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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 14:44

 

 

Je crois que je suis déjà trop déglinguée et ensevelie pour espérer pouvoir rédiger cette Usine à trans qui me trotte dans la tête depuis quelques temps. Les notes qui suivent en sont un des développements et aspects.

 

 

Dans mes insomnies, je me pose de plus en plus la question suivante.



Nous, on va dire les T, avons, ne serait-ce que par défaut et de fait, parié sur un perfectionnement et une pérennité, un maintien en tous cas, de l'état de choses actuel. Par là, j'entends que nous comptons continuer à vivre dans un monde de relative abondance, où seront produits et disponibles médocs, chirurgie, etc etc. Un monde en même temps (et ça semble historiquement lié) d'institutions politiques représentatives, d'une part, de prise en charge sociale par une collectivité sans visage mais qui concentre les moyens, de l'autre. En gros.
Notre lutte se cantonne à faire en sorte que ce monde nous soit, en quelque sorte, plus praticable et favorable.

Or, je lis le dernier article de mon vieux commensal Jappe
(http://palim-psao.over-blog.fr/article-l-argent-est-il-devenu-obsolete-par-anselm-jappe-87737574.html),
et je me dis - si les prévisions de mes camarades de la critique de la valeur viennent à se réaliser, ce n'est pas tant vers un changement du monde actuel (supposé vers du mieux ou un autre chose vivable) que nous allons, mais vers un effondrement de ce qui le structure depuis plusieurs siècles, à savoir l'économie, le binôme production/consommation, l'accès médiaté par l'argent et le droit aux biens produits en masse. Et cet effondrement ne semble pas du tout, dans un premier temps en tous cas, devoir ouvrir sur du mieux, de l'émancipation, mais plutôt sur de la pénurie, du chaos et de la brutalité. Ce qui est déjà le cas dans certaines régions du globe, plus démonétisées que d'autres.

En outre, il se peut fort, si ça advient, que ça ne dépende en rien des options "politiques" ni des bonnes ou mauvaises volontés des unEs ou des autres, mais tout simplement de l'échec final du type de fonctionnement
global que "nous" avons mis en place depuis longtemps. Bref que ça ne serve absolument à rien de tenter de le maintenir à tous prix.

Et nous sommes dans une situation où une proportion grandissante et majoritaire des gentes, sur la planète, dépendent (pour leur bonheur ou leur malheur) de ce fonctionnement. En france, par exemple, si l'économie vient à se vautrer, la très grande majorité d'entre nous n'aura même pas les moyens de produire sa bouffe ou d'avoir accès à de l'eau potable. je ne parle évidemment pas du reste...

Et pour nous, spécifiquement, les T ?

Nous avons quand même construit, rah, comment dire ? notre apparition, notre existence dans le monde, on pourrait même dire la manifestation de l'idée qui nous forme, à partir de la supposée malléabilité factuelle du genre, en bonne partie, sur la disponibilité de produits (hormones) et de services (médicaux). Si cette disponibilité venait à se restreindre énormément ou à disparaître, en quelque sorte, nous disparaîtrions avec. D'autant plus que c'est sur ce substrat physiologique que nous comptons beaucoup pour faire exister la thèse vivante que nous incarnons...

Cela fait un moment que je rumine là dessus. Nous sommes à peu près intimement, quelles que soient par ailleurs nos options politiques et sociales, dépendantEs à l'économie, et à la production/distribution de masse. Je me rappelle très bien, pour ma part, avoir assis une partie de ma décision de transitionner, il y a des années, sur le prédicat que "je mourrais dans un monde inchangé, donc que c'est moi qui allait me mettre en marche". Ce prédicat me semble bien moins certain aujourd'hui. Et, comme je dis plus haut, je crains non pas un "changement", mais un crashage.

Ce qui m'amène aussi à penser, évidemment, à comment et dans quel « environnement », interne comme externe,  nous nous sommes construitEs. Pour moi, nous nous sommes, au moins en grande partie, bâties sur le schéma de base de ce monde : la production. Nous avons intégré les possibilités de production pour nous produire nous-mêmes, en quelque sorte.
Dans un autre état de fait, nous aurions pu aussi exister, je pense, mais foncièrement autrement, et pas sur les mêmes bases ni les mêmes modes ; et pas avec la dépendance économico-technique. Enfin peut-être. C’est l’option optimiste. Peut-être aussi n’aurions nous pas pu exister, en tous cas comme « groupe social ». Et tout cela, dans les deux cas, pose la question : que sommes-nous, en fonction de quoi, et qu’allons-nous devenir.

 

Je crache vite le morceau : j’étais déjà dans l’inquiétude que le genre comme exutoire et la transition comme « solution » ne virent au désastre humain. Mais si le désastre général advient, là c’est plié dans une toute autre envergure.

 

Et je crois aussi que notre rapport moral, existentiel à nous-même, est aussi un rapport de production, lié à un monde focalisé dessus. Le genre est devenu une unité de production. Il eut pu être autre chose (?). Ce qui crée une double dépendance à la survie de ce monde.

 

Et j'en reviens à la question déjà posée : si la situation vire à l'effondrement et peut-être à une certaine barbarie, déjà d'ailleurs bien engagée dans les comportements, on fait quoi ? On survit comment ? Matériellement d'une part, socialement de l'autre ?

Et cela va jusques à la question : que sommes-nous, en fait ? Il m'est déjà arrivé, depuis deux ans, d'aller jusques à dire "nous sommes des produits". Pas pour nous déprécier ou nous condamner moralement, mais par notre situation. Nous ne sommes pas les seulEs. En fait, j'aurais tendance à dire plus précisément, par notre dépendance à un monde de production, et notre itinérance surtout à travers un schéma, un rapport de production envers nous-mêmes (structuraliste), nous sommes proportionnellement, en nous-même, peut-être plus produits que d'autres. En fait, c'est une question épineuse et qui reste à débrouiller. Comme toujours, je suis sur un point de vue conséquentialiste : si le monde de la production et du « social intégré » vient à disparaître, plus ou moins généralement (impossible de savoir jusqu'à quel point), qu'est-ce qui restera, et qui restera, en quelque sorte, soi-même ? Et dans quelle proportion ? Je ne sais pas si j'arrive à me faire bien comprendre. Je sais aussi que c'est une approche qui a ses faiblesses (elle suppose un "réel de base" dont l'ampleur se discute - mais je suis sur la position qu'il existe une réel indépendant des "constructions"). N'empêche, je pense que, par notre rapport à nous-mêmes comme par notre situation matérielle, nous sommes des produits, et des produits fragiles.


Et - question subsidaire qui traîne à la queue de tout ça : n'existons nous que par ce monde przsent, quoi que nous en pensions par ailleurs ?

 

Je tiens en tous cas comme hypothèse que dans le cas de culbbute du monde de la production, technique comme morale, nous, les T, disparaîtrions probablement en tant que ce que nous sommes, que le processus qui nous fonde, actuellement ? Question, pourrons nous continuer à exister
sur d'autres modes ?

 

Qui et que sommes nous n’est pas qu’une question existentielle ou théorique. De sa réponse pourrait bien dépendre, prochainement ou moins prochainement, notre devenir et notre vie.

Je sais que cela peut paraître "apocalyptique", comme point de vue. J'ai tendance moi-même à penser que le capitalisme et le monde qui en découlent en ont encore pour un moment. Cela dit, je tiens la thèse que ce même capitalisme porte en lui, profondément, la dissolution de tout commun humain et la guerre de touTEs contre touTEs. Et que ce n'est pas vraiment maîtrisable.
Et comme nous ne nous sommes (là je parle très largement de toute la pensée politique depuis des décennies) donnéEs comme horizon que son amélioration, son nettoyage (sans doute illusoire) des vilaines dominations et inégalités, etc. ben nous n'avons par contre anticipé en rien une éventuelle mise au fossé. Et d'ailleurs, anticipée ou pas, comme j'ai dit plus  haut, notre dépendance individuelle comme collective à son fonctionnement est telle que nous ne pourrions pas échapper aux conséquences de son effondrement.

 

Et si nous ne pouvons survivre qu’au sein de ce monde que nous contestons, je pense, à bon escient, même si pas forcément avec beaucoup de conséquence, qu’en est-il de nous, encore une fois ?
 

Plume

 


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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 11:19

 

 

La petite murène, dans le tombeau branché où elle s'est elle-même malencontreusement ensevelie, reçoit régulièrement, avec un mélange d'amusement et d'ennui, les communiqués de Trans Aides. C'est assez comme la mouche du coche, dans La Fontaine ; dès qu'il se passe ou ne se passe pas quelque chose, TA se fend d'un immense communiqué pour montrer à quel point elles sont à l'origine ou à l'aboutissement de tout ce qui peut plus ou moins concerner les T dans ce fichu pays (et peut-être même un peu en europe). C'est semble-t'il leur activité la plus visible, avec une participation résolue à la bousculade commune de touTEs les angoisséEs de l'institutionnel dans le sillage de tout ce qui a la mine de détenir une once de pouvoir décisionnel à Paname. Rien d'exceptionnel, quoi, dans notre paysage. Beaucoup misent sur cette tentative d'intégration.

