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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 14:51

 

 

Si nous voulons (mais seulement si nous le voulons) échapper à la tyrannie autoadministrée du bien commun, il nous faudra peut-être reconnaître quelque jour que nous bénéficions malgré tout du sens commun, présence partagée au réel. Il n’y a rien de plus dur que de se rendre compte de la proche. Qui ne dit qu’elle-même. Ce qui n'est déjà pas si mal.

 

Parménide : « Penser et être sont d'un même mouvement ».

 

 

coffin turnip

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 11:37

 

 

« Une jeune femme de 23 ans qui était en train de voler samedi de la nourriture dans un container a perdu un doigt à Heverlee (Louvain), a-t-on appris dimanche auprès de la police locale. L'accident s'est produit quand la femme a voulu quitter les lieux après le vol. La femme se trouvait sur place avec un complice. Elle a dérobé des produits dont la date limite de consommation était dépassée. Une bague portée à l'annulaire s'est coincée et une partie du doigt a été arrachée. Alertés, les services de secours ont pris en charge la jeune femme. Le morceau de doigt a été retrouvé par le complice qui l'a remis au personnel infirmier. Opérée, la jeune femme n'a pu récupérer l'usage de son doigt arraché.

Agence Belga »

 

Votre girafe pouic pouic toute écrasée adoooore la presse. Toute la presse. Elle beugle souvent sur la presse militante, ses indignations prévisibles et son pavlovisme intellectuel, mais elle détient là une excellente occasion de s’en prendre à la presse de masse, qui présente exactement les mêmes caractères, les mêmes obsessions bien souvent aussi, nappées d’un cynisme encore plus marqué.

 

L’entreprise malheureuse qui est ici rapportée est cataloguée comme un vol piteux qui tourne mal, de manière où la protagoniste se voit carrément ridiculisée. Ouh ! Punie la resquilleuse. Mordue par la benne. Sans doute pasque les bleuEs (sont ellils bleuEs en Belgique ?) arrivaient, et qu’il était urgent de déguerpir (mais si ce fut le cas, c’est passé sous silence). Les fliques adorent en effet humilier les gentes qui récupèrent dans les bennes.

 

Plût au ciel que ce fût un vol. Parce qu’un vol, au moins, ça peut être honorable et ça vise des choses de valeur. Ici, et je me demande si le, la rédacteurice de l’agence en a conscience et manipule, ou bien benête benoîtement, il s’agit de récup’ dans la poubelle d’un supermarché. De bouffe jetée et néanmoins tout à fait potable, en moyenne. Cela dit, au paradis judiciaire où nous cherchons notre salut, il paraît que ce peut être un vol : la poubelle n’est jamais res nullius ; elle appartient, avec son contenu, au commerçant, jusqu’au moment où le dit contenu, seul, se met à appartenir au syndicat des ordures du coin. C’est qu’il faut de l’ordre !

 

Mais la manière de rapporter la chose contourne tellement le réel en le réécrivant, dit tellement tout sans rien dire de vrai, que ça me semble délibéré comme description. Ce qui est simple et sensé devient étonnant et anormal, en plus d’illégal – ce qui est secondaire ; comment peut-on se coincer un doigt dans un « conteneur » en dérobant de la nourriture décrite comme avariée, quoi ? N’y manque pas même le complice que devient le compagnon. C’est un parfait exemple de l’écriture bonicole, faussement naïve et totalisante qui fleurit un peu partout, en nous livrant l’interprétation adéquate des anecdotes du naufrage.

 

La bouffe jetée par les commerces, ce par cagettes entières et bennes à ras bord, recèle en effet une espèce de manifestation négative de la valeur, comme les unités carbone, les incivilités et de plus en plus de choses vilaines qu'il serait déraisonnables de laisser inexploitées : c' est leur destruction qui rapporte si la vente en est ratée. Ou même pas, c’est symbolique : ce qui rate une seule étape de la valorisation se transforme en poison potentiel pour le monde social qui va avec. Il faut absolument rattraper ça ; or, à la poubelle c’est revalorisé, puisque ça produit de nouveau du fric, de l’emploi, et quelquefois même du méthane pour chauffer les clapiers à humainEs ou les salles polyvalentes. Mais juste récupéré direct, il y a de la perte. Or, la perte, c’est mal. Il faut toujours gagner, augmenter, croître.

 

D’autant que c’est souvent de la bonne qu’on trouve dans les bennes des magos, des produits étonnants, tels que la girafe, malgré son long col, ne les connaît littéralement pas, et ne sait pas même toujours très bien ce que c’est !

 

Or, un, les besogneuXses ne doivent pas manger de la bonne de récup’ ; ellils doivent aller dignement faire la queue à l’assoce gestionnaire de la misère du coin, où unE bénévole soupçonneuXse leur délivrera quelque produit de base quelquefois moins frais encore que dans la benne, et qui garantit, par sa texture comme sa qualité, qu’on n’aura pas le moindre contentement à se l’incorporer.

 

Deux, plus le produit de récup’ est bon, plus sa valeur négative est élevée, et plus il faut éviter que qui que ce soit en profite (voir plus haut), car cela plombe les chiffres. Ces chiffres que nous aimons tant, dont nous croyons user, et qui usent de nous en justifiant une active et implacable logique distributive, pénurique, compartimenteuse. Une potentielle et conséquente révolution devrait sans doute, de même que les actes de propriété, faire disparaître les statistiques !

 

Et bref et voilà. La girafe pouic pouic, qui mourra idiote comme elle a vécu, est restée un peu soufflée devant cette description profondément, ah, comment dire ? travestie, mensongère et faussement moraliste de la réalité. Mais surtout si peu audacieuse. Au fond, pupuce aurait pu franchement affirmer que ce hiatus dans la conso (finalement réalisée tout de même, ne l’oublions pas) affaiblit encore la croissance, que toute récupération est un crime contre l’économie. Sans parler de l’hygiène, waf waf.

 

Enfin bon, en tout cas, cet épisode montre bien à quel point la valeur est affamée, et qu’on est en train d’y laisser notre viande (et nos os, pendant qu’on y est, la bébête a de sévères mâchoires).

 

La girafe pouic pouic

 


 

 

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 10:56

 

 

http://www.tetu.com/actualites/france/la-lgp-marseille-obtient-lorganisation-de-leuropride-2013-20590

Franchement, je me vois fort éloignée de ce genre de manifestation, de toutes les fiertés et de toutes les identités qui vont avec (ou l’inverse, je ne sais plus, tellement on a couru après notre queue avec ça) et encore plus que ce soit à Marseille, ce qui promet d'incomparables bagarres en tous genres, et entre lgteubéEs et avec les gentes qui les haïssent. Ça fera de la vidéo. Mais je trouve instructif d'apprendre, à la fin de l'article, que la Pride semble être une marque déposée, gérée par une société dont l’acronyme fleure bon le managériat grosse cavalerie. On dirait de la restauration de masse – et c’en est, en quelque sorte. L’humainE ne se nourrit pas que de pain, comme disaient les évangiles. On a trouvé effectivement d’autres produits à ingurgiter.

Dont la fierté, ce produit au carré, ainsi que le besoin, comme les décrivait Günther Anders, lesquels nous relient au monde des biens dont nous faisons évidemment partie. La fierté, l’esbaudissement un peu schizo devant ce que nous nous trouvons être, l’applaudissement de nouzautes. Et, somme toute, le condiment bien nécessaire à l’avalage quotidien de la nauséeuse pitance que constitue ce que nous nous sommes laisséEs de vie pressée à travers les filtres de la précaution, au fond des gamelles de l’identité.


Ca ne me surprend guère, au demeurant, ça montre simplement à quel point rien, mais rien, ne peut échapper à la logique de valorisation et de transformation en abstractions légales et économiques. Soit on se débarrasse totalement de ça, soit on y finit tôt ou tard avalées, qu'on le veuille ou non. Mécanique. Mais nous préférons confier ce qui nous est le plus cher à l'unique mode de mise au monde qui semble tenir, obstinément : l'échange et le commerce.

 

Il va de soi que s’en indigner serait stupide. La Pride a le mode d’existence qui lui convient le mieux, la dénomination commerciale, qui fonde quelque chose bien plus que tout principe ou tout choix, et est infiniment mieux défendue par les lois en vigueur que la vie de qui que ce soit. Et nous serions bien benêts, voire quelque peu inconséquents, de dénoncer le monde que nous secrétons pourtant avec entrain, comme des vers à soie dans nos casiers.


