Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 12:21

 

 

« L’idiot du village fait la queue et tend sa carte d’adhérent pour prendre place dans le grand feu »

Thiéfaine


"Quand les bombardiers high-tech lâchent leur charge mortelle sur justes et injustes, ils mettent en œuvre de manière simplement active et violente la même logique qui tous les jours se déroule passivement, sans bruit et dans des dimensions beaucoup plus grandes à travers le processus économique."

Robert Kurz

 

 

 

Je crois que je mourrai, dans cette ambivalence qui m’a tuée entre participer à ce monde, y mettre des pansements d’un côté, le critiquer et déserter de l’autre, que je mourrai donc en ne sachant toujours pas si je suis étonnée ou non.

Si je reste bouche bée devant ce que je tends à identifier comme une mixture de cynisme et d’inconscience, sans d’ailleurs toujours bien en discerner les proportions ; mixture qui semble former mes contemporainEs victimaires de toutes les catégories qui continuent à se battre désespérément pour s’introduire dans la capsule chaque jour plus étroite du monde de la représentation et de la valeur, conditions actuelles très réelles de survie.

Ou bien si, me regardant du reste, je suis résignée : nous ne sommes plus que ça et ce mouvement ne nous est pas propre, il est automate, comme tout le phénomène d’écrasement qui le contient et l’entoure.

 

N’empêche, une fois de plus je lis les bandeaux de hourrahs lgteubés® qui accompagnent la libération (!) de l’expression de l’orientation sexuelle chez les militaires américainEs. Et je reste assise dans un mélange de tristesse et de blasage.

 

Rien à voir, évidemment, avec le fait que ce soit aux states. Il faudra, si je survis, que je dise un jour l’autre accablement que suscitent chez moi les feignantises paralytiques politico-morales que constituent les automatismes antiméchants par la fétichisation des groupes sociaux, ainsi que les fantasmes historiques et idéologiques qu’ils recouvrent ; antiaméricanisme, antisionisme, antispéculateurisme, anti-islamisme, antibourgeoisisme… Mes camarades de la critique de la valeur ont d’ailleurs déjà beaucoup travaillé là-dessus, et je vous y renvoie en attendant (ou en n’attendant pas, si je cane avant d’avoir retrouvé mes facultés et ma vie).

C’est, si j’ose dire, du ressort du second étage de la fusée. Je parle plutôt du premier, du fondamental.

 

C’est le fait même, brut, général, qui m’effraie. On se réjouit qu’il soit toujours plus possible, à un plus grand nombre et de manière toujours plus bigarrée, de porter et servir la raison générale d’état, d’économie, de domination (et vous aurez bien compris que je parle de la domination générale, et que je n’ai pas plus de sympathie quand elle s’incarne chez les militaires clandestinEs d’un état putatif que dans celui d’une « grande puissance ».

Cette raison sanglante dont parle Robert Kurz dans un livre malheureusement non encore traduit en français.

Hier, on se réjouissait d’un renforcement des frontières (pour les méchantEs, là encore, bien entendu).

 

Il s’agit d’être toujours du bon côté, de plus en plus réduit : celui qui n’est pas encore dévalué, celui sur qui ne pleuvent ni les jugements ni les bombes, celui qui ne croupit pas dans un mouroir.

 

Et c’est là que surgit l’ambivalence. Est-ce que réellement les contradictions insolubles que cela pose ne sont pas perçues ? Ou bien est-ce que, clairement, « on », c'est-à-dire touTes les impétrantEs à la reconnaissance, ont fait allégeance au monde tel qu’il est, ont accepté toutes ses conséquences ?

 

Je crains bien que, courte vue ou pas, la seconde réponse soit la plus appropriée.

 

Ce qui détermine aussi, toute moribonde que je sois, l’évolution de mon ambivalence.

 

Comme je le disais l’autre jour à des co-adhérantes d’une grosse orga, qui assure de fait ce qu’on appelle un service public de santé, je craque à l’idée de continuer à poser des pansements sur des blessures que, directement ou non, je vais causer par ailleurs en soutenant les formes qui modèlent le présent.

 

J’ai délibérément, ne déplaise à sos-homophobie, refusé d’être hétéro ou hétéra dès mon enfance, dans la cour de recréation où je prenais dans la gueule ce que j’identifiais comme étant un des principes de ce monde. Je croyais naïvement que ce serait une désertion effective. Près de quarante ans plus tard, j’ai du maintes fois constater que les querelles sur la réalisation et l’intégration, la perfection donc dudit monde, ne remettaient pas un instant ses bases en cause. Bien au contraire. Et que ne pas être hétéra (tout en se réappropriant et en repeignant, bien entendu, pasque faut pas gâcher, tout ce qui fait le monde hétéropatriarcal) n'avait aucune vertu qui change quoi que ce soit.

Dommage, c'était bien essayé, nan ?

 

( Il est tout à fait possible qu'un au moins de ceux qui étaient avec moi dans la cour de recré soit aujourd'hui bienveillant officier dans ces armées modernes et ouvertes. Qui sait, peut-être lui-même a-t'il fait son coming out. Youpi. Voilà qui change tout, n'est-ce pas ? )

 

Il arrive évidemment que ce soit plus grossier et caricatural dans certains cas que dans d’autres. Il y en a dont l’espoir est ainsi accroupi dans les tribunaux, avec une tête qui ressemble de plus en plus à celle de tous les  vautours. Il y en a qui l’identifie à cette bonne vieille image du, de la soldatE qui d’une main extermine les ennemiEs de la liberté, de l’autre distribue rations K et tentes aux réfugiéEs de l’économie en armes.

 

J’aurai la cruauté de rappeler cette magnifique image d’une idéologie aujourd’hui discréditée, où un soldat du Troisième Reich, puisque c’est de lui dont je parle, était photographié, un enfant (blond !) dans ses bras et dévorant une tartine avec des yeux pleins de joie. La légende en était « Populations abandonnées, faites confiance au soldat allemand ». Les destinataires du message étaient les habitantEs des pays envahis.

Il est possible que ç'ait été l'image prototype de la brutalité schizophrène et des ses prétextes humanitaires ; les naziEs ont été des précurseurEs de l'efficience publicitaire, comme le fait remarquer G. Anders (1).

De nos jours, l’enfant n’est plus nécessairement blond, exotisme et guerre planétaire obligent. Le soldat est issu d’une foultitude d’armées, demain d’encore plus, vu les néo-états qui poussent à la porte pour faire eux aussi, et leurs peuples, partie intégrantes et reconnues du crashage. Sans parler des ONG qui champignonnent. C’est vrai que ça serait nul, à quelque échelle que ce soit, de rater l’apocalypse qui a déjà commencé – et qui commence par nous et notre déni de conscience. Il doit forcément rester des places !

 

Et donc, à quelque échelle que ce soit, individuelle et citoyenne comme internationale et étatique, en passant par les milieux, les identités et les assoces, c’est la cohue pour entrer. Ou plutôt pour officialiser le fait qu’on est dedans, bien au fond. Qu’on a sa carte (à puce !).

 

PorteurEs (puisque nous sommes désormais des porteurEs de singularités et de détermination, rien de plus et rien de moins) d’orientation sexuelle et d’identités de genre, nous ne sommes pas en reste. C’est l’allégresse à chaque petit mouvement dans la foule entassée, qui nous rapproche de l’inclusion totale.

 

Merci bien. Je me suis foutue dedans, moi aussi. Et individuellement, économiquement. Et idéologiquement, collectivement, en tentant un schizophrénique grand écart entre critique et réclamation, entre désertion et pansements. Je n’ai pas su choisir.

