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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 10:58


 

Surtout pas ! Tout mais pas ça ! 

 

J’avais déjà fait remarquer, je crois, la phrase épatante qui closait une brochure queer : Tu n’es pas toi-même. Le « tu ne dois pas être toi-même » y était très fortement sous entendu, mais enfin le verbe manquait.

Le pas est franchi dans un article au sujet d’un quelconque bouquin sur les débats daubés dans lesquels nous tournons en rond, ainsi que sur les animaux en plastique d’un déprimant manège :

 

« Pourtant rappelons-le : le peuple, vers lequel beaucoup se tournent, ne peut être qu’institué dans le mouvement d’une désidentification permanente, c’est-à-dire issu ni du même, ni de l’autre, mais de l’exigence « d’être toujours tous ce que nous ne sommes pas  » (G. Bras). C’est-à-dire à l’aune de sa libération des déterminismes, d’où qu’ils soient. »

Une certaine Cécile Canut.

 

On ne peut pas plus élégamment accoupler la mythique du Peuple, ce gros animal qui a déjà motivé tant d’exactions, et qu’il est toujours urgent d’instituer (!), vu comment des égoïstes s’y dérobent, avec l’injonction à se défaire de soi-même comme de toute attache ! D’ailleurs, soi est un privilège, et c’est mal. Tout ce qui pouvait entraîner une vie supportable est devenu néfaste, puisque c’est un privilège, doublé d’une norme, et que bien loin de le souhaiter il le faut détruire. L’exotisation du pire, modalité de l’essentialisme retrouvé, revêt les plus belles vestes de la logique shadock. Si ça fait mal, c’est que c’est bien. 

Ça a quelque chose de lumineux dans la contrainte, comme une lampe d’interrogatoire en pleine gueule.

 

Toutes les « copines », avec plus ou moins de délai, se sont insérées dans ce schéma consensuel. Intégration versus émancipation. Sa puissance d’assimilation est sans réplique. Il n’y a pas d’autre chemin pour être reconnue citoyenne de hamsterlande. Une éventuelle rétive se condamne à rester apatride et solitaire. Voilà qui fait réfléchir, si j'ose dire...

 

 

Plus personne

 


 

 

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 07:35


 

J’ignore si vous avez déjà lu des choses à propos du singulier traumatisme qui apparaît quelquefois chez les prisonnierEs, les exiléEs, celleux aussi qui sont d’une manière ou d’une autre tombéEs dans un état insupportable, hors de toute vie vivable, souvent matérialisé par un lieu, de préférence exigu et pourri. Ces témoignages sont aussi vieux que l’histoire écrite, mais se sont singulièrement multipliés depuis que la prison moderne existe, cette magnifique conquête des Lumières ; ces indispensables Lumières dont nous n’arrêtons pas de nous lécher les babines, et qui semblent à l’origine de la dépossession, du crashage et de l’enfermement contemporains. Depuis qu’un nombre colossal d’individuEs peuvent bénéficier donc des nombreuses formes de bouclage qui caractérisent notre époque de trous déracinés.

 

Ça consiste en une espèce d’attachement, désespéré et morbide, à son cachot et à ce qui va avec. Ça n’a rien d’enthousiaste ni d’idéaliste, oh ça non. En fait ce n’est même pas un attachement ; c’est un détachement, au contraire, et pour tout dire une crainte, de tout ce qui est hors !

 

On les trouve déjà dans le mélancolique Mes prisons, de Pellico. Il est vrai que celui-ci faisait encore partie de celleux qui l’avaient, comme on dit, bien cherché, en allant comploter contre les AutrichienNEs. Mais évidemment, ça s’est multiplié au rythme de l’enfermement, du parcage, qui est devenu, avec les temps modernes, une des grandes manières de faire vivre un présent exaltant, de gré (?) ou plus certainement de force.

 

Je me pose la question, en ce second automne que je vois m’échapper pour cause d’enfermement, relatif mais tout de même, dans un trou ; je me pose donc la question, en redéroulant l’abominable année que je viens de passer et les, disons, deux occasions que j’ai eues de pouvoir y échapper, fut-ce à grand prix et au risque d’une autre forme de précarité par la suite. Une des ces occasions s’est même acharnée sur moi, on pourrait dire. Une vraie chienne couchante. Eh ben non, j’ai failli mais je l’ai repoussée, terrorisée.

 

Et, bien sûr, en ce moment où je commence sérieusement à m’affaiblir, physiquement comme moralement, ne pouvant à la vérité supporter des conditions de vie aussi dégradées, je me pose des questions. Est-ce que je n’ai pas fini par m’attacher, en quelque sorte, à ce cachot ? Par cachot, j’entends à la fois l’endroit, ce garage repeint où le propriétaire gâteux et obsédé me pisse littéralement sur la tête, devant lequel la population locale défile en essayant de ne pas trop regarder, depuis que j’en ai poursuivi un dans la rue en beuglant ; et à la fois la situation, que je ne vois d’ailleurs pas comme m’étant propre. Situation sans espace, sans temps, suspendue, minable. Je participe, bien éberluée tout de même que la vie que j’ai tenté de mener m’aie conduite là, d’un abaissement général des conditions de survie. Peu importe qu’il y ait l’eau courante, par exemple, ou internet. Ce qui caractérise ces conditions, c’est l’entassement promiscuitaire, l’absence de lieu et de place qui soient propres aux personnes – ce qui ne signifie pas nécessairement la propriété au sens légal et privatif ; ainsi, dans ma petite maison, je vivais tout le plateau autour comme étant chez moi, tout autant que chez les autres habitantEs du lieu. Il faisait partie de mon intimité, avec gentes, bêtes et arbres. Et réciproquement, je faisais avec joie partie de la leur. Quelle chute lorsqu’on voit les unités d’habitation, les cellules, les chambres de mouroirs ou même les lotissements, avec leur quant-à-soi crispé et procédurier.

Le manque d’espace propre, ai-je dit. La précarité aussi, à tous les niveaux, même ceux relativement, comme on aime à dire privilégiés. Plus rien n’est vôtre, plus rien ne dépend de vous. En d’autres termes et en retournant la phrase, vous êtes à la merci d’un grouillis de mises au carré qui vont de la simple haine de voisinage au règlement du parc naturel régional, en passant par le service des eaux. Tout cela pourrait être bel et bon, à la rigueur, s’il ne s’agissait pas tout simplement de réglementer le désastre, et de faire que nulLE ne s’en échappe.

 

Mais bon, foin de ces récriminations poujadistes dont je suis coutumière, c’est pas de ça que je voulais causer, mais de son envers. Comment et pourquoi peut-on finir, fut-ce négativement, à se retrouver attachée, et je souligne ce mot, à une situation invivable, au point de faire foirer toutes les possibilités d’en sortir, même honorables ? La peur ? La peur. Je ne trouve, à vrai dire, pas bien d’autre explication.

 

La peur, comme bien collectif, si j’ose dire, est probablement une vieille, très vieille connaissance pour – tiens je vais redevenir antispé pour une minute – à peu près tout le règne animal. Je ne sais pas si je puis dire une motivation. M’enfin elle est à peu près omniprésente. Á ce point qu’on pourrait définir comme un état de félicité les rares moments où, même en scrutant notre conscience, nous n’avons peur de rien d’immédiat ou de presque immédiat.

Mais j’ai pas envie de gloser sur « la peur » comme quasi-abstraction, comme d’autres glosent sur « la violence » et autres tautologies. Nan. Là il s’agit très précisément de la peur qu’on ressent, une fois bien ratatinée, de faire au fond le moindre mouvement, de prendre une décision, de faire autre chose que survivre, pelotonnée, bien mal mais en attendant avec terreur le coup suivant. Or, voici que ce coup arrive.

 

Et, or de nouveau, la peur, et là je parle d’une peur bien particulière, une peur historiquement déterminée, la peur donc est un des grands… ah, comment dire ? – une des grandes personnes, des grandes présence de la modernité. Oui, plus qu’un principe ou une donnée. C’est une espèce de personne diffuse en chacunE d’entre nous. Qui nous nourrit de sa vilaine bouillie, et que nous nourrissons en retour, à moins qu’elle ne nous vampirise mais je n’aime pas nous déresponsabiliser, de toutes nos velléités, de nos sentiments, et même de notre force. Eh oui – je ne peux pas m’empêcher, lorsque je vois la vigueur décidée avec laquelle nous brandissons nos figures du Mal, lorsque je vois combien nous investissons de confiance hargneuse dans les institutions qui gèrent la peur et en vivent, je ne peux donc m’empêcher de penser que nous avons, en quelque sorte, fait désormais un pacte avec la peur. Mais pas du tout un pacte égalitaire. Non, nous lui avons donné la gouvernance – pourvu qu’elle soit une peur organisée, compréhensible,  bien distribuée et imposée à touTEs (ah, notre satané souci d’égalité abstraite). La peur est ainsi devenue une de ces qualités qui forment le sujet social moderne. Et nous y sommes attachéEs, à défaut de l’aimer à proprement parler (mais qu’en est-il par exemple de nos relations, cde mode de survie obligatoire, sinon d’un attachement ?).

