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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 08:22

 

 

Dans la famille très très nombreuse de je cause à ta place et ce que tu dis c’est l’inverse de ce que tu veux, ce passage d’une tribune anti-mort volontaire publiée en Belgique (mais qui ferait tout aussi bien en France) : « Á cet appel, et il faut le redire avec force, la seule réponse appropriée est de soutenir le désir de vivre qui se manifeste dans toute expression d’une demande de mort. »

 

Hé hé, ben voyons. C’est bien connu, quand une nana dit non c’est oui, quand une personne qui en marre de ce cirque dit qu’elle veut s’en aller c’est qu’elle veut rester, les dents dans l’plancher. Singulier comme ces méthodes se reproduisent d’un « secteur » à un autre. Et comme leur point commun est de gommer toute négativité, tout refus fondamental. Les affaires vont en effet déjà assez mal pour qu’on ne laisse pas en plus les mauvaises coucheuses en faire à leur tête, et les chiffres d’activités en tous genres descendre encore !

 

Le plus cynique vient d’ailleurs juste avant, et dévoile, si besoin était, un des principes sociaux actuels : on écoutera la personne, ah ça écouter, c’est comme jacter, c’est sacré ; mais surtout on n’accèdera pas à sa demande. C’est une opinion, voilà tout. Les nécessités de l’heure sont de maintenir tout le monde sur le pont pour tenter de produire encore un peu de valeur ajoutée, de quelque manière que ce soit.

 

Cela dit, je crois que ce qui ne va déjà pas, c’est qu’on soit obligéEs de le dire, et à qui que ce soit, alors qu’il s’agit d’une histoire avec nous-mêmes, d’un acte, et pas d’une demande. Ce qui est énorme est qu’on ait à demander de mourir, sauf si vraiment on peut pas. N’importe qui devrait être en mesure de se tuer, et c’est là que ça biche.

 

Cynique, dis-je. Je trouve effectivement des portes de soute largement ouvertes sur le vide du cynisme dans tout ce débat sur ce qu’on appelle, bien euphémiquement, euthanasie. Pour moi il s’agit de mort volontaire (dans la mesure où est d’ailleurs volontaire quelque chose que nous ne pouvons éviter à terme). Il faut bien dire qu’elle est très mal vue en notre grand philum historique et religieux, abrahamique. Et que se rajoute dessus la dinguerie économique : ça rapporte quand même, in fine, provisoirement, quelques sous et activité que tout le monde vive le plus longtemps possible, fut-ce dans les pires conditions.

 

Il y a du cynisme, fort grossier, dans les positions pro-vie. Je ne trouve pas pour autant que les positions adverses en soient toujours exemptes. Et je pense effectivement, avec La Fontaine, qu’on peut parfaitement dire à son exemple « Qu’on me rende impotent, cul de jatte, goutteux, manchot, pourvu que je vive, c’est assez, je suis plus que content. » J’entre dans ses raisons, tellement j’ai peur de mourir.

Á ceci près que notre époque de productivité a multiplié plus que considérablement les souffrances sans espoir, grâce à ce qu’il faut bien désormais reconnaître comme un empoisonnement généralisé ; cancers, neurodégenérescence sont au menu de la cantine quotidienne qui est imposée et va l’être à ce qui devient une majorité d’entre nous. Cela change quelque peu la perspective, ou plutôt la ferme. Mais dans le même temps, ça a crée une sorte de bulle médicale palliative tout à fait considérable, un marché qui fourmille de machines sophistiquées et d’accompagnantes de fin de vie, qu’il serait irresponsable de laisser se dégonfler.

 

Non, ce qui me gène dans ces histoires, c’est que cette liberté tout de même fort ancienne de s’ôter la vie n’est plus aujourd’hui réellement au programme. Les partisanEs de l’euthanasie réclament ainsi que l’autorité, qu’elle soit incarnée par l’état ou les toubibs, ou les deux, accède aux demandes, qui en fait doivent être toujours conformes à un certain tableau, autant clinique que moral. Si vous n’êtes pas « sans espoir », à l’aune bien sûr d’une logique extérieure et générale, vous n’aurez pas accès à la mort. Revenez en troisième semaine, quand vous serez bien à point. Voilà ce que je trouve un cynisme assez remarquable. Je suis pour qu’on puisse se supprimer à n’importe quel moment. Et aussi pour qu’on ne vive pas si mal qu’on s’y sente contrainte, poussée. Mais zut, c’est à nous de décider et de faire, pas aux socio-médico-judiciaires.

 

Je n’aime pas le mot « euthanasie ». Ça doit être parce que j’ai une peur horrible de mourir, tout inéluctable que ce soit. C’est ça de vieillir. Mais aussi parce que les novlangues me saoûlent. Par novlangue, je n’entends pas les nouveaux mots ; sur ce point je suis disciple de Malherbe, que personne ne peut durablement domestiquer la langue. Non, par novlangue j’entends les euphémismes pour positiver les pires trucs, et aussi les sous-entendus. Le principal sous entendu de mots comme euthanasie comme ivg, par rapport à suicide et avortement, est que si la « décision » est clamée comme a priori le propre de moi ou toi, sa mise en œuvre nous échappe totalement, d’une part ; et que, décision ou pas, les conditions nous sont dictées. Que l’alien ne soit pas trop grand pour l’avortement, et qu’on passe par les toubibs. Pareil pour les toubibs et qu’on soit « objectivement sans espoir » pour le suicide par délégation. Objectivement. Le gros mot. En gros on peut se débarrasser de l’alien avec force contrition et s’il a pas trop grosse tête, et se faire flinguer si on est déjà quasiment morte. Classe la latitude de décision. Et le suicide, comme l’avortement, restent indélébilement des choses pas bien, pour être claire des fléaux sociaux. Bref des trucs qui dissolvent l’amalgame. On en extrait délicatement ce qui paraît réutilisable précisément pour participer au ciment social, à la docilité et à la participation. Á la limite, ça me fait un peu penser à l’alignement de lgbtlande sur hétérolande. L’important est de ne plus constituer un danger, mais au contraire un plus, une contribution à la valorisation générale. De se défaire des mauvais comportements antisociaux, et de se gonfler à l’inverse de formes reconnues. Reconnues et confiées à la machinerie, sanitaire, sociale et judiciaire, bien sûr, c’est à dire tout simplement à ce qui a toujours déterminé le pouvoir : la mainmise décisive sur la vie et la mort.

 

Ce qui me ramène, comme souvent, à la notion de consentement et d’approbation, et à ce que toutes ces circonlocutions impliquent que ce n’est jamais nous qui agissons, surtout pas. Comme dans les élections, nous sommes conviées à choisir dans un étalage soigneusement allégé par les expertEs et la puissance publique. Nous ne serons jamais appelées à maîtriser le cadre, à tenir un peu nos frêles vies. Eh non. Autant attendre la trompette du Jugement. Être appelées, c’est d’emblée être circonvenues, ne pouvoir entrer dans le réel que quand il a déjà été entièrement mis au carré.

Il y en a marre d’être appelées.

