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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 13:12

 

 

 

On ne voit jamais ce qui est le plus gros, « comme le nez au milieu de la figure » (sauf quand il vient à disparaître, ainsi que dans la recommandable nouvelle de Gogol).

 

C’est ainsi que je n’avais tout bonnement pas vu le titre du dossier que le Monde consacre à la désormais « question du travail sexuel ». Se méfier, tout de même, quand on devient une question, on est mise à dispo ;  toutE unE chacunE est dès lors prête, vouée, justifiée à arracher son signifiant lambeau de votre peau.

 

« Interdire ou encadrer ». Approche résolument moderne et bienfaitrice, on ne saurait faire que l’un ou l’autre. C’est qu’il faut quand même garder, sur toute activité humaine, non pas un œil, mais les cent yeux immortalisés par La Fontaine, les cent yeux du maître que nous formons, incarnons, métastasons socialement.

 

Il manque cependant cette fois un panneau de la sainte trinité des options, celle qui correspond au saint-esprit (ce doit être le père qui interdit, le fils qui encadre). La libération.

 

Vous me connaissez assez, je suppose, pour comprendre que je ne vais nullement opposer le saint-esprit au père ni au fils. Et encore moins clamer à la nécessaire libération. Tout simplement parce que libérer est aussi une arnaque, une attitude objectivante. Une action extérieure. Une projection bien souvent. Et que ce qu’on libère est alors un signe, un fétiche, un investissement dont on attend rétribution.

 

Il n’est donc pas question pour moi de prôner la « libération » du travail sexuel, ni de quoi que ce soit d’autre. D’ailleurs, on a déjà bien vu dans l’histoire ce que signifiait libérer. Aux êtres réels, imposer la libération, le déchaînement d’une forme qu’ellils devront réaliser. On existe, c’est déjà pas mal ; l’affaire est qu’on ne nous empêche, ni que nous nous empêchions, d’exister.

 

Encore une fois, l’autonomie versus les libérations. Nous n’avons pas à être libérées, ni par les pro-sexe ou les masculinistes, ni par les abos et les prohis. Qu’on nous lâche la doublure, point. Nous n’avons à réaliser les grandes ni les petites attentes de personne.

 

Et – si jamais il en était besoin, se rappeler : « Ne me libère pas ; je m’en charge ». Mais peut-être est-ce là aussi que nous avons manqué d’audace, que nous n’avons pas encore vraiment déserté la cage. Nous nous en sommes chargées, de cette fichue tâche. N’aurait sans doute pas fallu. Il s’agirait peut-être de ne plus se charger des espoirs tordus des unEs ni des autres, d’expulser pour de bon le ténia de l’obligation et de l’identification, enfin de vivre, quoi.

 

Je sais, ce n'est pas simple. Rien ne l'est. Simplification et solutions sont fréquemment des maldonnes.

 

Ces réflexions s’appliquent bien sûr aussi à moult autres choses que le tapin !

 

 

LPM

 

 


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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 10:31

 

 

« Il n’est point de sauveur suprême, ni dieu, ni césar ni tribun. »

L’Internationale

 

 

C’est, vous le savez, qui avez comme la petite murène longuement traîné vos embryons de nageoires à hamsterlande, à travers rencontres, ateliers, ladyfests, contre-sommets, queeruptions ou ueehs, c’est une constante, un atavisme, presque une loi. Les cuisines collectives ne restent sympathiques que tant qu’il y fait froid, qu’on n’y est pas bien approvisionnéEs, ou que les autres ne le savent pas, enfin que les jugements les plus téméraires et défavorables courent sur celleux qui s’y réunissent. Tant qu’on en est là, on reste entre personnes avisées et sympathiques. Le problème, évidemment, c’est que ce qui s’y discute ne filtre guère, n’est point repris. Non plus que les louanges de ce qu’on y bouffe. On peut pas tout avoir, ça s’appelle le principe de non-contradiction, lié à celui de limitation du réel. Les choses se font, ou pas, petit à petit.

 

Il arrive donc qu’au bout d’un nombre certain d’années, l’une d’elle commence à gagner quelque renom, les durs aliments qu’on y mastique ayant fini par démontrer quelque pertinence. Il commence même à y avoir du chauffage. Arrivent alors les pique-assiettes. Pour ne même pas causer de ce qui les suit, cohue et pour finir cafards. On n’a plus alors qu’à émigrer, en laissant hélas bien souvent gamelles et recettes.

 

C’est un peu l’impression que j’ai en lisant ces jours ci le titre d’un livre qui paraît sur Sexe, capitalisme et… critique de la valeur. Ma salade préférée ! Vous pensez bien que ça ne peut que m’appéter. D’une part je suis à fond pour l’estourbissage de la valeur-relation, d’autre part plus classiquement j’adhère aux thèses (voir pages) de Jappe ou encore de Dufour (1) sur la conssubstantialité entre société de mise à disposition de touTEs pour touTEs comme opportunités de plaisir, donc de valorisation, et capitalisme. Et sur l’illusion obstinée qui assimile ce dernier au conservatisme, alors que le changement permanent et la transgression systématique peuvent lui être des sources considérables de profit et de perpétuation. Je conseille à ce sujet les textes écrits au sujet de la passion moderne pour l’épouvantable Sade, un des meilleurs théoriciens du capitalisme total.

 

Sauf que la critique de la valeur, pour moi, critiquait aussi les formes qui vont avec l’économie, le droit, la perception de tout à commencer par soi-même en possession, l’état. Et que j’ai la surprise de trouver comme coordonnateurs du bouquin deux prohis institutionnalistes de première, Poulin et Vassort. Si vous voulez vous faire une petite idée sur les leurs, c'est genre les camarades de Sysiphe.

 

Arrivée là, je me rappelle de quelque chose que je voulais écrire, et puis comme d’hab je n’écris que le dixième de ce que je voudrais, et pas le plus important. C’est qu’il arrive qu’en lisant des articles parus sur Sysiphe, je sois bien d’accord avec les fondements de la critique exprimée. On est anticapitalistes les unes et les autres, ça ne fait pas de doute. Sauf que, sauf que – bien rapidement l’anticapitalisme de Sysiphe, ou d’OLF, ou de bien d’autres du même genre, tend à ne s’indigner que de notre autoentrepreunariat miteux, tout aussi miteux que tout le reste de la valorisation, et à s’accommoder in fine au contraire de la parité, comme j’écrivais il y a quelques temps, dans le saccage général de la planète. On a vraiment l’impression que déforestation, empoisonnement, travail, échange, production, croissance, salaires, bombes à billes et autres chaleureuses péripéties génitrices de valeur ne sont rien, mais rien, au côté du décisif, incontournable scandale de nos pauvres culs et de nos misérables bouches, plus ou moins avantageusement monnayés, comme le reste susdit.

