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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 13:06

 

Ah ben je l’avais pas poussée, celle là, depuis qu’autour d’une vieille table en bois vermoulue, dans une forêt ariégeoise, nous avions fait écho à l’une d’entre nous, qui avait ainsi résumé son ras le bol du monde positif et bienveillant.

Fuck Off !

Il n’existe rien de non récupérable, et c’est majoritairement nous-mêmes qui nous récupérons. Cette exclamation a fini, comme bien d’autre, par héberger en son giron les œufs des bien-pensances et bonicolité, moindre mal et meilleur des mondes. Pas grave. No ©.

De plus, ce qui me le fait mugir, en ce jour glacial, dans le garage où je végète, fait partie des anecdotes, de la variété prodigieuse des petites sales blagues du présent.

Carrément, l’édito du Monde d’an’hui, enfin de ce soir en kiosque, eh ben c’est « la guerre au sucre ». Allez y voir si ne me croyez pas. Le sucre, péché radical, comme la graisse, comme le salé, comme tout ce qui est bon.

Ce qui me fait marrer, c’est à quel point le monde de la valeur et du capital finissant ne sait plus où donner de la tête pour boucher les innombrables trous de contradiction qui le percent, et par où nous sommes d’ailleurs précipitéEs dans le vide.

Pasque le plaisir, c’est tout de même un vache de moteur de la conso et de la croissance. Je peux même pas imaginer le chiffre d’affaire qui est fait avec les bonnes choses toutes préparées.

Ah mais voilà, dans nos pays où on a inclus la médecine pour touTEs, une nouvelle contradiction interne est apparue. Beh oui : les services, ça crée pas de la vraie valeur, en fait, ça ponctionne toujours sur le surplus de la production de biens solides, laquelle menace déroute. Et bref ça coûte cher, ça rapporte pas assez.

Et comme il n’est évidemment pas question de remettre en cause nos vies coincées dans des petites boîtes, qu’on appelle à juste titre logements, dans les entassement infiniment salubres des villes et banlieues, ni l’empoisonnement généralisé par les innombrables produits et méthodes utilisées pour doper la productivité, agricole notamment – pareil, ce serait la fin du progrès, de l’économie et de ces belles choses dont nous mesurons chaque jour les bienfaits - eh ben il ne reste plus qu’à se rabattre sur les mauvaises pratiques des pécheresses que nous sommes. En se demandant quand même, à la marge, comment ne pas plomber l'industrie sucrière. Ah, le monde cornélien de la valorisation qui coule : qui jeter à la baille d'abord ?

Ce qu'illustre cet éditorial sans aucune vergogne. Montrant par là même que ce monde a définitivement perdu la tête, se dévore lui-même à la petite semaine.

Il appelle d’ailleurs sa suite : la pub pour la production bio, les « alicaments », convenablement valorisée. Comment vendre une fois et demie à trois fois plus cher - car ce qui importe c’est que ce soit vendu – des produits aussi insipides et même quelquefois plus, engendrés par la même machine agro-industrielle, réglementés avec leur taux marginal des poisons sus évoqués, adornés du petit logo.

L’autre jour, je me suis étouffée en lisant, dans je ne sais plus quel quotidien, un article sur une amap parisienne, où il était dit que les gentes (celleux qui ont de quoi, bien entendu) faisaient une sacrée queue pour être serviEs, en bons produits bien sains.

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien avec les queues qui se sont formées devant les bureaux de l’état-civil new-yorkais, il y a quelques mois, le matin de l’ouverture du mariage à tout le monde.

Un certain Ivan Illich, parmi d’autres, avait pronostiqué il y a quelque cinquante ans que la course à l’abondance, à la richesse, produirait essentiellement des besoins et de la misère. On pouvait déjà s’en convaincre en voyant le prix payé pour la fragile prospérité d’une partie de la planète par l’autre partie, qui va croissant. Mais cela finit par se manifester jusques dans les singeries des provisoirement moins pauvres que nous sommes, agrippéEs à ces "acquis" qui se liquéfient petit à petit en pourriture dans nos mains crispées ; nous sommes tout à fait disposéEs à faire la queue, longuement, à réaliser avec quelqu'enthousiasme cette propriété de la pénurie, pour des biens ou de la reconnaissance un peu plus au top. Sans que cela ne nous interpelle - ça c'est le boulot des fliques. Nous éspérons juste échapper encore quelques mois, quelques années, à la dévalorisation qui nous poursuit inlassablement. "Cours camarade..." a mué, devant les guichets de survie matérielle, sociale, légale, en "Encore un moment, monsieur le bourreau..."

 

Nous avons perdu en même temps la mémoire, le jugement, le sens des réalités et celui du ridicule.

 

En échange de conseils sanitaires et de hochets existentiels.

 

Fuck Off de nous-mêmes, tiens !

 

 

 

Murène tectosage

 

 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 22:29

 

 

"Je ne suis qu'un vieil animal froid, qui ne tient qu'à peu d'êtres."

 

                                                              Lou Andreas-Salomé

 

 

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 10:21

 

 

 

Ou de l’étroitesse d’esprit – pour rester polie - à lgteubélande

 

 

 

 

Γνώθι σεαυτόν

 

 

 

 

Je dois avouer que j’ai suivi avec quelqu’émerveillement les rapides péripéties quasi feuilletonesques autour de cette actrice américaine qui a eu le mauvais goût d’affirmer qu’elle avait choisi un changement de sexualité dans sa vie. Déjà, je suis forcée à dire de sexualité parce que tout a évidemment tourné autour de ça : l’identité, la vie, ce qu’on est ce qu’on n’est pas, c’est autour du cul que ça doit graviter, chez nous (enfin, nous, euh…).

Émerveillement, parce que si j’avais déjà eu affaire aux défenseureuses du catéchisme plus ou moins nativiste, du "on est comme ça on n'y est pour rien", lequel ne vaut pas mieux à mes yeux que n’importe quel catéchisme, y compris l’inverse, selon lequel tout est construit, déconstruit, indéfini au quotidien – donc au fond peu légitime - je n’avais jamais assisté encore à tel déferlement de haine et de mépris sur ce chapitre. Comme quoi les lignes se calcifient, les portes blindées se ferment, les dogmes turgescent redoutablement, ce qui nous promet un proche avenir tout à fait exquis. La guerre des catéchismes.


Pour les nativistes, c’est donc un scandale que l’on puisse imaginer, exprimer, affirmer que l’on puisse changer de socialité, d’attirances, d’identité au cours de sa vie. C’est un peu comme dans les religions charismatiques : on n’est fondéE à se découvrir, à se convertir qu’une fois, pour arriver à sa « vérité », et après plus bouge ! Sinon apostasie, mensonge, anathème, que sais-je encore ?