 

J’ai parlé plus haut de bien collectif, qui est un néologisme plein de contenu et de sous-entendus. Ce n’est pas par hasard, mais c’était abusif en tant que donnée transhistorique et même transspécielle. La peur est une fatalité, une nécessité de survie, si on veut – mais la peur structurée justement comme bien collectif n’appartient qu’aux humainEs, et peut-être aux humainEs modernes (ça se discute). Et ça fait froid dans le dos, en fait, de se dire que – oui, c’est désormais un de ces biens, un de ces trucs sans lesquels on ne peut imaginer vivre ensemble, alors même qu’elle dissout cet ensemble. Une de ces saucisses qui nous pend irrémédiablement au nez. Un de ces biens, comme l’économie ou l’énergie nucléaire, avec lesquels nous nous exterminons lentement, progressivement, attentivement – mais on ne peut évidemment dire tranquillement !

Bref, constater que c’est désormais un bien collectif, une des médiations partagées à partir de laquelle nous produisons le monde, est en soi quelque chose… d’épouvantable. Je me remémore instantanément l’exposé sur la « machine infernale » de Docteur Folamour, où le dit docteur conclut, sur un ton inimitable, par la tautologie sans avenir ni espoir que « la machine infernale est terrifiante ».

 

Oh, bien sûr, on en trouvera toujours des raisons, d’avoir peur. Les raisons sont ce qui manque le moins. Et en instaurant une société d’obligations toujours plus intenses et étroites, on est bien certainEs d’avoir de quoi nourrir la peur par le cannibalisme et la brutalité systématiques que ces conditions intériorisées entraînent.

 

Mais la peur de s’échapper, la terreur de sortir de nos trous, matériels, situationnels, la crainte même de faire quelque chose pour nous opposer à notre destruction, si certaine soit-elle, et je ne parle pas ici, vous l’avez bien compris je pense, des impossibilités matérielles – voilà un produit bien singulier sur les rayons du triste supermarché des sentiments que nous nous autorisons et dévoluons.

 

C’est exactement ce que je vis depuis quelques années. Une peur qui me conseille sans arrêt de ne pas faire, de ne pas oser ce qui pourrait me sortir de la spirale viciée de la déchéance matérielle et morale. Qui me rend encore plus effrayantes les possibilités qui s’ouvrent, quelquefois très bonnes, ce qui est tout de même prodigieux et tout simplement opposé à la raison la plus ordinaire.

 

Bien sûr, les psys sont là pour découper tout ce sale gâteau en petites portions individuelles, pour nous persuader encore plus que, hors l’institution, il n’y a pas de salut, et conséquemment que nous ne pouvons rien faire ni ensemble, ni mêmes les unes pour les autres. Ce qui est très exactement d’ailleurs le credo des militantEs institutionnalistes en général : état, justice, missions sociales, économie, tout doit être médiatisé, sinon on se sait pas où ça irait et ce serait très mal.

 

Mais même passé cet écueil intellectuel, eh bien on est encore quinaudes, parce que c’est une réalité également, que cette peur isole.

Loin de moi pourtant l’idée volontariste de déclarer qu’il suffirait dès lors de ne plus y croire et de se mouvoir pour que les miasmes se dissolvent. Il s’agit, je pense, d’une de ces abstractions réelles chères au vieux Sohn-Rettel comme à mes camarades de la critique de la valeur. Elle est bien là, elle agit et s’incarne en nous, nous sommes elle. Et nous voilà bien avancéEs.

 

Bref, je suis persuadée que de structurer le monde entier en peurs, en peurs terrestres, en peur de l’immédiat, de l’autre et du voisinage, des méchantEs et des dominantEs, pas d’un enfer dans une autre vie, a des conséquences à tous les niveaux de notre survie. Que l’obsession du mal et des méchantEs, nécessaires et omniprésentEs, nous a à la fois structuréEs, pour le pire plus que pour le meilleur, et nous a par ailleurs parfaitement vrillé la nénette.

Et que le résultat le plus collectif, le plus commun, en est que tout ce qui nous reste d’énergie et même de liberté passe dans une frénésie d’aménagement de notre et de nos taudis, de nos survies véreuses et d’un social étouffant. En un mot dans un perfectionnement obsessionnel et peut être illusoire, perdu d’avance, perdu chaque jour dans l’éboulement de la carrière, des formes que nous ne voulons plus quitter, et dont nous ne voulons plus qu’elles nous désertent. Nous serions si seulEs alors !

Par conséquent, que toute échappée et tout dépassement, ne serait-ce que comme perspectives hypothétiques, sont désormais clairement jugées comme non seulement déraisonnables, mais suspects et même potentiellement criminels.

 

Il ne faut donc pas s’étonner si nous croupissons de plus en plus, moi la première, dans nos bauges rétrécies. Nous faisons tout pour, et notamment quand nous « warriorons » et nous transformons, non pas en amazones, mais en lignes Maginot encerclées, plus ou moins imprenables pendant un certain temps, mais nous écroulant à terme dans nos souterrains.

Nous nous sommes laissées de moins en moins de manière d’en sortir. En vie. Puisqu’une manière radicale mais paradoxale (on ne sort pas, on disparaît) est la mort rapide.  

 

Vous remarquerez que je n’ai convoqué à aucun moment une autre personne morale qui sévit fort chez nous, j’ai nommé le risque. Je viens même juste de m’en apercevoir, il ne s’est pas présenté jusque là une seule fois à ma réflexion. Tout simplement parce que ce fameux risque, tant prisé par le versant libéral et cynique des gestionnaires de la peur – dont je rappelle qu’à une multitude de titres nous faisons touTEs partie – est justement indissociable de cette fameuse peur. Sans peur omniprésente, pas de risque. Le risque n’est pas « ce qui pourrait arriver » (même si nous aimons croire à cet amalgame). Le risque c’est l’aspect de la peur qui concerne la dévaluation. C’est une espèce d’arithmétique qui a fort cours, et qui a remplacé presqu’entièrement ce qu’autrefois, avec plus ou moins de justesse d’ailleurs, nous appelions le possible ou même le destin. Je crois d’ailleurs que ces vieilles boîtes à chaussures n’étaient justement elles aussi que des boîtes à chaussures. Au moins étaient-elles moins terrorisantes.

 

Alors comment conclure ? Ben comme d’habitude, je dirais que la seule manière de conclure dépend de nous, et à commencer de chacunE. J’y ai soigneusement échoué, et que je sois ou non très « accompagnée » (façon de parler, puisque la peur et le manque de moyens qui en découle nous isolent) dans cet échec n’est que d’une importance adventice – quoi que, non… J’ai aussi souvent dit que plus nombreuses nous étions à résister au naufrage, matériel, intellectuel et moral, plus il y avait de chances et de navires qui tiennent la mer pour récupérer du monde. Donc non, effectivement, plus il y a de monde à la baille, moins on pourra s’en sortir.

 

Il ne s’agit pas, comme le voudrait un copié-collé agaçant, d’en « finir avec la peur ». Parce que cet intitulé patronne toujours la recherche de cette peur, en fait, et de maux, incarnés de préférence et même fétichisés, susceptibles de la nourrir. Je contemplais ainsi, ces derniers temps, le glissement de logique qui affecte les « slutwalks », les marches des salopes, à mesure qu’elles se répandent. Je n’entrerai pas ici dans ce que je pense de ces « réappropriations » en elles mêmes. Mais alors que les premières, dans leurs slogans, insistaient sur une forme de liberté et d’indifférence, aidées au besoin de coups de pied au cul des importunEs, celles qui se préparent ces jours-ci, en france par exemple, sont désormais arqueboutées sur la peur et le mal. Personnifiées ici par le viol et les violeurs (chacune sait que les femmes, bio ou trans, sont par nature et culture douces, respectueuses, bref ne se font pas de mal…). Et conséquemment sur l’appel aux institutions de la peur (puisque nous avons complètement intégré que nous ne pouvons ni même ne devons agir en notre nom, ni même nous entraider ; c’est à la police d’y veiller, point). On en arrive même, ça aussi il faudrait que j’en cause, à une concurrence dans le comment on a peur, en fonction de notre « statut social », ce nouveau pedigree, et à des réclamations spécifiques – mais toujours regroupées sous la houlette de cette bergère mécanique. L’important c’est que tout le monde puisse peuriser en accord avec son statut, ses ancêtres, sa validité et que sais-je encore. Participer – l’ultima ratio actuelle.

