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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 18:23

 

Il existe une jolie et vieille expression pour « mourir », qui se dit « avaler son extrait de naissance ».

 

En résulte que (re)cracher son extrait de naissance, contr’expression que j’ai lue au moins une fois il y a fort longtemps dans un petit bulletin de lutte rurale, signifie sans ambages ressusciter.

 

Du moment que c’est vraiment ressusciter, et pas revenir jouer à la zombie.

 

Il m’est venu ce soir l’analogie avec les cartes, ces fameuses cartes qui nous sont déjà imposées, à commencer par celle d’identité (et on croit avoir inventé quelque chose et les revendiquant, ces identités… l’identité, l’être sous triple clé de ses statuts, de ses origines et destins, depuis l’invention de l’état civil, et bien en deça dans les vieux empires, a toujours été un prodrome de répression, d’enrôlement et de taxation). Imposées, mais comme on n’est pas contentes on en veut toujours plus, on n’en est jamais rassasiées, on adhère à tout ce qui est possible pour obtenir reconnaissance, pour former des corps constitués, pour représenter, pour participer, pour gouverner un tit peu quoi, tout court et bêtement…

 

J’ai songé à ces cartes, physiques ou morales, qui accompagnent tous nos engagements. Engagez vous, rengagez  vous dans la gestion de la catastrophe, vous aurez votre mot à dire, au sein de groupes de gentes maussades, au fond de salles ténébreuses, ornées d’affiches aux injonctions sans réplique.

 

Et je me suis dite, chic, après une grosse décennie d’engagements dont je ne suis absolument pas fière, où je me suis trimballée avec une bonne volonté ahurissante (en tous cas pour qui me connaît) dans les plus daubées initiatives, dans les nobles entreprises les plus tautologiques (faire le Bien, ce fichu bien contre les conséquences duquel un Tchouang-Tseu nous mit en garde en de tous autres temps et de tous autres lieux), dans des histoires à se taper le cul par terre, eh bien je me vois en passe d’avoir enfin recraché toutes mes cartes. Dites donc. Cela voudrait-il pas dire que je vais ressusciter, rejaillir à mon tour de ce long tunnel macabre qui n’a fait que me courber en se rétrécissant depuis que j’eus la mauvaise idée d’aller retremper un orteil dans le canal qui y stagne, fin des 90’s ?

 

Voilà qui serait trop classe !

 

Recracher le cachalot de papier ; réciproquement être enfin, devenue par trop amère, recrachée par le gros animal (S. Weil definixit). Reparaître à la lumière, mettre cet intervalle entre ce qu’on appelle la vie active (quelle vie, justement ?) et la mort, dont parlaient les contre-réformateurices du dix-septième, qui connaissaient un peu leur affaire.

 

Et voui – parce que vie aussi est un mot piégé. Il suffit pour cela de contempler les défilés anti-avortement. On comprend dès lors que cette vie totalitaire, avide, sans partage, utilitaire, que ce soit au service de dieu ou du bien commun, nous est exigée, soutirée jour à jour, année par année. Que nous sommes appelées à produire de la vie socialement assimilable, de même que dans la colle-baise et dans le travail, des aliens dans le ventre, des soutifs lejaby ou des relations-client. Mieux, que nous l’exigeons de nous-mêmes, étant à la fois agentes et objets (Hannah Arendt scribxit). Nous mettons notre potentiel d’amalgame en carte et à l’encan, gratoche et avec enthousiasme (encore que, gratoche, oui et non, la présence sociale et les dividendes relationnels attendus étant des monnaies fortes). Mais pas non plus gratoche de notre côté, puisque nous payons, et au comptant, en autonomie et en temps. Et c’est fort cher, car de ce nous en avons peu.

 

Finie la mise en carte. Faut espérer en tous cas. Il s’agit de ne plus socialiser, de ne plus faire une tête de l’hydre, pour se donner une chance de se retrouver en tant que personnes, avec tous les membres distincts en dessous de la caboche, sans plus trottiner sur mille pattes. Ne plus s’encarter, c’est peut-être aussi donner un rendons-nous. En d’autres endroits.

 


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 18:38

 

Récemment, en marge si j’ose dire de tous mes doutes sur nos histoires de t’itude(s), a germé en moi l’idée que nous serons peut-être, dans un avenir indéfini, peut-être un siècle, en tant que groupe et identité, un souvenir, une anecdote de l’histoire. Une tentative de se faufiler dans les rouages du genre, mais qui aura abouti très vite à une impasse matérielle et humaine. Que nous allons disparaître après nous être étioléEs, comme nous étions apparuEs et sommes actuellement en voie de multiplication. Que nous sommes une de ces nombreuses tentatives humaines qui n’auront pas de suite – mais il y a la mémoire. Ne pas gagner ce n'est pas perdre - et de toute façon ce n'est peut-être pas ça l'important.

Ouais, je sais, c’est pas le type de rumination qui fait plaisir… Mais je nous vois à la fois tellement dépendantEs, dans notre logique et pratique, d’un monde en probable déroute, lequel d’ailleurs ne nous aime guère plus que nous ne l’apprécions ; et à la fois tellement coincéEs dans une réattribution sans fin des signes en genres, toujours ramenés à deux (mais ce n’est pas le binaire qui fait ch… tant que le genre lui-même – le binaire montre seulement que le cadre même y ramènera, quoi que nous essayions d’en faire), à cette vieille dualité qui nous oppresse et qui nous éclate (je parle là à l’échelle humaine) ; enfin quelque peu bousilléEs, de divers points de vue, que je me dis, c’est raté. Et vu comme on survit, nous sommes en train de faire long feu. Bien essayé pourtant.

 

Finalement, je me demande si ça n’indique pas, une fois de plus, que quérir, échafauder réponses et surtout solutions à des questions piégées referme sur nous le clap encore plus serré. Peut-être faudrait-il parvenir à refuser de répondre ? Á refuser de nous positionner par rapport à ce donné très daubé. Á refuser l’alternative consentir/pas consentir, quoi. Á sortir un non qui soit en avant même du clivage, préalablement à toute tentative d’affirmation.

 

Pas évident. Le donné a un cul de plomb. Une fois de plus c’est à nous, qui sommes aussi faitEs de ce donné, de nous mouvoir. Dur dur. Lourd lourd.

 

En attendant, l’affaire reste entière. Je crois que nous ne l’avons que très peu entamée, la lame a glissé. Nous sommes en train de ronger notre lichette, à je ne sais combien dessus, à côté de la masse susbistante.