 

Je suis l’idiote du village, en quelque sorte. Charité bien ordonnée commence par soi-même.J'y ai cru, et très au delà du raisonnable et de l'évidence.

 

N’empêche, je suis drôlement accompagnée.

 

 

 

La girafe pouic pouic

 

 

(1) Dont la seconde partie de l'Obsolescence de l'homme vient d'être enfin traduite (éd. Fario). Je n'ai pas le courage de me livrer à une critique des forces et des faiblesses de son approche. Je vous renvoie à un article de la revue Krisis : http://www.krisis.org/2009/arbeit-macht-nicht-frei-2

 

 

Repost 0
Published by
18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 14:05

 

 

« Nous avions cru ne voir qu'une bête ensablée : nous contemplions une planète morte. »

Paul Gadenne

« Moi je veux mourir sur scène »

Dalida et les freaques réuniEs.

 

 

 

 

Je regarde, sur cette table qui n’est plus chez moi, sous le soleil encore matinal même si je suis une feignasse, ce joli tube rouge et blanc. Quel accord de couleur ! Celui même de tout l’appareil médical mondial. Il éclabousse comme une ambulance de la Croix Rouge. C’est un tube d’éthynil-œstradiol ; d’hormones, quoi. Il contient par conséquent de la mort et je m’en tartine chaque jour.

 

De la mort pas plus symbolique, ni moins, que celle qui est contenue en un paquet de tabac, ou qui émane de toutes les saloperies synthétiques au milieu desquelles nous croupissons, que nous ingérons, respirons, faisons nôtres jusque sur les lits d’hôpitaux et les tables réfrigérantes des maisons mortuaires. Rien à voir, vous le devinez bien, avec les gnagnateries rubicondes de la « culture de mort » ou de la « culture de vie ». Rien que du très tangible. Á terme et accumulé. Cancer ou avc. Mais aussi du très significatif de ce que nous faisons de nous-même, cet incommode objet. Et significatif n’est pas symbolique.

 

Je me rappelle cette étrange virevolte, dont d’autres m’ont aussi causé, qui présida à la décision de ma transition. Je dis présider, au sens où ça planait dessus comme un sale nuage qui décourage d’imaginer le ciel. Ce nuage était tout gonflé, constitué du « constat » que « les choses n’allaient pas changer ». Ce genre de constat qui est en fait une profonde résignation, un renoncement, pour ne pas dire une abdication. Et puisqu’il fallait que quelque chose, puisque choses nous sommes aussi désormais, bougeât, puisqu’il fallait qu’il y eût mouvement, eh bien je bougeais, nous bougeâmes. Et, ce faisant, je consentis, nous consentîmes à ployer sous la logique de ce monde. Puisque la montagne ne venait ni à nous ni à rien, nous nous laissâmes aller à la montagne, même si c’était d’une étrange manière. La manière comptait peu, ou plutôt se réglait selon notre sectorisation. Nous étions le « pack de genre » et nous nous déplaçâmes sur la règle graduée du genre. Ayant échoué à abolir et encore plus à dépasser, nous nous hâtâmes de réaliser, de rivaliser et de résoudre. Et, résolvant, nous nous sommes dissoutEs.

 

Dans les faits, ça prend la forme très prosaïque de « Ça ne va pas. Ça n’est plus possible. Nous ne pouvons ni ne voulons y échapper. On va donc faire encore plus fort. ». Dans notre cas c’est la transition, comme dans d’autres ce furent la défonce, la lutte armée, le travail, la politique, le judiciaire… Tout et son contraire, du moment que ce fût assimilable par le monde tel qu'il est. 

Transition aussi de la troisième à la première personne, laquelle devient par ce mouvement même objet, objet de transfos, de travail, de contrainte : retour élastique à la troisième personne. Plus de je.

 

Nous sommes devenuEs « réalistes », au sens faible du terme, en nous fracassant dans le réel.

 

Mais c'est tout de même effrayant combie nous sommes prêtEs à payer de notre personne, jusqu'à dilapidation totale et même endettement au-delà (!), pour ne pas remettre en cause les formes de base. Il est vrai que cette alternative ne serait elle-même pas donnée.

 

Je me rappelle aussi que mon abdication devant les principes en vigueur passa également par accepter ce qui pourtant était quelque chose de rédhibitoire. Et de l’accepter sciemment. D’accepter donc d’être à vie enchaînée à l’industrie pharmaceutique, ce que je n’avais jamais été et suis, comme par hasard, de plus en plus.

D’être enchaînée à ce qui a tout particulièrement pactisé avec la mort. Pour en faire encore et toujours de la valeur. Que rien ne soit perdu. 

 

Mais comment s’en étonner ? Je me rappelle aussi cet espèce de petit sourire que nous échangions, avec un cops ftm, à évoquer le cancer et la mort que nous nous préparions avec, on pourrait dire, une forme d’enthousiasme cynique. J’en ai froid dans le dos aujourd’hui, et je ne suis pas la seule.

 

Quant à la question de genre, ce qui saute aux yeux comme une bête enragée, c’est que nous l’avons rendue par notre objectivation quelque peu adventice, prétexte. Nous l’avons résolue, provisoirement, dans l’adhésion à la destruction générale. Á notre sauce bien entendu. La diversité de notre monde consiste dans le nombre de sauces dont nous nous enduisons pour être en fin de compte, et tout de même, comestibles. La sauce aux hormones et au bistouri en est une.

 

 

Plume

 

 

La suite, si j’y parviens, dans L’usine à trans.

 


Repost 0
Published by
8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 10:45


 

« On n’immobilisera pas le Vésuve

Avec des vignes. Avec du lin on

Ne tiendra pas un géant. La folle étuve

Des lèvres suffit afin qu’en lion

Les vignes changées se retournent soudain »

Marina Tsvetaeva

 

 

Je ne retrouve même pas, dans la mémoire électronique, la seule qui me reste, trace d’un petit texte que j’avais écrit au début de l’été, rapport à un des sujets de bien ou de mal pensance qui rebondit depuis des semaines sur sa planche mécanique. Lequel sujet est la fervente piapiasse autour de « l’introduction de la théorie du genre dans les manuels de sciences naturelles », et ce qui m’avait incité alors à en causer était une hypothétique pétition, de laquelle je n’ai plus entendu parler, d’enseignantEs physiquement ou au moins moralement barbuEs genre troisième rép’ qui s’y opposaient aux côtés des réacs de service. J’émettais en fait quelques doutes envers la dimension et les origines réelles de cette pétition, intitulée « l’école déboussolée », qu’aurait bien pu donc nous démouler une Chiland. Et je pense toujours que c’est un leurre lancé par les mêmes dont les cheveux affectent de se dresser sur la tête ; donc pas même d’antiques laïcardEs.

 

Dommage, ça aurait pu ajouter un rôle amusant à la comédie quelque peu… binaire !

 

Bref j’ai du effacer cette ébauche, me disant que c’était trop facile de gausser sur ce genre d’histoire. Pourtant, la déesse sait que dans ma débine, les deux tiers de la tête emportés au coupe-boulon, je ne lésine plus sur ladite facilité pour jacter encore un peu. Enfin…

 

J’y reviens par lassitude, par flemme morale et intellectuelle de causer de choses plus compliquées, et aussi parce que, au cours des semaines, cette affaire semble s’être imposée dans nos milieux comme une grande cause nationale. Et que comme telle, les argumentaires y consacrés commencent sérieusement à basculer, d’un côté comme de l’autre (puisqu’apparemment il n’y en a que deux), dans l’incantatoire.

