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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 09:28

 


Ce qui est tout à fait remarquable avec la nouvelle vague institutionaliste, OLF en particulier, c'est son aptitude incontestable à récupérer dans sa tambouille politique les initiatives, analyses, expressions, identités, etc. de tout le mouvement féministe, et au delà ; ce qui au fond n’est que raison, c’est notre histoire ; mais aussi à se les adjuger, se les approprier comme si elles venaient de les pondre. Et là c’est comment dire plus gênant. On a eu le clitoris, qu’on croyait avoir exhumé il y a bien dix ans, le coup classique, pour faire radic’, des hétéra bien accro à meclande qui la jouent lesb’ à la demi-journée, et quelques autres découvertes. Dernièrement, par ici, nous avons reçu, à l’occasion d’une de leur mission à plouclande, l’affirmation que si le Planning existait toujours c’était grâce à elles – et qu’il est sous entendu bien ingrat de n’être pas (encore), à leur image, entièrement prohi. Que n’ont-elles pas fait, pas créé, pas sauvé ? Anhistoriques, omniprésentes.

Là, un peu plus tordu encore, c'est la notion d'état proxénète, qui date au moins de nos aînées de 75, qu'elles font mine de découvrir. Et qu'elles retournent illico contre nous. C’est dans leur journal d’avril.


Les bras nous en tombent. L’état-maton contre l’état proxénète, en quelque sorte. Comme si on pouvait croire trois secondes à cette « opposition ». Y a du vaudeville dans l’air.  

 

On est nulles tout d’même. On n’a pas eu la présence d’esprit d’une mamie Fouque, on n’a pas pensé, à l’époque, ni depuis, à porter le pet et l’expression au bureau de la propriété industrielle. Sans quoi on la louerait, à titre trrrrès onéreux, à OLF et à toutes celles qui causent à notre place, on serait riches comme Crésusse et du coup peut-êt’ même on bosserait plus. Á part une fois tous les treize mois juste pour les faire enrager.

 

J’aime beaucoup, dans le même papier, leur dénonciation du « sexe sans désir ». Outre que bien sûr on ne va pas attendre d’elles une critique de la forme sociale désir (avec un grand D, nécessairement sexuel et même génital), non plus que celle de l’amour ou celle du bonheur, etc., critique à laquelle ne se livrent plus que de vieilles féministes ringardes dont j’ai l’honneur d’être presque désormais, a-t-on songé que le désir, en l’occurrence, quand je fais un client, c’est celui de l’argent. Désir d’ailleurs fort commun à économicland. Je suis au reste bien d’avis qu’on vivrait mieux sans argent, sans équivalence obligatoire, de même que sans désir (et sans bien d’autres choses d’ailleurs qui sont proclamées indispensables) – mais bizarrement la critique de l’économie et du monde qui va avec ne fait pas partie de ce que OLF récupère dans les poudreux amoncellement de la réflexion. On ne va pas non plus donc leur demander, non plus qu’à bien d’autres, une critique de la forme argent ni de la nécessité économique, tout aussi sacrées que désir et amour ; la seule injonction est que les formes sacrées ne se touchent pas, tellement apparemment on a la trouille qu’elle s’absorbent l’une l’autre et témoignent ainsi de leur identité, d’être deux aspects de la valeur fétiche.

Quant à la polarisation désir versus besoin, il semble que le monde contemporain ne la connaisse que comme paravent : le désir est un besoin comme un autre, et le besoin s’hypertrophie sous la forme désir. Pour ma part je pense qu’il nous faudrait nous débarrasser vite fait de la forme besoin comme de son faux nez désir. Là aussi il y aurait de la critique à touiller. Probable qu’on ne s’émancipera pas de l’un sans faire de même envers l’autre. Là aussi, le clivage dissimule (de plus en plus mal) deux aspects de la même machine sociale.

Même on dirait que toujours plus d’économie, d’argent et de participation paritaire à ce cirque pourtant mortifère, qui engendre précisément besoin et désir, semble convenir profondément aux féministes institutionnalistes. Cirque où on n’a pas peur de soutenir que « le salariat est émancipateur », de même que le « juste profit » en général ; ou d’affirmer, sans nulle arrière pensée, qu’il est prioritaire que des nanas puissent présider aussi bien que des mecs à la fabrication d’armes sophistiquées pour tuer les non-rentables (dont un fort quota d’autres femmes). Yes, dude…

 

C’est probablement dans cette optique de trouver des participantes, à tous les niveaux, qu’elles ont aussi fini par lancer une opé de séduc vers t’lande. Sans surprise, vers leurs homologues institutionnalistes de chez nous. Elles ne pouvaient d’ailleurs pas faire meilleur choix, je le dis sans ironie aucune. De même qu’OLF affirme être l’aboutissement de tout le féminisme, l’ANT, dans son libellé même, se pose en chapeau pointu de toutes les « luttes trans ». Ce qui vu d’une certaine distance fait évidemment un peu se marrer. C’est un exemplaire parfait de ce que nous décrivions déjà avec un vieux complice il y a plus de vingt ans, parlant des « associations représentatives » dimensionnées précisément pour la concurrence politico-médiatique : un bureau, un téléphone et un téléscripteur. De nos jours, le bureau a fréquemment disparu avec la flambée de l’immobilier, les téléphones se sont multipliés et suivent les personnes, le téléscripteur a été envoyé à la déchet’ par les ordis enrichis d’internet. Mais le principe est resté identique : faire impression, multiplier les communiqués, occuper le terrain médiatique autant que faire se peut (ça se piétine ferme !). Ce terrain dématérialisé au possible, avec ses populations de même.

Ce qui rassemble ces orgas plus ou moins garnies est leur passion pour l’exécutif, et la participation à icelui ; sont prêtes à céder, engager quatre fois nos peaux et nos vies, qu’elles affirment représenter, pour obtenir une parcelle de décision, plus ou moins effective. Nous sommes malheureusement des ourses fort insouciantes, pour ne pas dire dangereusement consentantes à cette appropriation ; or c’est à nous qu’on viendra demander compte de la réalisation, dans l’ordre politique et économique, des lubies sécuritaires et normalisantes de ces missionnaires. Et alors gare à nouzautes.

 

Comme j’aime bien assaisonner paritairement, équitablement (mais pas durablement, ça j’abhorre) mes petites camarades, je me suis quasi en même temps esbaudie sur l’annonce d’un énième livre de MHB, laquelle a résolument décidé de nous « expliquer le féminisme ». Vaste programme. Je n’ai pas été plus loin que l’image qui jouxtait la triomphale annonce, laquelle faisait bien comprendre qu’il s’agissait d’un féminisme, qui n’est pas celui non plus des vieilles mules ringardes (auxquelles, je le rappelle, la rétivité et l’âge sont en train de m’amalgamer, ce dont je ne saurais trop me féliciter ni me réjouir), mais plutôt le féminisme des identités-statuts, frontalement opposé au républicanisme d’OLF et autres instit’s, avec les joies du monde en morceaux, tel qu’il est et doit le rester, opportune confusion de la réalité commune avec l’hégémonie, et libération (mais de quoi ?) par le recours aux racines et aux cultures. Pas convaincue des résultats. Comptabilisme et affirmatisme nous parquent dans l’impasse d’un présent incriticable, indépassable, d'oppositions factices, avec les chaises musicales de la domination à s'arracher. Comment s’arranger autrement dans la boîte de conserve, ni plus ni moins. Bof.