Ce matin, LPM a carrément l'excellente surprise (pourtant nous sommes diamétralement à l'opposé du 1er avril), de trouver la ronflante déclaration selon laquelle, "devenue la première association transgenre française", elle se débaptise, et, comme Napoléon (décidément en france tout ramène à ce cinglé rationnel), se pose sur la tête la couronne qui la sacre "association nationale transgenre". Rien de moins. Après tout, hein, pourquoi pas ? Bien bêtes seront celles qui iront les leur disputer, cette couronne comme cette primauté, mais ça fait amplement rigoler toute personne qui a quelqu'expérience de la concurrence que se livrent la plupart des associations revendicatives, ici et maintenant.

 

Ah, cette passion "d'être premières", de "représenter la majorité", quoi. D'avoir le listing le plus fourni, de supposés pseudopodes dans le plus grand nombre de provinces, enfin bref toutes ces choses qui obsèdent les dirigeantEs effectiFves ou impétrantEs d'icelui pays depuis la Révolution. Représenter, contrôler, guider.

 

Syndrôme de Napo ou de Robespierre, selon les options de détail.

 

Il leur serait bien temps de former un gouvernement. Et, tant qu'à faire, de demander leur adhésion aux instances internationales.

Ca rappelle divers coups de mégalomanie dans les mondes organisationnels féministe ou lesbio, dans des temps plus ou moins anciens ; le dépôt de la marque MLF par Fouque et consortes, ou l'érection de la Coordination nationale lesbienne (qui n'a, elle, même pas l'excuse d'avoir enfanté une maison d'édition !).

 

On n'est pas les seules à avoir les neurones qui s'affolent à l'odeur du pouvoir, si illusoire soit-il, quoi.

 

Je ne sais pas si ça rassure, d'ailleurs. Et ça ne console guère.

 

Patriaaaaa.... Encore une fois, démonstration que les formes survivent aux dominants fétichisés, et que le balai ne suffit pas, n'a jamais suffi, ne suffira jamais. Mais 'oilà, avec un "matérialisme" essentialiste qui vise juste à s'asseoir dans les mêmes cases, également et fièrement, on n'est pas sortie de l'auberge.

 

Au reste, je doute qu'on en veuille sortir, quand bien même le toit menace de s'en effondrer. La pitance y est tellement addictive !


En tous cas, dès qu'il y a du "national" dans le discours, c'est qu'il y en a une qui pète un boulon dans une des multiples féodalités que constitue notre paysage militant et associatif. Vu le peu de conséquences réelles, ça peut distraire dans l'agonie.

 

 

enterrée vive

 

 

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 10:52


 

 

Grandes engueulades sur les légitimités, comme d’hab. Qui peut l’ouvrir, sur quoi, comment, etc etc. Le légitimisme piétinant. Ça s’en va et ça revient, comme dans la chanson éponyme. Ça revient surtout et ça s’installe partout. C’est devenu même une des grandes causes du casuisme moderne, où l’accord sur les dogmes est massif, et où toute l’énergie passe en controverses sur leur réalisation. Qui fera mieux que l’autre ?! Et combien nous devons nous contorsionner, quand ce n’est pas nous sectionner, pour rester dans les clous de formes tordues, auxquelles il arrive de carrément s’auto-contredire ! Ça c’est la discipline favorite à hamsterlande. Des fois c’est une vraie performance à contempler…

 

Toute ressemblance avec diverses situations historiques, quelquefois fort anciennes, n’a rien de fortuit.

 

Là c’est au sujet de la Parole, une des grandes monnaies d’échange et de thésaurisation qui ont cours actuellement sur le marché politico-existentiel.

 

Prise de bec au sujet d’une émission « féministe et de genre », toute aussi répétitive que les autres émissions militantes, qui s’évertuent avec succès à ne surtout jamais déranger les consciences ni des auditeurEs, ni des speakeurEs. Comme toute émission de quoi que ce soit, au reste, ou à peu d’exceptions. Mais il y en a qui s’en vantent, et d’autres qui se vantent de l’inverse. Si tromperie il y a, elle est plutôt là.

 

Au mieux, ou au pire, l’émission en question, un chouïa plus cynique dans l’asservissement au consensus que la moyenne du genre. Et qui porte fort mal son titre, lequel eu pu valoir un programme, stupidement offert, par celle qui vous cause, dans une de ses dernières convulsions participatives. Mais ce sont là broutilles dans le naufrage politique et intellectuel.

 

Fraude sur le marché de la Parole, clame-t’on (ah, non, chez nous c’est « abus », c’est vrai).

Et mon œil ; depuis quand peut-on frauder la daube ?! Là, c’est un peu pupuce qui se fiche de pupuce. Qui lui a chouré pupuce. La zizanie dans l’identité, quoi.

 

Pupuce, ici, c'est la Parole, et les porteurEs de Paroles, elleux-mêmes Parole. Pupuce partout.

 

Mais bon. Que cellui qui n’a jamais, hein… J’ai trop applaudi, servi, nourri d’aberrations et de crapuleries dans ma triste vie en queue de poiscaille (!) pour ne pas m’en souvenir… D’où j’parle, hein ? comme on dit en novlangue. Je vais donc parler non des gentes mais de la chose.

 

Cela dit, dans ce cas, la chose, c’est nous. Et nous sommes la chose. Épineux.

 

Le marché de la Parole : elle est légitime, ma Parole, elle est légitime ! Ça me rappelle les sympathiques harengères fort redoutées lors des soulèvements parisiens. Et dont la faconde était célèbre sous l’ancien régime.

Mais voilà, comme à chaque fois que quelque chose est devenu fétiche collectif, la question posée revient à qui a le droit, la légitimité, d’en user, comment, et en engueulades sur le niveau de chacun chacune tout au long de l’échelle qui monte vers le ciel du bien, ou descend vers l’enfer du mal.

 

Ça se bouscule, récrimine, dépiaute, concurrence autour de la chose évidente et incritiquée. La légitimité certes, mais, finalement, je m’en rends compte, le statut de plus en plus sacré de la Parole, qui tend à occuper, comme une bouche géante, tout l’espace du manifesté. Et à l’occuper en tant que telle. Je Suis la Parole, je suis porteuse de parole (je suis statutaire ou citoyenNE, et productrice, quoi, en somme et finalement). Donc ce que je porte doit avoir place, point. C’est la fétichisation de la parole en Parole qui engendre l’obsession de légitimité. Que celle ci soit « matérialiste », c'est-à-dire néo-essentialiste, attribuée aux groupes sociaux eux-mêmes fétichisés, poupées vaudou bourrés de bien et de mal, de paniques et d’espoirs, ou à l’inverse décrétée universellement valide par son statut propre et décernée aux Moi en déroute, touTEs égalEs dans l’insignifiance dépossédée – la Parole Citoyenne et Démocratique.

La première est plus hamsterlandienne, spécifique et militante ; la seconde sourd de toute la bonne volonté participative, invasive au besoin. D’ailleurs, quand les deux se heurtent, ça fait des étincelles. Et ça permet de croire un instant à une opposition réelle, qui est plus vraisemblablement une concurrence parmi d’autres dans la réalisation du même.

L’autre n’est pas plus pertinente que l’une. Et je comprends infiniment les énervements, dont je fus une grande pratiquante, et quelquefois encore, devant les impudentes imbécilités de celleux qui prennent la place d’autrui pour prouter leur Moi omniscient. Mais voilà, puisqu’on a tout confié à la Parole, qui est par définition immatérielle et in-différente - et puisqu’on a proclamé que les places, c'est-à-dire les ex-personnes, nous réduisons à une suite d’identités et d’aléas sociaux évaluables - ben ce genre de situations n’en peut être que facilité… Une fois de plus, on se plaint de ce qu’on a résolument provoqué. L’imposture, le sans-gêne, sont la vérole pandémique du Paroli durable. 

Pour ça qu’il y a de certaines indignations, qui feraient bien de s’interroger elles-mêmes, avant d’aller porter le fer de la justice sur leurs concurrentes…

 

Dans tous les cas de figure, je crois qu’il s’agit pour les susditEs sujetTEs de s’autoproduire, via la Parole, usine omniprésente. Les gentes, sociologues en tête, qui semblent trouver ce monde extraordinaire et indéfiniment perfectible, n’y voient rien à redire. Pour ma part, j’y vois le désastre de la réduction de tout et de touTEs à des produits. Production/consommation, rien ne doit y échapper ; la Parole est à la fois usine et marché.

Elle est même devenue besoin, ce « produit au carré » selon Anders (1), nécessité des plus emblématiques du monde de la privation abondante. Produit par lequel nous passons, comme par les trous d’une passoire, pour devenir ce que nous devons être, et rien de plus – ni de moins, surtout pas de moins ! Le moins est banni, le plus sujet à justification. Nous peuplons l’empire du moindre mal et de la portion congrue.  

 

Se profile partout dessous le Moi, ce moi complètement dépossédé et mutilé, ce reste de la personne et du rêve de sujet moderne, ce moi qui ne parvient plus, comme s’il clamait des profondeurs, qu’à se faire Entendre – et Reconnaître. Écoute et reconnaissance, ces fantômes d’existence…

D’où la bousculade sur la scène toujours trop étroite des manifestations de ce moi, de ce sujet qui cherche à la fois l’égalité formelle et la diversité, l’idéal des marchandises, pour quand même apparaître, comme le fantôme qu’il est.