 

Au reste, l’affaire devient peut-être un peu plus claire quand on lit la définition, enfin la sous-définition, du capitalisme par cette approche : le néolibéralisme. Ah, ce vilain néolibéralisme qui a perverti la saine, la vigoureuse économie, et qu’il serait abusif, paraît-il, de confondre avec. « Critique » qui consiste dans la dénonciation des « excès » des spéculateurices et des proxoTEs. Qui ne s’inquiète que des bulles spéculatives de la monnaie et de la relation, sans les décortiquer elles mêmes. Les équivalences universelles de ces « échanges » ne sont nullement remises en cause pour elles-mêmes. Pourtant c’est, selon la critique de la valeur, bien là que ça biche. Et les pires exploitations, esclavages, en sont les conséquences prosodiques, même si pas exclusives.

Ce qui frappe aussi est l’incapacité de ces approches à s’attaquer aux formes fondamentales, toujours vues comme pérennes. Je songe toujours à la triste somme bourdieusienne de la domination masculine, évidemment non dépourvue d’exemples criants… mais qui se termine sur un hymne à la forme amour, prétendument indépendante des horreurs du masculinisme ; comme les prosopopées d’Attac finissent sur l’invocation à la vraie économie et à la bienfaisante équivalence universelle, après en avoir détaillé les « détournements ». Hymne à une « gratuité » qui est en fait elle aussi un système d’échange structuré par des injonctions évidentisées. Misère de l’absence d’audace critique.

 

Au reste, là, on est dans le conflit de thèses, et ma foi j’ai déjà aussi dit que je n’ai rien tant en grippe que les tentatives d’interdire à autrui de sortir son point de vue, si paradoxal ou néfaste m'appparaisse-t'il. Mais, car il y a un gros mais, je suis assez épatée par cette exposition de la « critique de la valeur » en titre, étant donné que, pour moi comme pour pas mal de gentes qui s’en réclament depuis dix ou quinze ans, cette critique intègre prioritairement celle que le « néolibéralisme » soit un dérapage anormal, monstrueux, scandaleux de ce qu’il faut bien appeler l’économie de la valeur et du travail. Et considère qu’il en est au contraire la conséquence parfaite. En d’autres mots que prétendre s’en prendre à l’un, avec son nom fétiche, en exaltant le mécanisme autocéphale en place et en marche depuis le dix septième siècle, a quelque chose d’inconséquent, si ce n’est même quelquefois de légèrement récupérateur.

 

Pour tout dire, j’ai l’impression que, ces dernières années, les braves citoyennistes orthodoxes, les attacistes, les étatistes de tout poil et de toute dénomination, voyant tout de même leurs baudruches se dégonfler à la file les unes des autres, ont fini par porter attention à la petite cuisine, là bas, au fond du couloir, où on devisait de manière, jugeaient-ellils, trop ésotérique, trop radicale. Mais que la continuation du naufrage tendant à confirmer certaines de nos spéculations, les voilà qui rappliquent, et qui commencent à cuisiner dans nos poêles, farfouiller dans nos paquets de nouilles, tout uniment s’installer.

 

Ce qui m’énerve en fait franchement, c’est même pas qu’il y ait qui rappliquent. Tant mieux. J’ai bien vu, au cours de ma carrière, à quel point la manie morbide du « moins on est nombreuXses, plus on a raison » menait direct au sectarisme le plus obtus. Et pour finir au syndrome de l’armée rouge japonaise.

Mais là de voir des étatistes, qui croient dur comme fer à la bienfaisance des lois, droit, prisons, vigilances, triques diverses, idéalisation prescriptrice de ce qu’on doit ou pas être et affirmation de ce qui est bon pour autrui, s’adjoindre et pas qu’un peu le concept de critique de la valeur, qui a justement toujours marché avec la remise en cause des formes qui se sont développées avec le capital (bien commun, droit, contrôle social, régime de possession généralisée de soi et du reste…), ben j’avoue, y a du foutage de gueule.

 

Là encore, j’aurais voulu causer de ce que je rumine depuis quinze ans, cette fichue « valeur-relation » que je soupçonne, à la fois sœur et concurrente historique de la valeur marchande. Et que le scandale particulier qui nous touche, nous les putes, jaillit pour partie de ce clash : une valeur ne peut être soumise à une autre. Mais toutes les valeurs sont dépossessives, et défendre la valeur-soi, valeur-relation, contre la valeur marchande, me paraît très fausse route parce que ce sont de presque mêmes, dont il faudrait s’émanciper, et non favoriser l’une aux dépens de l’autre. Et que dans ce but, les luttes politiquement parcellaires, pour ne pas dire pis, nous enfoncent encore plus dans l’état de fait. On ne sortira pas du contrôle sexiste par l’ergastule judiciaire et bien-agissante ; on ne décrète pas l’émancipation. C’est un chemin imprévisible et non un statut supplémentaire sous lequel crouler un peu plus.

 

Bon, c’est pas encore pour cette fois que j’en causerai posément. Peut-être est-ce pour jamais, vu l’état dans lequel je me trouve. Bah, le monde est une suite de choses perdues, ratées, enfouies… Mais ce qui me travaille, là, c’est qu’on semble être au début d’un véritable investissement du rafiot de la théorie critique par des tas de gentes sans doute très bien intentionnéEs, mais qui arrivent avec des approches spécifistes, partielles, contradictoires, voire utilitaires, et que ça va pas faire, je vous le dis tout de suite. Ouaips, je suis rigide et dogmatique : je suis pas pour la dilution et encore moins pour la réutilisation, la récupération et la réappropriation. Et je vais faire la gueule très fort si les thèmes de la théorie critique, sans doute à ce amputés, mutilés, privés de leur ampleur, sont mis par des gentes, scrupuleuXses ou pas, au service du renflouage perpétuel des formes, paniques et obsessions du social expropriateur en déroute.

Bon, vous allez me dire, voilà que je fais à mon tour ma légitimiste. Beh oui, c’est dur des fois de ne pas rognonner comme Châteaubriand en 1815, quand on voit arriver la confrérie des porteurEs de grosses gamelles. Je confesse. Ne vaux pas mieux qu’autrui, et n’ai aucune grandeur d’âme. C’est sûr, je cours le risque de faire là un très mauvais procès. D’ailleurs je ne soupçonne pas tellement la bonne foi des gentes. Mais zut, la bonne foi n’est pas tout – on a passé tellement de temps vautréEs dans des impasses où on s’était nous-mêmes foutuEs, que c’est pour ça que je renaude.

 

Bref voilà, j’avais d’abord sauté de joie en lisant le titre du bouquin en question, parce qu’il y a nécessité urgente d’appliquer une vision critique aux relations, à ce qui semble le plus évident et naturel (comme le travail). Mais la vision critique de prohis institutionnalistes et étatistes, je suis désolée, ce n’est même pas pire que le mal ; ça lui est tout simplement identique. Nous en sommes déjà là. Le « recours » à la barbarie de l’état, du droit, de la société de contrôle « contre » la barbarie du marché, de l’exploitation et de la valeur, « contre » entre énormes guillemets puisque ce sont des émanations, des incarnations pourrait-on dire, du même, ne donne qu’enfermement, répression, guerre de touTEs contre touTEs, dépossession comme dépersonnalisation accrue, et probablement pour finir guerre tout court, déshumanisation.