 

Je faisais tout de même remarquer, dans le texte effacé, que je trouvais singulier l’interpénétration entre sciences dites humaines et sciences dites naturelles. Je voyais bien l’intérêt que la base de la critique de genre fût enseignée plus en cinquième qu’en terminale où personne n’a plus rien à fiche des contenus et ne pense plus qu’au bac. Mais tout de même – ce déversement des humanités, ou de ce qui s’appela autrefois ainsi, dans la bonne parole objectiviste des sciences, les vraies, les dures, me laissait rêveuse.

 

Ça me laisse d’autant plus rêveuse après avoir lisouillé, ce matin, un splendide article qui se définit comme darwiniste, qualificatif auquel je rajouterais volontiers celui de mécaniste (http://feministesentousgenres.blogs.nouvelobs.com/). L’auteur en reprend avec ferveur, je tiens à ce terme, les vieilles lunes de la biologisation du social, les mêmes d’ailleurs que défendent les boucliers humainEs de SOS Homophobie, qui sont persuadéEs que si on prouve que d’être trans ou pédégouine c’est pas notre faute, c’est un gène ou un machin comme ça, on est néEs telLEs et on se cherche jusqu’à ce qu’on se trouve, eh bien que si on présente tout ça, ainsi qu’une carte d’identité biométrique, on nous fera plus de mal, promis.

Là, il se rajoute la tout aussi fameuse déclaration « y a des tpdg aussi chez les non-humainEs ». Ce que d’ailleurs je ne m’aventurerai pas à confirmer ni à contredire. Ce qui me fait ch… c’est de toujours aller chercher les justifications ailleurs, puisque résolument nous ne sommes pas assez pour nous justifier nous-mêmes. Notre existence, sans énormes contreforts naturalistes, serait suspecte.

 

Wahou ! Á chaque fois, rien que d’y penser j’en ai le tournis.

 

Non, mais, bon… Comme d’habitude, ce qui m’emmerde dans ce genre de passes d’arme infiniment prévisibles, c’est déjà à quel point justement les contenus le sont, prévisibles – mais aussi les attitudes ; ou plutôt l’attitude, parce que je n’en vois qu’une seule.

Et cette attitude, en fait, ce n’est même pas un bon et plat « on a la vérité ». Oh non, non. La notion de vérité, comme celle de réalité, paraît désormais tellement audacieuse que personne, pas même les pires cathos, ne se risque trop plus à en faire usage. Nan – maintenant on se barricade derrière une barrière mobile (comme celle des anti-émeutes) de « bien public ». Il faut qu’il en soit ainsi, sinon des fléaux s’abattront sur la terre. C’est évidemment le langage des anti-théorie de genre, pour lesquels c’est la porte à toutes les dissolutions et à toutes les turpitudes, disons-le, puisqu’ellils n’y ont rapidement vu que « légitimation de pratiques déviantes » (ce qui n’a à l’origine rien à voir, le genre étant précisément, en principe, découplé des sexualités – même si ça n’a pas toujours l’air très clair non plus pour mes petitEs camarades déconstructionnistes).

Mais de l’autre côté, chez les progressistes on va dire, pareil ! l’approche genrée paraît désormais un gros œuf de félicité nécessaire, qu’il importait de pondre, et surtout, surtout, auquel il est primordial de conférer l’inamovibilité, l’incontestabilité du scientifique. Comme je l’ai dit plus haut, pas de la science humaine, laquelle se prête trop aux doutes, aux ratiocinations, aux avancées impromptues dans des directions mal contrôlables. Nan. La science, la vraie la dure, celle qui est depuis deux siècles en érection permanente, avec les conséquences dont nous bénéficions chaque jour, et les formes de pensée qui s’adaptent si bien à notre monde de production et d’intensité.

Du scientifique, donc, religion moderne, et on peut dire quasiment du juridique. Toutes ces mises en forme ayant en commun d’ôter tout accès réel à la chose, qui se met à se balancer au dessus de nos têtes comme une caméra de surveillance dans un ballon captif.

 

Ce n’est pas par hasard que l’article de pupuce, le darwiniste, m’a vaguement réveillé de mon coma traumatique. Ça m’a rappelé bien des choses d’un coup. Toutes ces tentatives totalisantes d’expliquer le monde, et aussi de lui attribuer un but. Pour les unEs c’est le paradis et l’enfer ; pour les autres l’évolution et le progrès sans fin autres qu’elleux-mêmes ; pour les troisièmes, que je crois enfantEs des secondEs, la production et le plaisir autocéphales. Etc… Nous, on n’est à chaque fois que du bétail, de la chair à saucisses ou des mégabits – en même temps que des abstractions comptables - au service de ces radieuses perspectives. Et le darwinisme, exemple type, avec sa téléologie des espèces (qui semblent un miroir des « groupes sociaux »…), ses éxégèses politico-économiques, donne quand même le frisson lorsqu’on voit à quoi il a servi, c'est-à-dire au bétonnage idéologique du capitalisme et de l’asujettissement. Le monde qui en est pétri ne s’est pas forcément révélé beaucoup plus émancipé que celui des créationnistes, pour tout dire…

 

En fait, je tiens beaucoup à l’approche genrée, même si je suis quelquefois sceptique envers le constructionnisme comme principe général. D’un point de vue simplement intuitif et raisonnable (private joke !), ça me paraît quand même bien coller avec l’expérience que j’ai de la vie et de comment nous sommes. Ce qui m’emmerde justement, c’est de la voir mettre sur la même étagère, d’un coup, et pour des raisons qui fleurent la panique (les méchantEs reviennent !), que, je sais pas, ce fameux darwinisme, le mécanisme en général, ou encore la thurifération de l’industrie, du nucléaire, dont on nous enseignait en sciences naturelles qu’il allait répandre le bien, l’abondance et la paix sur la planète (on avait déjà dit ça, beaucoup plus tôt, de l’aviation…).

Je n'ai pas envie d'y croire, de m'y abandonner. 

Et surtout pas par peur.

C’est de nouveau la croyance qui se manifeste, pour ne pas dire, des fois, la crédulité envers le magistère, cette nécessité de croire, de contresigner, sinon le mal va s’engouffrer dans tous nos interstices. Cette crédulité qui nous corne dans l'oreille que si on pense bien, qu'on fait bien penser, en troupe et unanimement, le mal reculera. C’est d’ailleurs, exactement, le fond de l’argumentation comme de la rhétorique des anti-théorie de genre. Depuis des siècles, nous nous tenons les unEs et les autres sur ce perchoir étroit, à nous filer des coups de bec. 

Des doutes les plus divers et les plus vastes, nous nous employons à construire des boulevards sécurisés, des certitudes inexpugnables, revêches - et, pensons nous discrètement, profitables. Des remparts contre la peur.

 

La peur, en somme, comme ultima ratio. La peur qui pousse à simplifier, à fuir tout ce qui semblerait anicroche ou incomplet. Á rediscuter. La peur qui pousse aux révélations ; « ceci est la voie ».

 

Et c’est aussi l’appel, la clameur, l’incantation aux « forces publiques », à ces outils acéphales d’un monde que nous ne contrôlons plus, que nous ne prétendons même plus contrôler. L’État, la justice, l’économie, l’école, les académies, que sais-je encore ? Plus personne ne semble pouvoir se dire qu’ellil a somme toute une quelconque importance propre, et qu’ellil pourrait bien essayer de penser. Nan. Tout ce qui agite désormais, c’est de se battre pour ce qu’on aura le droit de mettre sur l’étalage autorisé. De se battre pour se voir proposer et même au besoin imposer l’abstraite vérité pratique qui va faire de nous d’encore plus citoyenNEs, participantEs..