 

Récup' pour récup', autant éviter de nous réapproprier ce qui nous dévore, que ce soient l'état ou les traditions, la citoyenneté ou les identités.

 

Je dois avouer qu’à mes yeux, MHB et ses consortes sont aussi de bonnes fouilleuses, des récupératrices accortes. Encore que pas dans le même genre ni de la même manière qu’OLF, ce qui d’ailleurs se conçoit aisément quand on scrute ce qu’elles défendent les unes et les autres. Mais j’ai tout de même bien rigolé de son annexion de ou à t’lande, en son temps. Comme de celles de quelques autres. Ce fut assez cocasse. Queerlande, il faut bien le dire, m’est une source assez généreuse d’amusement. Et je me marre tellement que je ne leur en veux même pas – croix de bois croix de latex – de leurs prévarications t’morphiennes et autres langues de chat.

 

Les catéchismes n’ont jamais manqué, ni dans le féminisme ni ailleurs. Et il n’y a pas à s’en gendarmer en soi : nous partons nécessairement de prémisses, de croyances et de volontés. C’est même je crois la seule manière d’être honnêtes intellectuellement et politiquement, de ne pas faire mine que la science ou je ne sais quelle fatalité historique s’exprime par notre bouche. Mais voilà, précisément, ça biche quand la mayonnaise tourne mal, la mayonnaise que constitue notre attitude, notre approche, et qui veloute tout ça. Quand elle tourne à la vérité révélée, à la vox populi, enfin à la menace.

 

La manie collective de décréter que son féminisme est le seul, le vrai, le tatoué, et son projet de société l’unique viable et bienfaisant, n’a rien de neuf. Toutes les idéologies connaissent ce mouvement de ratissage compulsif qui s’empare des protagonistes à de certains moments. Particulièrement dans les époques dites de crise, où le cirque se resserre, où ça barde, et où on soupçonne mesquinement qu’y va pas y en avoir pour tout l’monde. Il ne s’agit alors plus de cohabiter, encore moins de discuter, mais d’éliminer. Guerre des catéchismes. C’est toute la différence avec les années 70, dont je compte vous causer dans un prochain post. Et les mauvais temps sont aussi ceux où on se sent amenées le plus à la récup’, et le moins à l’audace prospective. Que personne ne sorte !

 

Je ne suis pas devenue féministe pour apprendre la vérité ; si ç’avait été mon but, j’aurais été chez Krishna ou à Lutte Ouvrière, ç’eût été bien plus vite fait. Je ne suis pas truffière ; je suis chercheuse, mais pas trouveuse, et encore moins décrétaire. Les gentes regorgeantes de solutions et qui croient sans distance à leur discours sont, d’expérience historique, des périls redoutables pour leurs contemporaines, bien plus que pour la domination.

 

On ne vit pas sans récup’. Nous sommes faites de récup’. Nous sommes presque totalement une somme d’autrui, et le presque me semble même abusif par moment. Nous sommes des as, des gagne-petit ou des looseuses de la récup’, mais c’est là que nous nous retrouvons. Et heureusement ; c’est très bien comme cela, car sinon nous ne pourrions sans doute même pas nous comprendre.

Disons que dès que nous voulons paraître, là, c’est sûr, nous sommes totalement autrui, présentE et passéE. Il nous faudrait simplement l’admettre, au lieu de nous rengorger de nos petites différences. Et de nos redécouvertes tonitruantes. Nous sommes un fil à couper le beurre de la réalité et de ses fantasmes, un fil toujours émoussé. C’est comme ça. Ce que nous apportons, au fond, ce n’est pas tant ce que nous avons inventé ou décidé que ce qui nous arrive. Nous bugne, nous modèle et nous transforme. On pourrait le reconnaître sans se haïr ni se mépriser. Ce qui pourrait aussi aider à ne pas dramatiser que nous soyions, par exemple OLF, MHB et bibiche, en parfait désaccord sur la détermination de ce que nous voulons fuir autant de ce vers quoi nous voulons aller ? C'est un vieux remake : nous sommes toutes issues du premier féminisme matérialiste, mais à couteaux tirés dès que nous passons aux prospectives et aux conclusions. Par contre, c'est quelquefois assez drôle comme nous complicions avant de déterminer nos positions finales (je me rappelle encore d'une soirée, l'hiver dernier, où je me marrai copieusement avec des nanas d'OLF ; nous étions, pour quelques moments, non plus ni pas encore des moniales soldates, mais des personnes avec une histoire partagée). 

 

Si seulement nous pouvions déjà éviter, autant que possible, et sans s'interdire pourtant une raisons commune, de spolier des gentes en parlant à leur place, ou pire en retournant contre elles ce qu’elles ont apporté. Ça doit faire partie de cette vieille morale qui n’impressionne ni ne meut plus personne, en cette époque utilitaire. Et surtout pas les institutionnelles politicardes en action. Mais n’empêche que ça leur revient dans la figure ; il est malaisé de persuader les gentes qu’elles sont inadéquates ou de trop. Ou qu’on les connaît tellement bien que…

 


 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 09:00

 

 

 

 

« Je ne peux me représenter la féminité que comme une appropriation consciente de cette négativité qui est traditionnellement le lot de la féminité et qu’elle supporte plus ou moins inconsciemment.

Je ne pense pas que cette négativité doive forcément se transformer en affirmation. »

Ilse Bindseil

 

 

 

En un virage, au milieu de l’estimable bourg de Bagnac sur Célé, dans l’orient extrême du non moins estimable département du Lot, cette enseigne : « Le choix funéraire ». Rien de moins.

 

On a fait dix mille fois ce genre de petit rapprochement facile, je n’hésite pas à en rajouter encore une. Ça semble tellement bien résumer une époque. C'est-à-dire nous.

 

Le lendemain, les journaux s’empressent de m’apprendre que le long vouiquende consécutif a été « cauchemardesque » pour le vivant contenu des boîtes de sardines à grande vitesse : suicides en rafale de ses congénères solitaires sur des voies encore, toujours trop peu « sécurisées » (que font les polices, les milices, les psys, etc ?), trains bloqués. Mieux que n’importe quel complot anti-indus.

 

Et aussi que les thons rouges du Pacifique sont désormais radioactifs. Comme ça ils vont peut-être bénéficier, à notre instar, de la mort lente au lieu de la mort rapide dans les chaluts, étant devenus inconsommables (Tchouang-Tseu préconisait autrefois de se rendre inutile pour avoir la paix ; de nos jours il vaut mieux être inconsommable). Peut-être même va-t-on les faire citoyens pour marquer le coup. Plus fort que touTEs les antispéEs de la terre.

 

Ça c’était pour poser le théâtre.

 

En tous cas, cette dialectique de l’enseigne ramène brutalement à ce que veut dire, en l’état de choses, choix, comme à ce que veut y dire consentement : le monde est en ordre, les jeux sont faits, l’étalage est au complet. Nous ne sommes fondées qu’à dire oui ou non, et à passer à la suivante, sans sortir du grand magasin, jusques à la dernière gondole où aucun avis ne sera demandé, parce qu’il est celui, justement, du funéraire. Nous ne sommes fondées qu’à acquiescer ou à refuser, et ce toujours provisoirement, à recommencer face à l’exigence permanente d’un cadre qu’il n’est même pas un instant question que nous interrogions, sans parler même de le bouleverser ni d’en sortir. Nous sommes dedans. Amour, cul, travail, citoyenneté, santé : partout c’est l’interrogatoire : oui ou non ? Et nous perdons lentement, plus ou moins tranquillement, la boule, harcelées par la demande identique, répétée, presque à chaque minute. La demande qui inclut en elle-même que son objet est là, impératif, nous échappe totalement, que nous ne pouvons ni l'ignorer, ni le contourner, ni le détruire. Que quelle que soit la réponse c'est lui qui l'emporte à la fin. Tu veux ou tu veux pas ? C’est toujours l’autre par position, l’agentE des choses et de la nécessité, les choses et la nécessité même, qui parle en premier.