Accessoirement, ça permet un bon nombre de justifications que la logique susdite ; j'adore la "raison officielle" évoquée dans l'article pour débouter une des assoces concurrentes. Il va de soi que c'est en toute bonne foi, puisque la  rectitude budgétaire et économique est la vertu suprême en notre sombre époque. Je renvoie au texte sur « Le paradoxe des droits de l’homme » de Robert Kurz (dans les pages) : plus on porte de valeur, plus on est citoyenNE ; et c’est aussi valable pour les personnes morales. Et inversement.

 

Les Prides sont vraiment devenues parmi les gimmicks les plus achevés du capitalisme : fierté identitaire, culture de la transgression intégrée et valeur marchande. Après, je n’irai pas, n’en déplaise à mes t-camarades, en appeler à « l’esprit de Stonewall ». Même si ça a du avoir une autre gueule. Peut-être tout simplement parce que c’était déjà la même civilisation idéale, conso, plaisir, reconnaissance, qui était – vigoureusement - défendue à ce moment-là par nos congénères. Mais peut-être aussi, en même temps et malgré tout, vivre. Et que tout ça pose question. Que sommes-nous et que voulons-nous, à la fin ?

 

coffin turnip & silkworm



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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 11:37

 

 

 

Parmi l’arsenal prohi ressort à intervalles réguliers le gros mortier du « pauvre mais honnête » - en d’autres termes que « l’argent pourrit ».

 

Évidemment pas n’importe quel argent. On n’arrivera jamais à extirper du cervelet en queue de cochon des honnêtes gentes que l’argent du travail sexuel est de « l’argent facile », un peu comme celui des spéculateurs, ces autres figures indispensables d’un antilibéralisme qui ne veut surtout pas s’en prendre, justement, au travail et à l’économie. Les propres, les sacrés. Parce qu’on comprend bien que l’argent gagné à trimer dans une vie entière sans dignité ni espace, lui il est honnête, présentable. Je crois que Gail Pheterson, qui n’est pas par ailleurs une virulente critique de la modernité, a écrit un texte sur cet « argent sale », inégal, illégitime, qu’est invinciblement celui gagné par les travailleurEs sexuelLEs. Ah – la « saleté »… Cet ultime recours, cette insulte finale, quand on est au bout de sa pensée et qu’on n’a proprement plus rien à dire qui se tienne. Sales putes, sales clients, sales sales…

 

Et quant à la « facilité », si jamais elle existait vraiment, eh bien ce serait une bénédiction. Mais non, nous sommes là pour en baver, nous ne nous le ferons jamais assez comprendre…

 

Pour ma part, je crois que l’argent n’est jamais présentable. Que c’est un des pires cauchemars que s’est inventée l’humanité, en découpant le temps en valeur. Un certain Sohn-Rettel remarquait que c’est peut-être du traumatisme suscité par l’apparition, et l’immédiate vie autonome de l’argent, qu’est née, tourneboulée, la philosophie grecque.

Tout ce qui devient valeur s'autonomise et se retourne en nous, contre nous ; la valeur-relation, qui est la source d'un enfermement incomparable, comme l'argent. Défendre l'une contre l'autre est défendre la peste contre le choléra.

 

Mais je ne vois pas en quoi il est plus présentable de gagner une somme, qui peut être conséquente, d’euro par heure en étant matonne, manageure d’entreprise ou d’assoce, députée ou pilotE de bombardier, qu’en étant pute. Pourtant, nos amies institutionnalistes trouvent que c’est très bien que les nanas, bio et demain trans, participent à un haut niveau, paritairement, au saccage en règle de l’existence. Et que c’est une honte et une aliénation horribles, préhistoriques, que de simplement louer son cul, comme si les autres occurrences n’en étaient pas. Ou infiniment moins. Ce que je trouve éminemment contestable.

Je dirais même, sans d’ailleurs la moindre illusion sur une civilisation du plaisir et de l’amour que je ne souhaite absolument pas, et qui est uniment un des objectifs du citoyennisme économiste que défendent les prohi, je dirais même donc que je me sens moins destructive tout de même à sucer des bites qu’à garder des réfugiéEs, à optimiser la productivité de quelque poison, à emmerder des bénévoles, à ficeler une société carcérale ou à répandre de la démocratie en bombes à billes sur des contrées forcément lointaines (quand les mêmes projectiles tomberons sur la gueule des rien-, des bien- et des mal-pensantes d’ici, on en reparlera, si toutefois ce genre d’évènement nous en laisse alors le loisir).

 

Que si l’on me dit que ce faisant je suis un pilier du patriarcat, ma foi, je reçois volontiers l’assignation. Mais je renvoie illico la question : avec votre idéologie de la valeur-relation pour elle-même, de l’amour, vous croyez que vous n’avez rien à faire avec le dit patriarcat ? Waf waf. Et je ne parle encore que de ce secteur particulier. Si cet ensemble de formes sujetisées, intériorisées et agies par nous touTEs qu’on appelle le patriarcat se limitait aux bites, je vous fiche mon billet que l’affaire serait dénouée depuis longtemps. De même que si le capitalisme se résumait à quelques hauts de forme fantasmatiques, ce serait bien pratique et un mauvais souvenir. Il n’en est rien.

 

Nous sommes toutes engluées, incontestablement, dans une situation historique peu enviable. Mais je trouve parfaitement bouffonesque, à moins que ce ne soit odieux, que le tapin soit investi, et lui seul, de toutes les malédictions du présent, et que les autres manières registrées, tarifées, de nous humilier et anéantir soient assimilées à de l’émancipation !

 

Et donc, ramener, puisque tout le monde sait bien que le principe de la productivité entraîne concurrence, baisse tendancielle de la valeur, bref appauvrissement, ramener donc l’honnêteté à une pauvreté qu’on sait très bien ne pas pouvoir éviter, c’est du foutage de gueule.

 

Remarquez, je vais vous dire, pour ma part je suis plutôt pour une crevaison de l’économie, de la croissance, et donc pour ce qu’on pourrait appeler une pauvreté, au regard de ce qui est à cette heure considéré richesse. Pauvreté autonome et libre. Remise en cause du besoin. Mais en l’état, la pauvreté n’est ni autonome ni libre, c’est une misère matérielle et morale imposée. Largement imposée par notre propre aveuglement. Et, tant qu’à faire, moins on se foulera pour le même mieux ça vaudra.

 

« Pauvres, besogneuses, mesquines, mais honnêtes ». C’est tout de même significatif que cette idéologie fataliste, doloriste, typique du laisser faire, laisser aller dixneuvièmiste refasse surface dans le discours des institutionnelles, des intégrationnistes et des « égalitaires » formelles (sauf pour l’égalité de la latitude de choisir) qui entendent nous baliser le chemin vers ce qui s’annonce plus comme un désastre tel que l’histoire n’en a peut-être pas encore vu, que comme un forum sans fin de la citoyenneté durable ! Ça montre probablement, outre leur manque résolu de mémoire et d’analyse critique, le désarroi où elles en sont, dans leur cité idéale qui a une gueule de prison ornée de fresques culturelles, et qui est en outre déjà en train de s’effondrer sur les détenuEs que nous sommes touTEs.

 

 

 

coffin turnip

 

 


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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 12:16

 

 

Nième épisode ? Il va de soi qu’il ne faut pas laisser les gentes faire quoi que ce soit d’elleux-mêmes, et encore moins ne rien faire d’elleux-même et tout simplement vivre, quand c’est possible.

 

Il est en effet un monde où seuls existent des problèmes ; et où le destin de ces problèmes est de connaître solution, quoi qu’il en coûte. Sans problèmes tout perdrait sans doute intérêt. Ce monde est le nôtre. Aplaudissons-nous ! Nous nous le tricotons quotidiennement.

 

Un article du Monde, du 29 novembre, nous cause ainsi de l’afghanisation du Mali. Je suis toujours en retard, j’étais restée à la libanisation de mon adolescence. Mais depuis, le chaos et la brutalité économiques et identitaires ont progressé, la main dans la main. Il y a de nouveaux référents. J’apprends même au passage qu’on était déjà passé, entre, par la balkanisation. C’est étourdissant. C’est digne de Vialatte.

