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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 12:29

 

 

En dehors même de tout espoir de perspective critique, décidément éteinte, j’adore tout de même les hiérarchies que font mes contemporainEs dans la réclamation. Puisqu’il ne reste paraît plus qu’à se plaindre des mauvais côtés de notre paradis citoyen, judiciaire et économique.

 

Un traité commercial, signé par les gouvernements des pays où sont détenus le plus grand nombre de brevets, et nettement dirigé contre leurs concurrents « émergents », devait être approuvé au parlement européen. Il ne l’a pas été, et je m’en réjouis, même s’il ne se faut pas faire d’illusions : ce que suppose ce traité (dénommé ACTA) sera probablement appliqué par le biais de diverses réglementations.

 

Ce qui m’épate c’est que ce traité, visant les « contrefaçons » (en gros tout ce qui s’émancipe des brevets originels et n’entend pas payer l’intégralité de droits exorbitants aux sociétés qui les détiennent), a été combattu par la "société civile" au nom du droit, si j’ai bien saisi, à télécharger des vidéos. Et rejeté sur le prétexte précis qu’on ne pouvait accepter les modes de dénonciation électronique que supposait sa partie contraignante. Les grands mots ont été même de sortie ; c’était à la fois une atteinte à la vie privée et à la créativité. La créativité, puisque nous sommes touTEs devenuEs créateurices potentielLEs et appeléEs, notamment depuis que l’informatique s’est répandue un peu partout. « Vous êtes des dieux », clamaient dans un relatif silence les évangiles depuis deux millénaires ; on ne savait pas trop bien que faire de cette redoutable affirmation, et pour cela on la laissait prudemment dans un isolement prophylactique. Le capitalisme, le marché et la technologie nous ont sortiEs de cette piteuse impasse. Nous n’arrivions pas à créer, tout juste à construire, à cultiver, à écrire, enfin bref des activités tragiquement limitées. Et pour lesquelles il fallait souvent se mettre à plusieurs, ce qui est plutôt minable pour des divinités. Grâce aux touches et au réseau, nous avons été proclaméEs créateurices. Quand nous copions-collons nous créons, yes, ne fut-ce que de la masse. Nous faisons surgir quelque chose d’un relatif néant, puisque créer c’est ça. Si en plus on y ajoute de la couleur ou un smiley, alors là, c’est l’extase.

 

Bref, c’est au nom de cette liberté de création et surtout de reproduction que des pétitions ont circulé, que des manifs ont défilé, avec le masque de V© largement exhibé. Scandale urbain, aurais-je envie de dire. Enfin bon, tout est bien qui finit bien – pour quelques mois ; et je m’en réjouis.

 

Je m’en réjouis, de mon côté, pour une raison que je n’ai guère vue mise en avant, en france en tous cas, que par les camarades d’actup. Cette sympathique disposition sur la contrefaçon et la vermine nommée propriété intellectuelle allait probablement, et notamment, de manière tout à fait terre à terre par rapport au ciel de la création, faciliter grandement la saisie et la destruction douanière de tous les médocs produits, comme évoqué plus haut, dans les pays émergents, Inde en particulier ; médocs qui ont cette particularité, ne payant pas leur historique, d’être disponibles à des prix beaucoup plus abordables que ceux estampillés des « grands » laboratoires. Ce qui, dans le splendide état de valorisation où nous sommes, et où il faut donc que tout soit traduit en équivalence, nommément en argent, permet à un grand nombre de gentes qui n’auraient évidemment pas les moyens de payer ce que paient notre sécu et nos mutuelles de se procurer lesdits médocs, qui sont quelquefois vitaux.

 

Ça me semblait une raison infiniment plus urgente et importante pour que ce genre de disposition commerciale fût au moins retardée. Mais il faut avouer que ça n’a ni pesé lourd ni fait recette par rapport à l’angoisse créatrice. Se pose même la question de savoir si, au cas où le seul objet de ce traité eût été la diffusion des médicaments dits génériques, il y aurait eu la moindre protestation au-delà d’une frange radicale des assoces de santé.

 

Ce que ça dit, de mon point de vue, c’est que nous avons résolument pris la grosse tête. Nous, sans exception. Arriver à bloquer ainsi sur notre petit trafic artisteux, culturel et créateur, et en devenir bigleuXses au point de ne pas même percevoir les implications réelles et importantes, pour ne pas dire désastreuses, de l’affaire que nous regardons par son petit angle, me fait singulièrement penser à ce que décrit un célèbre passage de La Bruyère, dans lequel un intendant, un super-préfet donc de la monarchie d’ancien régime, « signe », par un mélange de mégarde et d’inintérêt absolu, « au sortir d’un excellent repas », « un ordre qui, si l’on n’y remédiait, ôterait le pain à toute une province. ». Démocratie et enrichissement oblige, nous sommes devenuEs collectivement une partie au moins de cet intendant ; et nous nous comportons exactement comme lui. Le principal devient moins encore qu'accessoire , il disparaît ; l'accessoire à l'inverse nous hypnotise, imprègne la terminaison nerveuse du désir. Et nous devenons, faussement inocemment, par une espèce de négligence résolue, prêtEs à nous prêter aux plus catastrophiques boulettes. 

 

Après, nous allons nous interpeller les unEs les autres pour faire la charité aux malheureuXses que notre inconséquence a encore réduit à moins. Inconséquence qui, pour revenir tout en haut de la page, a sans doute quelque chose à voir avec notre réticence à critiquer la totalité du monde actuel.

 


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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 11:10

 

 

Je n’aime pas l’expression, éminemment relationniste et sexiste, de cocues. Je préfère donc dire les berluées. Celles qui ont eu la berlue. Ah, cette berlue, autant personnage je dirais que phénomène, comme notre galipote livradoise. Cette berlue qui nous hypnotise et nous mène après par les taillis de toutes les compromissions, où nous laissons des bouts de notre chair et de ce qui nous reste d’autonomie pour suivre ce mirage de l’octroi de cadeaux institutionnels. Où serons nous, où en serons nous quand nous nous réveillerons, si nous réveiller nous devons, au fond de quel ravin dont nous ne pourrons peut-être plus sortir, à attendre la vague qui nous nettoiera ?

 

La berlue politique nous promène par des chemins incroyables, nous fait acclamer et désirer les plus étonnantes mises en boîte ; l’important est que nous croyions y gagner. Droit à, interdiction de, smic, AAH et loto. Parce que c’est toujours ça que nous entendons gagner : un peu de rab’, trois sous de reconnaissance conditionnelle. Moi la première. On en est touTEs là. La seule distinction qui reste est de s’en féliciter ou pas.

 

Là, ce sont des berluées du nouveau gouvernement, dont je veux causer. Ce gouvernement, cet état, ces éluEs dont nous attendons toute pitance, abondance.

Lesquels courent, pour leur part, après l’économie, puisqu’il n’y a in fine pas d’autre rationalité que l’équivalence (surtout ne jamais donner plus que ce qu’on reçoit, et même autant que possible l’inverse).

Et, bien entendu, après les angoisses du peuple, dont les mesquins membres sentent bien que ça se resserre, et voudraient bien y trouver des coupables.

 

Bref, en quelques semaines, on est fixées, les berluées comme les autres : les nanas ne récupèreront pas leurs trimestres de cotise perdus, les dépenses sociales seront gelées, les frontières encore plus gardées contre les vilainEs pauvres qui essaient d’aborder, les expulsions auront leur rythme soutenu et le ministre ad hoc l’a bien dit : pas une régu de plus que sous la droite. Et pour les années à venir, pénitence budgétaire et appauvrissement généralisé. Au reste, ce serait le menu de n'importe quel gouvernement. 

 

Je pense que c’est net et clair.

 

Mais voilà, y va bien falloir paraître, faire quelque chose, quelque chose qui coûte rien, qui flatte, qui s’en prenne à des qui comptent pas trop, qui arrondisse la fin de mois morale.

 

Et puis, autant le dire et le redire, gratouiller le prurit répressif, peureux et un peu haineux des zôtres, touTEs les zôtres, prurit qui empêche notre brave peuple de mal dormir et de cauchemarder tranquille dans ses sales draps. D’où le maintien de la politique anti-étrangérEs. Mais il y a demande pour assainir encore plus, encore mieux le pays. Il va donc falloir trouver qui mettre à la déchet’ à grand bruit, avec camions benne, gyrophares, etc.

 

On va donc donner aux berluées la tête des putes. C’est peut-être même bien une des rares promesses que ce gouvernement va essayer de tenir. C’est cocoje. Ces mauvaises pauvres peut-être quand même un poil trop riches, de temps et d’autonomie sinon de fric, qui ne se laissent pas victimiser, alors que tout le monde devrait communier là dedans.

 

Et pour faire bon compte, le bonbon à la cantharide du mariage et de la famille à touTEs les lgteubéEs (enfin les rentables qui ont, comme on dit, les bons papiers), lesquelLEs pourront l’avaler à la file comme les cathos leur hostie à la messe. ReconnuEs, rédiméEs. Claaasse. Hétérolande partout, voilà l’aboutissement quand les formes incontestées deviennent sujet social. Seront sauvéEs les institutionnables, au sens étroit du terme. De plus en plus étroit dans les faits et les récipendaires, paradoxe, à mesure pourtant que les droits s’arrondissent. Car il faut être porteurE de valeur, et de valeur légitimée, pour pouvoir effectivement faire valoir ses droits.