 

Si nous hurlons m…, on nous enferme. On a craqué. On est sorties du jeu. Et on n’a pas plus parlé en premier.

 

Une manière de n’y pas entrer serait de pouvoir dire un non préalable, un non au jeu et à sa table même, à ses formes, à ses catégories « incontournables » et pour pouvoir cela, de s’y autoriser. Je ne dis pas préalable au sens temporel du terme – à ce sens nous serons toujours battues et il sera toujours trop tard, puisque nous entrons dans le jeu, dans le magasin, en naissant. C’est un préalable de disposition et de logique. Il s’agit de parler en premier. De refuser d’être mises devant l’alternative ; de passer dans son dos et de lui bugner le cul, à cette alternative d’étroitesse et d’injonctions huilée par la métamarchandise bonheur. Et de ne pas se laisser avoir par son mirage d’abondance ; « Tout, tout de suite ». Bernique ; commençons voir par « Rien, jamais ! ». Ne nous laissons rien demander. 

 

Refusons nous. Voilà un bon commencement. Fermons leurs gueules à toutes les propositions, qui prétendent mettre la table et la délimiter. 

 

C’est un pari ; nous ne savons pas, moi la dernière, si une émancipation réelle est possible. Mais si nous n’essayons pas nous la reconnaissons d’emblée comme impossible – ou peut-être comme inopportune ?

 

En tous cas, coincées comme nous sommes, notre humour, cynique, a quelque chose de terreux ; la dame blanche est à demeure dans le virage. On se la rejoue sans cesse ; c’est par où la sortie ?

 

 


 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 08:36

 

Toute fraîche ou peu s’en faut une solide tranche de biosollicitude très très directive, pour rester euphémique, de la part notre amie la seule vraie présidente du plus orthodoxe de tous les centres lgbt. Ça faisait bien longtemps que je n’en avais causé, il faut croire que je m’ennuie – ce qui est sans doute le cas. Tout de même, que nous avons d’amiEs, et de si bon conseil ; il est remarquable, désarmant, que nous n’en soyions pas déjà toutes crevées. Ce qui prouve par le fait que nous sommes, les f-t, de la bien mauvaise herbe.

 

Je cite donc son pensum de l’autre soir, qui pourrait étonner si on ne lisait pas à intervalles réguliers ce genre de profonde analyse à notre sujet, que ce soit de la part de bio ou quelquefois de celles de collègues en bioformation qui se veulent faire, plus ou moins vainement, intégrer, et qui copient avec application, la langue sur les lèvres ; comme quand on apprenait à écrire.

 

"Les trans se sont souvent, et à juste titre, plaints du manque d'intérêt et de solidarité des gays à leur égard, mais ne se sont pas non plus vraiment intéressés à la déconstruction du système patriarcal ; il est extrêmement
rare de croiser un ou une trans un tant soit peu féministe. Au départ, n'étaient visibles que les transsexuelles hommes devenus femmes (M to F). Au contraire d'être féministes, la plupart adoptaient alors une représentation extrême, voire parfois caricaturée de la féminité, que la plupart d'entre nous, lesbiennes, ne voulions surtout plus être. Pour nous, il s'agissait justement d'une représentation sexiste des femmes. Incompréhensions, forcément, alors qu'avec la plupart des gays, ça passait beaucoup mieux."

 

C’est mis à un passé tout relatif, light et lourd à la fois, comme si ça ne concernait tout à fait que les t d’ hier, les ébauches ; merci pour elles, ces croquemitaines qui ont fait le trou et ont tout pris dans la gueule ! Mais on sent bien que ce passé si présent est suspendu sur nos têtes comme une menace anhistorique : nous sommes toujours et par nature sociale susceptibles de redevenir ces cro-magnon du genre. Mécanisme du reste bien connu : quand on n’est pas comme y faut, c’est inscrit, gravé, récurrent, ontologique ; on doit s’exténuer à s’y conformer, avec soumission et gratitude, mais c'est un boulot toujours remis en cause. 

Suivent quelques bafouilleries surérogatoires, pour le salut de son âme, sur ce que les transgenres, un tantinet plus modernes, mais surtout, c'est ça qui l'intéresse, opposéEs aux autres t', mieux décon-reconstruitEs, sont tout de même bien plus fréquentables que les transsexuelles, et autres âneries déjà bien tannées, tout autant que l’inverse. Je suppose au reste que c’est elle qui décerne les définitions et les galons aux gentes sur la foi de ses images d’Épinal. Toi t’es une sale t en jupe, morveuse, surfaite et va de la gueule ; à ma gauche ; toi t’es une bonne t en anorak terne qui la ferme et suis mes conseils ; à ma droite.


Ah fa f'est fûr que les t sont beaucoup moins féministes que les lgb en moyenne, que la société bio en général, quoi. D'ailleurs ça se voit tous les jours, combien toutes ces braves gentes le sont massivement. Honte donc aux t' à la traîne. Et suspicion envers celles qui prétendent l’être pasqu’au fond une t' ne peut pas être sincèrement féministe, quoi qu'il arrive et surtout si elle n’en fait qu’à sa tête. On ne fait mine de le regretter que pour la forme.

Quant à la caricature, n’en parlons pas, il est notoire que les stéréotypes dits de genre – sans même causer des autres - ne sont plus visibles que dans quelques recoins de bouzlande, quelques banlieues fort hostiles, chez les fem, qui ne seront jamais de vraies lesbiennes, et chez les t bien sûr, qui ne seront jamais de vraies rien du tout. Partout ailleurs c’est bleu de chauffe, bien dégagé sur les oreilles et postures dignes. Vous ne le percevez pas ? C’est que vous êtes mécréante, négative.

Ça montre bien que le phénomène est circonscrit et ne devrait pas tarder à se diluer dans les égouts sous les nettoyeurs haute pression de la citoyenneté moderne, avec un peu de javel incluse. Réappropriation du monde des signes m, vade retro l'enfer f. Pas nouveau ça non plus. Et une t' féminine, bien sûr, c'est une faute doublement grave ; plus on est t', moins on doit être fem. Sans quoi on est vraiment un mec. C'est d'une singulière manière que nous sommes taxées pour renflouer la misogynie qui imprégne la totalité de ce monde.  

 

Il était, de toutes manières, bon de rappeler que, dans quel sens qu’ellils aillent les t restent ou deviennent toujours des mecs pour nos tradies, de même que pour bio-hétérolande. C’est fou comme les unes et l’autre arrivent désormais à se mettre d’accord ; on n’aurait pas cru ça possible autrefois ; il leur manquait juste un objet à ce. Nous nous trouvons l’être, gloire à nozigues ! Nous mettons tout le monde d’accord sur notre dos, toujours trop ou pas assez, ou les deux ; ce qui devrait bien nous inciter, cela dit encore une fois, à ne plus chercher à plaire à personne. Fuck off l’intégration comme l’alignement.