D’où les ratiocinations sur qui détiendra le plus de légitimité, puisque l’égalité formelle basée sur des abstractions passe son temps à re-produire de la hiérarchie. Elle n’a pas trouvé d’autre moyen de s’inscrire et de se manifester, de faire semblant d’avoir une épaisseur. Bref, la concurrence, le marchage sur les pieds, l’imposture et l’impudence à parler pour autrui, la fameuse invisibilisation etc. sont les conséquences nécessaires et inévitables de la rage à réaliser, incarner, s’arracher réciproquement et porter le saint-sacrement contemporain. Pour y voir clair, il faudrait déjà cesser de s’attrouper.

 

La Parole, ce n’est bien sûr pas le simple usage de la parole, le fait de parler, de discourir, de médire, que sais-je encore, toutes ces possibilités. Non, c’est comme pour le dédoublement de bien des choses dans le monde moderne (voir la critique du travail) ; la parole devient Parole lorsqu’elle énonce et se pose en traduction autorisée, partout valable (ayant cours, comme une monnaie, encore une fois) de ce Moi paniqué, du sujet. Et que son objet est de placer ceTTE moisujetTE bien à sa place, bien en vue, sur le marché, sur la scène où nous jouons jusques à la mort. Que moisujetTE soit bien là où il faut, bien reconnuE, prisE en compte (primordial, le compte doit y être !), incontournable et indépassable. La parole sert à parler, la Parole sert à être là, à n’être pas oubliéE dans le grand frichti. Á déposer le statut sur pattes qui nous tient lieu de justification. D’autor et avec garantie mutuelle. Enfin, dans l’idéal – la réalisation est plus bordélique. Mais l’important, c’est que la Parole soit, par principe, révérée. C’est à peu près tout ce qui reste de chance pour se sentir être à la plupart de nos débines.

 

La Parole est tellement clivée de la parole qu’elle l’écrabouille littéralement, avec le langage et la compréhension, pour ne pas dire même l’intelligence, au vieux sens de communauté intuitive entre les humainEs. Elle est unidimensionnelle et univoque, elle n’est plus même vérité, elle est, tout court. Elle est incontestable. Il est malvenu, mal vu d’y trébucher sur des incohérences ou des impossibilités. Il nous les faut franchir en bondissant, au contraire. Les plus zéléEs volettent par dessus.

Elle s’impose, comme s’impose le monde que nous n’imaginons plus même fuir, et auquel nous voudrions juste trouver quelques aménagements. Que ce soit volontairement ou malgré elle. Il n’y a plus de profondeurs, de chausse-trappes, de mensonge. Plus de doute et d’équivoque. Par son statut même, la Parole n’est qu’affirmation. Elle verse même souvent dans la tautologie. C’est qu’il nous faut un monde safe, et un monde où la Parole aurait des recoins ne serait pas safe. Peut-être même irrespectueux.

Or, les temps de grandes affirmations ont souvent été ceux de folies rationalisées et d’exactions innommables.

 

La Parole se balade désormais toute seule, forte de notre énorme croyance, de notre participation sans arrière-pensée, écrasant ce qui a quelque épaisseur, et la malchance de se trouver sur son passage. Quand vous voyez poindre la Parole, sauvez-vous, si vous le pouvez ! Même si vous lui avez délégué votre voix, elle ne vous en saura nul gré et ne vous en marchera pas moins dessus. Pas d’illusion ; une divinité n’a rien à fiche de nos contingences de mortelLEs. Et, comme pour toutes les abstractions réelles, ses effets sont tout à fait matériels. Définitifs.

 

La Parole illustre le degré présent de décomposition des personnes dans la représentation. Elle est devenue une des monnaies du marché des sujets sociaux. Nous croyons en user, et ça fait un bon moment que nous ne la maîtrisons plus. Nous sommes obligéEs d’y passer.

 

La Parole perd tellement de signification, qu’elle finit par se mêler de plus en plus intimement à un autre caractère sonore de notre époque, le bruit. Nous sommes réduitEs à bruire.

 

Pas par hasard que la militance et autres lieux de l’insatisfaction modernes, comme la psy, sont des endroits privilégiés de production comme de recherche de Parole, de Moi- ou de Nous-Parole. On y vient même souvent pour cela, comme on irait dans une zone de développement pour trouver du boulot. Il arrive même qu’on puisse y être déçuE, quand on en fait vraiment trop et que les autres vous rembarrent. Ah, l’espace de la Parole, qui, bien sûr, est toujours trop étroit. La Parole est comme la Valeur, elle excède toujours la réalité. Ça finit fatalement par se marcher dessus.

 

La Parole nous constitue en exactement ce qui correspond au post-modernisme économico-politique avancé, avarié, institutionnel, soucieux et soigné, à la dissolution du commun et du réel, au morcellement en autistes hargneuXses et revendicateurices, isoléEs ou aggloméréEs. On finit même, prioritairement aux choses, bénéfices, etc. à réclamer la Parole (avec sa sœur l’Image). Les drama les plus cocasses en surgissent. C’est comme le fric, tant qu’il y aura de la Parole, avec le grand P, il n’y en aura jamais assez pour tout le monde. De légitimité non plus. Par principe, ces richesses boursouflées de vide créent une pénurie inimaginable. Une pénurie de nous-mêmes, auto-vampiriséEs, et qui ne pourrons jamais nous remplir avec les monceaux d’absence médiatisée que nous avons produits à partir… de ce même nous-mêmes.

Pire : la Parole fait disparaître, littéralement, ce qui cherche à se manifester à travers elle ; c’est le destin de tout ce qu’on essaie de placer à valeur égale, sur un plan en dernier ressort fictif. Quand ce n’est pas victime du cannibalisme de la bousculade, ça passe dans l’indistinct et, au final, l’inexistant. Bouffé par l’abstraction qui affirme égaliser, et qui néantise, ne sachant d’autre voie pour y parvenir.

 

Enfin, last but not least… la Parole sacralisée, comme les vestales, est autant à son large que ces dernières. Enfermée dans le temple – et nous sommes touTEs le temple, à la fois unique et démultiplié. Surveillée et évaluée. Il n’y a pas discours plus pauvre, rôlé et répétitif que celui d’une parole devenue valeur sociale et représentation des vivantEs, avec les enjeux qui vont avec. L’instrumentalisation à son comble sous l’étendard de l’autonomie. Plus la Parole est décrétée autonome, plus elle est contrainte, contrainte à servir nos illusions et arnaques. La Parole est injonctée libérée, après pourtant bien d’autres démonstrations de cette antiphrase qu’est la libération. Gare à qui ne le sera pas ! Rien de plus discipliné, de mieux autocensuré qu’une Parole déclarée Libérée. On en attend tellement, s’agit pas qu’elle déçoive…

La morneté incroyablement répétitive, autocensurée, limitée jusques dans les sujets traités, des productions militantes en est une conséquence qui ne peut que laisser amère ; elle fait une triste concurrence aux automates de la mesquinerie ressentimenteuse et fréquemment abrutie qui peuplent forums, listes et commentaires.

Mais voilà, quand on veut un monde sans Mal, univoque, et même, finalement, un Monde tout court… Totalité du bien, de la gagne, de la safety et toute la ribambelle des désirées… Que tout le monde soit contentE, heureuXse. Un bonheur insoutenable. Ce qui n'empêche d'ailleurs nullement de s'entrepiétiner, suriner et abandonner, bien au contraire - chacunE pour Soi et l'institution de Procuste pour touTEs. "Universalistes" et "anti-U" pêle-mêle.

Eh bien on en a les conséquences, qui prennent la plus grande part. Les fameux faux-frais. Les conséquences de l’impossibilité. Les conséquences de vouloir ce qui est déjà à l’œuvre, en croyant que c’est l’inverse et en rêvant que ça puisse aller ailleurs que dans le trou où nous sommes. En un mot, Nemesis.

 

Ce à quoi on pourrait s’attaquer, en cas de rupture de l’auto-envoûtement, c’est à la notion même de légitimité, et à celle de la Parole, la première structurant l’autonomie de la seconde (au sens originel du terme, elle devient son propre principe autojustifiant, comme la marchandise, par exemple), laquelle anéantit personnes et réalité. Le contenu compte peu, ce qui compte, c’est qu’elle soit reconnue Parole, ectoplasme qu’exhalent nos baudruches sociales. La Parole se comporte exactement comme tout ce qui devient valeur, elle échappe au contrôle et nous investit comme si elle était nous-mêmes – avec ses lois et déterminants.

 

Une possible émancipation, si ce terme suranné, aplati au rouleau à pâtisserie des libérations, c'est-à-dire en novlangue des intégrations, si donc ce terme parle encore à quelquEs unEs, passe probablement par le déboulonnage de nos idoles intériorisées. La Parole, avec son grand P, en fait désormais partie.

 

Et on pourrait alors recouvrer, qui sait ? l’usage du langage, cette périlleuse invention. Avec tous ses imprévus. Son manque rédhibitoire d’assurance. Ses entourloupes. Sa connaissance dissolvante de l’abstraction. Ouh là là, rien que d’en causer j’ai le vertige. C’est ça quand on admet de ne pouvoir tout prévoir et maîtriser.