 

Autre chose aussi me chatouille le zigouigoui au penser sur tout ça ; la novlangue sert aussi à hiérarchiser les soucis, de manière à se détourner des plus criants. Ou à les traduire en réponse déjà données. C’est ce qu’on appelle les « question de société ». On cause ainsi avec prolixité des conditions de mort, ce qui n’est évidemment pas anecdotique ; mais cause t’on avec un attrait et une angoisse de décision aussi forte des conditions générales de vie, qui tout de même nous sont, comment dire, plus immédiates ? Nous mourons pitoyablement, j’en conviens ; mais nous vivons (et cela dure bien plus longtemps) encore plus pitoyablement ce me semble. Selon d’ailleurs les mêmes grandes règles : enferméEs, dépossédéEs, contraintEs à implorer l’octroi de la moindre action sur nous-mêmes.

Au reste, séparer et opposer mort et vie, ainsi hypostasiée, relève de l’illusionnisme, abondamment servi justement par les pro-vie ; de telle vie telle mort. On n’aura pas l’une sans avoir l’autre – c’est d’ailleurs là que se situe, pour moi, l’arnaque, et le léger ridicule de tant s’inquiéter de nos dernier instants après avoir consenti à l’aliénation de tous les autres. Mais il est vrai que nous nous en soucions de la même manière : nous réclamons que la machinerie, le gros animal, s'en soucie. Est-ce parce que dès le début nous avons coinsenti à renoncer à nous-mêmes, avec toutes ses embûches ?

 

Bref, pour revenir à la mort volontaire, sans aucune illusion à ce sujet, parce que la logique même des choses y est hostile, une idée serait tout bonnement de sortir du cadre légal, donc surveillant et limitatif, la disposition de soi, comme on dit un peu aussi en novlangue : avortement, suicide, etc. Et de cesser d’empêcher matériellement d’y procéder (pour le suicide, autrefois, il y avait le choix en pharmacie ; je songe à l’opium).

 

Mais il me semble tout aussi évident que ça pourrait bien perdre sens et portée dans un maintien par ailleurs dans toutes les formes actuelles, qui assurent la domination et peuvent même permettre de la renforcer ; c’est l’effrayante martingale dans laquelle nous sommes coincées, de devoir nous confier à une dépossession majeure pour éviter ce qui pourrait aussi être une libération totale des formes de domination intégrées. Emancipation ou barbarie ? La sortie d’un tel état de choses n’a rien d’évident. Et ne pourra jamais se faire à coups d’évidences ni de simplifications. En gros, il nous faudra nous compliquer la vie pour l’émanciper. Et faire face au réel.

 


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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 09:03

 

On est sans doute de la progéniture de Beauvoir, ce qui nous ramène, ne l’oublions pas, à la tradition existentialiste, avec tout ce que de fait. Mais comme je l’ai déjà dit quelques fois (comin’ out !), j’ai deux mamans, le féminisme et la théorie critique. Dans l’état des choses, c’est être une chimère. Une sorte de chimère arqueboutée sur un espoir ténu. J’assume.

Côté de la seconde, je professe un attachement appuyé à Hannah Arendt. L’autre jour, chez de vieilles copines, je suis tombée sur une édition de ses carnets de réflexion. Je me suis avalée le premier tome ; le second sera pour la prochaine fois. Ah ça change des couleuvres.

Arendt est, je trouve, une grande sceptique, et une conséquentialiste : elle assiste aux résultats. Y sont pas beaux. Elle ne détourne pas le regard, fouille dans la boîte à idées séculaires, sort les chapelets de pensée et les expose devant leurs conséquences.

 

« La « volonté générale » de Rousseau est peut-être la plus meurtrière résolution de la quadrature du cercle, c'est-à-dire du problème fondamental de toute philosophie politique occidentale, à savoir comment constituer une singularité à partir d’une pluralité – c'est-à-dire, dans les termes de Rousseau : « réunir une multitude en un corps ». Ce qui rend cette solution si meurtrière, c’est le fait que le souverain n’est plus une personne ou une multiplicité que je commande, mais qu’il est pour ainsi dire installé en moi en tant que « citoyen » s’opposant à « l’homme particulier ». Dans la « volonté générale », chacun devient en fait son propre bourreau. »

 

Hannah Arendt, Journal de pensée, X, 13

 

Je songe, figurez vous, à ce texte, non pas au sujet des méga-institutions genre état, qui en relèvent bien évidemment au premier chef, mais sur lesquels nous avons peu de prise ; j’y songe au second chef, pour ne pas dire au tiers, à ce qui concerne notre « niveau », ce que nous mettons joyeusement et un peu innocemment en place, assoces, collectifs, projets de vie. Et où nous sommes persuadées que statuts, chartes, constitutions quoi, vont nous préserver des vilaines dérives et de la domination mécnanique.

Elles nous en préserveront à peu près autant qu’elles nous en préservent au premier chef sus évoqué. Puisque ce faisant nous reproduisons et répandons un petit peu plus des formes qui véhiculent le pouvoir autonome dans leurs remplis et leur assemblage ; qui donnent un levier, levier fait des volontés congrégées, des assentiments et consentements, à la première main qui le saisira, que ce soit sincèrement ou machiavéliquement. Saisir n’est pas par hasard un mot déterminant du droit positif. Quand on saisit, c’est toujours une instance, cette forme à la fois externe et interne aux gentes qu’avoque Arendt, et c’est qu’il va y avoir de la casse ; même bien plus de casse, souvent, que n’en ont au pire médité les appelantes.

 

J’ai (presque) toujours été formaliste, et je ne vois aucune raison de ne le pas rester. Mais l’institutionnalisme, à quel niveau qu’il se situe, n’est pour moi ni une fatalité du formalisme, ni peut-être autre chose qu’un mouvement spontané, incritique, vers ce de quoi on a l’habitude ; vers ce dont quoi nous attendons, après l’avoir posé en objet externe, une protection qu’il n’accordera qu’à lui-même, et à ce qui en nous lui correspondra. Et broiera au besoin le reste.

 

Bref – une de nos chantiers serait peut-être de savoir distinguer, en théorie comme en praxis, formalisme, critique, et institutionnalisme, confiance aveugle dans les formes.

 

Bon, allez, je finis mon café. Salsifis pour aujourd’hui.

 

 


 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 09:47

 

« Tu veux voir rutiler les bolides ? »

Arthur

« J’y vais pour voir, j’y vais en car ».

vieille pub

 

 

Même à distance de tout et de touTEs, je vois passer et défiler régulièrement, quand ce n’est pas s’approcher insidieusement, des rampements et grouillis t’philes, genre « j’aimerais connaître unE/des t’ », ou la même chose en plus ampoulé, tortillé, ambitieux : « Je voudrais traîner, habiter, me confondre, copuler pourquoi pas, avec des t’ ». Voir, savoir. Et profiter.

 

Je ne cause pas là des tentatives des socio, univ’s et autre journaleuXses, à qui je raccroche au nez quand c’est mimiche qui tombe sur leur carnet d’adresse. Je cause des privéEs à motivation baveuse, et des biomilitantes qui aiment à s’afficher t’philes.  