 

Ce qui m’a fait régurgiter mon café du matin, c’est une phrase, vers la fin du dit article, dans la meilleure veine philanthrope. « Une formation technique aux métiers de base du bâtiment et de la mécanique permettrait aux jeunes de ces régions, où de toute façon une forte émigration régionale est incontournable, d'échapper   aux petits boulots dégradants de livreur d'eau ou de gardiens qu'ils exercent dans les villes du Sud. » Ben voyons. Tout vaut mieux plutôt qu’ils ne deviennent des bandits (c'est le vrai sens de "petit boulot") – et on sait que ce terme recouvre depuis fort longtemps tout autant les francs-tireurEs les plus cyniques de l’économie que celleux qui l’ont désertée. Il n’est pas sain de déserter, encore moins de prendre au mot les promesses d’enrichissement. Donc on va en faire des manars. Tel quel. Des fois que la construction reparte. Gageons que si demain une armée européenne envahit le Sahel pour en stopper l’afghanisation et inculquer aux autochtones la vraie valeur des choses, elle sera cette fois suivie d’une cohorte de formateurEs déléguéEs de tous les Greta et lycées professionnels de l’Union.

 

On croit cauchemarder, mais non, c’est tout à fait réel. C’est même d’actualité.

 

Et tout à fait significatif : le travail, ce bienfait de la civilisation marchande, peut tout à fait être introduit par le piétinement sourd des légions en marches (accompagnées aujourd’hui du flac flac flac des rotors d’hélicoptères, devenus le bruit de fond de la modernité depuis Apocalypse Now). Même il le doit, si besoin est. Cette éminente source de dignité et de valeur, d’autant plus précieuses qu’elles sont étroitement rationnées, doit absolument prendre possession des possibles bandits de toute la planète. Même et surtout si la déesse économie implose. L’important n’est pas le réel mais le statut. C’était déjà l’horizon univoque en 1848, avec les Ateliers nationaux, où on faisait trimer les chômeurs à creuser des trous puis à les remblayer en les surveillant, contre un bout de pain et un peu de monnaie. Et ça paraissait tellement bien, ce sort, opposé au néant qui semblait déjà être la seule alternative au salariat ou à l’entrepreneuriat, que les dits chômeurs se sont soulevés militairement quand on les supprima ! La boucle est bouclée. Le travail ou la guerre ? Le travail et la guerre, indissolublement liés, voilà le menu du capitalisme, obstinément servi dans toutes les cantines depuis deux siècles. On ne sort de l’un que pour aller à l’autre, ou sombrer dans le néant.

 

Vivre est devenu une occurrence tout à fait obsolète et sans intérêt : ça ne produit pas de surplus, ni d’identité.

 

 

 

coffin turnip

 


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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 19:48

 

 


« La duperie n’est pas du côté de l’évènement, mais du côté de l’attente. »

Cl. Rosset, Le réel et son double

 

 

La recherche de la vraie Titude, pour ne pas dire de la T-attitude, de la légitime, comondit en novlangue néoessentialiste sans en avoir l’air, la quête quoi, la course après soi, reprend de l’actualité. La Parole n’était qu’un hors d’œuvre ; c’est le marché de l’existant, pour ne pas dire pis, qui serait désormais victime non seulement des indispensables méchantEs dominantEs sans la malignité desquelLEs rien ne serait explicable (les bio, ce qui fait bien du peuple et somme toute une sévère portion de réalité), mais encore de porteurEs de « valeurs bidon » - comme si toute valeur n’était pas bidon ! Et que ça renaude, dénonce, gémit. Actionne la caisse enregistreuse à calculer les « privilèges ». Je suis désormais amenée à me dire, vu le souci démesuré des habitantEs d’hamsterlande à se fourrer dans un terrier étiqueté « dominéE », afin de se décerner le droit de récriminer contre des dominantEs ad hoc (sans quoi tout avis, examen, remise en cause relève  du délit d’universalisme, si ce n’est carrément du crime de phobie), amenée donc à me dire qu’on ne voyait vraiment sans doute pas plus loin que notre re-classement possible quand on a transitionné ! Toutes illusions bues à ce sujet. C’est plutôt effrayant. Mais ce qui est effrayant, ce n’est pas tant de l’avoir fait (on se valorise comme on peut au royaume des hiérarchies), que le fonctionnement consensuel et les idées admises qui mènent à privilégier ce genre de cheminement…

 

(« Privilège ». Il y aurait désormais toute une critique spécifique (!!) à mener de ce fétiche de l’exotisation du pire, qui s’est multipliqué comme un virus. Ce qui n’est ni démoli, ni déglingue, ni déconstruit porte le Mal ; il ne le faut pas examiner ni souhaiter mais anéantir. Tout le monde au bouillon. La vérité est dans l’abîme. Plus il y a désastre, plus ce qui devrait être est proche de nous. Apocalyptique. Ce genre de terrassement a été maintes fois tenté dans l’histoire, avec d’admirables résultats d’auto-extermination. Je voulais en causer dans un texte qui est en brouillon, que je n’arrive pas à rédiger, sur cette exotisation du pire. Passons.)

 

En tous cas, là, les méchantEs dominantEs sont les ceusses qui ont effectivement profité de la porte qu’on avait grande ouverte, dégondée, pour venir s’entasser dans le sleeping du genre. Badaboum. On aurait pourtant fait de même à moins. Mais ça proteste. On veut être entre légitimes, les chartes vont fleurir, les double-décimètres sortir de leur fourreau. Après queerland, légitimlande. Décidément on n’a pas fini de visiter les chambres bétonnées du bunker mental où nous nous sommes repliéEs. L’époque est de toute façon aux replis. Le moindre journal en donne les nouvelles quotidiennes. La moindre brochure tout autant.

 

C’est une attitude qui autrefois était plutôt celle des vraies trans, op’ et tout, envers les travs. Qui l’est toujours d’ailleurs, je sais pas pourquoi je parle au passé. Il va de soi que comme pour toutes les définitions et les « groupes sociaux », la part du fantasme de ce que l’autre est ou n’est pas se révèle énorme. Une nana T qui ne veut pas dire si elle est op’ ou pas peut ainsi être décrétée trav’, ce vocable ayant l’avantage de porter tout le mépris et la haine communs aux T et aux bio. Le monde redevient parfait quand il se ferme, et que les grands partis sont d’accord sur les viles anomalies à exclure et à exterminer au besoin. Que toutes les T aient été ou restent un peu trav’, ne fait qu’exacerber la détestation.

 

Ça devient une attitude des néo-trans militantes, généralement pas op’ (plus on se sent en délicatesse envers la norme, plus on cherche des morpions chez ses voisinEs) envers la cavalcade des bimbo en treillis (eh oui, presque toujours dans ce « sens » ; encore et toujours, il y a quand même chez nous peu de mecs qui veulent bien affronter le ridicule, en dehors des soirées profem où on se met en jupe pour se bien faire voir des copines). Bref des nanas comme des rares mecs dont j’ai autrefois abondamment causé et qui se la jouent « un peu trans quand ça m’arrange » ou carrément, pour celleux qui ont de l’estom’, « je suis au dessus des genres ».

Ainsi parlait cet incomparable gendarme qui, une fois, près de Châlon sur Saône, me répondit d’un air pénétré, alors que je lui tendais mon permis en lui mentionnant le hiatus : « Je suis au dessus de tout ça ».

Lui, au moins, l’était sans doute réellement en cet instant.

Eh oui, mais, dans notre monde méchant, et dans notre fascination à chercher la vérité au fond des cratères des pires désastres, il n’est justement pas permis d’être « au dessus de tout ça ». Il faut ramper au plus bas, ou du moins en faire mine de façon convaincante, comme à l’exercice ; sans quoi on est vite soupçonnée de recel de privilège. Et ouh c’est pas bien. Certes, on ne va pas réellement se priver des trucs ou les partager, ça c’est pour les chrétienNEs, et encore, les moyennâgeuXses. Et encore moins essayer d’imaginer un monde qui ne soit pas indexé sur le désastre (bouh, universalisme impérialiste, pour le moins). Nan, mais il faut en profiter avec un air d’amertume, de honte, de même qu’on mangerait le pain d’affliction, qu’on aurait vomi, régurgité un petit peu dans ses pâtes à la marga (vegan !) pour se les rendre acceptables.

Si vous me dites que nous sommes de fiefféEs hypocrites mâtinéEs de torduEs maso, je suis entièrement d’accord avec vous.