 

Pasque bon, on a beau vouloir nettoyer, le réel ne se soigne pas. Et retoc.

 

 

 

enterrée vive et dommage collatérale (qui sont dans une même décharge)

 

 

 

(1) « Pour que les produits trouvent leur compte, c'est-à-dire pour que la production suive son cours, il faut produire un autre produit – un produit au carré – et l’intercaler entre le produit et l’homme : ce produit s’appelle le besoin. »

Günther Anders, L’obsolescence de l’homme.

 

 

 

 

 

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 22:03


 

Eh ben.

 

A-no-so-gno-sie, me martèle le dictionnaire. Les dictionnaires, c’est bien, mais uniquement si on se souvient encore des initiales du mot. Sans quoi (bon, je sais, il y a le dictionnaire analogique, etc…).

D’ailleurs ça fait bien longtemps – mais est-ce que ça ne s’est pas multiplié au cours de ma dégringolade – que j’ai ces trous soudains, le mot qui manque ! Sueurs ! Panique ! En plus souvent un mot assez usuel.

 

L’ano je sais déjà plus quoi, donc (j’ai toujours été rétive, bien que cultivée, au vocabulaire médical) est le fait de ne pas se rendre compte à quel point on est malade, diminuée, cacochyme, démente.

 

Chalamov, distancé de la mort quasi-certaine qui le suivait pas à pas à la Kolyma par une intégration au corps des aide-médecins, décrit ainsi ces zeks qui arrivent mourants au poste sanitaire, mais ne s’en rendent pas compte et simulent avec ce qui leur reste d’entrain une quelconque maladie ou blessure, pour parvenir à échapper au travail meurtrier ; alors que le regard du toubib, lui, voit déjà que le crevard n’a quelquefois plus que deux ou trois jours à vivre. Et que c’est tout simplement d’épuisement qu’il va mourir.

 

Comme quoi le merveilleux monde contemporain, qui fournit en masse travail, idées, maladies, prisons, etc. est un vaste champ pour l’ano- zut !

 

Vu comme je me porte, c'est-à-dire ne me porte plus du tout, depuis quelques années, glisse dans un long boyau d’inimaginable, de stupéfaction paralytique devant mon autodestruction, je me demande si je n’en suis pas atteinte.

 

Mais pour être atteinte d’ano coin coin, il faut nécessairement être préalablement atteinte d’autre chose. Dans mon cas précis, je penche pour la dégénérescence, oui, la même que je perçois de plus en plus largement chez mes contemporainEs. Un début d’alzheimer. Ou tout simplement un immense dégoût de soi, de ce dans quoi on vit, de ce qu’on accepte d’y vivre. Qui d’ailleurs à mon sens peut provoquer ou du moins précipiter la démence.

 

C’est chiant l’anonononie, parce que ça empêche assez vite de prendre des mesures radicales pour se débarrasser de soi, ou de ce qu’il en reste. Je songe avec tristesse à Cioran, qui était bien décidé à se flinguer, mais qui bascula dans l’espèce d’indécision apathique qui caractérise le truc, et mourut pitoyablement, comme cela va arriver à la très grande majorité d’entre nous. Des fois, j’en viens même à relativiser mon jugement sur des morts violentes et prématurées. Ça me foutait en rogne extrême contre les idéologies qui les incitaient, mais quand je vois où on finit, et de plus en plus tôt, ben… Je sais plus… En fait je n’en aime pas plus les idéologies sacrificatoires pour ça, mais je me dis qu’au moins elles ont fini entières. Enfin façon de parler.

 

Après, est-ce que c’est ça qui est à souhaiter ?

 

Car, encore une fois tout est dans les conditions. Enfin, sinon tout, du décisif tout au moins.

 

En effet, je vois que je suis en train, si je fais abstraction de ma logorrhée scripturaire, qui de toute façon tourne en rond parce que je n’ai plus le courage, l’organisation mentale et la capacité nécessaires à écrire ce que j’aurais vraiment voulu écrire, eh bien j’en fais donc abstraction, je deviens petit à petit aphasique. Je ne sais plus rien dire à celleux qui furent mes proches, et je m’en isole. Rien à donner, rien à dire…

 

Il ne me reste qu’une aigreur sordide et une malveillance que j’ai voulue opposer à celle dont nous faisons socialement et collectivement preuve, mais sans les moyens de. Je me vois déjà terminer comme cette mémé dont on me parla autrefois, qui avait tout oublié, jusqu’à son nom, tout sauf son racisme impénitent. Terminer donc dans une acrimonie sans bornes, marmonnant de vagues insultes quand je croiserais quelqu’unE à moins de vingt mètres (et même à plus). M’abêtir dans une obstinée détestation.

 

Ânonner.

 

L’anonenanie positive, c’est quand on arrive à oublier une bonne partie du temps qu’on se déteste soi, d’abord.

 

Bon. Donc, après tout, finir aigrie et débile, donc, comme je dis, c’est une question de conditions. Si j’avais toujours une petite maison, indépendante et isolée, je me vois très bien périr petit à petit, engluée en une sorte de béatitude de fureur et d'impotence, dans mes déchets et mes déjections, les extrémités mastiquées par mes chatTEs affaméEs, traînant mon impayable silhouette de travelo décati, coulant, faisant sur lui, jusqu’à la camionnette du compatissant boulanger qui compterait les sous dans mon porte-monnaie et se retiendrait de propos désobligeants.

 

( C'est en effet sous cette espèce, remarquait une de nos doyennes dans un texte que j'ai perdu, que nous finirons, f-trans, pour la plupart. Graisses fondues et angles réincarnés. Que nous nous récapitulons, en quelque sorte. Autant ne pas se le cacher.) 


Je dirais même que, si on admet que la dégénérescence et une probable anognagna nous sont promises massivement, au vu de nos vies matérielles et morales, ben ce serait encore une des plus belles manières de finir. Loin des longs séjours. On pourrait même appeler ces derniers chez-soi des courts séjours. Comme il y a les courts bouillons, pour les homards*

 

 

 

LPM

 

 

* Je dis ça, c’est sans doute n’imp’. J’ai jamais mangé un homard de ma vie et ça ne se cuisine certainement pas au court-bouillon. .

 

 


 

 

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 13:11

 

 

 

Il y a des petitesses qui appartiennent à l’époque. Comme celle d’interdire factuellement et légalement de s’occuper de soi-même (de ses fesses, comme je dis souvent). Pour autre chose, en tous cas, que déférer aux injonctions à consommer, jouir, participer et s'esbaudir. Pour des vilaines choses négatives, pas productrices de valeur pour un sou. Et néanmoins, si ce n'est conséquemment, bougrement importantes. Par exemple se tuer. Ou avorter.

Dans les deux cas, d’ailleurs, la petitesse s’infiltre, se tuyaute, goutte à goutte, en commisération, dans des lois ou projets de lois de tolérance. La Vie est sacrée, d’autant plus sacrée qu’elle est devenue franchement misérable, nauséabonde, et qu’il convient de surveiller rigoureusement celleux qui en voudraient déserter, ou bien l’épargner à leur prochainE.

 

On tolèrera ainsi qu’une nana aille procéder à une ivg, dans des délais forts courts, et non sans échapper à quelques remarques bien senties.Et qu'y faudra pas y revenir, hein ?

On tolérera peut-être de même, dans x années, que si vraiment vous êtes rongéEs par une horrible maladie, elle-même libéralement offerte par les admirables conditions de survie que nous nous laissons octroyer, à bout de douleur, on tolèrera donc peut-être de vous laisser mourir une ou deux semaines avant l’inévitable couic.

 

Mais la garde sera rigoureuse autour des moyens, comme elle l’est d’ailleurs déjà. Pas question, comme disent les bonnes âmes, de suicide, d’avortement, ou de toute autre échappée égoïste (oui, c’est le mot usité). Et pour des raisons qui vous regardent. Votre vie ne vous regarde pas ; indisponibilité de la personne ! Le bien commun doit primer. Ce n’est pas à vous de décider ce que vous pourriez vous vouloir (c’est que vous risqueriez de vous tromper, et nous sommes dans un monde où l’erreur est un délit). Seules des circonstances jugées extrêmes, dûment vérifiées par les congrégations idoines, peuvent vous en absoudre.

 

(Je tiens à méchamment préciser que l'essentiel des assoces et orgas qui gèrent ou réclament de gérer l'une ou l'autre de ces activités abondent généralement dans le sens de la limitation, du contrôle et, encore une fois, de l'exclusion des "égoïstes". D'ailleurs, c'est leur vrai prétexte à pérennité, sans quoi il n'y en aurait justement plus besoin, de ces agrégations flitrantes.

C'est tout à fait énorme, en tous cas, dans les assoces "pro-euthanasie". Eh, c'est que personne ne voudrait être soupçonnéE de ne pas être pour la vie. Quelle vie, après, ça c'est autre chose...)

 

Enfin bon ; de même que la loi sur l’ivg arbore en incipit une très sévère déclaration pro-vie, je suppose que la future loi sur « l’euthanasie » (terme qui ne veut strictement rien dire) s’adornera d’une vibrante envolée invitant à avaler toutes les dégradations plutôt que de déserter. Et que les sos-amitié verront leurs permanences renforcées. Ainsi que les accueil des HPs.