 

De toute façon, anecdotes ou pas, caricatures ou pas, on ne le sera guère plus – ou moins - que les bio, et on va essayer de ne pas en crever trop vite non plus. On se trouve là, les t’, aussi réelLEs que vouszautes. Si vous nous marchez sur les pieds zaurez notre paluche sur la figure. Et si on n’a pas réussi à se décoller du grand chewing gum, pareil, c’est pas faute d’avoir essayé, et il y a de quoi rigoler en contemplant celleux qui nous charrient et qui y font des bulles. Nous sommes dans la même galère, totalité oblige. Elle ne nous rend pas belLEs. Mais tête pour tête, je préfère encore la mienne aux vôtres ; contente de ne vous ressembler qu’avec modération ; pas de regret.

 

Il se peut fort que tout ne soit pas dit. Ni écrit.

 


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 08:08

 

http://www.lalibre.be/societe/insolite/article/734593/des-robots-prostituees-des-2050-a-amsterdam.html

 

Les androïdes, comme dans K Dick, quoi. C’est pas trente ans en avant, c’est soixante ans en arrière que nous voilà dans les conceptions, les fantasmes et les craintes. C’est le tarif du progrès. Un pas en avant deux pas en arrière. D’ailleurs, est-ce que les androïdes feront le « service social et psy », qui est une part non négligeable de notre boulot ? Bah, il y a justement des androïde psy (docteur je sais plus quoi) dans K Dick ! Et une machine peut fort bien appliquer les schémas simplistes des écoles de psychothérapie, de positivation et d’empowerment. Peut-être même seront-elles encore plus persuasives que des humainEs, lesquelles ont toujours de ces possibles réserves, réticences et doubles fonds qui peuvent gâcher une bonne remise en forme.

 

Les « rêves » d’aujourd’hui, si toutefois on peut parler de rêve au sujet de ces prospectives daubées et sinistres, sont de plus en plus fréquemment ce qui paraissait déjà et pourtant hier comme un désastre et une ergastule à fuir. Ça en dit long sur l’impasse sur le fond de laquelle nous nous cognons la tête avec entrain. Il ne nous reste plus qu’à évoquer les fantômes d’un passé raté. Et à souhaiter la réalisation de ce qui fut la provende de la science-fiction dystopique d’hier, laquelle nous présentait assez justement ce qui était à craindre. Mais aussi réclamer en frissonnant ce contre quoi nos parentEs et grand parentEs se sont battuEs.

 

Plein emploi, tiens, tout le monde utile, utiliséE, au boulot, à la famille, à la culture, cet enfermement des années 60 après lequel toutes les identités sociales courent aujourd’hui, nonobstant qu’on ait autrefois tenté de se défaire de ce cauchemar tayloriste. Zamiatine, la valorisationde tout ce qui est valorisable et les tablettes tactiles unies dans la frénésie comme dans la dépossession. C’est qu’il ne s’agit plus de s’émanciper – il s’agit désormais de s’entasser dans la capsule de sauvetage, où les conditions promettent de devenir à peu près aussi favorables et passionnantes qu’au beau milieu du vide spatial. Ce vide que nous met déjà sous le nez l’effondrement des zones dévaluées.

 

Mais n’avons-nous pas un peu le même genre de terreur du vide envers une hypothèse où disparaîtraient vente, achat, équivalence et évaluation ? Il est vrai que, dans les dispositions actuelles, ça sentirait plus le massacre mutuel et l’extorsion infinie que le dégonflement et la sortie des injonctions. Mais de toute amnière, si on n’en sort pas on y va aussi tout droit. Simple question d’épuisement de l’accumulation. 

 

Ainsi donc aussi de la famille ; arrivée là je reste tout de même assise sur mes talons, admirative. On a autrefois fait les efforts les plus compliqués pour arriver à s’extirper, plus ou moins bien, avec plus ou moins d’élargissement, de cette boîte de sardines qui ligote plus qu’elle ne lie, par le mariage, l’enfantement, la parentalité et j’en passe. Le paradis n’est nulle part, mais on était bien contentEs de l’avoir un peu ouverte aux forceps, la boiboîte. Eh bien la débine actuelle, le besoin de reconnaissance qui ne trouve plus rien d’autre où s’accrocher, nous y ont ramenéEs, que dis-je, carrément re… ; nous voilà réentasséEs dans l’idéal des deux (ou éventuellement plus, chacunE avec son jugement d’autorité dans la pochette) nadultes et de leur ribambelle de gosses, qu’on imagine à vélo le dimanche à la file sur les voies vertes (et je cause là du segment dit « privilégié » - drôle de privilège cependant). Encore quelque chose dont on avait entrevu la fin, et qui a repoussé en nous comme une larve parasite, une douve du bulbe. Á ce point d’ailleurs que maintenant, paraît-il, on décore des cadenas, oui, des cadenas, en guise de célébration d’unions. Demain ce seront des menottes. En plastique biodégradable. Vive la prison, quoi (ce qui est d’ailleurs un des leitmotivs enthousiastes de ce temps : que personne ne soit dehors !).

Remarque, on en est bien à revendiquer de rentrer dans les ordres…

 

Quand aux apprentiEs révolutionnaires de l’amélioration, ellils se projettent – en juges ! Étonnant comme les chats-fourrés de Daumier font désormais triper les espoirs. Pasque c’est bien sûr à coups de droit positif qu’on sortira du cauchemar. Et quand il se retourne contre nous, dans sa logique propre, on n’a qu’à crier « justice pourrie », histoire de se défouler, ça ne coûte pas cher. C’est le carcan juridique qui coûte jusques à nos peaux. Nos peaux que nous lui confions bien inconsidérement, à ce tanneur. Mais à qui ne les avons-nous pas déjà con fiées, abandonnées, négociées et bradées ? Á la relation, à l’économie, à la nation et tout ce qui s’ensuit. Alors, un peu plus un peu moins…

Une nana américaine, récemment, ne s’y est pas fiée, n’a pas confiée ce qu’elle pouvait faire illico ; pour une fois la transgression en est une, et une bonne, aller au-delà. Á coups de ciseaux. Sur le mec qui lui sautait dessus. Couic le mec. Mille mercis à cette personne pour nous avoir rappelé que rien ne vaut s’occuper soi-même de ses fesses, de manière, comment dire, pragmatique. Et sans attendre justice. Elle s’est fait coxer, zut. Justice partout, hélas. J’espère qu’on n’est pas au courant pour d’autres qui ne se sont tout simplement pas faites choper, méthode Beignets de tomate verte ! – Dans le monde du Bien, comme ce serait d’ailleurs dans un hypothétique du Mal, tout aussi nœud, la tête chercheuse scrute pour tout passer en valeur économique et pénale. Quand comprendrons nous que coupables et victimes ne sont à ses yeux morts que des occasions de se renforcer et de s’enrichir ? Et que nos vies lui indiffèrent suprêmement ?