On n'est pas là pour remplir vos rêves. Ni pour incarner vos cauchemars.

 

Je vous fais grâce enfin de l’hilarité qui pourra terrasser certaines d’entre vous au lire que « entre les gays et les t, ça passe »… même au passé !

 

Enfin bon, on a l’air de toujours autant se marrer et se mettre l’esprit à la torture, à lgbtlande. N’ayez cependant pas de regrets, vous qui y êtes détenues : ailleurs c’est sensiblement la même chose ! La vie est un mauvais rêve, collectif de surcroît. On s’y décoche de satanés coups de saton, en s’agitant dans notre terreur nocturne, en se fichant les coudes et les genoux des unes dans le menton des autres, au fort de ce sale et sudorifique sommeil aveugle. .

 

Ni oubli, ni pardon, ni léchouille (ça transmet la leucose féline).

 

Mais tout de même et non moins : c’est par où la sortie ?

 

 


 



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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:23

 

Il existe une jolie et vieille expression pour « mourir », qui se dit « avaler son extrait de naissance ».

 

En résulte que (re)cracher son extrait de naissance, contr’expression que j’ai lue au moins une fois il y a fort longtemps dans un petit bulletin de lutte rurale, signifie sans ambages ressusciter.

 

Du moment que c’est vraiment ressusciter, et pas revenir jouer à la zombie.

 

Il m’est venu ce soir l’analogie avec les cartes, ces fameuses cartes qui nous sont déjà imposées, à commencer par celle d’identité (et on croit avoir inventé quelque chose et les revendiquant, ces identités… l’identité, l’être sous triple clé de ses statuts, de ses origines et destins, depuis l’invention de l’état civil, et bien en deça dans les vieux empires, a toujours été un prodrome de répression, d’enrôlement et de taxation). Imposées, mais comme on n’est pas contentes on en veut toujours plus, on n’en est jamais rassasiées, on adhère à tout ce qui est possible pour obtenir reconnaissance, pour former des corps constitués, pour représenter, pour participer, pour gouverner un tit peu quoi, tout court et bêtement…

 

J’ai songé à ces cartes, physiques ou morales, qui accompagnent tous nos engagements. Engagez vous, rengagez  vous dans la gestion de la catastrophe, vous aurez votre mot à dire, au sein de groupes de gentes maussades, au fond de salles ténébreuses, ornées d’affiches aux injonctions sans réplique.

 

Et je me suis dite, chic, après une grosse décennie d’engagements dont je ne suis absolument pas fière, où je me suis trimballée avec une bonne volonté ahurissante (en tous cas pour qui me connaît) dans les plus daubées initiatives, dans les nobles entreprises les plus tautologiques (faire le Bien, ce fichu bien contre les conséquences duquel un Tchouang-Tseu nous mit en garde en de tous autres temps et de tous autres lieux), dans des histoires à se taper le cul par terre, eh bien je me vois en passe d’avoir enfin recraché toutes mes cartes. Dites donc. Cela voudrait-il pas dire que je vais ressusciter, rejaillir à mon tour de ce long tunnel macabre qui n’a fait que me courber en se rétrécissant depuis que j’eus la mauvaise idée d’aller retremper un orteil dans le canal qui y stagne, fin des 90’s ?

 

Voilà qui serait trop classe !

 

Recracher le cachalot de papier ; réciproquement être enfin, devenue par trop amère, recrachée par le gros animal (S. Weil definixit). Reparaître à la lumière, mettre cet intervalle entre ce qu’on appelle la vie active (quelle vie, justement ?) et la mort, dont parlaient les contre-réformateurices du dix-septième, qui connaissaient un peu leur affaire.

 

Et voui – parce que vie aussi est un mot piégé. Il suffit pour cela de contempler les défilés anti-avortement. On comprend dès lors que cette vie totalitaire, avide, sans partage, utilitaire, que ce soit au service de dieu ou du bien commun, nous est exigée, soutirée jour à jour, année par année. Que nous sommes appelées à produire de la vie socialement assimilable, de même que dans la colle-baise et dans le travail, des aliens dans le ventre, des soutifs lejaby ou des relations-client. Mieux, que nous l’exigeons de nous-mêmes, étant à la fois agentes et objets (Hannah Arendt scribxit). Nous mettons notre potentiel d’amalgame en carte et à l’encan, gratoche et avec enthousiasme (encore que, gratoche, oui et non, la présence sociale et les dividendes relationnels attendus étant des monnaies fortes). Mais pas non plus gratoche de notre côté, puisque nous payons, et au comptant, en autonomie et en temps. Et c’est fort cher, car de ce nous en avons peu.

 

Finie la mise en carte. Faut espérer en tous cas. Il s’agit de ne plus socialiser, de ne plus faire une tête de l’hydre, pour se donner une chance de se retrouver en tant que personnes, avec tous les membres distincts en dessous de la caboche, sans plus trottiner sur mille pattes. Ne plus s’encarter, c’est peut-être aussi donner un rendons-nous. En d’autres endroits.

 


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 18:38

 

Récemment, en marge si j’ose dire de tous mes doutes sur nos histoires de t’itude(s), a germé en moi l’idée que nous serons peut-être, dans un avenir indéfini, peut-être un siècle, en tant que groupe et identité, un souvenir, une anecdote de l’histoire. Une tentative de se faufiler dans les rouages du genre, mais qui aura abouti très vite à une impasse matérielle et humaine. Que nous allons disparaître après nous être étioléEs, comme nous étions apparuEs et sommes actuellement en voie de multiplication. Que nous sommes une de ces nombreuses tentatives humaines qui n’auront pas de suite – mais il y a la mémoire. Ne pas gagner ce n'est pas perdre - et de toute façon ce n'est peut-être pas ça l'important.

Ouais, je sais, c’est pas le type de rumination qui fait plaisir… Mais je nous vois à la fois tellement dépendantEs, dans notre logique et pratique, d’un monde en probable déroute, lequel d’ailleurs ne nous aime guère plus que nous ne l’apprécions ; et à la fois tellement coincéEs dans une réattribution sans fin des signes en genres, toujours ramenés à deux (mais ce n’est pas le binaire qui fait ch… tant que le genre lui-même – le binaire montre seulement que le cadre même y ramènera, quoi que nous essayions d’en faire), à cette vieille dualité qui nous oppresse et qui nous éclate (je parle là à l’échelle humaine) ; enfin quelque peu bousilléEs, de divers points de vue, que je me dis, c’est raté. Et vu comme on survit, nous sommes en train de faire long feu. Bien essayé pourtant.

 

Finalement, je me demande si ça n’indique pas, une fois de plus, que quérir, échafauder réponses et surtout solutions à des questions piégées referme sur nous le clap encore plus serré. Peut-être faudrait-il parvenir à refuser de répondre ? Á refuser de nous positionner par rapport à ce donné très daubé. Á refuser l’alternative consentir/pas consentir, quoi. Á sortir un non qui soit en avant même du clivage, préalablement à toute tentative d’affirmation.

 

Pas évident. Le donné a un cul de plomb. Une fois de plus c’est à nous, qui sommes aussi faitEs de ce donné, de nous mouvoir. Dur dur. Lourd lourd.