 

Quoi qu'il en soit, ce qui m’énervait aujourd’hui, c’est une petitesse annexe de la grande petitesse citoyenne, une petitesse qui y est obstinément accrochée, à moins que ce ne soit l’inverse, depuis bien longtemps : celle d’essayer de se faire quelques sous sur la dépossession.

 

J’apprends ainsi dans la presse qu’une boîte, basée je ne sais où, vend par internet des « kits avortement », consistants en comprimés de misoprostol et de myfégine. Bref de ce dont on use effectivement pour ce. Mais qui ne sont pas accessibles librement. Faut ordonnance. Et les pharmacos veillent.

 

Le comprimé, un seul, c'est-à-dire souvent pas assez, enfin juste assez pour un début de grossesse, ou deux, je ne sais plus, est vendu trente euro par ces arsouilles.

Une boîte de soixante comprimés de misoprostol se vend en pharma, toutes taxes et profits comprises, vingt euro.

 

Claaaasse.

 

En outre, il y a un « mode d’emploi » tout à fait aberrant, qui implique de s’enfoncer la myfégine là où je pense, alors que le misoprostol par voie orale, convenablement dosé, suffit. Je vous renvoie à l’excellent site Womenonwawes, en maintes langues.

 

Vous allez rire, mais le même "marché" existe pour ce qui est de moyens de s'ôter la vie. L'autre jour, je contemplais ainsi, émerveillée, un site où on vous vend des abonnements d'information sur les médocs létaux, avec mise à jour, tout cela raidement tarifé, mis en image d'une manière que ne renieraient pas les désormais incontournables maisons funéraires.

Tout cela m'a fait penser à une bd d'il y a trente ans, "Agence Dugenoux, suicides en tous genres". Qui mettait en scène un ingénieux bonhomme, prêt à se fendre en quatre pour procurer les morts les plus spectaculaires à ses clientEs.

A l'époque, la question n'était pas encore tout à fait tombée dans la baignoire gluante où nagent compassion réprobatrice et arnaques pitoyables. On trouvait encore des barbituriques, quoi. Et on pouvait aussi rire.

 

Mais bon, bref, ce qui ressort de tout ça, mais le contraire eût été étonnant, c’est que dans un contexte de prohibition pleurouillante, totale ou partielle, des moyens de s’occuper de soi, eh bien fleurissent nécessairement escrocs, profiteureuses et autres maQUes. Vive la dépossession, et vive le contrôle social ! Et vive la croissance, qui constitue exactement le même monde.

 

 

 

LPM

 

 

PS : au fait, vous le savez sans doute mais je viens d'y repenser, il existe une loi qui réprime la "provocation au suicide" (votée ad hoc au début des années 80 lorsque le camarade Guillon publia son Suicide Mode d'emploi). C'est à dire tout bonnement le fait d'en parler autrement que comme d'un fléau dramatique, un cafard à exterminer ; et bien entendu de donner la moindre info sur la moyens de ce faire, ou d'y pourvoir. C'est à dire que si, brave citoyenNE, il vous venait à l'idée de fonder, je sais pas, une association pour le droit à s'ôter la vie sans autre condition que de le vouloir, eh bien vous seriez probablement passible de poursuites pour ce grave délit.

 

Autrefois il y avait l'incitation à l'avortement, aussi, de réprimée. Je ne sais pas si ça a tout à fait disparu - le code de la santé est un foutoir à chausses-trappes.

 

Ca tombe bien. Je ne suis pas citoyenne, je tiens le droit pour une vérole, et je n'entends pas former d'association. L'association (loi 1901) est le tombeau de ce qui s'appela autrefois l'entraide et le souci d'autrui, lequel à disparu avec celui de soi.

 




 

 

 

 

 

 

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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 12:03


 

 

« Les habitants du pays de cocagne ne manquent de rien, mais comme ils ne veulent pas manquer de plaisir, ils ne veulent pas non plus manquer de manque »

Günther Anders

 

 

Rien à faire. S’il y a quelque chose qui a toujours angoissé, attristé, déçu, révolté, indigné, ce sont les aléas de la production, de sa distribution aussi mais pas que, non, de la production elle-même et de ses insuffisances, si si.

Et ce, bien sûr, notamment des biens les plus symboliques. Il se trouve que désormais l’inné est bravement inclus dans le produit et l’estimation-qualité. Et que si ça ne va pas il faut réclamer. Ma BMW a un défaut de pare-chocs ? Ma bite n’est pas assez longue ? Je réclame. J’en appelle, au besoin. C’est en effet une grave injustice sociale que de n’avoir pas été serviE au mieux. ClientEs nous sommes, jusques au trognon. Et le/la clientE est souverainE (enfin… euh… oui, le contenu de ce terme a subi quelques avanies au cours des derniers siècles. Il ne s’agit plus de vivre une vie autonome, il s’agit désormais que les tuyaux et autres branchements de la dépendance tous azimuts soient disposés au mieux et pourvoient de la meilleure camelote..)

 

Il est vrai qu'à présent il existe également tout un secteur économique voué à la rectification des défauts originels. La souveraineté consommatrice ouvre des tiroirs qu’on n’aurait jamais soupçonnés. Il suffit de voir le contenu des spams sur les boîtes mails. La panique génitale des pissotières d’écoles de garçons est devenu un immense marché !

 

http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2011/10/21/the-question-quelle-est-la-taille-normale-dun-penis/

 

Bien entendu, cela m’a fait penser aux interminables discussions, toujours renaissantes à mtflande, sur les performances des chirs, ces co-producteurices de trans. « Combien de profondeur ? », « Ça se referme », et toutes angoisses qui font appréhender de ne pouvoir jouir à plein de sa « nouvelle vie », de son « nouveau statut », qui incluent bien évidemment et nécessairement un usage optimal de ce qu’on a entre les papattes, lui-même garant de notre valeur relationnelle. Ce n'est d'ailleurs pas spécifiquement trans comme souci et norme - voir toute la littérature formative des "identités", qui ne brasse guère plus que comptabilité des droits et entretien de la tuyauterie.


C’est aussi bête que ça mais je vous assure que ça faire bruire et même mugir. Dans quelques années, quand tout ça sera normalisé par chez nous, je crois qu’on aura d’une part une belle concurrence à la vagino, et d’autre part des files devant les tribunaux pour contester les centimètres promis et pas tenus.

 

Ce qui me conduit bien sûr, comme j’ai l’esprit mal placé, à en déduire que nous aurons encore conquis un domaine, une forme sociale qui était jusques alors le pré carré du patriarcat, réservé aux hommes bio. Et ce faisant réalisé, universalisé le dit patriarcat dans ce qu’il a de plus signifiant et opérant. Que les centimètres aillent dans un sens ou dans l’autre est tout à fait secondaire. C’est une nouvelle valeur, un nouveau chiffrage de ce que je suis.

 

Vous aurez bien compris que les exemples que je jouxte plus haut ne sont pas en eux-mêmes la question, mais qu’ils y mènent inexorablement.

 

Ce n’est pas pour rien que j’ourdissais, mais n’écrirai peut-être jamais vu à quel point je m’affaiblis et baisse les bras, l’Usine à trans. Et je n’y causerais d’ailleurs pas particulièrement des lieux où ça fourbit, bistourise et remodèle. Non. C’est le comment, toute la logique qui prévaut à ça qui me tracasse, dans mes moments de lucidité. Nous sommes, nous nous vivons, nous nous agissons (oui, je sais, la langue se mécanise autant que le reste) comme produits, co-producteurEs (il nous faut de l’aide) et zone de production. C’est d’ailleurs revendiqué depuis des années à queerlande.Production de soi. Okay. Mais il faudra assumer ce dans quoi ça s'insère inévitablement.

Revendiqué – je viens d’ailleurs de toucher à nouveau l’autre appendice de ce « système idéal » (ou idéel ?). La production s’obstine à ne pas être « égalitaire », à connaître des « aléas ». Même quand on la prend en charge nous-même. Le meilleur des mondes, cette cocagnie d’où le manque serait banni, semble obstinément se refuser à nos efforts titanesques pour l’édifier. Il nous faut donc reporter avec foi ces aléas sur la distribution, que de sombre complots et de mauvaises fées s’activeraient dans l’ombre à fausser. Et revendiquer. Revendiquer l’accès, comme on dit, au bien ; mais aussi revendiquer que ce bien soit aussi parfait que nous le désirons. Car rien ne justifie plus actuellement les choses que le désir et sa demi-sœur la peur.

 

La question n’est pas de juger et encore moins d'évaluer tout ça moralement, binairement, en bien ou mal, ou en unités de satisfaction, autre piège des paniques collectives. Ce qui pique ne se niche pas dans la réalisation et son degré de perfection ou de « justice sociale », mais dans les principes mêmes qui les rendent incontournables, et qui se retournent sur le fait, la possibilité même, dans notre cas la transition (mais les cas sont aussi nombreux que les occurrences) pour la faire entrer dans le tunnel des logiques prévalantes.

La question est dans quoi nous sommes entréEs. Á quoi nous participons désormais. Et que si ce quoi se révèle n’être autre que la même machine qui a constitué la virilité, le capitalisme, les concurrences sociales, les exigences de perfection, les abstractions réelles et tout ce bataclan qui nous glisse de tous les organes préhensiles pour « vivre » sa « vie » autonome, et qu’on est bien avancéEs, qu’est-ce qu’on va faire ? Ou pas ?