 

Dans un contexte tout voisin, la relation étant une forme de l’économie, voici le retour des morts-vivants, l’effarant recours des welfaristes à la figure de… Roosevelt ! Qui ne trouva pas mieux que parier sur une guerre générale, que d’autres, eux aussi passionnés par la technique et le développement, eurent effectivement la générosité de commencer, pour relancer l’économie, laquelle ne peut sainement « repartir » que sur les vides laissés par la destruction et leur remplissement. Classe la nouvelle donne, après les vagues de bombardiers et les exterminations de populations. Pour stimuler la production, à quelle redistribution des cartes de vie ne consentirions nous pas ?

Car rien ne semble faire plus peur que la fin du travail, de la production de masse et de la consommation, de notre misérable richesse d’ersatzs, de prothèses et de babioles.

Il est vrai que cette terreur n’est pas absolument injustifiée dans la mesure où, agrippéEs à nos rêves de reconnaissance, d’appropriation et de croissance boulimiques, nous sommes bien décidéEs à endurer et même à pratiquer la barbarie pour en faire subsister les restes et lambeaux un peu plus longtemps. On en voit déjà les prodromes : la piraterie et la tuerie comme alternatives « franches » et libératoires au commerce et à la représentation classiques, qui éliminent en douce et au loin ; l’important restant que les biens et les territoires prévalent, circulent, soient attribués et valent quelque chose, fut-ce de la vie nue. L’existentialisme nous en avait déjà touché un mot avec Fanon ou Sartre, après Nietzsche et Sorel ; de nos jours c’est l’insurrection qui vient et ça se passe même de mots. La violence libératrice – qui libère effectivement les forces productrices, les formes viriles et exterminatoires qui vont avec. Les gentes sont toujours de trop. Toi aujourd'hui moi demain, ou l'inverse. L'économie durable, néolibérale ou keynésienne, sous son grimouillis habituel de nécessité politico-historique, va nous en toucher un mot, et pas qu'un mot d'ailleurs. Elle va taper sur l'épaule pour dire de dégager, que les susditEs coûtent trop cher. A mesure de l'apauvrissement, comme c'est surprenant. Classe, là encore ! On se la rejoue, des fois qu'on n'ait pas encore bien décelé toutes les subtilités du scénario. 

 

Il sera alors temps de recourir aux manières fortes que l’on n’impose encore aujourd’hui qu’aux déjà inutiles. On en est déjà, en Europe même, à des dispositions légales de type autoritaire, pour protéger la bonne marche de la production. Mais, même là, on se plaint de l’humain retard ; ainsi, un général français soupire-t’il devant le manque de cartes d’identité en Afghanistan. Ah, cette brave et bonne identité, mise en place par des régimes qu’on fait semblant d’oublier, et si utile à déjouer toute fraude, toute échappatoire. Mais grâce aux prouesses de nos ingénieurEs et à la collaboration de nos citoyenNEs, on va touTEs se voir pucer. Gloire à ce Moreno qui vient de périr, à qui nous sommes redevables d’un instrument de contrôle et de contrainte induite qui pourra nous suivre, sous la peau, jusques dans les charniers du stade ultime de la valorisation !

 

 


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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:06

 

Sans l’amour, je n’existe pas.

 

Sans l’argent, je n’existe pas.

 

Sans le travail je n’existe pas.

 

Sans l’état je n’existe pas.

 

Sans la citoyenneté je n’existe pas.

 

Sans le genre je n’existe pas.

 

Sans sexualité je n’existe pas.

 

Sans identité(s) je n’existe pas.

 

Sans reconnaissance je n’existe pas.

 

Sans…

 

Apfouh !

 

Purée, sur quels échafaudages faut-il pas crapahuter pour se sentir exister ?

Ça donne le vertige.

Et c’est quoi au juste exister, à de pareilles conditions ?

 

Je n’existe pas, c’est moins fatigant.

 

Je n’existe pas, je m’occuperai d’autre chose. De mes fesses. Ou de rien du tout.

 

Antipolitique, antisexuelle, antisociale, et gnak !

 


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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 18:58

 

 

La dernière campagne de nos zamies d'olf


http://www.osezlefeminisme.fr/article/liberte-egalite-parite-la-nouvelle-campagne-dosez-le-feminisme

avec un paradoxal enthousiasme renouvelé pour le fétiche central : le "nul besoin de pénis pour"... On les congratule, au nom de toutes les f-t non op' ! (ou pas op’ de la manière que le fantasment les bio, quid des castrées ?) Il est vrai qu'on est anecdotiques, op’ ou pas, et guère candidates. Et tant mieux. Au reste, vivent les ciseaux de tous ordres, je suis la première d'accord ! Mais j'admire tout de même ce retour répété aux "caractères sexuels" qui imprègne tout le débat sur genre et compagnie, où on est censées communier dans le c’est pas ça qui compte. Nous n’en sommes évidemment pas exemptes, les t, et loin de là. Oh là là non. On a bien fait tourner nous aussi la roue du loto bicolore et du modèle physique. Toutes mouillées, toutes captives volontaires de ce cadre que nous n’avons, à ce jour, réussi qu’à dupliquer massivement.

 
M'en fous, je suis pas démocrate, donc ni inscrite, ni votante ni candidate, dans ma circonscription où c'était effectivement le même depuis 78 (il raccroche, pour passer le bâton à un autre bon gars, jeune et plein d'avenir). Je ne fais conséquemment pas, plus, non plus partie, la déesse m’en garde pour tout le temps qu’il me reste à vivre, des qui se marchent dessus les unes les autres pour prendre part à la gestion du désastre, élues, expertes ou associatives.

 

Nul besoin, radicalement, de participer à ce vieux cirque complètement mâle, dans sa structure même et dans les idéaux qui le meuvent. Nul besoin non plus de posséder une nouille qui pendouille pour perpétuer les formes en vigueur, masculines, ni patriarcaland en général. Comme toutes les formes sociales et identifiantes, n’importe qui peut les incarner, avec un peu de bonne volonté, et un zeste de croyance que quand les personnes changent, par leur seule vertu, les fonctionnements se renouvellent sans même qu’on les mette profondément en question. C’est la métaphysique contemporaine. Il faudra tripatouiller bien plus que le rubik’s cube des statuts, des qu’es-tu ?, et probablement cesser de se mettre aux couleurs des vieilles daubes en place, pour s’en sortir.