On ne peut pas changer, c’est comme ça. On a toujours été ce qu’on est, ouvertement ou pas. L’intolérance et l’essentialisme, pour ne pas dire le caractère impitoyablement borné, tout simplement, de cette vision des choses, ne semble pas émouvoir grand’monde, à lgteubélande, où pourtant on a la bouche pleine des mots sacrés, inverses des grands maux sus-cités.
« Quand on est quelque chose, on l’est pour toujours, et on n’est que cela » - ça fleure bon certaines doctrines que pourtant nos petitEs camarades jurent abhorrer.

 

Pour ma part, je crois que ce dont je pourrais avoir honte, c'est précisément de n'être pour rien dans ce que je suis.

 

L’espèce de mobilisation qui se congrège depuis quelques années contre l’idée ou l’expérience même que ces identités dont nous nous gorgeons puissent changer ou faire l’objet d’un choix a de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Á l’époque des gazolines ou des gouines rouges, et même dans les années 80, on aurait tout simplement rigolé qu’une pareille controverse puisse prendre de l’importance ; au fond, on s’en fichait un peu. On s’occupait de nos fesses, pas de celles d’autrui. Ah mais maintenant on rigole plus, on ne sait dans quelle encyclique c’est passé, mais c’est article de foi. Qui, non pas seulement le critique, mais même s’en contrefous, trouve l’alternative butée, insipide, va en enfer.

Tout ça ressemble aux luttes religieuses, dont l'éternelle jeunesse n'est plus à démontrer : la liberté pour mes thèses, jamais pour celles des autres. Quant aux raisons données, elles sont d’un ridicule affreux ; jamais le fait d’être ou de ne pas être néE quelque chose n’a sauvé qui que ce fut de quoi que ce soit. D’ailleurs, je ne crois pas un instant à la sincérité réelle de cet argument : ce qui angoisse les lgteubéEs, exactement comme celleux qui les haïssent, c’est qu’on puisse être et  devenir diverses choses, que l’ordre soit troublé, voire n’existe point. Cette peur, fort commune et partagée, qu’on ne puisse savoir, sur registre, qui est qui ou quoi. Qui fait l’homme, qui fait la femme, qui fait la bête ?

La peur semble devenue le commun dénominateur de la plupart des positions intellectuelles et idéologiques. Ou plus exactement le dénominateur prioritaire : la peur d’abord, les autres considérations ensuite, à la queue leu leu derrière ce moloch. Ça en dit long sur comment nous baignons dans la félicité, le progrès et l’espoir. Qu’est-ce qu’on ne s’interdirait, ne s’imposerait pas au nom de la peur ?

Comme il fallait bien lui trouver une catégorie, à la nana, eh bien on lui a collé celle de bi. Bi, ça tombe bien, ça recouvre chez nous, même si on évite de le dire hors des petites tablées, le fond du mépris, de la sournoiserie supposée. Les bi sont en fait des hétéra, et les pires, comme les trans sont des mecs (1). Bien fait pour elle(s).
Et que vouliez vous qu’elle fît contre tant ? Elle a du finir par se dire que oui, peut-être bien, au fond, les autres, surtout quand ils crient très fort, savent mieux que nous ce que l’on est, si on peut, si on a le droit de changer ou pas. Elle s’est dite bi. Visiblement ni persuadée, ni emballée. Histoire qu’on arrête de l’agonir.

Un dicton russe affirme que « si on cogne suffisamment longtemps sur un lièvre, on peut lui apprendre à gratter les allumettes. »

De même, si on gueule suffisamment fort sur une personne humaine, on peut tout à fait la convaincre de qui elle est – ou doit être. En tous cas de ce qu’elle doit dire pour qu’on lui fiche la paix.

L’indignation est généralement à son comble, et à juste titre, lorsqu’on apprend que dans des endroits on essaie de contraindre des gentes à l’hétérosocialité, avec entre autres ce genre de pratiques.

Apparemment on ne pourrait pas juger de même de ce que, « chez nous », on intime à autrui ce qu’ellil doit se croire.

 

Que ce soit tout simplement et ridicule, et odieux, ne semble plus venir à l’esprit de quiconque. Il y a toujours les « bonnes raisons », toutes plus ineptes les unes que les autres, pour sécuriser le réel en le mutilant et en le ligotant.

 

Pour ma part, T-lesb à ce jour, je n’ai jamais aimé beaucoup lgteubélande, son intégrationnisme, ses compromissions, son irénisme et sa victimisation. Mais là, ça passe encore un cran. On croit faire face à la terreur hétéra en nous terrorisant les unEs les autres ; ce faisant on s’y assimile. Elle nous va comme un gant. Principe de la réappropriation : se montrer aussi bête que ses ennemiEs, et user de leur logique. Ce qui donne un splendide magma indifférencié. 

 

J’ai décidé, consciemment, pour des raisons bonnes ou mauvaises, ce que j’ai été avant, par une aversion déterminée envers hétéroland ; j’ai de même décidé, pareil, ce que je suis actuellement. Si jamais déesse m’accorde un sursis dans ma débine, qui sait ce que je deviendrai ? Eh bien que suis-je, à l’aune et à la science sûre de ces gentes qui supposent qu’on n’est qu’une fois ?

Renégate ? Chic. Je prends ! Mais non, même pas, ce serait trop beau et ça dépasse et mes moyens, et les leurs : ne reste donc que la commode poubelle à bi. Qui va servir à expliquer et évacuer bien des choses.
En tous cas, je ne serai jamais citoyenne de lgteubélande. Il m’est arrivé trop de choses dans ma vie, ça rentre pas dans les cases préremplies de ses formulaires. On doit être quelques unEs comme ça.

Pourtant y a un truc, parmi d’autres, qu’on ne choisit apparemment qu'une fois, aussi étonnant que cela puisse paraître : sa famille. Celleux avec qui on a trainé, et sans qui on endure isolement. Le monde est trop petit, la vie trop courte, et nous nous ressemblons trop.


Plume


(1) TouTEs les trans, d’ailleurs, je ne sais pas si vous aviez remarqué ? Bien sûr les f-trans sont des mecs infiltrés (on se demande bien pourquoi d’ailleurs vu ce que ça leur rapporte, en plus c’est des débiles) ; mais les m-trans sont aussi des mecs, pasque la testo ça rend mec ; des traîtres quoi. Comme ça tout est bien rangé dans le tiroir.


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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 20:31

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Je ne veux pas redescendre dans la fosse commune, m’amalgamer aux charognes qui y gisent, s’y agitent et y concurrent. Je pue encore de ce contact. Mieux vaut mourir pour de vrai, être becquettée par les corneilles, que d’aller grouiller dans le trou collectif où l’on singe la vie par le tremblotement de la vermine, moralement et cérébralement pourries.