 

Finalement, ce n’est jamais que l’essence de la politique comme secteur du marché, et de sa nécessité, des ses nécessités, guerre incluse, telle qu’un Clémenceau nous en fit autre fois la leçon. Á plusieurs reprises. La plus belle ayant été sans conteste lorsqu’en pleine charcuterie internationale, il faut nommé président du conseil après avoir passé trois ans à taper sur le gouvernement, l’accusant de tous les vices, parmi lesquels la censure. Une fois nommé, alors qu’on lui demandait comme de juste s’il allait supprimer celle-ci ou du moins l’alléger, il répondit « Vous me prenez pour un c… ? ». Et il la fit incontinent renforcer. Et fusiller quelques mutins et espionNEs supposéEs.

Le ministre actuel expose, disent les journaux, le portrait du Tigre dans son bureau de la place Beauvau ; sûr qu’ils répondent admirablement l’un à l’autre, ces deux là. M'en fait je suppose que c'est l'archétype de touTEs les ministres républicainEs de la force publique. J’imagine très bien une situation de crise, genre centrale qui pète, l’état d’exception proclamé, appliqué, Valls, ou unE autre, martialE, en train d’assumer la fusillade, vaguement extrajudiciaire mais ô combien opportune, des « pillardEs » dont on ne manque jamais en pareil cas pour faire filer doux tout le monde.

Ça peut paraître Dickien comme situation ; et pourtant je crois qu’il s’en faudrait de peu, juste que ça arrive. Tout est en place pour.

Et même là on ne se réveillerait pas forcément. Nous sommes sourdEs, engluéEs dans nos représentations, nos peurs, nos espoirs, au point que nous pourrions basculer dans la pire des morts de masse sans encore bien nous rendre compte. Vous me direz, il sera alors un peu tard pour ouvrir les mirettes ; j’en conviens.

 

En attendant toutes ces splendides occasions de gonfler les biceps, de montrer que la politique c’est viril, c’est l’usage de la force brute, nous allons être un peu les pillardEs, les mutines et les espionnes des temps à venir, semble-t’il. Concurremment avec les clandestinEs de tous ordres, auxquelLEs on va nous joindre par le miracle opérant de la loi et d’un progrès social bien particulier.

 

On va nous pousser sous le tapis, personne ne croyant sérieusement, à part peut-être deux ou trois hallucinées idéologiques du « on va éduquer le peuple », que nous allons réellement disparaître, fût ce de bon ou de mauvais gré. On était déjà à la poubelle, voire la poubelle nous-mêmes. Maintenant, comme elle semble déborder, on va la renverser sous le feutre du silence social et de la répression quotidienne. Puisque nous n’aurons plus de raison d’exister, que les vilains clients seront illégaux (et chacun sait qu’en régime de droit positif, devenir illégal signifie se volatiliser, point, illégitimité santé), eh bien la berlue nous masquera. On pourra crever dans les coins sombres et faire des pipes express non protégées à dix balles, comme nos collègues suédoises. Effectivement, vu comme les épidémies recrudescent, on compte sans doute là-dessus pour ratiboiser les mal couchantes. Ça fera toujours quelques dividendes au passage pour l’industrie pharmaceutique, puis tout le monde au dodo, éternel. Le carré des nettoyées. Il risque d’être vaste, à en juger par ce qui s’amasse sur nos têtes.

 

Au fond, les lendemains sont radieux : épidémies, catastrophes technologiques, empoisonnement intégré et maladies neuronales, misère croissante, état d’exception de plus en plus normalisé, avec le gros nez rouge d’un « progrès social » à pas cher, que dis-je, à zéro thunes. Tout le monde au remblayage précaire, depuis les réinsérées sociales jusques aux petitEs cadres imbuEs de leur portion de pouvoir coercitif, d’accès au chantage à la survie immédiate. Ce qui me fait tristement marrer, c’est que touTes celleux qui, très à raison, tiennent que le marché, l’équivalence, l’échange, c’est la mort, ne semblent pas soupçonner que leur « traitement institutionnel » c’est déjà, aussi, du marché ; du marché directement appliqué à la vie, matérielle. Qu’ellils sont, que nous sommes en plein dedans, acteurices, comptables et comptabiliséEs. Que l’état et le marché sont historiquement la même chose, en deux visages. Et que plus ça se resserre, plus la circulation se tend, plus l’accumulation s’évapore, plus ce qui est derrière ces visages apparaît, brut et brute.

 

Ce n’est pas pour demain ; on s’est gausséEs des décennies au sujet de la « fin d’un monde » qui en était plutôt l’accomplissement, après nous le naufrage. Sauf que c’est pour aujourd’hui, et que même un peu hier ça avait déjà commencé. Et on en est encore à rognonner sur telle ou telle promesse tenue ou pas, symbolique et intégrative, alors que la trique éliminatoire tournicote, fauche largement les vies réelles qui ne valent plus assez, et que des simagrées comme la chasse aux putes, comme celle aux clandestinEs, servent de bien piètre paravent à tout cela. Mais paravents qui tranchent et qui tuent.

 


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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 10:29

 

 

 

Il y a des mots qui n’ont l’air de rien ; enfin, presque rien. D’un mot quoi. Bon, vous allez me dire, avec raison, qu’au contraire un mot c’est énorme, redoutable, comme tout ce qu’il y a dans la langue.

 

Et oui, donc je recommence, il y a des mots qui n’ont pas l’air du tout de ce qu’ils sont. On appelle ça des antiphrases. C'est-à-dire que dans le réel, leur présence permanente aura à peu près l’effet inverse que celui que décrit leur sens sémantique.

 

Et là, c’est « possible ».

 

Je ne me rappelle pas quand ce mot est devenu, ou redevenu, un gimmick. Il l’avait déjà été bien des fois, avec son antonyme impossible. Je crois que c’est quand un certain nombre de gentes, à la fois témoin comme nous touTes du crashage général, et à la fois persuadéEs qu’on « aurait pu mieux faire » (et surtout plus) on lancé l’indécrottable « un autre monde est possible ».

 

Depuis, il faut avouer, ce couple originel n’a pas cessé de provigner. D’autres innombrables ont été proclamés possibles à la queue leu leu. Pas un seul ne s’est vu réalisé. Cela tient sans doute au potentiel. Mais surtout que dès que la chose, qui existait déjà, pleinement, était déclarée possible, ben la boucle était bouclée, et elle continuait. L’alter- en a été créé. Au fond, d’ailleurs, ça se tient. On peut parfaitement rêver d’un autre agencement des misères, des fatalités et des nécessités en vigueur. Je fais juste partie de celleux dont c’est le cauchemar, que d’imaginer que nous sommes au bout de la route humaine, qu’il faudra indéfiniment croupir    . de celleux qui tiennent le pari, sans aucune certitude scientifique (lesquelles font d’ailleurs partie de ce dont nous voulons nous dépêtrer) d’une émancipation et d’un irréalisé.

 

J’avoue, j’aime pas le sport. Et je crois avec quelques unes que cette inquiétante pratique sociale née en angleterre au dix neuvième siècle, et dont le nom même désignait un caprice déraisonnable, est, avec des manifestations sympathiques comme le travail, les prisons ou la patriarcat, de celles dont nous nous passerions intégralement et avec joie. Il y a même peu de risque d’erreur à voir dans l’obsession physique et comptable (toujours plus !) du sport un miroir fidèle de la folie productiviste. « Ici il n’y a pas de pourquoi », comme on disait aux arrivants dans une des conséquences finales de ce genre de fétichisme collectif ; c’est effectivement la réponse d’aboutissement à tout cela.

 

Or là je lisais le papier hebdomadaire de Caro, Caro de Prochoix, dans le Monde, et, comme il m’arrive quelquefois, j’étais au départ assez d’accord avec elle et celles dont elle parlait (les Femen). Je gueule très volontiers fuck euro – et un bon nombre d’autres trucs il est vrai, je me vois bien asperger des mecs à l’extincteur (mais non, ne me faites pas dire que j’ai pensé très fort au lance flammes), etc etc. On est pas d’accord sur ce qui nous paraît le pire, c’est sûr. Mais j’étais assez contente. D’accord, quoi, comme avec son dernier papier sur l’obstination nataliste internationale.

Le problème, c’est que les arguments positifs de Caro descendent de plus en plus bas. Il y a quelques mois elle nous expliquait qu’une « bonne économie » allait nous émanciper. C’était déjà croquignole. Bon, vous me direz, ça relève de nos catéchismes respectifs, et rien ne ressemble tant à un catéchisme qu’un autre catéchisme ; n’empêche, j’ai été frappé par cet irénisme économiste très dix huitième, la paix qui règnera quand tout le monde sera occupé à commercer (et à voter) dans l’égalité d’équivalence des acteurs du marché. Passons.

Puis elle a piqué une crise parce que ses ennemiEs la réprouvaient. Moi ça me rassure plutôt quand mes adversaires m’agonisent, et ça m’inquièterait fort au contraire qu’ellils m’approuvent. Mais Caro est tellement hallucinée de la nécessaire droiture de ses conceptions qu’elle en vient à être frappée de cette illusion d’optique des hagiographes médiévaux, lesquels faisaient parler démons, juifs et sarrasins à la première personne selon leurs conceptions, ce qui donnait des discours fort amusants où les réprouvés faisaient assaut de « je suis le plus grand idolâtre et nécromant ». Bah, ses contradicteurEs la valent souvent bien. Pour ma part, je les trouve aussi butéEs les unEs que les autres, concurrence d’apôtres.

 

Mais là, son laïus se terminait sur ce que je n’avais jamais encore lu « un autre foot est possible ». Disons même largement un autre sport.