Le problème n’est pas dans la critique – d’ailleurs toute critique est propice, faste. C’est vers quoi on se tourne. Vers quels sauveurs suprêmes, tribuns ou illusions. Dès qu’on se tourne vers autres que nous-mêmes, le désastre reprend des forces nouvelles et nous pompe. Ce devrait, oultre toutes les théories, être dans la mémoire des féminismes comme de bien d’autres luttes d’émancipation. Force est de constater qu’on oublie vite dans quels trous on s’est déjà cassées les guiboles, bien des fois.

 

Pour un féminisme de critique, d’émancipation et d’autonomie, un féminisme de vieilles biques qui coupent les barbelés du naturel et de l’inattaquable.

 

 

La pute antisexe, anti-valeur, anti-travail

 

 

 

(1) Dufour, La cité perverse

 


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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 11:58

 

 

« Sans rêve et sans réalité

Aux images nous sommes condamnéEs »

chanson révolutionnaire, donc ringarde

 

 

 

Notre époque, qui a décidément perdu l’espèce de classe angoissante de 1984 et du Prisonnier, a fait mieux que de ne nous constituer en numéros, elle a fait de nous des images et des objets de catéchisme.

 

C’est ainsi que nos vies, nos chutes, nos relevages, nos soucis, nos impasses et nos échappées, convenablement mixées par les Butler et remixées par les sociologues hexagonales, histoire qu'y ait vraiment plus risque de s'étouffer sur un petit morceau, sont devenues une nouvelle vérité révélée, condensable en un paragraphe ou deux, affirmative surtout, c’est ça et pas autrement, bique !

 

Je ne suis pas un catéchisme, ni une icône. Je sais pas si ça vous dit, mais pas moi. Je ne me vois ni sur les autels, ni sur les étagères de science nat', genre dans un bocal.

 

Ainsi n’en pensent pas les curés de je ne sais quel diocèse, évoqué par le très sulpicien La Croix. Un nouveau catéchisme, que ce soit à relayer ou à contester.

http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/Les-aumoniers-veulent-former-les-etudiants-a-la-theorie-du-genre-_NP_-2012-01-02-753126

 

Je ne sais pas d’ailleurs ce qu’ils vont en dire. Le point est qu’une fois de plus la reconnaissance a frappé. Nous sommes reconnuEs comme objet de certitude et de récitation. De tous azimuts, des profs aux curés (y a t’il d’ailleurs une différence sensible entre ?). On est en peinture. Gare à nous d’en sortir désormais, il faudra être comme on a été peintEs. Le genre est intégré. On va le sentir passer, sur nous, comme un nouveau rouleau compresseur. Les images se doivent de n’être qu’en deux dimensions (oui, vous me direz, y a la fantomatique 3D…)

 

Dans la chanson, nous étions encore réelLEs, livréEs aux images. La science et la sapience moderne ont fait mieux : nous en sommes. Et avons intérêt à le rester, sous peine de déreconnaissance. Ce qui équivaut, dans le monde actuel, à mourir dans un fossé.

 

Conclusion annexe : ne laissez jamais les expertEs disserter ni enquêter sur ce que vous êtes ou pas ; et méfiez vous de celleux qui parmi nous s’autoproclament telLEs. Ellils vont le devenir effectivement. Vous suivez mon regard, et ma bottine ?

 

 

 

coffin turnip

 

 


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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 14:25

 

 

« Le Peuple a ses amis. Qu’il les garde. »

Darien

 

« Notre ennemi, c’est notre maître. »

La Fontaine

 

 

N’avez-vous jamais eu cette vision synthétique de l’état de fait et de droit où nous croupissons, d’une espèce de visage rictus, mauvais sourire, faux et forcé, qui se penche vers vous, enfermée dans une cellule étroite, un lit cage, dans le cliquettement de clés et le tapotement de la matraque qui battent ce qu’on suppose être le corps qui va avec, plus bas ? Et que ce visage qui emplit tout l’espace, se déformant encore plus pour paraître bénin, vous susurre : « Je suis ton amie » ?

 

C’est pourtant le visage et la voix de la justice, de la police, de l’assistance sociale, des assoces bénévoles, de la médecine même bien souvent. Ce sont même des fois les têtes de nos « camarades ». C’est un peu en tous cas ce que je ressens, pour ma part, en relisant les dernières foucades législatives au sujet du devenir des T. Et du reste.

 

On avait eu déjà les Pâques de Bachelot, vous vous rappelez, la fameuse « dépsychiatrisation », après laquelle les psys gardaient tout pouvoir et toute discrétion, bien entendu. Á présent nous avons la Noël d’une obscure députée soce, qui entend nous « faciliter la vie ». J’ai déjà dit ce que je pensais de la tutelle et de la facilitation. Je n’ai pas besoin de facilité. Et surtout de ce genre. C’est l’autonomie qui manque et ça ne se délivre à aucun guichet.

 

Je passe sur les détails tortueux de son fœtus de loi, concernant les mariages, qui en a fait glapir plus d’une. Je m’arrête par contre à ce qui me semble le cœur dudit fœtus : le judiciaire. Il va de soi que c’est toujours devant les juges qu’on ira réclamer ce qu’on est (ou censéEs être, c’est une autre discussion) ; qu’il faudra toujours procès, contradiction. Bref qu’au départ on aura toujours tort. Et qu’il reviendra à nos amiEs en toques et fourrure, du haut de leur sapience et surtout de leur pouvoir discrétionnaire, de dire si nous sommes ou pas.

 

Discrétionnaire. Parce qu’il y a dans le projet un petit bout de phrase, qui le leur conserve : « le refus en cas d’abus manifeste ». Alors, bon, abus manifeste dans notre cas, je dois avouer, ça fait tout de même un peu ricaner, tant c’est le grand amusement que d’être trans. Ou alors quoi ? Nous protéger des vilaines travs qui oseraient briguer l’honorable statut qui doit être réservé aux seules vraies trans (je cause au féminin, pour mon épicerie, vous m’excuserez) ? Mais ta g…, ma vieille, c’est pas à toi ni à ton armada judiciaire d’en juger. Ni à moi d’ailleurs. Á personne. Mettre le hola à de méchants roms voleurs d’enfants qui se déguiseraient en nanas pour mieux opérer (je sais pas, j’imagine tout à fait que ce puisse faire partie des fantasmes et angoisses du monde politico-judiciaire) ? Non, vraiment, je dois avouer que cette restriction croule sous son propre ridicule.

 

Mais ridicule ou pas, elle serait active. Et nous serions, par la Noël Delaunaitienne, exactement dans la même position que par les Pâques Bachelotiennes, puisque ça ne changerait très exactement rien à la situation présente, où l’aboutissement des actions en justice dépend entièrement de la bonne ou mauvaise volonté de celleux qui composent les tribunaux.

 

Mais bon, humeur, arbitraire ou pas, c'est finalement secondaire. Ce qui l'est moins, c'est la naïveté crasse qui continue à s'étonner qu'avec lois et droit, il y ait toujours des personnes dehors.

A la limite, on devrait d'ailleurs s'en réjouir, puisque c'est un des signes auxquels on peut reconnaître que nous sommes toujours humainEs et, justement, des personnes. On ne rentre pas, en petits morceaux, dans les tiroirs de celleux qui croient que le monde est une armoire.