 

 

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 14:53

 

 

 

Article l’autre jour dans la très consensuelle Montagne, pour une fois intéressante, sur le voyage d’une femme hindoue à Clermont pour protester contre l’emprise michelinesque.

http://www.lamontagne.fr/auvergne/actualite/2012/01/17/un-village-en-inde-denonce-les-conditions-d-implantation-d-une-usine-michelin-160717.html

Il y a – au moins – deux multinationales qui sont d’origine, je ne sais pas si le terme est très juste, auvergnate. Eh oui. Et même pas des très neuves, ce qui met à bas le mythe d’une région qui aurait été relativement épargnée par le désastre économique. Ça fait au contraire bien longtemps que les autochtones sont forcés de marcher à son rythme (je songe aux paysanNEs surtout). D’ailleurs, une de ces multi est de celles qui ont pour objet de mener l’agriculture toujours plus loin, vers l’intensification, les modifs diverses et l’emmisération des sols comme de ce qui y vit.

L’autre fait des pneus, essentiellement. C’est elle que la nana citée dans l’article met fort justement en cause, d’aller prouter dans son pays, déjà fort mal loti, un supplément local de pollution, d’expropriation, d’exploitation lesquelles comme chacunE sait se suivent en bonne logique économique comme un les perles d’un chapelet. Pour excréter éventuellement un tardif et durement gagné « bien-être », toujours remis en cause. Il y aura juste beaucoup moins de monde encore en lice, voire vivant, lorsqu’on en arrive(ra peut-être) aux supposés lotissements de braves ouvrierEs véhiculéEs en Tata, projetés un siècle peu ou prou après l’équivalent clermontois. Á supposer que ce mode de vie soit enviable.

Je n’ai pas pour habitude de faire dans l’exotisme militant, que j’ai définitivement pris en grippe, mais je n’ai pu ne pas remarquer l’article ci-dessus évoqué, dans le consensuel quotidien régional. Ni ne pas songer à un certain nombre des tenants et aboutissants de ce dont il y est causé.

Je lisais l’autre jour, dans un autre journal, la recension d’une pièce de théâtre sur le travail, qui s’arqueboutait sur une boutade indonésienne, que « les singes évitent de parler pour qu’on ne les mette pas au boulot ». Ce serait effectivement une raison bonne et suffisante.

Tout de même – j’ai du mal à comprendre que ça n’interloque et surtout n’inquiète pas plus. Partout où se présentent, forcent la porte et passent la prospérité, le travail, la « reconnaissance sociale » et toute leur ribambelle de choses si désirées et positives, comme la fameuse (ré)industrialisation chère à nos politiques, les gentes meurent et sont expulséEs, les rivières sont empoisonnées, les moyens de vivre plus ou moins bien sont convertis en misère, les usines, les prisons et les guichets prolifèrent, le peu de survie restant, réservé à une minorité elle-même toujours menacée de débauchage, tombe dans la dépendance absolue d’un salaire, lui-même le plus chiche possible (vous pensez bien que si Michelin va en Inde, c’est uniquement pour payer moins les gentes).
Mais tout le monde se dit que, tout de même, du boulot, ça serait classe. Même en sachant très bien, au fond, que le prix sera l’habituel : la destruction de ce qui permettait de vivre, sans passer par toute la machinerie marchande. Mais voilà : pas le choix.

Ce qui pose tout de même la question, non pas seulement de la bonne ou mauvaise volonté des patronNEs, mais carrément de tout le mode de vie auquel nous nous sommes habituéEs, et qui en plus tombe en ruine encore plus vite qu’il n’achève de se répandre, là où il reste encore un peu de place pour.

Ce même jour, la chute tendancielle du taux de valeur, comme prévoyait l’autre, entraînait la fermeture d’une usine de layette, dans la même nôtre région. Les gentes, presque toutes des nanas, qui mourraient lentement du travail (lequel n’a jamais été bon pour la santé), mourront encore plus vite de son retrait. C’est tout de même – nan, mais, on ose encore causer, que ce soit dans l’économie, les relations, les ci et les ça forcenés de la contemporanité, de développement, d’appropriation, de croissance, bref de la fable du « gagnantE-gagnantE », alors que la réalité enseigne chaque jour qu’il s’agit d’un naufrage perdantE-perdantE. Comme pour ce dicton du Goulag : crève aujourd’hui, moi c’est pour demain. La semaine prochaine si possible. Qu’il y ait du travail ou qu’il n’y en ait plus, c’est l’enfer.

Je lisais il y a déjà quelques mois qu’au Japon, ce sont essentiellement des nanas qui ont fait leur mauvaise tête à la suite de l’excursion radioactive, laquelle continue sa promenade là-bas. Ça aussi ça fait songer. Sans entrer dans les innombrables explications, documentées et chiffrées, que produisent à la douzaine nos adoréEs sociologues, je dois dire que ça me fout un doute. Je pourrais m’en réjouir, me dire que ce féminin social que Roswitha Scholz décrit comme le non-valorisé par l’économie, serait susceptible de bloquer le gros animal. J’aimerais bien me dire ça. Mais je me dis aussi qu’on sert peut-être tout bonnement et surtout bénévolement de fusibles, comme d’hab, comme dans la famille, comme dans un nombre incroyable de structures. Qu’on fait l’arrière garde de l’humanité… face à elle-même, puisque rien de ce qui se produit du désastre n’est le fait de qui que ce soit d’autre que de nous, et de nos fantasmes de puissance comme de richesse. Bref qu’on est en plein milieu du cercle autophage. Et qu’on sera conséquemment mangées en premier. De diverses manières et à diverses sauces, s’entend. Dans la bouillabaisse épouvantable qui se cuisine avec touTEs les pas rentables de la terre.

Une fois de plus, se pose la question de si nous devons couvrir de notre corps les restes de plus en plus pitoyables de nos concitoyens, histoire de retarder encore un peu la dévoration totale – ou rompre, une bonne fois pour toutes. Refuser les termes même du contrat, cesser de nous balancer sur la barrière mobile du consentement. Et partir ; alors, là, se pose immédiatement la question d’où, vu l’envahissement, intérieur, extérieur, et je suis d’accord, je n’en sais rien. Cela veut-il dire reprendre du terrain, d’emblée, pas seulement à terme ? Du terrain en nous, sans doute – mais je ne crois pas que ce terrain soit accessible sans que nous ne récupérions d’abord les terrains dans l’espace et dans le temps, prosaïques et matériels.

La terre et la liberté, comme ont déjà dit d’autres avant.