 

Bon, je vois que je finis par causer plus de Caro et de son show politico médiatique que de l’objet même de mon aigreur ; mais elle est effectivement une de nos voix, assez représentative des choix, désirs, avidités, résignations et adhésions qui nous agitent ; le souci pour moi c’est que l’obsession à se ranger dans les boîtes à sardines des formes et comportements sociaux majoritaires est le credo de tout lgbtlande, et d’une notable partie du mouvement féministe. Est-ce qu’on s’est seulement posé nettement la question d’où on va comme ça, et de ce qu’on va devenir, à supposer qu’on ne le soit pas déjà devenues ?

 

De qui se fiche t’on ? De nous-mêmes, et activement encore. Dérision autogérée, autofournie, autonome. Bientôt on n’aura même plus besoin des mecs pour faire pareil.

 

Je retrouve ce « possible » qui en fait n’est là que pour boucler, souder les portes de ce monde, qu’on n’en sorte surtout pas. Que tout soit revalorisé, filtré, assaini, mais surtout qu’on en se débarrasse de rien ni qu’on aille vers rien d’autre. Tout est possible, yes. On a fait un bond de géantEs depuis le tout est permis rien n’est possible. Tout est possible, à condition que rien ne change fondamentalement. Au contraire, qu’on en remette au pot. Qu’on reproduise fidèlement ce qui nous structure.

 

Le sport, tout de même, urgh. Cet aspect de la folie collective qui fait par exemple courir jusques à l’infarctus les gentes au bord de routes abondamment diéselisées (1). Et qui naquit en Angleterre, au temps où elle était superpuissance, pour donner sens à des vies déjà bien déboussolées ; avant d’être son propre signifiant, « sport » voulait dire un caprice extravagant et déraisonnable, un peu comme le capitalisme quoi. Le sport, désormais valorisé conséquemment, mais qui n’a jamais été autre chose qu’une aberration – il est vrai parmi tant d’autres. Le sport, apprentissage de la logique de guerre bien plus efficace que la chasse. Structurellement, je crois, lié au culte du corps, de la force, de la victoire, au capitalisme et au sexisme, depuis son origine. Activisme de forme m par excellence. Et qu’évidemment il fallait se réapproprier, puisqu’on a résolument décidé de ne pas critiquer ce monde mais de se l’avaler à la louche. On l’a donc déclaré, après tant d’autres, possible. L’autre, c’est nous qui sommes censées le fournir, selon la régle du néo-essentialisme contemporain : quand ce sont plus les mêmes, même si c’est la même chose, tout change. Youpi.

 

On va applaudir des footballeuses pour témoigner soutien aux camarades persécutées, comme on achète un produit équitable pour donner dix centimes à une ong. Ce faisant, on avale tout rond, dans un cas la valorisation, dans l’autre la sombre idéologie de l’effort pour l’effort, de l’exténuement et de l’élimination qui est celle et sera toujours celle du sport. Et qui historiquement s’est développée avec la première. Sportisation et marchandise ont depuis longtemps investi le vieux domaine de la charité, repeinte en solidarité. Mais ça n’en passe pas moins par les signes et les comportements sociaux les plus englués dans la course du présent sur son tapis roulant.

 

Et, évidemment, me viennent les ultimes, qui j’en suis sûre vont tomber un de ces quatre : main dans la main avec l’économie, la religion, que sais-je encore du même genre, une autre relationnite, une autre hétérolande est possible, un autre patriarcat est possible. Les mêmes tous autres. Il suffit de garder les cadres en remixant un peu les personnels. Faire les mêmes choses, remplir les mêmes formes, avec juste des identités plus diverses et plus fluides. Et durables, surtout, durables ; il faut que tout dure et soit pérenne.

 

Quand on vous parle d’autre et de possible, c’est que l’issue a déjà été verrouillée derrière vous.

 

Mais bon, pas de panique ! Il n’est de porte, même de coffre-fort ou de fort tout court, qui ne puisse être pied de bichée. Les mauvais jours peuvent finir ; il faut le vouloir, et nous casser aussi un peu beaucoup la tête sur comment. Il n’y a pas de paradis ni de sortie automatique, fatale, historiquement déterminée. Ce qui risque d’arriver si on fait confiance à ces mythes, comme disaient Benjamin et Woolf, ce sera la barbarie. Ça ne se peut que si on le veut, si on s’y atèle, et si on largue nos amarres internes à un monde dont la perfection se déroule chaque jour, patacrêpe de nous-mêmes et barbarie idem.

 

Á moins que ce soit nous qui ayons mué en coffre-fort.

 

Mais à un moment, ce serait bien de nous dire qu'il y a des trucs que non, sont pas possibles. Ou que même si c'est possible, c'est tellement misérable qu'y vaut mieux pas. Comme recycler indéfiniment la m... Non qu'il ne le soient de fait, si on s'y obstine ; mais alors c'est nous mêmes qui sommes recyclées. Et ça pue.

 

 

 

(1) J'apprends à l'instant que, ce matin même, un député lyonnais tout neuf et plus jeune que moi est crevé, après et avant tant d'autres, de cette pratique démente. Bon débarras. Et longue vie à celles qui se prélassent en grossissant. Comme on avait écrit sur le mur d'une des meilleures vacances féministes où je me sois trouvée : manger, dormir, grossir !

 


 

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 09:00

 

 

« Grande est l’émute

On accourt, on s’assemble, on députe ».

La Fontaine

 

 

 

Un des arguments de mes petites camarades pour contester le contenu social et politique actuel des prides, à vrai dire bien puant, est que « Stonewall fut une émeute ».

 

Nous sommes des enfants et même des petits-enfants de Stonewall, c’est sûr. Montées en graine mais tout de même. Je suis une héritière de ce truc et pour tout dire ce n’est pas nécessairement ce dont j’aurais voulu hériter (mais c’est le genre de choses qu’on ne choisit pas). Ça m’est arrivé, autrefois, d’être émotionnée lors de prides, quand j’y allais encore, mais je ne laissais pas de m’interroger sur le pourquoi comment de cette émotion. Faire masse, comme d’autres ? Exister ? Compter ? Valoir ?

 

Stonewall fut une émeute, ça ne fait aucun doute. Mais une émeute pour quoi ?

Pour refuser de disparaître, je pense, tout d’abord – et ça je m’en réclame. Je refuse de disparaître, t’, gouine, pute, intellote, névrosée, tutta quanta, même si je ne tiens pas à me chosifier en identités.

Mais malheureusement aussi pour exister, c'est-à-dire, dans le contexte contemporain, pour occuper une place identifiable, reconnue, consommer tranquilles, au large. Ce qui n’est d’ailleurs pas inconséquent, et surtout tant qu’on cause d’être là et de ne pas disparaître ni s’aligner. Toute la question gît dans ce qu’on veut et surtout ce qu’on ne veut pas comme monde. Comme vie. Et dans où on en est. L’ambivalence réside dans ce que nous ne pouvions pas plus éviter que n’importe qui d’autre, que nous voulions et voulons toujours vivre ; mais vivre dans un mode de médiations et de valorisation nous oblige, ni plus ni moins que d’autres, à remplir les formes de ce monde et pour exister, et pour simplement être là, physiquement comme moralement.

On fait bien des guerres, pour ça, alors des émeutes, vous pensez… Est-ce que la forme-émeute garantit la « pureté » ou l’hétérodoxie de ce qu’elle pousse en avant ? J’y crois pas un instant (je suis historienne…). Pas plus que les guerres. L’existentialisme diffus qui caractérise depuis quelques décennies une bonne part de la critique sociale essaie de se convaincre qu’agir c’est forcément changer de logique ; de même que l’on avait sincèrement cru que produire comme des malades nous ferait sortir du capitalisme. Raca. Raté. Plus on surenchérit plus ça s’referme, comme les menottes.

 

Le chiendent, c’est l’intrication entre le refus de disparaître, et les conditions par lesquelles on pense qu’on devra passer pour ne pas disparaître : la reconnaissance institutionnelle, le « droit de », l’intégration dans les formes - . C’est à la fois exact, nous sommes, touTEs, réduitEs à ne vivre presque par ça, et tragique, parce que nous disparaissons ainsi quand même, d’une autre manière. Nous nous sommes donc retrouvéEs à porter les plus effrayantes affirmations du présent. Et cela ne constitue qu’en apparence, idéaliste, contradiction avec la bagarre d’origine.

 

Stonewall fut une émeute, comme d’ailleurs bien d’autre, pour intégrer ce monde, non pour le désintégrer. Il y a deux faces au « foutez nous la paix » qui sous tend cela : ne plus se soucier de l’ordre des choses, et s’en soucier pour y coller et ne pas être éliminées.

Et que ce fut une émeute, si sympathique que cela paraisse au premier abord, ne nous mène pas fort loin non plus ; se pose immédiatement la question redoutée de la justification par l’acte, de la métaphysique de la violence, cette gigogne existentialiste qui a pourtant bien des fois montré ses limites, et même sa proximité avec un monde de production effrénée. On émeute, depuis quelques siècles, surtout pour participer et accélérer les mouvements ; plus grand’chose à voir avec les soulèvements de refus de l’ancien temps, qui d’ailleurs furent à terme aussi vaincus.

 

Á la fin des 60’s, on était je crois au plus haut du développement redistributif. L’indignation était donc totale de n’y pouvoir participer pour des raisons effectivement stupides et malhonnêtes. Mais surtout, l’affaire était bien souvent ailleurs : on ne voulait plus de ce monde là, dont on était gavé. Les manifs d’alors proposaient de « subvertir le système », même si c’était fréquemment pour verser dans l’illusion des capitalismes de rattrapage et scander des mantras exotisants genre « Hô, Hô, Oncle Hô ». Pareil pour le FHAR.