 

 

La petite murène

 

 

PS : le lendemain, je lis, à propos d'une espèce de foire berlinoise au néo-porno, cette déclaration enthousiaste d'une leader du secteur : " l'Europe produit à elle toute seule assez de films intéressants pour alimenter le festival ". Et sans doute dès demain pour alimenter (!) toutes les cambuses.

Oh comme c'est beau, comme surtout ça résume bien l'intégration parfaite de tout ce qui est imaginable dans le double geste qui structure notre monde de rêve : produire/consommer. Une fois que ce stade de développement est atteint, la félicité est assurée.

Je ne sais par ailleurs plus très bien, au niveau de la signifiance du produit, ce dont il retourne ; l'émancipation avait déjà été avantageusement remplacée par la libération, mais effectivement celle-ci semble s'être pour de bon accouplée, au point d'en rester coincées, avec la distribution. Hier c'était la machine à laver et le mixer, aujourd'hui c'est le porno durable et respecteux de l'environnement humain.

Soupir.

 

 


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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 12:04

 

 

L’autre côté se peuple avec régularité et gourmandise.

 

Je ne sais pas si on continuera à s’y engueuler, concile éternel ? Ou bien s’y on s’y dissoudra au néant. La Trempette. De repos il ne faut espérer. La mort ne repose pas. Requiescamus mon œil !

 

Toujours est-il que c’est pas n’importe qui, qui vient de nous y précéder.

 

Danièle Charest fut, est, je ne sais comment dire, restera udaniele-Charest.jpgne nana d’envergure, une lesbienne qui secoue les chaises, une chieuse impénitente. En somme une vraie personne !

On n’eut été d’accord sur (presque) rien, la déesse le sait. Au fond s’en fiche ! N’est pas ça qui compte.

 

Elle a fait un sacré trou à la nuit, comme on disait autrefois, en s’y enfonçant.

 

 


 

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 11:05

 

 

 

Ce qui est soit embêtant, soit exaltant, dans la vie et même dans la fin de vie, c’est de se trouver seule, et en position de taper un peu partout autour. C’est embêtant quand on est à moitié morte, décomposée soi-même, et qu’on tape sur du mou, du coulant, de la bêtise. Amalgame. 

 

Je ne fais pas très attention, ordinairement, à ce qui sort en matière de santé et de prévention. Cette approche me bourre. Elle promeut une injonction à ce que la vie entière ne soit qu’un background, une préparation, un remblayage à la baise, ainsi qu'au travail, et que la chose la plus importante qui se colle à tout ça est d’éviter de choper des boutons. Que le cul soit devenu à vocation durable, comme l’économie, montre bien quel est son véritable rôle structurant dans ce qui reste du monde : produire. 

Quand en plus l’approche est « communautaire », c’est encore plus dézinguant. L’identité c’est ce que tu as dans la culotte et commentavec qui tu couches – et il est indispensable de coucher sinon tu n’es bien évidemment personne.

 

Bon, j’ai longuement déjà causé de ces tropes contemporains. Mais ce matin un billet d’une sagace  et vigilante collègue au sujet de la très-énième « brochure de santé lesbienne », qui collectionne bien sûr tous les poncifs ci-dessus évoqués, me chope au réveil.

 

http://leviathan.yagg.com/2011/10/14/tomber-la-culotte/

 

Je ne vais pas répéter ce qu’elle a déjà pioché dedans, allez y donc voir.

 

Et c’est là que ça devient embêtant.

 

D’une part je contempte à loisir la pensée correcte et l’inclusion trans. Comme toutes les inclusions. « L’égalité dans la diversité ». C’est le baiser de la mort. Enfin non… C’est celui d’une certaine vie, sans aucun doute. De l’amélioration indéfinie de la vie présente. Je ne dis pas, ça se tient, on peut tenter, moi j’ai plus envie.

Bref là je laisserais simplement passer, comme d’hab.

 

D’autre part je lis le machin, la chose, qui bien sûr, au point de vue vision sanitaire, n’apporte absolument aucune nouveauté par rapport à la pile de machins du même genre qui moisissent dans les toilettes des particulières ou sèchent dans les placards des assoces.

Mais il y a cette fois autre chose. C’est ça que la collègue a levé, grand’merci parce que je n’aurais pas été de moi-même touiller dans cette latrine.

 

C’est la sourde haine des trans qui semble littéralement structurer pupuce. Et les pupuces qui ont concocté pupuce. En fait je peux même vous certifier, connaissant le biotope où ça a éclot, qu’elle ne semble pas. Dans ce cas précis, il ne s’agit pas de l’habituelle indifférence vaguement hostile. Il s’agit très précisément d’une haine antique, recuite, honteuse, parce que ne pouvant plus se proclamer comme autrefois, le consensus politique ayant, hélas, fait son chemin. Une haine qui de ce fait doit profiter de toutes les occasions, bonnes ou mauvaises, réelles ou inventées, pour se faufiler et se faire place dans la foule piétinante des idées reçues et des recettes.

 

Vous remarquerez que je ne parle pas de «…phobie ». J’ai pas le courage d’expliquer en détail pourquoi ce suffixe me déséspère et m’exaspère. Combien il ramène tout à un indifférencié mécanique. A la poubelle les ...phobies. 

 

Non, je parle de quelque chose de très tangible, qui pointe, qui s’agite ; de la haine. Ici, de la haine de nanas bio envers les trans, plus ou moins touTEs les trans. Haine qui, n’ayant pas trouvé cette fois-ci de mensonge surgelé à mettre au four, ne sait pas trop comment se dire ; alors on cause, comme toujours, de « ce qu’est être lesbienne ». Être, le dernier morceau monnayable sur le marché existentiel, quand tout le reste nous a échappé depuis longtemps, fricassé et asservi. Ce bon vieil essentialisme, dont nous ne nous saurions passer, et qui repousse en (bio)masse du matérialisme comptable comme des agarics sur le fumier de cheval.

 

Je n’en parle pas pour la disqualifier, comme justement le font touTEs les communautaires qui ne rêvent que lois anti-phobes, consensus pour éradiquer les mauvaises pensées, intégration obligatoire dans le bonheur collectif. Nenni. Je n’en parle pas comme d’une erreur, d’une intention à castrer ou que sais-je. J’en parle comme d’une réalité. Le mal, la haine et bien d’autres choses font partie nécessaire de la réalité, et c’est pour essayer de l’oublier que l’on bascule dans l’inconséquence.

Je ne partage ainsi pas du tout l’avis attristé et déçu exprimé dans l’article de Lev. Non, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un « retard », d’une « incompréhension », d’un « manque de réflexion ou de modernité ». Nan. Je pense qu’au contraire, ce qui voudrait être dit est beaucoup plus net, plus tranché. C’est de la haine et conséquemment du rejet sans fard ; peut-être même un vague désir d’anéantissement. « Si seulement ces truQUEs, ces monstres, peut-être un peu aussi ces emmerderesses, pouvaient ne pas exister… » - soupir…

 

Et donc je ne parle pas pour lui mettre le nez dans son caca, ou pour faire ma pédago. Au contraire.

 

Pour ma part, je n’ai pas, ou plus, d’actions dans « ce que sont ou devraient être les trans ». Et encore moins dans « ce qu’ellils devraient obtenir ». Donc dans ce que je suis ou devrais être. Je suis à peu près morte, et par conséquent tout cela est bien superflu. En outre, encore une fois, la question et son arrière plan « comment on va faire pour prendre place sur le manège » me semblent daubées, impasses. Seul le dynamitage ou la désertion de la fête foraine me donneraient encore envie. Mais on n’y est pas.

 

Je jacte au contraire pour l’encourager. Absolument. Tout bien considéré, rien ne vaut une bonne haine bien formée, bien vivace, bien dite et bien franche. C’est ça que je leur reproche. De pas vraiment oser la haine. De pas accoucher, d'en garder un gros bout. Alors que c'est fichu, on a vu, ça pendouille !

Je ne dis pas non plus « vive la haine ! ». Je ne l’aime pas, je ne suis pas nihiliste pour un sou, je n’en attends rien et je ne l’acclame pas. Mais elle est là, elle frétille, elle est parfaitement incarnée, et mentir à ce sujet ne fait qu’épaissir la grosse soupe de mensonge et de mal à l’aise de la soi-disant « communauté ».

 

Je parle sans détour de la brave haine envers les trans, ces mecQUes déguiséEs et vaguement bistouriséEs en femmes, ces nanas qui ont trahi leur sexe, tous ces sous-marins du fétiche dominatoire, ces jumards et ces chèvre-pieds. Allez, soyez franches, dites le ce que vous avez de mal enfoui entre les oreilles, au milieu de tous les cotons du genriquement accepté. Au moins, comme ça, on y verra un peu plus clair. Enfin peut-être. Je vous dis franchement, j’en ai tellement marre de l’hypocrisie générale qui clapote sous la bonne pensée, les casuismes de l’intégration et autres balivernes, que ce genre de trou dans la banquise de plastique a quelque chose, oh je ne dirais pas de réjouissant, mais presque de soulageant. On a l’impression de retrouver le réel. Il est pas beau. C’est comme ça. Vous croyez qu’on est belles, nous ?!

