

 

 

« Grande est l’émute

On accourt, on s’assemble, on députe ».

La Fontaine

 

 

 

Un des arguments de mes petites camarades pour contester le contenu social et politique actuel des prides, à vrai dire bien puant, est que « Stonewall fut une émeute ».

 

Nous sommes des enfants et même des petits-enfants de Stonewall, c’est sûr. Montées en graine mais tout de même. Je suis une héritière de ce truc et pour tout dire ce n’est pas nécessairement ce dont j’aurais voulu hériter (mais c’est le genre de choses qu’on ne choisit pas). Ça m’est arrivé, autrefois, d’être émotionnée lors de prides, quand j’y allais encore, mais je ne laissais pas de m’interroger sur le pourquoi comment de cette émotion. Faire masse, comme d’autres ? Exister ? Compter ? Valoir ?

 

Stonewall fut une émeute, ça ne fait aucun doute. Mais une émeute pour quoi ?

Pour refuser de disparaître, je pense, tout d’abord – et ça je m’en réclame. Je refuse de disparaître, t’, gouine, pute, intellote, névrosée, tutta quanta, même si je ne tiens pas à me chosifier en identités.

Mais malheureusement aussi pour exister, c'est-à-dire, dans le contexte contemporain, pour occuper une place identifiable, reconnue, consommer tranquilles, au large. Ce qui n’est d’ailleurs pas inconséquent, et surtout tant qu’on cause d’être là et de ne pas disparaître ni s’aligner. Toute la question gît dans ce qu’on veut et surtout ce qu’on ne veut pas comme monde. Comme vie. Et dans où on en est. L’ambivalence réside dans ce que nous ne pouvions pas plus éviter que n’importe qui d’autre, que nous voulions et voulons toujours vivre ; mais vivre dans un mode de médiations et de valorisation nous oblige, ni plus ni moins que d’autres, à remplir les formes de ce monde et pour exister, et pour simplement être là, physiquement comme moralement.

On fait bien des guerres, pour ça, alors des émeutes, vous pensez… Est-ce que la forme-émeute garantit la « pureté » ou l’hétérodoxie de ce qu’elle pousse en avant ? J’y crois pas un instant (je suis historienne…). Pas plus que les guerres. L’existentialisme diffus qui caractérise depuis quelques décennies une bonne part de la critique sociale essaie de se convaincre qu’agir c’est forcément changer de logique ; de même que l’on avait sincèrement cru que produire comme des malades nous ferait sortir du capitalisme. Raca. Raté. Plus on surenchérit plus ça s’referme, comme les menottes.

 

Le chiendent, c’est l’intrication entre le refus de disparaître, et les conditions par lesquelles on pense qu’on devra passer pour ne pas disparaître : la reconnaissance institutionnelle, le « droit de », l’intégration dans les formes - . C’est à la fois exact, nous sommes, touTEs, réduitEs à ne vivre presque par ça, et tragique, parce que nous disparaissons ainsi quand même, d’une autre manière. Nous nous sommes donc retrouvéEs à porter les plus effrayantes affirmations du présent. Et cela ne constitue qu’en apparence, idéaliste, contradiction avec la bagarre d’origine.

 

Stonewall fut une émeute, comme d’ailleurs bien d’autre, pour intégrer ce monde, non pour le désintégrer. Il y a deux faces au « foutez nous la paix » qui sous tend cela : ne plus se soucier de l’ordre des choses, et s’en soucier pour y coller et ne pas être éliminées.

Et que ce fut une émeute, si sympathique que cela paraisse au premier abord, ne nous mène pas fort loin non plus ; se pose immédiatement la question redoutée de la justification par l’acte, de la métaphysique de la violence, cette gigogne existentialiste qui a pourtant bien des fois montré ses limites, et même sa proximité avec un monde de production effrénée. On émeute, depuis quelques siècles, surtout pour participer et accélérer les mouvements ; plus grand’chose à voir avec les soulèvements de refus de l’ancien temps, qui d’ailleurs furent à terme aussi vaincus.