 

C’est cependant incroyable à quel point nos amiEs autoproclaméEs, de tous ordres et provenances, ne nous octroient au final que des foutages de gueule qui n’ont même pas le douteux avantage d’avoir de la classe.

 

Incroyable aussi à quel point nous avons touTEs oublié, depuis combien de siècles ? que celleux qui ont pouvoir sur nous ne peuvent jamais être nos amiEs.

 

 

 

Vendredi 13                         

 

 

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 12:24

!

 

« Une proposition de loi pour simplifier la vie des trans »

La presse

 

Si je voulais me simplifier la vie, je serais pas trans, eh citrouille !

 

Méfi de la simplification : y a rien de plus simple que le néant.

 

 


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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 18:16

 

 

 

En quelques jours, deux visions sur les routes de la pré-noël.

 

La première, à la sortie de la Vernède, village au fond de la vallée du Doulon, l’autre lundi. Il y avait de la neige, la route même n’avait pas bien dégelé. En grimpant prudemment au dessus du village, voilà que je croise trois chiens en goguette, dont le vieux berger allemand du café-restaurant, qui à la belle saison agonit les passantEs du haut de sa terrasse. Tout ça trotouillait allègrement, les oreilles en pointe, avec un air de liberté, de légèreté et pour tout dire de joie qui faisait envie. La maraude et l’association libre les plus complètes. Comme quand nous allons aux noix. Je songeais aussi à ce que j’écrivais l’autre jour, sur le plaisir relationnel et sexuel porté au pinacle des plaisirs ; les anciens auteurs qualifiaient les chiens de « lubriques ». Ma foi, ces trois là avaient l’air de goûter la vie, dans un des plus beaux et paisibles endroits imaginables, sans courir après la chosette ni se mettre à la colle. On voyait bien que c’était l’occasion qui les réunissait.

 

Quelques jours plus tard, sur ce causse du Quercy, triste pays de prés pelés et de chênes étiques, l’inverse : cette fois je suis à pied, bique à deux pattes, et les vraiEs humainEs qui passent sur la départementale en voiture. Une d’elle me croise donc, et je vois, comme à l’accoutumée, le mec qui conduit, mine d’abruti sûr de lui, et la nana, à côté, avec le masque infiniment fermé de consternation et de résignation qui se voit si souvent aux femmes en couple, hétéro de surcroît. Le même, mâtiné encore d’exaspération, qui est celui des jeunes nanas agrippées par leur mec, arrimées à lui, dans la rue.

Je ne jure pas d’ailleurs qu’il n’en soit pas, profondément, de même dans les couples homos. Ils ne connaissent pas la dissymétrie sexiste, mais l’enfermement relationnel, le mélange d’exaspération que ça se passe et de terreur que ça s’arrête, ça… C’est comme qui dirait tristement égalitaire. La glu reste la glu.

 

Ah ça ne fait pas envie, ça glace plutôt, ces millions de visages crispés, paralysés. On ne peut que se dire, purée, vivent le couple, la famille, l’amour et la relation. Urk ! Rien qu’à voir les têtes que les gentes en tirent, il y aurait de quoi émigrer sur une planète où on ne connaîtrait pas cela. Surtout vers noël, qui semble l’époque sommitale des horreurs liées à ce genre de choses.

 

Et pourtant. C’est aussi celle où le plus de gentes se jettent sous les trains par épouvante de la solitude. Tout de même stupéfiant, cette poursuite du bonheur qui, qu’elle fasse mine d’aboutir ou pas, se solde par l’impossibilité de vivre. N’y a quelque chose qui ne va pas, tout de même. On ne peut pas éviter de penser que ce qui biche, c’est précisément la poursuite, sans parler du bonheur ou de l’idée qu’on s’en fait, sans parler des piteuses réalisations qu’on s’en impose. Le mal à la racine, quoi.

 

Elle a une bien sale tronche, la poursuite du bonheur, dont se méfiaient déjà tant les sages de Grèce que de Chine anciennes, qui trône comme motif suprême en haut de la constitution américaine, qui rythme l'angoisse avide contemporaine (exister ! rah !) ; et qui nous mène obstinément ainsi à tous les casse-gueule, après nous êtres bien mordues la queue.

 

L’angoisse d’être seules. On supporte n’importe quoi. N’importe quelle promiscuité, n’importe quelle dépendance.

Nous sommes terrorisées, peut-être pas tant par le fait, la chose d’être seules, que par être vues comme telles, non utilisables, non assimilables au commerce relationnel, dévalorisées par ce pour nous comme pour autrui. Il nous faut notre image aux étagères de la hiérarchie : amour, amitié, socialité. C’est assez confondant tout de même qu’on soit amenées à coupler ou même à bosser, non seulement par pression matérielle, mais par auto-injonction à nous montrer sociables et consommables.

Nous nous prêtons à tout et à tous, pour échapper à ce que nous percevons comme une marque infamante.

 

Et c’est pourtant, paradoxalement, ces relations, ces engagements qui nous enferment, nous coupent des occasions et du plus grand nombre, comme de la tranquillité et de l’indépendance, qui vont avec. C’est ce fichu écheveau qui nous coince dans des maisons où on est mal (et surtout mal accompagnées), qui nous fait faire la gueule dans des voitures, qui nous rend tout le monde insupportable, à finir par nous-mêmes. Et, pour notre malheur, nous ne pouvons envisager de nous en passer. Mélancolie quand je vois des connaissances déjà bien abîmes qui se cherchent quelqu’un pour les achever. Zéro partout.

 

Ce n’est pas en libérant la relation, non plus que les échanges ou tous ces trucs autocéphales, avec des pattes partout, qui nous dévorent, qu’on va aller vers du mieux. On a au contraire toujours été vers du pire, toujours plus d’utilisation, de dépossession, de dépendance. Les libérations n’ont fait que déchaîner sur nous et sur le monde les automatismes les plus aberrants. Les libérations vont contre les émancipations. Ce n’est jamais nous qui sommes libérées.

 

Pour ma part, je crois que je pourrais vouloir une espèce de révolution où on ne se cherche ni bonheur idéal, ni ennemiEs – ou amiEs - faciles. Où on tourne le dos pour de bon à ce qui nous arrache à nous-mêmes. Une sorte de révolution agraire, où on ait chacune notre lieu, notre lopin. Une révolution anti-relation et anti-travail. Une révolution contre les identités. Une révolution contre les ergastules multicolores où nous nous enfermons avec rage. Cesser d’avoir à nous produire et à exister forcenément. Une prise de part à une émancipation humaine, quoi. Même s’il faut se montrer biques pour y parvenir.

 

Bique murène

 

 


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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 12:51

 

 

 

Magnifique envolée essentialiste dans un article prohibitionniste. Après tant d’autres me direz-vous, oui, mais là c’est vraiment copieux :

« Que les femmes ne sont pas des objets de la sexualité des hommes, mais qu’elles ont droit à une sexualité active et tournée vers le plaisir, elles qui possèdent le seul organe du corps humain, le clitoris, dédié au plaisir. », in « Abolition de la prostitution, nous ne baisserons plus le front ».

