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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 10:46

 

 

Décidément, à mesure que je m’enfonce dans ce qui ressemble à la vieillesse, laquelle en outre présente le risque de ne guère durer, l’isolement intellectuel augmente. C’est une situation ch..te, parce que c’est bien entendu fort difficile de savoir si cet isolement se fait par exigence, par opiniâtreté ou par abêtissement, calcification de la pensée. Il n’y a aucune raison que j’échappe à ce que je déplore, l’alignement plus ou moins tardif sur les facilités, les raccourcis, les vieilles lunes aigries. Bien d’autres y sont passéEs, bien d’autres y passeront. Des fois, on croit être restée droite dans ses bottes, et on a déjà glissé, tectoniquement, vers un populisme ou une facilité quelconque.

 

Mais là, il me semble que ce n’est pas encore moi qui ai bronché. Je cause de Iacub. Marcela. Je ne dirais pas qu’on était d’accord. Son acquiescement de longue date au monde de l’économie et de l’échange équivalent l’éloignait d’emblée de mes positions, et réciproquement surtout. Sans parler de ses fameux « acquis de la révolution sexuelle » (je me demande bien quand il y a eu une « révolution sexuelle » ! Et je me méfie des révolutions, vu ce dans quoi elles débouchent répétitivement). Mais par ailleurs elle en avait, des positions. Et aussi, je dirais même surtout, une ligne d’analyse, d’analyse générale, qui fait défaut à peu près partout actuellement. (Actuellement ? Euh… Est-ce que ça n’a pas toujours été une conception fort minoritaire et mal vue des innombrables qui veulent le bien à tout prix ?). Bref on n’était pas d’accord, mais, comment dire – on se sent moins seule quand on entend, selon l’image d’un auteur dont je ne me rappelle plus le nom, d’autres qui creusent dans la montagne. On ne les voit pas, mais on sait qu’elles sont là.

 

Là, je suis désolée, mais avec son décourageant pamphlet Une société de violeurs ?, on n’entend plus rien. Ou plutôt, le petit bruit du fer sur la pierre est remplacé par la participation à la rumeur énorme de l’évidentisme contemporain. Section relationniste. Et antiféministe de surcroît, dans ce cas, ce qui n’arrange absolument pas son cas à mes yeux. Être critique est une chose, je l’essaie ; s’abaisser à la simplification de l’anti-, et se limiter à renverser les hiérarchies et les charges, c’est vraiment trop facile, trop stérile, et trop d’autres l’ont fait avant.

 

N’empêche, ça fait un vide dans la mine. Zut.

 

Nan, mais voilà… C’est le problème de la « radicalité » et de ce qu’on met dessous, qu’on s’en réclame ou qu’on la décrive. L’autre jour je tapais sur les antinéolibérales version Sysiphe, lesquelles rechignent obstinément à remettre en cause les formes qui vont avec la domination, et y cherchent donc prioritairement des coupables, comme touTEs les militantEs. Et là, exactement diamétralement, on a le même schéma. Comme Iacub ne parvient pas à remettre en cause les formes de l’évidence, de la relation bénie au droit en passant par l’échange, lui-même basé sur la réduction de tout en valeur, eh ben patatras. Alors même qu’elle a tous les outils pour une critique systémique des contradictions d’une société qui pousse toujours plus à ce qu’elle prétend combattre, mais qu’elle y renonce, eh bien il ne lui reste plus comme échappatoire qu’à accuser un groupe social, politique en l’occurrence, plutôt que les idéaux qui lient tout le monde dans la course à l’abîme. La variété des interprétations, des réflexions, possibles, paraît monstrueusement limitée. Et elle l’est sans doute ; d’aucunes diront qu’elle l’est parce que c’est un fait social, et que nous sommes déterminées dans des positions peu nombreuses. J’aurais tendance à croire qu’elle l’est au contraire parce que précisément nous ne voulons pas remettre en cause la pauvreté des positions dans lesquelles nous nous campons.

 

J’ai moi-même été passablement déprimée par l’avalanche de stupidités qui a suivi les évènements sexo-people du printemps. Mais ce qui m’a excédé, c’est la communion de touTEs les parties dans l’invocation/dénonciation un peu schizo de papa état et de maman justice, qui étaient appeléEs de toutes parts à faire leur travail, et à mener à la baguette toute leur immense famille ! De s’occuper de nous-mêmes, pas un mot. De ce qui se passe réellement ou pas guère plus. On n’a entendu que protestations et réclamations de reconnaissance et de réparations. Réparation – nous sommes définitivement entréEs dans l’assimilation aux mécaniques et aux logiciels, et la spécificité humaine réduite à la possession de soi comme un bien. Possession mais pas volonté – les humainEs sont faillibles, retorses, ces garces, et l’erreur, comme la malintention, coûtent trop cher aux instances et aux assurances.

 

Bref, et alors qu’il y a de très bonnes raisons de critiquer l’idéal défendu par les institutionnalistes parce que justement elles sont institutionnalistes, Iacub, qui a du mal à s’en prendre à la notion de salut institutionnel, et qui comme bien d’autres ne voit qu’excès ou dérives là où il s’agit du fonctionnement normal, ne trouve donc plus qu’à s’en prendre à la malignité supposée de ces teignes féministes qui empêcheraient, elles et elles particulièrement, de vivre, et détourneraient l’admirable construction judiciaire, comme le désirable automatisme relationnel, lesquelles sont forcément hors de critique par elleux-même, conssubstantielles à l’humainE évoluéE ! Enfin, c’est du moins ce que je saisis de son factum.

La déesse sait si je suis opposée aux espoirs et projets de société des institutionnalistes, comme d’ailleurs des queer, des transpédégouines, des matérialistes, des déconstructionnistes et de bien d’autres, pêle-mêle. Mais je ne supporte pas qu’on réduise les prises de bec contemporaines à des complots ressentimenteux des unEs ou des autres, qui manipuleraient le pouvoir à l’exclusion d’autrui – ces vieilles daubes ont bien trop servi à des horreurs, et plus largement à éviter de se casser la nénette. Nous sommes touTEs mouilléEs. Que le ressentiment ait certainement un rôle dans toutes nos approches, du fait de la dépossession et de l’arrachement, est sans doute vrai, mais c’est à comprendre et non à dénoncer, et surtout à mettre spécifiquement sur le paletot de qui que ce soit. Nous partageons largement les tares du monde que nous faisons tourner. Il n’y a rien de plus facile que de s’en prendre à un groupe social ou idéologique sur le motif de ses mauvaises intentions. Et particulièrement à nous féministes, qui ne sommes, dans nos accords et nos désaccords, ni pires ni meilleures que nulLEs autres. On économise ainsi toute approche critique et on mobilise les bas instincts.

Il n’y a rien de plus pénible que d’être approuvée par des imbéciles. Encore faut-il essayer de l’éviter. Je ne voudrais pas trop être à la place de Iacub, qui a désormais une bonne part des masculinistes accrochés à sa remorque. J’en ai lu de fort réjouissantes, de leurs chroniques, avec en toile de fond une domination féminine encore bien plus stupide que la masculine à Bourdieu. Et hargneuse de surcroît. Enfin où toutes les féministes sont définitivement affublées du qualificatif de radicales, ce qui montre une évidente ignorance de l’histoire du mouvement. Des radicales, au sens strict, y’en a justement plus beaucoup, et elles ne sont pas forcément avec les institutionnalistes qui occupent actuellement une partie de la scène.

 

Game over donc. Dommage.

 

J’avais déjà été alarmée par la faiblesse de ses derniers articles dans Libé, notamment celui au sujet de l’effrayant film Polisse, un de plus où les fliques sont les sauveurEs du monde, mais spécifique cette fois aux violences sur les enfants, ces outres de (res)sentiment opportun, et où elle se limitait à des remontrances très bénignes. J’avais mis ça sur le compte d’une presse où on ne saurait déployer de la critique. Mais en fait non, je me leurrais. Elle aurait bien plus y déployer autant de critique que voulu. C’est la volition qui manque.