 

Bon ; les indécisEs et cumulardEs m’ont, moi z’aussi, longtemps énervée, un peu comme les mecs profems ; notamment parce que, comme ceux-ci, ellils escomptent essentiellement, de l’ambiguité, un bénéfice de conso et de valorisation relationnelle. C’est que c’est la grande monnaie d’échange à genrelande. Ellils m’énervent toujours, au fait. Mais m’énervent également les collègues légitimistes, ainsi que je l’ai déjà quelques fois fait remarquer. Je crois que nous ne valons pas beaucoup mieux, dans nos torves calculs, que celleux que nous vilipendons. Et surtout que nous avons, dans notre situation, une foutue mauvaise grâce pour ne pas dire foi, à dénoncer les libertés et libertinages pris avec la réalité.

 

C’est toujours la fuite devant d’une part « le côté sombre de la Force », comme disait ma marraine. Mais aussi la pedalade dans le chewing gum pour essayer de se tirer du dépiautrage du réel. Mais voilà, le réel se multiplie quand on lui tape dessus pour le casser, et de plus il est collant. Il mue en un océan de chewing gum.

 

Le chewing gum, adhésif et salivaire.

 

L’invocation, la concurrence aux légitimités, est une fuite en avant dans le chewing gum du réel, pour fuir ce dit réel. Ça ne marche évidemment obstinément pas. Mais selon notre louable habitude de toujours recommencer, on se dit que la fois, la foi, suivantes, seront les bonnes.

 

Et il y a en outre un autre problème, qui ne nous est pas propre. Celui d’essayer de remplacer le réel par autre chose, au lieu de le changer (ce qui est nettement plus difficile, mais serait probablement plus fructueux).

 

Nous avons manipulé, tripatouillé le réel ; nous nous sommes tripatouillées nous-mêmes, pour nous transfigurer en ce qu’il faudrait, que ce soit pour le genre, la classe, la race ou que sais-je encore comme fétiches. Nous avons voulu faire dire aux choses et surtout à nous-mêmes « autre chose ». Mais sans sortir pour autant des prétentions déjà en place. Fort bien. Nous avons forcé sur le nominalisme et le constructionnisme. Et voilà que, « toujours déjà », ils nous échappent, ils nous précèdent. Et là nous couinons à l’honnêteté, que ce n’est pas de jeu ! Alors que c’est la logique même que nous avons renforcée, que c’est le mécanisme d’horlogerie que nous avons remonté à bloc.

 

Le drame n’est pas ce que nous faisons ou avons fait, quand bien même ce ne serait ni n’aurait été toujours bien malin. Il y a bien pire et de toute façon c’est. Le drame, ce sont les cocottes minutes entières de sens, de signification et surtout de prétentions que nous y avons accrochées.

 

Nous passons donc une bonne part de notre temps à réclamer sur ce qui serait « vraiment fondé ». Bref à réiterer l’essentialisme que nous avons tant hué, sous d’autres espèces. Et à faire mine de ne pas comprendre que ce qui est déterminant, ce ne sont pas objets mais les attitudes. Et que même attitude, mêmes résultats.

 

Trop tard pour se plaindre. Trop tard parce que nous avons-nous même été trop loin dans l’énonciation d’une part, les expédients matériels de l’autre. Nous avons voulu transformer le réel tel quel, et nous sommes devenues des simulacres. Qui plus est des simulacres restés à mi-chemin, bien souvent. Ce fameux mi-chemin où nous croyions trouver l’échappatoire, mais qui n’est que la moitié du tunnel qui mène d’un cul de sac à l’autre. Nous sommes devenues des multiplications sur pattes de l’inchangé. Moi je dis qu’on a tout bonnement raté notre coup, et qu’il serait honnête de le reconnaître.

 

Eh bien oui, le réel est effectivement quelque peu « binaire ». Mais pas que. C’est surtout que tout ne peut avoir lieu à la fois ; principes d’identité (!!) et de non-contradiction obligent. Mais nous sommes bien mal placées pour aller le reprocher à d’autres d’en faire à leur aise, avec notre patchwork.

 

Nous n’étions pas bien faraudes avec la prédominance du donné, acceptée et reconnue. Mais nous sommes carrément dans la m… avec celle, en tous cas revendiquée, du produit (ou du construit) ; dont d’ailleurs il serait temps de se demander s’il ne s’agit pas, en quelques sortes, d’un trop plein du donné, devenu lui aussi pléthorique dans un monde de production et d’intensité. Un trop plein de donné, de ce que nous avons reçu, que nous émiettons en une multitude de copies.

 

Nous nous sommes jetées à corps perdu dans l’agriculture de l’identité, sans soupçonner qu’elle allait nourrir les charançons innombrables de l’essentialisme et de l’exotisation. Maintenant on y est. Et on ne trouve qu’à s’invectiver, à s’inspecter les naseaux et autre orifices, bref une fois de plus à nous charcler sur la mauvaise réalisation de l’idéal, sur la bonne vieille trahison, même, demain sur les ennemie du peuple… Non mais m…, faudra-t’il qu’une fois de plus on crève, qu’on se conduise à la mort, pour se cacher que c’est l’idéal même, la proposition de base qui est daubée ?!

 

La Tidentité comme percée dans le réel, comme issue (et à quoi ?), comme champ de fouilles pour néo-normes, bref comme nouvelle illusion métanoïaque, est un échec. Le fait même qu’on soit déjà tombées dans les poncifs et les misères de bien d’autres mouvements en témoigne abondamment.

 

La logique d’identités et de rapport de production à ces identités est un vautrage général. On est à plat ventre dans le chewing gum, et la course se fait à l’horizontale, d’ici qu’on ne puisse carrément plus bouger.

La course à l’identité est une course à la dépossession ; l’identité est fondamentalement ce qui est octroyé, reconnu, que ce soit par les institutions ou les idéologies. Et à travers elles. Nous sommes en train de nous dilapider littéralement, moralement comme matériellement, en identités, en efforts pour les faire reconnaître qui nous conduisent toujours finalement à reconnaître nous-mêmes et intégrer les instances de reconnaissance, de production du réel registré. C’est une autoarnaque monumentale et dévorante.

D’aucunEs suggèrent de dépasser les identités. J’avoue que la vieille logique Hégélienne, et sans doute avant elle chiliaste, apocalyptique, de dépassement, me laisse dubitative. Mais surtout, si jamais on doit dépasser ça, il faudrait déjà le comprendre ; et je tiens la thèse qu’on n’y comprend que pouic, qu’on ne fait qu’agir quelque chose à reproduire qui nous échappe. Pour moi, une fois de plus, il serait temps de donner un bon coup de bâton dans les roues de la machine, quand bien même nous en sommes, afin d’avoir une chance de pouvoir jeter un coup d’œil sur la situace.

 

Par contre, le stupide le dispute à l’odieux quand nous imputons les causes de nos échecs ou nos malheurs divers aux « pas bonNEs », aux « pas vraiEs », aux « qu’abusent ». Ça ne préjuge d’ailleurs en rien de ce que je pense des contorsions et galipettes que nous incriminons. Je ne les apprécie pas plus que les nôtres. Pour moi, précisément, il s’agit d’une course et d’une concurrence au même, avec les mêmes fictions, les mêmes formes à incarner. Et quant aux profits et pertes, on est vraiment dans une logique mesquine et rapiasseuse de dividendes, qui est d’ailleurs celle de toute la militance actuelle. Qu’as-tu dans les poches, qu’as-tu dans la culotte, qu’es-tu ? – l’alpha et l’omega du « matérialisme de genre » hérité de Delphy et Cie, recyclage multicolore du léninisme. Merci bien la faillite ! L’ennemi principal, nécessairement incarné, si possible par l’autre ou l’autre en nous ; jamais soupçonné idée qui nous vérole touTEs, ce qui était pourtant la thèse du vieux Karl. Non, non ; il faut pouvoir haïr et, au moins en fantasme, punir.

Si ce n’est pas odieux, puisque odieuXses nous sommes un peu toutes, c’est pour le moins intellectuellement et humainement misérable. Mais c’est principalement stupide, puisque ce faisant nous nous enfermons encore plus, si possible était, dans la logique circulaire de la réalisation et de l’appropriation de l’idée. Et comme ça se passe mal, comme un peu toutes les entreprises de ce monde en dérive, eh ben nous couinons. Et cherchons de nouveaux coupables, toujours plus proches, selon une avidité séculaire à ce genre de solutions. Jusques au syndrome dit « de l’armée rouge japonaise », où nous nous autoflinguerons avec entrain.