Cela signifierait ne pas attendre l’accord d’on ne sait quelle instance, la délivrance de quelque guichet, le signe d’un supposé destin statutaire. De sortir, et de se munir sans doute de quoi réouvrir les barrières, faire sauter les serrures. Au besoin des couteaux, comme disait l’autre. Et autres chignoles. Pour nous, et non pas simplement contre quelque groupe fétichisé, qui résumerait tous les soucis et dont la suppression serait la porte de la félicité. Il se peut qu’on ait effectivement à marcher sur quelques gueules ; mais on va pas s’en faire une autoroute. Toutes les autoroutes mènent au péage. Á éviter. La porte, de la félicité ou d’autre chose, ce serait notre reprise d’autonomie, matérielle et morale. On ne serait pas obligées de suivre des chemins tracés. Ni de se réapproprier des autoarnaques.

Prendre la porte, mais il faut d’abord le vouloir. Le vouloir pour soi. Vouloir pour les autres est aussi vain que parler à leur place.


 

 

Murène tectosage


PS : la murène vous recommande aussi, à la louche, cette brochure en ligne, au sujet du saccage, de l’expropriation de nouzautes, etc : http://www.non-fides.fr/IMG/pdf/pas-de-sushi-2.pdf. Ça thurifère un tantinet l’activisme infiniment prévisible, où tout le monde joue sa partition, des fliques aux saboteurEs (un jour il faudra rééditer le Complément d’enquête de Serre de la Fare), mais tout de même.

 

Dans un registre voisin, recommandation aussi d'un texte sur ce que recouvre aujourd'hui l'écologie intégrée. Un tableau convaincant de la domination sociale et de ses prothèses : http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/_Enfer_Vert.pdf

 

 

 

 

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 19:49

 

 

 

Ce qui est tout à fait caractéristique des époques cyniques, c’est qu’on peut tout à la fois s’y montrer pertinentE, ou en tous cas raisonnable, et parfaitement puantE. Ainsi de l’espèce de brain-trust socialo l’Assaut, qui publie sur son site un article somme toute pas à proprement dire idiot contre la prohibition du travail sexuel. Ce qui eut pu donc faire. Comme toujours, le diable est dans les raisons, et même plus particulièrement dans une espèce de traitement volontairement « agnostique » de ces raisons. Ainsi, il y est tout à fait reconnu, ce qui est tout de même une performance pour des sauvereuses de l’économie, que le travail est en lui-même une vérole inguérissable, un fléau qui nous dévore. Ce avec quoi je ne saurais être trop en accord.


Mais le raisonnement et la conclusion sont que, évidemment, on ne saurait pour autant remettre en cause l’économie, le progrès, le social, le travail et tout ce genre de choses, dussions nous en crever. Et qu’il faut aménager la crevaison. Qu’est-ce qu’il ne faut d’ailleurs pas aménager de nos jours ?! Bref, notre boulot, de service sexuel, qui avait déjà tout de même bien des racines profondes dans l’ordre des choses, se voit propulsé au rang de compensation pour l’invivabilité moderne.


Même si l’expression « plus vieux métier du monde », propagée par des acéphales, n’a évidemment aucune sorte de fondement ni de justification, si ce n’est peut-être de suggérer, ce qui reste à prouver, que l’économie relationnelle aurait précédé toute autre forme d’, il faut bien reconnaître que nous étions là bien avant que le travail ne s’empare de la totalité de la vie et de la médiation sociale (1). De même que la plupart des autres métiers, on ne le soulignera jamais assez. Il ne devait manquer à l’appel guère que les manageurEs, les hôteSSEs de vente, les psys et les assistantEs sociaLEs. Et quelques autres j’en conviens, cependant que les sabotieREs ont disparu, et que les sorcieREs ont bien du mal à se maintenir.


Conséquemment nous ne fûmes pas crééEs et misES au monde juste pour panser les épouvantables blessures causées à chacunE et à touTEs par le capitalisme. Peut-être même étions nous là bien avant que l’on n’eut défini biens et relations comme des besoins (2). Quelque chose qui doit infailliblement être comblé et à n’importe quel prix si jamais il vient à faire défaut – sans quoi la dignité du/de la citoyenNE/consommateurice est mise en cause, ce qui ne doit pas arriver dans la théocratie démocrate, même en voie de délitement.


Je ne sais pas quand et comment on est apparuEs. Et je ne crois guère aux fables de toutes tendances qui prétendent écrire l’histoire d’une époque sur laquelle nous n’avons pas de témoignage, que ce soient les cro-magnons mâles des livres de mon enfance tirant amoureusement leur compagne paisible par les cheveux (pas encore de roulettes), ou le bienfaisant matriarcat originel dont on se demande bien pourquoi on l’aurait quitté. Méfions nous de ces originelles origines, auxquelles nous faisons dire nos rêves, ou le présent maquillé. J’ai tendance à penser que c’est tout de même relativement tardif, bref qu’il faut déjà une forme d’économie et une pensée d’équivalence pour en arriver au travail et au service, même si ce n’est pas aux sens modernes de la chose. Ou bien à quelque office. Á voir.


Mais, bref, pour en revenir aux argousinEs de l’Assaut, donc, c’est une nouvelle illustration de l’idéologie d’un « moindre mal » qui n’a pas grand’chose de moindre, en fait. Le saccage matériel et humain généralisé, ellils en sont modérément tristes, peu traumatiséEs, et ne se posent même pas la question d’en sortir, même il faut que cela soit. On ne sait même plus pourquoi mais c’est ainsi. Tiens, ben on va en plus aligner les putes pour adoucir les derniers moments de l’humanité. De l'animal laborans. Et de suggérer, par la suite, que nous devrions être étatiséEs, fonctionnariséEs à la limite. Merci bien ! Manquait plus que ça. 


Nous voilà avec une nouvelle tâche socio-historique à assumer – tartiner de vaseline le naufrage économique et travailleur. Une telle perspective a évidemment quelque chose de surréaliste, mais puisque les nettoyeurEs du social ne reculent devant aucune extrémité, je ne vois pas pourquoi les aménageurEs du désastre seraient plus circonspectEs qu’elleux. Ellils sont de la même branche : the show must go on ! Et on nous y réserve rôle et image. Ben non. Nous on fait juste le tapin. Vos angoisses et vos espérances, rien à branler. On fait bien dans le rabibochage moral à l’individuel, mais pas dans le renflouage des mégalomanies collectives.


Évidemment, je ne vais pas faire semblant d’ignorer que la doctrine libérale à notre sujet nous assigne quelque chose d’assez semblable : le repos du guerrier. Ce qu’elle assigne d’ailleurs tout uniment aussi aux conjointes gratuites et énamourées ! Je n’ai pas une grande opinion du désir, je l’ai déjà dit bien des fois, mais avec la modernité nous sommes passéEs de quelque chose que ce mot pouvait recouvrir à la réfection de la force de travail en capilotade – ce qui est rouler de quelques étages dans l’escalier. Avec la conception développée par l’Assaut, on en est carrément à l’infirmerie. Et ce, je le souligne encore, en toute conscience, et en ce qu’on pourrait appeler franchise si ce n’était pas ce cynisme qui préside aux effusions contemporaines.