 

Du factum ci-dessus évoqué, je retiens un net appauvrissement des référents. Selon ma ligne de lecture, on en est  au relationnisme libéral le plus caractérisé, la nécessaire valorisation par le cul et le plaisir qui nous fait – qui nous fait quoi d’ailleurs ? HumainEs ? CitoyenNEs ? Ou quelque chose de plus encore dans la présence reconnue à ce monde, qui n’a pas bien de nom parce que justement il est sacré – que ce soit, je l’ai déjà fait remarquer, pour les pro-sexe comme pour celles qui pensent être leurs adversaires ?

La discussion antédiluvienne sur le consentement, ses formalités ou ses libertés – mais l’important est de consentir, de s’aligner sur la trépidance de la production relationnelle, tôt ou tard, vite ou lentement, de cette manière ou de cette autre. Pas une réflexion sur l’hypothèse que consentement signifie mise en présence de ce qui ne peut déjà être remis en cause. Oui ou non, okay, mais surtout pas merde, et encore moins bris de la machine.

Quant à la violence, comme notion et comme ensemble de réalités, qui se trouve tout de même au centre de ce dont on cause, j’avoue que je saisis pas son approche. Que la notion soit un épouvantail à paniques sociales, c’est une chose, que j’arrête guère de récriminer – et je n’aime pas les constructions victimaires (précisément parce que groupe victime implique groupe criminel à exterminer). Mais au lieu de bosser là-dessus (ce que j’avais déjà remarqué dans l’article sus évoqué), on se retrouve avec un mélange de négation partielle et de ré-assignation du mal, une fois de plus, aux féministes.

Que la brutalité comme la malveillance, sans parler de la rage meurtrière, directes ou médiatées, soient en recrudescence dans le fonctionnement social, ce pourrait tout de même être l’objet d’une analyse systémique, et pas d’une foire d’imputations retorses. Une fois de plus, on arrive à cette répugnance à supposer que la domination moderne puisse être agie par les formes mêmes dans lesquelles nous voulons nous reconnaître, et pour la réalisation desquelles nous nous concurrençons.

 

Mais pour mettre en doute que, dans la brutalité collective, instituée, cogérée, le surinvestissement et l’obsession relationnelle et sexuelle ne parraine pas tout un réseau d’injonctions, et n’entraîne pas un étonnant fourmillement de violences, ben je crois qu’y faut être sacrément optimiste. Cela dit, hein – cet optimisme est dans une large mesure partagé par le milieu féministe et « de genre », où l’on pense bien sincèrement qu’il suffira de se réapproprier tout ça pour, par la vertu de nos infaillibles identités opprimées, en produire un monde nouveau. On serait lucides pasqu’on a eu le dessous. Euh. Les expériences historiques de réappropriation des formes de la domination – mais perçues comme « neutres », « entre de mauvaises mains » quoi - ont toujours donné des catastrophes XXL.

 

On se retrouve obstinément coincées entre les gamelles du libéralisme le plus crasse, « laisser faire laisser aller », et de la culture du bien, du monde nettoyé, policé et parfait. Vous avez dit binaire ? Il n’y a sans doute rien à trouver entre, dans le marais. Si on veut – mais seulement si on veut – en sortir, ce qui d’ailleurs en soi pose question, c’est l’approche et les fins qu’il faut reconsidérer.

 

 

Plus je contemple les trajectoires de gentes très aviséEs, qui ont fini dans les conceptions les plus morbides, genre théories des complots, désignation de coupables par statut, falsification de l’histoire, négation du réel, etc., plus je me dis qu’on n’a effectivement, en l’état, pas un choix immense : soit la barbarie institutionnelle, soit la destruction de la réalité, soit la tâche critique… ou encore le retrait (mais est-il un endroit où les gentes bien intentionnéEs ne viendront pas nous chercher ?).

Peut-être que si on se disait qu’on peut connaître ce qui est, déjà… Que connaître ne disqualifie pas ce qu’on connaît, que ce n’est pas un paravent peint avec des monstres qui se cacheraient derrière…

 

 

Mais zut – pourquoi les gentes se rangent si facilement, à un moment donné (ce fameux moment donné sur lequel il y aurait tant à dire), dans les tranchées de la guéguerre de touTEs contre touTEs, où on se contente de viser une cible, de l’accabler de torts ?

C’est sûr que bien des féministes ont été injustes envers Iacub, en la taxant d’antiféminisme alors que ce n’était pas (encore ?) le cas. Ah mais c’est ça les catéchismes ; les critiques sont plus que potentiellement des infidèles. Quand on commence dans la carrière il faut le savoir. Hein, eh, si on se met à tout envoyer paître et à changer de camp binairement dès qu’on est excommuniée… Y en a bien d’autres qui l’ont été, et bien d’autres qui le seront. C’est trop facile et surtout ça ne mène nulle part. Personne ne peut vous dire ce que vous êtes, au-delà du raisonnable. On peut très bien être excommuniée et persévérer.

C’est tout de même étonnant, il y a comme un virus de l’affirmativité versus la critique, cette fichue critique négative – mais le plus terrible est que cette fièvre d’affirmation, quand elle frappe, conduit à défendre les aspects les moins défendables du présent, de quel côté que ce soit d’ailleurs. C’est comme si l’affirmativité libérait, in fine, le nihilisme qui croît en nous, avec sa capacité inépuisable à refuser la réalité de ce qui et de qui ne convient pas aux affirmations que nous faisons alors nôtres.

Á hamsterlande élargie, comme ailleurs, cela donne cette étrange contradiction que l’on magnifie un « débat » vide, déjà clos, où l’on refuse d’avoir des adversaires, cependant qu’on implore la puissance publique qui nous écrase de nous exaucer, et de ne faire du mal qu’à celleux que nous voyons comme des cafards. Charmant et dément.

Je songe à bien des gentes qui se sont démenéEs, qui ont apporté des choses, et qui ont pour finir sombré dans les plus mesquines, morbides et puantes obsessions de la modernité, en trouvant un coupable fantasmatique. Un peu comme si ça fatiguait tellement de ramer contre-courant, qu’au final on se jette dans les rapides. Mais ça n’excuse pas : il y en a bien aussi qui ne s’y sont pas laisséEs aller, merde ! Trop facile !

Quand on ne carbure plus qu’aux coupables, aux « criminelLEs », aux ennemiEs de l’ombre, c’est qu’on a basculé du mauvais côté. Je sais que cela se voit aussi chez nous – ce n’est pas une raison non plus pour s’y laisser aller : on doit toujours éviter de ressembler à ses adversaires, et d’user des mêmes ficelles.

 

Bon, c’est dommage. Quand je vois des gentes comme cela disparaître dans les brumes de la facilité, je songe à Guinzbourg, au camp d’Elguen, quand mourrait une de ses compagnes d’infortune. Je sais, c’est très exagéré comme comparaison. Mais la solitude, quand on n’adhère pas, est fort intense, dans notre ruche.

Circonstance aggravante : dans ces cas, c’est nous qui nous flinguons, moralement et intellectuellement, nous-mêmes.