 

Á la fin des 60’s, on était je crois au plus haut du développement redistributif. L’indignation était donc totale de n’y pouvoir participer pour des raisons effectivement stupides et malhonnêtes. Mais surtout, l’affaire était bien souvent ailleurs : on ne voulait plus de ce monde là, dont on était gavé. Les manifs d’alors proposaient de « subvertir le système », même si c’était fréquemment pour verser dans l’illusion des capitalismes de rattrapage et scander des mantras exotisants genre « Hô, Hô, Oncle Hô ». Pareil pour le FHAR.

Après les années 80, ç’a été clairement pour s’intégrer à l’état des choses tel qu’il est, alors que celui-ci se recontracte de partout. La revendication de participation est désormais indissociable de l’angoisse de l’élimination, individuelle, catégorielle ou nationale.

 

Même Valérie Solanas, qui précursa et alla d’emblée bien plus loin, que je tiens pour ma patronne et qui fracassa une quantité inédite et je crois pas rattrapée depuis d’évidence, se laissa prendre à la confiance envers la machinisation salvatrice – avant les libéraux-libertaires à la Bookchin.

 

VS, tiens. En voilà une qui ne plaidait pas pour le rassemblement, les réclamations ni la reconnaissance, qui commençait elle par ne pas reconnaître – ce par quoi nous devrions commencer pour parler en premier. Personne je crois de plus étrangère qu’elle à l’esprit de Stonewall, qui dut la faire rire bien amèrement. Et nulle non plus de plus déconseillante d’aller, bravement et bêtement, se faire casser la tête par les casquéEs ; il y a quelque lignes définitives là-dessus dans Scum dont nous ferions bien de nous inspirer plus souvent. Elle promouvait au contraire de s’occuper de ses fesses, de ne pas aller se faire abîmer, d’agir invisibles et imprévisibles.

 

J’avais commencé autrefois à traduire Stone Butch Blues. Ça m’a saoûlée assez vite. Cette revendication obsessionnelle des formes par lesquelles nous vivons et mourrons déjà depuis fort longtemps me travaille. Idéalisation compensatoire de la relation, comme de sa jumelle l’identité, versus l’exploitation (très bien évoquée dans SBB) ; comme si la relation et les modes d’être qu’elle traîne avaient jamais émancipé qui que ce fût. Depuis des siècles, on a plutôt l’impression qu’il s’agit d’un domaine que nous nous laissons pour éviter un trop plein d’insupportable, et de briser la nécessité économique. Et que ce domaine suit d’ailleurs, au fond, des lois assez similaires.

 

Dans les Pride, comme un peu partout, ce sont les formes sociales qui sont sujet. On a revendiqué dès le départ notre insertion dedans, et elles ont accouru. D’où des slogans où le sujet grammatical est effectivement une forme par laquelle nous nous médiatisons (genre « L’égalité n’attend pas »). Y compris nouzautes. Les abstractions réelles que nous exhalons non seulement ne nous attendent jamais, sont toujours au-delà, mais nous consomment avec gourmandise : nous sommes à la fois de trop, dans notre finitude tragique, et de la nourriture indispensable. Le plus marrant, si j’ose dire, étant que nous sommes absolument créateures et garantes de ces abstractions. On a eu « le peuple » ou « la nation », formes amalgamantes ; on a désormais les nouvelles : citoyenneté, égalité, valeur (avec état, marché et leur trique tout de même en garde derrière). On ne s’en porte pas forcément beaucoup mieux, un peu quand même, puisque nous nous adaptons au statut que nous nous sommes assignées. Mais ce n’est pas nous qui sommes sujets.

Ce qui m’épate, mais dont je ne perçois pas encore bien les aboutissants, c’est qu’un point de vue particulièrement « objectivisé », avec une valeur ou une idée en sujet, se marrie admirablement avec un point de vue totalement subjectivisé, où l’identité telle qu’elle se trouve, s’est socialement constituée, est là, inquestionnable.

L’identité, dans son acception politique actuelle, à la fois monolithique et multipliée, ente l’objectivation la plus poussée, notre transformation en troisième personne, sur la subjectivation elle aussi la plus aboutie : tout ce qui parvient à être s’affirme par nous sans s’interroger, ni se laisser interroger, fut-ce d’ailleurs par ce même nous subsistant. S’interroger est suspect, « phobique ». Adorno et Arendt avaient déjà causé de ce couple paradoxal et sa fortune présente. Comme de celui de la fétichisation de la misère avec le babiolisme effréné. Réussite, incontestable, ça roule : arrachage, écartelage, aliénation réussies. Autant que quand on fait une carrière.