Non mais vraiment – ce que cela démontre, et une fois de plus, c’est que ni celleux qui pétitionnent notre extinction pour le bien d’une humanité de plus en plus problématique, ni celleux qui nous « soutiennent » à un titre ou à un autre, n’ont la moindre idée de ce que nous sommes ni de ce que nous représentons, très platement. Sans même parler de ce que nous vivons et de ce que nous pouvons vouloir. Leur seul souci est de nous instrumentaliser pour remplir leurs divers fantasmes sociaux, en général tout aussi cauchemaresques les uns que les autres. Quand ce n’est pas juste pour se donner le frisson de la « transgression » comme quelques univs ou cultureuXses (« J’ai bouffé avec toute une tablée de putes, pardon de TS ; incroyablement enrichissant»).

Ça leur trouerait le cul, et ça décevrait infiniment leurs attentes, que simplement des gentes existent, soient ce qu’ellils sont et se démerdent comme ellils l’entendent, n’aient aucun besoin de leurs bons offices, dans ce capharnaüm dont aucune de ces bonnes âmes ne prétend d’ailleurs réellement sortir. Sans parler que si on causait d’en sortir, c’est à la première personne qu’il faudrait commencer, émancipatrice, pour aller vers le commun, et non pas l’inverse, qui a toujours fourni catastrophes et tyrannies, odieuses autant que loufoques.

 

 

 

La pute antisociale - et irrecrutable

 

 

Le truc en question :

 

« Plus encore, l’enquête SUMER montre que la pression psychologique liée au travail, entraînant des pathologies de plus en plus graves (dépression, épuisement,…), a augmenté pour tous les travailleurs. Le phénomène de job strain (forte demande psychologique combinée à une faible latitude décisionnelle et à un soutien social défaillant) touche d’ailleurs plus les femmes (28,2%) que les hommes (19,4%). Aussi la souffrance psychologique ou émotionnelle associée par les abolitionnistes à l’activité de prostitution existe en fait de façon très significative, et pour un nombre beaucoup plus important de personnes, dans des secteurs traditionnels du travail. Quotidiennement, des milliers de Françaises se font « violence » pour accomplir leur travail, activité globalement peu plébiscitée et non créatrice de plaisir de toute façon (selon une enquête sérieuse de l’INSEE[5]), sans que ce phénomène ne provoque pour autant de mobilisation massive du gouvernement pour « sortir » les femmes du travail.
Pour comprendre ce qui conduit les « abolitionnistes » à condamner la prostitution mais à tolérer les emplois d’ouvrières se relayant sur des chaînes de production de nuit, les emplois d’aides-soignantes qui nettoient les excréments de personnes âgées démentes, les emplois de femmes de ménage qui vident les poubelles des grandes entreprises entre 4h et 7h du matin, les emplois d’hôtesses d’accueil qui forment la profession la plus exposée aux agressions physiques au quotidien, il faut bien sûr faire un détour par le mythe de la « dignité » féminine fondée sur la rareté sélective de ses relations sexuelles, accomplies dans le cadre théorique de la pure gratuité.
Que la gauche du centre s’épuise à séduire des médias n’ayant de moderne que le port du jean de ses journalistes par la prohibition de la prostitution la dispense de s’occuper des conditions de travail des ouvriers… Mais on sait, depuis les derniers rapports de Terra Nova ou les déclarations des grands candidats aux primaires socialistes, que, de toute façon, d’autres partis moins fréquentables les recueilleront.
Conclusion et propositions
Que faut-il en conclure ? Qu’encore une fois, l’Etat, comme toujours depuis trente ans, n’est capable, devant un problème qui se révèle, que de réprimer, de morigéner, d’externaliser, bref, de désespérer. Notre société ultra compétitive, individualiste et matérialiste ne peut aboutir, par la production de modèles et de standards conditionnants, qu’à des insatisfactions, des frustrations, dont la solution ne peut être tentée que par la névrose, la liberté ou l’aventure. La prostitution, comme le sport, l’art ou le travail, est une chose potentiellement dangereuse qui requiert l’organisation apaisée et confortable de son exercice. Abolie, ou refoulée, elle ne disparaîtra bien sûr pas, mais créera dans sa catacombe les conditions mafieuses de sa survie. Saint-Louis avait bien tenté en 1254 une abolition totale ; elle dura peu, et Paris revit bien vite quelques rues consacrées aux licences commerciales.
Il ne faut pas qu’autoriser la prostitution, il faut l’organiser, et pourquoi pas la nationaliser. »


http://www.lassaut.org/index.php?option=com_content&view=article&id=241:contre-linterdiction-de-la-prostitution&catid=46:alassautdelamiseresexuelle&Itemid=56



(1)Lire à ce sujet l’excellent « Temps, travail et domination sociale », de M. Postone.

(2)Là, c’est à Illich que je vous adresse.

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 15:41

 


Nos zamiEs de l’Assoce Nationale T (« tout ce qui est national est nôtre, disait l’idiot du village » - Rimbaud) se fendent, comme à l’ordinaire, d’un long communiqué circonstancié pour causer de ce bienveillant projet dont je causais il y a quelques semaines, vous savez, celui pour « simplifier la vie des T ».

C’est épatant toutes les amies qu’on a. On en est à être nous-mêmes nos propres amies, ce qui est pour le moins inquiétant.

C’est épatant aussi comment, dans un zeste de vie où à peu près tout a été rendu sujet à contrôles, vérifications, chicanes et pour tout dire dépossession, enchevêtrement d’impossibilités dirimantes, se présente obligeamment la vaseline de la « simplification ». On se croirait dans une unité géante de soins palliatifs aux dimensions de la planète. Ce n’est pourtant pas qu’on avait voulu une vie simple – je doute que la vie puisse être simple, et même que ça présente un intérêt. On aurait juste pu se laisser la surmonter nous-mêmes. Ben non.

Mais, euh, sans même aller jusques là, je remarque que ce communiqué, tout à fait raisonnable par bien des aspects, notamment en ce qui concerne l’arbitraire judiciaire, tombe résolument vers la fin dans le même marais. Celui, que je signalais, de l’usage de ces « abus », ces redoutables « abus » qui planent sur nos têtes comme une armada de vampires potentiels.

Je suis fort amusée de l’ode aux « éluEs de la République » qui clôt le communiqué. Comme toujours, le salut est dans la « vraie » démocratie enfin réalisée. Bon. Sauf que.