 

Pour répondre à Iacub, je dirais que pour moi, oui, nous sommes dans un monde de brutalité intégrée, d’appropriation et d’objectivation généralisées, que nous en sommes touTEs happées, que ce n’est d’ailleurs pas nouveau, contrairement à ce que serinent les « antinéolibérales ». Qu’un de ses principaux aspects est massivement sexué ; la violence instituée, comme la production de même, c’est une affaire d’hommes. On n’y pourra rien avec les singeries citoyennes ou étatiques. Et encore moins, si faire se peut, en devenant toutes socialement des mecs ! – ce qui ramène au même, l’état étant qualitativement masculin. Cette « barbarie à masque humain » relève des mêmes logiques, est fille de la même histoire. On n’y pourra rien non plus en renaturalisant, en « réenchantant » comme disent certainEs, le triste, contraignant et dégoûtant présent, avec ses relations et ses séductions obligées (beurk !). D’ailleurs, se pose la question de « pourvoir à », qui entraîne celle de son objet, de ce fichu bien vers lequel on veut toujours se traîner, fut-ce par les pattes ou par les cheveux, et qui, comme toutes les fins, finit toujours par justifier n’importe quels « moyens ». Tout enfourner dans la gueule du « politique » ne donne pas un monde plus vivable que tout enterrer sous le bouclier du « privé ». Ces deux formes vivent l’une sur l’autre, comme travail et capital. On ne se débarrassera pas de l’une sans se débarrasser de l’autre.

Mais s’en prendre aux féministes, supposées « radicales » ou pas, quelles que soient les limites de ce qu’elles brassent, et surtout à ce qu’elles représentent, comme on s’en prend à toutes les figures de la domination limitée à tel ou tel groupe, à telle ou telle image (les spéculateurs, les parasites en tous genre, etc.) n’est qu’un retour dans la vieille impasse déjà surpeuplée de la facilité diabolisante. Ce sont les formes dont il nous faut nous défaire, pas des gentes.

 

 

 

murène tectosage

 

 

 


 

 

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 11:43

 

 

 

Je ne suis absolument pas une fan de Weber (Max). Cependant, je suis restée interloquée devant une citation de lui, faite par Taubes (Jacob), et dont je vous livre la fin :

 

« … l’ascèse a contribué à édifier le puissant cosmos de l’ordre économique moderne, qui […] détermine aujourd’hui, avec une force contraignante irrésistible, le style de vie de tous les individus qui naissent au sein de cette machinerie. Peut-être le déterminera-t’il jusqu’à ce que le dernier quintal de carburant fossile soit consumé ».

 

Et c’est la fin de la fin qui m’interroge. La thèse, hésitante d’ailleurs, de Weber, serait que la fatalité dans laquelle nous nous sommes enferméEs ne pourrait prendre fin que si nous restions à sec. Je passe d’ailleurs sur l’objet du « à sec », qui peut varier. C’est l’épuisement d’énergie à fricasser qui serait décisif. « L’œil était dans la pompe, et regardait Caïn » - ainsi que le résumait un pastiche paru dans un journal satirique, dans mon enfance, lors du premier choc pétrolier.

 

Encore une fois, je n’ai aucune opinion sur le réalisme ou pas d’une pareille interprétation. C’est sa logique même qui me tracasse. C’est un apocalyptisme soft, à mi chemin entre une approche où l’on penserait pouvoir reprendre le contrôle de nos vies, et le pessimisme absolu d’un Adorno, où nous serions condamnéEs à la barbarie. Tout dépendrait de l’épuisement d’un de ces moyens de la folie collective, moyens qui d’ailleurs sont depuis longtemps devenus des fins à eux-mêmes. Je regrette de ne pouvoir insérer ici le Pipe-line de Bassorah, poème des années 40 qui était affiché sur un de mes murs lorsque j’avais une maison, que je n’ai plus sous la main, et qui illustre parfaitement cette transformation des moyens en fins.

Nous dépendrions désormais intégralement d’un assèchement éventuel de quelque chose qui a pénétré nos vies jusques à les structurer. Aucune chance donc d’accélérer ni de retarder cette fin, encore moins de prendre des décisions. Et aucune perspective au-delà ; on peut supposer que nous serions « libéréEs », mais libéréEs dans un possible vide et un dénuement totaux. RéduitEs peut-être à presque rien. Non pas seulement en biens, mais peut-être aussi en expérience et en capacité de vie. On ne se pose jamais, lorsqu’on se gargarise de libération, la question cruciale de savoir ce qui va être libéré, en fin de compte. Ni comment. Autant dire que la mort libère (ce qui est d’ailleurs un leitmotiv découragé et décourageant fort commun et depuis fort longtemps).

 

Ça m’interloque aussi parce que, comme d’hab’, j’ai fait une analogie, dans ma petite caboche en morceaux. Je me suis demandée si on ne pouvait pas, de même manière, inférer que nos idéologies rédemptives, punitives, comptables et quelque peu malveillantes, ne pourront connaître de fin que lorsque leur « carburant », qui est aussi une « explication » (moyen) devenue nécessité indispensable (fin), serait épuisé ; à savoir les coupables et autres méchantEs dominantEs, dont chacunE sait que si « on » s’en débarrassait (« on » reste à coopter, sans cesse ni garantie), nous vivrions dans la cocagne d’un fonctionnement distributif qui se révèlerait sans problèmes, contradictions ni entraves. Tant il est vrai que pour ces approches déjà anciennes, ce sont les humainEs qui posent problème, avec leurs (nos) mauvaises intentions, et non pas les formes qu’ellils réalisent, qu’il importe de perfectionner, et d'épurer de leurs pesanteurs parasites.

 

En gros, on n’en sortirait que le jour où le, la dernièrE coupable aurait été consomméE. Enfin, « en sortir » est déjà un bien grand mot. Simplement, la machine s’arrêterait par manque définitif de matière. « On » serait sur le cul, étourdiEs de tant de vacarme soudain évaporé.

 

Problème : la dite matière, c’est nous ; potentiellement touTEs. Vu notre entrain à nous introniser mutuellement en méchantEs abominables à déconstruire, rééduquer ou supprimer, il y a de fortes chances que la machine que nous sommes ne s’arrête que quand il n’y aura plus personne. Ce qui constitue une aporie. Y aurait plus de « on ».

 

En quelque sorte, et comme le vieux barbu l’avait laissé entendre, nous nous serons dévoréEs, matériellement et moralement, pour réaliser un idéal qui précisément nous rend superfluEs. Et même gênantEs.

 

Enfin bref, tout ça n’a rien, mais rien, d’enthousiasmant. Je souhaite fermement que la thèse de Weber se révèle fausse. Et que nous soyions en mesure de rompre avec nos mécanismes obsessionnels de productivité et d’épuration du monde.

 

 

 

Murène tectosage

 

 


 

 

 

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 10:54

 

 

Sycophantes et fausses culs

 

 

« Dans la vie, vous avez trois sortes d’amies : celles qui vous aiment, celles qui ne soucient pas de vous, et celles qui vous haïssent ».

 

Il y en a une quatrième. Celles qui se servent de votre image sociale tout en vous surinant derrière le rideau.

 

Je dois dire, je préfère largement les biolesb, et les bio en général, qui professent ouvertement la haine des T, à celles qui nous assassinent, nous calomnient en coulisse, mais font leurs titres sur « quel scandale, une T discriminée ». Histoire de se faire bien voir et de montrer leur largeur d’esprit. Je viens de dauber sur l’étroitesse d’icelui, mais je vous prie de croire que son élargissement gonflable ne vaut pas mieux. Même pire, puisqu’il attire les proies potentielles, qu’on excrètera après en avoir tiré toute la substance politiquement et existentiellement négociable.

 

Après, hein, que voulez vous, c’est l’addition qui nous est présentée, d’avoir cru sur parole que nous étions « égales », alors que nous avons tout fait pour ne pas l’être, définitivement. Étrangères et inférieures.

J’en ai déjà causé dans divers textes qui figurent en haut des pages : Ah elles nous en ont fait.., Chimères et coquecigrues, Mtf et mal soumise.

 

Bienveillance, malveillance, ce qui nous empoisonne c’est la veillance. Le mieux, ce sont celles qui nous ignorent.