Si on n’était pas aussi déterminéEs à se livrer, et à livrer les autres, à ces machineries berzingues et indépassables (enfin qu’on croit telles), est-ce qu’on s’agripperait autant au statut (ah, le revoilà ce fameux statut) d’une idée… ? On a quand même bougrement la dégaine de gentes qui courent après le salut !

 

La similarité des attitudes, ferveur, croyance et défense, déférence et abandon à l'idée salvatrice, me semble un indice particulièrement gratiné d’une forme profonde d’idéologie commune à des adversaires. On se bat pour mieux réaliser, en concurrence, le même monde. Ma foi – en voilà, justement, un choix. Après tout ? Le problème est qu’il n’est pas assumé tel. Il est travesti en nécessité, en évidence. En évidence morale même. Et la force gigantesque du social, le gros animal de Simone Weil, en fait une abstraction réelle, agissante et écrasante, si ce n’est éradicante.

 

On y croit ! Comme disent les battantEs.

 

Eh bien pour ma part, je ne crois pas du tout que ce soit un grand service, comme on pourrait dire benêtement, rendu à l’approche de genre, que d’en faire une nouvelle potiche sur les étagères des écoles – je ne sais pas si vous avez connu ces vieilles écoles, où les murs étaient adornés des prix reçus par des élèves quelquefois défuntEs depuis longtemps. Ça me fait irrésistiblement songer à ces vieux souvenirs.

Ça semble plutôt le meilleur moyen d’achever de figer une recherche qui tend déjà, il faut bien le dire, à se coaguler dans les tubes à essai de l’emprise universitaire, laquelle détient de nos jours les clés de la légitimité intellectuelle. Pour le malheur de presque touTEs et la stérilité d’une pensée corsetée. Je n’ai qu’à lire la pauvreté répétitive et pusillanime des innombrables communications qui y sont suspendues, pour me convaincre que c’est mal parti, côté échappatoire. Et c’est fort dommage. On avait de quoi !

 

Mais on a visiblement décidé de s’enterrer dans un monde qui rejette l’incertitude. Ça doit être contre-révolutionnaire. Mais certainement contre-productif – et quoi de plus sacré que produire ?!

 

La petite murène

 

 

PS ; Sinon, et pour en revenir à du temporel immédiat, j’ai eu à ce sujet un échange avec mes camarades de mon Planning, qui m’a surpris. En effet, leur analyse était que le ministère avait fini par céder aux commissions qui lui conseillaient depuis un moment d’inclure la base de l’approche genrée dans les programmes, en échange à son refus obstiné d’enseigner autre chose, dans les mêmes « SVT », que l’hétérosexualité reproductrice. Parce que bon, l’égalité abstraite passe encore, mais la perversité…

C’est d’ailleurs significatif que les beuglardEs de droite aient tout de suite fait l’amalgame. On ne les a pas tellement entendu causer de rôles construits, mais plutôt de légitimation de « pratiques douteuses ». Ce qui pourtant n’était précisément pas dans le contenu proposé.

 

En gros, c’est la lâcheté circonstancielle du ministère sur les sexualités qui nous vaudrait l'occasion de toute cette comédie sur le genre.

 

J’avoue, je reste dubitative envers cette hypothèse ; mais va savoir. En tout cas, ça y rajouterait du cocasse, à défaut de lucidité…

 

 


 

Repost 0
Published by
5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 09:43


 

 

« Liberté, égalité, fraternité ou la mort. »

Devise de 1793

« Sois mon frère ou je te tue ! »

Traduction simultanée de l’époque

« Ma chère sœur, peut-être, au gré de mes envies ou priorités, ne te laisserai-je pas crever tout de suite. »

Version « indignée », début du XXIème siècle

 

 

 

 

Il n’y a guère plus vrillant et insupportable, dans un espace de plus en plus réduit où chacunE s’ingénie à produire toujours plus de bruit (pardon, de son) pour tenter de se rappeler qu’ellil étaient censéE exister, qu’unE obsédéE d’Edith Piaf, une des scies les plus atterrantes que je connaisse.

 

Y en a unE pas loin.

 

D’autant que là ça sent le sapin, et que Piaf est une véritable rengaine d’enterrement (ou d’incinération, puisque le pli en est pris).

 

J’ai appris, en quelques semaines, la mort de plusieurs personnes, lesquelles avaient en commun d’avoir, chacune à sa manière, refusé les enrégimentements, les facilités et les mensonges. Avec constance et obstination. Quelquefois depuis très longtemps.

 

Le genre de personnes dont la seule présence quelque part vous donne, si vous êtes dans de semblables dispositions, un peu de force à vivre.

 

Mais là, les choses étaient devenues sans doute par trop invivables. Peut-être, empoisonnées, sommes-nous devenues invivables à nous-mêmes.

 

Ça sonne en tout cas comme un triste appel. Celui de la fosse.

 

Nous n’avions pour la plupart, en fin de compte, pas réussi à bien vivre. Et la conséquence en est que nous mourrons mal. Mais à présent, même celles d’entre nous qui pouvaient se regarder y passent. On a franchi une étape dans la dynamique du mouroir.

 

Je hais le cynisme faussement collectif qui fait murmurer « Meurs aujourd’hui, moi c’est pour demain – et si possible bien plus tard ». Cynisme qui glane un silencieux succès, dans ces vies de plus en plus immédiates, dépouillées et dépouillantes, arrogantes et hypocrites ; ces vies qui sont nôtres.

 

Je n’admets pas ces vies qui font salement mourir, au petit malheur la chance.

 

Et il y en a encore qui causent benoîtement de sororité, ou autres attrappes-mouches du même genre, dans ce coquet charnier.

 

Je ne suis la sœur ni des mortes, parce que je ne le mérite pas, ni des vivantes qui champignonnent dessus, parce que ça me bourre.

 

Je ne suis plus qu’en sursis, furaxe et dégoûtée.

 

 

Plume

 

 


 

 

Repost 0
Published by
2 septembre 2011 5 02 /09 /septembre /2011 13:45


 

 

Dépouillée la Plume. S’est faite dépouiller, oui. S’est faite. Cette fameuse forme verbale sur laquelle nous avions jeté anathème, puisqu’elle supposait que nous pouvions, malheureuses !, concourir en quelque manière à notre propre malheur. Et il est vrai que je préfère, même avec un retour critique, ne pas en abuser. Mais là, c’était quand même trop gros, que je laisse, pour la seule fois où cette étrange flemme me prenait, le panier, mon panier, avec livres et papiers, derrière le siège.

J’ai toujours détesté la parano contemporaine du triple tour de clé, de s’enfermer chez soi (!), de truffer la vie de caméras et de détecteurs. J’ai trop longtemps vécu dans une campagne où je ne fermais jamais. Et je l’appliquais, depuis que j’en ai eu une, à ma tuture, que j’ai laissée garnie dans les endroits les plus hasardeux. Mais jamais cependant je ne laissais livres et cahiers, rien que pour les avoir avec moi. Et là, juste cette nuit, cette flemme qui évoque tant l’autodestruction m’a incitée à ne pas les monter.