Sauf que ces braves éluEs ne sont pas nécessairement moins arbitraires que les mistigris de tribunaux. Leur ministère est il est vrai moins coûteux, c’est déjà ça. Cependant, il y a, comme toujours, un clou dans le rata, ce rata même qu’évoque l’ANT avec transports, ce splendide, cet indispensable mariage par exemple, que les unEs envient aux autres. Pasque les éluEs de la République, enfin un certain nombre, se sont déjà signaléEs par des refus de mariage. Vous savez, quand ce sont ces insupportable miséreuXses, migrantEs platement économiques comme on dit, qui osent venir réclamer le sacrement civil, lequel, pour une fois, va servir à quelque chose d’utile et de bon, leur donner quelque droit à stabilité et à subsistance. Bien des mairies refusent et découragent. En général, on n’insiste guère, de crainte en plus d’attirer l’attention de la malveillance en bleu, comme de ses innombrables alliéEs bureauticoles.

En somme, qu’est-ce qui empêchera telLE maire mal embouchéE, ou son adjointE, ou son staff, de dévisager l’impétrantE, et de lui rétorquer qu’ellils a vraiment pas l’air de ce qu’ellil dit (sachant que nous devons être bien sûr M ou F, point à la ligne). Bref de se retrancher derrière cette fameuse suspicion d’abus ? Ben pas grand’chose. On peut même parier que bien des édiles s’en feront une jubilation sans bornes, et un argument éventuel envers leurs électeurices normaLEs. Ici, on traite pas les monstres, on est entre gentes saines.

Que faire alors ? Aller chercher, comme cela se fait déjà, quelque éluE plus coulantE ou T-friendly ? Dans ce cas, il faudra en plus réclamer que la reconnaissance de transition puisse se faire dans n’importe quelle commune, et non pas seulement là où on réside. Cela crééra tout bonnement un corps de gentes qui se verront réservée la fonction de décréter ce que nous sommes. Ce ne sera certes pas une nouveauté. Les maires remplaceront, ou conforteront, les psys. Une fois de plus l'affaire nous échappera totalement.

Et si ça marche pas, eh ben retour à la case tribunaux, actions judiciaires et tout le tralala. Case départ.

Et surtout, résignation à ce que, qui que ce soit qui soit derrière le bureau, ce soit tout de même ellui qui décide de ce que vous êtes, et qui le reconnaît. Ou pas. Ou mal.

La reconnaissance implique la non-reconnaissance, c’est fatal. Sinon il n’y a pas besoin de reconnaissance. Et le petit alinéa des « abus » est toujours là, lui ou un autre, pour garantir qu’à un moment quelqu’unE ne sera pas reconnuE, et que, pis, c’est cette non-reconnaissance qui fera la valeur de la reconnaissance des autres. Fussent ces dernièrEs cent mille et le ou la non-reconnuE unique.

C’est bien de la peine la reconnaissance, vous ne trouvez pas ? Déjà, évidemment, il y a ce M/F. Bon, là c’est toute une discussion philosophique qui s’embranche, je laisse pour aujourd’hui. Mais bon, ça déjà on pourrait aisément s’en passer, même que ça ne changerait rien, mais rien, je vous le jure, à l’ordre politico-économique. Précisément, si vous voulez un exemple, du moment qu’on vous a collé un nom, une date de naissance et un numéro, qu’il y ait M/F ou pas, l’huissièrE ad hoc pourra toujours vous courir après pasque vous avez pas payé votre billet de train – or, payer ou encaisser est bien la chose fondamentale de la vie humaine contemporaine, nan ?

En fait tout simplement il y a l’obligation et d’identité, et de reconnaissance de cette identité par qui de droit. Et c’est là que ça biche. Beh oui hein. L’état-civil a été autrefois mis sur pied pour qu’on arrive à imposer tout le monde, et que nulLE n’échappe par ailleurs à l’œil du maître. Puis pour le recensement quand papa état a eu besoin de millions de soldats pour sauver les patries et l’industrie lourde. De nos jours, on y a ajouté les impayés privés et la vérification de qui porte ou pas une bombe à la ceinture. Non mais je ne rigole pas. La « nécessité » d’être reconnuE de manière générale et abstraite, par autrui que les gentes à qui on a affaire dans le réel, est apparue avec l’emprise, les besoins et les prérogatives croissantes, illimitées, de l’état moderne. Pas pour le bonheur rayonnant que nous pourrions avoir à exhiber notre petit badge qui fait bip et dit à la madame, pardon à la machine, qui on est et si on a le droit d’être là, voire d’exister.

Et une fois de plus on en revient à ce monde de droit qui se mord la queue. Plus on lui demande, plus il nous bouffe. Échange bien inégal.

Pour ma part, je tiens que le mieux serait de ne rien lui demander. Si on s’y mettait assez fort et assez nombreuXses, peut-être bien qu’il en crèverait. De dépit. Et qu’on n’aurait plus que faire d’aller présenter nos pauvres mines à unE juge ou à unE maire.

Accessoirement ça pourrait aussi mettre fin aux histoires de nationalité, et au mariage. Il n’y a pas de petits profits !


murène tectosage

 

 

 

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 10:54

 

 

 

...toujours être en désaccord avec ses petites camarades. Même en y mettant toute la mauvaise volonté possible. Je songeais de nouveau ce matin aux histoires de relation. Bon, passé le cap de mon opinion sur le « système relationnel » et ses injonctions, reste, et le verbe est faible, que nous les humaines vivons et agissons volontiers de concert. Affectif ou pas. On peut avoir bien d’autres passions que l’affectif, voui. Par exemple, mézigue, je rêve de fréquenter toute une bande de sorcières intellectuelles et critiques, des qui tournent des potions, enrobent des bonbons pour empoisonner les consensi et les facilités de pensée, décevoir les attentes. D’ailleurs, j’ai de la chance, j’en connais une, et depuis quinze ans tout de même. Mais nous ne nous voyons et correspondons que peu. C’est ça le sorcièrat de nos jours, ça fait de nous des bestioles peu sociables.

Je songeais donc à ça, et je me disais, voui, finalement je suis en accord avec le compromis souvent mis en œuvre dans cet hamsterlande dont je suis, malgré tout, aussi partie et quelque peu, ourps, sinon citoyenne, ressortissante en tous cas, n’ayant pas su ne pas vraiment l’être : vivre en collectifs et « relationner » par ailleurs ; ou pas. C’est un bon remède à l’enfermement couplal ou trouplal. Je suis toujours effrayée quand je vois des gentes en couple. L’impression nette qu’il en manque une bonne partie, compressée par la contrainte. Quelque chose qui, même chez les plus rieuses, ressort d’un sourd mélange de violence et de tristesse, à la fois subies et agies. Ne pas être seule, on sent ce revolver dans le dos de toutes.