 

Ne veillez pas sur nous, les bio. Ni en « bien » ni en mal. On s’en tirera mille fois mieux sans vous. On n’a pas besoin de votre sollicitude tordue et souvent mensongère.

 

Ni oubli ni pardon.

 

 

Plume

 

 


 

 


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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 13:06

 

Ah ben je l’avais pas poussée, celle là, depuis qu’autour d’une vieille table en bois vermoulue, dans une forêt ariégeoise, nous avions fait écho à l’une d’entre nous, qui avait ainsi résumé son ras le bol du monde positif et bienveillant.

Fuck Off !

Il n’existe rien de non récupérable, et c’est majoritairement nous-mêmes qui nous récupérons. Cette exclamation a fini, comme bien d’autre, par héberger en son giron les œufs des bien-pensances et bonicolité, moindre mal et meilleur des mondes. Pas grave. No ©.

De plus, ce qui me le fait mugir, en ce jour glacial, dans le garage où je végète, fait partie des anecdotes, de la variété prodigieuse des petites sales blagues du présent.

Carrément, l’édito du Monde d’an’hui, enfin de ce soir en kiosque, eh ben c’est « la guerre au sucre ». Allez y voir si ne me croyez pas. Le sucre, péché radical, comme la graisse, comme le salé, comme tout ce qui est bon.

Ce qui me fait marrer, c’est à quel point le monde de la valeur et du capital finissant ne sait plus où donner de la tête pour boucher les innombrables trous de contradiction qui le percent, et par où nous sommes d’ailleurs précipitéEs dans le vide.

Pasque le plaisir, c’est tout de même un vache de moteur de la conso et de la croissance. Je peux même pas imaginer le chiffre d’affaire qui est fait avec les bonnes choses toutes préparées.

Ah mais voilà, dans nos pays où on a inclus la médecine pour touTEs, une nouvelle contradiction interne est apparue. Beh oui : les services, ça crée pas de la vraie valeur, en fait, ça ponctionne toujours sur le surplus de la production de biens solides, laquelle menace déroute. Et bref ça coûte cher, ça rapporte pas assez.

Et comme il n’est évidemment pas question de remettre en cause nos vies coincées dans des petites boîtes, qu’on appelle à juste titre logements, dans les entassement infiniment salubres des villes et banlieues, ni l’empoisonnement généralisé par les innombrables produits et méthodes utilisées pour doper la productivité, agricole notamment – pareil, ce serait la fin du progrès, de l’économie et de ces belles choses dont nous mesurons chaque jour les bienfaits - eh ben il ne reste plus qu’à se rabattre sur les mauvaises pratiques des pécheresses que nous sommes. En se demandant quand même, à la marge, comment ne pas plomber l'industrie sucrière. Ah, le monde cornélien de la valorisation qui coule : qui jeter à la baille d'abord ?

Ce qu'illustre cet éditorial sans aucune vergogne. Montrant par là même que ce monde a définitivement perdu la tête, se dévore lui-même à la petite semaine.

Il appelle d’ailleurs sa suite : la pub pour la production bio, les « alicaments », convenablement valorisée. Comment vendre une fois et demie à trois fois plus cher - car ce qui importe c’est que ce soit vendu – des produits aussi insipides et même quelquefois plus, engendrés par la même machine agro-industrielle, réglementés avec leur taux marginal des poisons sus évoqués, adornés du petit logo.

L’autre jour, je me suis étouffée en lisant, dans je ne sais plus quel quotidien, un article sur une amap parisienne, où il était dit que les gentes (celleux qui ont de quoi, bien entendu) faisaient une sacrée queue pour être serviEs, en bons produits bien sains.

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien avec les queues qui se sont formées devant les bureaux de l’état-civil new-yorkais, il y a quelques mois, le matin de l’ouverture du mariage à tout le monde.

Un certain Ivan Illich, parmi d’autres, avait pronostiqué il y a quelque cinquante ans que la course à l’abondance, à la richesse, produirait essentiellement des besoins et de la misère. On pouvait déjà s’en convaincre en voyant le prix payé pour la fragile prospérité d’une partie de la planète par l’autre partie, qui va croissant. Mais cela finit par se manifester jusques dans les singeries des provisoirement moins pauvres que nous sommes, agrippéEs à ces "acquis" qui se liquéfient petit à petit en pourriture dans nos mains crispées ; nous sommes tout à fait disposéEs à faire la queue, longuement, à réaliser avec quelqu'enthousiasme cette propriété de la pénurie, pour des biens ou de la reconnaissance un peu plus au top. Sans que cela ne nous interpelle - ça c'est le boulot des fliques. Nous éspérons juste échapper encore quelques mois, quelques années, à la dévalorisation qui nous poursuit inlassablement. "Cours camarade..." a mué, devant les guichets de survie matérielle, sociale, légale, en "Encore un moment, monsieur le bourreau..."

 

Nous avons perdu en même temps la mémoire, le jugement, le sens des réalités et celui du ridicule.

 

En échange de conseils sanitaires et de hochets existentiels.

 

Fuck Off de nous-mêmes, tiens !

 

 

 

Murène tectosage

 

 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 22:29

 

 

"Je ne suis qu'un vieil animal froid, qui ne tient qu'à peu d'êtres."

 

                                                              Lou Andreas-Salomé

 

 

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 10:21

 

 

 

Ou de l’étroitesse d’esprit – pour rester polie - à lgteubélande

 

 

 

 

Γνώθι σεαυτόν

 

 

 

 

Je dois avouer que j’ai suivi avec quelqu’émerveillement les rapides péripéties quasi feuilletonesques autour de cette actrice américaine qui a eu le mauvais goût d’affirmer qu’elle avait choisi un changement de sexualité dans sa vie. Déjà, je suis forcée à dire de sexualité parce que tout a évidemment tourné autour de ça : l’identité, la vie, ce qu’on est ce qu’on n’est pas, c’est autour du cul que ça doit graviter, chez nous (enfin, nous, euh…).

Émerveillement, parce que si j’avais déjà eu affaire aux défenseureuses du catéchisme plus ou moins nativiste, du "on est comme ça on n'y est pour rien", lequel ne vaut pas mieux à mes yeux que n’importe quel catéchisme, y compris l’inverse, selon lequel tout est construit, déconstruit, indéfini au quotidien – donc au fond peu légitime - je n’avais jamais assisté encore à tel déferlement de haine et de mépris sur ce chapitre. Comme quoi les lignes se calcifient, les portes blindées se ferment, les dogmes turgescent redoutablement, ce qui nous promet un proche avenir tout à fait exquis. La guerre des catéchismes.


Pour les nativistes, c’est donc un scandale que l’on puisse imaginer, exprimer, affirmer que l’on puisse changer de socialité, d’attirances, d’identité au cours de sa vie. C’est un peu comme dans les religions charismatiques : on n’est fondéE à se découvrir, à se convertir qu’une fois, pour arriver à sa « vérité », et après plus bouge ! Sinon apostasie, mensonge, anathème, que sais-je encore ?

On ne peut pas changer, c’est comme ça. On a toujours été ce qu’on est, ouvertement ou pas. L’intolérance et l’essentialisme, pour ne pas dire le caractère impitoyablement borné, tout simplement, de cette vision des choses, ne semble pas émouvoir grand’monde, à lgteubélande, où pourtant on a la bouche pleine des mots sacrés, inverses des grands maux sus-cités.
« Quand on est quelque chose, on l’est pour toujours, et on n’est que cela » - ça fleure bon certaines doctrines que pourtant nos petitEs camarades jurent abhorrer.

 

Pour ma part, je crois que ce dont je pourrais avoir honte, c'est précisément de n'être pour rien dans ce que je suis.