 

Là, en en voyant une de plus, j’ai d’abord pensé à la classique, radicale solution d’une collègue, bref, envie de l’expédier en colissimo sur la Lune. Shoot’em up.

 

J’eus bien aimé qu’on entreprenne de couper le zigouigoui aux t’philes en tous genres, depuis les t’lovereuses jusques à nos hypocrites zamiEs biomilitantEs… Version CeCe McDonald élargie, quoi. (On peut, ceci dit, y procéder moralement et socialement, en ôtant vigoureusement leurs paluches de nozigues. Il faut juste le vouloir fermement…)

 

Mais voilà, plus les années passent plus je suis réticente aux solutions en général, et en particulier ce qui suppose extermination. Même des gentes qui m’insupportent grave, ou qui se révèlent des charognes (mutation régulièrement observée chez des bio placéEs à proximité de t’).

Ce n’est pas par aménité ni par indulgence, c’est juste que quand on met ce genre de processus en marche, il a tendance à s’autonomiser et à ne s’arrêter qu’après vous avoir bouffée vous-même. Et vous avez l’air tout de même rien c…e dans l’histoire, au moment de passer à la trappe.

 

Que faire alors ? Ou que ne pas faire ?

 

M’est alors revenue cette réponse qui me revient depuis que je l'ai lue, enfant, dans le Poil de Carotte de Jules Renard, livre plutôt rude que je ne conseille pas aux âmes sensibles. La réponse de monsieur Lepic à son fils qui lui demande un livre : « Écris des livres, tu les liras ensuite. »

 

Et bref, j’ai envie de répondre désormais : tu veux connaître des t’, t’lande ; ben transitionne, patate, tu ne pourras pas y connaître mieux, ni te trouver plus au courant, ni récolter plus de points-légitimité/victime, cette monnaie de notre salle de classe idéologique !

 

(Dommage, là encore, qu’on puisse pas les hypnotiser pour les faire aller elleux aussi, de leur plein gré, à la charcut’).

 

Et si tu t’aperçois alors que tout ça était une sale blague, eh ben tant pis pour ta gueule.

 

La curiosité est un vilain défaut, qui finit toujours puni.

 

 


 

 

 

 

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 09:28

 


Ce qui est tout à fait remarquable avec la nouvelle vague institutionaliste, OLF en particulier, c'est son aptitude incontestable à récupérer dans sa tambouille politique les initiatives, analyses, expressions, identités, etc. de tout le mouvement féministe, et au delà ; ce qui au fond n’est que raison, c’est notre histoire ; mais aussi à se les adjuger, se les approprier comme si elles venaient de les pondre. Et là c’est comment dire plus gênant. On a eu le clitoris, qu’on croyait avoir exhumé il y a bien dix ans, le coup classique, pour faire radic’, des hétéra bien accro à meclande qui la jouent lesb’ à la demi-journée, et quelques autres découvertes. Dernièrement, par ici, nous avons reçu, à l’occasion d’une de leur mission à plouclande, l’affirmation que si le Planning existait toujours c’était grâce à elles – et qu’il est sous entendu bien ingrat de n’être pas (encore), à leur image, entièrement prohi. Que n’ont-elles pas fait, pas créé, pas sauvé ? Anhistoriques, omniprésentes.

Là, un peu plus tordu encore, c'est la notion d'état proxénète, qui date au moins de nos aînées de 75, qu'elles font mine de découvrir. Et qu'elles retournent illico contre nous. C’est dans leur journal d’avril.


Les bras nous en tombent. L’état-maton contre l’état proxénète, en quelque sorte. Comme si on pouvait croire trois secondes à cette « opposition ». Y a du vaudeville dans l’air.  

 

On est nulles tout d’même. On n’a pas eu la présence d’esprit d’une mamie Fouque, on n’a pas pensé, à l’époque, ni depuis, à porter le pet et l’expression au bureau de la propriété industrielle. Sans quoi on la louerait, à titre trrrrès onéreux, à OLF et à toutes celles qui causent à notre place, on serait riches comme Crésusse et du coup peut-êt’ même on bosserait plus. Á part une fois tous les treize mois juste pour les faire enrager.

 

J’aime beaucoup, dans le même papier, leur dénonciation du « sexe sans désir ». Outre que bien sûr on ne va pas attendre d’elles une critique de la forme sociale désir (avec un grand D, nécessairement sexuel et même génital), non plus que celle de l’amour ou celle du bonheur, etc., critique à laquelle ne se livrent plus que de vieilles féministes ringardes dont j’ai l’honneur d’être presque désormais, a-t-on songé que le désir, en l’occurrence, quand je fais un client, c’est celui de l’argent. Désir d’ailleurs fort commun à économicland. Je suis au reste bien d’avis qu’on vivrait mieux sans argent, sans équivalence obligatoire, de même que sans désir (et sans bien d’autres choses d’ailleurs qui sont proclamées indispensables) – mais bizarrement la critique de l’économie et du monde qui va avec ne fait pas partie de ce que OLF récupère dans les poudreux amoncellement de la réflexion. On ne va pas non plus donc leur demander, non plus qu’à bien d’autres, une critique de la forme argent ni de la nécessité économique, tout aussi sacrées que désir et amour ; la seule injonction est que les formes sacrées ne se touchent pas, tellement apparemment on a la trouille qu’elle s’absorbent l’une l’autre et témoignent ainsi de leur identité, d’être deux aspects de la valeur fétiche.

Quant à la polarisation désir versus besoin, il semble que le monde contemporain ne la connaisse que comme paravent : le désir est un besoin comme un autre, et le besoin s’hypertrophie sous la forme désir. Pour ma part je pense qu’il nous faudrait nous débarrasser vite fait de la forme besoin comme de son faux nez désir. Là aussi il y aurait de la critique à touiller. Probable qu’on ne s’émancipera pas de l’un sans faire de même envers l’autre. Là aussi, le clivage dissimule (de plus en plus mal) deux aspects de la même machine sociale.

Même on dirait que toujours plus d’économie, d’argent et de participation paritaire à ce cirque pourtant mortifère, qui engendre précisément besoin et désir, semble convenir profondément aux féministes institutionnalistes. Cirque où on n’a pas peur de soutenir que « le salariat est émancipateur », de même que le « juste profit » en général ; ou d’affirmer, sans nulle arrière pensée, qu’il est prioritaire que des nanas puissent présider aussi bien que des mecs à la fabrication d’armes sophistiquées pour tuer les non-rentables (dont un fort quota d’autres femmes). Yes, dude…

 

C’est probablement dans cette optique de trouver des participantes, à tous les niveaux, qu’elles ont aussi fini par lancer une opé de séduc vers t’lande. Sans surprise, vers leurs homologues institutionnalistes de chez nous. Elles ne pouvaient d’ailleurs pas faire meilleur choix, je le dis sans ironie aucune. De même qu’OLF affirme être l’aboutissement de tout le féminisme, l’ANT, dans son libellé même, se pose en chapeau pointu de toutes les « luttes trans ». Ce qui vu d’une certaine distance fait évidemment un peu se marrer. C’est un exemplaire parfait de ce que nous décrivions déjà avec un vieux complice il y a plus de vingt ans, parlant des « associations représentatives » dimensionnées précisément pour la concurrence politico-médiatique : un bureau, un téléphone et un téléscripteur. De nos jours, le bureau a fréquemment disparu avec la flambée de l’immobilier, les téléphones se sont multipliés et suivent les personnes, le téléscripteur a été envoyé à la déchet’ par les ordis enrichis d’internet. Mais le principe est resté identique : faire impression, multiplier les communiqués, occuper le terrain médiatique autant que faire se peut (ça se piétine ferme !). Ce terrain dématérialisé au possible, avec ses populations de même.