Savoir pourtant déjà ce que veut dire seule. Je sens ainsi la solitude qui exsude de bien des personnes en couple ou en famille. Et pour ma part, je me croirais incroyablement accompagnée si je correspondais avec quatre des sorcières sus évoquées, elles-mêmes au quatre coins du pays, que si je me retrouvais coincée avec une. D’ailleurs, les liens à grande distance, avec des vies indépendantes, sont bien les seuls qui me puissent faire triper.

Coincée. Même en binôme on est coincée. Binôme, le couple light. J’ai vécu. Je ne m’en suis d’ailleurs pas encore tout à fait sortie, ça revient des fois. C’est finalement aussi gluant que le couple assumé. Ça part des mêmes sentiments : peur, dévalorisation. C’est ch…t. Peut-être cela pourrait-il être autre chose, mais dans l’état de ces même choses, ça ne paraît pas possible. On pense aux amitiés mythiques, mais ça succombe sous le goudron des angoisses et des ressentiments.

Pour ça, oui, je reconnais, quand on n’a pas vocation à l’érémitisme, le collectif, ce cénobitisme moderne, est peut-être mieux qu’un simple moindre mal. Peut-être. Quand il ne se transforme pas en famille, en consensus ou en secte. Quand les idées et les représentations ne prennent pas le pas sur les personnes. Quand les exigences ne visent pas à faire des gentes d’autres, qui haïssent et craignent les premières. Ça en fait des « quand ». Un « quand » est pourtant plus favorable qu’un « si ». C’est du déjà là. Possible et même réalisé.

Hannah Arendt, les livres de laquelle je ne saurais trop conseiller de relire, affirme que dans la solitude, nulle action n’est possible ; tout juste de l’agitation, peut-être. Elle parle bien entendu de la solitude, et plus précisément de l’isolement qu’entraîne la dissolution, la destruction ou simplement l’absence de communauté, de vivre commun ou partagé. Il ne s’agit pas d’affectif au sens limité, et d’ailleurs, parmi les isolées de notre époque, figurent en « bonne » place les participantes à couples et familles, endroits de silence lourd et de contrainte non dite. L’affectif et la peur d’être seule sont paradoxalement parmi les plus grandes instances de production d’isolement. Les conséquences en rejaillissent sur toutes ; aussi bien celles qui recherchent la douteuse sauvegarde de la relation, que celles qui préfèreraient de tous autres modes de vivre. L’affectif et le relationnel ont tout occupé, tout empoisonné. Ou peu s’en faut.
C’est sur ce peu que nous pourrions peut-être encore débarquer, au milieu du déluge sentimentiel et vigilant. C’est pourtant pas le pied, les îles, surtout désertes – au sens où il n’y a pas de quoi vivre dessus. Trop exiguës, sans eau potable. Juste un palmier qu’on croirait en plastique, comme ces étranges caoutchoucs, je sais pas si vous en avez déjà vu, ces plantes… ces plantes qu’on dirait fausses, précisément parce qu’elles survivent à ce à quoi une plante ne devrait pas survivre. Il y en avait un dans l’école où officiait ma mère, quand j’étais enfant. Il était couvert de poussière, au fond d’une salle, dans un pot sec et archisec. Oublié. Et cependant vivant. Mais jusques où est-ce vivre, ainsi ? Subsister, plutôt.

Bref, nous risquons de juste subsister, d’être proches de l’état de vestiges, quand nous refusons le jeu de la valeur-relation. Essorées, étrangères à nous-mêmes, ou vestiges. Le choix !

Décidément je ne finirai pas sur une note gaie. J’aurais bien dit, de manière platounette, que nous « pourrions inventer d’autres manières de vivre », mais c’est précisément la rengaine que nous nous passons en boucle dans le patriarcat, la relationnite et la société de contrôle, pour nous désintéresser à peu de frais de ce que nous n’avons pas su vivre, précisément, sans même avoir à l’inventer. Je ne crois pas qu’il y ait tant de bon que ça dans les promesses d’avenir, qu’elles soient d’illimité ou de généralisation des formes en vigueur. Le passé est passé, et nous est passé dessus. Zut – ne nous octroierons nous donc jamais un peu de présent ?! Et de présence plus indépendante ?!


murène tectosage

 

 

 

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 20:27

 

 

 
http://www.lemonde.fr/politique/article/2012/01/17/l-assemblee-vote-la-construction-de-plus-de-20-000-places-de-prison_1630918_823448.html

Voir ce que j’en écrivais il y a quelques mois dans « Comme en 14 ». Le pire est toujours l’avenir, décidément.

Vingt mille, tout de même. D'un seul coup d'un seul. Ça fait vaguement songer aux grands programmes historiques d’éradication de telle ou telle « population » pour le bonheur du genre humain. Les gros chiffres font les grandes espérances. On en a vu et on en reverra.

Dans le florilège, le député qui présentait le projet de loi a onctueusement affirmé que « le pays manquait cruellement de places de prison. ».

Cruellement. Il y aurait de quoi méditer une vie, plusieurs mêmes, sur ce que peut signifier ce terme, appliqué à une telle occurrence.

 

 

 

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 10:04

 

Parmi les nombreux projets législatifs qui naviguent entre l’odieux et le loufoque, en passant par toute une kyrielle de hâvres où faire relâche dans la mer du ressentiment contemporain, m’en est tombé un sous les yeux,  l’autre jour, avec les camarades du Planning.

Que son autrice, la députée Barèges, se soit déjà signalée par ce qu’il est convenu d’appeler pudiquement une belle série de dérapages – antiphrase absolue à mon sens, elle disait alors réellement ce qu’elle pensait profondément – n’a guère d’importance. Elle fait partie de ces éluEs qui donnent à manger illusion et vengeance à tout ce qui aujourd’hui en réclame, et la déesse sait si ça beugle dans l’élevage humain que nous formons.

A plus d’importance déjà son effet premier : ce projet vise en effet à « assurer les droits des personnes nées sous X ».
Ici, je vous renvoie tout d’abord, au technique, encore une fois au texte lapidaire de Robert Kurz sur les Paradoxes des droits de l’homme, dans les pages : dans une société où l’on se possède, soi et ses intérêts, une société à mentalité appropriatrice et pour tout dire cannibale, l’augmentation de la portion de droit d’unEtelLE signifie nécessairement le retrait d’une portion correspondante du même droit à unE autre telLE. Et, selon la bonne vieille loi de la proportionnalité inverse, pour faire le bien d’unEtelLE on est alors amené assez souvent à carrément bousiller la vie d’autretelLE. C’est la foire aux lésions.