C’est une option, c’est même une décision. Je tiens juste pour ma part que, dans la mesure où elle est réalisable, elle ne nous mènera qu’au cœur de ce monde, de celui-ci, et nulle part ailleurs.

Après tout, si c’est ça qu’on veut. Mais il serait bon de l’assumer clairement, qu’on refuse de sortir du monde tel que nous l’avons, à la fois consciemment et inconsciemment, modelé depuis la réforme et les Lumières, dans le capitalisme, l’économie, l’essentialisme matérialiste, l’abstraction des gentes en valeur et en citoyenneté, la transmission de tout pouvoir aux institutions. D’assumer donc que ce monde est déjà le nôtre, dont nous voulons la perfection. Assumer enfin qu’il n’est pas impossible que cette perfection consiste en un suicide collectif au milieu d’une barbarie sans précédent. C’est une hypothèse. Qui survivra verra.

 

C’est là que je songe toujours à ce film dont je vous causait il y a des mois, Mater natura, qui raconte les innombrables déboires de f-trans dans une grande ville, ce qu’elles se prennent dans la figure et ailleurs. Mais ne finit pas sur un hymne à une réforme salvatrice, sur des lieux de travail du sexe vidéosurveillés, sur une représentation à la chambre, sur des lois et des chartes, etc etc. Elle finit sur une désertion, laquelle a été soigneusement orchestrée et préparée par une vieille maman trans, à l’insu de touTEs. Cette désertion est aussi une désertion de la peur, et des pansements qui la justifient, la pérennisent.

Enfin, une désertion des solutions. Voui. Je m’intéresse de plus en plus, avec ce qui me reste de cerveau, à cette espèce de chantage intellectuel et moral autogéré qui entend réduire le réel à « des problèmes et des solutions » - avec à la clé, comme toujours dans notre paresse morale qui préfère trouver des coupables qu’analyser des fonctionnements, l’incarnation nécessaire de ces formes obsédantes : tu es le problème ou la solution, point. Cela me paraît relever de ce que j’évoquais récemment à propos du consentement ou pas : on a d’emblée, dans ce cadre, accepté de ne pas sortir. Et de s’entrebouffer.

Il ne serait sans doute pas inintéressant que des gentes commencent à refuser d’être réduites à ces abstractions réelles qui nous mutilent tout aussi sûrement que des couteaux et des bistouris.

 

Il ne s’agit sans doute plus d’envoyer promener ces trucs ; mais au contraire d’aller nous-mêmes hors de leur prégnance, si possible est, et dans la mesure où nous en avons encore les moyens. Ces moyens sont sans doute des privilèges (encore que peu recensés comme tels) ; si c’en sont, c’est aussi qu’on – et nous faisons partie intégrante du « on » ! - nous les a retirés. Nous nous les sommes interdits aussi. Les privilèges, comme les cachots, peuvent faire des petits et se partager. Je préfèrerais un monde où se répandraient ce qui aujourd’hui sont devenus des privilèges, que des cachots.

 

Mais il faut pour cela parvenir à cesser d’aimer, en quelque sorte, la peur et sa mort lente, d’accepter de cesser de la nourrir et d’en tirer de torves bénéfices. C’est coton, je vous le dis. J’ai pas réussi. Ça ne veut pas dire que d’autres n’y parviennent pas en ce moment même. Discrètement et sans le demander à personne.

 

Comme disait l’autre, je leur donne ma voix qui meurt.

 

 

La merle blanche

 


 

 

 

 

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 08:52


 

Dans un état des choses qui ressemble à un carnaval organisé dans et par un hypermarché plein de vigiles, des initiatives comme Osez le féminisme me font quelquefois penser à des hard discounts, où même à ces grandes échoppes où l’on trouve toutes les démarques et surplus possibles et imaginables. Toutes les inventions d’il y a une génération, réemballées « ultra-new » et à prix sensationnel.

La dite assoce de néo institutionnalistes s’est déjà pas mal de fois signalée en réutilisant (la bonne vieille arnaque de la réappropriation reste un cran au dessus dans l’échelle), avec faconde et bonheur, des idées, campagnes, paradoxes mis au jours il y a entre dix et quarante ans par des féministes, lesbiennes, etc. qui n’ambitionnaient pas toujours les strapontins et chérissaient peu l’intégration sourcilleuse. Je songe à la « découverte du clito », par exemple, qui n’arrivait guère que quinze ans après l’originale. Il est vrai que des paillettes y avaient été ajoutées, et que la chose avait été soigneusement hétéraformatée. 

Tout de même, ça sent l’opportunisme qui réchauffe les vieilles tentatives – en les amoindrissant quelque peu pour ne pas faire peur.

 

Mais là, ce matin, j’ai gloussé, ce qui ne m’est pourtant pas facile vu la situation dégradée dans laquelle je me trouve, en voyant la dernière campagne : la suppression du mademoiselle. Et que du mademoiselle, après quoi tout le monde sera égale – ce qui fait songer un instant au « suffrage universel »… masculin. Il y a ce qui se clame et ce qui ne se dit pas, tellement c’est évident.

 

Ah, je vais pas lui courir après, au mademoiselle. Mais, ce faisant, OLF contresigne allègrement et probablement délibérément la dissociation entre madame et monsieur, ne voulant pas un instant, comme le font un certain nombre de gentes et mouvements, réclamer la suppression pure et simple de la mention de genre. J’ai déjà dit ce que je pensais de la croyance que les mots changent le monde, après tant d’autres. Sauf que là c’est gros, et que toute petite murène mal-pensante, isolée, que je suis, je me sens immédiatement, transounette, reportée au sein de touTEs les gentes qui en ont ras la t…fe de se voir assigner M ou F. Qui n’ont, n’avons aucune envie, ou aucun moyen, ou zut, d’en remplir les obligations. Parce que y a pas à dire, oui, c’est fréquemment insupportable. Il n’y a pas que ça d’insupportable, loin de là, mais n’empêche.

 

Bon, il faut bien le dire, OLF n’est pas seule dans la croisade pour une déconstruction durable et limitée (le fameux « progrès raisonnable dans les limites de la loi » cher à Hašek). On l’a encore vu récemment avec l’esbaudissement quasi général devant l’introduction, sur les papiers Australiens, d’une mention « autre » ou « trans ». Á peu près personne n’a vu dans cette multiplication un ferment supplémentaire de stigmatisation. Naaannn.

 

Beh non, hein. On va pas supprimer la case sacrée. On saurait plus qui est qui, quoi est quoi, qui est quoi et quoi est qui ! ; et comme un des fonds de commerce de touTes les néo-institutionnalistes est une société bien policée, bien catégorisée, il importe apparemment de conserver, voire de magnifier la binarité, comme disent mes petitEs camarades tpdg. Au reste, allez, j’en remets une louche, OLF, comme pas mal de ses co-clones, se signale par une nette poussée de néo-essentialisme, qui coule comme d’une source du matérialisme comptable transposé par les Delphy et autres partisanes de l’explication du monde par la distribution (qu’as-tu dans tes poches, qu’as-tu dans ta culotte, etc.). Il y faut impérativement des dominantEs et des oppriméEs par essence, comme dans tout fétichisme des groupes sociaux. Donc, il y faut – au moins – madame et monsieur.

 

Ou peut-être, plus bêtement, mais j’en doute un peu, le brain-trust ad hoc n’y a-t-il même pas pensé. Mais même dans ce cas, il y a des négligences qui peuvent être significatives.

 

La déesse sait si je suis aigrie envers les pensées progressistes, si les logiques queer me bourrent, et si la notion de « retard » (sur quoi ?) rencontre peu de récepteurs dans ma petite caboche. Mais, tout de même, le retard existe, c’est une notion valide, ça désigne quelque chose de tangible, et – qu’on trouve fondées ou non, prometteuses ou non, les abolitions du genre, disons dans la logique civile, eh bien OLF est bigrement « en retard » sur ce qui a été déjà proposé. Honnêtement,

Ou, lançons le clairement, elle n’en veut à aucun prix. Mais c’est alors maladroit de (re)lancer le débat…

 

C’est tout de même marrant ; il y a encore quelque jours, la grande affaire de celleux qui sont du bon côté était de glapir au sujet de la notion de genre en sciences nat’ (j’ai dit ce que je pensais en gros de la chose dans un précédent billet). Les mêmes, peu après, ne se sentent absolument pas gênéEs de sanctifier la césure sacrée. Ce qui montre, pour moi, surtout, l’inconséquence à laquelle conduit le pavlovisme intellectuel.