Ce qui rassemble ces orgas plus ou moins garnies est leur passion pour l’exécutif, et la participation à icelui ; sont prêtes à céder, engager quatre fois nos peaux et nos vies, qu’elles affirment représenter, pour obtenir une parcelle de décision, plus ou moins effective. Nous sommes malheureusement des ourses fort insouciantes, pour ne pas dire dangereusement consentantes à cette appropriation ; or c’est à nous qu’on viendra demander compte de la réalisation, dans l’ordre politique et économique, des lubies sécuritaires et normalisantes de ces missionnaires. Et alors gare à nouzautes.

 

Comme j’aime bien assaisonner paritairement, équitablement (mais pas durablement, ça j’abhorre) mes petites camarades, je me suis quasi en même temps esbaudie sur l’annonce d’un énième livre de MHB, laquelle a résolument décidé de nous « expliquer le féminisme ». Vaste programme. Je n’ai pas été plus loin que l’image qui jouxtait la triomphale annonce, laquelle faisait bien comprendre qu’il s’agissait d’un féminisme, qui n’est pas celui non plus des vieilles mules ringardes (auxquelles, je le rappelle, la rétivité et l’âge sont en train de m’amalgamer, ce dont je ne saurais trop me féliciter ni me réjouir), mais plutôt le féminisme des identités-statuts, frontalement opposé au républicanisme d’OLF et autres instit’s, avec les joies du monde en morceaux, tel qu’il est et doit le rester, opportune confusion de la réalité commune avec l’hégémonie, et libération (mais de quoi ?) par le recours aux racines et aux cultures. Pas convaincue des résultats. Comptabilisme et affirmatisme nous parquent dans l’impasse d’un présent incriticable, indépassable, d'oppositions factices, avec les chaises musicales de la domination à s'arracher. Comment s’arranger autrement dans la boîte de conserve, ni plus ni moins. Bof.

 

Récup' pour récup', autant éviter de nous réapproprier ce qui nous dévore, que ce soient l'état ou les traditions, la citoyenneté ou les identités.

 

Je dois avouer qu’à mes yeux, MHB et ses consortes sont aussi de bonnes fouilleuses, des récupératrices accortes. Encore que pas dans le même genre ni de la même manière qu’OLF, ce qui d’ailleurs se conçoit aisément quand on scrute ce qu’elles défendent les unes et les autres. Mais j’ai tout de même bien rigolé de son annexion de ou à t’lande, en son temps. Comme de celles de quelques autres. Ce fut assez cocasse. Queerlande, il faut bien le dire, m’est une source assez généreuse d’amusement. Et je me marre tellement que je ne leur en veux même pas – croix de bois croix de latex – de leurs prévarications t’morphiennes et autres langues de chat.

 

Les catéchismes n’ont jamais manqué, ni dans le féminisme ni ailleurs. Et il n’y a pas à s’en gendarmer en soi : nous partons nécessairement de prémisses, de croyances et de volontés. C’est même je crois la seule manière d’être honnêtes intellectuellement et politiquement, de ne pas faire mine que la science ou je ne sais quelle fatalité historique s’exprime par notre bouche. Mais voilà, précisément, ça biche quand la mayonnaise tourne mal, la mayonnaise que constitue notre attitude, notre approche, et qui veloute tout ça. Quand elle tourne à la vérité révélée, à la vox populi, enfin à la menace.

 

La manie collective de décréter que son féminisme est le seul, le vrai, le tatoué, et son projet de société l’unique viable et bienfaisant, n’a rien de neuf. Toutes les idéologies connaissent ce mouvement de ratissage compulsif qui s’empare des protagonistes à de certains moments. Particulièrement dans les époques dites de crise, où le cirque se resserre, où ça barde, et où on soupçonne mesquinement qu’y va pas y en avoir pour tout l’monde. Il ne s’agit alors plus de cohabiter, encore moins de discuter, mais d’éliminer. Guerre des catéchismes. C’est toute la différence avec les années 70, dont je compte vous causer dans un prochain post. Et les mauvais temps sont aussi ceux où on se sent amenées le plus à la récup’, et le moins à l’audace prospective. Que personne ne sorte !

 

Je ne suis pas devenue féministe pour apprendre la vérité ; si ç’avait été mon but, j’aurais été chez Krishna ou à Lutte Ouvrière, ç’eût été bien plus vite fait. Je ne suis pas truffière ; je suis chercheuse, mais pas trouveuse, et encore moins décrétaire. Les gentes regorgeantes de solutions et qui croient sans distance à leur discours sont, d’expérience historique, des périls redoutables pour leurs contemporaines, bien plus que pour la domination.

 

On ne vit pas sans récup’. Nous sommes faites de récup’. Nous sommes presque totalement une somme d’autrui, et le presque me semble même abusif par moment. Nous sommes des as, des gagne-petit ou des looseuses de la récup’, mais c’est là que nous nous retrouvons. Et heureusement ; c’est très bien comme cela, car sinon nous ne pourrions sans doute même pas nous comprendre.

Disons que dès que nous voulons paraître, là, c’est sûr, nous sommes totalement autrui, présentE et passéE. Il nous faudrait simplement l’admettre, au lieu de nous rengorger de nos petites différences. Et de nos redécouvertes tonitruantes. Nous sommes un fil à couper le beurre de la réalité et de ses fantasmes, un fil toujours émoussé. C’est comme ça. Ce que nous apportons, au fond, ce n’est pas tant ce que nous avons inventé ou décidé que ce qui nous arrive. Nous bugne, nous modèle et nous transforme. On pourrait le reconnaître sans se haïr ni se mépriser. Ce qui pourrait aussi aider à ne pas dramatiser que nous soyions, par exemple OLF, MHB et bibiche, en parfait désaccord sur la détermination de ce que nous voulons fuir autant de ce vers quoi nous voulons aller ? C'est un vieux remake : nous sommes toutes issues du premier féminisme matérialiste, mais à couteaux tirés dès que nous passons aux prospectives et aux conclusions. Par contre, c'est quelquefois assez drôle comme nous complicions avant de déterminer nos positions finales (je me rappelle encore d'une soirée, l'hiver dernier, où je me marrai copieusement avec des nanas d'OLF ; nous étions, pour quelques moments, non plus ni pas encore des moniales soldates, mais des personnes avec une histoire partagée). 