Après les années 80, ç’a été clairement pour s’intégrer à l’état des choses tel qu’il est, alors que celui-ci se recontracte de partout. La revendication de participation est désormais indissociable de l’angoisse de l’élimination, individuelle, catégorielle ou nationale.

 

Même Valérie Solanas, qui précursa et alla d’emblée bien plus loin, que je tiens pour ma patronne et qui fracassa une quantité inédite et je crois pas rattrapée depuis d’évidence, se laissa prendre à la confiance envers la machinisation salvatrice – avant les libéraux-libertaires à la Bookchin.

 

VS, tiens. En voilà une qui ne plaidait pas pour le rassemblement, les réclamations ni la reconnaissance, qui commençait elle par ne pas reconnaître – ce par quoi nous devrions commencer pour parler en premier. Personne je crois de plus étrangère qu’elle à l’esprit de Stonewall, qui dut la faire rire bien amèrement. Et nulle non plus de plus déconseillante d’aller, bravement et bêtement, se faire casser la tête par les casquéEs ; il y a quelque lignes définitives là-dessus dans Scum dont nous ferions bien de nous inspirer plus souvent. Elle promouvait au contraire de s’occuper de ses fesses, de ne pas aller se faire abîmer, d’agir invisibles et imprévisibles.

 

J’avais commencé autrefois à traduire Stone Butch Blues. Ça m’a saoûlée assez vite. Cette revendication obsessionnelle des formes par lesquelles nous vivons et mourrons déjà depuis fort longtemps me travaille. Idéalisation compensatoire de la relation, comme de sa jumelle l’identité, versus l’exploitation (très bien évoquée dans SBB) ; comme si la relation et les modes d’être qu’elle traîne avaient jamais émancipé qui que ce fût. Depuis des siècles, on a plutôt l’impression qu’il s’agit d’un domaine que nous nous laissons pour éviter un trop plein d’insupportable, et de briser la nécessité économique. Et que ce domaine suit d’ailleurs, au fond, des lois assez similaires.

 

Dans les Pride, comme un peu partout, ce sont les formes sociales qui sont sujet. On a revendiqué dès le départ notre insertion dedans, et elles ont accouru. D’où des slogans où le sujet grammatical est effectivement une forme par laquelle nous nous médiatisons (genre « L’égalité n’attend pas »). Y compris nouzautes. Les abstractions réelles que nous exhalons non seulement ne nous attendent jamais, sont toujours au-delà, mais nous consomment avec gourmandise : nous sommes à la fois de trop, dans notre finitude tragique, et de la nourriture indispensable. Le plus marrant, si j’ose dire, étant que nous sommes absolument créateures et garantes de ces abstractions. On a eu « le peuple » ou « la nation », formes amalgamantes ; on a désormais les nouvelles : citoyenneté, égalité, valeur (avec état, marché et leur trique tout de même en garde derrière). On ne s’en porte pas forcément beaucoup mieux, un peu quand même, puisque nous nous adaptons au statut que nous nous sommes assignées. Mais ce n’est pas nous qui sommes sujets.

Ce qui m’épate, mais dont je ne perçois pas encore bien les aboutissants, c’est qu’un point de vue particulièrement « objectivisé », avec une valeur ou une idée en sujet, se marrie admirablement avec un point de vue totalement subjectivisé, où l’identité telle qu’elle se trouve, s’est socialement constituée, est là, inquestionnable.

L’identité, dans son acception politique actuelle, à la fois monolithique et multipliée, ente l’objectivation la plus poussée, notre transformation en troisième personne, sur la subjectivation elle aussi la plus aboutie : tout ce qui parvient à être s’affirme par nous sans s’interroger, ni se laisser interroger, fut-ce d’ailleurs par ce même nous subsistant. S’interroger est suspect, « phobique ». Adorno et Arendt avaient déjà causé de ce couple paradoxal et sa fortune présente. Comme de celui de la fétichisation de la misère avec le babiolisme effréné. Réussite, incontestable, ça roule : arrachage, écartelage, aliénation réussies. Autant que quand on fait une carrière.

 

On se plaint que les prides soient « pourries », à peu près autant et pas plus que le reste. Et qu’il y ait des fliques et des cheffes, comme de la conso et de l’identité, eh bien ni plus ni moins que partout ailleurs, ce partout ailleurs auquel nous réclamons constamment l’intégration par notre mise à niveau – et au carré. C’est une conséquence, et non une cause, encore moins une anomalie.

Pourquoi ne devraient-elles pas l’être ? Pasqu’elle seraient « autres » ? Mon œil. C’est une conséquence du cadre même, de la revendication de participer, de valoir, d’exister et d’identiter. Les prides, depuis l’originelle, sont une revendication de participation à ce qui est. Il n’y a d’ailleurs rien à redire à cela, en cohérence interne et historique. Mais il ne faudra donc pas non plus y chercher ce qu’on ne pourra pas y trouver. Ni même y apporter. Il me semble parfaitement inepte d’y aller pour protester (je l’ai fait comme d’autres, bien entendu, et on s’est évidemment bien amusées au fond de l’impasse, ce qui n’est pas rien). C’est la forme et la chose même qui contient déjà ses significations et ses buts. Si on veut en dévier, il faut en sortir, et faire autre chose, ou ne rien faire (s’abstenir de paraître aux conditions en vigueur, en nos sombres temps, est probablement une option pas si nouille).

La forme pride, ce qu’elle veut dire (cette fichue « fierté », ce patriotisme de l’identité), le désir qu’elle porte, entraînent je crois nécessairement ce qu’elle est. Inutile de lui demander d’être autre chose.

 

Il y a le pire comme le meilleur, l’enfoncement dans ce monde comme son échappée, dans le laissez nous […]. tranquilles. Tout est dans les pointillés. Mais aussi d’à qui on s’adresse et pourquoi.

Réclamer toujours plus de ce monde, c’est très probablement le renforcer indéfiniment et le remblayer avec cette base, nous-mêmes, dont nous pouvons peut-être le priver en le désertant. Le concept même de pride, d’exigence d’égalité formelle dans ce monde, citoyen et économique, ne peut donner autre chose. Ce sera ce monde, pas un autre, et si on exige, c’est qu’on reconnaît la puissance de laquelle on exige.

 

Aller à la pride, même et surtout en pensant la secouer, c’est comme aller au gouvernement, ou fonder des assoces. On ne peut que le regretter, si réellement on voulait sortir de ce bastringue ; et faire semblant de le regretter, si on cherche en fait à s’y faire une place de « rebelle ».

Et cependant il nous faut vivre – ce qui est toute une affaire. Notre héritage, n’en déplaise à l’immortelle nana du Fhar, existe, nous pèse, et est fort embrouillé. Qu’est-ce qui nous fout dans le chewing gum de ce monde, qu’est-ce qui peut nous aider à le dissoudre ? C’est pas encore débrouillé. Á faire. Et pas à suivre.

 

Ceci dit, voilà pourquoi je ne me sens que partiellement héritière de Stonewall. Très partiellement. Portion congrue. Je ne crois pas que je me serais beaucoup mieux entendue, abstraction faite de l’émeute, avec les t’ de l’époque qu’avec celleux de maintenant. Pour renverser la chose, ce n’est pas pasque je me trouve être t’ que je voudrais, plus encore qu’autrui, m’intégrer à ce monde. Bien au contraire. Ce serait sans doute presque la même chose si je n’étais pas t’ ; je déplore, abhorre l’état des choses depuis la cour d’école. Et la t’itude n’a pas si souvent que ça été la principale affaire de ma vie.

 

Bref, je n’en veux nullement aux prides de se trouver être ce qu’elles sont. Ni à Stonewall d'avoir été une émeute. Je n’ai rien à leur reprocher en elles-mêmes. Je n’ai rien à leur demander. Non plus qu’au monde dans lequel elle chewing-gumment. Ni aux instances à qui elles réclament. Je sais que je viens de là aussi mais je ne le porte pas pour autant aux nues. Ni l'opposer en idéal (an)historique à un présent qu'on prétendrait fondamentalement différent, pour nous protéger finalement de la critique.

 

Si je veux quelque chose, c’est qu’on sorte de ce cauchemar.

 

 


 

 

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 08:22

 

 

Dans la famille très très nombreuse de je cause à ta place et ce que tu dis c’est l’inverse de ce que tu veux, ce passage d’une tribune anti-mort volontaire publiée en Belgique (mais qui ferait tout aussi bien en France) : « Á cet appel, et il faut le redire avec force, la seule réponse appropriée est de soutenir le désir de vivre qui se manifeste dans toute expression d’une demande de mort. »

 

Hé hé, ben voyons. C’est bien connu, quand une nana dit non c’est oui, quand une personne qui en marre de ce cirque dit qu’elle veut s’en aller c’est qu’elle veut rester, les dents dans l’plancher. Singulier comme ces méthodes se reproduisent d’un « secteur » à un autre. Et comme leur point commun est de gommer toute négativité, tout refus fondamental. Les affaires vont en effet déjà assez mal pour qu’on ne laisse pas en plus les mauvaises coucheuses en faire à leur tête, et les chiffres d’activités en tous genres descendre encore !