 

Comme dirait sans doute un ami, la morale d’état-civil a encore de beaux jours devant elle.

 

 

La petite murène (en réanimation)

 


 

 

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 19:53

 

 

Je vais être lourde, mais des fois on est fatiguée de tenter de réagir intelligemment, discursivement comme diraient d’aucunes, au pavlovisme généralisé, politique comme intellectuel, qui sévit en à peu près toutes matières (à part quelques questions intéressantes et conséquemment négligées).

 

Bref, comment ne pas soupirer pour la énième fois, devant la énième pétition antiputes, semblables à toutes les autres, repeinte comme elles en anti-clients (beh oui, les clientes n’ont pas d’existence reconnaissable), sur un site particulièrement gratiné (et même un peu cramé sur les bords), le genre qui fait se demander précisément pourquoi on est encore féministes, des fois, et ce que ça veut dire – ou pas :

 http://encorefeministes.free.fr/zeromacho.php3

 

Ou comment obtenir notre crevaison par affamement et stigmatisation renforcée (quiconque approche d’unE travailleuse du sexe est suspectE, sauf s’ilelle a un énorme badge de missionnaire sauveuRse de l’âme et du corps), mais sans nous réprimer, oh là non, c’est moyenâgeux et pas bien ça. On nous fera crever de manière civilisée, à distance. Avec une maigre becquée pour celles qui consentiront à abjurer – il est vrai qu’avec ce traitement, qui fait penser aux hérétiques qu’autrefois il fallait tenir à distance, sans contact social autre qu’avec les prêtres convertisseurs, « sans eau ni feu », on peut pronostiquer quelque succès, du moins en apparence.

 

Car la détermination ou non de louer son cul, aussi prosaïque et intégré dans l'obligation économique que ce soit, ça finit étonamment à ressembler, sous les diverses pressions, par certains côtés à la liberté de conscience, c’est assez peu facile à contrôler vraiment. C’est souvent insaisissable. La trique ni la loi sa compagne ne l’arrêtent forcément. Il faut alors en arriver à des extrémités douteuses – disons le, à un flicage généralisé. C’est un peu comme pour l’avortement (qui n'en a jamais été vraiment délivré, vu les conditions restrictives qui le grèvent), et l’idée pompidolienne de mettre un flic derrière chaque nana. Il est vrai que depuis on a subi des progrès en matière de contrôle, une seule personne peut en surveiller pas mal. Vous vous imaginez, si on nous met des puces anti-prostitution, ainsi qu'aux clients registrés, ça va être trop beau, la chasse aux puces sur écran via satellite, que la rouge et la verte ne se rejoignent jamais, sinon alerte, intervention. Biiip !


Rions jaune. L’idée reste, cependant, de la tutelle nécessaire. Ce qui touche au travail du sexe, depuis un siècle et demi, n’est de toute façon jamais sorti de la concurrence pour la tutelle, des macs aux prohis, en passant par les toubibs et les sociologues.

 

D’une manière ou d’une autre, il faut que ça leur rapporte, que ce soit en monnaie ou en signification sociale.

 

Mais, pour le dire plus vulgairement encore, comment s’en prendre aux putes sans y toucher ? Les nitouches du nettoyage social donnent la réponse, assez simple au demeurant.

Par contre, c’est toujours pour notre gueule. On n’est pas sortables. Y a que nous qui n’avons pas le droit sacré de monnayer – elle ne songeraient pas un instant à ce qu’on remette en cause le monde entier de la valorisation ! Vous n’y pensez pas, ce serait la fin de l’économie, de l’état, des guichets, bref de tout ce qui nous fait une vie si agréable !

 

Décidément, je regrette toujours plus chaque jour de ne plus parvenir à écrire sur le statut de valeur de la relation, et l’éminente arnaque qu’il y a de causer de sa « gratuité ». Sans parler évidemment de la gueule qu’elle a, cette prétendue gratuité, en l’état : couples qui traînent leur chaîne dans la rue que ça fait pitié, mômes et violences conjugales. Ah elle est belle…

Je déteste pareillement les "arguments" pro-pute et encore plus pro-sexe bêtes, du genre évidences sociologiques ou acceptations plates de la notion de "besoin". Je suis contre la naturalisation du boulot en général, qui est un des piliers du monde actuel. Mais comme disait mon vieux maître St Thomas d'Aquin, on ne doit pas occulter une vérité pour en faire valoir une autre - et une bêtise insigne n'en excuse aucune en face.

Le jour où relationner ne sera plus une obligation sociale et existentielle, de même que travailler(1), on en reparlera. Je ne verrai pas ce jour, s’il doit arriver, et c’est fort dommage. On n'y pense même pas, touTes occupéEs à installer tout le monde, égalitairement, dans la catastrophe (mais proprement, à des travaux dignes - la dignité du travail et de la prolétarisation générale, mon dieu que nous aurons avalé de c...ies !).

 

Mais badigeonner une vulgaire (oui, vulgaire !) transaction en sacrement, et accuser les putes de blasphème et de simonie pasqu’elles le vendent, voilà une hypocrisie comme on en avait rarement vu (2). Soit on s'en prend pour de bon à ce monde entier d'abstractions réelles qui nous asservissent touTEs, j'ai bien dit touTEs - et intelligemment please - soit on ferme sa g...

 

 

La petite murène

 

 

PS : ces derniers temps, ça y a été ferme de la pétition, ce moderne baromètre du « je suis du bon côté » (et moi aussi ! et moi aussi )..

La petite murène est très fière tout de même de quelque chose dans sa débine : elle n’en a signé aucune. De quel côté qu’elle vînt. Quelqu'instance qu'on lui en fît. 

Au moins, au moment de sa mort qui est peut-être fort proche, elle pourra se rendre ce témoignage. Elle n’a, depuis quelques années, ni fermé sa jolie gueule pleine de petites dents, ni aboyé avec les meutes pour autant.

 

 

(1) je tiens que « Je t’aime » est l’exact correspondant, dans le monde de la valeur, de « Je travaille, moi ! ». Je produis, je tiens ma place dans le processus sans tête ni fin. 

 

(2) Je rappelle toujours, au sujet de la mystification de l’affectif dans le marché des relations contemporaines, le  remarquable Idée moderne d’amour de Pascale Noizet.C'est un bon préambule à une future critique des relations comme valeur, au sens marxien du terme, de truc qui est notre traduction sociale obligée et nous bouffe.

 

 

 

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 12:21

 

 

« L’idiot du village fait la queue et tend sa carte d’adhérent pour prendre place dans le grand feu »

Thiéfaine


"Quand les bombardiers high-tech lâchent leur charge mortelle sur justes et injustes, ils mettent en œuvre de manière simplement active et violente la même logique qui tous les jours se déroule passivement, sans bruit et dans des dimensions beaucoup plus grandes à travers le processus économique."

Robert Kurz

 

 

 

Je crois que je mourrai, dans cette ambivalence qui m’a tuée entre participer à ce monde, y mettre des pansements d’un côté, le critiquer et déserter de l’autre, que je mourrai donc en ne sachant toujours pas si je suis étonnée ou non.

Si je reste bouche bée devant ce que je tends à identifier comme une mixture de cynisme et d’inconscience, sans d’ailleurs toujours bien en discerner les proportions ; mixture qui semble former mes contemporainEs victimaires de toutes les catégories qui continuent à se battre désespérément pour s’introduire dans la capsule chaque jour plus étroite du monde de la représentation et de la valeur, conditions actuelles très réelles de survie.

Ou bien si, me regardant du reste, je suis résignée : nous ne sommes plus que ça et ce mouvement ne nous est pas propre, il est automate, comme tout le phénomène d’écrasement qui le contient et l’entoure.

 

N’empêche, une fois de plus je lis les bandeaux de hourrahs lgteubés® qui accompagnent la libération (!) de l’expression de l’orientation sexuelle chez les militaires américainEs. Et je reste assise dans un mélange de tristesse et de blasage.