 

En attendant, l’affaire reste entière. Je crois que nous ne l’avons que très peu entamée, la lame a glissé. Nous sommes en train de ronger notre lichette, à je ne sais combien dessus, à côté de la masse susbistante.

 

De toute façon, anecdotes ou pas, caricatures ou pas, on ne le sera guère plus – ou moins - que les bio, et on va essayer de ne pas en crever trop vite non plus. On se trouve là, les t’, aussi réelLEs que vouszautes. Si vous nous marchez sur les pieds zaurez notre paluche sur la figure. Et si on n’a pas réussi à se décoller du grand chewing gum, pareil, c’est pas faute d’avoir essayé, et il y a de quoi rigoler en contemplant celleux qui nous charrient et qui y font des bulles. Nous sommes dans la même galère, totalité oblige. Elle ne nous rend pas belLEs. Mais tête pour tête, je préfère encore la mienne aux vôtres ; contente de ne vous ressembler qu’avec modération ; pas de regret.

 

Il se peut fort que tout ne soit pas dit. Ni écrit.

 


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 08:08

 

http://www.lalibre.be/societe/insolite/article/734593/des-robots-prostituees-des-2050-a-amsterdam.html

 

Les androïdes, comme dans K Dick, quoi. C’est pas trente ans en avant, c’est soixante ans en arrière que nous voilà dans les conceptions, les fantasmes et les craintes. C’est le tarif du progrès. Un pas en avant deux pas en arrière. D’ailleurs, est-ce que les androïdes feront le « service social et psy », qui est une part non négligeable de notre boulot ? Bah, il y a justement des androïde psy (docteur je sais plus quoi) dans K Dick ! Et une machine peut fort bien appliquer les schémas simplistes des écoles de psychothérapie, de positivation et d’empowerment. Peut-être même seront-elles encore plus persuasives que des humainEs, lesquelles ont toujours de ces possibles réserves, réticences et doubles fonds qui peuvent gâcher une bonne remise en forme.

 

Les « rêves » d’aujourd’hui, si toutefois on peut parler de rêve au sujet de ces prospectives daubées et sinistres, sont de plus en plus fréquemment ce qui paraissait déjà et pourtant hier comme un désastre et une ergastule à fuir. Ça en dit long sur l’impasse sur le fond de laquelle nous nous cognons la tête avec entrain. Il ne nous reste plus qu’à évoquer les fantômes d’un passé raté. Et à souhaiter la réalisation de ce qui fut la provende de la science-fiction dystopique d’hier, laquelle nous présentait assez justement ce qui était à craindre. Mais aussi réclamer en frissonnant ce contre quoi nos parentEs et grand parentEs se sont battuEs.

 

Plein emploi, tiens, tout le monde utile, utiliséE, au boulot, à la famille, à la culture, cet enfermement des années 60 après lequel toutes les identités sociales courent aujourd’hui, nonobstant qu’on ait autrefois tenté de se défaire de ce cauchemar tayloriste. Zamiatine, la valorisationde tout ce qui est valorisable et les tablettes tactiles unies dans la frénésie comme dans la dépossession. C’est qu’il ne s’agit plus de s’émanciper – il s’agit désormais de s’entasser dans la capsule de sauvetage, où les conditions promettent de devenir à peu près aussi favorables et passionnantes qu’au beau milieu du vide spatial. Ce vide que nous met déjà sous le nez l’effondrement des zones dévaluées.

 

Mais n’avons-nous pas un peu le même genre de terreur du vide envers une hypothèse où disparaîtraient vente, achat, équivalence et évaluation ? Il est vrai que, dans les dispositions actuelles, ça sentirait plus le massacre mutuel et l’extorsion infinie que le dégonflement et la sortie des injonctions. Mais de toute amnière, si on n’en sort pas on y va aussi tout droit. Simple question d’épuisement de l’accumulation. 

 

Ainsi donc aussi de la famille ; arrivée là je reste tout de même assise sur mes talons, admirative. On a autrefois fait les efforts les plus compliqués pour arriver à s’extirper, plus ou moins bien, avec plus ou moins d’élargissement, de cette boîte de sardines qui ligote plus qu’elle ne lie, par le mariage, l’enfantement, la parentalité et j’en passe. Le paradis n’est nulle part, mais on était bien contentEs de l’avoir un peu ouverte aux forceps, la boiboîte. Eh bien la débine actuelle, le besoin de reconnaissance qui ne trouve plus rien d’autre où s’accrocher, nous y ont ramenéEs, que dis-je, carrément re… ; nous voilà réentasséEs dans l’idéal des deux (ou éventuellement plus, chacunE avec son jugement d’autorité dans la pochette) nadultes et de leur ribambelle de gosses, qu’on imagine à vélo le dimanche à la file sur les voies vertes (et je cause là du segment dit « privilégié » - drôle de privilège cependant). Encore quelque chose dont on avait entrevu la fin, et qui a repoussé en nous comme une larve parasite, une douve du bulbe. Á ce point d’ailleurs que maintenant, paraît-il, on décore des cadenas, oui, des cadenas, en guise de célébration d’unions. Demain ce seront des menottes. En plastique biodégradable. Vive la prison, quoi (ce qui est d’ailleurs un des leitmotivs enthousiastes de ce temps : que personne ne soit dehors !).

Remarque, on en est bien à revendiquer de rentrer dans les ordres…

 

Quand aux apprentiEs révolutionnaires de l’amélioration, ellils se projettent – en juges ! Étonnant comme les chats-fourrés de Daumier font désormais triper les espoirs. Pasque c’est bien sûr à coups de droit positif qu’on sortira du cauchemar. Et quand il se retourne contre nous, dans sa logique propre, on n’a qu’à crier « justice pourrie », histoire de se défouler, ça ne coûte pas cher. C’est le carcan juridique qui coûte jusques à nos peaux. Nos peaux que nous lui confions bien inconsidérement, à ce tanneur. Mais à qui ne les avons-nous pas déjà con fiées, abandonnées, négociées et bradées ? Á la relation, à l’économie, à la nation et tout ce qui s’ensuit. Alors, un peu plus un peu moins…

Une nana américaine, récemment, ne s’y est pas fiée, n’a pas confiée ce qu’elle pouvait faire illico ; pour une fois la transgression en est une, et une bonne, aller au-delà. Á coups de ciseaux. Sur le mec qui lui sautait dessus. Couic le mec. Mille mercis à cette personne pour nous avoir rappelé que rien ne vaut s’occuper soi-même de ses fesses, de manière, comment dire, pragmatique. Et sans attendre justice. Elle s’est fait coxer, zut. Justice partout, hélas. J’espère qu’on n’est pas au courant pour d’autres qui ne se sont tout simplement pas faites choper, méthode Beignets de tomate verte ! – Dans le monde du Bien, comme ce serait d’ailleurs dans un hypothétique du Mal, tout aussi nœud, la tête chercheuse scrute pour tout passer en valeur économique et pénale. Quand comprendrons nous que coupables et victimes ne sont à ses yeux morts que des occasions de se renforcer et de s’enrichir ? Et que nos vies lui indiffèrent suprêmement ?

 

Dans un contexte tout voisin, la relation étant une forme de l’économie, voici le retour des morts-vivants, l’effarant recours des welfaristes à la figure de… Roosevelt ! Qui ne trouva pas mieux que parier sur une guerre générale, que d’autres, eux aussi passionnés par la technique et le développement, eurent effectivement la générosité de commencer, pour relancer l’économie, laquelle ne peut sainement « repartir » que sur les vides laissés par la destruction et leur remplissement. Classe la nouvelle donne, après les vagues de bombardiers et les exterminations de populations. Pour stimuler la production, à quelle redistribution des cartes de vie ne consentirions nous pas ?