 

Le plus cynique vient d’ailleurs juste avant, et dévoile, si besoin était, un des principes sociaux actuels : on écoutera la personne, ah ça écouter, c’est comme jacter, c’est sacré ; mais surtout on n’accèdera pas à sa demande. C’est une opinion, voilà tout. Les nécessités de l’heure sont de maintenir tout le monde sur le pont pour tenter de produire encore un peu de valeur ajoutée, de quelque manière que ce soit.

 

Cela dit, je crois que ce qui ne va déjà pas, c’est qu’on soit obligéEs de le dire, et à qui que ce soit, alors qu’il s’agit d’une histoire avec nous-mêmes, d’un acte, et pas d’une demande. Ce qui est énorme est qu’on ait à demander de mourir, sauf si vraiment on peut pas. N’importe qui devrait être en mesure de se tuer, et c’est là que ça biche.

 

Cynique, dis-je. Je trouve effectivement des portes de soute largement ouvertes sur le vide du cynisme dans tout ce débat sur ce qu’on appelle, bien euphémiquement, euthanasie. Pour moi il s’agit de mort volontaire (dans la mesure où est d’ailleurs volontaire quelque chose que nous ne pouvons éviter à terme). Il faut bien dire qu’elle est très mal vue en notre grand philum historique et religieux, abrahamique. Et que se rajoute dessus la dinguerie économique : ça rapporte quand même, in fine, provisoirement, quelques sous et activité que tout le monde vive le plus longtemps possible, fut-ce dans les pires conditions.

 

Il y a du cynisme, fort grossier, dans les positions pro-vie. Je ne trouve pas pour autant que les positions adverses en soient toujours exemptes. Et je pense effectivement, avec La Fontaine, qu’on peut parfaitement dire à son exemple « Qu’on me rende impotent, cul de jatte, goutteux, manchot, pourvu que je vive, c’est assez, je suis plus que content. » J’entre dans ses raisons, tellement j’ai peur de mourir.

Á ceci près que notre époque de productivité a multiplié plus que considérablement les souffrances sans espoir, grâce à ce qu’il faut bien désormais reconnaître comme un empoisonnement généralisé ; cancers, neurodégenérescence sont au menu de la cantine quotidienne qui est imposée et va l’être à ce qui devient une majorité d’entre nous. Cela change quelque peu la perspective, ou plutôt la ferme. Mais dans le même temps, ça a crée une sorte de bulle médicale palliative tout à fait considérable, un marché qui fourmille de machines sophistiquées et d’accompagnantes de fin de vie, qu’il serait irresponsable de laisser se dégonfler.

 

Non, ce qui me gène dans ces histoires, c’est que cette liberté tout de même fort ancienne de s’ôter la vie n’est plus aujourd’hui réellement au programme. Les partisanEs de l’euthanasie réclament ainsi que l’autorité, qu’elle soit incarnée par l’état ou les toubibs, ou les deux, accède aux demandes, qui en fait doivent être toujours conformes à un certain tableau, autant clinique que moral. Si vous n’êtes pas « sans espoir », à l’aune bien sûr d’une logique extérieure et générale, vous n’aurez pas accès à la mort. Revenez en troisième semaine, quand vous serez bien à point. Voilà ce que je trouve un cynisme assez remarquable. Je suis pour qu’on puisse se supprimer à n’importe quel moment. Et aussi pour qu’on ne vive pas si mal qu’on s’y sente contrainte, poussée. Mais zut, c’est à nous de décider et de faire, pas aux socio-médico-judiciaires.

 

Je n’aime pas le mot « euthanasie ». Ça doit être parce que j’ai une peur horrible de mourir, tout inéluctable que ce soit. C’est ça de vieillir. Mais aussi parce que les novlangues me saoûlent. Par novlangue, je n’entends pas les nouveaux mots ; sur ce point je suis disciple de Malherbe, que personne ne peut durablement domestiquer la langue. Non, par novlangue j’entends les euphémismes pour positiver les pires trucs, et aussi les sous-entendus. Le principal sous entendu de mots comme euthanasie comme ivg, par rapport à suicide et avortement, est que si la « décision » est clamée comme a priori le propre de moi ou toi, sa mise en œuvre nous échappe totalement, d’une part ; et que, décision ou pas, les conditions nous sont dictées. Que l’alien ne soit pas trop grand pour l’avortement, et qu’on passe par les toubibs. Pareil pour les toubibs et qu’on soit « objectivement sans espoir » pour le suicide par délégation. Objectivement. Le gros mot. En gros on peut se débarrasser de l’alien avec force contrition et s’il a pas trop grosse tête, et se faire flinguer si on est déjà quasiment morte. Classe la latitude de décision. Et le suicide, comme l’avortement, restent indélébilement des choses pas bien, pour être claire des fléaux sociaux. Bref des trucs qui dissolvent l’amalgame. On en extrait délicatement ce qui paraît réutilisable précisément pour participer au ciment social, à la docilité et à la participation. Á la limite, ça me fait un peu penser à l’alignement de lgbtlande sur hétérolande. L’important est de ne plus constituer un danger, mais au contraire un plus, une contribution à la valorisation générale. De se défaire des mauvais comportements antisociaux, et de se gonfler à l’inverse de formes reconnues. Reconnues et confiées à la machinerie, sanitaire, sociale et judiciaire, bien sûr, c’est à dire tout simplement à ce qui a toujours déterminé le pouvoir : la mainmise décisive sur la vie et la mort.

 

Ce qui me ramène, comme souvent, à la notion de consentement et d’approbation, et à ce que toutes ces circonlocutions impliquent que ce n’est jamais nous qui agissons, surtout pas. Comme dans les élections, nous sommes conviées à choisir dans un étalage soigneusement allégé par les expertEs et la puissance publique. Nous ne serons jamais appelées à maîtriser le cadre, à tenir un peu nos frêles vies. Eh non. Autant attendre la trompette du Jugement. Être appelées, c’est d’emblée être circonvenues, ne pouvoir entrer dans le réel que quand il a déjà été entièrement mis au carré.

Il y en a marre d’être appelées.

 

Autre chose aussi me chatouille le zigouigoui au penser sur tout ça ; la novlangue sert aussi à hiérarchiser les soucis, de manière à se détourner des plus criants. Ou à les traduire en réponse déjà données. C’est ce qu’on appelle les « question de société ». On cause ainsi avec prolixité des conditions de mort, ce qui n’est évidemment pas anecdotique ; mais cause t’on avec un attrait et une angoisse de décision aussi forte des conditions générales de vie, qui tout de même nous sont, comment dire, plus immédiates ? Nous mourons pitoyablement, j’en conviens ; mais nous vivons (et cela dure bien plus longtemps) encore plus pitoyablement ce me semble. Selon d’ailleurs les mêmes grandes règles : enferméEs, dépossédéEs, contraintEs à implorer l’octroi de la moindre action sur nous-mêmes.

Au reste, séparer et opposer mort et vie, ainsi hypostasiée, relève de l’illusionnisme, abondamment servi justement par les pro-vie ; de telle vie telle mort. On n’aura pas l’une sans avoir l’autre – c’est d’ailleurs là que se situe, pour moi, l’arnaque, et le léger ridicule de tant s’inquiéter de nos dernier instants après avoir consenti à l’aliénation de tous les autres. Mais il est vrai que nous nous en soucions de la même manière : nous réclamons que la machinerie, le gros animal, s'en soucie. Est-ce parce que dès le début nous avons coinsenti à renoncer à nous-mêmes, avec toutes ses embûches ?

 

Bref, pour revenir à la mort volontaire, sans aucune illusion à ce sujet, parce que la logique même des choses y est hostile, une idée serait tout bonnement de sortir du cadre légal, donc surveillant et limitatif, la disposition de soi, comme on dit un peu aussi en novlangue : avortement, suicide, etc. Et de cesser d’empêcher matériellement d’y procéder (pour le suicide, autrefois, il y avait le choix en pharmacie ; je songe à l’opium).

 

Mais il me semble tout aussi évident que ça pourrait bien perdre sens et portée dans un maintien par ailleurs dans toutes les formes actuelles, qui assurent la domination et peuvent même permettre de la renforcer ; c’est l’effrayante martingale dans laquelle nous sommes coincées, de devoir nous confier à une dépossession majeure pour éviter ce qui pourrait aussi être une libération totale des formes de domination intégrées. Emancipation ou barbarie ? La sortie d’un tel état de choses n’a rien d’évident. Et ne pourra jamais se faire à coups d’évidences ni de simplifications. En gros, il nous faudra nous compliquer la vie pour l’émanciper. Et faire face au réel.

 


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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 09:03

 

On est sans doute de la progéniture de Beauvoir, ce qui nous ramène, ne l’oublions pas, à la tradition existentialiste, avec tout ce que de fait. Mais comme je l’ai déjà dit quelques fois (comin’ out !), j’ai deux mamans, le féminisme et la théorie critique. Dans l’état des choses, c’est être une chimère. Une sorte de chimère arqueboutée sur un espoir ténu. J’assume.

Côté de la seconde, je professe un attachement appuyé à Hannah Arendt. L’autre jour, chez de vieilles copines, je suis tombée sur une édition de ses carnets de réflexion. Je me suis avalée le premier tome ; le second sera pour la prochaine fois. Ah ça change des couleuvres.

Arendt est, je trouve, une grande sceptique, et une conséquentialiste : elle assiste aux résultats. Y sont pas beaux. Elle ne détourne pas le regard, fouille dans la boîte à idées séculaires, sort les chapelets de pensée et les expose devant leurs conséquences.