 

Rien à voir, évidemment, avec le fait que ce soit aux states. Il faudra, si je survis, que je dise un jour l’autre accablement que suscitent chez moi les feignantises paralytiques politico-morales que constituent les automatismes antiméchants par la fétichisation des groupes sociaux, ainsi que les fantasmes historiques et idéologiques qu’ils recouvrent ; antiaméricanisme, antisionisme, antispéculateurisme, anti-islamisme, antibourgeoisisme… Mes camarades de la critique de la valeur ont d’ailleurs déjà beaucoup travaillé là-dessus, et je vous y renvoie en attendant (ou en n’attendant pas, si je cane avant d’avoir retrouvé mes facultés et ma vie).

C’est, si j’ose dire, du ressort du second étage de la fusée. Je parle plutôt du premier, du fondamental.

 

C’est le fait même, brut, général, qui m’effraie. On se réjouit qu’il soit toujours plus possible, à un plus grand nombre et de manière toujours plus bigarrée, de porter et servir la raison générale d’état, d’économie, de domination (et vous aurez bien compris que je parle de la domination générale, et que je n’ai pas plus de sympathie quand elle s’incarne chez les militaires clandestinEs d’un état putatif que dans celui d’une « grande puissance ».

Cette raison sanglante dont parle Robert Kurz dans un livre malheureusement non encore traduit en français.

Hier, on se réjouissait d’un renforcement des frontières (pour les méchantEs, là encore, bien entendu).

 

Il s’agit d’être toujours du bon côté, de plus en plus réduit : celui qui n’est pas encore dévalué, celui sur qui ne pleuvent ni les jugements ni les bombes, celui qui ne croupit pas dans un mouroir.

 

Et c’est là que surgit l’ambivalence. Est-ce que réellement les contradictions insolubles que cela pose ne sont pas perçues ? Ou bien est-ce que, clairement, « on », c'est-à-dire touTes les impétrantEs à la reconnaissance, ont fait allégeance au monde tel qu’il est, ont accepté toutes ses conséquences ?

 

Je crains bien que, courte vue ou pas, la seconde réponse soit la plus appropriée.

 

Ce qui détermine aussi, toute moribonde que je sois, l’évolution de mon ambivalence.

 

Comme je le disais l’autre jour à des co-adhérantes d’une grosse orga, qui assure de fait ce qu’on appelle un service public de santé, je craque à l’idée de continuer à poser des pansements sur des blessures que, directement ou non, je vais causer par ailleurs en soutenant les formes qui modèlent le présent.

 

J’ai délibérément, ne déplaise à sos-homophobie, refusé d’être hétéro ou hétéra dès mon enfance, dans la cour de recréation où je prenais dans la gueule ce que j’identifiais comme étant un des principes de ce monde. Je croyais naïvement que ce serait une désertion effective. Près de quarante ans plus tard, j’ai du maintes fois constater que les querelles sur la réalisation et l’intégration, la perfection donc dudit monde, ne remettaient pas un instant ses bases en cause. Bien au contraire. Et que ne pas être hétéra (tout en se réappropriant et en repeignant, bien entendu, pasque faut pas gâcher, tout ce qui fait le monde hétéropatriarcal) n'avait aucune vertu qui change quoi que ce soit.

Dommage, c'était bien essayé, nan ?

 

( Il est tout à fait possible qu'un au moins de ceux qui étaient avec moi dans la cour de recré soit aujourd'hui bienveillant officier dans ces armées modernes et ouvertes. Qui sait, peut-être lui-même a-t'il fait son coming out. Youpi. Voilà qui change tout, n'est-ce pas ? )

 

Il arrive évidemment que ce soit plus grossier et caricatural dans certains cas que dans d’autres. Il y en a dont l’espoir est ainsi accroupi dans les tribunaux, avec une tête qui ressemble de plus en plus à celle de tous les  vautours. Il y en a qui l’identifie à cette bonne vieille image du, de la soldatE qui d’une main extermine les ennemiEs de la liberté, de l’autre distribue rations K et tentes aux réfugiéEs de l’économie en armes.

 

J’aurai la cruauté de rappeler cette magnifique image d’une idéologie aujourd’hui discréditée, où un soldat du Troisième Reich, puisque c’est de lui dont je parle, était photographié, un enfant (blond !) dans ses bras et dévorant une tartine avec des yeux pleins de joie. La légende en était « Populations abandonnées, faites confiance au soldat allemand ». Les destinataires du message étaient les habitantEs des pays envahis.

Il est possible que ç'ait été l'image prototype de la brutalité schizophrène et des ses prétextes humanitaires ; les naziEs ont été des précurseurEs de l'efficience publicitaire, comme le fait remarquer G. Anders (1).

De nos jours, l’enfant n’est plus nécessairement blond, exotisme et guerre planétaire obligent. Le soldat est issu d’une foultitude d’armées, demain d’encore plus, vu les néo-états qui poussent à la porte pour faire eux aussi, et leurs peuples, partie intégrantes et reconnues du crashage. Sans parler des ONG qui champignonnent. C’est vrai que ça serait nul, à quelque échelle que ce soit, de rater l’apocalypse qui a déjà commencé – et qui commence par nous et notre déni de conscience. Il doit forcément rester des places !

 

Et donc, à quelque échelle que ce soit, individuelle et citoyenne comme internationale et étatique, en passant par les milieux, les identités et les assoces, c’est la cohue pour entrer. Ou plutôt pour officialiser le fait qu’on est dedans, bien au fond. Qu’on a sa carte (à puce !).

 

PorteurEs (puisque nous sommes désormais des porteurEs de singularités et de détermination, rien de plus et rien de moins) d’orientation sexuelle et d’identités de genre, nous ne sommes pas en reste. C’est l’allégresse à chaque petit mouvement dans la foule entassée, qui nous rapproche de l’inclusion totale.

 

Merci bien. Je me suis foutue dedans, moi aussi. Et individuellement, économiquement. Et idéologiquement, collectivement, en tentant un schizophrénique grand écart entre critique et réclamation, entre désertion et pansements. Je n’ai pas su choisir.

 

Je suis l’idiote du village, en quelque sorte. Charité bien ordonnée commence par soi-même.J'y ai cru, et très au delà du raisonnable et de l'évidence.

 

N’empêche, je suis drôlement accompagnée.

 

 

 

La girafe pouic pouic

 

 

(1) Dont la seconde partie de l'Obsolescence de l'homme vient d'être enfin traduite (éd. Fario). Je n'ai pas le courage de me livrer à une critique des forces et des faiblesses de son approche. Je vous renvoie à un article de la revue Krisis : http://www.krisis.org/2009/arbeit-macht-nicht-frei-2

 

 

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:05

 

 

« Nous avions cru ne voir qu'une bête ensablée : nous contemplions une planète morte. »

Paul Gadenne

« Moi je veux mourir sur scène »

Dalida et les freaques réuniEs.

 

 

 

 

Je regarde, sur cette table qui n’est plus chez moi, sous le soleil encore matinal même si je suis une feignasse, ce joli tube rouge et blanc. Quel accord de couleur ! Celui même de tout l’appareil médical mondial. Il éclabousse comme une ambulance de la Croix Rouge. C’est un tube d’éthynil-œstradiol ; d’hormones, quoi. Il contient par conséquent de la mort et je m’en tartine chaque jour.

 

De la mort pas plus symbolique, ni moins, que celle qui est contenue en un paquet de tabac, ou qui émane de toutes les saloperies synthétiques au milieu desquelles nous croupissons, que nous ingérons, respirons, faisons nôtres jusque sur les lits d’hôpitaux et les tables réfrigérantes des maisons mortuaires. Rien à voir, vous le devinez bien, avec les gnagnateries rubicondes de la « culture de mort » ou de la « culture de vie ». Rien que du très tangible. Á terme et accumulé. Cancer ou avc. Mais aussi du très significatif de ce que nous faisons de nous-même, cet incommode objet. Et significatif n’est pas symbolique.

 

Je me rappelle cette étrange virevolte, dont d’autres m’ont aussi causé, qui présida à la décision de ma transition. Je dis présider, au sens où ça planait dessus comme un sale nuage qui décourage d’imaginer le ciel. Ce nuage était tout gonflé, constitué du « constat » que « les choses n’allaient pas changer ». Ce genre de constat qui est en fait une profonde résignation, un renoncement, pour ne pas dire une abdication. Et puisqu’il fallait que quelque chose, puisque choses nous sommes aussi désormais, bougeât, puisqu’il fallait qu’il y eût mouvement, eh bien je bougeais, nous bougeâmes. Et, ce faisant, je consentis, nous consentîmes à ployer sous la logique de ce monde. Puisque la montagne ne venait ni à nous ni à rien, nous nous laissâmes aller à la montagne, même si c’était d’une étrange manière. La manière comptait peu, ou plutôt se réglait selon notre sectorisation. Nous étions le « pack de genre » et nous nous déplaçâmes sur la règle graduée du genre. Ayant échoué à abolir et encore plus à dépasser, nous nous hâtâmes de réaliser, de rivaliser et de résoudre. Et, résolvant, nous nous sommes dissoutEs.