 

Pour tout dire, puisque j’ai moi-même amplement patouillé dans cette culture, j’y vois l’expression du ressentiment, de la guerre de touTes contre touTEs, sous-produits de la situation de pénurie qu’entraînent les diverses économies qui nous structurent collectivement et individuellement. L’économie identitaire ou statutaire en est désormais une à part entière, dont les effets rejaillissent sur les autres économies (relationnelles, matérielles, subjectives…). On en est à manifester une mentalité de commerçants artisans mis en faillité par les grandes surfaces. Réelles ou supposées, d’ailleurs On craint pas de sortir de ce paradoxal poujadisme en en rajoutant.

Nous avons simplement suivi, parmi la foule, le repli général de l’économie sur les individus, sur les identités, puisque le reste, ce qui nous mettait au monde, ce qui nous donnait autonomie, le matériel quoi, manque désormais tragiquement et massivement. Nous jouons au monopoly avec les débris recollés de nous-mêmes réduits à leurs plus simple expression. En gros (se) manifester, étaler ses identités, baiser. Et avec une véritable rage, parce que nous sentons bien que l’étape suivante a des chances de se situer dans le néant.

 

L’identité, comme les autres formes contemporaines dans lesquelles nous nous entassons pour nous faire digérer et espérer d’en être manifestées, multipliées, est comme la Justice, caractérisée ainsi par Kafka : elle nous prend quand nous venons, et nous laisse quand nous nous en allons. Et nous en sommes les actrices tout autant que les produits. Une bonne part de nos déconvenues comme de nos impasses vient sans doute de ne savoir, ni de n’oser, tourner le dos aux formes par lesquelles nous convoitons d’exister. Nous craignons de n’être que de tristes nous-mêmes, uniques et dévalorisées de ce fait. Mais est-ce que nous n’avons pas activement appauvri ces personnes que nous aurions pu être, en transférant tous leurs actifs aux statuts et catégories censés les exprimer, et qui les ont bien plus anihilées ? Ce serait un des résultats de la farce matérialiste néo-essentialiste.

 

Ce qui m’épate tout de même, c’est que nous tournons en rond, obsessionnellement, studieusement, que nous ne pouvons pas l’ignorer, mais que nous continuons à en tirer l’étrange conclusion que nous allons quelque part. Alors que nous y sommes déjà, à ce quelque part, depuis longtemps, et que l’affaire serait peut-être de s’en retirer, de tenter de déguerpir. Et cesser de nous ramper en rond après, que ce soit pour nous adorer ou pour nous accuser. Occupons nous de nos fesses, quoi. Et pas de l’image de celles d’autrui. La comptabilité ni l’exotisation, positive comme négative, ne débouchent sur aucune capacité critique. Aucune sortie. Mais il est vrai que se pose la question de qui voudrait encore faire une sortie. Ou refuser de jouer. Ne voulons nous pas juste rentrer dans nos identités, et rapiasser en rond sur leur marché pénurique, au bord du trottoir, en redistribuant répétitivement les badges ? Mesquines, odieuses et surtout myopes. Ah on s’est bien enfoncées, les « T-radicales ». Qu’on ne soit pas les seules n’est que d’une fort piètre consolation.

 

Ce chewing gum nous englue de partout. Mais c’est nous qui le mâchons. Et personne d’autre. Je ne crois pas trop au « dépassement », j’ai déjà du le dire, mais d’une manière ou d’une autre il nous va falloir choisir : ou nous sommes décidées à rester dans ce monde, et alors, ma foi, rien à dire, mais assumons que nous ne voulons qu’une redistribution de l’ordre et du pouvoir. Ou nous tentons d’en sortir – je ne tiens pas du tout assuré que ça se puisse, mais qui ne tente rien… - et cela entrainerait très probablement de rompre avec la logique d’identité, avec le fétichisme de la domination/oppression personnifiée comme eschatologie, explication et horizon du monde ; pour tout dire aussi de nous désengluer de la victimisation et des anathèmes. Se poser aux antipodes de l’acceptation. Ou en tous cas ailleurs. 

 

Y nous faudrait du dissolvant, et la volonté d’en user. La volonté est au reste dissolvante. Comme cette négativité dont nous avons peur comme de notre ombre. Ohé les fem ! Qui c’est qu’a ça dans le tiroir ?!

 

 

 

enterrée vive

 

 

 

 

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 12:37


 

Les articles de presse se suivent comme des chapelets de bouse, qui se touchent une à une par leurs éclaboussures, les « dommages collatéraux » qu’évoquent et impliquent ce dont ils parlent.

 

Ainsi, hier, j’ai fait une crise d’hystérie au café lecture en prenant connaissance, comme on dit, dans un article posé et documenté du Monde, de ce que le ministère de la justice envisageait sereinement que, d’ici 14, soit deux ans et demi, le nombre de détenuEs dans notre charmant pays était prévu passer de soixante cinq mille à quatre vint seize mille (je me demande pourquoi ellils ont pas mis cent mille, histoire de faire le chiffre rond, comme sur les fameuses listes des Grandes Purges ?).

 

Tout bonnement. Le nombre de taulardEs est donc prévu augmenter de près de moitié, en relativement peu de mois. Ce n’est absolument pas rapporté sur un ton d’alarme, ni à l’inverse sur un ton triomphaliste. Ça semble considéré comme une croissance tout à fait raisonnable.

 

Il va de soi que l’article évoque de même une augmentation radicale du nombre de taules et de matonNEs. C’est qu’il va bien falloir enfourner touTEs ces gentes-là quelque part. C’est dingue, il y a quarante ans, on chantait « et de tous ces paysans/ouvriers/soldats, qu’est-ce qu’on va en faire ? ». La réponse est toute trouvée, tout le monde en taule. Purge et repurge de la société.

 

Cette manière calme et sans bravacherie d’annoncer ce genre de chose semble traduire la pensée suivante : « nous savons très bien que le maintien forcené de l’économie, du travail, de l’injonction à relationner, et de toutes ces choses sans lesquelles on ne voit pas très bien où on irait, va susciter une montée exponentielle des brutalités, de la guerre de touTEs contre touTEs, des avidités bavochantes et des folies furieuses ; mais ne vous en faite pas, on a anticipé. »

 

C’est vrai que s’il y a quelque chose qui unit parfaitement toutes les projections politiques, comme d’ailleurs toutes les demandes du peuple, en l’état, c’est le maintien des évidences, jusques à la mort. Bosser, consommer, loisirer, baiser, coupler et provigner. Que cet encasernement autogéré et monstrueux soit l’occasion et le terrain d’un nombre épastrouillant d’atteintes aux biens de tous ordres, puisque tout en ce monde de valeur est un bien, chiffré, la personne en étant désormais également un, fort estimé en cette période de pénurie, ça, ça ne pose question à personne. Au contraire, on va toujours plus se mettre la pression, s’injoncter à tout intensifier, et tous les fusibles qui pètent ont d’ores et déjà leurs bacs à recyclage et leurs décharges ultimes.

 

L’idéal est d’en arriver quand même, et contre toute raison, à une issue ou « ça marcherait » en l’état. Á une mécanique suffisamment huilée pour que l’auto-exploitation s’exerce rigoureusement dans les limites de ce qui est admissible, dans un abattoir si on veut, mais un abattoir médiatisé, de respect et de safety.

 

C’est tout drôle, parce que dans le même Monde du lendemain, il y a un fort piteux article sur le fait qu’on meurt beaucoup en prison. Comme c’est singulier, comme c’est étrange. On meurt beaucoup et même on vit mal dans les institutions que la providence préventive, curative et répressive offre à notre débouché : prisons, mais aussi hôpitaux, maisons de retraite, centres de loisirs. Ben ça alors. C’est pas normal. C’est même honteux. Il va falloir des prisons où on ne meure pas plus que dans le reste de la population, puisque aussi bien l’incarcération est désormais un des multiples modes de vie reconnus et statistisés.

 

Et n’allez pas me dire qu’on choisit sa vie : le choix d’une vie relève à présent de l’exigence déraisonnable, d’une liberté égoïste et suspecte ; d’une asocialité exacerbée. On se doit d’intégrer ses identités et statuts, avec fierté s’il vous plaît.