 

L’espèce de mobilisation qui se congrège depuis quelques années contre l’idée ou l’expérience même que ces identités dont nous nous gorgeons puissent changer ou faire l’objet d’un choix a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Á l’époque des gazolines ou des gouines rouges, et même dans les années 80, on aurait tout simplement rigolé qu’une pareille controverse puisse prendre de l’importance ; au fond, on s’en fichait un peu. On s’occupait de nos fesses, pas de celles d’autrui. Ah mais maintenant on rigole plus, on ne sait dans quelle encyclique c’est passé, mais c’est article de foi. Qui, non pas seulement le critique, mais même s’en contrefous, trouve l’alternative butée, insipide, va en enfer.

Tout ça ressemble aux luttes religieuses, dont l'éternelle jeunesse n'est plus à démontrer : la liberté pour mes thèses, jamais pour celles des autres. Quant aux raisons données, elles sont d’un ridicule affreux ; jamais le fait d’être ou de ne pas être néE quelque chose n’a sauvé qui que ce fut de quoi que ce soit. D’ailleurs, je ne crois pas un instant à la sincérité réelle de cet argument : ce qui angoisse les lgteubéEs, exactement comme celleux qui les haïssent, c’est qu’on puisse être et  devenir diverses choses, que l’ordre soit troublé, voire n’existe point. Cette peur, fort commune et partagée, qu’on ne puisse savoir, sur registre, qui est qui ou quoi. Qui fait l’homme, qui fait la femme, qui fait la bête ?

La peur semble devenue le commun dénominateur de la plupart des positions intellectuelles et idéologiques. Ou plus exactement le dénominateur prioritaire : la peur d’abord, les autres considérations ensuite, à la queue leu leu derrière ce moloch. Ça en dit long sur comment nous baignons dans la félicité, le progrès et l’espoir. Qu’est-ce qu’on ne s’interdirait, ne s’imposerait pas au nom de la peur ?

Comme il fallait bien lui trouver une catégorie, à la nana, eh bien on lui a collé celle de bi. Bi, ça tombe bien, ça recouvre chez nous, même si on évite de le dire hors des petites tablées, le fond du mépris, de la sournoiserie supposée. Les bi sont en fait des hétéra, et les pires, comme les trans sont des mecs (1). Bien fait pour elle(s).
Et que vouliez vous qu’elle fît contre tant ? Elle a du finir par se dire que oui, peut-être bien, au fond, les autres, surtout quand ils crient très fort, savent mieux que nous ce que l’on est, si on peut, si on a le droit de changer ou pas. Elle s’est dite bi. Visiblement ni persuadée, ni emballée. Histoire qu’on arrête de l’agonir.

Un dicton russe affirme que « si on cogne suffisamment longtemps sur un lièvre, on peut lui apprendre à gratter les allumettes. »

De même, si on gueule suffisamment fort sur une personne humaine, on peut tout à fait la convaincre de qui elle est – ou doit être. En tous cas de ce qu’elle doit dire pour qu’on lui fiche la paix.

L’indignation est généralement à son comble, et à juste titre, lorsqu’on apprend que dans des endroits on essaie de contraindre des gentes à l’hétérosocialité, avec entre autres ce genre de pratiques.

Apparemment on ne pourrait pas juger de même de ce que, « chez nous », on intime à autrui ce qu’ellil doit se croire.

 

Que ce soit tout simplement et ridicule, et odieux, ne semble plus venir à l’esprit de quiconque. Il y a toujours les « bonnes raisons », toutes plus ineptes les unes que les autres, pour sécuriser le réel en le mutilant et en le ligotant.

 

Pour ma part, T-lesb à ce jour, je n’ai jamais aimé beaucoup lgteubélande, son intégrationnisme, ses compromissions, son irénisme et sa victimisation. Mais là, ça passe encore un cran. On croit faire face à la terreur hétéra en nous terrorisant les unEs les autres ; ce faisant on s’y assimile. Elle nous va comme un gant. Principe de la réappropriation : se montrer aussi bête que ses ennemiEs, et user de leur logique. Ce qui donne un splendide magma indifférencié. 

 

J’ai décidé, consciemment, pour des raisons bonnes ou mauvaises, ce que j’ai été avant, par une aversion déterminée envers hétéroland ; j’ai de même décidé, pareil, ce que je suis actuellement. Si jamais déesse m’accorde un sursis dans ma débine, qui sait ce que je deviendrai ? Eh bien que suis-je, à l’aune et à la science sûre de ces gentes qui supposent qu’on n’est qu’une fois ?

Renégate ? Chic. Je prends ! Mais non, même pas, ce serait trop beau et ça dépasse et mes moyens, et les leurs : ne reste donc que la commode poubelle à bi. Qui va servir à expliquer et évacuer bien des choses.
En tous cas, je ne serai jamais citoyenne de lgteubélande. Il m’est arrivé trop de choses dans ma vie, ça rentre pas dans les cases préremplies de ses formulaires. On doit être quelques unEs comme ça.

Pourtant y a un truc, parmi d’autres, qu’on ne choisit apparemment qu'une fois, aussi étonnant que cela puisse paraître : sa famille. Celleux avec qui on a trainé, et sans qui on endure isolement. Le monde est trop petit, la vie trop courte, et nous nous ressemblons trop.


Plume


(1) TouTEs les trans, d’ailleurs, je ne sais pas si vous aviez remarqué ? Bien sûr les f-trans sont des mecs infiltrés (on se demande bien pourquoi d’ailleurs vu ce que ça leur rapporte, en plus c’est des débiles) ; mais les m-trans sont aussi des mecs, pasque la testo ça rend mec ; des traîtres quoi. Comme ça tout est bien rangé dans le tiroir.


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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 20:31

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Je ne veux pas redescendre dans la fosse commune, m’amalgamer aux charognes qui y gisent, s’y agitent et y concurrent. Je pue encore de ce contact. Mieux vaut mourir pour de vrai, être becquettée par les corneilles, que d’aller grouiller dans le trou collectif où l’on singe la vie par le tremblotement de la vermine, moralement et cérébralement pourries.

 

 

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 14:53

 

 

 

Article l’autre jour dans la très consensuelle Montagne, pour une fois intéressante, sur le voyage d’une femme hindoue à Clermont pour protester contre l’emprise michelinesque.

http://www.lamontagne.fr/auvergne/actualite/2012/01/17/un-village-en-inde-denonce-les-conditions-d-implantation-d-une-usine-michelin-160717.html

Il y a – au moins – deux multinationales qui sont d’origine, je ne sais pas si le terme est très juste, auvergnate. Eh oui. Et même pas des très neuves, ce qui met à bas le mythe d’une région qui aurait été relativement épargnée par le désastre économique. Ça fait au contraire bien longtemps que les autochtones sont forcés de marcher à son rythme (je songe aux paysanNEs surtout). D’ailleurs, une de ces multi est de celles qui ont pour objet de mener l’agriculture toujours plus loin, vers l’intensification, les modifs diverses et l’emmisération des sols comme de ce qui y vit.

L’autre fait des pneus, essentiellement. C’est elle que la nana citée dans l’article met fort justement en cause, d’aller prouter dans son pays, déjà fort mal loti, un supplément local de pollution, d’expropriation, d’exploitation lesquelles comme chacunE sait se suivent en bonne logique économique comme un les perles d’un chapelet. Pour excréter éventuellement un tardif et durement gagné « bien-être », toujours remis en cause. Il y aura juste beaucoup moins de monde encore en lice, voire vivant, lorsqu’on en arrive(ra peut-être) aux supposés lotissements de braves ouvrierEs véhiculéEs en Tata, projetés un siècle peu ou prou après l’équivalent clermontois. Á supposer que ce mode de vie soit enviable.