C’est d’ailleurs sûrement vrai, puisque c’est dit, là n’est pas question ; la question, c’est ce que ça peut vouloir dire : The plaisir, mais c’est le plaisir sexuel, et plus particulièrement génital, coco ! C’est le summum symbolique, le bien propre de la vraie humaine réalisée, complète, donc le seulvrai plaisir, celui qui ne souffre pas d’adjectif ni de complément. Á part le cul il n’y a rien de tout à fait vrai ou valorisable, au fond. Et il faut être née xx pour le connaître, point. Je suppose qu’il existe un sérieux doute sur les performances des néo-clito de nouzautes, les f-trans (et encore, celles qui en sont équipées…). Les autres plaisirs sont indubitablement des sous-déclinaisons, pour les innombrables nécéssiteuXses qui n’auraient qu’un faible accès au saint des saints. Relationner, jouir et le montrer paraissent, au même titre que la conso et la dépossession institutionnelle, les besoins les mieux estimés de l’économie contemporaine. C’est remarquable comme des fois le néo-féminisme flirte dans ses logiques et ses images avec la culture patriarcale la plus éculée. On le fait même par plusieurs extrémités désormais, histoire que tout le monde ait la sienne. On ne trouve rien de mieux, pour combattre une logique, que de renchérir sur elle. Concurrence versus négativité. 

Est-ce que ça a quelque chose à voir avec le fait qu’une grande partie de la critique matérialiste-essentialiste, qui focalise sur ce que les gentes sont, irrémédiablement, statutairement, est souvent produite, relayée par des hétéra ? Relayée plutôt, parce que c’est depuis longtemps pour beaucoup du copié-collé, et que les nanas qui ont, il y a trente à quarante ans, bossé rudement cette approche qui à l’époque ne trouvait pas place dans le collectif réclamant, n’étaient pas du tout majoritairement hétéra. Je pense aussi à un site du même genre qui n’est littéralement illustré que de paires de couilles ! ce qui laisse quelque peu songeuse sur le fétichisme signalétique.

J’ai toujours mal supporté la socialité masculiniste. J’en ai depuis longtemps tiré au moins cette conséquence : je suis et lesbienne, et surtout anti-relationniste. J’entends les hétéra couiner envers les mecs au milieu desquels elles vivent, mecs permanents, interchangeables et aussi coûteux que gratuits. Ben je sais pas, qu’on largue du lest, déjà, on y verra peut-être un tantinet plus clair.

 

Mais voilà, comment qu’on va relationner, coller, glugluer et, une fois encore, baiser, n’alors ? Puisque ce sont là les buts sommitaux de la vie avec sa reproduction ? Sacrés. Valeurs d’échange et de réalisation en eux-mêmes, ils ne peuvent en aucun cas entrer en communication avec une quelconque autre valeur : sacrilège et simonie. Un sacrement ne se vend ni ne se loue. La boucle est bouclée : disponibles, gratuites. Zut ! Quand est-ce qu’on aura l’audace de remettre en cause l’injonction à relationner, purement et simplement, et quand laisserons nous tomber ses aménagements ?!

 

Bon, je n’ai toujours pas le courage d’écrire ce que je voudrais sur l’immense arnaque de la « gratuité » et de son coût imposant, alors même que la relation et le cul sont, selon moi, en elles-mêmes des monnaies sociales et existentielles – et ce d’autant qu’elles se sont autonomisées sur notre dos depuis deux à trois siècles. Ni sur le fait que cette admirable « gratuité » concurrentielle à l’existence, non seulement ne s’est jamais révélée d’aucun secours contre la brutalité, mais a largement contribué à son intensification et à son invisibilisation. Une possible émancipation pourrait passer par une rupture de la dépendance à l’existence sociale indexée sur la relation et la sexualité. Mais ce n’est pas le programme de nos institutionnalistes, lesquelLEs cherchent au contraire à intensifier, à magnifier l’injonction relationniste tout en resserrant toujours plus son cadre, pour tenter de limiter les inévitables dégâts consécutifs à toute injonction totalisante.

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Mais je trouve tout de même stupéfiant à quel point le néo-matérialisme déverse par toutes ses poches des flots d’essentialisme retrouvé. Et que, bien loin d’alerter personne, ça a l’air au contraire de réjouir tout le monde. De même que l’approche victimaire et fétichiste, où la remise en cause d’un système est remplacée par la recherche de coupables (et de leurs nécessaires alliées objectives, indispensables à tout ténébreux complot qui se respecte) ; le féminisme sombre avec ce cargo simplificateur où il s’est embarqué avec tous les indignéEs de la planète. Pour combattre un modèle de domination, nous n’avons pas trouvé d’autre solution que d’en promouvoir un autre, sans sujet, et de le mutualiser. C’est la chausse-trappe du « privé est politique » : pour échapper au cachot du privé, nous avons opté pour le panoptique du politique, « tout sera public par défaut » - mais celui-ci ne recèle en fin de compte pas non plus l’émancipation escomptée. Une Hannah Arendt, pour ne citer qu’elle, nous avait mis il y a des décennies en garde contre ce tour de passe-passe ; mais elle n’était sans doute pas assez déconstruite. Tant pis donc, on a investi, il faut désormais aller jusques au bout, jusqu’à l’autoconsommation, logique économique oblige.

 

C’est ainsi que n’est plus héréroclite l’alliance, célébrée dans les salons de l’Assemblée Nationale l’autre jour, entre la crème des progressistes laïcardEs et les missionnaires du repentir les plus réaques (1)  – il est vrai qu’elles ont en commun avec elleux de penser que disposer de soi est une chose bien trop sérieuse pour la laisser au choix ou la fantaisie des nanas ! C’est à l’opportunisme utilitaire qu’on mesure la dimension morale. Quant aux alternotes, elles, elles se tournent avec la fascination de l’exotisation et de la haine de soi du côté d’autres religieuXses touTes aussi sympathiques, gamme de produit « nostalgie » issue de la féconde modernité, équipéEs d’idées identiques sur les dangers de l’autonomie et de l’émancipation, et professant une même obsession du comportement – comme cela on est bien encadrées, sûres qu’on ne s’échappera pas. Du moment qu’on fétichise un objet social supposé, qu’on l’investit du bien ou du mal, on est certaines d’être politiquement sauvée. Il ne reste que de faire son choix sur le rayon. Ça c’est obligatoire par contre – il se peut, dans la déroute où nous sommes, que le marché politique et identitaire ait une tête d’avance dans la coercition sur le marché strictement économique. Rien de neuf au demeurant : la gabelle. Nous entamons un régime de gabelle intellectuelle. Les réaques, les vraiEs, la droite, les fafs etc. en sont d’ailleurs au même, de régime : fétichisme, mesquinerie, haine et dégoût pavolviens. Dès lors qu’on peut proférer, non pas même seulement d’un groupe humain, mais simplement d’une partie de la réalité, qu’elle est moins légitime, à quelque titre que ce soit, la partition du monde est faite, et l’élimination devient imaginable.