 

Des prisons où on ne meurt pas. Mais ça aussi on y a pensé au ministère, depuis longtemps. On va supprimer tout objet, susceptible de servir à se mortifier. On va libéralement distribuer les cachetons, aux méchants coupables dedans, comme d’ailleurs aux gentilles victimes dehors (enfin, dehors, bon…). On a pensé à tout. La seule chose, peut-être, qu’on ne pourra pas empêcher, est que les gentes meurent, en quelque sorte, de ne pas vivre. Sans acte, sans maladie identifiée, hop. Ce genre de décès tend à se multiplier dans les couches les plus diverses de la population. La mort des bestioles coincées dans une impasse.

 

Après ça, troisième article, aujourd’hui aussi. Tribune fort bien fagotée de la grande cheffe d’OLF. Sur cet inépuisable réservoir de valeur négative que sont justement les brutalités en hausse, dénommée pour en faire un tout sous le nom quasiment ® de violences. Ah ça les brutalités ne manquent pas, dans le joyeux monde du hors-limites. De l’intensité, de la frénésie pour tout dire. Et pleuvent bien évidemment à seau sur les plus faibles. Ben tiens, puisque la guerre de touTEs contre touTEs et le cannibalisme, médiaté ou pas, sont les conditions présentes et futures du développement individuel comme collectif, on aurait tort de se gêner.

 

La violence est devenue cet étrange oxymore d’une « anomalie qui serait une nécessité ». Anomalie parce que dans le monde de playmobiles des démocrates, ce qui est Mal est voué à disparaître. Nécessité parce que d’une part ça ne fait que croître à mesure qu’on rajoute de la répression et du contrôle, et dans la mesure où une partie de plus en plus massive de l’économie matérielle comme mentale est purement et simplement basée là-dessus. Le secteur des triques et des pansements en tous genres connaît un véritable boom. D’où les agréables prévisions citées en entrée. Et, par ailleurs, ça forme tout unprojet, pour des décennies qui sont désormais sans fin. On va pas s’ennuyer.

 

Ce qui m’épatait aussi dans la dite tribune, c’est le salutaire rappel que les institutionnalistes en question se situent à gauche. Et que le sécuritaire est de droite. Moyennant quoi, on peut réclamer sensiblement les mêmes choses et porter le même projet de société, à quelques babioles éducationnistes près, sans se faire traiter de sécuritaires. Tartuffe, va ! Mais oui, on sait bien qu’à gauche, c’est la safety. Et que c’est pas du tout la même chose.

 

Mais s’il y a bien un truc sur laquelle la gauche est tout aussi muette que la droite, c’est l’autonomie et l'émancipation des personnes. Et la rupture avec les évidences qui collent. Qui parle, de nos jours, de l’injonction à relationner et à jouir pour se sentir exister comme d’un réservoir inépuisable de, précisément, violences ? Nib ! Vive l’amour ! Non plus que du travail et de la production comme d’une destruction de l’humain. Vive le plein emploi et la croissance ! Rendre les corsets habitables, voilà tout le programme. Nous faire rentrer dans la production économique et relationnelle, en ébarbant régulièrement ce qui coince. Les méchants monsieurs et, n’oublions pas, les femmes qui n’en sont pas (infanticides, putes, « à risques »…). Il faut bien dire qu’il y a une zone aveugle de la violence. Si on comptabilise, en à juste titre, les atteintes à ce pitoyable moi qui est tout ce qui nous reste, le rouleau compresseur qui nous entasse et amalgame dans le cul de sac du bien commun, lui, est naturalisé. Fatalisé. On n’arrête guère de voir tomber les feuilles mortes et les cadavres du pâté géant. Mais là on n’y peut rien. C’est le domaine des pansements et des pompes funèbres.

 

C’est un peu la guerre, comme atmosphère. Il ne faut pas être pris par la gendarmerie à piller, violer, trafiquer. Le tourniquet, le poteau, hop. Mais de l’abattoir, juste un peu plus loin, pas un mot. Quid de déserter ?

 

Comme en 14, je vous dis.

 

 

 

enterrée vive

 

 

 

 

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 11:27

 

 

Rien à faire, on chaque jour un peu plus étonnée, si toutefois on y prend garde, de ce qui présente et porte de la valeur, peut être utilisé comme monnaie d’échange et de représentation sur un marché. On suit par exemple les péripéties des « bons d’émission carbone ». Ça semble le modèle d’un nouveau concept : c’est la suppression d’une chose qui produit de la valeur. Cette chose est donc parfaitement indispensable, parce que si elle n’était pas on ne pourrait pas la supprimer, et que c’est précisément cette production inversée, cet acte, qui enrichit la collectivité et fait grimper le PIB.

 

Il y a peu, à suivre le discours sur cette bulle de panique sociale consensuelle qu’on nomme « violence », à toute les sauces, je me suis dite que ça devait suivre à peu près le même fonctionnement. On gagne de la valeur en supprimant la violence, toute violence ; mais de ce fait il faut absolument de la violence. Sans quoi la machine tourne à vide et c’est pas rentable.

 

L'objet, ce ne sont plus les choses, ce sont les processus.

 

Parmi les produits divers et variés qu'on peut extraire ainsi du traitement continu de la violence, de la brutalité et de la haine contemporaines, outre les triques, les fliques, la société carcérale et tout ce qui va avec, et rapporte énormément, il y a la commémoration des victimes. C'est un produit de seconde ligne mais qui n'est pas à dédaigner.

 

Aujourd’hui, c’est le TDoR. Savez, un des ces innombrables jours commémoratifs où on doit aller se lamenter de combien ce monde, dont pourtant nous chérissons le maintien comme le perfectionnement, est méchant et mal intentionné. Là c’est envers les T. Nouzaut’ quoi. Bibiche, même.

 

Déjà, j’ai pas envie du tout d’être « commémorée » si je viens à crever de ma débine, ou, encore plus classe, à être exterminée par les joyeux petits jeunes du coin de tarés où je croupis.

 

Mais surtout, je me suis dite que ce qui porte de la valeur, avec tout ça, dans cette logique, c’est la T morte. Refroidie. Découpée. Dissoute dans un baril d’acide sulfurique. Transformée en abstraction de la plus redoutable et irréparable manière. Consommable, manducable et expresible. 

On la mâche, remâche, déglutit, on en parle, on s’en gargarise, on se rassemble, on édite, que sais-je encore. Demain, certainEs le pétitionnent, on fera venir maires et conseils municipaux devant le monument, avec des fleurs et les horribles trois couleurs ; le cauchemar, jusque dans la tombe !

 

Les commémorations, ce ne sont, et ce pour touTEs les commémoréEs, que l'extrême du pressage du citron, histoire de n'en rien perdre. Nous n'entendons faire vivre personne, ce serait d'une empathie déraisonnable, mais récupérer tout le pressis de la mort.

 

Nan ! Je veux pas être commémorée ! Je veux pas finir dans vos bouches piteuses. Ni dans vos larmes de crocodiles.

 

La T vivante, visiblement, à part pour l’industrie médicale, c’est juste chiant, ça rapporte rien. C'est en travers, ça gêne. Et on le voit bien, quand par aventure on l’est, T encore vivante. On peut admirablement crever, dans une très ordinaire solitude et misère. On vous méprise, utilise, baise, calomnie, trahit et abandonne fort aisément, même avec une espèce d’enthousiasme. De frénésie. Mais dans le respect le plus décidé ; ah, le respect, ça ne se discute pas, condiment obligatoire - respect égale distance, ne le saviez vous pas ?

Que ce soit de la part des bio ou entre T, lesquelLEs peuvent se valoriser mutuellement ainsi. Le marché, l'égalité fondamentale des temps modernes, n’est fermé à personne.

 

Serait-ce pas pour que vous deveniez plus vite la T morte dont on pourra faire les choux gras ? Et sur laquelle on pourra se lamenter et commémorer comme des bêtes ? Vomir de la valeur ajoutée ?

 

Et on en revient à la bonne vieille analyse du père Karl : dans ce monde n’a de la valeur que ce qui est mort, forclos, domestiqué, passé au zyklon, à l’éther, ou embaumé. Que ce soit le travail ou les T.

 

Que crèvent les commémorateurEs ! Ça serait bien si une fois ellils étaient prisEs à leur propre piège, d’avoir joué sur le marché de la mort.