Je n’ai pas pour habitude de faire dans l’exotisme militant, que j’ai définitivement pris en grippe, mais je n’ai pu ne pas remarquer l’article ci-dessus évoqué, dans le consensuel quotidien régional. Ni ne pas songer à un certain nombre des tenants et aboutissants de ce dont il y est causé.

Je lisais l’autre jour, dans un autre journal, la recension d’une pièce de théâtre sur le travail, qui s’arqueboutait sur une boutade indonésienne, que « les singes évitent de parler pour qu’on ne les mette pas au boulot ». Ce serait effectivement une raison bonne et suffisante.

Tout de même – j’ai du mal à comprendre que ça n’interloque et surtout n’inquiète pas plus. Partout où se présentent, forcent la porte et passent la prospérité, le travail, la « reconnaissance sociale » et toute leur ribambelle de choses si désirées et positives, comme la fameuse (ré)industrialisation chère à nos politiques, les gentes meurent et sont expulséEs, les rivières sont empoisonnées, les moyens de vivre plus ou moins bien sont convertis en misère, les usines, les prisons et les guichets prolifèrent, le peu de survie restant, réservé à une minorité elle-même toujours menacée de débauchage, tombe dans la dépendance absolue d’un salaire, lui-même le plus chiche possible (vous pensez bien que si Michelin va en Inde, c’est uniquement pour payer moins les gentes).
Mais tout le monde se dit que, tout de même, du boulot, ça serait classe. Même en sachant très bien, au fond, que le prix sera l’habituel : la destruction de ce qui permettait de vivre, sans passer par toute la machinerie marchande. Mais voilà : pas le choix.

Ce qui pose tout de même la question, non pas seulement de la bonne ou mauvaise volonté des patronNEs, mais carrément de tout le mode de vie auquel nous nous sommes habituéEs, et qui en plus tombe en ruine encore plus vite qu’il n’achève de se répandre, là où il reste encore un peu de place pour.

Ce même jour, la chute tendancielle du taux de valeur, comme prévoyait l’autre, entraînait la fermeture d’une usine de layette, dans la même nôtre région. Les gentes, presque toutes des nanas, qui mourraient lentement du travail (lequel n’a jamais été bon pour la santé), mourront encore plus vite de son retrait. C’est tout de même – nan, mais, on ose encore causer, que ce soit dans l’économie, les relations, les ci et les ça forcenés de la contemporanité, de développement, d’appropriation, de croissance, bref de la fable du « gagnantE-gagnantE », alors que la réalité enseigne chaque jour qu’il s’agit d’un naufrage perdantE-perdantE. Comme pour ce dicton du Goulag : crève aujourd’hui, moi c’est pour demain. La semaine prochaine si possible. Qu’il y ait du travail ou qu’il n’y en ait plus, c’est l’enfer.

Je lisais il y a déjà quelques mois qu’au Japon, ce sont essentiellement des nanas qui ont fait leur mauvaise tête à la suite de l’excursion radioactive, laquelle continue sa promenade là-bas. Ça aussi ça fait songer. Sans entrer dans les innombrables explications, documentées et chiffrées, que produisent à la douzaine nos adoréEs sociologues, je dois dire que ça me fout un doute. Je pourrais m’en réjouir, me dire que ce féminin social que Roswitha Scholz décrit comme le non-valorisé par l’économie, serait susceptible de bloquer le gros animal. J’aimerais bien me dire ça. Mais je me dis aussi qu’on sert peut-être tout bonnement et surtout bénévolement de fusibles, comme d’hab, comme dans la famille, comme dans un nombre incroyable de structures. Qu’on fait l’arrière garde de l’humanité… face à elle-même, puisque rien de ce qui se produit du désastre n’est le fait de qui que ce soit d’autre que de nous, et de nos fantasmes de puissance comme de richesse. Bref qu’on est en plein milieu du cercle autophage. Et qu’on sera conséquemment mangées en premier. De diverses manières et à diverses sauces, s’entend. Dans la bouillabaisse épouvantable qui se cuisine avec touTEs les pas rentables de la terre.

Une fois de plus, se pose la question de si nous devons couvrir de notre corps les restes de plus en plus pitoyables de nos concitoyens, histoire de retarder encore un peu la dévoration totale – ou rompre, une bonne fois pour toutes. Refuser les termes même du contrat, cesser de nous balancer sur la barrière mobile du consentement. Et partir ; alors, là, se pose immédiatement la question d’où, vu l’envahissement, intérieur, extérieur, et je suis d’accord, je n’en sais rien. Cela veut-il dire reprendre du terrain, d’emblée, pas seulement à terme ? Du terrain en nous, sans doute – mais je ne crois pas que ce terrain soit accessible sans que nous ne récupérions d’abord les terrains dans l’espace et dans le temps, prosaïques et matériels.

La terre et la liberté, comme ont déjà dit d’autres avant.

Cela signifierait ne pas attendre l’accord d’on ne sait quelle instance, la délivrance de quelque guichet, le signe d’un supposé destin statutaire. De sortir, et de se munir sans doute de quoi réouvrir les barrières, faire sauter les serrures. Au besoin des couteaux, comme disait l’autre. Et autres chignoles. Pour nous, et non pas simplement contre quelque groupe fétichisé, qui résumerait tous les soucis et dont la suppression serait la porte de la félicité. Il se peut qu’on ait effectivement à marcher sur quelques gueules ; mais on va pas s’en faire une autoroute. Toutes les autoroutes mènent au péage. Á éviter. La porte, de la félicité ou d’autre chose, ce serait notre reprise d’autonomie, matérielle et morale. On ne serait pas obligées de suivre des chemins tracés. Ni de se réapproprier des autoarnaques.

Prendre la porte, mais il faut d’abord le vouloir. Le vouloir pour soi. Vouloir pour les autres est aussi vain que parler à leur place.


 

 

Murène tectosage


PS : la murène vous recommande aussi, à la louche, cette brochure en ligne, au sujet du saccage, de l’expropriation de nouzautes, etc : http://www.non-fides.fr/IMG/pdf/pas-de-sushi-2.pdf. Ça thurifère un tantinet l’activisme infiniment prévisible, où tout le monde joue sa partition, des fliques aux saboteurEs (un jour il faudra rééditer le Complément d’enquête de Serre de la Fare), mais tout de même.

 

Dans un registre voisin, recommandation aussi d'un texte sur ce que recouvre aujourd'hui l'écologie intégrée. Un tableau convaincant de la domination sociale et de ses prothèses : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/_Enfer_Vert.pdf

 

 

 

 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 19:49

 

 

 

Ce qui est tout à fait caractéristique des époques cyniques, c’est qu’on peut tout à la fois s’y montrer pertinentE, ou en tous cas raisonnable, et parfaitement puantE. Ainsi de l’espèce de brain-trust socialo l’Assaut, qui publie sur son site un article somme toute pas à proprement dire idiot contre la prohibition du travail sexuel. Ce qui eut pu donc faire. Comme toujours, le diable est dans les raisons, et même plus particulièrement dans une espèce de traitement volontairement « agnostique » de ces raisons. Ainsi, il y est tout à fait reconnu, ce qui est tout de même une performance pour des sauvereuses de l’économie, que le travail est en lui-même une vérole inguérissable, un fléau qui nous dévore. Ce avec quoi je ne saurais être trop en accord.


Mais le raisonnement et la conclusion sont que, évidemment, on ne saurait pour autant remettre en cause l’économie, le progrès, le social, le travail et tout ce genre de choses, dussions nous en crever. Et qu’il faut aménager la crevaison. Qu’est-ce qu’il ne faut d’ailleurs pas aménager de nos jours ?! Bref, notre boulot, de service sexuel, qui avait déjà tout de même bien des racines profondes dans l’ordre des choses, se voit propulsé au rang de compensation pour l’invivabilité moderne.