 

« La « volonté générale » de Rousseau est peut-être la plus meurtrière résolution de la quadrature du cercle, c'est-à-dire du problème fondamental de toute philosophie politique occidentale, à savoir comment constituer une singularité à partir d’une pluralité – c'est-à-dire, dans les termes de Rousseau : « réunir une multitude en un corps ». Ce qui rend cette solution si meurtrière, c’est le fait que le souverain n’est plus une personne ou une multiplicité que je commande, mais qu’il est pour ainsi dire installé en moi en tant que « citoyen » s’opposant à « l’homme particulier ». Dans la « volonté générale », chacun devient en fait son propre bourreau. »

 

Hannah Arendt, Journal de pensée, X, 13

 

Je songe, figurez vous, à ce texte, non pas au sujet des méga-institutions genre état, qui en relèvent bien évidemment au premier chef, mais sur lesquels nous avons peu de prise ; j’y songe au second chef, pour ne pas dire au tiers, à ce qui concerne notre « niveau », ce que nous mettons joyeusement et un peu innocemment en place, assoces, collectifs, projets de vie. Et où nous sommes persuadées que statuts, chartes, constitutions quoi, vont nous préserver des vilaines dérives et de la domination mécnanique.

Elles nous en préserveront à peu près autant qu’elles nous en préservent au premier chef sus évoqué. Puisque ce faisant nous reproduisons et répandons un petit peu plus des formes qui véhiculent le pouvoir autonome dans leurs remplis et leur assemblage ; qui donnent un levier, levier fait des volontés congrégées, des assentiments et consentements, à la première main qui le saisira, que ce soit sincèrement ou machiavéliquement. Saisir n’est pas par hasard un mot déterminant du droit positif. Quand on saisit, c’est toujours une instance, cette forme à la fois externe et interne aux gentes qu’avoque Arendt, et c’est qu’il va y avoir de la casse ; même bien plus de casse, souvent, que n’en ont au pire médité les appelantes.

 

J’ai (presque) toujours été formaliste, et je ne vois aucune raison de ne le pas rester. Mais l’institutionnalisme, à quel niveau qu’il se situe, n’est pour moi ni une fatalité du formalisme, ni peut-être autre chose qu’un mouvement spontané, incritique, vers ce de quoi on a l’habitude ; vers ce dont quoi nous attendons, après l’avoir posé en objet externe, une protection qu’il n’accordera qu’à lui-même, et à ce qui en nous lui correspondra. Et broiera au besoin le reste.

 

Bref – une de nos chantiers serait peut-être de savoir distinguer, en théorie comme en praxis, formalisme, critique, et institutionnalisme, confiance aveugle dans les formes.

 

Bon, allez, je finis mon café. Salsifis pour aujourd’hui.

 

 


 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 09:47

 

« Tu veux voir rutiler les bolides ? »

Arthur

« J’y vais pour voir, j’y vais en car ».

vieille pub

 

 

Même à distance de tout et de touTEs, je vois passer et défiler régulièrement, quand ce n’est pas s’approcher insidieusement, des rampements et grouillis t’philes, genre « j’aimerais connaître unE/des t’ », ou la même chose en plus ampoulé, tortillé, ambitieux : « Je voudrais traîner, habiter, me confondre, copuler pourquoi pas, avec des t’ ». Voir, savoir. Et profiter.

 

Je ne cause pas là des tentatives des socio, univ’s et autre journaleuXses, à qui je raccroche au nez quand c’est mimiche qui tombe sur leur carnet d’adresse. Je cause des privéEs à motivation baveuse, et des biomilitantes qui aiment à s’afficher t’philes.  

 

Là, en en voyant une de plus, j’ai d’abord pensé à la classique, radicale solution d’une collègue, bref, envie de l’expédier en colissimo sur la Lune. Shoot’em up.

 

J’eus bien aimé qu’on entreprenne de couper le zigouigoui aux t’philes en tous genres, depuis les t’lovereuses jusques à nos hypocrites zamiEs biomilitantEs… Version CeCe McDonald élargie, quoi. (On peut, ceci dit, y procéder moralement et socialement, en ôtant vigoureusement leurs paluches de nozigues. Il faut juste le vouloir fermement…)

 

Mais voilà, plus les années passent plus je suis réticente aux solutions en général, et en particulier ce qui suppose extermination. Même des gentes qui m’insupportent grave, ou qui se révèlent des charognes (mutation régulièrement observée chez des bio placéEs à proximité de t’).

Ce n’est pas par aménité ni par indulgence, c’est juste que quand on met ce genre de processus en marche, il a tendance à s’autonomiser et à ne s’arrêter qu’après vous avoir bouffée vous-même. Et vous avez l’air tout de même rien c…e dans l’histoire, au moment de passer à la trappe.

 

Que faire alors ? Ou que ne pas faire ?

 

M’est alors revenue cette réponse qui me revient depuis que je l'ai lue, enfant, dans le Poil de Carotte de Jules Renard, livre plutôt rude que je ne conseille pas aux âmes sensibles. La réponse de monsieur Lepic à son fils qui lui demande un livre : « Écris des livres, tu les liras ensuite. »

 

Et bref, j’ai envie de répondre désormais : tu veux connaître des t’, t’lande ; ben transitionne, patate, tu ne pourras pas y connaître mieux, ni te trouver plus au courant, ni récolter plus de points-légitimité/victime, cette monnaie de notre salle de classe idéologique !

 

(Dommage, là encore, qu’on puisse pas les hypnotiser pour les faire aller elleux aussi, de leur plein gré, à la charcut’).

 

Et si tu t’aperçois alors que tout ça était une sale blague, eh ben tant pis pour ta gueule.

 

La curiosité est un vilain défaut, qui finit toujours puni.

 

 


 

 

 

 

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 09:28

 


Ce qui est tout à fait remarquable avec la nouvelle vague institutionaliste, OLF en particulier, c'est son aptitude incontestable à récupérer dans sa tambouille politique les initiatives, analyses, expressions, identités, etc. de tout le mouvement féministe, et au delà ; ce qui au fond n’est que raison, c’est notre histoire ; mais aussi à se les adjuger, se les approprier comme si elles venaient de les pondre. Et là c’est comment dire plus gênant. On a eu le clitoris, qu’on croyait avoir exhumé il y a bien dix ans, le coup classique, pour faire radic’, des hétéra bien accro à meclande qui la jouent lesb’ à la demi-journée, et quelques autres découvertes. Dernièrement, par ici, nous avons reçu, à l’occasion d’une de leur mission à plouclande, l’affirmation que si le Planning existait toujours c’était grâce à elles – et qu’il est sous entendu bien ingrat de n’être pas (encore), à leur image, entièrement prohi. Que n’ont-elles pas fait, pas créé, pas sauvé ? Anhistoriques, omniprésentes.

Là, un peu plus tordu encore, c'est la notion d'état proxénète, qui date au moins de nos aînées de 75, qu'elles font mine de découvrir. Et qu'elles retournent illico contre nous. C’est dans leur journal d’avril.


Les bras nous en tombent. L’état-maton contre l’état proxénète, en quelque sorte. Comme si on pouvait croire trois secondes à cette « opposition ». Y a du vaudeville dans l’air.  

 

On est nulles tout d’même. On n’a pas eu la présence d’esprit d’une mamie Fouque, on n’a pas pensé, à l’époque, ni depuis, à porter le pet et l’expression au bureau de la propriété industrielle. Sans quoi on la louerait, à titre trrrrès onéreux, à OLF et à toutes celles qui causent à notre place, on serait riches comme Crésusse et du coup peut-êt’ même on bosserait plus. Á part une fois tous les treize mois juste pour les faire enrager.

 

J’aime beaucoup, dans le même papier, leur dénonciation du « sexe sans désir ». Outre que bien sûr on ne va pas attendre d’elles une critique de la forme sociale désir (avec un grand D, nécessairement sexuel et même génital), non plus que celle de l’amour ou celle du bonheur, etc., critique à laquelle ne se livrent plus que de vieilles féministes ringardes dont j’ai l’honneur d’être presque désormais, a-t-on songé que le désir, en l’occurrence, quand je fais un client, c’est celui de l’argent. Désir d’ailleurs fort commun à économicland. Je suis au reste bien d’avis qu’on vivrait mieux sans argent, sans équivalence obligatoire, de même que sans désir (et sans bien d’autres choses d’ailleurs qui sont proclamées indispensables) – mais bizarrement la critique de l’économie et du monde qui va avec ne fait pas partie de ce que OLF récupère dans les poudreux amoncellement de la réflexion. On ne va pas non plus donc leur demander, non plus qu’à bien d’autres, une critique de la forme argent ni de la nécessité économique, tout aussi sacrées que désir et amour ; la seule injonction est que les formes sacrées ne se touchent pas, tellement apparemment on a la trouille qu’elle s’absorbent l’une l’autre et témoignent ainsi de leur identité, d’être deux aspects de la valeur fétiche.

Quant à la polarisation désir versus besoin, il semble que le monde contemporain ne la connaisse que comme paravent : le désir est un besoin comme un autre, et le besoin s’hypertrophie sous la forme désir. Pour ma part je pense qu’il nous faudrait nous débarrasser vite fait de la forme besoin comme de son faux nez désir. Là aussi il y aurait de la critique à touiller. Probable qu’on ne s’émancipera pas de l’un sans faire de même envers l’autre. Là aussi, le clivage dissimule (de plus en plus mal) deux aspects de la même machine sociale.