 

Disparus. C’est quand même pas mal, y z’auraient pu je sais pas… prendre tous les outils, la carte grise, que sais-je ? Ben non, vous savez ce qu’y z’ont pris ? Mon panier avec livres et manuscrits, et… mes médocs ! L’oestrogel et les anti-andros chez les zivas de la Porte de Montreuil ; ça revêt un aspect, comment dire, comique.

 

Mais c’est tout de même pas drôle. Par ma négligence, me voilà encore moins, ce qu’il fallait faire vu comme je l’étais moi-même déjà dépouillée. Plus de maison, plus de biotope, plus de voisinEs… Et là plus de cahiers. Tout « Hamsterlande », tout « Exotisation » disparus à jamais, probablement dans un vide-ordures. Les bouquins, y z’iront au boul’mich ; Sévigné, Postone, Gilson… ça va renouveler l’ordinaire ; réglo, faut bien que tout le monde vive.

 

Que tout le monde vive… Mais de quelle vie ? Et surtout, vous n’avez pas comme un frisson, quand vous nous, nous toutes donc, nous entendez parler de « nos vies » ? Nos vies… L’objet… Le fameux rapport d’objectivation… Qu’ai-je fait de ma vie, de ma peau ? Mais surtout, si je parle ainsi, qui parle ? Quel sujet devenu complètement fantomatique, Barbie entièrement dépourvue, libérée des accessoires. Un « je » sans plus aucune détermination, sans feu ni lieu eut dit Ellul, sans passé, avenir, et au présent douteux.

 

Je suis par trop traumatisée, là, pour entrer dans les détails et dans le fond de la chose, que je suppose très vaste, aussi vaste que notre désastre. Mais ça me paraît évident que si je glose « j’ai gâché ma vie », ce qui est incontestable, celle qui parle n’est pas cette vie, elle la regarde, toute éclatée soit-elle. Y a quelque chose qui ne va pas.

 

Je suis nue de l’intérieur, sans plus rien qui m’attache, « libérée » si je veux mais tellement libérée que j’en suis morte. Agamben, égérie contemporaine, cause de la vie nue selon des déterminations historiques précises. Mais sans même aller jusques là, la nudité se répand.

 

Le soir même que je me faisais dépouiller, je parcourais avec quelque malaise un bouquin qui traînait chez la copine, un des ces répétitifs romans naturalistes et exotisants à la Extebarria, espèce de suite de références et de trashitudes se suffisant à elles-mêmes, qui expriment si bien la vie nue à laquelle nous sommes appeléEs. Mort stupide nécessaire incluse. La tête m’en tournait. Quand je lis ces trucs qui se multiplient, j’ai l’impression de lire la propagande du néant. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas qu’une impression. Et quand je songe à mes comparses qui trouvaient si éclairants ces ouvrages faisant l’éloge d’un dépouillement plus du tout choisi, entièrement subi, jusques à la personnalité… Mais il est vrai que garder quoi que ce soit, à part quelques idées, est bourgeois

Ce qui est désormais recommandé, c’est de n’être, mais alors totalement, qu’actes, projets et pratiques. De s’identifier à cette vie extraite d’elle-même.

 

J’avais donc perdu terre et maison, me voilà allégée de ma mémoire, de ce qui dans cette mémoire se rattachait encore à quelque chose qui ne voulait pas couler. Et je ne peux que suer d’angoisse lorsque je songe à ma négligence si bien ciblée. Est-ce que je n’ai pas devancé l’appel du néant, une fois de plus ? Est-ce que la bébête aveugle qui s’est installée dans mon âme au cours de toutes ces années de déconstruction n’a pas encore fait son œuvre d’anéantissement.

 

D’autant que poser la question, c’est pour ainsi dire y répondre…

 


 

 

Repost 0
Published by
27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 12:07

 

 

Une bonne petite potée de haine et de stupidité (dont l'auteure est d'ailleurs coutumière jusques à l'insignifiance).

http://sisyphe.org/spip.php?article3956

 

On sait l'exaspération que je nourris dans ma basse-cour envers queerlande, le rubik's cube et le déconstructionnisme. Mais ce genre de vomi excite au moins autant mon désespoir devant la bêtise de gentes qui ont bien du quelque jour, pourtant, avoir une tête...

 

L'insignifiance est hélas devenue très significative. Ca commence tout de même à bien faire que nous soyions si nombreuses à nous promener acéphales, assommées ou bien coiffées d'une cocotte-minute. Dans tous les cas aveuglement, imprécations et surtout circularité, pour ne pas dire tournis.

 

Voilà qui va nous mener loin. On est même déjà arrivées.

 

Car, cela dit, c'est, plus largement, aussi un bel indice, avec les productions du site en question et de bien d'autres, de combien le matérialisme comptable, qui croit expliquer le monde en scrutant les fonds de poche (quand ce ne sont pas les fonds de culotte), ainsi qu'en fantasmant sur les démons et les anges, les raclures du passé et les parangonNEs de l'avenir qu'incarneraient les groupes sociaux, ce même matérialisme que le vieux Karl, bien mal servi par ses épigones, qualifiait déjà de "vulgaire", nous a ramené tout droit à l'essentialisme le plus crasse et béat (ou haineux, c'est selon, voir Orwell).

Ca serait quand même pas mal qu'au delà des ses postures actuelles (matérialisme versus postpostmachin) le féminisme revienne sur son divorce d'avec une critique sociale un peu conséquente, qui aille au delà de vérifier combien de morceaux il reste dans le sucrier...


Mais il est vrai que celle ci est bien peu recherchée en notre temps.

 

 

La petite murène inconsolable de la séparation de ses deux mamans...

 

 

PS : C'est pas que pour gueuler - même si aussi, pasqu'y a de quoi - mais également pour appeler à un travail... déjà au moins d'état des lieux sur le divorce sus-évoqué. Et peut-être, pasque je suis d'un optimisme forcené dans ma moribondité, de comment raccrocher les roulottes !

Il y en a forcément qui font, ou ont envie de faire, ça. C'est pas à la mode mais zut ! Pas grave si on passe pour des ringardes, des rabat-joie ou des fouisseuses. On nous en a déjà tellement envoyé...


 


 


Repost 0
Published by
10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 10:09

 

 

"Honte à ceux qui choississent - boumbadaboumbadaboumbambam

L'aliénation étatique, ay Carmela, ay Carmela"

Vieille rengaine ringarde

 

 

L’important c’est de participer. Et même, plus précisément, de contribuer, dans un monde de délégation, de dépossession, de représentation (rien à voir bien sûr avec le démodé spectacle) et de droit. Nous sommes de bonNEs contribuables. Aux apports comme aux restrictions.

 

Et à quoi ne contribuerons-nous pas ? puisque notre fervent désir, à nous les lgbt, tpg et autres identités de genre encartées, est d’intégrer tous les aspects de ce monde. De les vivifier en nous en servant, et en les servant. Comme dit la bonne vieille devise américaine,  les vivifier en nous en servant, et en les servant. Comme dit la bonne vieille devise américaine, « demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Ou pour l’économie, la société, etc.

 

Nous ne faisons pas peu. Déjà bonNEs producteurices, consommateurices et citoyenNEs, nous sommes en outre d’excellentEs prescripteurices légaLEs. Comme je l’avais déjà souligné en des textes pleins d’amertume, nous en étions déjà à nous réjouir que le bras séculier s’abatte avec toute sa vigueur et son inhumanité sur les ceusses qui portent la main sur nous. Puisque rien ne vaut une bonne prison pour civiliser et éduquer. D’ailleurs, charité bien ordonnée commence par nous-mêmes. Je me souviens des suppliques pour obtenir des quartiers, sinon des centres de détention trans ou lgb.