 

On se plaint que les prides soient « pourries », à peu près autant et pas plus que le reste. Et qu’il y ait des fliques et des cheffes, comme de la conso et de l’identité, eh bien ni plus ni moins que partout ailleurs, ce partout ailleurs auquel nous réclamons constamment l’intégration par notre mise à niveau – et au carré. C’est une conséquence, et non une cause, encore moins une anomalie.

Pourquoi ne devraient-elles pas l’être ? Pasqu’elle seraient « autres » ? Mon œil. C’est une conséquence du cadre même, de la revendication de participer, de valoir, d’exister et d’identiter. Les prides, depuis l’originelle, sont une revendication de participation à ce qui est. Il n’y a d’ailleurs rien à redire à cela, en cohérence interne et historique. Mais il ne faudra donc pas non plus y chercher ce qu’on ne pourra pas y trouver. Ni même y apporter. Il me semble parfaitement inepte d’y aller pour protester (je l’ai fait comme d’autres, bien entendu, et on s’est évidemment bien amusées au fond de l’impasse, ce qui n’est pas rien). C’est la forme et la chose même qui contient déjà ses significations et ses buts. Si on veut en dévier, il faut en sortir, et faire autre chose, ou ne rien faire (s’abstenir de paraître aux conditions en vigueur, en nos sombres temps, est probablement une option pas si nouille).

La forme pride, ce qu’elle veut dire (cette fichue « fierté », ce patriotisme de l’identité), le désir qu’elle porte, entraînent je crois nécessairement ce qu’elle est. Inutile de lui demander d’être autre chose.

 

Il y a le pire comme le meilleur, l’enfoncement dans ce monde comme son échappée, dans le laissez nous […]. tranquilles. Tout est dans les pointillés. Mais aussi d’à qui on s’adresse et pourquoi.

Réclamer toujours plus de ce monde, c’est très probablement le renforcer indéfiniment et le remblayer avec cette base, nous-mêmes, dont nous pouvons peut-être le priver en le désertant. Le concept même de pride, d’exigence d’égalité formelle dans ce monde, citoyen et économique, ne peut donner autre chose. Ce sera ce monde, pas un autre, et si on exige, c’est qu’on reconnaît la puissance de laquelle on exige.

 

Aller à la pride, même et surtout en pensant la secouer, c’est comme aller au gouvernement, ou fonder des assoces. On ne peut que le regretter, si réellement on voulait sortir de ce bastringue ; et faire semblant de le regretter, si on cherche en fait à s’y faire une place de « rebelle ».

Et cependant il nous faut vivre – ce qui est toute une affaire. Notre héritage, n’en déplaise à l’immortelle nana du Fhar, existe, nous pèse, et est fort embrouillé. Qu’est-ce qui nous fout dans le chewing gum de ce monde, qu’est-ce qui peut nous aider à le dissoudre ? C’est pas encore débrouillé. Á faire. Et pas à suivre.

 

Ceci dit, voilà pourquoi je ne me sens que partiellement héritière de Stonewall. Très partiellement. Portion congrue. Je ne crois pas que je me serais beaucoup mieux entendue, abstraction faite de l’émeute, avec les t’ de l’époque qu’avec celleux de maintenant. Pour renverser la chose, ce n’est pas pasque je me trouve être t’ que je voudrais, plus encore qu’autrui, m’intégrer à ce monde. Bien au contraire. Ce serait sans doute presque la même chose si je n’étais pas t’ ; je déplore, abhorre l’état des choses depuis la cour d’école. Et la t’itude n’a pas si souvent que ça été la principale affaire de ma vie.

 

Bref, je n’en veux nullement aux prides de se trouver être ce qu’elles sont. Ni à Stonewall d'avoir été une émeute. Je n’ai rien à leur reprocher en elles-mêmes. Je n’ai rien à leur demander. Non plus qu’au monde dans lequel elle chewing-gumment. Ni aux instances à qui elles réclament. Je sais que je viens de là aussi mais je ne le porte pas pour autant aux nues. Ni l'opposer en idéal (an)historique à un présent qu'on prétendrait fondamentalement différent, pour nous protéger finalement de la critique.