 

Mais voulons nous en sortir ? Ou récupérer le viril attirail ?

 

Ah bien d'accord, couicouic les nouilles bio, mais couicouic aussi bien des choses auxquelles nous tenons encore, sans quoi y aura pas grand'chose de fait.

 

Je rigole donc pas mal de cette énième déclinaison de la ronde « qu’est-ce que t’as entre les jambes que je te mette dans la bonne boîte », où les institutionnalistes néo-essentialistes tiennent désormais solidement la barbichette aux vieux sexistes angoissés.

C’est la fête dans l’auberge ! On doit nous entendre de dehors...

 

 

 


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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 08:42

 

 

Collection printemps-été-automne-hiver ; avec celle là le costar ne change jamais. Le costar qui a été taillé une fois pour toutes envers les indéfendables et autres irrécupérables, les mauvaises volontés sur pattes de ce monde enthousiaste. Ben oui, mauvaises volontés il faut bien le dire, alors que la charité bien ordonnée leur offre ergastules arpentées, gamelles sobres sans addictifs et tenues de ville modestes.

 

On l’avait bien compris depuis quelques années : il va bien falloir aux gouvernements - comme à touTEs les intervenantEs, au temps du ratatinage économique général, quelques ressources existentielles pour qu’ellils puissent affirmer faire quelque chose à bon marché. Ce sera notamment la tolérance zéro de la marginalité pas propre. Il n’y a d’ailleurs là que logique terrible ; comme le dit mon vieux maître Rosset, dès qu’on parle de tolérance, cela implique un intolérable. De même que l’égalité implique un inégal. Sans quoi ça ne servirait à rien et nulLE n’en pourrait jouir.

 

Nous sommes de toute façon une variable d’ajustement de la politique et de l’état depuis le moyen-âge, pour le moins. Quand il faut faire quelque chose sans s’en prendre aux « grands équilibres », eh bien on s’en prend aux marginesques. Et voilà le travail !

 

Bref, les qui rapportent trop peu, qui filent entre les doigts graisseux de l’époque, on va s’en occuper. Les putes, les camées, les voleuses, les feignantes, les « en situation irrégulière », et j’en passe et des pires. On, d’ailleurs, ce sont toutes les bonnes volontés coalisées. Au fond, de la plus petite assoce au sommet de l’état, la passion d’intervenir est la même, l’angoisse du nettoyage, du bon rangement, identique. C’est d’ailleurs pour ça que je dis que si vous avez quelque réticence envers ce monde, ne vous y mettez surtout pas, d’une manière ou d’une autre vous serez amenées comme par la main à servir ce fonctionnement. Et à travailler avec des gentes que vous n’auriez pas imaginé ; ainsi du jour où je me retrouvai, déléguée pour une très noble cause, assise à une grande table bienveillante, consensuelle, avec une proc’ et un colonel de gendarmerie, entre autres bestioles… Je crois que ça m’a vaccinée de la « gestion des populations » et de la « lutte contre les maux sociaux », si « autogérée » fût-elle (au départ…).

 

Il faut bien dire que dans ce pays, il s’agit aussi désormais de soigner l’immense souffrance du peuple, ce brave, inamovible peuple haineux, mesquin et droitier qui n’entend justement pas souffrir que quiconque échappe, fut-ce pour une minute, à son pitoyable sort. Et à sa triste vengeance. Ce peuple qui a si mal de ne pouvoir en faire autant qu’il voudrait (mais on va y remédier). Puisque notre grand rêve de sécurité sociale et de lotissements proprets a fait naufrage comme ce vulgaire paquebot de promenade où nous allions traîner nos misérables vacances avec leur ennui, eh ben qu’on nous laisse au moins le plaisir douteux, in extremis, de voir taper sur les indéfendables. De voir taper – ça c’est une passion nationale ; il faut que ce soient les bleuEs, les officielLEs, les gestionnaires de populations, les « trois couleurs » qui frappent pour nous. Sans quoi ça n’a pas de valeur. C’est une vieille tendance ; déjà, sous la révolution, la première, des adresses parlaient de la « satisfaction » qui devait être accordée aux « patriotes » par la puissance publique de « voir leurs ennemis dans une nullité absolue ».

 

Nullité absolue. Voilà le vieux rêve de ces petitEs bourgeoisEs (au sens historique du terme) qui firent justement cette révolution et tiennent le manche. Contrôle total des gamelles et anéantissement des parasites. On l’a rejoué maintes fois depuis, en maints endroits, avec des moyens décuplés et des résultats à l’avenant. Mais l’idée reste la même. L’abolition, cette fameuse notion d’abolition à laquelle on devrait s’intéresser, et qui finalement a visé récemment autant des personnes que des systèmes. Voire, actuellement, s’appesantit sur les dites personnes. Nullité. Disparition. Joie. On n’est pas « contre vous », on vous adore, on veut juste que vous ne soyiez plus, que vous disparaissiez. Et ainsi tout sera bien.

 

Je parle évidemment d’une tendance lourde visible dans un grand nombre de pays, de mettre sur les blessures du naufrage économique la vieille emplâtre réhumidifiée de la régression morale, saupoudrée de rationnement, envers ces pauvres et ces inconséquentes qui profitent indûment . De l’incitation aussi à la guerre de touTEs contre touTEs, à commencer par entre les plus faibles. Et particulièrement de la situation présente en France. Le nouveau gouvernement et sa future majorité probablement fort étriquée ont déjà bien fait comprendre que, sur ce sujet, la politique des précédents allait être perpétuée, pour le bien commun : tolérance zéro, encore une fois. Le gras de la question gisant dans « qu’est-ce qui, qui est intolérable ? ». La réponse est donnée depuis longtemps. Les cafardes, les irrécup’, les trop les pas assez, les visibles, les fléaux sociaux sur pattes. On va soigner tout ça à coups de rédemption, de trique et d’injonctions lestées de chantage. Jusques à ce que ça ne fasse plus un pli dans le tissu social. « La république a besoin de nous », n’a pas peur de clamer ces jours ci une affiche de Pride – mais besoin pour quoi, ça ce n’est pas spécifié. Il suffit cependant de regarder autour. Elle nous appelle, comme dans la chanson, et ça n’a jamais été pour de très jolies choses…

 

Une chose qui m’intéresse, laquelle relève de la guerre de touTes contre touTEs et de ses manœuvres complexes, c’est de voir à quelle vitesse la portion en voie de relative intégration des minorités identitaires ou autres va laisser tomber, repousser loin d’elle avec horreur, celle avec qui elle partageait autrefois les poubelles. Histoire de montrer reconnaissance et loyauté à la force publique qui lui aura consenti reconnaissance, droits ; puissance à laquelle elle compte d’ailleurs bien participer, dans la mesure des places disponibles. Voir les martiales déclarations de quelques bonnes têtes des mouvements institutionnalistes sur l’ordre nécessaire à la bonne marche des choses. Et les innombrables demandes de paritaire dans l’exercice du pouvoir (lequel doit bien entendu, pour garder quelque mine, s’exercer sur quelqu’un – l’irremplaçable portion irrécupérable).