Car rien ne semble faire plus peur que la fin du travail, de la production de masse et de la consommation, de notre misérable richesse d’ersatzs, de prothèses et de babioles.

Il est vrai que cette terreur n’est pas absolument injustifiée dans la mesure où, agrippéEs à nos rêves de reconnaissance, d’appropriation et de croissance boulimiques, nous sommes bien décidéEs à endurer et même à pratiquer la barbarie pour en faire subsister les restes et lambeaux un peu plus longtemps. On en voit déjà les prodromes : la piraterie et la tuerie comme alternatives « franches » et libératoires au commerce et à la représentation classiques, qui éliminent en douce et au loin ; l’important restant que les biens et les territoires prévalent, circulent, soient attribués et valent quelque chose, fut-ce de la vie nue. L’existentialisme nous en avait déjà touché un mot avec Fanon ou Sartre, après Nietzsche et Sorel ; de nos jours c’est l’insurrection qui vient et ça se passe même de mots. La violence libératrice – qui libère effectivement les forces productrices, les formes viriles et exterminatoires qui vont avec. Les gentes sont toujours de trop. Toi aujourd'hui moi demain, ou l'inverse. L'économie durable, néolibérale ou keynésienne, sous son grimouillis habituel de nécessité politico-historique, va nous en toucher un mot, et pas qu'un mot d'ailleurs. Elle va taper sur l'épaule pour dire de dégager, que les susditEs coûtent trop cher. A mesure de l'apauvrissement, comme c'est surprenant. Classe, là encore ! On se la rejoue, des fois qu'on n'ait pas encore bien décelé toutes les subtilités du scénario. 

 

Il sera alors temps de recourir aux manières fortes que l’on n’impose encore aujourd’hui qu’aux déjà inutiles. On en est déjà, en Europe même, à des dispositions légales de type autoritaire, pour protéger la bonne marche de la production. Mais, même là, on se plaint de l’humain retard ; ainsi, un général français soupire-t’il devant le manque de cartes d’identité en Afghanistan. Ah, cette brave et bonne identité, mise en place par des régimes qu’on fait semblant d’oublier, et si utile à déjouer toute fraude, toute échappatoire. Mais grâce aux prouesses de nos ingénieurEs et à la collaboration de nos citoyenNEs, on va touTEs se voir pucer. Gloire à ce Moreno qui vient de périr, à qui nous sommes redevables d’un instrument de contrôle et de contrainte induite qui pourra nous suivre, sous la peau, jusques dans les charniers du stade ultime de la valorisation !

 

 


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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:06

 

Sans l’amour, je n’existe pas.

 

Sans l’argent, je n’existe pas.

 

Sans le travail je n’existe pas.

 

Sans l’état je n’existe pas.

 

Sans la citoyenneté je n’existe pas.

 

Sans le genre je n’existe pas.

 

Sans sexualité je n’existe pas.

 

Sans identité(s) je n’existe pas.

 

Sans reconnaissance je n’existe pas.

 

Sans…

 

Apfouh !

 

Purée, sur quels échafaudages faut-il pas crapahuter pour se sentir exister ?

Ça donne le vertige.

Et c’est quoi au juste exister, à de pareilles conditions ?

 

Je n’existe pas, c’est moins fatigant.

 

Je n’existe pas, je m’occuperai d’autre chose. De mes fesses. Ou de rien du tout.

 

Antipolitique, antisexuelle, antisociale, et gnak !

 


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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 18:58

 

 

La dernière campagne de nos zamies d'olf


http://www.osezlefeminisme.fr/article/liberte-egalite-parite-la-nouvelle-campagne-dosez-le-feminisme

avec un paradoxal enthousiasme renouvelé pour le fétiche central : le "nul besoin de pénis pour"... On les congratule, au nom de toutes les f-t non op' ! (ou pas op’ de la manière que le fantasment les bio, quid des castrées ?) Il est vrai qu'on est anecdotiques, op’ ou pas, et guère candidates. Et tant mieux. Au reste, vivent les ciseaux de tous ordres, je suis la première d'accord ! Mais j'admire tout de même ce retour répété aux "caractères sexuels" qui imprègne tout le débat sur genre et compagnie, où on est censées communier dans le c’est pas ça qui compte. Nous n’en sommes évidemment pas exemptes, les t, et loin de là. Oh là là non. On a bien fait tourner nous aussi la roue du loto bicolore et du modèle physique. Toutes mouillées, toutes captives volontaires de ce cadre que nous n’avons, à ce jour, réussi qu’à dupliquer massivement.

 
M'en fous, je suis pas démocrate, donc ni inscrite, ni votante ni candidate, dans ma circonscription où c'était effectivement le même depuis 78 (il raccroche, pour passer le bâton à un autre bon gars, jeune et plein d'avenir). Je ne fais conséquemment pas, plus, non plus partie, la déesse m’en garde pour tout le temps qu’il me reste à vivre, des qui se marchent dessus les unes les autres pour prendre part à la gestion du désastre, élues, expertes ou associatives.

 

Nul besoin, radicalement, de participer à ce vieux cirque complètement mâle, dans sa structure même et dans les idéaux qui le meuvent. Nul besoin non plus de posséder une nouille qui pendouille pour perpétuer les formes en vigueur, masculines, ni patriarcaland en général. Comme toutes les formes sociales et identifiantes, n’importe qui peut les incarner, avec un peu de bonne volonté, et un zeste de croyance que quand les personnes changent, par leur seule vertu, les fonctionnements se renouvellent sans même qu’on les mette profondément en question. C’est la métaphysique contemporaine. Il faudra tripatouiller bien plus que le rubik’s cube des statuts, des qu’es-tu ?, et probablement cesser de se mettre aux couleurs des vieilles daubes en place, pour s’en sortir.

 

Mais voulons nous en sortir ? Ou récupérer le viril attirail ?

 

Ah bien d'accord, couicouic les nouilles bio, mais couicouic aussi bien des choses auxquelles nous tenons encore, sans quoi y aura pas grand'chose de fait.

 

Je rigole donc pas mal de cette énième déclinaison de la ronde « qu’est-ce que t’as entre les jambes que je te mette dans la bonne boîte », où les institutionnalistes néo-essentialistes tiennent désormais solidement la barbichette aux vieux sexistes angoissés.

C’est la fête dans l’auberge ! On doit nous entendre de dehors...

 

 

 


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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 08:42

 

 

Collection printemps-été-automne-hiver ; avec celle là le costar ne change jamais. Le costar qui a été taillé une fois pour toutes envers les indéfendables et autres irrécupérables, les mauvaises volontés sur pattes de ce monde enthousiaste. Ben oui, mauvaises volontés il faut bien le dire, alors que la charité bien ordonnée leur offre ergastules arpentées, gamelles sobres sans addictifs et tenues de ville modestes.

 

On l’avait bien compris depuis quelques années : il va bien falloir aux gouvernements - comme à touTEs les intervenantEs, au temps du ratatinage économique général, quelques ressources existentielles pour qu’ellils puissent affirmer faire quelque chose à bon marché. Ce sera notamment la tolérance zéro de la marginalité pas propre. Il n’y a d’ailleurs là que logique terrible ; comme le dit mon vieux maître Rosset, dès qu’on parle de tolérance, cela implique un intolérable. De même que l’égalité implique un inégal. Sans quoi ça ne servirait à rien et nulLE n’en pourrait jouir.