 

Allez, encore un petit effort ! Qu’on sache où on en est. Qu'on soit enfin le cul par terre, et pas accrochées à des baudruches multicolores. Voilà peut-être une excellente occasion, lesquelles sont aussi rares que des conjonctions planétaires, pour mettre fin à l'illusion sororitaire. 

Finalement, hein, merci les bio ; nous on n'est peut-être pas assez fortiches en haine ni en réalisme, comme toutes les loquedues qui se font et refont carna, avec une bonne foi désarmante. Il nous faut apprendre...

 

De toute façon, c’est comme au jeu ; on vous a vues, ça a dépassé. Vu ! Champignon vu ne pousse plus. Mais ne rentre pas non plus. Et là le champignon est sacrément gros.

 

 

Plume

 

 

Tout cela nous ramène, au reste, à ce dont je causais dans les pages suivantes : « Ah elles nous en ont fait avaler des couleuvres » et « Être mtf – et mal soumise ».

 

 


 

 

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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 10:01


 

 

 

« L’escorte ! Prends en charge ! »

Récits de la Kolyma

 

 

 

« Dès 2013 c’est un accompagnement des personnes trans qui sera mis en place, débouchant sur une loi concernant leur état civil. »

Aurélie Filipetti, députée et porte-parole d’un quelconque culbuto présidentiable, dans la presse.

 

 

Eh ben voilà. Mes déjà anciennes appréhensions envers l’évolution de la prise en charge semblent devoir se réaliser. S’il y a bien quelque chose en lequel tout le monde communie, c’est la tutelle, l’indispensable tutelle sans laquelle trans, putes, nanas bio qui avortent, nanas bio qui avortent pas mais n’entendent pas se laisser pister, etc. ne sauraient se voir autoriséEs, reconnuEs et encitoyennéEs, prend sa forme d’avenir, encore plus englobante ; que nulLE n’y échappe. On va être accompagnéEs, dites-donc. EscortéEs, quoi. FlanquéEs de garde-folLEs (c’est vrai, hein, ça, si jamais y avait des folLEs parmi nous, l’angoisse…). Ah on en avait fichtrement besoin, envie. « Prendre unE transgenre par la main » va devenir le tube des médico-socialEs. Des associatiFves. Des philanthropes qui sait. Peut-être même on aura droit à des parrainages et à des marrainages !

 

En plus, on va déboucher. C’est vrai qu’on croupissait dans la bouteille. Il importait que les autorités de tutelle jouent du tire-bouchon. On va même déboucher sur une loi, encore une loi, toujours une loi. Sans loi pas de reconnaissance, sans loi pas d’existence. On voulait du droit (et pas que les pro-patho, mais touTEs les institutionnalistes et réclamateurices, voir les pancartes de l’Existrans), eh ben on en aura. GavéEs. On finira comme dans la Ricotta de Pasolini, étoufféEs de reconnaissance juridico-sanitaire, et bien entendu de tous ses « à-côtés »… Surtout des à-côtés d’ailleurs. Ce sont toujours les faux-frais qui finissent par faire le principal.

 

On « débouchera », la déesse sait sur quoi, une fois qu’on sera bien misEs au carré, quoi. Il faut croire qu’on n’est pas encore suffisamment apprivoiséEs (ce qui me fait bien rigoler quand je vois comme nous défilons cérémonieusement, comme nous demandons d’être registréEs, normaliséEs ; mais enfin…). On débouchera, si on a été sages et compréhensibles, sur une belle carte d’identité. Toute neuve. Bien française en plus. Le pied tout de même. Le pack. Mais il faudra avoir été correctEs, sans quoi… PuniEs. AjournéEs.

Tant qu’à rester piteusement coincéEs au douteux paradis des papiers, de l’identité vérifiable, irremplaçable, obstinée, évaluée, on aurait bien pu imaginer qu’on nous fiche simplement la paix sur comment on vit et transitionne ou pas, et change tout bonnement les détails de l’état civil. Oh ben non alors. Ce n’est pas anodin, comme on dit encore de l’avortement pour tout de même parvenir à le stigmatiser – je vais d’ailleurs en causer plus loin. Faut prendre en charge. Toujours plus, toujours mieux, toujours plus à la racine.

 

Vous me direz, on l’était déjà. Je regrette de ne pouvoir vous contredire. C’est indéniable. EscortéEs, surveilléEs on est, très majoritairement. Mais tout de même, il y avait ces fameuses failles. Plus ou moins confortables. Je vous accorde qu’on est mal couchéEs dans une crevasse. N’empêche, tout le monde n’était pas également accompagnéE, n’avait pas à rendre de comptes de sa nécessaire progression, ne devait pas conférer égalitairement (mon cul !) mais néanmoins régulièrement avec de gentilLEs animateurices. On pouvait même mariner dans son coin, incomplète, imparfaite et imperfectible, rétive, abîmée, blessée, sans trop de perspectives, entre deux eaux. Fini tout ça. La seule possibilité du mal doit disparaître. Nettoyage et désinfection. Place au mouvement et à l’allégresse, dans les limites du prudent et du sécurisé, bien entendu.

Pasque là, grâce au care, ce fameux care qui va octroyer, du bout de sa pipette, de la valeur à tout le monde, la distribuer, la mesurer aussi, hein, que personne en lampe plus que son dû, pasque la valeur, la reconnaissance, c’est comme le fric ou la (bonne) nationalité, y en a jamais assez, c’est rare et précieux, c’est de nature pénurique comme toutes les richesses, grâce donc à ce fameux care, plus de failles, plus de crevasses. On va touTEs y passer. Enfin c’est ce qui est souhaité, préconisé. On va être mieux qu’encadréEs, mieux qu’encastréEs : on va être accompagnéEs. Qui donc refuserait d’être accompagnéE ? Sinon unE inconscientE, ou une méchantE qui aurait quelque chose à cacher, à soustraire au bienveillant regard de ses congénères, ou juste qui voudrait s’occuper de ses fesses !

 

Je me fiche finalement parfaitement de savoir si ce seront en fin de compte les Bonierbale et la Sofect, ou notre féodalité d’assoces communautaires à délégation sanitaire, avec maman et papa trans, qui gèreront la prise en charge, la mise au carré, l’accompagnement règlementaire et recommandé, si ce n’est obligatoire, les « centres de référence » (!!!), les critères et tout le reste. Comme je ne l’ai pas encore dit dans un texte à peut-être venir, la logique profonde m’en semble la même : produire et identifier. Mais, plus immédiatement, l’injonction et la privation seront les deux mamelles de l’accompagnement, dont on sait ce qu’il veut dire dans une société de fliques et d’assurances, de « protection » et « d’évaluation des risques » ! Et ce, quels que soient les partis de gouvernement. Un peu plus tôt, un peu plus tard…

 

Législation et réglementarisme sont invariablement une vérole inguérissable. Je n’en veux pour preuve que l’immense arnaque de la légalisation de l’avortement. Je ressasse pour la dixième fois. Au début des années soixante-dix, panique à bord. Un peu partout, des nanas de plus en plus nombreuses commencent à se passer de toubibs comme de faiseuses d’anges pour s’occuper de leurs ventres et des aliens qu’ils contiennent. La méthode Karman se répand. On ne peut pas laisser faire ça tout de même. Ça fait désordre et ça ne rapporte presque plus rien. Allez, hop, une loi, pour sauver non seulement l’honneur mais le contrôle des bides. Une loi de tolérance et de dérogation qui commence toujours aujourd’hui par un préambule pro-vie. Une loi qui interdit de se passer de l’institution médicale. Une loi qui limite drastiquement le moment où on a le droit (ah, ce fichu droit !).

Une loi pénalisante, que nous en sommes à devoir même défendre depuis des années, parce que non seulement elle est merdique, mais en plus on essaie par tous les moyens de la rogner. Qui demande, par exemple, même, aujourd’hui, ne serait-ce qu’un allongement des délais ? Personne. Tout le monde est tétanisée autour d’une peau de chagrin qu’on ne contrôle pas !

S’il n’y avait pas eu de loi, si tout simplement l’affaire avait été sortie du cadre législatif, on n’en serait pas là, à courir pour rester dans les délais, à subir les remarques quelquefois ignobles des toubibs et infirmières, à continuer à aller payer des milliers d’euro en Hollande, à… L’avortement (comme sans doute l’accouchement) pourrait se faire chez soi ou bien où on voudrait, avec les personnes qu’on aurait envie… (oui, je sais, je rêve d’un autre état des choses, que le légal comme le social rendent absolument impossible, quoi qu’en couinent les publicitaires d’un « vivre ensemble » qui ne passe que par la conso et la médiation institutionnelle).