 

Par exemple, dans quel délai les lgbt’s bien propres sur elleux, membres actiFves quoi, vont commencer à honnir leurs collègues obstinément vautréEs dans des pratiques douteuses. Sans parler que cette opiniâtreté laisse toujours planer sur toute la bande le glaive potentiel de la condamnation par les gentes vraiment bien, dont nous ne serons évidemment jamais tout à fait. D’où la nécessité de bien séparer serviettes et torchons, et de participer à la répression générale. Je pense aux putes, aux camées, aux imprudentes diverses, qu’on est en première ligne, mais en seconde, pas loin du tout, il y a par exemple les « irrégulièrEs » et les « mariages blancs », que les « vraiEs amoureuXses » à carte ne négligeront sans doute pas de combattre et dénoncer quand leur sera venu le moment de prouver par des actes qu’ellils doivent justifier leur droit au vrai mariage (ce qui permettra à quelques critiques et historienNEs de se rappeler que la relation a toujours été une structure de statut social et de transmission des biens, matériels et moraux, et que la forme-amour n’est là que pour en boucher les anfractuosités).

 

Hé voui. L’intégration, même provisoire comme elle risque d’être vu la direction prise, ça se paie, comptant, et pas avec des grimaces. Des actes il faut. Des actes qui engagent, qui compromettent, qui discréditent, qui font que plus tard, quand le couperet reviendra vers celleux qui y ont mis la patte, ellils pourront bien couiner, cela fera rire tout le monde, du bas en haut – et qu’elleux mêmes ne pourront sans doute s’empêcher de prendre part, leur dernière part, à cette hilarité collective, tellement elleux-mêmes se seront ainsi renduEs, d’une autre manière, indéfendables, autant que celleux qu’ellils auront contribué à nettoyer. Le rire des piégéEs. Songez y un peu, camarades institutionnalistes, féministes, lgbt’s, sanitaires et sociales, avant de vous y jeter. Avant de prendre les mesures pour participer au grand taillage de costars. Vous aurez l’air bien quinaudes quand le broyeur collectif et rationnel reviendra sur vous. Que ça sera vous qui à votre tour coûterez trop cher, et ferez tache sur les trottoirs.

 

Ouaips. Je crois qu’on va s’amuser dans les années à venir. On va danser, les unEs et les autres, de plus en plus raide sous les fouets de la nécessité. Cette fameuse nécessité dont nous périrons, sans doute, pour n’avoir jamais osé la mettre en cause.

 


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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 08:31

 

 

 

 

« Alors, pour celles qui ont le sens des responsabilités et celui de la rigolade… »

 

« Les mauvais jours finiront. »

 

 

 

 

Ce qu’il y a d’à la fois attirant et décevant avec les ladyfests®, c’est que quand on a été à une, on a été à vingt. Je dis vingt pasqu’y en a pas cent, reconnaissons le. Le menu est identique, et pas qu’à la cuisine collective. Bonne marrades certes, mais aussi répétition appuyée du consensus, regards tout aussi appuyés vers le bout des chaussures à chaque fâcherie, tension, « discussions » sur les toujours mêmes « questions », dont nous connaissons très bien la réponse attendue, de laquelle il convient de ne pas s’écarter in fine. On se montre, se démontre, démonte, remonte les mêmes choses qu’à la fois précédente et suivante, dans les mêmes ateliers de montage démontage.

 

On revient enfin d’une ladyfest comme on y était allée, confirmée, encadrée, certifiée, du coton dans les oneilles et du feutre au derrière. C’est ce qu’on se demande en ces occasions, et c’est ce qu’on s’y octroie. C’est très bien comme cela et il n’y a pas lieu d’y redire le moins du monde. N’en faut pour tous les goûts.

 

Et si ce n’est pas ça qu’on voulait, ce n’est pas là qu’il fallait aller.

 

Ah, il n’y a pas d’autres endroits ? Eh bien qu’à cela ne tienne, il nous reste alors à les faire. Des endroits et même des envers (et contre tout).

 

C’est pourquoi je m’octroie, en avance qui sait ? de rêver d’une ladycrush. Ou même tant qu’à faire de plusieurs, « que cent fleurs, que cent écoles etc. ».

 

Lady, définitivement. Et pas seulement pour pas avoir de mecs dans les pattes – ce qui est un minimum pas toujours assuré à ladyfestlande. Pour ne pas avoir non plus la mequitude qui nous imprègne de partout les éponges, ce neutralisme-virilisme de « réappropriation » et de récup’ qui va toujours dans le sens m-forme, et cache très, trop mal notre haine et peur intégrée de tout ce qui est ou pourrait être, paraître « f ». Et surtout notre absence de critique rapport à « ce qu’il faut ». Résolument lady.

 

Ladycrush. Crush parce qu’on y casserait et la croûte (et bien, si possible, pour une fois), mais aussi consensi et évidences, terreurs collectives et fétichismes sociopolitiques. Parce qu’on n’y serait pas juste pour vomir nos tristes oppressions et courir les retrouver juste après, pasque tout d’même, qu’est-ce qu’on ferait sans ? On serait perdues. On n’aurait même plus de quoi se plaindre ; peut-être même on en serait à la limite de tout retourner, oscours.

 

Ladycrush pasque je viens de découvrir le sens de « to have a crush », flasher. Ouaips. Briller dans l’obscurité de ces temps maudits, gyropharer rouge dans la campagne. Enfin s’autoriser à flasher intellectuellement et de manière critique. Á passer les lignes jaunes. Sans honte, sans injonction à un bien commun qui se révèle à l’usage bon pour personne.

 

Se rencontrer et s’apprécier comme des personnes, et pas que des statuts sur pattes ou à roulettes. Faire du nouveau sans pourtant rien oublier. On n'est pas des poissons rouges. 

 

Ladycrush, ladygloups, lady ce qu’on voudra et pourra, pourvu que nous nous sortions enfin des festivités, commencions à nous amuser sérieusement, passions de nous réciter mantras, statistiques et nécrologies à entrer en spéculation et en fermentation.