 

Nous sommes de toute façon une variable d’ajustement de la politique et de l’état depuis le moyen-âge, pour le moins. Quand il faut faire quelque chose sans s’en prendre aux « grands équilibres », eh bien on s’en prend aux marginesques. Et voilà le travail !

 

Bref, les qui rapportent trop peu, qui filent entre les doigts graisseux de l’époque, on va s’en occuper. Les putes, les camées, les voleuses, les feignantes, les « en situation irrégulière », et j’en passe et des pires. On, d’ailleurs, ce sont toutes les bonnes volontés coalisées. Au fond, de la plus petite assoce au sommet de l’état, la passion d’intervenir est la même, l’angoisse du nettoyage, du bon rangement, identique. C’est d’ailleurs pour ça que je dis que si vous avez quelque réticence envers ce monde, ne vous y mettez surtout pas, d’une manière ou d’une autre vous serez amenées comme par la main à servir ce fonctionnement. Et à travailler avec des gentes que vous n’auriez pas imaginé ; ainsi du jour où je me retrouvai, déléguée pour une très noble cause, assise à une grande table bienveillante, consensuelle, avec une proc’ et un colonel de gendarmerie, entre autres bestioles… Je crois que ça m’a vaccinée de la « gestion des populations » et de la « lutte contre les maux sociaux », si « autogérée » fût-elle (au départ…).

 

Il faut bien dire que dans ce pays, il s’agit aussi désormais de soigner l’immense souffrance du peuple, ce brave, inamovible peuple haineux, mesquin et droitier qui n’entend justement pas souffrir que quiconque échappe, fut-ce pour une minute, à son pitoyable sort. Et à sa triste vengeance. Ce peuple qui a si mal de ne pouvoir en faire autant qu’il voudrait (mais on va y remédier). Puisque notre grand rêve de sécurité sociale et de lotissements proprets a fait naufrage comme ce vulgaire paquebot de promenade où nous allions traîner nos misérables vacances avec leur ennui, eh ben qu’on nous laisse au moins le plaisir douteux, in extremis, de voir taper sur les indéfendables. De voir taper – ça c’est une passion nationale ; il faut que ce soient les bleuEs, les officielLEs, les gestionnaires de populations, les « trois couleurs » qui frappent pour nous. Sans quoi ça n’a pas de valeur. C’est une vieille tendance ; déjà, sous la révolution, la première, des adresses parlaient de la « satisfaction » qui devait être accordée aux « patriotes » par la puissance publique de « voir leurs ennemis dans une nullité absolue ».

 

Nullité absolue. Voilà le vieux rêve de ces petitEs bourgeoisEs (au sens historique du terme) qui firent justement cette révolution et tiennent le manche. Contrôle total des gamelles et anéantissement des parasites. On l’a rejoué maintes fois depuis, en maints endroits, avec des moyens décuplés et des résultats à l’avenant. Mais l’idée reste la même. L’abolition, cette fameuse notion d’abolition à laquelle on devrait s’intéresser, et qui finalement a visé récemment autant des personnes que des systèmes. Voire, actuellement, s’appesantit sur les dites personnes. Nullité. Disparition. Joie. On n’est pas « contre vous », on vous adore, on veut juste que vous ne soyiez plus, que vous disparaissiez. Et ainsi tout sera bien.

 

Je parle évidemment d’une tendance lourde visible dans un grand nombre de pays, de mettre sur les blessures du naufrage économique la vieille emplâtre réhumidifiée de la régression morale, saupoudrée de rationnement, envers ces pauvres et ces inconséquentes qui profitent indûment . De l’incitation aussi à la guerre de touTEs contre touTEs, à commencer par entre les plus faibles. Et particulièrement de la situation présente en France. Le nouveau gouvernement et sa future majorité probablement fort étriquée ont déjà bien fait comprendre que, sur ce sujet, la politique des précédents allait être perpétuée, pour le bien commun : tolérance zéro, encore une fois. Le gras de la question gisant dans « qu’est-ce qui, qui est intolérable ? ». La réponse est donnée depuis longtemps. Les cafardes, les irrécup’, les trop les pas assez, les visibles, les fléaux sociaux sur pattes. On va soigner tout ça à coups de rédemption, de trique et d’injonctions lestées de chantage. Jusques à ce que ça ne fasse plus un pli dans le tissu social. « La république a besoin de nous », n’a pas peur de clamer ces jours ci une affiche de Pride – mais besoin pour quoi, ça ce n’est pas spécifié. Il suffit cependant de regarder autour. Elle nous appelle, comme dans la chanson, et ça n’a jamais été pour de très jolies choses…

 

Une chose qui m’intéresse, laquelle relève de la guerre de touTes contre touTEs et de ses manœuvres complexes, c’est de voir à quelle vitesse la portion en voie de relative intégration des minorités identitaires ou autres va laisser tomber, repousser loin d’elle avec horreur, celle avec qui elle partageait autrefois les poubelles. Histoire de montrer reconnaissance et loyauté à la force publique qui lui aura consenti reconnaissance, droits ; puissance à laquelle elle compte d’ailleurs bien participer, dans la mesure des places disponibles. Voir les martiales déclarations de quelques bonnes têtes des mouvements institutionnalistes sur l’ordre nécessaire à la bonne marche des choses. Et les innombrables demandes de paritaire dans l’exercice du pouvoir (lequel doit bien entendu, pour garder quelque mine, s’exercer sur quelqu’un – l’irremplaçable portion irrécupérable).

 

Par exemple, dans quel délai les lgbt’s bien propres sur elleux, membres actiFves quoi, vont commencer à honnir leurs collègues obstinément vautréEs dans des pratiques douteuses. Sans parler que cette opiniâtreté laisse toujours planer sur toute la bande le glaive potentiel de la condamnation par les gentes vraiment bien, dont nous ne serons évidemment jamais tout à fait. D’où la nécessité de bien séparer serviettes et torchons, et de participer à la répression générale. Je pense aux putes, aux camées, aux imprudentes diverses, qu’on est en première ligne, mais en seconde, pas loin du tout, il y a par exemple les « irrégulièrEs » et les « mariages blancs », que les « vraiEs amoureuXses » à carte ne négligeront sans doute pas de combattre et dénoncer quand leur sera venu le moment de prouver par des actes qu’ellils doivent justifier leur droit au vrai mariage (ce qui permettra à quelques critiques et historienNEs de se rappeler que la relation a toujours été une structure de statut social et de transmission des biens, matériels et moraux, et que la forme-amour n’est là que pour en boucher les anfractuosités).

 

Hé voui. L’intégration, même provisoire comme elle risque d’être vu la direction prise, ça se paie, comptant, et pas avec des grimaces. Des actes il faut. Des actes qui engagent, qui compromettent, qui discréditent, qui font que plus tard, quand le couperet reviendra vers celleux qui y ont mis la patte, ellils pourront bien couiner, cela fera rire tout le monde, du bas en haut – et qu’elleux mêmes ne pourront sans doute s’empêcher de prendre part, leur dernière part, à cette hilarité collective, tellement elleux-mêmes se seront ainsi renduEs, d’une autre manière, indéfendables, autant que celleux qu’ellils auront contribué à nettoyer. Le rire des piégéEs. Songez y un peu, camarades institutionnalistes, féministes, lgbt’s, sanitaires et sociales, avant de vous y jeter. Avant de prendre les mesures pour participer au grand taillage de costars. Vous aurez l’air bien quinaudes quand le broyeur collectif et rationnel reviendra sur vous. Que ça sera vous qui à votre tour coûterez trop cher, et ferez tache sur les trottoirs.