 

Si je veux quelque chose, c’est qu’on sorte de ce cauchemar.

 

 


 

 

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 08:22

 

 

Dans la famille très très nombreuse de je cause à ta place et ce que tu dis c’est l’inverse de ce que tu veux, ce passage d’une tribune anti-mort volontaire publiée en Belgique (mais qui ferait tout aussi bien en France) : « Á cet appel, et il faut le redire avec force, la seule réponse appropriée est de soutenir le désir de vivre qui se manifeste dans toute expression d’une demande de mort. »

 

Hé hé, ben voyons. C’est bien connu, quand une nana dit non c’est oui, quand une personne qui en marre de ce cirque dit qu’elle veut s’en aller c’est qu’elle veut rester, les dents dans l’plancher. Singulier comme ces méthodes se reproduisent d’un « secteur » à un autre. Et comme leur point commun est de gommer toute négativité, tout refus fondamental. Les affaires vont en effet déjà assez mal pour qu’on ne laisse pas en plus les mauvaises coucheuses en faire à leur tête, et les chiffres d’activités en tous genres descendre encore !

 

Le plus cynique vient d’ailleurs juste avant, et dévoile, si besoin était, un des principes sociaux actuels : on écoutera la personne, ah ça écouter, c’est comme jacter, c’est sacré ; mais surtout on n’accèdera pas à sa demande. C’est une opinion, voilà tout. Les nécessités de l’heure sont de maintenir tout le monde sur le pont pour tenter de produire encore un peu de valeur ajoutée, de quelque manière que ce soit.

 

Cela dit, je crois que ce qui ne va déjà pas, c’est qu’on soit obligéEs de le dire, et à qui que ce soit, alors qu’il s’agit d’une histoire avec nous-mêmes, d’un acte, et pas d’une demande. Ce qui est énorme est qu’on ait à demander de mourir, sauf si vraiment on peut pas. N’importe qui devrait être en mesure de se tuer, et c’est là que ça biche.

 

Cynique, dis-je. Je trouve effectivement des portes de soute largement ouvertes sur le vide du cynisme dans tout ce débat sur ce qu’on appelle, bien euphémiquement, euthanasie. Pour moi il s’agit de mort volontaire (dans la mesure où est d’ailleurs volontaire quelque chose que nous ne pouvons éviter à terme). Il faut bien dire qu’elle est très mal vue en notre grand philum historique et religieux, abrahamique. Et que se rajoute dessus la dinguerie économique : ça rapporte quand même, in fine, provisoirement, quelques sous et activité que tout le monde vive le plus longtemps possible, fut-ce dans les pires conditions.

 

Il y a du cynisme, fort grossier, dans les positions pro-vie. Je ne trouve pas pour autant que les positions adverses en soient toujours exemptes. Et je pense effectivement, avec La Fontaine, qu’on peut parfaitement dire à son exemple « Qu’on me rende impotent, cul de jatte, goutteux, manchot, pourvu que je vive, c’est assez, je suis plus que content. » J’entre dans ses raisons, tellement j’ai peur de mourir.

Á ceci près que notre époque de productivité a multiplié plus que considérablement les souffrances sans espoir, grâce à ce qu’il faut bien désormais reconnaître comme un empoisonnement généralisé ; cancers, neurodégenérescence sont au menu de la cantine quotidienne qui est imposée et va l’être à ce qui devient une majorité d’entre nous. Cela change quelque peu la perspective, ou plutôt la ferme. Mais dans le même temps, ça a crée une sorte de bulle médicale palliative tout à fait considérable, un marché qui fourmille de machines sophistiquées et d’accompagnantes de fin de vie, qu’il serait irresponsable de laisser se dégonfler.