Même si l’expression « plus vieux métier du monde », propagée par des acéphales, n’a évidemment aucune sorte de fondement ni de justification, si ce n’est peut-être de suggérer, ce qui reste à prouver, que l’économie relationnelle aurait précédé toute autre forme d’, il faut bien reconnaître que nous étions là bien avant que le travail ne s’empare de la totalité de la vie et de la médiation sociale (1). De même que la plupart des autres métiers, on ne le soulignera jamais assez. Il ne devait manquer à l’appel guère que les manageurEs, les hôteSSEs de vente, les psys et les assistantEs sociaLEs. Et quelques autres j’en conviens, cependant que les sabotieREs ont disparu, et que les sorcieREs ont bien du mal à se maintenir.


Conséquemment nous ne fûmes pas crééEs et misES au monde juste pour panser les épouvantables blessures causées à chacunE et à touTEs par le capitalisme. Peut-être même étions nous là bien avant que l’on n’eut défini biens et relations comme des besoins (2). Quelque chose qui doit infailliblement être comblé et à n’importe quel prix si jamais il vient à faire défaut – sans quoi la dignité du/de la citoyenNE/consommateurice est mise en cause, ce qui ne doit pas arriver dans la théocratie démocrate, même en voie de délitement.


Je ne sais pas quand et comment on est apparuEs. Et je ne crois guère aux fables de toutes tendances qui prétendent écrire l’histoire d’une époque sur laquelle nous n’avons pas de témoignage, que ce soient les cro-magnons mâles des livres de mon enfance tirant amoureusement leur compagne paisible par les cheveux (pas encore de roulettes), ou le bienfaisant matriarcat originel dont on se demande bien pourquoi on l’aurait quitté. Méfions nous de ces originelles origines, auxquelles nous faisons dire nos rêves, ou le présent maquillé. J’ai tendance à penser que c’est tout de même relativement tardif, bref qu’il faut déjà une forme d’économie et une pensée d’équivalence pour en arriver au travail et au service, même si ce n’est pas aux sens modernes de la chose. Ou bien à quelque office. Á voir.


Mais, bref, pour en revenir aux argousinEs de l’Assaut, donc, c’est une nouvelle illustration de l’idéologie d’un « moindre mal » qui n’a pas grand’chose de moindre, en fait. Le saccage matériel et humain généralisé, ellils en sont modérément tristes, peu traumatiséEs, et ne se posent même pas la question d’en sortir, même il faut que cela soit. On ne sait même plus pourquoi mais c’est ainsi. Tiens, ben on va en plus aligner les putes pour adoucir les derniers moments de l’humanité. De l'animal laborans. Et de suggérer, par la suite, que nous devrions être étatiséEs, fonctionnariséEs à la limite. Merci bien ! Manquait plus que ça. 


Nous voilà avec une nouvelle tâche socio-historique à assumer – tartiner de vaseline le naufrage économique et travailleur. Une telle perspective a évidemment quelque chose de surréaliste, mais puisque les nettoyeurEs du social ne reculent devant aucune extrémité, je ne vois pas pourquoi les aménageurEs du désastre seraient plus circonspectEs qu’elleux. Ellils sont de la même branche : the show must go on ! Et on nous y réserve rôle et image. Ben non. Nous on fait juste le tapin. Vos angoisses et vos espérances, rien à branler. On fait bien dans le rabibochage moral à l’individuel, mais pas dans le renflouage des mégalomanies collectives.


Évidemment, je ne vais pas faire semblant d’ignorer que la doctrine libérale à notre sujet nous assigne quelque chose d’assez semblable : le repos du guerrier. Ce qu’elle assigne d’ailleurs tout uniment aussi aux conjointes gratuites et énamourées ! Je n’ai pas une grande opinion du désir, je l’ai déjà dit bien des fois, mais avec la modernité nous sommes passéEs de quelque chose que ce mot pouvait recouvrir à la réfection de la force de travail en capilotade – ce qui est rouler de quelques étages dans l’escalier. Avec la conception développée par l’Assaut, on en est carrément à l’infirmerie. Et ce, je le souligne encore, en toute conscience, et en ce qu’on pourrait appeler franchise si ce n’était pas ce cynisme qui préside aux effusions contemporaines.


Non mais vraiment – ce que cela démontre, et une fois de plus, c’est que ni celleux qui pétitionnent notre extinction pour le bien d’une humanité de plus en plus problématique, ni celleux qui nous « soutiennent » à un titre ou à un autre, n’ont la moindre idée de ce que nous sommes ni de ce que nous représentons, très platement. Sans même parler de ce que nous vivons et de ce que nous pouvons vouloir. Leur seul souci est de nous instrumentaliser pour remplir leurs divers fantasmes sociaux, en général tout aussi cauchemaresques les uns que les autres. Quand ce n’est pas juste pour se donner le frisson de la « transgression » comme quelques univs ou cultureuXses (« J’ai bouffé avec toute une tablée de putes, pardon de TS ; incroyablement enrichissant»).

Ça leur trouerait le cul, et ça décevrait infiniment leurs attentes, que simplement des gentes existent, soient ce qu’ellils sont et se démerdent comme ellils l’entendent, n’aient aucun besoin de leurs bons offices, dans ce capharnaüm dont aucune de ces bonnes âmes ne prétend d’ailleurs réellement sortir. Sans parler que si on causait d’en sortir, c’est à la première personne qu’il faudrait commencer, émancipatrice, pour aller vers le commun, et non pas l’inverse, qui a toujours fourni catastrophes et tyrannies, odieuses autant que loufoques.

 

 

 

La pute antisociale - et irrecrutable

 

 

Le truc en question :

 

« Plus encore, l’enquête SUMER montre que la pression psychologique liée au travail, entraînant des pathologies de plus en plus graves (dépression, épuisement,…), a augmenté pour tous les travailleurs. Le phénomène de job strain (forte demande psychologique combinée à une faible latitude décisionnelle et à un soutien social défaillant) touche d’ailleurs plus les femmes (28,2%) que les hommes (19,4%). Aussi la souffrance psychologique ou émotionnelle associée par les abolitionnistes à l’activité de prostitution existe en fait de façon très significative, et pour un nombre beaucoup plus important de personnes, dans des secteurs traditionnels du travail. Quotidiennement, des milliers de Françaises se font « violence » pour accomplir leur travail, activité globalement peu plébiscitée et non créatrice de plaisir de toute façon (selon une enquête sérieuse de l’INSEE[5]), sans que ce phénomène ne provoque pour autant de mobilisation massive du gouvernement pour « sortir » les femmes du travail.
Pour comprendre ce qui conduit les « abolitionnistes » à condamner la prostitution mais à tolérer les emplois d’ouvrières se relayant sur des chaînes de production de nuit, les emplois d’aides-soignantes qui nettoient les excréments de personnes âgées démentes, les emplois de femmes de ménage qui vident les poubelles des grandes entreprises entre 4h et 7h du matin, les emplois d’hôtesses d’accueil qui forment la profession la plus exposée aux agressions physiques au quotidien, il faut bien sûr faire un détour par le mythe de la « dignité » féminine fondée sur la rareté sélective de ses relations sexuelles, accomplies dans le cadre théorique de la pure gratuité.
Que la gauche du centre s’épuise à séduire des médias n’ayant de moderne que le port du jean de ses journalistes par la prohibition de la prostitution la dispense de s’occuper des conditions de travail des ouvriers… Mais on sait, depuis les derniers rapports de Terra Nova ou les déclarations des grands candidats aux primaires socialistes, que, de toute façon, d’autres partis moins fréquentables les recueilleront.
Conclusion et propositions
Que faut-il en conclure ? Qu’encore une fois, l’Etat, comme toujours depuis trente ans, n’est capable, devant un problème qui se révèle, que de réprimer, de morigéner, d’externaliser, bref, de désespérer. Notre société ultra compétitive, individualiste et matérialiste ne peut aboutir, par la production de modèles et de standards conditionnants, qu’à des insatisfactions, des frustrations, dont la solution ne peut être tentée que par la névrose, la liberté ou l’aventure. La prostitution, comme le sport, l’art ou le travail, est une chose potentiellement dangereuse qui requiert l’organisation apaisée et confortable de son exercice. Abolie, ou refoulée, elle ne disparaîtra bien sûr pas, mais créera dans sa catacombe les conditions mafieuses de sa survie. Saint-Louis avait bien tenté en 1254 une abolition totale ; elle dura peu, et Paris revit bien vite quelques rues consacrées aux licences commerciales.
Il ne faut pas qu’autoriser la prostitution, il faut l’organiser, et pourquoi pas la nationaliser. »


http://www.lassaut.org/index.php?option=com_content&view=article&id=241:contre-linterdiction-de-la-prostitution&catid=46:alassautdelamiseresexuelle&Itemid=56



(1)Lire à ce sujet l’excellent « Temps, travail et domination sociale », de M. Postone.