 

Si seulement nous pouvions déjà éviter, autant que possible, et sans s'interdire pourtant une raisons commune, de spolier des gentes en parlant à leur place, ou pire en retournant contre elles ce qu’elles ont apporté. Ça doit faire partie de cette vieille morale qui n’impressionne ni ne meut plus personne, en cette époque utilitaire. Et surtout pas les institutionnelles politicardes en action. Mais n’empêche que ça leur revient dans la figure ; il est malaisé de persuader les gentes qu’elles sont inadéquates ou de trop. Ou qu’on les connaît tellement bien que…

 


 

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 09:00

 

 

 

 

« Je ne peux me représenter la féminité que comme une appropriation consciente de cette négativité qui est traditionnellement le lot de la féminité et qu’elle supporte plus ou moins inconsciemment.

Je ne pense pas que cette négativité doive forcément se transformer en affirmation. »

Ilse Bindseil

 

 

 

En un virage, au milieu de l’estimable bourg de Bagnac sur Célé, dans l’orient extrême du non moins estimable département du Lot, cette enseigne : « Le choix funéraire ». Rien de moins.

 

On a fait dix mille fois ce genre de petit rapprochement facile, je n’hésite pas à en rajouter encore une. Ça semble tellement bien résumer une époque. C'est-à-dire nous.

 

Le lendemain, les journaux s’empressent de m’apprendre que le long vouiquende consécutif a été « cauchemardesque » pour le vivant contenu des boîtes de sardines à grande vitesse : suicides en rafale de ses congénères solitaires sur des voies encore, toujours trop peu « sécurisées » (que font les polices, les milices, les psys, etc ?), trains bloqués. Mieux que n’importe quel complot anti-indus.

 

Et aussi que les thons rouges du Pacifique sont désormais radioactifs. Comme ça ils vont peut-être bénéficier, à notre instar, de la mort lente au lieu de la mort rapide dans les chaluts, étant devenus inconsommables (Tchouang-Tseu préconisait autrefois de se rendre inutile pour avoir la paix ; de nos jours il vaut mieux être inconsommable). Peut-être même va-t-on les faire citoyens pour marquer le coup. Plus fort que touTEs les antispéEs de la terre.

 

Ça c’était pour poser le théâtre.

 

En tous cas, cette dialectique de l’enseigne ramène brutalement à ce que veut dire, en l’état de choses, choix, comme à ce que veut y dire consentement : le monde est en ordre, les jeux sont faits, l’étalage est au complet. Nous ne sommes fondées qu’à dire oui ou non, et à passer à la suivante, sans sortir du grand magasin, jusques à la dernière gondole où aucun avis ne sera demandé, parce qu’il est celui, justement, du funéraire. Nous ne sommes fondées qu’à acquiescer ou à refuser, et ce toujours provisoirement, à recommencer face à l’exigence permanente d’un cadre qu’il n’est même pas un instant question que nous interrogions, sans parler même de le bouleverser ni d’en sortir. Nous sommes dedans. Amour, cul, travail, citoyenneté, santé : partout c’est l’interrogatoire : oui ou non ? Et nous perdons lentement, plus ou moins tranquillement, la boule, harcelées par la demande identique, répétée, presque à chaque minute. La demande qui inclut en elle-même que son objet est là, impératif, nous échappe totalement, que nous ne pouvons ni l'ignorer, ni le contourner, ni le détruire. Que quelle que soit la réponse c'est lui qui l'emporte à la fin. Tu veux ou tu veux pas ? C’est toujours l’autre par position, l’agentE des choses et de la nécessité, les choses et la nécessité même, qui parle en premier.

 

Si nous hurlons m…, on nous enferme. On a craqué. On est sorties du jeu. Et on n’a pas plus parlé en premier.

 

Une manière de n’y pas entrer serait de pouvoir dire un non préalable, un non au jeu et à sa table même, à ses formes, à ses catégories « incontournables » et pour pouvoir cela, de s’y autoriser. Je ne dis pas préalable au sens temporel du terme – à ce sens nous serons toujours battues et il sera toujours trop tard, puisque nous entrons dans le jeu, dans le magasin, en naissant. C’est un préalable de disposition et de logique. Il s’agit de parler en premier. De refuser d’être mises devant l’alternative ; de passer dans son dos et de lui bugner le cul, à cette alternative d’étroitesse et d’injonctions huilée par la métamarchandise bonheur. Et de ne pas se laisser avoir par son mirage d’abondance ; « Tout, tout de suite ». Bernique ; commençons voir par « Rien, jamais ! ». Ne nous laissons rien demander. 

 

Refusons nous. Voilà un bon commencement. Fermons leurs gueules à toutes les propositions, qui prétendent mettre la table et la délimiter. 

 

C’est un pari ; nous ne savons pas, moi la dernière, si une émancipation réelle est possible. Mais si nous n’essayons pas nous la reconnaissons d’emblée comme impossible – ou peut-être comme inopportune ?

 

En tous cas, coincées comme nous sommes, notre humour, cynique, a quelque chose de terreux ; la dame blanche est à demeure dans le virage. On se la rejoue sans cesse ; c’est par où la sortie ?

 

 


 

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 08:36

 

Toute fraîche ou peu s’en faut une solide tranche de biosollicitude très très directive, pour rester euphémique, de la part notre amie la seule vraie présidente du plus orthodoxe de tous les centres lgbt. Ça faisait bien longtemps que je n’en avais causé, il faut croire que je m’ennuie – ce qui est sans doute le cas. Tout de même, que nous avons d’amiEs, et de si bon conseil ; il est remarquable, désarmant, que nous n’en soyions pas déjà toutes crevées. Ce qui prouve par le fait que nous sommes, les f-t, de la bien mauvaise herbe.

 

Je cite donc son pensum de l’autre soir, qui pourrait étonner si on ne lisait pas à intervalles réguliers ce genre de profonde analyse à notre sujet, que ce soit de la part de bio ou quelquefois de celles de collègues en bioformation qui se veulent faire, plus ou moins vainement, intégrer, et qui copient avec application, la langue sur les lèvres ; comme quand on apprenait à écrire.

 

"Les trans se sont souvent, et à juste titre, plaints du manque d'intérêt et de solidarité des gays à leur égard, mais ne se sont pas non plus vraiment intéressés à la déconstruction du système patriarcal ; il est extrêmement
rare de croiser un ou une trans un tant soit peu féministe. Au départ, n'étaient visibles que les transsexuelles hommes devenus femmes (M to F). Au contraire d'être féministes, la plupart adoptaient alors une représentation extrême, voire parfois caricaturée de la féminité, que la plupart d'entre nous, lesbiennes, ne voulions surtout plus être. Pour nous, il s'agissait justement d'une représentation sexiste des femmes. Incompréhensions, forcément, alors qu'avec la plupart des gays, ça passait beaucoup mieux."

 

C’est mis à un passé tout relatif, light et lourd à la fois, comme si ça ne concernait tout à fait que les t d’ hier, les ébauches ; merci pour elles, ces croquemitaines qui ont fait le trou et ont tout pris dans la gueule ! Mais on sent bien que ce passé si présent est suspendu sur nos têtes comme une menace anhistorique : nous sommes toujours et par nature sociale susceptibles de redevenir ces cro-magnon du genre. Mécanisme du reste bien connu : quand on n’est pas comme y faut, c’est inscrit, gravé, récurrent, ontologique ; on doit s’exténuer à s’y conformer, avec soumission et gratitude, mais c'est un boulot toujours remis en cause. 