 

Non, ce qui me gène dans ces histoires, c’est que cette liberté tout de même fort ancienne de s’ôter la vie n’est plus aujourd’hui réellement au programme. Les partisanEs de l’euthanasie réclament ainsi que l’autorité, qu’elle soit incarnée par l’état ou les toubibs, ou les deux, accède aux demandes, qui en fait doivent être toujours conformes à un certain tableau, autant clinique que moral. Si vous n’êtes pas « sans espoir », à l’aune bien sûr d’une logique extérieure et générale, vous n’aurez pas accès à la mort. Revenez en troisième semaine, quand vous serez bien à point. Voilà ce que je trouve un cynisme assez remarquable. Je suis pour qu’on puisse se supprimer à n’importe quel moment. Et aussi pour qu’on ne vive pas si mal qu’on s’y sente contrainte, poussée. Mais zut, c’est à nous de décider et de faire, pas aux socio-médico-judiciaires.

 

Je n’aime pas le mot « euthanasie ». Ça doit être parce que j’ai une peur horrible de mourir, tout inéluctable que ce soit. C’est ça de vieillir. Mais aussi parce que les novlangues me saoûlent. Par novlangue, je n’entends pas les nouveaux mots ; sur ce point je suis disciple de Malherbe, que personne ne peut durablement domestiquer la langue. Non, par novlangue j’entends les euphémismes pour positiver les pires trucs, et aussi les sous-entendus. Le principal sous entendu de mots comme euthanasie comme ivg, par rapport à suicide et avortement, est que si la « décision » est clamée comme a priori le propre de moi ou toi, sa mise en œuvre nous échappe totalement, d’une part ; et que, décision ou pas, les conditions nous sont dictées. Que l’alien ne soit pas trop grand pour l’avortement, et qu’on passe par les toubibs. Pareil pour les toubibs et qu’on soit « objectivement sans espoir » pour le suicide par délégation. Objectivement. Le gros mot. En gros on peut se débarrasser de l’alien avec force contrition et s’il a pas trop grosse tête, et se faire flinguer si on est déjà quasiment morte. Classe la latitude de décision. Et le suicide, comme l’avortement, restent indélébilement des choses pas bien, pour être claire des fléaux sociaux. Bref des trucs qui dissolvent l’amalgame. On en extrait délicatement ce qui paraît réutilisable précisément pour participer au ciment social, à la docilité et à la participation. Á la limite, ça me fait un peu penser à l’alignement de lgbtlande sur hétérolande. L’important est de ne plus constituer un danger, mais au contraire un plus, une contribution à la valorisation générale. De se défaire des mauvais comportements antisociaux, et de se gonfler à l’inverse de formes reconnues. Reconnues et confiées à la machinerie, sanitaire, sociale et judiciaire, bien sûr, c’est à dire tout simplement à ce qui a toujours déterminé le pouvoir : la mainmise décisive sur la vie et la mort.

 

Ce qui me ramène, comme souvent, à la notion de consentement et d’approbation, et à ce que toutes ces circonlocutions impliquent que ce n’est jamais nous qui agissons, surtout pas. Comme dans les élections, nous sommes conviées à choisir dans un étalage soigneusement allégé par les expertEs et la puissance publique. Nous ne serons jamais appelées à maîtriser le cadre, à tenir un peu nos frêles vies. Eh non. Autant attendre la trompette du Jugement. Être appelées, c’est d’emblée être circonvenues, ne pouvoir entrer dans le réel que quand il a déjà été entièrement mis au carré.

Il y en a marre d’être appelées.

 

Autre chose aussi me chatouille le zigouigoui au penser sur tout ça ; la novlangue sert aussi à hiérarchiser les soucis, de manière à se détourner des plus criants. Ou à les traduire en réponse déjà données. C’est ce qu’on appelle les « question de société ». On cause ainsi avec prolixité des conditions de mort, ce qui n’est évidemment pas anecdotique ; mais cause t’on avec un attrait et une angoisse de décision aussi forte des conditions générales de vie, qui tout de même nous sont, comment dire, plus immédiates ? Nous mourons pitoyablement, j’en conviens ; mais nous vivons (et cela dure bien plus longtemps) encore plus pitoyablement ce me semble. Selon d’ailleurs les mêmes grandes règles : enferméEs, dépossédéEs, contraintEs à implorer l’octroi de la moindre action sur nous-mêmes.