 

Dans les faits, ça prend la forme très prosaïque de « Ça ne va pas. Ça n’est plus possible. Nous ne pouvons ni ne voulons y échapper. On va donc faire encore plus fort. ». Dans notre cas c’est la transition, comme dans d’autres ce furent la défonce, la lutte armée, le travail, la politique, le judiciaire… Tout et son contraire, du moment que ce fût assimilable par le monde tel qu'il est. 

Transition aussi de la troisième à la première personne, laquelle devient par ce mouvement même objet, objet de transfos, de travail, de contrainte : retour élastique à la troisième personne. Plus de je.

 

Nous sommes devenuEs « réalistes », au sens faible du terme, en nous fracassant dans le réel.

 

Mais c'est tout de même effrayant combie nous sommes prêtEs à payer de notre personne, jusqu'à dilapidation totale et même endettement au-delà (!), pour ne pas remettre en cause les formes de base. Il est vrai que cette alternative ne serait elle-même pas donnée.

 

Je me rappelle aussi que mon abdication devant les principes en vigueur passa également par accepter ce qui pourtant était quelque chose de rédhibitoire. Et de l’accepter sciemment. D’accepter donc d’être à vie enchaînée à l’industrie pharmaceutique, ce que je n’avais jamais été et suis, comme par hasard, de plus en plus.

D’être enchaînée à ce qui a tout particulièrement pactisé avec la mort. Pour en faire encore et toujours de la valeur. Que rien ne soit perdu. 

 

Mais comment s’en étonner ? Je me rappelle aussi cet espèce de petit sourire que nous échangions, avec un cops ftm, à évoquer le cancer et la mort que nous nous préparions avec, on pourrait dire, une forme d’enthousiasme cynique. J’en ai froid dans le dos aujourd’hui, et je ne suis pas la seule.

 

Quant à la question de genre, ce qui saute aux yeux comme une bête enragée, c’est que nous l’avons rendue par notre objectivation quelque peu adventice, prétexte. Nous l’avons résolue, provisoirement, dans l’adhésion à la destruction générale. Á notre sauce bien entendu. La diversité de notre monde consiste dans le nombre de sauces dont nous nous enduisons pour être en fin de compte, et tout de même, comestibles. La sauce aux hormones et au bistouri en est une.

 

 

Plume

 

 

La suite, si j’y parviens, dans L’usine à trans.

 


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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 10:45


 

« On n’immobilisera pas le Vésuve

Avec des vignes. Avec du lin on

Ne tiendra pas un géant. La folle étuve

Des lèvres suffit afin qu’en lion

Les vignes changées se retournent soudain »

Marina Tsvetaeva

 

 

Je ne retrouve même pas, dans la mémoire électronique, la seule qui me reste, trace d’un petit texte que j’avais écrit au début de l’été, rapport à un des sujets de bien ou de mal pensance qui rebondit depuis des semaines sur sa planche mécanique. Lequel sujet est la fervente piapiasse autour de « l’introduction de la théorie du genre dans les manuels de sciences naturelles », et ce qui m’avait incité alors à en causer était une hypothétique pétition, de laquelle je n’ai plus entendu parler, d’enseignantEs physiquement ou au moins moralement barbuEs genre troisième rép’ qui s’y opposaient aux côtés des réacs de service. J’émettais en fait quelques doutes envers la dimension et les origines réelles de cette pétition, intitulée « l’école déboussolée », qu’aurait bien pu donc nous démouler une Chiland. Et je pense toujours que c’est un leurre lancé par les mêmes dont les cheveux affectent de se dresser sur la tête ; donc pas même d’antiques laïcardEs.

 

Dommage, ça aurait pu ajouter un rôle amusant à la comédie quelque peu… binaire !

 

Bref j’ai du effacer cette ébauche, me disant que c’était trop facile de gausser sur ce genre d’histoire. Pourtant, la déesse sait que dans ma débine, les deux tiers de la tête emportés au coupe-boulon, je ne lésine plus sur ladite facilité pour jacter encore un peu. Enfin…

 

J’y reviens par lassitude, par flemme morale et intellectuelle de causer de choses plus compliquées, et aussi parce que, au cours des semaines, cette affaire semble s’être imposée dans nos milieux comme une grande cause nationale. Et que comme telle, les argumentaires y consacrés commencent sérieusement à basculer, d’un côté comme de l’autre (puisqu’apparemment il n’y en a que deux), dans l’incantatoire.

 

Je faisais tout de même remarquer, dans le texte effacé, que je trouvais singulier l’interpénétration entre sciences dites humaines et sciences dites naturelles. Je voyais bien l’intérêt que la base de la critique de genre fût enseignée plus en cinquième qu’en terminale où personne n’a plus rien à fiche des contenus et ne pense plus qu’au bac. Mais tout de même – ce déversement des humanités, ou de ce qui s’appela autrefois ainsi, dans la bonne parole objectiviste des sciences, les vraies, les dures, me laissait rêveuse.

 

Ça me laisse d’autant plus rêveuse après avoir lisouillé, ce matin, un splendide article qui se définit comme darwiniste, qualificatif auquel je rajouterais volontiers celui de mécaniste (http://feministesentousgenres.blogs.nouvelobs.com/). L’auteur en reprend avec ferveur, je tiens à ce terme, les vieilles lunes de la biologisation du social, les mêmes d’ailleurs que défendent les boucliers humainEs de SOS Homophobie, qui sont persuadéEs que si on prouve que d’être trans ou pédégouine c’est pas notre faute, c’est un gène ou un machin comme ça, on est néEs telLEs et on se cherche jusqu’à ce qu’on se trouve, eh bien que si on présente tout ça, ainsi qu’une carte d’identité biométrique, on nous fera plus de mal, promis.

Là, il se rajoute la tout aussi fameuse déclaration « y a des tpdg aussi chez les non-humainEs ». Ce que d’ailleurs je ne m’aventurerai pas à confirmer ni à contredire. Ce qui me fait ch… c’est de toujours aller chercher les justifications ailleurs, puisque résolument nous ne sommes pas assez pour nous justifier nous-mêmes. Notre existence, sans énormes contreforts naturalistes, serait suspecte.

 

Wahou ! Á chaque fois, rien que d’y penser j’en ai le tournis.

 

Non, mais, bon… Comme d’habitude, ce qui m’emmerde dans ce genre de passes d’arme infiniment prévisibles, c’est déjà à quel point justement les contenus le sont, prévisibles – mais aussi les attitudes ; ou plutôt l’attitude, parce que je n’en vois qu’une seule.

Et cette attitude, en fait, ce n’est même pas un bon et plat « on a la vérité ». Oh non, non. La notion de vérité, comme celle de réalité, paraît désormais tellement audacieuse que personne, pas même les pires cathos, ne se risque trop plus à en faire usage. Nan – maintenant on se barricade derrière une barrière mobile (comme celle des anti-émeutes) de « bien public ». Il faut qu’il en soit ainsi, sinon des fléaux s’abattront sur la terre. C’est évidemment le langage des anti-théorie de genre, pour lesquels c’est la porte à toutes les dissolutions et à toutes les turpitudes, disons-le, puisqu’ellils n’y ont rapidement vu que « légitimation de pratiques déviantes » (ce qui n’a à l’origine rien à voir, le genre étant précisément, en principe, découplé des sexualités – même si ça n’a pas toujours l’air très clair non plus pour mes petitEs camarades déconstructionnistes).

Mais de l’autre côté, chez les progressistes on va dire, pareil ! l’approche genrée paraît désormais un gros œuf de félicité nécessaire, qu’il importait de pondre, et surtout, surtout, auquel il est primordial de conférer l’inamovibilité, l’incontestabilité du scientifique. Comme je l’ai dit plus haut, pas de la science humaine, laquelle se prête trop aux doutes, aux ratiocinations, aux avancées impromptues dans des directions mal contrôlables. Nan. La science, la vraie la dure, celle qui est depuis deux siècles en érection permanente, avec les conséquences dont nous bénéficions chaque jour, et les formes de pensée qui s’adaptent si bien à notre monde de production et d’intensité.