Suivent quelques bafouilleries surérogatoires, pour le salut de son âme, sur ce que les transgenres, un tantinet plus modernes, mais surtout, c'est ça qui l'intéresse, opposéEs aux autres t', mieux décon-reconstruitEs, sont tout de même bien plus fréquentables que les transsexuelles, et autres âneries déjà bien tannées, tout autant que l’inverse. Je suppose au reste que c’est elle qui décerne les définitions et les galons aux gentes sur la foi de ses images d’Épinal. Toi t’es une sale t en jupe, morveuse, surfaite et va de la gueule ; à ma gauche ; toi t’es une bonne t en anorak terne qui la ferme et suis mes conseils ; à ma droite.


Ah fa f'est fûr que les t sont beaucoup moins féministes que les lgb en moyenne, que la société bio en général, quoi. D'ailleurs ça se voit tous les jours, combien toutes ces braves gentes le sont massivement. Honte donc aux t' à la traîne. Et suspicion envers celles qui prétendent l’être pasqu’au fond une t' ne peut pas être sincèrement féministe, quoi qu'il arrive et surtout si elle n’en fait qu’à sa tête. On ne fait mine de le regretter que pour la forme.

Quant à la caricature, n’en parlons pas, il est notoire que les stéréotypes dits de genre – sans même causer des autres - ne sont plus visibles que dans quelques recoins de bouzlande, quelques banlieues fort hostiles, chez les fem, qui ne seront jamais de vraies lesbiennes, et chez les t bien sûr, qui ne seront jamais de vraies rien du tout. Partout ailleurs c’est bleu de chauffe, bien dégagé sur les oreilles et postures dignes. Vous ne le percevez pas ? C’est que vous êtes mécréante, négative.

Ça montre bien que le phénomène est circonscrit et ne devrait pas tarder à se diluer dans les égouts sous les nettoyeurs haute pression de la citoyenneté moderne, avec un peu de javel incluse. Réappropriation du monde des signes m, vade retro l'enfer f. Pas nouveau ça non plus. Et une t' féminine, bien sûr, c'est une faute doublement grave ; plus on est t', moins on doit être fem. Sans quoi on est vraiment un mec. C'est d'une singulière manière que nous sommes taxées pour renflouer la misogynie qui imprégne la totalité de ce monde.  

 

Il était, de toutes manières, bon de rappeler que, dans quel sens qu’ellils aillent les t restent ou deviennent toujours des mecs pour nos tradies, de même que pour bio-hétérolande. C’est fou comme les unes et l’autre arrivent désormais à se mettre d’accord ; on n’aurait pas cru ça possible autrefois ; il leur manquait juste un objet à ce. Nous nous trouvons l’être, gloire à nozigues ! Nous mettons tout le monde d’accord sur notre dos, toujours trop ou pas assez, ou les deux ; ce qui devrait bien nous inciter, cela dit encore une fois, à ne plus chercher à plaire à personne. Fuck off l’intégration comme l’alignement.

On n'est pas là pour remplir vos rêves. Ni pour incarner vos cauchemars.

 

Je vous fais grâce enfin de l’hilarité qui pourra terrasser certaines d’entre vous au lire que « entre les gays et les t, ça passe »… même au passé !

 

Enfin bon, on a l’air de toujours autant se marrer et se mettre l’esprit à la torture, à lgbtlande. N’ayez cependant pas de regrets, vous qui y êtes détenues : ailleurs c’est sensiblement la même chose ! La vie est un mauvais rêve, collectif de surcroît. On s’y décoche de satanés coups de saton, en s’agitant dans notre terreur nocturne, en se fichant les coudes et les genoux des unes dans le menton des autres, au fort de ce sale et sudorifique sommeil aveugle. .

 

Ni oubli, ni pardon, ni léchouille (ça transmet la leucose féline).

 

Mais tout de même et non moins : c’est par où la sortie ?

 

 


 



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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:23

 

Il existe une jolie et vieille expression pour « mourir », qui se dit « avaler son extrait de naissance ».

 

En résulte que (re)cracher son extrait de naissance, contr’expression que j’ai lue au moins une fois il y a fort longtemps dans un petit bulletin de lutte rurale, signifie sans ambages ressusciter.

 

Du moment que c’est vraiment ressusciter, et pas revenir jouer à la zombie.

 

Il m’est venu ce soir l’analogie avec les cartes, ces fameuses cartes qui nous sont déjà imposées, à commencer par celle d’identité (et on croit avoir inventé quelque chose et les revendiquant, ces identités… l’identité, l’être sous triple clé de ses statuts, de ses origines et destins, depuis l’invention de l’état civil, et bien en deça dans les vieux empires, a toujours été un prodrome de répression, d’enrôlement et de taxation). Imposées, mais comme on n’est pas contentes on en veut toujours plus, on n’en est jamais rassasiées, on adhère à tout ce qui est possible pour obtenir reconnaissance, pour former des corps constitués, pour représenter, pour participer, pour gouverner un tit peu quoi, tout court et bêtement…

 

J’ai songé à ces cartes, physiques ou morales, qui accompagnent tous nos engagements. Engagez vous, rengagez  vous dans la gestion de la catastrophe, vous aurez votre mot à dire, au sein de groupes de gentes maussades, au fond de salles ténébreuses, ornées d’affiches aux injonctions sans réplique.

 

Et je me suis dite, chic, après une grosse décennie d’engagements dont je ne suis absolument pas fière, où je me suis trimballée avec une bonne volonté ahurissante (en tous cas pour qui me connaît) dans les plus daubées initiatives, dans les nobles entreprises les plus tautologiques (faire le Bien, ce fichu bien contre les conséquences duquel un Tchouang-Tseu nous mit en garde en de tous autres temps et de tous autres lieux), dans des histoires à se taper le cul par terre, eh bien je me vois en passe d’avoir enfin recraché toutes mes cartes. Dites donc. Cela voudrait-il pas dire que je vais ressusciter, rejaillir à mon tour de ce long tunnel macabre qui n’a fait que me courber en se rétrécissant depuis que j’eus la mauvaise idée d’aller retremper un orteil dans le canal qui y stagne, fin des 90’s ?

 

Voilà qui serait trop classe !

 

Recracher le cachalot de papier ; réciproquement être enfin, devenue par trop amère, recrachée par le gros animal (S. Weil definixit). Reparaître à la lumière, mettre cet intervalle entre ce qu’on appelle la vie active (quelle vie, justement ?) et la mort, dont parlaient les contre-réformateurices du dix-septième, qui connaissaient un peu leur affaire.