 

Ouaips. Je crois qu’on va s’amuser dans les années à venir. On va danser, les unEs et les autres, de plus en plus raide sous les fouets de la nécessité. Cette fameuse nécessité dont nous périrons, sans doute, pour n’avoir jamais osé la mettre en cause.

 


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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:31

 

 

 

 

« Alors, pour celles qui ont le sens des responsabilités et celui de la rigolade… »

 

« Les mauvais jours finiront. »

 

 

 

 

Ce qu’il y a d’à la fois attirant et décevant avec les ladyfests®, c’est que quand on a été à une, on a été à vingt. Je dis vingt pasqu’y en a pas cent, reconnaissons le. Le menu est identique, et pas qu’à la cuisine collective. Bonne marrades certes, mais aussi répétition appuyée du consensus, regards tout aussi appuyés vers le bout des chaussures à chaque fâcherie, tension, « discussions » sur les toujours mêmes « questions », dont nous connaissons très bien la réponse attendue, de laquelle il convient de ne pas s’écarter in fine. On se montre, se démontre, démonte, remonte les mêmes choses qu’à la fois précédente et suivante, dans les mêmes ateliers de montage démontage.

 

On revient enfin d’une ladyfest comme on y était allée, confirmée, encadrée, certifiée, du coton dans les oneilles et du feutre au derrière. C’est ce qu’on se demande en ces occasions, et c’est ce qu’on s’y octroie. C’est très bien comme cela et il n’y a pas lieu d’y redire le moins du monde. N’en faut pour tous les goûts.

 

Et si ce n’est pas ça qu’on voulait, ce n’est pas là qu’il fallait aller.

 

Ah, il n’y a pas d’autres endroits ? Eh bien qu’à cela ne tienne, il nous reste alors à les faire. Des endroits et même des envers (et contre tout).

 

C’est pourquoi je m’octroie, en avance qui sait ? de rêver d’une ladycrush. Ou même tant qu’à faire de plusieurs, « que cent fleurs, que cent écoles etc. ».

 

Lady, définitivement. Et pas seulement pour pas avoir de mecs dans les pattes – ce qui est un minimum pas toujours assuré à ladyfestlande. Pour ne pas avoir non plus la mequitude qui nous imprègne de partout les éponges, ce neutralisme-virilisme de « réappropriation » et de récup’ qui va toujours dans le sens m-forme, et cache très, trop mal notre haine et peur intégrée de tout ce qui est ou pourrait être, paraître « f ». Et surtout notre absence de critique rapport à « ce qu’il faut ». Résolument lady.

 

Ladycrush. Crush parce qu’on y casserait et la croûte (et bien, si possible, pour une fois), mais aussi consensi et évidences, terreurs collectives et fétichismes sociopolitiques. Parce qu’on n’y serait pas juste pour vomir nos tristes oppressions et courir les retrouver juste après, pasque tout d’même, qu’est-ce qu’on ferait sans ? On serait perdues. On n’aurait même plus de quoi se plaindre ; peut-être même on en serait à la limite de tout retourner, oscours.

 

Ladycrush pasque je viens de découvrir le sens de « to have a crush », flasher. Ouaips. Briller dans l’obscurité de ces temps maudits, gyropharer rouge dans la campagne. Enfin s’autoriser à flasher intellectuellement et de manière critique. Á passer les lignes jaunes. Sans honte, sans injonction à un bien commun qui se révèle à l’usage bon pour personne.

 

Se rencontrer et s’apprécier comme des personnes, et pas que des statuts sur pattes ou à roulettes. Faire du nouveau sans pourtant rien oublier. On n'est pas des poissons rouges. 

 

Ladycrush, ladygloups, lady ce qu’on voudra et pourra, pourvu que nous nous sortions enfin des festivités, commencions à nous amuser sérieusement, passions de nous réciter mantras, statistiques et nécrologies à entrer en spéculation et en fermentation.

 

Inscrivons nous dans le temps ! Peut-être que d’ici quelques années (optimiste !) on commencera à en avoir assez marre de la vieille soupe réchauffée et insipide. Alors commencerons nous peut-être une nouvelle cuisine.

 

Par exemple.

Du féminisme de critique et de déconsensus, de bouleversement, de sortie de l’intégration-réclamation victimaire et créancière à ce monde où on crève, et pas seulement d’ennui.   

Du féminisme où on puisse aussi sortir de l’hypocrisie sororitaire et du fétichisme néo-essentialiste, où il n’y ait pas la fable fatale d’ensembles incontournables.  

Du féminisme où on ne soit pas conduites à un accord nécessaire, du féminisme d’arguments et, pour tout dire, de dialectique.

Du féminisme qui s’autorise à piocher le négatif, les séparations, à piter dans les plats, sans honte et avec juste ce qu’il faut de scrupules.

Du féminisme qui cherche à changer les choses, pas à les réaménager ou à simplement réviser les hiérarchies.

Du féminisme qui cesse de se « réapproprier » ce qui nous bouffe (familles, travail, statuts, religions, cultures, identités, virilismes..) pour en faire des boulettes existentielles à remâcher. Sans besoin de s’incorporer les formes de la domination les plus diverses, histoire de se dire qu’on n’en a oublié aucune.

Du féminisme où on cesse de s’agglutiner sur le corps.

Ce qui pourrait importer, enfin ou à nouveau, c’est que qu’on va dire ou faire, pas ce qu’on « est ». Pas un peu marre des destins « inscrits en nous », d’une manière ou d’une autre, par nature ou par statut ?

Nous ne sommes pas mêmes. On n’en a rien à f… d’être « égales » en une « nous » imagée, ni « incluses » en une quelque chose formelle.

Et tant mieux.

Balarguons les fantasmes, les intensités, les désirs et autres spontanéités bien réglées. Vivisectons les évidences. Reprenons aussi ce qui a été laissé en plan, et il y en a. 

 

Ou tout autre chose, mais qui nous change enfin de la lavasse plaintive que nous tournons sans renouveau et sans espoir dans nos baquets, et que nous ingurgitons en quantité pour tromper notre faim. Celles qui ont faim, bien entendu.

 

Fromage et dessert : féminisme et critique sociale. Marre de devoir choisir.

Et café pastis pendant qu’on y sera !

 

Et aussi, peut-être, qui sait surtout ? ne pas arrêter à la fin, ne pas repartir vers nos tristes paillasses, en tisser d’autres sur d’autres lieux, avec d’autres personnes (ou toutes seules), dans d’autres dispositions ! Parce que ce qui est ch… aussi c’est d’arrêter. Et qu’il n’y a rien de tel que vivre, en bien comme en mal.

 

Qui vivra verra. Ladycrush 2019, 2022 ? Au moins. Après avoir beaucoup vomi, il faut avoir encore pas mal jeûné, pour reprendre appétit. Et si c’est avant, si on arrive à prendre, ici et là, la résignation en traître, tant mieux !

 

Grève de la faim et de la socialité, en attendant.

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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