 

Le propre du désastre contemporain est qu’on entend l’appliquer libéralement et également à touTEs, y compris soi. Qu’il excite l’avidité et le désir, fut-ce de la contrainte et de l’anéantissement. TouTEs ensemble, touTEs ensemble, ouais, ouais !!

 

Bref, venons en au fait. Je lis ce matin sur l’actualité que les Etats-Unis ont décidé d’annexer à leurs multiples interdictions de territoire les auteurEs de violences envers les lgbt. Et que nombre de mes congénères, puisque congénères nous sommes, que je le veuille ou non, semblent s’en réjouir et congratuler activement.

 

Je me rappelle pourtant combien grande était l’indignation, il y a fort peu d’années, envers la même interdiction, édictée par le même pays, envers… les séropo.

 

Mais voilà, celleux là étaient des gentilLEs, des innocentEs, tandis que celleux-ci sont de sombres coupables. Tout est dans le statut et le jugement. Il va de soi que s’interroger sur la pertinence morale même des frontières, de leur verrouillage, du pouvoir de dire qui a le droit (ce fichu droit, encore), ou pas, d’aller ici ou là, est d’une ringardise douteuse. Je ne cause évidemment même pas de l’évaluation judiciaire, tellement nécessaire à l’aménagement du cauchemar réel. Ce serait aller trop loin.

 

Et surtout, critiquer le fonctionnement de ce monde, plutôt que la mouvante distribution des claques, sent par trop une prétention défunte à une compréhension des choses qui ne tient pas un instant devant notre envie profonde de savoir qui est bonNE, qui est mauvaisE, désormais base de feu la critique sociale... Fi de changer le monde, fi de nous interroger nous-mêmes. Ce qui importe est juste d'être du bon côté, et de se tenir au courant des variations comme du rétrécissement incessant de ce territoire.

Croyance obstinée et toujours renouvelée en "elleux et nous", alors qu'il n'y a désormais qu'un nous en soupçonneuse déroute.

 

Vous me connaissez assez pour savoir que je ne vais d’ailleurs pas jouer du pipeau, pourtant fort tentant en un tel contexte, de l’exotisation politique. Et de suggérer que ce sont les vilainEs occidentalEs qui vont juger de qui est « homophobe » ou « transphobe ». Puisque je crois réellement cette approche daubée, stérile et autobloquante.

 

Non, c’est le fait même, tout cru, tout énorme en lui-même : nous sommes en train d’applaudir le parcage mondial, éminemment bénéfique à l’économie et à la paix sociale, les képis divers et chamarrés des innombrables police aux frontières, les centres de rétention administrative…

 

Nous sommes même en train d’y contribuer activement.

 

Je dirais bien « honte à nous ». Mais j’aurais plutôt envie de dire « honte à notre bêtise intégrationniste ». Honte à notre dévalaison de lemmings haineuXses, qui croient toujours qu'il y aura éluEs et damnéEs - et que nous serons du bon côté. Nous avons saisi la pelle et le pic pour creuser la tombe du suicide collectif humain. Comme nous sommes nouveLLes venuEs, en plus, il y a des chances que nous creusions vigoureusement. Il n’y a visiblement aucune horreur de ce monde à laquelle nous ne demandons pas notre assimilation.

 

Á quoi n’aurons nous pas contribué, nous amalgamant et nous condamnant par là même au sort commun, quand tout cet édifice mégalomane va nous tomber sur la tête ? En tous cas, il ne sera alors plus temps de couiner. Il faut toujours crier avant d’avoir mal – et avant de faire mal !

 

Vraiment cela fait un bien saumâtre réveil. Comment déserter désormais de cette glaise de guimauve impitoyable qui s’épanche vitement après les plus éloignéEs d’entre nous ?

 

 

La petite murène

 


Repost 0
Published by
4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 11:35

 

 

Encore une personne qui est passée de l’autre côté, celui qu’on peut quelquefois envier. J’ignorais jusqu’à son nom et au rôle qu’elle avait joué, à un moment crucial, lorsque ce fut la lutte « finale » pour la liberté d’avorter, qui n’aboutit alors qu’à une loi de tolérance, et à un écheveau de limites fort étroites. Reprise en main politique et médicale versus autonomie des nanas. Et voilà pourquoi on a aujourd’hui quatorze semaines, pas plus, et une loi sur l’avortement dont le préambule est pro-life…

Je cite : « La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie. »

Art. L. 2211-2. - Il ne saurait être porté atteinte au principe mentionné à l’article L. 2211-1 qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par le présent titre. »

Oilà…

 

Revenons à pupuce décédé. C’était un homme. Un cinéaste. On a aussi perdu Roussopoulos, de nos jours le choix médiatique sur la question se joue souvent entre des hommes, tradis comme Patrick Jean, néos comme Carré. Ils me font triper ni l’un ni l’autre. Je vais pas rentrer non plus dans le vieux débat sur féminisme, proféminisme, où j’ai déjà donné mon avis, où une petite phrase lapidaire a aussi bien cadré la question (devinez laquelle)…, où on peut répondre de diverses manières à la question récurrente : « Je suis une femme, pourquoi pas vous ? ». J’ai noté depuis longtemps que ça se bouscule pas au portillon pour transitionner dans le sens mtf, à proféministlande. Peut-être finalement, je m’en rends compte, pour de bonnes raisons. Je suis moi-même bien moins sûre aujourd’hui des tenants et aboutissants de l’affaire que j’ai pu l’être autrefois…

 

Mais bon, voilà, dans un coin de nécrologie, j’apprends qu’un Charles Belmont est mort, septuagénaire. Ce Charles Belmont fut le réalisateur d’Histoire d’A. Ça vous dit-y quelque chose ?

 

On ne le passe plus jamais, même dans les rencontres sur l’avortement. Peut-être pasqu’il y en a moins de copies que de « Regarde… », ou autres films un peu plus récents. Si vous faites une recherche sur Google, ce qui est, à défaut d’intéressant, un bon moyen de voir ce qui passionne les contemporainEs, vous aurez le plus grand mal à el trouver une référence. C’était déjà une rareté en fait à sa pleine époque, début des années soixante-dix. Une rareté que les flics s’arrachaient, mettant des embuscades pour choper les copies qui allaient à tel ou tel endroit. Le film était « interdit », par la volonté première de la charogne de Druon, pseudo-historien, alors ministre de je ne sais plus quoi, et qui n’était déjà pas très fraîche à l’époque.

 

Mais n’est-ce pas aussi parce qu’il promeut une vision de la liberté d’avorter qui n’est plus celle d’à peu près personne aujourd’hui ?

 

Il montre, sans chichis, sans dramatisation, un avortement, choisi, hors milieu médicalisé, des nanas qui entendent bien garder la maîtrise de la chose, des personnes, quoi. Toutes choses qui doivent faire lever le poil aux modernes, qui ne voient le salut que dans la loi, le contrôle et l’ordre médical.

 

Histoire d’A. Pied de nez à l’affligeant Histoire d’O, vous savez, là aussi, ce film qui fit une si belle carrière, et où l’on apprend combien le « consentement » et même la demande des humainEs dans un monde d’injonction au travail et au cul voisine facilement avec leur anéantissement… Au-delà même du pouvoir d’autrui, déjà redoutable, il y a l’effrayante haine de soi, bouteille qui gicle sans fin.