 

Et voui – parce que vie aussi est un mot piégé. Il suffit pour cela de contempler les défilés anti-avortement. On comprend dès lors que cette vie totalitaire, avide, sans partage, utilitaire, que ce soit au service de dieu ou du bien commun, nous est exigée, soutirée jour à jour, année par année. Que nous sommes appelées à produire de la vie socialement assimilable, de même que dans la colle-baise et dans le travail, des aliens dans le ventre, des soutifs lejaby ou des relations-client. Mieux, que nous l’exigeons de nous-mêmes, étant à la fois agentes et objets (Hannah Arendt scribxit). Nous mettons notre potentiel d’amalgame en carte et à l’encan, gratoche et avec enthousiasme (encore que, gratoche, oui et non, la présence sociale et les dividendes relationnels attendus étant des monnaies fortes). Mais pas non plus gratoche de notre côté, puisque nous payons, et au comptant, en autonomie et en temps. Et c’est fort cher, car de ce nous en avons peu.

 

Finie la mise en carte. Faut espérer en tous cas. Il s’agit de ne plus socialiser, de ne plus faire une tête de l’hydre, pour se donner une chance de se retrouver en tant que personnes, avec tous les membres distincts en dessous de la caboche, sans plus trottiner sur mille pattes. Ne plus s’encarter, c’est peut-être aussi donner un rendons-nous. En d’autres endroits.

 


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 18:38

 

Récemment, en marge si j’ose dire de tous mes doutes sur nos histoires de t’itude(s), a germé en moi l’idée que nous serons peut-être, dans un avenir indéfini, peut-être un siècle, en tant que groupe et identité, un souvenir, une anecdote de l’histoire. Une tentative de se faufiler dans les rouages du genre, mais qui aura abouti très vite à une impasse matérielle et humaine. Que nous allons disparaître après nous être étioléEs, comme nous étions apparuEs et sommes actuellement en voie de multiplication. Que nous sommes une de ces nombreuses tentatives humaines qui n’auront pas de suite – mais il y a la mémoire. Ne pas gagner ce n'est pas perdre - et de toute façon ce n'est peut-être pas ça l'important.

Ouais, je sais, c’est pas le type de rumination qui fait plaisir… Mais je nous vois à la fois tellement dépendantEs, dans notre logique et pratique, d’un monde en probable déroute, lequel d’ailleurs ne nous aime guère plus que nous ne l’apprécions ; et à la fois tellement coincéEs dans une réattribution sans fin des signes en genres, toujours ramenés à deux (mais ce n’est pas le binaire qui fait ch… tant que le genre lui-même – le binaire montre seulement que le cadre même y ramènera, quoi que nous essayions d’en faire), à cette vieille dualité qui nous oppresse et qui nous éclate (je parle là à l’échelle humaine) ; enfin quelque peu bousilléEs, de divers points de vue, que je me dis, c’est raté. Et vu comme on survit, nous sommes en train de faire long feu. Bien essayé pourtant.

 

Finalement, je me demande si ça n’indique pas, une fois de plus, que quérir, échafauder réponses et surtout solutions à des questions piégées referme sur nous le clap encore plus serré. Peut-être faudrait-il parvenir à refuser de répondre ? Á refuser de nous positionner par rapport à ce donné très daubé. Á refuser l’alternative consentir/pas consentir, quoi. Á sortir un non qui soit en avant même du clivage, préalablement à toute tentative d’affirmation.

 

Pas évident. Le donné a un cul de plomb. Une fois de plus c’est à nous, qui sommes aussi faitEs de ce donné, de nous mouvoir. Dur dur. Lourd lourd.

 

En attendant, l’affaire reste entière. Je crois que nous ne l’avons que très peu entamée, la lame a glissé. Nous sommes en train de ronger notre lichette, à je ne sais combien dessus, à côté de la masse susbistante.

 

De toute façon, anecdotes ou pas, caricatures ou pas, on ne le sera guère plus – ou moins - que les bio, et on va essayer de ne pas en crever trop vite non plus. On se trouve là, les t’, aussi réelLEs que vouszautes. Si vous nous marchez sur les pieds zaurez notre paluche sur la figure. Et si on n’a pas réussi à se décoller du grand chewing gum, pareil, c’est pas faute d’avoir essayé, et il y a de quoi rigoler en contemplant celleux qui nous charrient et qui y font des bulles. Nous sommes dans la même galère, totalité oblige. Elle ne nous rend pas belLEs. Mais tête pour tête, je préfère encore la mienne aux vôtres ; contente de ne vous ressembler qu’avec modération ; pas de regret.

 

Il se peut fort que tout ne soit pas dit. Ni écrit.

 


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 08:08

 

http://www.lalibre.be/societe/insolite/article/734593/des-robots-prostituees-des-2050-a-amsterdam.html

 

Les androïdes, comme dans K Dick, quoi. C’est pas trente ans en avant, c’est soixante ans en arrière que nous voilà dans les conceptions, les fantasmes et les craintes. C’est le tarif du progrès. Un pas en avant deux pas en arrière. D’ailleurs, est-ce que les androïdes feront le « service social et psy », qui est une part non négligeable de notre boulot ? Bah, il y a justement des androïde psy (docteur je sais plus quoi) dans K Dick ! Et une machine peut fort bien appliquer les schémas simplistes des écoles de psychothérapie, de positivation et d’empowerment. Peut-être même seront-elles encore plus persuasives que des humainEs, lesquelles ont toujours de ces possibles réserves, réticences et doubles fonds qui peuvent gâcher une bonne remise en forme.

 

Les « rêves » d’aujourd’hui, si toutefois on peut parler de rêve au sujet de ces prospectives daubées et sinistres, sont de plus en plus fréquemment ce qui paraissait déjà et pourtant hier comme un désastre et une ergastule à fuir. Ça en dit long sur l’impasse sur le fond de laquelle nous nous cognons la tête avec entrain. Il ne nous reste plus qu’à évoquer les fantômes d’un passé raté. Et à souhaiter la réalisation de ce qui fut la provende de la science-fiction dystopique d’hier, laquelle nous présentait assez justement ce qui était à craindre. Mais aussi réclamer en frissonnant ce contre quoi nos parentEs et grand parentEs se sont battuEs.

 

Plein emploi, tiens, tout le monde utile, utiliséE, au boulot, à la famille, à la culture, cet enfermement des années 60 après lequel toutes les identités sociales courent aujourd’hui, nonobstant qu’on ait autrefois tenté de se défaire de ce cauchemar tayloriste. Zamiatine, la valorisationde tout ce qui est valorisable et les tablettes tactiles unies dans la frénésie comme dans la dépossession. C’est qu’il ne s’agit plus de s’émanciper – il s’agit désormais de s’entasser dans la capsule de sauvetage, où les conditions promettent de devenir à peu près aussi favorables et passionnantes qu’au beau milieu du vide spatial. Ce vide que nous met déjà sous le nez l’effondrement des zones dévaluées.

 

Mais n’avons-nous pas un peu le même genre de terreur du vide envers une hypothèse où disparaîtraient vente, achat, équivalence et évaluation ? Il est vrai que, dans les dispositions actuelles, ça sentirait plus le massacre mutuel et l’extorsion infinie que le dégonflement et la sortie des injonctions. Mais de toute amnière, si on n’en sort pas on y va aussi tout droit. Simple question d’épuisement de l’accumulation. 