 

Je crois que c’est ça que je ne supporte plus chez personne : la mesquinerie. Le rabiotage. Le déni au nom des concepts. Puis en fin de compte ce qui en découle, la mauvaise foi. Pour ne pas dire tout cru le mensonge, ce bon vieux camarade du genre humain, et même d’autres bestioles. Mais précisément réputé impossible, nié lui-même, travesti en Parole. Tout est vrai parce que dit – et la folie s’installe.

 

Que tout le monde s’envoie, dans cette configuration, sensiblement les mêmes accusations à la figure, est sans doute une confirmation que l’intégration productive d’idées et d’identités est parfaitement réussie. Autocensure, obnubilation, déterminismes, pas grave, au contraire : c’est le signe que désormais on se garde bien et efficacement de toute audace qui pourrait nous conduire on ne sait où. La biquerie est autogérée, divisée en secteurs de choix politique, comme dans les prisons des autocrates (il est vrai que des fois, ces sadiques s’amusaient au contraire à panacher leurs pensionnaires d’opinion ; j’imagine une anti-islamophobe pro-sexe mise au cachot avec une laïcarde prohi. Il ne reste plus alors, pour survivre, qu’à se trouver une ennemie, une maudite commune. Que ça de vrai pour la santé).

 

Il faut bien ça, au moins, pour arriver à couper d’un coup les têtes innombrables de l’hydre du Mal – Mal tout à fait interchangeable d’ailleurs, qui menace de dévorer, au moyen des innombrables gueules que l’on prête à toutes les paniques sociales, la félicité promise de l’arche gonflable des playmobiles, où, comme dans tous les cauchemars du capital, le salut des unEs ne peut se bâtir que sur la perte des autres, et réciproquement. On ne manque ni ne manquera jamais d’objets divers auxquels accrocher les idéologies fétichistes des néo-essentialismes matérialistes. Á thuriférer ou à abhorrer. Que ce soit un voile ou un clito. Du moment qu’on investit les objets et les gentes en signes, qu’on perçoit des diables et des anges qu’on leur croit contraires, ou l’inverse, tout va pour le mieux, la machine tourne.

 

Vous me direz, mon propre eczéma pouilleux se cherche sans doute bien aussi un mal à traire. C’est indéniable. Et un recours à l’indifférence ne serait pas nécessairement hors de saison. C’est cette fichue croyance, ancrée comme un ténia, que le sort des choses dépend de nos bonnes volontés (ce qui peut bien être, d’ailleurs, je le crois), mais aussi et surtout de notre rectitude : nous devons avoir raison, c’est nécessaire au bien commun (ou à celui de la portion qui doit compter). Se tromper est un délit, et refuser d’avoir une opinion frise le crime. Vouloir examiner la vertu libératrice ou rédemptrice des identités qui se bousculent, voilà probable phobie. Douter enfin que ce que l’on croit devrait absolument être appliqué, répandu, alors là, je suppose que c’est rangé dans l’idiotie. Si on croit, bigre, c’est pour que ça s’impose. C’est pas pour notre cul, pris dans le sens métaphorique : nous ne valons rien, nous même n’avons nulle valeur, si ce n’est comme substrat vivant pour réaliser les passions et obsessions communes. Nous sommes mêmes néfastes, coupables, de trop. S’occuper de ses fesses, « par soi, pour soi », est misérable, antipolitique. Nous nous sommes appris ça à l’école, au squatt, à l’atelier, à l’église. Nous nous la sommes bien enfoncée dans la tête, cette tradition, puisque c’en est une. Cette certitude que nous ne sommes de rien par nous-mêmes. Que nous devons toujours chercher à servir. Passer à la moulinette du bien commun avec entrain.

 

Pourtant, pourtant, biques que nous sommes, irréductiblement et quand même, plutôt que d’abonder la laiterie des consensus frileux, nous pourrions bien aller nous égayer, ensemble, chacune, toutes, renverser la barrière mentale comme matérielle, et gagner l’accès aux prés et aux broussailles d’où on aurait une autre vue. Enfin, se réautoriser la critique brouteuse de chardons sociaux. Et autres.

 

 

coffin turnip

 

 

(1) Sans même parler de cathos bien spongieux comme celleux de Scelles, je m’esbaudissais encore l’autre jour devant la diatribe prohi d’un des initiateurs de l’inénarrable « zéromacho », un monsieur Mallet… lequel dans le même texte parle de l’avortement comme d’une tragédie de masse. Celles dont il se proclame l’allié ont du être frappées d’éblouissement. C’est rien que pour notre bien, on vous dit !

(On peut aussi aller revoir au sujet de ce genre de types « Le puant retour des maîtres-nageurs », in « Pro-sexe toi-même… », au 29 mars de l’an dernier)

 

 


 

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 11:41

 

 

« Les premières féministes radicales ont eu des résultats car elles n’étaient pas dépendantes des hommes ; ce n’est plus notre cas, car nous avons des compagnons, des maris, à qui on ne veut pas renoncer. »

 

Pénultième mot de l’interview de deux auteures d’un des livres qui sortent en ce moment, et où on redécouvre, ô surprise, que le paradis relationnel est un enfer (« Ne vous taisez plus », chez Fayard).

 

On ne le leur fait pas dire.

 

Même des fois elles vivaient, les nanas en question. Suspect, non ?

 

Mais vive donc tout de même la relation incontournable (vivre seule et pour soi, quel désert !), l’hétérosocialité, la gratuité, les mecs et les lardons 24/24, puisque la même interview se termine, sans transition, sur « il est possible de mettre en place un commerce équitable des sexes. »

 

Ben oui, hein, grâce au commerce tout est possible, à commencer par rendre supportables des relations permanentes, la glu quoi. Marrant, ce sont des prohibitionnistes, des anti commerce du cul, qui sortent ce genre de chose. La schizo a fait des progrès incroyables ces dernières années.

 

Ce n’est pas la première fois qu’on se dit que les hétéra ont vraiment un sacré ressentiment envers les lesbiennes, qui savent vivre et seules et sans mec, dire fondamentalement non quoi ; et que les gratuites de permanence en veulent aux putes qui ne supportent les mecs que par portions de temps et contre rémunération…

 

Et l’autonomie comme l’émancipation, comme d’hab, enterrées. Puisque la seule richesse qui reste aux existences carcérales, c'est de s'agglomérer. « Ce n’est plus notre cas » - sous entendu, ça ne doit plus l’être et ne le sera jamais plus, car sinon nous en serions trop blasées.

 

L’unique voie est celle de la résignation procédurière : on ne porte pas des chaînes, mais des liens en caoutchouc rainbow !

 

 

 

LPM

 


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15 décembre 2011 4 15 /12 /décembre /2011 21:02

 

 

« J’entendis quelqu’un qui sanglotait au milieu des ténèbres »

Léon Bloy, Á la guerre comme à la guerre

 

 

 

Je suis née au milieu des ténèbres. Juste où ça bascule. Ça ne s’invente pas. « Á la sainte Luce, le jour croît du saut d’une puce », m’a-t-on seriné toute mon enfance. Eh oui – le 13 décembre à peu près correspond à l’ancien solstice, celui d’avant la réforme dite grégorienne qui, au seizième siècle, avala douze jours pour rattraper le mouvement de la terre, dans toute la catholicité de l’époque puis petit à petit bien au-delà. Et la sainte Luce était la vieille fête de la lumière.