Au reste, séparer et opposer mort et vie, ainsi hypostasiée, relève de l’illusionnisme, abondamment servi justement par les pro-vie ; de telle vie telle mort. On n’aura pas l’une sans avoir l’autre – c’est d’ailleurs là que se situe, pour moi, l’arnaque, et le léger ridicule de tant s’inquiéter de nos dernier instants après avoir consenti à l’aliénation de tous les autres. Mais il est vrai que nous nous en soucions de la même manière : nous réclamons que la machinerie, le gros animal, s'en soucie. Est-ce parce que dès le début nous avons coinsenti à renoncer à nous-mêmes, avec toutes ses embûches ?

 

Bref, pour revenir à la mort volontaire, sans aucune illusion à ce sujet, parce que la logique même des choses y est hostile, une idée serait tout bonnement de sortir du cadre légal, donc surveillant et limitatif, la disposition de soi, comme on dit un peu aussi en novlangue : avortement, suicide, etc. Et de cesser d’empêcher matériellement d’y procéder (pour le suicide, autrefois, il y avait le choix en pharmacie ; je songe à l’opium).

 

Mais il me semble tout aussi évident que ça pourrait bien perdre sens et portée dans un maintien par ailleurs dans toutes les formes actuelles, qui assurent la domination et peuvent même permettre de la renforcer ; c’est l’effrayante martingale dans laquelle nous sommes coincées, de devoir nous confier à une dépossession majeure pour éviter ce qui pourrait aussi être une libération totale des formes de domination intégrées. Emancipation ou barbarie ? La sortie d’un tel état de choses n’a rien d’évident. Et ne pourra jamais se faire à coups d’évidences ni de simplifications. En gros, il nous faudra nous compliquer la vie pour l’émanciper. Et faire face au réel.

 


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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 09:03

 

On est sans doute de la progéniture de Beauvoir, ce qui nous ramène, ne l’oublions pas, à la tradition existentialiste, avec tout ce que de fait. Mais comme je l’ai déjà dit quelques fois (comin’ out !), j’ai deux mamans, le féminisme et la théorie critique. Dans l’état des choses, c’est être une chimère. Une sorte de chimère arqueboutée sur un espoir ténu. J’assume.

Côté de la seconde, je professe un attachement appuyé à Hannah Arendt. L’autre jour, chez de vieilles copines, je suis tombée sur une édition de ses carnets de réflexion. Je me suis avalée le premier tome ; le second sera pour la prochaine fois. Ah ça change des couleuvres.

Arendt est, je trouve, une grande sceptique, et une conséquentialiste : elle assiste aux résultats. Y sont pas beaux. Elle ne détourne pas le regard, fouille dans la boîte à idées séculaires, sort les chapelets de pensée et les expose devant leurs conséquences.

 

« La « volonté générale » de Rousseau est peut-être la plus meurtrière résolution de la quadrature du cercle, c'est-à-dire du problème fondamental de toute philosophie politique occidentale, à savoir comment constituer une singularité à partir d’une pluralité – c'est-à-dire, dans les termes de Rousseau : « réunir une multitude en un corps ». Ce qui rend cette solution si meurtrière, c’est le fait que le souverain n’est plus une personne ou une multiplicité que je commande, mais qu’il est pour ainsi dire installé en moi en tant que « citoyen » s’opposant à « l’homme particulier ». Dans la « volonté générale », chacun devient en fait son propre bourreau. »

 

Hannah Arendt, Journal de pensée, X, 13

 

Je songe, figurez vous, à ce texte, non pas au sujet des méga-institutions genre état, qui en relèvent bien évidemment au premier chef, mais sur lesquels nous avons peu de prise ; j’y songe au second chef, pour ne pas dire au tiers, à ce qui concerne notre « niveau », ce que nous mettons joyeusement et un peu innocemment en place, assoces, collectifs, projets de vie. Et où nous sommes persuadées que statuts, chartes, constitutions quoi, vont nous préserver des vilaines dérives et de la domination mécnanique.