 

Une amie, de la génération d’avant la mienne, me raconta souvent l’épopée que représentait une projection de ce film. Dans sa ville, un soir, on l’attendait. Patatras, les flics ont arrêté les porteurEs sur la route, copie confisquée. Le public, mixte, se forme alors en manif. Sans résultat. On se promet de revenir gueuler le lendemain pour récupérer le film ou au moins faire chier suffisamment. Oh surprise, le lendemain la manif est non-mixte. Pas du tout décidée, la non-mixité, seulement les mecs se sont défilés. Et des cars de flics attendent. Lesdits flics chargent sans ménagement les nanas en colère, les tabassent studieusement. Nombreuses factures et traumas. On rigolait pas avec la fertilité nationale en ce temps pompidolien.

 

Et je rappelle incidemment, encore une fois, que l’avortement n’est toujours ni libre, ni dépénalisé dans notre charmant pays. Démédicalisé et aidé et/ou hors délais imposés, la trique pénale et sociale, boum !

C’est marrant, aucun, mais aucun communiqué, aucune initiative féministe, depuis je ne sais combien d’années, ne conteste plus le carcan qui est imposé aux femmes de ce côté-là. On ne s’aventure pas plus loin qu’à réclamer « l’application des lois ». Sans se rendre compte qu’une loi de tolérance est par sa nature même vouée à sa propre extinction, par sa disposition générale de dérogation, comme par l’attitude qui la sous-tend. Les lois de 75 à 01 ont été votée avec l’arrière pensée que l’avortement est fondamentalement un mal, une « contraception ratée » au mieux, et que tout doit concourir à sa disparition.

Ah ces maux sociaux, comme le travail sexuel… Qui doit aussi disparaître, nous disent celles qui savent pour les autres, après avoir été lui aussi toléré.

C’est quand même une drôle d’époque, bien significative, que celle où des féministes usent de la restriction et de la tolérance envers des nanas… Tout le monde, désormais, a intégré l’idée que nous ne saurions être libres sans dommage. Dommage pour quoi, là est la zone aveugle. Que veut-on protéger en nous gardant de nous-mêmes ?... je dis bien « que », parce que je ne crois pas un instant la bonne blague que ce soi « qui ». Et ce « que » suppose qu’il s’agit d’un fonctionnement, d’un idéal, d’un fétiche comme disait le vieux Marx, plus que d’un « intérêt ».

 

Alors voilà, au milieu de tout le vacarme, je songe à celleux qui ont réalisé ce film un peu oublié, et à l’importance que ça a eu pour des tas de nanas, en cette époque là, et aussi pour des mecs – les groupes de réflexion et de pratique de l’avortement étaient souvent mixtes. Et on reculait moins devant la stérilisation. De l’eau a coulé sous les ponts…

 

Pour la liberté et l’autonomie de l’avortement (et de bien d’autres choses !)

 

 

Plume

 


 

 

Repost 0
Published by
27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 08:16


 

 

Mon cachot, coincé dans une mini rue, est entouré de voisins fort bruyants, comme je l’ai déjà fait remarquer. Il y a quand même quelque chose de singulier avec l’espèce de passion qu’investissent mes contemporains dans l’expression tous azimuts des circonstances de leur, de notre vie misérable. J’avais déjà remarqué ça en ville. Il faut que tout le monde en profite. Jusqu’au jour où ça passe à la vitesse supérieure, où le bruit ne suffit plus, et où on va dézinguer quelques familles semblables à la sienne dans un hall de supermarché.

 

Á Brioude et environs, on n’en est pas encore arrivé au meurtre de masse. On en est juste à l’expansion sonore. Et c’est diablement édifiant. C’est pitoyable qu’il m’ait fallu en tomber là pour prendre connaissance, sur le chemin de la mort par étouffement, de la formation de celleux qui dans dix ou quinze ans commenceront elleux-mêmes, producteurices potentielLEs et citoyenNEs, à sévir.

 

Bref, la diffusion en question est assurée par un encore jeune couple hétéro, muni de deux ou trois enfants.

 

Alors déjà, ce qui est remarquable, c’est qu’à part l’automatisme reproducteur et l’illusion de reconnaissance sociale, je ne sais pas pourquoi mes contemporainEs font des mômes. Pasque la relation semble se limiter à une espèce de harcèlement réciproque, sans interruption. Et le seul intérêt que paraissent avoir les parents pour les enfants, c’est qu’ellils ne les fassent pas trop ch…, d’une part, et qu’il ne leur arrive rien d’autre part, uniquement parce que s’il leur arrive quoi que ce soit ce sera trop de frais et d’emmerdements.

 

C’est quand même dingue. J’en viens désormais à considérer mes vieux parents névrosés, qu’ellils reposent en paix, comme des gentes qui étaient, sinon d’une grande capacité affective, au moins d’une quiétude et d’une tolérance, pour tout dire d’une humanité, qui semblent avoir disparu dans l’angoisse permanente qu’est désormais vivre.

 

Et donc voilà mon couple. Famille soigneusement agrafée. Le mec en apparence bonasse mais je devine que c’est un petit tyran ordinaire. Très ordinaire. Rien qui pointe, pas une corne. La nana, jeune, déjà multipare, et qui semble le fusible de toute cette tension. Elle passe un temps considérable à crier. Et d’une manière pas drôle du tout. Des cris qui me terroriseraient. Alors les mômes je vous dis pas.

 

Au reste j’ai dit que le harcèlement était mutuel. Les mômes, garçons en tête, passent leur énergie à tout pousser jusqu’à un point insupportable, ou bien à réclamer. Les parents hurlent. Tout ça fait un concert digne de notre temps d’impatience et d’immédiateté.

 

C’est intense, quoi.

 

Alors, là, je voulais vous entretenir d’un joli florilège entendu. Je n’ai pas suivi le début de la controverse. Toujours est il que la mère s’est soudain mise à agonir répétitivement unE de ses mômes de « On est bien d’accord ? » hargneux et violents. Sept ou huit fois. Vraiment pour l’écraser, et recueillir l’acceptation de cet écrasement formellement égalitaire, de cette conformation à quelque chose qui, on le sentait bien, s’imposait et ne laissait pas plus de liberté à la mère qu’à l’enfant ! Au bout de cela, le ou la môme, ben, s’est misE à chialer. Que pouvait-ellil faire d’autre, pour garder un peu d’intégrité, face à ce bombardement au consentement qui n’était pas que formel – la mère voulait réellement, ça se sentait, obtenir un « ui ».

Et combien de fois n’ai-je pas entendu des adultes, enchaînéEs les unEs aux autres, s’inciter ainsi à consentir ? Se faire baisser la tête devant l’indépassable ?

 

Cela m’a fait songer mélancoliquement à ce consentement que nous portons aux nues, comme une des clés de la félicité et de l’intégrité. Or, je me demande bigrement ce que peut apporter de bien une attitude qui correspond à une réponse en position coincée, inférieure, réponse à quelque chose qui se présente d’emblée comme le sujet agissant, l’ordre ou l’expression d’une nécessité incontestable. Surtout d’une nécessité incontestable et incontestée. Il faut travailler, il faut produire, il faut obéir, il faut relationner, il faut baiser, il faut… C’est comme ça, c’est ainsi que les hommes vivent, on ne peut pas y échapper et tu dois donc le vouloir. Mais ton vouloir est requis ! Voilà, c’est ça le consentement. Et là, le ou la môme apprenait ce qu’est consentir. C’est la loi, la norme, le bien commun, on ne doit même pas vouloir y échapper. Bien au contraire.