Le souci d’être née au solstice, c’est que l’on peut basculer d’un côté ou de l’autre, et ce tout au long de sa vie. Il suffit d’un petit mouvement, d’un sursaut parce qu’on vous chatouille ou agresse, d’un bref oubli de votre position, et hop, boum. J’ai passé quarante cinq à m’agripper sur cette étroite arête. Et j’ai basculé. Du mauvais côté. Je pourrais dire qu’on m’y a bien aidé. Mais je peux aussi dire que je me suis obstinément maintenue, des décennies, dans une position ambivalente, qui a bien aidé à bien m’y aider.

 

Il y a vingt trois ans, donc exactement à la moitié de mon âge, des camarades qui le sont restéEs trop longtemps m’offrirent, mi pour se moquer, mi effectivement effrayéEs par mes dispositions peu joyeuses, un opuscule psychologisant à mort intitulé « Faites vous-même votre propre malheur ». L’ironie de la vie a voulu que j’ai effectivement fait et scellé mon malheur, entre autres et pour beaucoup, en ne sachant pas m’empêcher de suivre et de prêter importance, respect, aux obsessions et extravagances intellectuelles, idéologiques, morales, de ce genre de personnes qu’on appelle les militantEs. Et tout particulièrement les néo militantEs statutaires et identitaires. LesquelLEs m’ont bouffé la cervelle comme la boussole jusques au trognon.

 

Mais voilà, au fond, et à part quelques crapuleries qui en seraient dans n’importe quel contexte, je ne puis m’en vouloir qu’à moi-même. C’est bien moi qui les ait suiviEs avec une constance qui décontenance quand on en fait le relevé. Aucune détermination matérielle ne m’y obligeait. Et, le pire, c’est que je savais toujours bien que je ne pouvais vivre à la lumière que seule, hors de l’ombre de ces masses.

 

Mais voilà, comment ne pas suivre, d’une manière ou d’une autre, dès lors que précisément on se pose la question ? Même et surtout quand on ne suit pas, on suit négativement, et on se fourre dans autant d’impasse. Ne pas suivre est somme toute, du moment qu’on a perdu l’indifférence indispensable, aussi impossible que de ne pas penser à l’âne – je fais référence ici au vieux conte persan où un bateleur promet aux badauds qu’ils pourront monter à une corde insuspendue, qui se tiendra droite pour eux, du moment qu’il parviendront à ne pas penser à un âne. Ce qui devient évidemment impossible dès lors qu’on le sait et qu’il semble y avoir un enjeu.

 

Bref, j’ai suivi, m’y suis perdue, dilapidée, à tous les points de vue d’ailleurs, epuisée.

 

Moyennant quoi, aujourd’hui, rien ne se lève sur ce qui, en d’autres circonstances, eut été l’aube, comme on dit, de ma quarante septième année. Pas même moi, qui reste couchée. Je suis toujours internée, par ma propre diligence, dans les quelques mètres carrés de garage en vitrine où je suis présentée quotidiennement aux dégénéréEs qui peuplent ce village, et dont mon propriétaire gâteux, c’est son dernier toc, vient régulièrement secouer la porte avec fureur. Eh beh oui.

 

Cette fois, je me dis, c’est fichu. Je finirai quoi qu’il arrive dans une successions de taudis et de couloirs, sombres et promiscuitaires. Pourquoi donc hésité-je à faire comme Hipparchia la cynique, à aller comme elle admonester mon prochain et ma prochaine, enveloppée d’un manteau, avec pour tous bien un bâton, une besace et une écuelle ? Sans doute parce que je suis profondément humiliée de la destinée que je me suis finalement imposée, après des décennies à me battre contre ; et qu’Hipparchia avait pleinement choisi, voulu, ce sort et ce statut. Dans mon cas, ce serait par dépit.

 

Hipparchia… Peut-être la seule philosophe de l’antiquité occidentale dont nous ayons reçu témoignage, avec sa collègue Hypathie. Tout les a séparées, à commencer par plus de sept siècles. Hipparchia, transfuge de la bourgeoisie d’une ville de Thrace, beuglait sur les places, asticotait le citoyen (yen, les femmes ne sortaient guère en Grèce – mais il est vrai que la Thrace n’était pas toujours considérée grecque), en bonne Cynique, au milieu du naufrage des cités indépendantes dans l’aggomération en royaumes. Hypathie, parfait produit de la haute société intellectuelle alexandrine, enseignait le néoplatonisme à l’université. La Thrace ce serait disons l’équivalent présent de la Norvège, ou peut-être du Brésil. Alexandrie ce serait Yale. Hypathie était la Butler du temps, Hipparchia, ma foi, appartenait à une école qui fleurissait sur les cas sociaux, à la dure. TouTEs les Cyniques dont on a trace pâtissaient de quelque chose qui les marginalisait. Je ne sais pas très bien quel serait l’équivalent contemporain.

 

Hipparchia a du finir comme bien des Cyniques, morte de froid, de faim et d’épuisement sur un trottoir ou au revers d’un fossé. Hypathie a été lynchée et coupée en morceaux par des émeutiers religieux. Morts tout à fait intemporelles, transhistoriques, au fond. De nos jours, il est infiniment facile et de crever de misère sur un trottoir, et de se voir écharper par des religieux enragés. Notamment, et toujours, pour des nanas.

 

Évidemment, on me verrait mieux en Cynique. Sauf qu’y faut en avoir l’étoffe. Je ne l’ai pas. Surtout à mon âge. Je ne suis pas urbaine. Ni dans un sens ni dans l’autre (les Cyniques l’étaient dans un sens et ne l’étaient pas dans l’autre).

 

Pour en revenir au malencontreux destin de ténèbres, aggravé décisivement par l’aveuglement dont j’ai fait preuve pendant la plus grande part de ma vie, il n’y a évidemment rien de très extraordinaire. Je suis passée avec une constance admirable à côté de la vie que j’avais pourtant réussi, presque sans m’en rendre bien compte, à mettre sur pied, une existence autonome, avec de l’espace et de l’indépendance, un vrai privilège comme il en faudrait pour touTEs, quoi. Je suis toujours passée à côté pour aller chasser après l’ombre, l’ombre à paillettes et à grandes phrases. Á force de passer à côté, comme bien d’autres, je suis tombée dans le trou. Dans un des innombrables trous qui dévorent la surface sur laquelle nous évoluons.