Même on dirait que toujours plus d’économie, d’argent et de participation paritaire à ce cirque pourtant mortifère, qui engendre précisément besoin et désir, semble convenir profondément aux féministes institutionnalistes. Cirque où on n’a pas peur de soutenir que « le salariat est émancipateur », de même que le « juste profit » en général ; ou d’affirmer, sans nulle arrière pensée, qu’il est prioritaire que des nanas puissent présider aussi bien que des mecs à la fabrication d’armes sophistiquées pour tuer les non-rentables (dont un fort quota d’autres femmes). Yes, dude…

 

C’est probablement dans cette optique de trouver des participantes, à tous les niveaux, qu’elles ont aussi fini par lancer une opé de séduc vers t’lande. Sans surprise, vers leurs homologues institutionnalistes de chez nous. Elles ne pouvaient d’ailleurs pas faire meilleur choix, je le dis sans ironie aucune. De même qu’OLF affirme être l’aboutissement de tout le féminisme, l’ANT, dans son libellé même, se pose en chapeau pointu de toutes les « luttes trans ». Ce qui vu d’une certaine distance fait évidemment un peu se marrer. C’est un exemplaire parfait de ce que nous décrivions déjà avec un vieux complice il y a plus de vingt ans, parlant des « associations représentatives » dimensionnées précisément pour la concurrence politico-médiatique : un bureau, un téléphone et un téléscripteur. De nos jours, le bureau a fréquemment disparu avec la flambée de l’immobilier, les téléphones se sont multipliés et suivent les personnes, le téléscripteur a été envoyé à la déchet’ par les ordis enrichis d’internet. Mais le principe est resté identique : faire impression, multiplier les communiqués, occuper le terrain médiatique autant que faire se peut (ça se piétine ferme !). Ce terrain dématérialisé au possible, avec ses populations de même.

Ce qui rassemble ces orgas plus ou moins garnies est leur passion pour l’exécutif, et la participation à icelui ; sont prêtes à céder, engager quatre fois nos peaux et nos vies, qu’elles affirment représenter, pour obtenir une parcelle de décision, plus ou moins effective. Nous sommes malheureusement des ourses fort insouciantes, pour ne pas dire dangereusement consentantes à cette appropriation ; or c’est à nous qu’on viendra demander compte de la réalisation, dans l’ordre politique et économique, des lubies sécuritaires et normalisantes de ces missionnaires. Et alors gare à nouzautes.

 

Comme j’aime bien assaisonner paritairement, équitablement (mais pas durablement, ça j’abhorre) mes petites camarades, je me suis quasi en même temps esbaudie sur l’annonce d’un énième livre de MHB, laquelle a résolument décidé de nous « expliquer le féminisme ». Vaste programme. Je n’ai pas été plus loin que l’image qui jouxtait la triomphale annonce, laquelle faisait bien comprendre qu’il s’agissait d’un féminisme, qui n’est pas celui non plus des vieilles mules ringardes (auxquelles, je le rappelle, la rétivité et l’âge sont en train de m’amalgamer, ce dont je ne saurais trop me féliciter ni me réjouir), mais plutôt le féminisme des identités-statuts, frontalement opposé au républicanisme d’OLF et autres instit’s, avec les joies du monde en morceaux, tel qu’il est et doit le rester, opportune confusion de la réalité commune avec l’hégémonie, et libération (mais de quoi ?) par le recours aux racines et aux cultures. Pas convaincue des résultats. Comptabilisme et affirmatisme nous parquent dans l’impasse d’un présent incriticable, indépassable, d'oppositions factices, avec les chaises musicales de la domination à s'arracher. Comment s’arranger autrement dans la boîte de conserve, ni plus ni moins. Bof.

 

Récup' pour récup', autant éviter de nous réapproprier ce qui nous dévore, que ce soient l'état ou les traditions, la citoyenneté ou les identités.

 

Je dois avouer qu’à mes yeux, MHB et ses consortes sont aussi de bonnes fouilleuses, des récupératrices accortes. Encore que pas dans le même genre ni de la même manière qu’OLF, ce qui d’ailleurs se conçoit aisément quand on scrute ce qu’elles défendent les unes et les autres. Mais j’ai tout de même bien rigolé de son annexion de ou à t’lande, en son temps. Comme de celles de quelques autres. Ce fut assez cocasse. Queerlande, il faut bien le dire, m’est une source assez généreuse d’amusement. Et je me marre tellement que je ne leur en veux même pas – croix de bois croix de latex – de leurs prévarications t’morphiennes et autres langues de chat.

 

Les catéchismes n’ont jamais manqué, ni dans le féminisme ni ailleurs. Et il n’y a pas à s’en gendarmer en soi : nous partons nécessairement de prémisses, de croyances et de volontés. C’est même je crois la seule manière d’être honnêtes intellectuellement et politiquement, de ne pas faire mine que la science ou je ne sais quelle fatalité historique s’exprime par notre bouche. Mais voilà, précisément, ça biche quand la mayonnaise tourne mal, la mayonnaise que constitue notre attitude, notre approche, et qui veloute tout ça. Quand elle tourne à la vérité révélée, à la vox populi, enfin à la menace.

 

La manie collective de décréter que son féminisme est le seul, le vrai, le tatoué, et son projet de société l’unique viable et bienfaisant, n’a rien de neuf. Toutes les idéologies connaissent ce mouvement de ratissage compulsif qui s’empare des protagonistes à de certains moments. Particulièrement dans les époques dites de crise, où le cirque se resserre, où ça barde, et où on soupçonne mesquinement qu’y va pas y en avoir pour tout l’monde. Il ne s’agit alors plus de cohabiter, encore moins de discuter, mais d’éliminer. Guerre des catéchismes. C’est toute la différence avec les années 70, dont je compte vous causer dans un prochain post. Et les mauvais temps sont aussi ceux où on se sent amenées le plus à la récup’, et le moins à l’audace prospective. Que personne ne sorte !

 

Je ne suis pas devenue féministe pour apprendre la vérité ; si ç’avait été mon but, j’aurais été chez Krishna ou à Lutte Ouvrière, ç’eût été bien plus vite fait. Je ne suis pas truffière ; je suis chercheuse, mais pas trouveuse, et encore moins décrétaire. Les gentes regorgeantes de solutions et qui croient sans distance à leur discours sont, d’expérience historique, des périls redoutables pour leurs contemporaines, bien plus que pour la domination.

 

On ne vit pas sans récup’. Nous sommes faites de récup’. Nous sommes presque totalement une somme d’autrui, et le presque me semble même abusif par moment. Nous sommes des as, des gagne-petit ou des looseuses de la récup’, mais c’est là que nous nous retrouvons. Et heureusement ; c’est très bien comme cela, car sinon nous ne pourrions sans doute même pas nous comprendre.

Disons que dès que nous voulons paraître, là, c’est sûr, nous sommes totalement autrui, présentE et passéE. Il nous faudrait simplement l’admettre, au lieu de nous rengorger de nos petites différences. Et de nos redécouvertes tonitruantes. Nous sommes un fil à couper le beurre de la réalité et de ses fantasmes, un fil toujours émoussé. C’est comme ça. Ce que nous apportons, au fond, ce n’est pas tant ce que nous avons inventé ou décidé que ce qui nous arrive. Nous bugne, nous modèle et nous transforme. On pourrait le reconnaître sans se haïr ni se mépriser. Ce qui pourrait aussi aider à ne pas dramatiser que nous soyions, par exemple OLF, MHB et bibiche, en parfait désaccord sur la détermination de ce que nous voulons fuir autant de ce vers quoi nous voulons aller ? C'est un vieux remake : nous sommes toutes issues du premier féminisme matérialiste, mais à couteaux tirés dès que nous passons aux prospectives et aux conclusions. Par contre, c'est quelquefois assez drôle comme nous complicions avant de déterminer nos positions finales (je me rappelle encore d'une soirée, l'hiver dernier, où je me marrai copieusement avec des nanas d'OLF ; nous étions, pour quelques moments, non plus ni pas encore des moniales soldates, mais des personnes avec une histoire partagée). 

 

Si seulement nous pouvions déjà éviter, autant que possible, et sans s'interdire pourtant une raisons commune, de spolier des gentes en parlant à leur place, ou pire en retournant contre elles ce qu’elles ont apporté. Ça doit faire partie de cette vieille morale qui n’impressionne ni ne meut plus personne, en cette époque utilitaire. Et surtout pas les institutionnelles politicardes en action. Mais n’empêche que ça leur revient dans la figure ; il est malaisé de persuader les gentes qu’elles sont inadéquates ou de trop. Ou qu’on les connaît tellement bien que…

 


 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 09:00

 

 

 

 

« Je ne peux me représenter la féminité que comme une appropriation consciente de cette négativité qui est traditionnellement le lot de la féminité et qu’elle supporte plus ou moins inconsciemment.

Je ne pense pas que cette négativité doive forcément se transformer en affirmation. »

Ilse Bindseil

 

 

 

En un virage, au milieu de l’estimable bourg de Bagnac sur Célé, dans l’orient extrême du non moins estimable département du Lot, cette enseigne : « Le choix funéraire ». Rien de moins.

 

On a fait dix mille fois ce genre de petit rapprochement facile, je n’hésite pas à en rajouter encore une. Ça semble tellement bien résumer une époque. C'est-à-dire nous.

 

Le lendemain, les journaux s’empressent de m’apprendre que le long vouiquende consécutif a été « cauchemardesque » pour le vivant contenu des boîtes de sardines à grande vitesse : suicides en rafale de ses congénères solitaires sur des voies encore, toujours trop peu « sécurisées » (que font les polices, les milices, les psys, etc ?), trains bloqués. Mieux que n’importe quel complot anti-indus.