 

 

LPM

 


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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:15

 

 

 

Je me suis tout de suite rendue compte, même avec le cinquième de tête qui me reste, que j’avais comme on dit singulièrement fait l’impasse, dans mon billet sur le « bal des triques et des coups de pieds au derrière », sur ces derniers. Juste mentionnés, comme s’ils n’étaient de rien. Comme si nous étions effectivement de malheureuXses victimes, livréEs poings et surtout pieds liés aux caprices et aux brosses roulantes des voitures-balai. Et qu’il valût à peine de causer de notre privilège, de ce qui nous est propre : le coup de pied au cul.

 

Pourtant, il y aurait eu à en dire, et même à se rengorger (si je me remets à causer à la deuxième du pluriel). Il n’y a en effet rien d’équivalent, sur la planète des bipèdes, au coup de pied dans le cul. On a dit autrefois que la voiture piégée était la force aérienne du pauvre. Mais que dire alors du coup de pied au cul ?! C’est la représaille de tout ce qui dispose de deux patounettes. Et ni de force aérienne, ni de système répressif organisé. C’est le rappel sensible de ce qui entend ne pas disparaître.

 

Mon vieux maître écrivit plusieurs fois qu’en matière d’honneur, il n’est de décisif que le coup de pied dans le cul.

 

Je pense qu’il n’est pas excessif d’estimer qu’outre la délicate question de ce qu’est la personne, son existence, de ce que cela représente d’exister et de choisir, il s’agit aussi ici d’une affaire d’honneur. Je ne parle pas limitativement de la manipulation qui consiste à traiter de maque ou de pantin des maques toute pute qui n’entend pas, ne consent pas à se faire réhabiliter (1), et se charge elle-même de rester libre. Non, l’affaire d’honneur est ici et désormais bien plus fondamentale. L’honneur y touche à l’existence. Nous refusons de nous nier. Voilà le point. Nous refusons même les arrangements et le profil bas. Du genre, je sais pas, extinction du travail sexuel calqué sur celui du nucléaire, dans un monde qui par ailleurs ne changera pas, croissance, énergie, safety, emploi et relationnite aigüe, et à la pérennisation duquel sont engagées nos sauvereuses.

 

On ne se cogèrera pas, ni pour nous réglementer, ni pour nous anéantir. Ni même pour nous encorporer.

 

Si ce n’est pas là une affaire d’honneur ; si notre honneur, notre possibilité de nous regarder nous-mêmes, n’y sont pas engagés, alors je me demande bien quand ils pourraient l’être.

 

Affaire d'honneur, et j'ose le dire aussi de conscience.

 

Et comme on vient nous agripper, nous tirer par les basques et les jupes, eh ben nous on dégaine la réponse, excédée, unique, transhistorique : le coup de pied au derrière.

 

Au derrière. Oui, je sais, cela suppose une certaine gymnastique. Pour se retrouver du bon côté. Ça se fait assez bien. Je me rappelle encore le type odieux auquel j’avais foutu mon escarpin au derche, vers le pont de la Guille ; il en revenait pas, pupuce, que j’aie pu le circonvenir, l’encercler, le contourner si vite. Il en béait d’inquiétude.

 

Pour les missionnaires, on peut aussi leur faire le coup de « Vas y j’te suis ». Et dès qu’ellil l’a tourné, paf ! Et bien le bonjour chez toi, que ce soit chez les cathos du Nid ou les institutionnelles d’OLF.

 

C’est sûr que ça deviendra plus héroïque quand ces humanistes auront foutu la bleusaille à la traîne de nos clientEs, en attendant que ce soit à la nôtre propre. Mais bon, c’est pas d’aujourd’hui qu’on y a affaire, aux bleuEs. C’est ça aussi qu’ellils ont oublié. Elles n’ont encore ni notre vie, ni notre peau, ni nos gambettes. On sait courir devant les bulldozers.

 

Le coup de pied au derrière, au fond, c’est le rappel de la contradiction. Autant de la contradiction « tu me dis un truc, mais je te dis que… », que du hiatus, du vide, du conflit inhérent au réel, de l’opposition irréductible, qui nourrissent la critique. Mais les fantasmes de résolution duquel mènent par contre invariablement aux exterminations. Le coup de pied, le coup de sabot au besoin, rappelle que le monde n’est pas et ne sera jamais un playmobil uni, sauf à nous condamner touTEs. Et que le mal, ou ce qu’on nomme tel, l’imparfait, est une question bien trop sérieuse pour la laisser aux missionnaires. Et que la scission insoluble, comme écrivait Jacob Taubes, de la liberté et de la nécessité, ne se règle pas à la pelleteuse ni au désinfectant. Ne se règle pas tout court. Se vit et ne se nivelle pas ; à chaque fois que l’on tente cette dernière « méthode », la bosse réapparaît ailleurs, plus grosse et multipliée.

 

Oui, ce peut être une réponse circonstanciellement désespérée que le coup de pied au cul des bonnes âmes - et même des mauvaises. Mais même dans ce cas elle se tient, et se tiendra. Elle conservera sa vertu propre. Celle de renvoyer les métastasiques de comment y faut (et pas) faire à elleux-mêmes, individuellement comme en troupe. Ellils auront beau « gagner », « avoir gain de cause », passer le bac à sable de la vie au rouleau, ellils ne pourront jamais nous convaincre contre nous-mêmes.

 

Ni contre nos pieds.

 

Dans leurs derrières.

 

 

 

vieille mule

 

 

(1) dans le programme d’un quelconque raout prohibitionniste, je lis ce soir une conférence sur le « consentement vicié » (à ce que vous devinez sans peine). Consentement vicié. Ah le pléonasme ! J’en ai le diaphragme qui se dudule. Comme s’il existait des consentements pas viciés, pas coincés, pas contraints, pas dans un cadre précontraint quoi, comme je l’ai déjà exposé quelques fois. Un « consentement pas vicié » c’est pas un consentement, c’est une volonté. Mais ce genre de constat est très au-delà des capacités logiques et morales des peigne-culs qui peuplent ce genre d’occasion… Tout ce qu’ellils cherchent à obtenir, ce verbe résume le caractère misérable et puant de l'entreprise, c’est précisément des consentements, à leur encasernement gratuitaire et fétichiste de l'amour.

 


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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 21:23


 

Á mesure que les mouvements pullulent qui revendiquent la bonitude, l’excellence et la place nécessaire d’une identité, d’un statut, d’une passion, il se passe comme un phénomène de vases communicants : ils remplissent le monde, où pourtant on se trouve déjà bien à l’étroit, mais, réciproquement, se remplissent du même monde, de son inertie, des ses fétichismes et idéaux, l’inclusion auxquelLEs est ardemment réclaméE.

 

J’avais déjà remarqué, avec quelques complices, il y a plus de vingt ans, à quel point, jusques dans les luttes et les sabotages, nous incarnions un rôle prévisible. Et même n’existions qu’à condition d’incarner ce rôle, nécessaire à la complétude du jeu. Même quand il s’agissait, écrivions nous alors dans une brochure oubliée (1), de celui « d’extrémistes toujours sur le qui vive ». Et ça en disait long, pensions nous, sur notre épongéité, sur à quel point n’importe quelle attitude registrée permet de, conduit à intégrer profondément, intimement le fonctionnement, aussi critiqué soit-il. Je le pense toujours, et même je crois le discerner quotidiennement.

 

Cela nous conduit aussi à incarner des types, des formes humaines et historiques, à les moderniser et à la multiplier. Plus le mouvement enfle, plus de monde s’y agrège, plus de formes classiques y sont ainsi assumées, par unE ou par autre. C’est notre manière d’être diversEs.

 

Je causais l’autre jour du syndrome de Napoléon, ô combien national. J’avais oublié de préciser que des Napo, même chez les trans, j’en connais quelques unEs. Des institutionnelLEs et des tpdg, des petitEs et des grandEs. Qui sont bien obligéEs de se rencontrer. C’est un peu comme dans ces asiles de fous où, dans les années qui suivirent la mort du vrai Napoléon, on vit se répandre à maints exemplaires des mecs (je voudrais bien savoir si jamais une nana se prit alors pour l’empereur ; qui sait ?!), la main dans le gilet et rêvant d’un petit chapeau. C’était croquignole quand plusieurs se retrouvaient dans le même établissement. Je pense que, plus sages (!) dans leur manie que les petitEs empereurEs de notre féodalité T, ils s’ignoraient.

 

« J’ordonne ou je me tais », proférait encore une fois l’original. Ils s’en étaient souvenus.