En termes clairs, une nana qui a décidé qu’elle ne voulait ou ne pouvait se charger d’unE môme néE tout de même (puisque il est toujours si facile de gésiner et si difficile de s’en débarrasser), devra impérativement laisser ses, comme on dit, cooordonnées, et pourra voir pupuce, deux décennies plus tard, se réinviter dans sa vie et venir réclamer considération et attention. Ouin !

On considérait, à tort ou à raison, jusques là, comme un acquis, le fait de pouvoir, dans ce genre de cas, ne pas « assumer la maternité », ni la parentalité en général. Pour ce qui est de la paternité, les trempeurs de nouille étant paraît-il infiniment volatiles, il n’y a pas les mêmes exigences, tiens donc. Les engendreurs primesautiers, n’est-ce pas, c’est naturel ; les mauvaises mères, à l’inverse, c’est un scandale qui appelle les euménides. Comme dit la chanson, « ce sont toujours les femmes, les femmes les femmes… ». On a toujours quelque chose à leur reprocher, quelque chose qu’elles ont fait, quelque chose qu’elles n’ont pas fait. Disponibles à vie. Avant, pendant, après.
Que ces exigences ne soient donc pour personne. Et qu’on fiche la paix aux nanas. Nous n’avons pas à être transparentes, pour personne. Á commencer par celleux qu’on voudrait nous appendre parce que, comme on dit à présent, il y a un « lien biologique ». Biologique, c’est comme atmosphère, est-ce qu’on en a la gueule ?! Personne n’a à être obligée à relationner avec personne, c’est le b-a-ba de l’autonomie humaine.

Bon, ça pour l’aspect spécifiquement féministe. Mais j’en vois un autre, lié à un phénomène généralisé. L’hypertrophie du soi. Cette répandaison d’un certain « rapport à soi-même » (expression significative de l’âge de la schizophrénie où nous sommes entrées depuis quelques décennies) me semble elle-même liée à l’effondrement de nos vies. Plus nous nous privons d’autonomie, plus nous nous surveillons, plus nous nous humilions, plus nous acceptions l’invivable, plus notre existence est dépourvue d’espace, de biens matériels solides, eh bien plus nous nous réclamons de reconnaissance, plus nous investissons dans les identités, les statuts, les origines, les généalogies, ce que nous nous trouvons être, ce qui nous a été fait et ce qui ne nous a pas été fait. Nous ne sommes plus, il n’y a plus que cette superstructure vaguement sociale pour nous constituer. Ce piteux soi, qui n’est même plus vraiment notre peau, et encore moins ce qu’il y eu pu y avoir autour pour y vivre, devient notre seul bien, et nous travaillons férocement à l’étendre, à le tartiner, à l’imposer partout. C’est moi, c’est tout ce qui me reste (de même qu’à toi, en général) ; tu dois le respecter, l’inclure, ne jamais l’oublier, ne jamais l’ignorer, sans quoi guerre.
Je ne peut exister, comme tout ce qui prend forme de valeur, qu’en dévorant tout sur son passage, à commencer par la personne qui le porte, comme hors d’œuvre. Je, avec toute la kyrielle de ses déterminations, est appeléE à « remplacer » la vie matérielle dont nous avons perdu le peu maîtrise que nous avions, réduite pour de plus en plus de gentes à l’invivable.
Et je ne peut vraiment se déployer que par la justice et le droit, formes autoactives qui permettent de et incitent à s’entrebouffer sans en avoir tout à fait l’air, puisque c’est toujours la chose, le tiers, la possession qui est invoquée pour ce faire. Choix cornélien : des droits pour touTEs, contre touTEs, ou bien se débarrasser d’un monde de droit ?

Ce n’est à première vue pas étonnant, même si c’est complètement berzingue et désespéré. Nous ne lâchons même pas la proie pour l’ombre : tout le monde devient proie pour tout le monde ! Car, à qui allons nous réclamer, dans cette situation de pénurie, ces biens plus ou moins immatériels ? Ben à nos prochaines, eh, betterave ! Á qui d’autre veux tu faire des procès en dédain ou en domination, exiger son temps et sa vie, qu’à celles à qui tu as affaire ? Insatisfaction, manque, détresse ? Mais trouve donc unE coupable et redevable, banane ! Et voilà sympathiquement soutenue, en chœur et en consensus, la guerre de touTEs contre touTEs. Comme ça on est sûres de pas sortir de l’auberge autophage. Que, d’ailleurs, et surtout, personne ne sorte ! Ce serait une outrecuidance, un privilège qui sait, que de déserter le naufrage collectif, de faire un trou à la nuit, peut-être même de montrer un chemin de fuite. De tenter de se faire, refaire, des existences dans la réalité. On crèvera touTEs ensemble, paritairement, reconnuEs, la cervelle des unEs dans la mâchoire des autres ! Ah ça ferait une cocasse découverte paléontologique, en quelque sorte, pour une hypothétique espèce future et curieuse, que les reliefs de l’humanité, entredévorée dans sa folie économique et sa non moindre folie consécutive d’exigence de reconnaissance. La transparence, c'est-à-dire la panoptique généralisée, pour que personne ne puisse échapper à personne. Domination totale, mutuelle et acéphale. Aboutissement tout à fait singulier et contradictoire d’un rêve où les atteintes devaient être bannies. Mon œil.

Il semble qu’il importe de boucher toutes les fentes qui fragilisaient encore la perfection du festin cannibale. La possibilité de ne rien savoir d’un lardon (ou de qui que ce fut d’autre d’ailleurs) en faisait partie, bonne ou mauvaise, mais elle était là. Elle ne doit plus l’être. Tout le monde à la disposition de tout le monde, et à vie. C’est cet enfer que nous nous proposons en « échange » de tout ce dont nous nous sommes dépossédéEs, comme tout ce que nous n’avons jamais vraiment cherché à avoir. Il y aurait pourtant moyen, si nous n’avions pas aussi peur de nous-mêmes, et si nous cessions de nous voir mutuellement comme des incarnations de l’ennemiE, saucissonnéEs d’opportunités d’utilisation jouissive. Moyen de s’allier pour vivre humainement dans un réel, peut-être moins fête foraine que la foire aux moi, mais plus consistant. Révolution agraire, par exemple, et prise en main de nos vies matérielles.

Mais encore faut-il que ça dise. Et ça ne semble pas. Nous semblons aimer avec désespoir notre carcan de misère et de haine. Or, aimer entraîne une forte dépendance.              
On n’est pas sorties de notre auberge de Peyrebeille autogérée, à la table de laquelle touTEs les reconnuEs sont libéralement conviéEs, à la simple condition anecdotique de se dévorer tour à tour les unEs les autres, pour l’assurance et la garantie du bien commun.


murène tectosage

 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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