 

Et aussi que les thons rouges du Pacifique sont désormais radioactifs. Comme ça ils vont peut-être bénéficier, à notre instar, de la mort lente au lieu de la mort rapide dans les chaluts, étant devenus inconsommables (Tchouang-Tseu préconisait autrefois de se rendre inutile pour avoir la paix ; de nos jours il vaut mieux être inconsommable). Peut-être même va-t-on les faire citoyens pour marquer le coup. Plus fort que touTEs les antispéEs de la terre.

 

Ça c’était pour poser le théâtre.

 

En tous cas, cette dialectique de l’enseigne ramène brutalement à ce que veut dire, en l’état de choses, choix, comme à ce que veut y dire consentement : le monde est en ordre, les jeux sont faits, l’étalage est au complet. Nous ne sommes fondées qu’à dire oui ou non, et à passer à la suivante, sans sortir du grand magasin, jusques à la dernière gondole où aucun avis ne sera demandé, parce qu’il est celui, justement, du funéraire. Nous ne sommes fondées qu’à acquiescer ou à refuser, et ce toujours provisoirement, à recommencer face à l’exigence permanente d’un cadre qu’il n’est même pas un instant question que nous interrogions, sans parler même de le bouleverser ni d’en sortir. Nous sommes dedans. Amour, cul, travail, citoyenneté, santé : partout c’est l’interrogatoire : oui ou non ? Et nous perdons lentement, plus ou moins tranquillement, la boule, harcelées par la demande identique, répétée, presque à chaque minute. La demande qui inclut en elle-même que son objet est là, impératif, nous échappe totalement, que nous ne pouvons ni l'ignorer, ni le contourner, ni le détruire. Que quelle que soit la réponse c'est lui qui l'emporte à la fin. Tu veux ou tu veux pas ? C’est toujours l’autre par position, l’agentE des choses et de la nécessité, les choses et la nécessité même, qui parle en premier.

 

Si nous hurlons m…, on nous enferme. On a craqué. On est sorties du jeu. Et on n’a pas plus parlé en premier.

 

Une manière de n’y pas entrer serait de pouvoir dire un non préalable, un non au jeu et à sa table même, à ses formes, à ses catégories « incontournables » et pour pouvoir cela, de s’y autoriser. Je ne dis pas préalable au sens temporel du terme – à ce sens nous serons toujours battues et il sera toujours trop tard, puisque nous entrons dans le jeu, dans le magasin, en naissant. C’est un préalable de disposition et de logique. Il s’agit de parler en premier. De refuser d’être mises devant l’alternative ; de passer dans son dos et de lui bugner le cul, à cette alternative d’étroitesse et d’injonctions huilée par la métamarchandise bonheur. Et de ne pas se laisser avoir par son mirage d’abondance ; « Tout, tout de suite ». Bernique ; commençons voir par « Rien, jamais ! ». Ne nous laissons rien demander. 

 

Refusons nous. Voilà un bon commencement. Fermons leurs gueules à toutes les propositions, qui prétendent mettre la table et la délimiter. 

 

C’est un pari ; nous ne savons pas, moi la dernière, si une émancipation réelle est possible. Mais si nous n’essayons pas nous la reconnaissons d’emblée comme impossible – ou peut-être comme inopportune ?

 

En tous cas, coincées comme nous sommes, notre humour, cynique, a quelque chose de terreux ; la dame blanche est à demeure dans le virage. On se la rejoue sans cesse ; c’est par où la sortie ?

 

 


 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 08:36

 

Toute fraîche ou peu s’en faut une solide tranche de biosollicitude très très directive, pour rester euphémique, de la part notre amie la seule vraie présidente du plus orthodoxe de tous les centres lgbt. Ça faisait bien longtemps que je n’en avais causé, il faut croire que je m’ennuie – ce qui est sans doute le cas. Tout de même, que nous avons d’amiEs, et de si bon conseil ; il est remarquable, désarmant, que nous n’en soyions pas déjà toutes crevées. Ce qui prouve par le fait que nous sommes, les f-t, de la bien mauvaise herbe.

 

Je cite donc son pensum de l’autre soir, qui pourrait étonner si on ne lisait pas à intervalles réguliers ce genre de profonde analyse à notre sujet, que ce soit de la part de bio ou quelquefois de celles de collègues en bioformation qui se veulent faire, plus ou moins vainement, intégrer, et qui copient avec application, la langue sur les lèvres ; comme quand on apprenait à écrire.

 

"Les trans se sont souvent, et à juste titre, plaints du manque d'intérêt et de solidarité des gays à leur égard, mais ne se sont pas non plus vraiment intéressés à la déconstruction du système patriarcal ; il est extrêmement
rare de croiser un ou une trans un tant soit peu féministe. Au départ, n'étaient visibles que les transsexuelles hommes devenus femmes (M to F). Au contraire d'être féministes, la plupart adoptaient alors une représentation extrême, voire parfois caricaturée de la féminité, que la plupart d'entre nous, lesbiennes, ne voulions surtout plus être. Pour nous, il s'agissait justement d'une représentation sexiste des femmes. Incompréhensions, forcément, alors qu'avec la plupart des gays, ça passait beaucoup mieux."

 

C’est mis à un passé tout relatif, light et lourd à la fois, comme si ça ne concernait tout à fait que les t d’ hier, les ébauches ; merci pour elles, ces croquemitaines qui ont fait le trou et ont tout pris dans la gueule ! Mais on sent bien que ce passé si présent est suspendu sur nos têtes comme une menace anhistorique : nous sommes toujours et par nature sociale susceptibles de redevenir ces cro-magnon du genre. Mécanisme du reste bien connu : quand on n’est pas comme y faut, c’est inscrit, gravé, récurrent, ontologique ; on doit s’exténuer à s’y conformer, avec soumission et gratitude, mais c'est un boulot toujours remis en cause. 

Suivent quelques bafouilleries surérogatoires, pour le salut de son âme, sur ce que les transgenres, un tantinet plus modernes, mais surtout, c'est ça qui l'intéresse, opposéEs aux autres t', mieux décon-reconstruitEs, sont tout de même bien plus fréquentables que les transsexuelles, et autres âneries déjà bien tannées, tout autant que l’inverse. Je suppose au reste que c’est elle qui décerne les définitions et les galons aux gentes sur la foi de ses images d’Épinal. Toi t’es une sale t en jupe, morveuse, surfaite et va de la gueule ; à ma gauche ; toi t’es une bonne t en anorak terne qui la ferme et suis mes conseils ; à ma droite.


Ah fa f'est fûr que les t sont beaucoup moins féministes que les lgb en moyenne, que la société bio en général, quoi. D'ailleurs ça se voit tous les jours, combien toutes ces braves gentes le sont massivement. Honte donc aux t' à la traîne. Et suspicion envers celles qui prétendent l’être pasqu’au fond une t' ne peut pas être sincèrement féministe, quoi qu'il arrive et surtout si elle n’en fait qu’à sa tête. On ne fait mine de le regretter que pour la forme.

Quant à la caricature, n’en parlons pas, il est notoire que les stéréotypes dits de genre – sans même causer des autres - ne sont plus visibles que dans quelques recoins de bouzlande, quelques banlieues fort hostiles, chez les fem, qui ne seront jamais de vraies lesbiennes, et chez les t bien sûr, qui ne seront jamais de vraies rien du tout. Partout ailleurs c’est bleu de chauffe, bien dégagé sur les oreilles et postures dignes. Vous ne le percevez pas ? C’est que vous êtes mécréante, négative.

Ça montre bien que le phénomène est circonscrit et ne devrait pas tarder à se diluer dans les égouts sous les nettoyeurs haute pression de la citoyenneté moderne, avec un peu de javel incluse. Réappropriation du monde des signes m, vade retro l'enfer f. Pas nouveau ça non plus. Et une t' féminine, bien sûr, c'est une faute doublement grave ; plus on est t', moins on doit être fem. Sans quoi on est vraiment un mec. C'est d'une singulière manière que nous sommes taxées pour renflouer la misogynie qui imprégne la totalité de ce monde.  

 

Il était, de toutes manières, bon de rappeler que, dans quel sens qu’ellils aillent les t restent ou deviennent toujours des mecs pour nos tradies, de même que pour bio-hétérolande. C’est fou comme les unes et l’autre arrivent désormais à se mettre d’accord ; on n’aurait pas cru ça possible autrefois ; il leur manquait juste un objet à ce. Nous nous trouvons l’être, gloire à nozigues ! Nous mettons tout le monde d’accord sur notre dos, toujours trop ou pas assez, ou les deux ; ce qui devrait bien nous inciter, cela dit encore une fois, à ne plus chercher à plaire à personne. Fuck off l’intégration comme l’alignement.

On n'est pas là pour remplir vos rêves. Ni pour incarner vos cauchemars.

 

Je vous fais grâce enfin de l’hilarité qui pourra terrasser certaines d’entre vous au lire que « entre les gays et les t, ça passe »… même au passé !

 

Enfin bon, on a l’air de toujours autant se marrer et se mettre l’esprit à la torture, à lgbtlande. N’ayez cependant pas de regrets, vous qui y êtes détenues : ailleurs c’est sensiblement la même chose ! La vie est un mauvais rêve, collectif de surcroît. On s’y décoche de satanés coups de saton, en s’agitant dans notre terreur nocturne, en se fichant les coudes et les genoux des unes dans le menton des autres, au fort de ce sale et sudorifique sommeil aveugle. .

 

Ni oubli, ni pardon, ni léchouille (ça transmet la leucose féline).

 

Mais tout de même et non moins : c’est par où la sortie ?

 

 


 



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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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