 

De nos jours c’est plutôt je revendique et je te marche sur les pieds.

 

Bref on a des NapoEs. Mais nous avons aussi des GuignolEs.

 

Je dis des GuignolEs parce que je n’avais pas envie de dire des Tartuffes, que ça ne me semblait pas d’ailleurs recouvrir exactement le personnage social. Je tiens les figures de Molière pour assez frustes, tout dire. Et nous ne manquons pas de naïveté dans nos magouilles. Mais il s’agit de scène, de monter sur le théâtre, de faire des grands moulinets. Avec il faut le reconnaître quelquefois de l’esprit. Mais aussi du foutage de gueule. Donc GuignolEs.

 

Je dois avouer, j’ai joué mon rôle sur le Guignol T. J’ai moi aussi proclamé « oublie… mais n’oublie jamais… », ce must de la double contrainte intellectuelle et politique qui sévit en surenchère, bien plus qu’en réponse, aux doubles contraintes sociales et stigmatisantes. C’est pourquoi, quand je vois jouée pour la énième fois la tragi-comédie du « séparatisme dans la convivialité », je moufte, je charrie, je piaule dans les vestiaires – mais je me rappelle bien que j’ai tout autant reproduit. J’ai moi aussi été la tortue en plastique multicolore, sur mes petites roulettes, mon petit chapeau de baigneur sur la tête, attelée par une ficelle à la suite de biolande, de féministlande et du restelande, tout en clamant l’irréductible T-itude. J’évite aussi de faire mine d’oublier, comme pas mal d’autres, mon existence pédée. Donc, bon, quand je lis les rodomontades de celleux qui se la jouent à nouveau « séparatiste », en dehors même de ce que je pense de la logique inhérente à la chose, de ce décalque de la souveraineté appliquée aux identités et aux intérêts, je cause en archimouillée et détrempée, croûte de pain pourrie dans les toilettes mal tenues de toute cette histoire.

N’empêche, je tiens que rodomontades ce sont. Et surenchérissements sur les obsessions contemporaines.

 

Attelée. Nous sommes atteléEs. Le Guignol tout entier n’est qu’un immense attelage, où nous nous évertuons à reproduire et réclamer l’identique ajouté, tout en essayant d’éviter, chacunE pour sa pomme, les vraies conséquences de cette séparation sur laquelle nous fondons notre commerce. Bref en nous cannibalisant dans l’entrée des coulisses. Nous ne nous en réclamons que pour en sortir et intégrer l’économie politique, relationnelle, juridique et existentielle. C’est là que je dis que, dans la logique comme dans les petites entourloupes, il y a du foutage de gueule. Mais il y a aussi pas mal de crocs en jambe. Et les moins agiles seront toujours par terre, derrière la porte claquée. Avertissement sans frais. Car ce qui se joue, encore et toujours, sur ce Guignol, ce sont les quotas de l’intégration. Celle-ci n’est qu’à ce prix. Ne le serait-elle pas, d’ailleurs, que ça ne serait guère mieux, cet avalage. Mais là en plus c’est l’arnaque autogérée. Les places sont déjà réservées pour les séparatistes réussiEs sur le grand marché socio-relationnel toujours réunifié, comme pour les Napo les plus coriaces dans les institutions. Il n’y aura que peu de surprise au résultat de celleux qui les occuperont. Juste un peu, assez pour préserver la fiction d’une fatalité.

Nous nous arnaquons réciproquement, tout en basculant dans la même auto-arnaque commune. Les deux !

 

Je ne m’insurge pas du tout « contre » cet ordre de chose, j’ai déjà dit quinze fois que je n’émargeais pas chez les indignéEs. D’aucun secteur. Non plus qu’à l’impasse historique de la « redistribution » des « privilèges », néo-terme pour « bénéfices ». Je signale juste. Et, quitte à être réellement séparéEs, ce qui demande d’ailleurs à être vérifié, et si c’est lié à la t-itude ou à tout à fait autre chose, je suggère une fois de plus de quitter le théâtre, de quitter la défroque de GuignolE, de dénouer la ficelle de la tortue en plastique, et d’aller paître ailleurs. Au désert, n… de la d….se ; au désert ! On ne règlera jamais l’enfer de la distribution si on continue à (se) produire. Ce n’en sera que le rubik’cube.

 

Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter de nous poser des questions, pour continuer à jouer indéfiniment, par roulement, les scènes de l’apparition collective, et particulièrement cette vieille bluette du « je te colle moi non plus ». Vieille manière de se faire désirer par l’agglomérat blasé.

 

Nous sommes d’autant moins des personnes que nous restons des acteurEs. Mais qui a besoin d’être une personne dans le peuple qui foisonne ?

 

Nous sommes de tout. Après touTEs et avant touTEs. De toutes les postures, de toutes les impostures, de tous les mensonges aménagés et vérités catéchisées, de toutes les attitudes, de toutes les crédulités et de toutes les roublardises, pourtant déjà bien usées par nos prédécesseures, leurs échecs, leurs désastres et leurs retours d’enfants prodigues. Nous aussi on y veut jouer. Nous n’avons rien oublié ni rien appris, de même qu’aucunEs des prétendantEs à la légitimité. Nous faisons notre petit tour sur scène, les unEs après les autres, pour gagner nos places au balcon et le monde dont nous sommes issuEs. C’est notre issue et nous n’en cherchons pas d’autre. Déjà qu’il n’y a déjà là pas de place pour tout le monde…

 

Le séparatisme, l’institutionnalisme, le traitement des identités, autant de prétextes. De prétextes autant à nous obnubiler, qu’à celleux qui le mieux surfent à en profiter. Nous en sommes, après bien d’autres catégories qui elles aussi n’ont finalement été formalisées que pour ça, à la T-xploitation. Nous nous exploitons avec ferveur et entrain. Tout doit y passer. Tout doit apparaître.

Ce qui touche à l’arnaque déjà ancienne du « privé » mouliné et redistribué en « politique » pour échoir entre les bonnes mains ; et somme toute d’une véritable pathologie du collectif.

Tout doit apparaître – et consécutivement nous disparaissons. Nous ne sommes pas « les éléments ».

 

Encore une fois, si c’est cela qui, comme c’est fort probable, est voulu, assumons, ne soyons pas cyniques à moitié. C’est se fatiguer pour rien. C’est jouer devant une salle à peu près vide, désertée d’un public semblable à nous-mêmes qui connaît déjà toutes les réparties, tous les coups de théâtre, toutes les retrouvailles finales, et où ne stationnent plus que quelques loqueduEs en rade de conscience. Nous ne jouons plus que pour nous-mêmes, pour nous donner une contenance que personne ne nous réclame.

Cela dit – si nous sommes liéEs à ce monde et à ses fonctionnements structurels (la production de tout, y compris de soi) comme obsessionnels (l’identité et la légitimité) au point que nous ne puissions exister hors, ce que je crois bien possible et à plusieurs titres (physiologique, idéologique…), eh bien effectivement, en tant que T, il n’y a pas d’issue autre : there is no alternative but THIS world. Nous sommes condamnéEs à rester la tête dans le bidon. Mais en tant que T uniquement. Reste-t’il autre chose en nous que nos collections d’identités ? La réponse reste peut-être encore un peu à venir. Je l’espère en tous cas.

 

Ou alors, si on veut vraiment jouer, et autre chose qu’un rôle surécrit, on se barre ! Mais voilà, qui se barre ? Pas les barbie-T, les ken-T ni les napo-T, les quelque chose-T qui ne se referont pas, d’ailleurs « on » ne le leur demande même pas. Á aucun rôle-T. « On » se reconnaît subitement tout à fait autre chose, ou rien du tout, très peu, et les « solidarités T » s’évanouissent. Avec leur matérialisme comptable à deux balles qui n’est là que pour fétichiser le Mal, l’incarner chez d’autres, le pourchasser dans nos sombres recoins, remblayer nos comptoirs ambulants et coudre des coussins aux fesses de celleux qui le mieux performent. Á la poubelle. Hop ! Tant mieux. Plus vite ça serait fait moins on souffrira. C’est cette fiction même qui permet de maintenir l’échelle, laquelle ne mène qu’aux loges du présent.. Retirons l’échelle. L’échelle, c’est nous.

 

 

 

enterrée vive

 

 

(1) Complément d’enquête sur un engagement différé, 1989.

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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