 

Inscrivons nous dans le temps ! Peut-être que d’ici quelques années (optimiste !) on commencera à en avoir assez marre de la vieille soupe réchauffée et insipide. Alors commencerons nous peut-être une nouvelle cuisine.

 

Par exemple.

Du féminisme de critique et de déconsensus, de bouleversement, de sortie de l’intégration-réclamation victimaire et créancière à ce monde où on crève, et pas seulement d’ennui.   

Du féminisme où on puisse aussi sortir de l’hypocrisie sororitaire et du fétichisme néo-essentialiste, où il n’y ait pas la fable fatale d’ensembles incontournables.  

Du féminisme où on ne soit pas conduites à un accord nécessaire, du féminisme d’arguments et, pour tout dire, de dialectique.

Du féminisme qui s’autorise à piocher le négatif, les séparations, à piter dans les plats, sans honte et avec juste ce qu’il faut de scrupules.

Du féminisme qui cherche à changer les choses, pas à les réaménager ou à simplement réviser les hiérarchies.

Du féminisme qui cesse de se « réapproprier » ce qui nous bouffe (familles, travail, statuts, religions, cultures, identités, virilismes..) pour en faire des boulettes existentielles à remâcher. Sans besoin de s’incorporer les formes de la domination les plus diverses, histoire de se dire qu’on n’en a oublié aucune.

Du féminisme où on cesse de s’agglutiner sur le corps.

Ce qui pourrait importer, enfin ou à nouveau, c’est que qu’on va dire ou faire, pas ce qu’on « est ». Pas un peu marre des destins « inscrits en nous », d’une manière ou d’une autre, par nature ou par statut ?

Nous ne sommes pas mêmes. On n’en a rien à f… d’être « égales » en une « nous » imagée, ni « incluses » en une quelque chose formelle.

Et tant mieux.

Balarguons les fantasmes, les intensités, les désirs et autres spontanéités bien réglées. Vivisectons les évidences. Reprenons aussi ce qui a été laissé en plan, et il y en a. 

 

Ou tout autre chose, mais qui nous change enfin de la lavasse plaintive que nous tournons sans renouveau et sans espoir dans nos baquets, et que nous ingurgitons en quantité pour tromper notre faim. Celles qui ont faim, bien entendu.

 

Fromage et dessert : féminisme et critique sociale. Marre de devoir choisir.

Et café pastis pendant qu’on y sera !

 

Et aussi, peut-être, qui sait surtout ? ne pas arrêter à la fin, ne pas repartir vers nos tristes paillasses, en tisser d’autres sur d’autres lieux, avec d’autres personnes (ou toutes seules), dans d’autres dispositions ! Parce que ce qui est ch… aussi c’est d’arrêter. Et qu’il n’y a rien de tel que vivre, en bien comme en mal.

 

Qui vivra verra. Ladycrush 2019, 2022 ? Au moins. Après avoir beaucoup vomi, il faut avoir encore pas mal jeûné, pour reprendre appétit. Et si c’est avant, si on arrive à prendre, ici et là, la résignation en traître, tant mieux !

 

Grève de la faim et de la socialité, en attendant.

 

 


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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 13:41

 

 

Dans l’espèce de libéralisme libertaire qui a pris la succession, peu disputée il est vrai, de la critique sociale, il y a un truc qui me blesse depuis des années, c’est la rhétorique sur la folie. Que la folie serait une échappée de ce monde, une des « libérations » tant courues et valorisées (mais on ne se pose jamais la question de ce qu’on libère, et auquel on s’identifie, voire se mimétise). Et aussi une fatalité, comme les autres « fatalités sociales », qui se travestissent de plus en plus en maladies : on n’y pourrait, serait pour rien.

Maladie, libération, ou les deux en même temps, puisque nous ne craignons plus, bien au contraire, de positiver le désastre (il est vrai qu’il ne nous reste souvent plus que ça comme matière à traiter).

 

Aujourd’hui je lisais, sur un site qui ne propose pourtant pas que des poncifs, l’énième déclamation « contre-normalitaire » sur les « troubles de la personnalité » et autres suractivité juvéniles. Ou plus juvéniles du tout.

 

Pour ma part, je n’ai jamais vu dans la folie que l’écrasement sous notre propre poids d’injonctions, l’abandon et aussi l’abdication de toute capacité réflexive, et surtout un excès systématique de normalité. La folie a partie liée avec la bêtise morale et la pratique des formes de domination. Nous nous laissons si facilement aller à ce qui nous appelle avec insistance. Á nos rôles écarquillés. Rien de plus triste, attendu, répétitif que la folie. Adhésion passionnée à ce que le présent présente de plus caricatural. Trop plein qui déborde.

 

Il n’y a rien de plus normal, dans un monde de principes inhumains et brutaux, que de s’y surconformer et de devenir dingue. Ça fait même partie des devenirs contemporains majeurs.

Les folies sont devenues les normalités potentielles du no limit. La rationalité instrumentale déchaînée en lutte contre ce qui nous reste de raison raisonnable. L’antipode de la révolte et de l’émancipation, la tête et le reste toujours plus profond dans le chewing gum. Cessons de l’idéaliser.

Si elle a jamais été autre chose, ce dont je doute, la folie n’est en tous cas plus qu’une surenchère parmi un taf d’autres.

 

On a quelquefois dit bien légèrement que la folie consistait en « être soi » avec acuité. Déjà, ce que j’en connaît correspond plutôt à un kidnapping et à une dépersonnalisation accrues. Et par ailleurs, à nous voir, à nous entendre et à nous subir, je me dis qu’il est préférable de n’être soi que jusques à un certain point. Je m’entends : qu’il vaut mieux conserver une grande part de ce qui n’est pas soi tout seul, mais au contraire commun et communicable. Ce qui amène aussi à s’interroger sur la passion née peut-être vers l’époque du romantisme envers l’irréductibilité, ce qui en nous est irréductible, au détriment de ce que nous partageons. De nos jours, cet irréductible passionnel se dit identités.