Du scientifique, donc, religion moderne, et on peut dire quasiment du juridique. Toutes ces mises en forme ayant en commun d’ôter tout accès réel à la chose, qui se met à se balancer au dessus de nos têtes comme une caméra de surveillance dans un ballon captif.

 

Ce n’est pas par hasard que l’article de pupuce, le darwiniste, m’a vaguement réveillé de mon coma traumatique. Ça m’a rappelé bien des choses d’un coup. Toutes ces tentatives totalisantes d’expliquer le monde, et aussi de lui attribuer un but. Pour les unEs c’est le paradis et l’enfer ; pour les autres l’évolution et le progrès sans fin autres qu’elleux-mêmes ; pour les troisièmes, que je crois enfantEs des secondEs, la production et le plaisir autocéphales. Etc… Nous, on n’est à chaque fois que du bétail, de la chair à saucisses ou des mégabits – en même temps que des abstractions comptables - au service de ces radieuses perspectives. Et le darwinisme, exemple type, avec sa téléologie des espèces (qui semblent un miroir des « groupes sociaux »…), ses éxégèses politico-économiques, donne quand même le frisson lorsqu’on voit à quoi il a servi, c'est-à-dire au bétonnage idéologique du capitalisme et de l’asujettissement. Le monde qui en est pétri ne s’est pas forcément révélé beaucoup plus émancipé que celui des créationnistes, pour tout dire…

 

En fait, je tiens beaucoup à l’approche genrée, même si je suis quelquefois sceptique envers le constructionnisme comme principe général. D’un point de vue simplement intuitif et raisonnable (private joke !), ça me paraît quand même bien coller avec l’expérience que j’ai de la vie et de comment nous sommes. Ce qui m’emmerde justement, c’est de la voir mettre sur la même étagère, d’un coup, et pour des raisons qui fleurent la panique (les méchantEs reviennent !), que, je sais pas, ce fameux darwinisme, le mécanisme en général, ou encore la thurifération de l’industrie, du nucléaire, dont on nous enseignait en sciences naturelles qu’il allait répandre le bien, l’abondance et la paix sur la planète (on avait déjà dit ça, beaucoup plus tôt, de l’aviation…).

Je n'ai pas envie d'y croire, de m'y abandonner. 

Et surtout pas par peur.

C’est de nouveau la croyance qui se manifeste, pour ne pas dire, des fois, la crédulité envers le magistère, cette nécessité de croire, de contresigner, sinon le mal va s’engouffrer dans tous nos interstices. Cette crédulité qui nous corne dans l'oreille que si on pense bien, qu'on fait bien penser, en troupe et unanimement, le mal reculera. C’est d’ailleurs, exactement, le fond de l’argumentation comme de la rhétorique des anti-théorie de genre. Depuis des siècles, nous nous tenons les unEs et les autres sur ce perchoir étroit, à nous filer des coups de bec. 

Des doutes les plus divers et les plus vastes, nous nous employons à construire des boulevards sécurisés, des certitudes inexpugnables, revêches - et, pensons nous discrètement, profitables. Des remparts contre la peur.

 

La peur, en somme, comme ultima ratio. La peur qui pousse à simplifier, à fuir tout ce qui semblerait anicroche ou incomplet. Á rediscuter. La peur qui pousse aux révélations ; « ceci est la voie ».

 

Et c’est aussi l’appel, la clameur, l’incantation aux « forces publiques », à ces outils acéphales d’un monde que nous ne contrôlons plus, que nous ne prétendons même plus contrôler. L’État, la justice, l’économie, l’école, les académies, que sais-je encore ? Plus personne ne semble pouvoir se dire qu’ellil a somme toute une quelconque importance propre, et qu’ellil pourrait bien essayer de penser. Nan. Tout ce qui agite désormais, c’est de se battre pour ce qu’on aura le droit de mettre sur l’étalage autorisé. De se battre pour se voir proposer et même au besoin imposer l’abstraite vérité pratique qui va faire de nous d’encore plus citoyenNEs, participantEs..

Si on n’était pas aussi déterminéEs à se livrer, et à livrer les autres, à ces machineries berzingues et indépassables (enfin qu’on croit telles), est-ce qu’on s’agripperait autant au statut (ah, le revoilà ce fameux statut) d’une idée… ? On a quand même bougrement la dégaine de gentes qui courent après le salut !

 

La similarité des attitudes, ferveur, croyance et défense, déférence et abandon à l'idée salvatrice, me semble un indice particulièrement gratiné d’une forme profonde d’idéologie commune à des adversaires. On se bat pour mieux réaliser, en concurrence, le même monde. Ma foi – en voilà, justement, un choix. Après tout ? Le problème est qu’il n’est pas assumé tel. Il est travesti en nécessité, en évidence. En évidence morale même. Et la force gigantesque du social, le gros animal de Simone Weil, en fait une abstraction réelle, agissante et écrasante, si ce n’est éradicante.

 

On y croit ! Comme disent les battantEs.

 

Eh bien pour ma part, je ne crois pas du tout que ce soit un grand service, comme on pourrait dire benêtement, rendu à l’approche de genre, que d’en faire une nouvelle potiche sur les étagères des écoles – je ne sais pas si vous avez connu ces vieilles écoles, où les murs étaient adornés des prix reçus par des élèves quelquefois défuntEs depuis longtemps. Ça me fait irrésistiblement songer à ces vieux souvenirs.

Ça semble plutôt le meilleur moyen d’achever de figer une recherche qui tend déjà, il faut bien le dire, à se coaguler dans les tubes à essai de l’emprise universitaire, laquelle détient de nos jours les clés de la légitimité intellectuelle. Pour le malheur de presque touTEs et la stérilité d’une pensée corsetée. Je n’ai qu’à lire la pauvreté répétitive et pusillanime des innombrables communications qui y sont suspendues, pour me convaincre que c’est mal parti, côté échappatoire. Et c’est fort dommage. On avait de quoi !

 

Mais on a visiblement décidé de s’enterrer dans un monde qui rejette l’incertitude. Ça doit être contre-révolutionnaire. Mais certainement contre-productif – et quoi de plus sacré que produire ?!

 

La petite murène

 

 

PS ; Sinon, et pour en revenir à du temporel immédiat, j’ai eu à ce sujet un échange avec mes camarades de mon Planning, qui m’a surpris. En effet, leur analyse était que le ministère avait fini par céder aux commissions qui lui conseillaient depuis un moment d’inclure la base de l’approche genrée dans les programmes, en échange à son refus obstiné d’enseigner autre chose, dans les mêmes « SVT », que l’hétérosexualité reproductrice. Parce que bon, l’égalité abstraite passe encore, mais la perversité…

C’est d’ailleurs significatif que les beuglardEs de droite aient tout de suite fait l’amalgame. On ne les a pas tellement entendu causer de rôles construits, mais plutôt de légitimation de « pratiques douteuses ». Ce qui pourtant n’était précisément pas dans le contenu proposé.

 

En gros, c’est la lâcheté circonstancielle du ministère sur les sexualités qui nous vaudrait l'occasion de toute cette comédie sur le genre.

 

J’avoue, je reste dubitative envers cette hypothèse ; mais va savoir. En tout cas, ça y rajouterait du cocasse, à défaut de lucidité…

 

 


 

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 09:43


 

 

« Liberté, égalité, fraternité ou la mort. »

Devise de 1793

« Sois mon frère ou je te tue ! »

Traduction simultanée de l’époque

« Ma chère sœur, peut-être, au gré de mes envies ou priorités, ne te laisserai-je pas crever tout de suite. »

Version « indignée », début du XXIème siècle

 

 

 

 

Il n’y a guère plus vrillant et insupportable, dans un espace de plus en plus réduit où chacunE s’ingénie à produire toujours plus de bruit (pardon, de son) pour tenter de se rappeler qu’ellil étaient censéE exister, qu’unE obsédéE d’Edith Piaf, une des scies les plus atterrantes que je connaisse.

 

Y en a unE pas loin.

 

D’autant que là ça sent le sapin, et que Piaf est une véritable rengaine d’enterrement (ou d’incinération, puisque le pli en est pris).

 

J’ai appris, en quelques semaines, la mort de plusieurs personnes, lesquelles avaient en commun d’avoir, chacune à sa manière, refusé les enrégimentements, les facilités et les mensonges. Avec constance et obstination. Quelquefois depuis très longtemps.

 

Le genre de personnes dont la seule présence quelque part vous donne, si vous êtes dans de semblables dispositions, un peu de force à vivre.