 

Bravo les bienfaits de la légalisation. Le principe même de la loi, c’est qu’il y a toujours quelqu’unE qui va rester en dehors. Être reconnuEs, enrôléE, dans une société de dépossession (est-ce un pléonasme ?), eh bien, c’est se voir dépossédéE, hein, pas compliqué…

Mais avec son consentement, puisque c’est désormais là le faux nez omniprésent de l’inéluctable. Si vous arrivez à faire dire oui à quiconque, jackpot. Nécessaire et suffisant. Le consentement est indissociable d’un monde de contrainte policée. La rationalité judicaire a autrefois systématisé la torture pour faire signer les aveux, sans lesquels les procédures n’étaient pas valables… Á présent, c’est l’impossibilité de sortir qui joue le rôle de chemin vers l’acquiescement. C’est bougrement efficace. Quand il n’y aura plus moyen de s’entendre, de trouver des médocs ici et là (c’est pas safe !), bref de survivre dans les failles de l’arbitraire, c’est sûr qu’y aura encore plus la queue devant les institutions. Et qu’on aura consenti. Parce qu’en plus il faut consentir, signer, abdiquer, sans quoi crève dans les ténèbres extérieures !

Consentir c’est céder. Il faudra bien un jour qu’on arrive à regarder ça en face. Si on avait réellement un choix et une liberté on ne serait pas amenéEs à consentir. On voudrait, des fois, des choses, et d’autres fois pas. Et il y en a beaucoup dont on pourrait se contrefoutre, par-dessus le marché.

 

Je ne veux ni être accompagnée, ni être débouchée, ni être légalisée. Et je parie qu’une notable part de celleux qui s’en félicitent, une fois qu’ellils auront été encontractéEs, s’apercevront qu’en ce qui les concerne y aura des clous dans le rata. Mais il sera, comme toujours, trop tard – à moins de toute envoyer promener, mais là on change d’échelle…

Je suis persuadée que cette « sortie de l’arbitraire » va laisser encore plus de monde sur le cul, à moins d’entrer par contrainte dans les images dont rêveront les unEs ou les autres, les Bonierbale ou les mamanpapa, frèrezetsœurs trans. C’est déjà ce qui s’est passé en Espagne. Disphorique, pas disphorique ? Oui papa, non ma sœur. Hop, tampon ! Ah, ces tampons… Il faudrait faire une histoire du tampon. Ce langage des signes qu’on ne maîtrise plus, qui ne permet plus de mentir, qui peut tout faire de vous, vous accepter, vous refuser, vous parquer, vous envoyer à la mort quelquefois, cela s’est vu, et massivement…

 

Et nous en sommes à toujours nous en réjouir, de ces tampons. C’est vrai que nous n’avons guère le choix. Sans tampon pas de ration. Pas moyen de sortir. Ce qui montre bien, une fois de plus, que sans critique générale, allez, mon gros mot favori, universelle, et sans désertion des évidences imposées, eh ben on continuera tout bêtement à se monter les unEs sur les autres pendant que notre masse entière s’enfoncera dans le désastre et la mort. Toute la « lutte sociale » consistera, persistera à en enfoncer unE autre, à ce convenablement diaboliséE et fétichiséE, pour survivre un moment, une génération peut-être, de plus.

 

Avec nos rations T sur le grouillis planétaire de cadavres. Pas même le cercueil ni le baril de rhum… N’y a plus de pirates, et encore moins de robinsons, ou de charbonnièrEs. Les charbonnièrEs sont mortEs. Les robinsonNes sont suspectEs. Les « pirates du genre » veulent aussi être reconnuEs, pouvoir métamorphoser, valoriser la singularité (pardon, l’oppression). Ce qui ne rapporte point n’a pas d’intérêt, c’est tautologique. Pirates sans escorte, fut-elle d’idées, ne valent que pouic. Mais je vois que comme d’habitude cela me mène « trop loin », comme m’ont dit beaucoup au cours des années. Quand une murène exagère… eh ben elle exagère, si vous voyez ce que je veux dire…

 

 

La petite murène

 


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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 09:38

 

 

Ça faisait longtemps que je n’avais pas parlé d’un nouveau mot acéphale, métastasique. Pourtant il y en a un qui n’est pas neuf, qui a beaucoup servi, et qu’on me sert, précisément, avec une grande prévenance, depuis le début de mon effondrement. Il accompagne celui-ci comme la douce musique de coups de fouet.

 

C’est le mot « Courage ! ».

 

Bien entendu, c’est une injonction. On se demande ce qui n’est plus une injonction, positive ou négative, dans l’univers monologue où nous sommes entréEs en masse, et où ce qui dépasse le mot magique ou l’énoncé le plus plat, le mieux lavé de tout ce qui pourrait faire mal à la tête et donc exciter le soupçon, a été depuis longtemps parqué bien loin.

 

Mes bonnes amies, répandues ça et là, m’enjoignent, une fois qu’on a bien confuté nos malheurs respectifs, le courage. Même pas « le », d’ailleurs ; « courage » tout court, comme une espèce de personnage qui ne toucherait pas terre.

 

Bien entendu, il y a plusieurs niveaux de compréhension de cette injonction. La plus immédiate est celle qui correspond à l’abandon consensuel de tout ce qui ne rapporte pas. De tout ce dont on n’aura à l’évidence pas l’utilité. Ce tout neutre recelant une grosse proportion de personnes, à commencer par les loqueduEs comme moi et pire que moi, qui se sont crashéEs dans la grande course. Courage est l’antinome de partage, qui lui-même est une antiphrase, comme je vient de le dire, puisqu’en dehors des configurations gagnantE-gagnantE, comme on l’apprend dans tous les cours de management, comme aussi on se le susurre dans tous les boudoirs affinitaires, rien ni personne ne doit survivre. Ce serait une atteinte à la rentabilité, et celle-ci recouvre l’entièreté des rapports dits humains. On est en période de crise structurelle et il ne s'agit plus de rigoler ! 

 

Bref, à ce niveau superficiel de prise en compte, courage fait simplement partie de la panoplie des foutages de gueule à deux euro. Et il l’est, incontestablement.

 

Mais, comme bien des formes qui nous baudruchent, il possède un double fond. Au moins. Je m’arrêterai au double.

 

Que veut dire courage, sinon une injonction sans autre but qu’elle-même ? Pour faire durer. Courage ne vient de rien, ne mène à rien. Il signifie juste : continue à t'enfoncer mais avec bravoure, continue à nager dans l’océan de vomi jusques à ce que tu te noies (sous entendu le plus tard possible et autant que faire se peut loin de nos mirettes). Courage n’est même pas une carotte au bout d’une ficelle.

Courage est limité à un mouvement. Et il est très difficile de ne pas songer, quand on le contemple à la binoculaire, au non-sens général du monde de la croissance, du travail, de la production, du plaisir et de toutes ces belles choses sans but, sans tête, sans sujet, qui nous agissent. Courage, s’il a sans doute possédé en d’autres temps un sens différent, justement avec une tête et une queue, plusieurs éventuellement, des tenants et aboutissants, quoi, n’en a plus. Il ne s’agit même plus du courage « de », parce que ce qui suivrait le « de » serait excessivement désobligeant à exprimer – la natation dans le vomi sans bords, justement. C’est dans ce sens là aussi qu’on le sert, dans tous les cercles amicaux et dans tous les groupes de soutiens, aux loqueduEs.

Dans un monde où on a bien compris, après quelques réflexions, que la survie la plus moche, la débine la plus noire, et jusques à l’extermination progressive de la misère, pouvaient quand même rapporter au grand pot quelques picaillons de toute nature, contrairement au suicide qui anéantit la consommatrice sans retour, le « courage » a pris une place déterminante. Il est acéphale, comme je l’ai dit, il n’entraîne rien que lui-même, il ne vit que sur des humainEs atomiséEs, il ne représente aucun danger pour l’ordre collectif. Il est admirablement autistocole et adapté à l’isolement du cannibalisme contemporain. Il évite toute remise en question – d’une part puisqu’il est mouvement, d’autre part parce qu’il résout radicalement la question de la mutualisation des emmerdements et des souffrances. 

Bref, le courage est un élément irremplaçable du maintien de la réalité actuelle. Nage jusques à la fin, mais joue surtout bien ton rôle. Ton honneur s’appelle infatigabilité.

 

Arrivée là, je me demande quelle pourrait bien être, de facto, réellement, l’antidote du courage, la vraie, celle qui pourrait peut-être se voir usitée. Contrairement à ce que me rétorque le Petit Robert, que d’ailleurs les rats ont bouffé, ce n’est pas la lâcheté. J’ai beaucoup parlé de la lâcheté alors qu’elle avait trouvé une belle occasion de fleurir sur le terrain empoisonné de la militance pavlovienne. En y repensant, je constate qu’elle ne s’oppose pas du tout au courage comme mouvement acéphale et obligatoire. Elle lui fait pendant, au contraire. La lâcheté implique le courage. Démerde toi, on t’adore. La lâcheté est collective comme le courage est isolé. Elle lie de complicité comme le courage délie de toute obligation.

 

Bref, inutile de chercher de ce côté. Ce qui pourrait aider à briser la logique du courage ne se trouve pas là.

 

Je dois avouer, je donne ma langue aux chattes. Je ne vois rien, actuellement, que je, que l’on puisse opposer à la meurtrière logique du courage (pasqu’on finit bien évidemment par en crever).

Si je la connaissais vous l’auriez déjà prise sur la figure. Et je l’aurais enseignée à d’autres loqueduEs, comme mes congénères sans présent ni avenir du café-lecture ou du centre d’hébergement.

 

On ne peut pas tout savoir. Et on finit toujours idiote.

 

 

Mimi crevée

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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