 

Il n’y a nul espoir dans les troubles comportementaux dont effectivement nous sommes à peu près touTEs atteintEs et même constituéEs désormais, lesquels nous mènent, quand ils sont expansifs, sur le chemin de la violence, depuis les écoles jusques aux champs de bataille les plus divers. C’est la même logique acceptée, ingérée, qui fait éclater la figure de ses petitEs camarades, briser tout ce qui se présente, et, plus tard, conduit à violer et tuer tout ce qui bouge, passionnément, mécaniquement. L’extermination du trop plein comme libération, libération effectivement de ces formes qui n’ont plus besoin de nous, liberté y comprise. Que ce soit dans des « coups de sang », des meurtres de masse, ou des guerres d’autoanéantissement, dont on a même oublié les prétextes, comme en Algérie il y a peu ou au Mexique en ce moment même, avec les surenchères quotidennes de cadavres exposés. Tout ça bien sûr très viriloïde, la folie, individuelle comme collective, a aussi souvent à voir avec la masculinité « neutre » comme mode social ; et dans les faits et aussi au sens où la production, y compris de cadavres, est assignée au signe M ; enfin surtout mécanique et incomparablement, si l’on fait abstraction des moyens, spontané. Dans ces cas, la folie est devenue constitutive du social. Banco !

Á voir comment nous vivons, effectivement, nous sommes massivement cingléEs. C’est un état de fait. C’est pas étonnant. Un mode de vie à la fois agi et subi. Mais est-ce que nous ne pouvons que nous y laisser sombrer ? Est-ce que nous avons perdu toute distance à ce nous-même halluciné et en lambeaux ? Est-ce que surtout nous ne pouvons faire aucun effort pour ne pas nous mettre à courir dans la grande roue ?

Zut ! Mon œil ! Pas consentir ! Pas consentir à surenchérir, à surjouer.

 

Il serait tout de même temps, depuis des siècles que pouvoir, inconscience et brutalité systémique se boostent réciproquement, de cesser de fétichiser la violence, et les moyens en général. On a déjà un tableau de chasse suffisant pour savoir que ça ne nous aidera en rien à sortir de ce monde, mais qu’au contraire cela le renforce. Et qu’ainsi nous achevons de nous détruire. La violence est devenue endémique et systémique, un des moyens autocéphales de l’élimination des surnuméraires, de plus en plus nombreuXses, une sorte de guerre de trente ans sans fin ni fins. Et le lâchage, la libération, qui sont presque toujours lâchage et libération des formes qui nous habitent, et de rien d’autre, nous jettent dans ce mouvement, ne nous font sortir de rien du tout, ni nous opposer le moins du monde à l’ordre cannibale. Bien au contraire.

 

Il nous faudrait peut-être un peu revenir sur notre dogme de fascination pour la destruction, l’écrasement, la déréliction, le laisser-courre, qui rendraient métaconscientEs et extralucides. Ça se saurait. Cette énième version de la politique du pire ne donne que les mêmes résultats que ses prédécesseures : l’embarquement immédiat pour la barbarie.

 

Comme nous sommes acteures, coproducteures en tout de notre débine – c’est le privilège de la modernité - notre refus de penser, notre abandon et notre folie sont, je crois, en bonne partie délibérées et, dans la mesure du sens du mot, choisies. Mais il n’y a pas à en être fièrEs.

 

 


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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 10:31

 

 

L’histoire contemporaine présente une suite assez fournie de pays dont le statut moral, plus ou moins passager ou au contraire durable, a succédé dans une perspective d’enthousiasme terrestre aux vieux pôles qui donnaient accès au ciel (Rome, La Mecque, etc.). Des tas de gentes (comme Taubes, Jacob) ont analysé la continuité entre religions célestes et religions terrestres. C’est une des multiples manières que nous avons mises en œuvre de ne pas sortir de l’auberge, à quelque prix humain que ce fût.

Les exemples les plus flagrants en ont été le fichu nôtre (le peuple souverain et la patrie des droits, qui ne tarda pas à trimballer tout ça avec bagages et surtout armes à travers l’Europe légèrement traumatisée de cette libération militaire), puis l’immortelle patrie des travailleurEs, qui usa en bien plus grand de méthodes à la fois semblables et nouvelles pour étendre la démocratie populaire, la gloire du travail et de la production, urbi comme orbi. Sans oublier l'inoxydable « pays de la liberté », tout court, qui là encore pareil, flingue allègrement dans les rues de ses lotissements comme dans les contrées les plus reculées et rétives au développement sacré.

On attend, si j’ose dire, la prochaine incarnation nationale du bien absolu, et ses redoutable conséquences. Il est très possible que la souche, qui prend dans notre désir, n’en soit pas épuisée.

 

Ceci pour dire que nous avons tout de même, je crois, quelque raison de nous méfier des « pays de ». Et des enthousiasmes, et des pèlerinages en tous genre.

 

Je lis ces derniers jours, sur les média de t’lande, de vibrants hommage à l’Argentine néo-péroniste, qui vient de libéraliser considérablement son système d’état civil. C'est devenu d'un coup "le pays de", des droits humains en général. Rien de moins. Ma foi. Pour moi, l’Argentine, c’était surtout une tentative très audacieuse de révolution anti-économique, telle qu’on n’en avait pas beaucoup vu depuis le début des ravages de la modernité, qui a échoué certes. Mais ne pas gagner, comme disent des camarades, n’est pas forcément perdre. Il en est resté mémoires et morceaux, qui ne sont pas perdus pour tout le monde.

 

L’immense différence entre une révolution et une légalisation, c’est que l’une se fait et que l’autre se reçoit. Pas nécessairement à genoux, comme la communion chez les tradis, mais tout de même passivement et avec gratitude. Merci papa état, comme tu es bon avec nous. En reconnaissance on va bien travailler et être incroyablement dociles (et consommer aussi autant que possible pour soutenir la croissance). Le tout facilité (voir ce que j’en disais cet hiver au sujet des projets hexagonaux) par notre identité (qui n’a au fond guère changé, monsieur madame comme toujours, mais puisque c’est ça qu’on veut on nous le donne), laquelle, n’ont pas oublié de souligner les thuriféraires de l’intégration, nous donnera plus large accès au marché du travail – qui résume la socialisation contemporaine. Travailler, se marier, provigner, quoi encore ?

 

Mais, comme dans tous les « pays de », il y a un clou dans le rata. La perfection n’est pas de ce monde, faut croire. Ce même état qui procure libéralement les identités de genre auxquelles nous devons nous résumer et coller interdit l’avortement aux nanas bio. C’est même assez étonnant mais c’est ainsi. En Argentine, on saute librement de f à m et de m à f (pas en dehors, en dehors ça n’existe pas - et quant à ne pas en vouloir du tout, blasphème), mais on doit avorter clandestinement. Ce n’est que très récemment que la loi y a consenti à ce que les nanas enceintes à la suite d’un viol (encore faut-il que celui-ci soit reconnu tel) puissent ne pas aller demander le visa à unE juge, et c’est apparemment la seule exception. Bref, côté droit des nanas à disposer de leur corps physique, c’est pas ça. Singulière, je crois d'ailleurs inédite (?), situation où l’on peut (dans la limite des modèles disponibles) « disposer » de son identité, mais pas de sa chair. Drôle de pays des droits humains. Ou peut-être pas. Peut-être cela montre-t'il justement ce que peuvent être ces droits humains, et ce qu'ils ne peuvent pas être. La reconnaissance, l'image sociale, mais sans exclusive de la pénurie, du contrôle et de la dépossession.