On est quelques unes à Brioude, comme ça, comme dans beaucoup de petites villes, femmes et seules, à être tombées dans les trous qui nous attendaient, rafalées de tous les coins non seulement de france mais de la planète, voui. Je ne suis même pas la plus ancienne dans le pays, avec mon quart de siècle de présence, c’est vous dire. La dégradation des existences est perceptible, lorsque nous nous racontons ; telle qui comme moi a eu tout un passé campagnard croupit dans un clapier où on l’agresse, telle autre – pareil. Ce qui est terrible, aussi, c’est la convergence : nous avons toutes convergé, de vies fort diverses, vers la même déshérence, jusques aux détails. Nous sommes souvent aigries. Nous sommes solitaires. Nous n’avons pas même confiance plus que ça les unes dans les autres, nous savons trop nos limites, combien nous avons échoué, et aussi à quel point nous avons été charclées. Non seulement nous ne parvenons pas à nous entraider, mais nous n’en avons pas envie. Classe pour une émancipation. Ratée sur toute la ligne.

 

Nous sommes des, je suis une, épave(s).

 

Si encore l’épavat était quelque chose comme une charge, un rôle de quelque utilité, ma foi, ce ne serait peut-être pas un drame. Il y a deux ans, alors qu’on était en train de me gracieusement torpiller sous la ligne de flottaison, je me disais avec quelque joie que je servirais d’épave-sémaphore, qui indique où il ne faut surtout pas s’aventurer. Mais pour cela il faut couler sur des hauts-fonds. Or, je m’étais aventurée sans le savoir bien, de mon propre chef et dans ma propre inconséquence, au dessus des fonds ordinaires, qui sont fort profonds. Glou glou, en quelques semaines, en quelques mois. Finis les beaux rêves d’épave honorable qui surgit des flots. Je me suis retrouvée avec les autres coulées, et les boîtes de conserve. Hors de la lumière et de l’air. Dans les ténèbres quoi.

 

Dans les ténèbres et dans un réel que je ne parviens pas, pas plus sans doute que mes homoloques, à accepter. Á reconnaître. Reste ce sentiment obstiné que le réel, le « vrai », c’est mon « autre » vie qui en quelque sorte continue quelque part, sans moi. Je relis en ce moment les textes définitifs de Rosset sur le réel, et bien que ça me semble parfaitement raisonnable, au meilleur sens du terme, ça ne me soigne guère ; ou si ça soigne, c’est comme unE toubib militaire, par amputation. T’es vivante, c’est déjà bien. Oui, euh...

 

Être une épave, automutilée à plusieurs titres, dans le pays qui m’a soutenue et nourrie tout à fait en vain, puisque je n’ai pas su y reconnaître ma vie, est une humiliation particulière. J’ai l’impression que cette terre que j’ai négligée me contemple par en dessous, avec un mélange de reproche et d’impuissance. J’en ai du mal à la regarder. Je suis comme dans un tube d’aspirine.

 

Autrefois j’aimais infiniment cette période aux longues nuits, où j’avais la sensation de passer par-dessous le monde qui s’agite pour les fêtes. Je vivais ça avec joie dans ma petite cagna au milieu des prés appesantis de brouillard. J’avais alors un sentiment de liberté extrême. C’est tout de même prodigieux qu’à cette liberté j’aie pu préférer l’ombre de marionnettes sur des théâtres surpeuplés, répétitifs. Ça en dit long.

 

Ne faites pas votre propre malheur ; ne vous laissez pas épaver ; si c’est encore possible, désertez.

 

 


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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 12:49

 

 

 

Eh oui, partout. Et on serait bien bêtes de scander une fois de plus l’imbécile « police partout… ». En effet, si vous me dégottez une idée de justice, et notamment de justice rétributive et sécurisante moderne, qui n’ait pas pendue à sa ceinture une force à dégainer, et ne soit pas assise sur un parterre de geôles, je vous offre ma rate au court bouillon. Justice est partout. C’est peut-être bien là le problème, puisque en problème nous aimons interpréter tout ce qui arrive.

 

Partout, enfin selon les moyens. Nous sommes d’ores et déjà dans une situation Dickienne, où nous délibérons de nous faire pucer pour notre bien, et où les gendarmes mondiaux peuvent projetter leurs pseudopodes pour aller s’emparer d’un peu n’importe qui, n’importe où.

 

Encore une fois, il ne s’agit pas d’indignation. Je ne vois pas le moyen de s’indigner, quand nous réclamons à tue tête ce que nous réclamons, des bulles contre l’effondrement de notre rêve obstiné d’abondance, et quand nous avons sous l’arbre de noël ce que nous avons, qui en est la conséquence inévitable.

 

Il s’agit plutôt d’ébahissement, et d’ébahissement que nous ne soyons pas plus ébahies. Probablement sommes nous, d’une certaine manière, particulièrement endurcies à une vie sociale extrême, angoissante et encaquée. Le bonhomme dont il est question dans cet article, convenablement exotisé, sorte de bon sauvage à l’envers radical du rousseauisme, semble avoir découvert avec épouvante ce dans quoi nous nous sommes accoutumées à vivre.

 

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/12/11/l-immense-solitude-de-l-acquitte-du-carre-d-as_1617049_3224.html#ens_id=1603709

 

C’est le ton ordinaire, pleurard, du Monde, mais à travers cette gélatine on a quand même une idée du monde que produit l’idéal de justice totale, et des totalités qui vont avec. C’est un peu le rêve d’une Eva Joly, comme de tant d'autres passionnéEs de la solution judiciaire, un peuple, que dis-je, une planète de justiciables, chacunE à son tour sur la selette.

 

Et, derrière tout ce théâtre, comme toujours, la valeur, ce que représente chacunE sur les comptes des assurances. Déterminant pour les moyens. Si vous êtes en crédit, on ira vous chercher au bout du monde avec des hélicos et des robocops, et on traduira devant tous les tribunaux disponibles celleux qui voulaient s’approprier indûment la valeur recrocquevillée en vous, condition à l’obtention de la vie matérielle, soigneusement renfermées en magasins de nos jours.

Si vous n’êtes pas en crédit, vous prendrez vraisemblablement des bombes sur la patate. Ou, si vraiment vous avez été en contact avec unE porteurE de richesse, on viendra peut-être personnellement vous extraire, et vous vivrez l'aventure du type en question.

 

Qu'on ne vienne donc pas parler facilement de "justices inégales". Il n'y a sans doute jamais eu dans l'histoire de justice plus égale que la justice moderne, basée imperturbablement sur la fiction d'un individu producteur et valorisé, possesseur de soi et du reste. C'est précisément avec cette sorte d'égalité fantôme que nous sommes en train de nous anéantir.

 

Car gare : à mesure que le crédit se resserre, de nouvelles populations vont se retrouver hors-valeur, démonétisées. Et les bombes vont se rapprocher. L’autre jour, pour la première fois, j’ai vu cité, à la toute fin d’un article du même journal, dans la bouche d’un commentateur transatlantique quelconque, un vers de Shakespeare où sont évoqués les « chiens de la guerre ». Lâchés. Or, ils le sont déjà, depuis vingt ans, sur les contrées rétrogrades et invalorisables. Cette évocation nous concernait donc.

 

Quand on commence à citer le vieux William, je trouve que c’est jamais bon. Et que le marché de nos sympathiques identités, garanties par la justice hécatonchire, commence à sentir le roussi. L’incendie du Bazar de la Charité, ça ne vous dit rien ?

 

 

 

coffin turnip

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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