 

Mais là, les choses étaient devenues sans doute par trop invivables. Peut-être, empoisonnées, sommes-nous devenues invivables à nous-mêmes.

 

Ça sonne en tout cas comme un triste appel. Celui de la fosse.

 

Nous n’avions pour la plupart, en fin de compte, pas réussi à bien vivre. Et la conséquence en est que nous mourrons mal. Mais à présent, même celles d’entre nous qui pouvaient se regarder y passent. On a franchi une étape dans la dynamique du mouroir.

 

Je hais le cynisme faussement collectif qui fait murmurer « Meurs aujourd’hui, moi c’est pour demain – et si possible bien plus tard ». Cynisme qui glane un silencieux succès, dans ces vies de plus en plus immédiates, dépouillées et dépouillantes, arrogantes et hypocrites ; ces vies qui sont nôtres.

 

Je n’admets pas ces vies qui font salement mourir, au petit malheur la chance.

 

Et il y en a encore qui causent benoîtement de sororité, ou autres attrappes-mouches du même genre, dans ce coquet charnier.

 

Je ne suis la sœur ni des mortes, parce que je ne le mérite pas, ni des vivantes qui champignonnent dessus, parce que ça me bourre.

 

Je ne suis plus qu’en sursis, furaxe et dégoûtée.

 

 

Plume

 

 


 

 

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2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 13:45


 

 

Dépouillée la Plume. S’est faite dépouiller, oui. S’est faite. Cette fameuse forme verbale sur laquelle nous avions jeté anathème, puisqu’elle supposait que nous pouvions, malheureuses !, concourir en quelque manière à notre propre malheur. Et il est vrai que je préfère, même avec un retour critique, ne pas en abuser. Mais là, c’était quand même trop gros, que je laisse, pour la seule fois où cette étrange flemme me prenait, le panier, mon panier, avec livres et papiers, derrière le siège.

J’ai toujours détesté la parano contemporaine du triple tour de clé, de s’enfermer chez soi (!), de truffer la vie de caméras et de détecteurs. J’ai trop longtemps vécu dans une campagne où je ne fermais jamais. Et je l’appliquais, depuis que j’en ai eu une, à ma tuture, que j’ai laissée garnie dans les endroits les plus hasardeux. Mais jamais cependant je ne laissais livres et cahiers, rien que pour les avoir avec moi. Et là, juste cette nuit, cette flemme qui évoque tant l’autodestruction m’a incitée à ne pas les monter.

 

Disparus. C’est quand même pas mal, y z’auraient pu je sais pas… prendre tous les outils, la carte grise, que sais-je ? Ben non, vous savez ce qu’y z’ont pris ? Mon panier avec livres et manuscrits, et… mes médocs ! L’oestrogel et les anti-andros chez les zivas de la Porte de Montreuil ; ça revêt un aspect, comment dire, comique.

 

Mais c’est tout de même pas drôle. Par ma négligence, me voilà encore moins, ce qu’il fallait faire vu comme je l’étais moi-même déjà dépouillée. Plus de maison, plus de biotope, plus de voisinEs… Et là plus de cahiers. Tout « Hamsterlande », tout « Exotisation » disparus à jamais, probablement dans un vide-ordures. Les bouquins, y z’iront au boul’mich ; Sévigné, Postone, Gilson… ça va renouveler l’ordinaire ; réglo, faut bien que tout le monde vive.

 

Que tout le monde vive… Mais de quelle vie ? Et surtout, vous n’avez pas comme un frisson, quand vous nous, nous toutes donc, nous entendez parler de « nos vies » ? Nos vies… L’objet… Le fameux rapport d’objectivation… Qu’ai-je fait de ma vie, de ma peau ? Mais surtout, si je parle ainsi, qui parle ? Quel sujet devenu complètement fantomatique, Barbie entièrement dépourvue, libérée des accessoires. Un « je » sans plus aucune détermination, sans feu ni lieu eut dit Ellul, sans passé, avenir, et au présent douteux.

 

Je suis par trop traumatisée, là, pour entrer dans les détails et dans le fond de la chose, que je suppose très vaste, aussi vaste que notre désastre. Mais ça me paraît évident que si je glose « j’ai gâché ma vie », ce qui est incontestable, celle qui parle n’est pas cette vie, elle la regarde, toute éclatée soit-elle. Y a quelque chose qui ne va pas.

 

Je suis nue de l’intérieur, sans plus rien qui m’attache, « libérée » si je veux mais tellement libérée que j’en suis morte. Agamben, égérie contemporaine, cause de la vie nue selon des déterminations historiques précises. Mais sans même aller jusques là, la nudité se répand.

 

Le soir même que je me faisais dépouiller, je parcourais avec quelque malaise un bouquin qui traînait chez la copine, un des ces répétitifs romans naturalistes et exotisants à la Extebarria, espèce de suite de références et de trashitudes se suffisant à elles-mêmes, qui expriment si bien la vie nue à laquelle nous sommes appeléEs. Mort stupide nécessaire incluse. La tête m’en tournait. Quand je lis ces trucs qui se multiplient, j’ai l’impression de lire la propagande du néant. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas qu’une impression. Et quand je songe à mes comparses qui trouvaient si éclairants ces ouvrages faisant l’éloge d’un dépouillement plus du tout choisi, entièrement subi, jusques à la personnalité… Mais il est vrai que garder quoi que ce soit, à part quelques idées, est bourgeois

Ce qui est désormais recommandé, c’est de n’être, mais alors totalement, qu’actes, projets et pratiques. De s’identifier à cette vie extraite d’elle-même.

 

J’avais donc perdu terre et maison, me voilà allégée de ma mémoire, de ce qui dans cette mémoire se rattachait encore à quelque chose qui ne voulait pas couler. Et je ne peux que suer d’angoisse lorsque je songe à ma négligence si bien ciblée. Est-ce que je n’ai pas devancé l’appel du néant, une fois de plus ? Est-ce que la bébête aveugle qui s’est installée dans mon âme au cours de toutes ces années de déconstruction n’a pas encore fait son œuvre d’anéantissement.

 

D’autant que poser la question, c’est pour ainsi dire y répondre…

 


 

 

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 12:07

 

 

Une bonne petite potée de haine et de stupidité (dont l'auteure est d'ailleurs coutumière jusques à l'insignifiance).

http://sisyphe.org/spip.php?article3956

 

On sait l'exaspération que je nourris dans ma basse-cour envers queerlande, le rubik's cube et le déconstructionnisme. Mais ce genre de vomi excite au moins autant mon désespoir devant la bêtise de gentes qui ont bien du quelque jour, pourtant, avoir une tête...

 

L'insignifiance est hélas devenue très significative. Ca commence tout de même à bien faire que nous soyions si nombreuses à nous promener acéphales, assommées ou bien coiffées d'une cocotte-minute. Dans tous les cas aveuglement, imprécations et surtout circularité, pour ne pas dire tournis.

 

Voilà qui va nous mener loin. On est même déjà arrivées.

 

Car, cela dit, c'est, plus largement, aussi un bel indice, avec les productions du site en question et de bien d'autres, de combien le matérialisme comptable, qui croit expliquer le monde en scrutant les fonds de poche (quand ce ne sont pas les fonds de culotte), ainsi qu'en fantasmant sur les démons et les anges, les raclures du passé et les parangonNEs de l'avenir qu'incarneraient les groupes sociaux, ce même matérialisme que le vieux Karl, bien mal servi par ses épigones, qualifiait déjà de "vulgaire", nous a ramené tout droit à l'essentialisme le plus crasse et béat (ou haineux, c'est selon, voir Orwell).

Ca serait quand même pas mal qu'au delà des ses postures actuelles (matérialisme versus postpostmachin) le féminisme revienne sur son divorce d'avec une critique sociale un peu conséquente, qui aille au delà de vérifier combien de morceaux il reste dans le sucrier...


Mais il est vrai que celle ci est bien peu recherchée en notre temps.

 

 

La petite murène inconsolable de la séparation de ses deux mamans...

 

 

PS : C'est pas que pour gueuler - même si aussi, pasqu'y a de quoi - mais également pour appeler à un travail... déjà au moins d'état des lieux sur le divorce sus-évoqué. Et peut-être, pasque je suis d'un optimisme forcené dans ma moribondité, de comment raccrocher les roulottes !

Il y en a forcément qui font, ou ont envie de faire, ça. C'est pas à la mode mais zut ! Pas grave si on passe pour des ringardes, des rabat-joie ou des fouisseuses. On nous en a déjà tellement envoyé...


 


 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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