 

Bon, probable qu’à moins de la régression moraliste qui d’ailleurs commence à revenir, en étrange pansement du désastre économique (pensons juste à l’Espagne), cela sera réparé et que l’Argentine rejoindra vite les pays qui tolèrent la chose avec restriction et contrôle (puisque, je le rappelle, à peu près toutes les lois qui autorisent l’avortement, à commencer par la nôtre, sont autant des lois restrictives qu’autorisantes). Mais qu’on garde ça à l’esprit.

 

Et, finalement, à la racine de tout ça, que ce qu’on nous octroie n’a pas grand’chose à voir avec une réelle émancipation. Mais puisque nous nous obstinons à demander, à ce droit positif, consubstantiel aux états et aux nations, qui pourtant nous fait régulièrement la démonstration qu’il peut nous ôter en deux minutes ce que nous pensions être nôtre, eh bien on nous donne. Ou ne donne pas. Ou prend. Ou zut.

On devrait, historiquement, être désormais bien documentées à ce sujet : les droits ne garantissent nos vies qu'à prix fort et très conditionnellement. Si la nécessité, laquelle gîte souvent dans les cieux de la valorisation, vient à l'exiger, zou, couic, ne garantissent plus rien, et même empêchent de se sortir de l'auberge où l'on taille dans la masse et rogne les rations. 

On l'est, documentées ; pas nous prendre pour des imbéciles. Si le cirque continue, c'est bien qu'on y consent. Et qu'on continue surtout à croire résolument, tête baissée, en ces formes, en leur bonté ontologique, qu'enfin un jour, quand on en aura bien bavé - pénitence ! - il en sortira, parousie, le "pays du lait et du miel", comme il est dit dans les Ecritures. La distribution universelle et sans limites. Ma foi, nous pouvons toujours croire, et passer ce pendant aux profits et aux pertes.

 

On s'est bien rencoignéEs au fond de cette auberge distributive et angoissée. Quel spectacle nous donnerions à une supposée personne qui serait "dehors", et qui n'existe pas (nous sommes seulEs avec nous-mêmes). On creuse même dans la cave pour y ouvrir encore plus de salles de demande et d’imploration. Mais aller vers la porte et sortir, apparemment, impossible. J’ai beaucoup daubé sur la notion moderne de phobie, mais si nous en avons une, et bien crochée, une peur panique, alors c’est celle de tenter de prendre nos vies en main. Par contre, les gentes et les pays providentielLEs, nous n’entendons pas en manquer.

 

 

 

PS : Une camarade de par ici dit souvent "un juste droit ne se demande pas, il se prend". Certes, mais s'il se prend, ce qui est probablement recommandable, est-ce toujours un droit ? Ou est-ce une liberté et une capacité ?

 

 


 

 

 

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 10:46

 

Trop loin, trop lesb, trop je sais pas quoi même puisque je l’ai pas vu, Bye Bye Blondie n’est passé absolument nulle part en Auvergne. Le plus près ç’a du être Lyon, charognelande, et Bourges, ville de l’avant-garde où je n’ai évidemment jamais mis les pieds, faisant depuis des années l’arrière garde et les enfants perdues tout ensemble.  

 

Oui je sais, j’avais un peu beuglé préventivement au sujet d’une inter à Despentes qui dans une réponse ramenait, elle mille cinq centième, le fait d’être lesb à juste une sexualité, bref ce qu’il y a de moins spécifique et original avec le boulot dans les choix et activités des bipèdes. Mais je pensais bien que le propos de son film allait bien au delà, dans la socialité et aussi l'asocialité, la vie quoi, j'escomptais donc le voir et même m’en réjouir, tiens. C’était évident qu’il s’y passait plein de choses, et que ça en disait encore plus. Et surtout que ça donnait envie. Bref que ça venait de loin et que ça menait tout aussi.

 

Bernique.

 

Fait ch… Pour une fois qu’on a, ce qui arrive à peu près tous les six ou sept ans, un film lesbien qui ne se termine pas par meurtres, suicides, désespoirs et pendaisons, qui n’est pas glauque du début à la fin comme Naissance des pieuvres, visiblement les salles évitent soigneusement d’y programmer. C’est que ça donnerait envie de devenir lesb, sans parler de le rester, quelle catastrophe, tout sauf ça. Il faut bien qu’on comprenne que ce triste sort en doit rester un, subi, une croix, avec souffrance et dignité, un « douloureux problème » comme disait la Dolto jusques à ce que d’anciennes collègues lui aient fait avaler son purin. Et comme nous le réinjecte en sous-cutanée Sos Homophobie aujourd’hui avec son « on n’a pas choisi, è pas not’faute, d’ailleurs si on pouvait on choisirait pas ». Donnent envie de vivre, de se prendre en main, de changer, soi comme les choses, comme de se pendre. Pour parler grossièrement, si c’est historique et jubilatoire, si ça dit qu’on peut, ça pue de la ch… Allez hop, bien lavé, art et essai le mercredi dans les mégapoles, « consentement parental conseillé », et fini. Oubliettes. Poubelle.

 

Ah pas contente, moi en plus qui vais au cinéma genre une fois par an, deux les années fastes, tellement je suis audiovisuelle et aussi tellement ce qui sort est passionnant. Bon. Je frétillais à l’idée d’y traîner le planning local. Lesb plus punk c’est mon histoire aussi. Ça me faisait quelque chose d’y songer. C’est pas souvent. On se souviendra de la dégringolade sans parachute des 80’s quand on sera séniles ou mortes. Trop tard quoi. Ou jamais.

 

Allez. Y a plus grave que de rater un film, j’en sais quelque chose. Mais bon, je crois que sans même entrer dans les déclamations d’usage, ça montre bien que des images, des histoires de nanas gouines, autonomes, décidées, que c’est de leur faute et contentes de, eh bien ça ne fait pas recette, et même ça effraie. Ça va trop loin ; il faut donc que ça le reste, encore une fois. Loin des yeux loin du bulbe. Sobriété santé.

 

Et ça représente encore pourtant si peu, par rapport à ce qu’on pourrait faire et foutre en l’air, que ça en dit long sur le fond de cet air, à l’heure présente.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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