 

Ainsi donc aussi de la famille ; arrivée là je reste tout de même assise sur mes talons, admirative. On a autrefois fait les efforts les plus compliqués pour arriver à s’extirper, plus ou moins bien, avec plus ou moins d’élargissement, de cette boîte de sardines qui ligote plus qu’elle ne lie, par le mariage, l’enfantement, la parentalité et j’en passe. Le paradis n’est nulle part, mais on était bien contentEs de l’avoir un peu ouverte aux forceps, la boiboîte. Eh bien la débine actuelle, le besoin de reconnaissance qui ne trouve plus rien d’autre où s’accrocher, nous y ont ramenéEs, que dis-je, carrément re… ; nous voilà réentasséEs dans l’idéal des deux (ou éventuellement plus, chacunE avec son jugement d’autorité dans la pochette) nadultes et de leur ribambelle de gosses, qu’on imagine à vélo le dimanche à la file sur les voies vertes (et je cause là du segment dit « privilégié » - drôle de privilège cependant). Encore quelque chose dont on avait entrevu la fin, et qui a repoussé en nous comme une larve parasite, une douve du bulbe. Á ce point d’ailleurs que maintenant, paraît-il, on décore des cadenas, oui, des cadenas, en guise de célébration d’unions. Demain ce seront des menottes. En plastique biodégradable. Vive la prison, quoi (ce qui est d’ailleurs un des leitmotivs enthousiastes de ce temps : que personne ne soit dehors !).

Remarque, on en est bien à revendiquer de rentrer dans les ordres…

 

Quand aux apprentiEs révolutionnaires de l’amélioration, ellils se projettent – en juges ! Étonnant comme les chats-fourrés de Daumier font désormais triper les espoirs. Pasque c’est bien sûr à coups de droit positif qu’on sortira du cauchemar. Et quand il se retourne contre nous, dans sa logique propre, on n’a qu’à crier « justice pourrie », histoire de se défouler, ça ne coûte pas cher. C’est le carcan juridique qui coûte jusques à nos peaux. Nos peaux que nous lui confions bien inconsidérement, à ce tanneur. Mais à qui ne les avons-nous pas déjà con fiées, abandonnées, négociées et bradées ? Á la relation, à l’économie, à la nation et tout ce qui s’ensuit. Alors, un peu plus un peu moins…

Une nana américaine, récemment, ne s’y est pas fiée, n’a pas confiée ce qu’elle pouvait faire illico ; pour une fois la transgression en est une, et une bonne, aller au-delà. Á coups de ciseaux. Sur le mec qui lui sautait dessus. Couic le mec. Mille mercis à cette personne pour nous avoir rappelé que rien ne vaut s’occuper soi-même de ses fesses, de manière, comment dire, pragmatique. Et sans attendre justice. Elle s’est fait coxer, zut. Justice partout, hélas. J’espère qu’on n’est pas au courant pour d’autres qui ne se sont tout simplement pas faites choper, méthode Beignets de tomate verte ! – Dans le monde du Bien, comme ce serait d’ailleurs dans un hypothétique du Mal, tout aussi nœud, la tête chercheuse scrute pour tout passer en valeur économique et pénale. Quand comprendrons nous que coupables et victimes ne sont à ses yeux morts que des occasions de se renforcer et de s’enrichir ? Et que nos vies lui indiffèrent suprêmement ?

 

Dans un contexte tout voisin, la relation étant une forme de l’économie, voici le retour des morts-vivants, l’effarant recours des welfaristes à la figure de… Roosevelt ! Qui ne trouva pas mieux que parier sur une guerre générale, que d’autres, eux aussi passionnés par la technique et le développement, eurent effectivement la générosité de commencer, pour relancer l’économie, laquelle ne peut sainement « repartir » que sur les vides laissés par la destruction et leur remplissement. Classe la nouvelle donne, après les vagues de bombardiers et les exterminations de populations. Pour stimuler la production, à quelle redistribution des cartes de vie ne consentirions nous pas ?

Car rien ne semble faire plus peur que la fin du travail, de la production de masse et de la consommation, de notre misérable richesse d’ersatzs, de prothèses et de babioles.

Il est vrai que cette terreur n’est pas absolument injustifiée dans la mesure où, agrippéEs à nos rêves de reconnaissance, d’appropriation et de croissance boulimiques, nous sommes bien décidéEs à endurer et même à pratiquer la barbarie pour en faire subsister les restes et lambeaux un peu plus longtemps. On en voit déjà les prodromes : la piraterie et la tuerie comme alternatives « franches » et libératoires au commerce et à la représentation classiques, qui éliminent en douce et au loin ; l’important restant que les biens et les territoires prévalent, circulent, soient attribués et valent quelque chose, fut-ce de la vie nue. L’existentialisme nous en avait déjà touché un mot avec Fanon ou Sartre, après Nietzsche et Sorel ; de nos jours c’est l’insurrection qui vient et ça se passe même de mots. La violence libératrice – qui libère effectivement les forces productrices, les formes viriles et exterminatoires qui vont avec. Les gentes sont toujours de trop. Toi aujourd'hui moi demain, ou l'inverse. L'économie durable, néolibérale ou keynésienne, sous son grimouillis habituel de nécessité politico-historique, va nous en toucher un mot, et pas qu'un mot d'ailleurs. Elle va taper sur l'épaule pour dire de dégager, que les susditEs coûtent trop cher. A mesure de l'apauvrissement, comme c'est surprenant. Classe, là encore ! On se la rejoue, des fois qu'on n'ait pas encore bien décelé toutes les subtilités du scénario. 

 

Il sera alors temps de recourir aux manières fortes que l’on n’impose encore aujourd’hui qu’aux déjà inutiles. On en est déjà, en Europe même, à des dispositions légales de type autoritaire, pour protéger la bonne marche de la production. Mais, même là, on se plaint de l’humain retard ; ainsi, un général français soupire-t’il devant le manque de cartes d’identité en Afghanistan. Ah, cette brave et bonne identité, mise en place par des régimes qu’on fait semblant d’oublier, et si utile à déjouer toute fraude, toute échappatoire. Mais grâce aux prouesses de nos ingénieurEs et à la collaboration de nos citoyenNEs, on va touTEs se voir pucer. Gloire à ce Moreno qui vient de périr, à qui nous sommes redevables d’un instrument de contrôle et de contrainte induite qui pourra nous suivre, sous la peau, jusques dans les charniers du stade ultime de la valorisation !

 

 


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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:06

 

Sans l’amour, je n’existe pas.

 

Sans l’argent, je n’existe pas.

 

Sans le travail je n’existe pas.

 

Sans l’état je n’existe pas.

 

Sans la citoyenneté je n’existe pas.

 

Sans le genre je n’existe pas.

 

Sans sexualité je n’existe pas.

 

Sans identité(s) je n’existe pas.

 

Sans reconnaissance je n’existe pas.

 

Sans…

 

Apfouh !

 

Purée, sur quels échafaudages faut-il pas crapahuter pour se sentir exister ?

Ça donne le vertige.

Et c’est quoi au juste exister, à de pareilles conditions ?

 

Je n’existe pas, c’est moins fatigant.

 

Je n’existe pas, je m’occuperai d’autre chose. De mes fesses. Ou de rien du tout.

 

Antipolitique, antisexuelle, antisociale, et gnak !

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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