Elles nous en préserveront à peu près autant qu’elles nous en préservent au premier chef sus évoqué. Puisque ce faisant nous reproduisons et répandons un petit peu plus des formes qui véhiculent le pouvoir autonome dans leurs remplis et leur assemblage ; qui donnent un levier, levier fait des volontés congrégées, des assentiments et consentements, à la première main qui le saisira, que ce soit sincèrement ou machiavéliquement. Saisir n’est pas par hasard un mot déterminant du droit positif. Quand on saisit, c’est toujours une instance, cette forme à la fois externe et interne aux gentes qu’avoque Arendt, et c’est qu’il va y avoir de la casse ; même bien plus de casse, souvent, que n’en ont au pire médité les appelantes.

 

J’ai (presque) toujours été formaliste, et je ne vois aucune raison de ne le pas rester. Mais l’institutionnalisme, à quel niveau qu’il se situe, n’est pour moi ni une fatalité du formalisme, ni peut-être autre chose qu’un mouvement spontané, incritique, vers ce de quoi on a l’habitude ; vers ce dont quoi nous attendons, après l’avoir posé en objet externe, une protection qu’il n’accordera qu’à lui-même, et à ce qui en nous lui correspondra. Et broiera au besoin le reste.

 

Bref – une de nos chantiers serait peut-être de savoir distinguer, en théorie comme en praxis, formalisme, critique, et institutionnalisme, confiance aveugle dans les formes.

 

Bon, allez, je finis mon café. Salsifis pour aujourd’hui.

 

 


 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 09:47

 

« Tu veux voir rutiler les bolides ? »

Arthur

« J’y vais pour voir, j’y vais en car ».

vieille pub

 

 

Même à distance de tout et de touTEs, je vois passer et défiler régulièrement, quand ce n’est pas s’approcher insidieusement, des rampements et grouillis t’philes, genre « j’aimerais connaître unE/des t’ », ou la même chose en plus ampoulé, tortillé, ambitieux : « Je voudrais traîner, habiter, me confondre, copuler pourquoi pas, avec des t’ ». Voir, savoir. Et profiter.

 

Je ne cause pas là des tentatives des socio, univ’s et autre journaleuXses, à qui je raccroche au nez quand c’est mimiche qui tombe sur leur carnet d’adresse. Je cause des privéEs à motivation baveuse, et des biomilitantes qui aiment à s’afficher t’philes.  

 

Là, en en voyant une de plus, j’ai d’abord pensé à la classique, radicale solution d’une collègue, bref, envie de l’expédier en colissimo sur la Lune. Shoot’em up.

 

J’eus bien aimé qu’on entreprenne de couper le zigouigoui aux t’philes en tous genres, depuis les t’lovereuses jusques à nos hypocrites zamiEs biomilitantEs… Version CeCe McDonald élargie, quoi. (On peut, ceci dit, y procéder moralement et socialement, en ôtant vigoureusement leurs paluches de nozigues. Il faut juste le vouloir fermement…)

 

Mais voilà, plus les années passent plus je suis réticente aux solutions en général, et en particulier ce qui suppose extermination. Même des gentes qui m’insupportent grave, ou qui se révèlent des charognes (mutation régulièrement observée chez des bio placéEs à proximité de t’).

Ce n’est pas par aménité ni par indulgence, c’est juste que quand on met ce genre de processus en marche, il a tendance à s’autonomiser et à ne s’arrêter qu’après vous avoir bouffée vous-même. Et vous avez l’air tout de même rien c…e dans l’histoire, au moment de passer à la trappe.

 

Que faire alors ? Ou que ne pas faire ?

 

M’est alors revenue cette réponse qui me revient depuis que je l'ai lue, enfant, dans le Poil de Carotte de Jules Renard, livre plutôt rude que je ne conseille pas aux âmes sensibles. La réponse de monsieur Lepic à son fils qui lui demande un livre : « Écris des livres, tu les liras ensuite. »

 

Et bref, j’ai envie de répondre désormais : tu veux connaître des t’, t’lande ; ben transitionne, patate, tu ne pourras pas y connaître mieux, ni te trouver plus au courant, ni récolter plus de points-légitimité/victime, cette monnaie de notre salle de classe idéologique !

 

(Dommage, là encore, qu’on puisse pas les hypnotiser pour les faire aller elleux aussi, de leur plein gré, à la charcut’).

 

Et si tu t’aperçois alors que tout ça était une sale blague, eh ben tant pis pour ta gueule.

 

La curiosité est un vilain défaut, qui finit toujours puni.

 

 


 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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