(2)Là, c’est à Illich que je vous adresse.

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 15:41

 


Nos zamiEs de l’Assoce Nationale T (« tout ce qui est national est nôtre, disait l’idiot du village » - Rimbaud) se fendent, comme à l’ordinaire, d’un long communiqué circonstancié pour causer de ce bienveillant projet dont je causais il y a quelques semaines, vous savez, celui pour « simplifier la vie des T ».

C’est épatant toutes les amies qu’on a. On en est à être nous-mêmes nos propres amies, ce qui est pour le moins inquiétant.

C’est épatant aussi comment, dans un zeste de vie où à peu près tout a été rendu sujet à contrôles, vérifications, chicanes et pour tout dire dépossession, enchevêtrement d’impossibilités dirimantes, se présente obligeamment la vaseline de la « simplification ». On se croirait dans une unité géante de soins palliatifs aux dimensions de la planète. Ce n’est pourtant pas qu’on avait voulu une vie simple – je doute que la vie puisse être simple, et même que ça présente un intérêt. On aurait juste pu se laisser la surmonter nous-mêmes. Ben non.

Mais, euh, sans même aller jusques là, je remarque que ce communiqué, tout à fait raisonnable par bien des aspects, notamment en ce qui concerne l’arbitraire judiciaire, tombe résolument vers la fin dans le même marais. Celui, que je signalais, de l’usage de ces « abus », ces redoutables « abus » qui planent sur nos têtes comme une armada de vampires potentiels.

Je suis fort amusée de l’ode aux « éluEs de la République » qui clôt le communiqué. Comme toujours, le salut est dans la « vraie » démocratie enfin réalisée. Bon. Sauf que.

Sauf que ces braves éluEs ne sont pas nécessairement moins arbitraires que les mistigris de tribunaux. Leur ministère est il est vrai moins coûteux, c’est déjà ça. Cependant, il y a, comme toujours, un clou dans le rata, ce rata même qu’évoque l’ANT avec transports, ce splendide, cet indispensable mariage par exemple, que les unEs envient aux autres. Pasque les éluEs de la République, enfin un certain nombre, se sont déjà signaléEs par des refus de mariage. Vous savez, quand ce sont ces insupportable miséreuXses, migrantEs platement économiques comme on dit, qui osent venir réclamer le sacrement civil, lequel, pour une fois, va servir à quelque chose d’utile et de bon, leur donner quelque droit à stabilité et à subsistance. Bien des mairies refusent et découragent. En général, on n’insiste guère, de crainte en plus d’attirer l’attention de la malveillance en bleu, comme de ses innombrables alliéEs bureauticoles.

En somme, qu’est-ce qui empêchera telLE maire mal embouchéE, ou son adjointE, ou son staff, de dévisager l’impétrantE, et de lui rétorquer qu’ellils a vraiment pas l’air de ce qu’ellil dit (sachant que nous devons être bien sûr M ou F, point à la ligne). Bref de se retrancher derrière cette fameuse suspicion d’abus ? Ben pas grand’chose. On peut même parier que bien des édiles s’en feront une jubilation sans bornes, et un argument éventuel envers leurs électeurices normaLEs. Ici, on traite pas les monstres, on est entre gentes saines.

Que faire alors ? Aller chercher, comme cela se fait déjà, quelque éluE plus coulantE ou T-friendly ? Dans ce cas, il faudra en plus réclamer que la reconnaissance de transition puisse se faire dans n’importe quelle commune, et non pas seulement là où on réside. Cela crééra tout bonnement un corps de gentes qui se verront réservée la fonction de décréter ce que nous sommes. Ce ne sera certes pas une nouveauté. Les maires remplaceront, ou conforteront, les psys. Une fois de plus l'affaire nous échappera totalement.

Et si ça marche pas, eh ben retour à la case tribunaux, actions judiciaires et tout le tralala. Case départ.

Et surtout, résignation à ce que, qui que ce soit qui soit derrière le bureau, ce soit tout de même ellui qui décide de ce que vous êtes, et qui le reconnaît. Ou pas. Ou mal.

La reconnaissance implique la non-reconnaissance, c’est fatal. Sinon il n’y a pas besoin de reconnaissance. Et le petit alinéa des « abus » est toujours là, lui ou un autre, pour garantir qu’à un moment quelqu’unE ne sera pas reconnuE, et que, pis, c’est cette non-reconnaissance qui fera la valeur de la reconnaissance des autres. Fussent ces dernièrEs cent mille et le ou la non-reconnuE unique.

C’est bien de la peine la reconnaissance, vous ne trouvez pas ? Déjà, évidemment, il y a ce M/F. Bon, là c’est toute une discussion philosophique qui s’embranche, je laisse pour aujourd’hui. Mais bon, ça déjà on pourrait aisément s’en passer, même que ça ne changerait rien, mais rien, je vous le jure, à l’ordre politico-économique. Précisément, si vous voulez un exemple, du moment qu’on vous a collé un nom, une date de naissance et un numéro, qu’il y ait M/F ou pas, l’huissièrE ad hoc pourra toujours vous courir après pasque vous avez pas payé votre billet de train – or, payer ou encaisser est bien la chose fondamentale de la vie humaine contemporaine, nan ?

En fait tout simplement il y a l’obligation et d’identité, et de reconnaissance de cette identité par qui de droit. Et c’est là que ça biche. Beh oui hein. L’état-civil a été autrefois mis sur pied pour qu’on arrive à imposer tout le monde, et que nulLE n’échappe par ailleurs à l’œil du maître. Puis pour le recensement quand papa état a eu besoin de millions de soldats pour sauver les patries et l’industrie lourde. De nos jours, on y a ajouté les impayés privés et la vérification de qui porte ou pas une bombe à la ceinture. Non mais je ne rigole pas. La « nécessité » d’être reconnuE de manière générale et abstraite, par autrui que les gentes à qui on a affaire dans le réel, est apparue avec l’emprise, les besoins et les prérogatives croissantes, illimitées, de l’état moderne. Pas pour le bonheur rayonnant que nous pourrions avoir à exhiber notre petit badge qui fait bip et dit à la madame, pardon à la machine, qui on est et si on a le droit d’être là, voire d’exister.

Et une fois de plus on en revient à ce monde de droit qui se mord la queue. Plus on lui demande, plus il nous bouffe. Échange bien inégal.

Pour ma part, je tiens que le mieux serait de ne rien lui demander. Si on s’y mettait assez fort et assez nombreuXses, peut-être bien qu’il en crèverait. De dépit. Et qu’on n’aurait plus que faire d’aller présenter nos pauvres mines à unE juge ou à unE maire.

Accessoirement ça pourrait aussi mettre fin aux histoires de nationalité, et au mariage. Il n’y a pas de petits profits !


murène tectosage

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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