 

Dans la binomie sujet-objet, le consentement est forcément la position de l’objet animé, qui ne sera reconnu comme sujet qu’autant qu’il répondra. Il peut dire non. Mais il est obligé de répondre, de dire et de réagir. Et surtout de reconnaître le cadre général de ce qui lui est demandé. D’ailleurs le non n’est accepté que jusqu’à un certain point. Tu peux éventuellement refuser ce travail, cette relation. On suppose que tu en agrééra un, une autre. Mais si tu viens à réfuter l’évidence du monde du travail et de la relation, de la production de biens et de plaisirs, là ça ne va plus. T’es timbréE.

 

D’être en situation de devoir, ou non, consentir, et que ce consentir soit devenu le plus haut choix qui semble nous rester, montre surtout que nous sommes coincéEs dans des vies automates, où la nécessité abstraite s’exprime et s’impose par la bouche et l’attitude de touTEs envers touTEs. D’être sans arrêt acculéEs, réduitEs au consentement, ou au refus, suppose la normalité d’un état de demande et de pression, la subordination perpétuelle et mutuelle. Et si nous sommes touTEs subordonnéEs les unEs aux autres, eh bien le tableau n’en est pas plus joli. On retrouve là l’idéal de la réappropriation du pouvoir, et ses conséquences. Le pouvoir n’est pas moins destructeur quand il a perdu sa tête, qu’il s’incarne dans tout unE chacunE, qu’il ne se présente plus comme arbitraire ni comme oppression crue, mais comme expression d’une nécessité invincible. La domination sans sujet dont il est désormais parlé ici et là.

La réponse est obligatoire parce que l’injonction est permanente. Mais nous ne savons pas remettre en cause l’injonction, que nous vivons comme naturelle et pour tout dire, comme nous-mêmes. Nous savons quelquefois, trop rarement, dire non - mais nous ne savons ni n'osons envoyer valdinguer le cadre même de la demande, obstinée et répétitive. Au contraire, c'est pour, disons-nous, le préserver, que nous apprenons à simplement opiner, positivement ou négativement. 

 

Je dois avouer, plus les années passent, et moins je vois ce en quoi « consentir » diffère de « céder », puisque ça baigne dans la même coercition intériorisée. Dans les deux cas, on est placéE, immobile, face à une demande. On n’a pas mieux à faire que de dire oui, non, ou de se lancer dans ces négociations dont l’acéphale Fassin nous faisait encore l’autre jour la pub. L’obsession d’obtenir, et d’obtenir toujours le même genre de chose (la reconnaissance sociale par le fric et le plaisir…) est telle que tout le commerce humain s’est indexé sur ce monde de guichets que les progressistes actuelLEs nous vantent comme le nec plus ultra du respect et de la sécurité. Un monde où nous nous voyons réduitEs essentiellement à réclamer, consentir et accessoirement opiner. Á toujours courir après un objet ou en fuir un autre, objectivéEs nous-mêmes. Un monde où on n’existe plus que comme producteurice potentielLE de la satisfaction d’autrui. Un monde où ce que nous réclamons n’est qu’un désir automate, le désir de ce qu’il faut désirer. Mais aussi le désir parce qu’il faut désirer, que c’est la norme et condition d’existence. Un monde donc envahi par cette forme désir, bavante, avide et pitoyable, qui nous fait regarder les unEs les autres avec l’air de triste cannibale qui doit être celui de la créature affamée, à la fin du Dieu venu du Centaure. Lisez K. Dick !

Voilà le monde où le consentement est progressivement devenu à la fois l’unique protection, la jauge de pertinence et la principale liberté, tolérée pour autant qu’elle ne remette pas en cause le fonctionnement obsessionnel de la production, de la réification et du désir. Elle l’écluse juste.

 

Je trouve qu’il n’y a aucune gloire à ce que ce terme de consentement soit devenu celui de notre espace. Mais c’est sûr qu’on s’y doit faire très tôt pour ne pas tourner chèvre. Ou plutôt tourner chèvre très tôt, consentir à prendre les vessies pour les lanternes, pour s’y faire.

 

 

La girafe pouic pouic

 


 

 

Repost 0
Published by
25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 16:51


 

« Dès l'ouverture des bureaux à 8H30, les candidats au mariage faisaient déjà la queue par centaines sous un soleil de plomb. » Dépêche de l’AFP sur les mariages homos à New York.

 

Faire la queue pour se marier.

!!!!! (ici j’aurais volontiers mis un smiley gros yeux, mais je sais pas faire…).

 

Ah on est propres !

 

Après on fera la queue pour divorcer, ça va être croquignole aussi. C’est même déjà virtuellement commencé : un tribunal d’ici a eu ainsi à connaître d’un procès sur une garde de môme entre deux nanas. Il fallait voir comment l’avocate en frétillait d’aise. C’est qu’on se rapprochait du calque absolu de la famille hétéra. Finies les sept erreurs. On se prouvait dès lors aussi stupides, possessiFves, processiFves, mesquinEs et aigriEs que la moyenne, avec surtout le même droit à étaler et faire reconnaître ces aimables dispositions. Qu’est-ce que vous croyiez ?

 

Ah on fait tout bien comme il faut. On a le modèle sous le nez, faut dire. Bizarre tout de même que ça nous ait pas donné la nausée. Mais non, on contraire, on en bouffe et on en reprend.

 

Je suis pas sûre qu’il y a trente ans j’aurais imaginé que nous, les futurEs « lgbt » donc, pourrions quelque jour démontrer aussi épouvantablement notre normalité.

 

Y a pas moyen, j’aime pas les mariages, ni les couples, ni les trouples, ni la valeur-relation. Non seulement ça nous enferme, nous exproprie, nous enchaîne, nous pourrit autant la vie qu’aux hétér@s, mais comme si ça ne suffisait pas ça nous rend tout aussi ridicules. Et pour tout dire aliénéEs.

 

Je sais, ce sont des gros mots. Mais nous faisons encore plus dense, alors…

 

Ce n’est pas anecdotique ; de même que nous réclamons à cor et à cris notre inclusion totale à la valeur et au management, nous nous installons parfaitement dans les cadres d’hétérolande et du patriarcat. Et ça ne nous pose aucune question. Pardi ! Puisque nous « sommes autres », comment pourrions nous bien être mêmes ? La vieille illusion du sujet social providentiel qui porte changement par lui-même, pourtant cent fois éventée par l’histoire et le réel… L’autoarnaque habituelle.

 

N’empêche, c’est tellement intense comme copiage que des fois je me dis : mais c’est dingue que ça ne nous interroge pas un peu ! Qu’on ne doute mie ! Je refuse cependant de croire que mes congénères sont des imbéciles. Je n’y ai jamais cru un instant et ça renforce la perplexité. Il y a autre chose, une fascination morbide, une hypnose collective…

 

Nous nous prenons pour autre chose. Et là, je le dis, toutes « identités » ou « orientations » confondues. Autre chose qui nous a touTEs bouffé la tête, et qui va évidemment bien au-delà des rubans, des faire-part ou des contrats de mariage. Forme qui vit de nous mais que personne ne contrôle. Forme au service de laquelle nous nous mettons de notre propre gré, avec enthousiasme. Avec confiance. Avec croyance.

                                                                                                                                     

Et c’est ainsi qu’on se met à la queue leu-leu, à quatre pattes même puisqu’appariéEs, pour nous introduire fièrement dans la cage ! Et qu’on va en vernir les barreaux. Avec paillettes incluses. Que ça brille !

 

Où sont passés les coupes-boulon, nom de la d…. ?!

 

 

La merle blanche

 

 


 

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines