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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 10:14

 

 

La bêtise, en société attributive, n’a rien de hasardeux, de fatal ni non plus d’innocent. Il s’agit toujours de faire bonne mine et masse afin de protéger ou de tenter d’acquérir ce qu’on croit, et qui est souvent, ses intérêts et ceux de son groupe ou statut. Et de remblayer par cela le sujet social général à ce qu’on essaie de faire le meilleur compte pour soi. La bêtise est l’outil, puisque nous aimons cette analogie, de l’espoir de se voir encastrée dans un pack de valorisation. Quand ça ne marche pas, qu’on succombe, c’est qu’on a eu la « malchance » de faire partie du volant des candidates à éliminer, voilà tout ; élimination consécutive à la valorisation. La malchance est un petit nom pour le rapport social, qu’on croit tangenter par la bonne volonté, et qui impose d’autant sa logique implacable qu’on défère ainsi à ses exigences. Se lancer sans biscuit, en y croyant, dans la course au profit et la poursuite du bonheur, le règlement desquelles suppose qu’on commence par enfoncer celles qui nagent autour, eh bien c’est très stupide. C’est souvent se confectionner une sale fin que personne ne plaindra, ni ne cherchera à vous éviter. Ni les que vous aurez gnaquées pour montrer votre esprit d’adhésion et d’initiative ; ni, et encore moins, les assises que vous espériez rejoindre. Y en a pas pour tout le monde, t’a pas compris ?


La bêtise, ce n’est absolument pas de ne pas savoir – cette scie récurrente des éducationnistes qui croient à un ordre transcendant qui rassemble et dissout par magie les rapports sociaux. Au contraire, adhérer à la bêtise c’est tenter au mieux et au plus court de soigner ses intérêts, ou ceux que l’on désire tels, ses projections, ses exotisations ; ses investissements quoi. Et nulle, je pense, n’ignore pour autant qu’il y aura sélection, et qu’il y a presse à être aussi bien placée que possible – ni non plus que ce n’est pas une science exacte. Enfin, évidemment, il y a les possibles conséquences générales ; mais là encore ce n’est pas de l’ignorance, c’est l’espoir que le déluge viendra après soi, « courte et bonne ». Et que dans l’intervalle on aura place, on sera justifié, ensororisée – la bêtise est une mauvaise foi.


Bref, la bêtise est délibérée, et en quelque sorte rationnelle. En tous cas rationalisante, puisqu’elle croit l’état de choses par essence rationnel, mathématique, vieille scie positiviste. La bêtise est un métier, une monnaie, un des ces moyens que l’on croit magiques (mais n’est-ce pas le cas de tous les moyens ?) pour dissoudre, réconcilier, faire équivaloir, oublier la question sociale. Mais comme tout métier, toute monnaie elle a un cours, d’une part, sur lequel on spécule et sur lequel on trébuche ; et elle véhicule prioritairement, quelles que soient les prétentions à l’égalité marchande, les rapports de force. Elle se retourne facilement, selon son accumulation, contre celles qui pensent être assurées de son concours.


La bêtise ne se pardonne pas – pardonner c’est aider à reproduire. Nous n’avons à pardonner ni la chance, ni la malchance, ces petits noms des conséquences distributives du jeu du cirque social. Du reste, c’est là un truisme hypocrite, la pratique étant de toujours achever les perdantes, dès lors qu’elles ne portent plus utilité ni valeur. Morale comme justice, marché d’équivalences. On ne pardonne qu’à ce qui semble récupérable ; et c’est précisément cette facilité que nous devons nous interdire, dans la mesure où nous voudrions en finir avec ce cirque. Ne plus considérer la valeur de ce qui reste. Par ailleurs ne pas pardonner ne signifie pas maltraiter, assassiner, contrairement à la pratique en vigueur derrière la farce du pardon et plus largement celle de la bienveillance. Sortir du pardon laisse beaucoup plus de possibles, et à plus d’entre nous, que continuer à (s’)enfermer dedans.

 

Ne pas pardonner le passé, mais encore moins le présent et si j’ose dire le futur, ce qu’on (se) promet.

 

 


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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 11:22

 

 

Vous connaissez aussi bien que moi les pratiques et l’atmo des fora, trans’ ou autres ; c’est l’endroit où depuis claviers, pseudos et bien souvent (encore que je n’en connaisse pas la prévalence effective) vies inventées on échange des crocs en jambes, des chicanes à n'en plus finir, des jugements expéditifs dont on aurait à redouter les conséquences en situation de guerre civile, pour ne pas dire carrément des injures serrées. C’est ainsi qu’il y a peu, alors que j’étais retournée me dégourdir les pseudopodes sur l’un d’eux, de forum, j’ai été qualifiée, concurremment avec une autre camarade d'extrême gauche d’un autre bout de l’hexagone, de truie violette, ce par une personne qui ne faisait aucune difficulté de se définir elle-même comme fafe, tendance soralienne. Et qui doit pas sortir souvent de son placard, si ce n’est un brave troll ordinaire. C’est pas des gentes que j’ai trop l’habitude de fréquenter, même virtuellement, j’apprends.

 

Je dois avouer, ça m’a toute ragaillardie. Il arrive que la murène s’aventure à muer porquépique, comme ont pu l’expérimenter en situation de présence réelle de vieilles crapules du milieu et même des camarades. Mais truie, et qui plus est violette, je dois avouer, j’y avais pas pensé et ça me séduit – sachant à quel point je suis méfiante envers l’idée de séduction, d’attirance, vous mesurez mon enthousiasme. Les trois ! Au minimum. Hé oui, les sales transses gauchistes, pas intégrationnistes, pas ciscoles ni cisformes, non plus qu’à la dispo de nos congénères candidates à la normalisation ou au cadrage du cheptel, constituons une vermine multiforme qui se mélange aux aspects du cauchemar en cours dans la caboche de ces gentes. Va pour la truie. Violette.

 

Hé bien je sais pas les autres, mais moi ça me fait triper. Les truies sont des bestioles malignes, têtues, féroces au besoin, bien en chair, tout pour plaire quoi. Et je me plais à nous imaginer en une congrégation de truies, violettes ou d’autres couleurs qui pètent. Je pense que dans les tuyaux cérébraux de pupuce fafe, donc, la teinte violette signifiait une disposition enragée et apoplectique. Plus féministe très radicale que milka, quoi. Vous pensez si ça me botte !  Et puis c’est vrai que j’ai un tempérament coléreux. Même si j’ai depuis longtemps signifié les limites que je perçois à la colère figurée et représentée en politique, ça me va plus que : gonflée à bloc. Je vous jure, cette imbécile m’a littéralement rajeunie !

 

Violette, finalement, c’est un au-delà de ce rouge que je revendique de plus en plus. Un ultrarouge. L’autre jour, pareil, j’étais descendue dans ce Velay que j’abhorre, pays de réacs, faire nombre avec un très peu d’associatifs qui tenaient le pied de grue devant la pref’. La photo parue le soir même dans le quotidien très local me montre, énorme, éclatante, toute rouge (avec mon œuf de pâques rose sur la tête), au milieu de gentes bien tristement vêtues. Et maigres à faire peur. Comme je suis grosse ainsi que se doit une truie, je compte pour deux. Quand y a trente personnes à la manif c’est toujours ça. Je fais des efforts pour m’envioletter.

 

Ce pays, comme d’aucuns autres d’ailleurs, n’aime pas les couleurs, n’a qu’à y voir les habits et les voitures. Il en faut peu pour détonner. Il y a quelques temps j’étais, dans une métropole régionale que j’aime bien, à traverser une avenue, quand j’ai senti une main sur mon épaule. Je n’ai pas eu la sensation d’une agression ou d’une appropriation, il y avait sans doute la manière ; j’ai pensé, en me retournant, à une connaissance de là bas. Ce n’était pas le cas, c’était une nana cisse, peut-être de mon âge, inconnue, qui m’a dit en peu de mots à quel point les couleurs que je portais la réjouissaient – j’étais comme tous les jours, c'est-à-dire façon colibri quoi. Elle-même était drapée dans un grand châle rose. Je lui ai répondu en riant que je ne m’habillais pas comme une automobile.

 

L’état de fait incarné, investi, n’aime pas non plus que les choses et les gentes ne restent pas, ne deviennent pas ce qu’elles sont ou doivent être. C’est le fond de la pensée du ressentiment comme de la normalisation biocitoyenne. Ultra, ai-je dit plus haut ; outre, outrée. C’est une violette outrée qu’évoque l’autre et je relève. Cette couleur peut-être l’emblème, le caractère de ce qui ne tient pas en place, ne se laisse pas ontologiser ; de ce qui entre en dialectique, en quelque sorte. De ce qui avance en crabe, n’est pas contenu ni destiné, et change, va de surprise en surprise au lieu de progresser ou de régresser sur la règle d’accumulation, d’intensification, de renaturalisation et d’ordre distributif, attributif, pour favoriser tout ça, que nous nous sommes tracée.

 

Le ressentiment, politique, religieux, sexué, qu’il se définisse national républicain à la mélenchon-sixième-république, racialiste européaniste à la soral, libertaire boy-scout misogyne à la escudero, un point commun en étant de fétichiser la restauration d’un sujet social qui fleure bougrement les origines idéalisées de l’économie politique, de la petite appropriation équitable, avec un zeste primitiviste pour rendre tout ça encore plus appétent, le ressentiment donc comme mouvement rétrograde, anticritique, antidialectique, n’aime pas les truies, et surtout pas les truies violettes, transses de surcroît – ou l’inverse. Je n’oublie pas pour autant que la concurrence citoyenne, l’opposition cisféministe même, n’en sont pas moins persillées aussi de qui nous haïssent, de bien transsephobes, et de qui les soutiennent, solidarité intéressée (pléonasme) oblige. Je songe à mes chères indignées lyonnaises. Je songe aussi aux opportunistes qui activent à la file leur compte bêtise volontaire, récitent les fantasmes de la domination sélective (qui qu’est en dessous de moi, sur la tête de qui je puisse caguer l’air de rien en proférant des trivialités mensongères et consensuelles?) afin de se faire réinsérer dans le poste et grade que leur promet la hiérarchie des bonnes vieilles valeurs – qu’elle tienne, ça, c’est une autre affaire. Ni reprises ni échangées. Bien fait leur gueule.

 

C’est qu’on fait tache, qu’on prend une place indue, illégitime, comme tout ce qui apparaît, n’a pas toujours déjà idéalement été là, et que c’est pas naturel. Invasion transse, complot sioniste ou grand capital castrateur, à ces gentes, comme à beaucoup d’autres, il ne faut jamais manquer de personnages pour peupler, animer leur guignol de la volonté politique hétéronome. Entre Escudero, Massad et Reymond, sans parler d’une foultitude d’autres miradors essentialistes, masculinistes, culturellistes, territorialistes, toute échappée est d’emblée proscrite. Leurs livres de (sur)vie sont clos et nous n’avons que mort à en attendre, derrière le paravent de leurs dénégations iréniques et de leurs patelinages recruteurs. Quant au studieux moulin répétitif du droit et de l’appropriation par nozamies, tout aussi peu enclin à reprendre la route et à remettre en question les exigences cuisinées en désir de ce social, il ne nous a menées nulle part ailleurs. Consensus sur la réalisation, à tout prix, d’un monde toujours déjà là, aux structures inquestionnables. Prière de ne s’étriper que sur leur attribution. C’est toute l’histoire en impasse du subjectivisme, où on dénonce les rapports de domination mais craint la critique des formes sociales qui les conditionnent. Comme si les premiers leurs étaient opposés. Et comme si l’idéal toujours à réaliser des secondes devait les faire disparaître, simples anomalies ou malveillances, occasions à justice. Vieux pari essentialiste toujours perdu. Il va de soi que la haine des « minorités tyranniques » échangeables, des qui devraient pas être là, des parasites, tricheurs et autres salisseurs de nid, est un exutoire massif fort utile au maintien de ces certitudes au milieu même de leur naufrage effectif.

 

Haine, mépris, frousse de toutes ces parts là que qui, quoi que soit se dérobe; ça tombe bien, c’est réciproque, on les aime pas non plus, ni leurs idéaux moisis pleins de violence sociale sourde et niée, de résignation enthousiaste au même, quand ce n’est pas son exotisation. Nous ne voulons ni rester dans ce monde, ni sortir de sa superstructure pour juste réintégrer ses caves idéales avec ces gentes comme y faut de tous acabits, pour qui nous sommes porteuses de décadence, de prévarication, quand ce n’est d’apocalypse. Si c’est celle de leur marais couleur morale gadoue d’ordre naturel, échangiste marchand ou divin, de mérite, de propriété, de justice et d’existences bien arrêtées une fois pour toutes, leur grillage de nécessité et de y faut bien que, a ben chiche. Ça me va très bien que nous soyons les truies gauchistes violettes qui leur mordrons les mollets et renverserons les couverts de leur triste festin – auquel émargent aussi les qui voudraient moderniser ces drouilles. Pour commencer, bien entendu. Avant d’aller ailleurs.

Aussi peu d’enthousiasme pour le paradis du droit que pour le zoo autogéré naturaliste ; pouvoir versus devoir, la sympathique alternative ! Fausse de surcroît, les deux étant réciproquement velcro. Et qu’en serait-il de rompre avec l’objectif de reproduction de l’économie politique et relationnelle hétérolandienne, sur les conditions de laquelle se disputent les progros et les régrè ? Nous ne tenons ni à améliorer l’ordinaire, ni à éduquer, encore moins à dénicher une vérité qui attendrait quelque part la vérole du volontarisme, pour une rencontre apothéose tout à fait religieuse. Nous ne croyons porter en nous ou avec aucun dépassement, aucune opposition, et bien sûr encore moins de retour aux fondamentaux, par nécessité, essence ou mécanique sociale magique – tout est à faire. Nous nous en tenons à une dialectique sans garantie, tout autant que sans prescription. Nous-mêmes, si par bonheur l’affaire se débloque, cesse de se réenrouler, si les choses idéalisées perdent leur règne, avons des chances d’être passage, anecdote, occasion, et tant mieux ! Je ne souhaite pas plus que nous nous perpétuions en l’état, que nous nous mordions la queue à « devenir ce que nous serions », que se perpétue le monde dont nous avons surgi, et duquel les partisans plaident à l’envi, à travers leur concurrence, la perfectibilité poisseuse. Fuck off ! Cela dit, ce moment c’est toujours le moment – on n’est jamais à un autre. Et peut-être parce que je ne prends personne pour imbécile, je ne fais pas l’impasse sur ce que nous avons de vrais ennemis, à maints endroits du guignol, qui veulent notre peau, aidés d’un tas de gentes dont le principal souci et but dans la vie est que personne ne sorte ; ma foi s’il faut schniarker un peu de la leur au passage, on ne chipotera pas. On se lime les canines.

 

 


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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 10:15

 

 

 

La famille – la violence interne, le silence et le déni dessus, le mépris, la hiérarchie de la valorisation, bref toutes ces sympathiques ordonnances infuses du social général, y sont impitoyables, comme dans toutes les familles, étroites ou élargies. Et je vous laisse à penser ce que représente y être marginale, ce que vous pouvez en attendre pour la préservation de votre peau – nothing. Et cependant, cette même famille sociopolitique, brutale, indifférente, haïssante, est le seul endroit, le seul environnement social où on peut s’attendre en même temps à ne pas être, formellement, ouvertement, agressée en tant que transse (même si ce n’est que partiellement vrai, vu l’approche pas vraiment claire qui prévaut à ce sujet à tépégélande). Bénéfice du texte, pas moins mais pas plus. Disons que nous entretenons, en temps normal, la seule civilité où nous puissions ne pas avoir primairement peur, quelquefois et pour certaines ne pas tressaillir au premier bruit ou mouvement. C’est dingue hein ? Oui, c’est dingue et ça rend dingue, bien entendu. Et c’est le fond de l’affinitaire et du familial, voire du relationnel : subir une violence qui en quelque sorte fait aussi mine de protéger - mais de quoi, en fonction de quoi et dans quelles limites ? Argh !

 

Nous n’avons donc pas réussi à constituer autre chose qu’un nouveau secteur du vieil échange, du vieux chantage social : violence interne consentie versus violence externe tenue plus ou moins à distance. À notre décharge, nous ne faisons ainsi pas pire qu’aucune autre. Et comment dépasser des abstractions réelles qui s’imposent partout ? Mais nous restons aussi un des aspects de la gestion avisée de la peur. Nous en sommes donc nous aussi toujours au calcul de Hobbes. Des petits léviathans plus ou moins douillets. Où prospère le pouvoir charismatique ou affectif, traduction chatoyante et vivante des puissances sociales, avec les meilleures raisons du monde.

 

On peut ainsi supposer pourquoi et à quel point les idéologies et pratiques familiales ou compassionnelles, étroites, larges ou à vocation universelle, entretiennent l’impasse sur la mise en question des principes et des causes des violences sociales, invisibilisent ou subjectivisent leur production en interne, pour s’ériger en indispensables lieux des moindres maux placés à tous les carrefours, stations service de la survie – pour celles qui ont des monnaies, évidemment à échanger. Mais ça, çavasandire ; qui n’échange aucune valeur n’a nulle légitimité à l’existence. L’étrangeté même est alors un prétexte : la possession des valeurs requises fait d’emblée la sœur, comme en général la propriété la citoyenne. Et inversement. C’est naturel. C’est le fondement de l’idée de justice pour tout dire. Et puis tout bonnement hein on va tout de même pas se faire iech’ ni jouer à la perte. Notre rêve est celui de cette société : gagnantes-gagnantes, poursuite du bonheur, et poubelle insonore pour qui fait chuter le taux de profit. Nous sommes constituées de cet émotionnel évaluateur qui fonde le social depuis fort longtemps, préformate, préremplit solidarités et communautés ; et nous ne pouvons que le reproduire spontanément autant que délibérément à toutes échelles, à moins de remettre en cause ressenti et idéaux.

 

 

 


 

 

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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 13:29

 

 

 

On va dire que j’arrive après la bataille, et c’est même très au-delà de la réalité parce que je me trouve bien trop loin de toute façon de la dite bataille, à tous points de vue d’ailleurs, et parfaitement coincée de tous ces points de vue dans un trou affreux.

Je m’exonère bien souvent de donner dans ce dont il est déjà abondamment causé. Mais ce qui me revient de l’obstination brutale avec laquelle les républicains, citoyens et bleus, imposent à paname la représentation d’un show qui est clairement une pourriture raciste, commence à m’échauffer les oneilles (ce qui est une performance vu la distance et la température dans mon taudis). Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas un secret, avec les approches intersectionnelle ou nationale-léniniste, mais là j’entre absolument dans les raisons et les analyses de ceux qui s’opposent à cette représentation, laquelle se résume en la présentation de personnes noires malencontreusement ficelées dans tous les sens, ce qui est déjà en soi infâme, et sans qu’on puisse bien voir ce qui et qui a pu amener cette situation, finalement peut-être alors attribuable, par exemple, à un manque immanent de sens pratique !

 

Raciste et je dirais même, dans ma détermination personnelle à refuser de prendre qui que ce soit pour imbécile, intentionnellement ; faussement naïve et stupide ; c’est tellement énorme, ce truc, que je ne veux pas admettre que ses promoteurs n’aient pas derrière la tête de le faire avaler dans un but bien précis, compassionnaliste et apolitique, sachant l’impasse que le premier entraîne et l’approche réactionnaire que le second constitue. Le propre des structures de domination sociale est d’être intégrées, donc de faire appel à la sincérité la plus plate – mais j’ai là aussi la vieille expé que la sincérité n’est pas exclusive de roublardise : on sait toujours dans la pratique où on est dans les ordres de ce monde. Sans quoi la pratique sociale, ce serait zéro.

Et même si il y a bêtise, pareil : je tiens, et je l’ai vu maintes fois, que ce qu’on appelle la bêtise est un choix, il n’y a qu’à voir à quel point elle vient opportunément à la rescousse des formes valorisées et de leurs intérêts incarnés du moment. Bref, la bêtise n’est pas une excuse, c’est une aggravation.

 

De manière générale, cela fait longtemps que je considère la culture comme une propagande pour les bases de l’état de fait et des relations sociales idéalisées. Entre la littérature qui fait une pub permanente pour la justice et l’amour, l’audiovisuel qui tape dans les tripes pour entraîner l’adhésion aux nécessités désirables, et des trucs que je ne connais pas bien comme le théâtre et la danse qui ne m’ont pas vraiment l’air de susciter souvent l’appétit critique, je dois avouer, je suis anticulturelle comme je suis antiéconomique ou antisexe, de manière un peu plus radicale chaque jour.

 

Quand je vois que les gouvernants et cultureux n’hésitent pas à faire envoyer les chtars pour faire assurer une représentation qui dépolitise, décontextualise absolument et volontairement un des pires aspects du rapport social moderne, bref ment carrément et ajoute un bloc gros comme ça au mur de la chosification de ce rapport, c’est comme ça c’est malheureux et il ne peut pas en être autrement, les choses et leur valeur le veulent ainsi – eh bien c’est si j’ose dire parlant. Il y a en jeu l’intérêt qu’il ne soit jamais dit que la république, comme les autres formes de la superstructure, est un élément de l’organisation – et de la médiatisation - de la domination, laquelle a déjà commencé de tourner à l’extermination. Que ça l’a été historiquement et que ça ne cessera pas de l’être tant que qu’elle continuera. Et là, dans cette tradition, c’est une messe de négation de l’esclavagisme moderne dont la tenue est imposée par la force.

 

Bon, je vais pas la faire à l’indignée, vu que rien de tout cela n’est étonnant et qu’il n’y a rien à chercher d’émancipateur dans le jeu de quilles de la représentation démocratique et propriétaire.  

Mais quand même, là c’est gros, c’est tout aussi gros que quand les forces de l’économie politique foncent dans les piquets de grève pour assurer la liberté du travail. Pour prendre un vieil exemple. Et ça montre à quel point il est désormais malvenu de vouloir agir en quoi que ce soit contre la haine, le mensonge et le mépris, parce que rien d’autre ne suinte de ce genre de machin.

 

Pour ça aussi, que le cantique de la liberté aussi m’exaspère. La notion moderne et bourgeoise de liberté, un vieux barbu l’avait nettement signifié, c’est la capacité mesurée à réaliser les formes sociales en vigueur et à accumuler leurs moyens. La liberté et son espace, c’est le parcours, aller et retour, sur l’échelle de la valorisation. L’idée même de liberté contient ce déterminisme implicite, l’isolement et la hiérarchie. La liberté, comme son avatar le consentement, c'est l'interrupteur toléré en temps de paix sur le circuit de la reproduction des mêmes rapports sociaux et existentiels, dont la position incitée, par défaut, est sur on ; ferait beau voir qu'on coupe le courant. C’est pourquoi je ne suis pas pour les libérations, qui ne profitent qu’aux formes sociales et n’ont qu’elles en vue, du commerce aux nations en passant par les autres tiroirs de ce qu’on doit être, nourri de notre peau et si possible celle du voisin. Bref, j’ai un peu ricané, je l’avoue, devant l’appel à respecter la liberté des manifestants. Tout le monde est libre, rien ne doit donc changer. Bon, je fais partie des qui considèrent, même si le second terme, j’en conviens, est tout aussi ambigu et demande tout autant d’être précisé et rempli critiquement, que la liberté s’oppose à l’émancipation, tout simplement parce que son sujet n’est pas le même, et s’y oppose aussi – sujet social total versus personnes de ce social on va dire. Je ne parle même pas de ce qui concerne l’égalité (et encore une fois pareil).

 

Bref, je ne défends pas plus ma liberté que celle des camarades qui assiègent très à raison les lieux où est présenté ce spectacle dégueulasse ; je ne cause évidemment même pas de celle de ses auteurs et partisans. Je soutiens l’éviction à coups de tatane de ce boulot raztèque. La liberté, on la mange tous les jours, grave, et elle nous tombe toujours sur la gueule dans le même sens. L’ordre de la liberté, des destins, des hiérarchies et des assignations, de l’exploitation et de l’extermination ne s’aménage pas (enfin si, hélas…) ; il se renverse (en tous cas nous sommes quelques à en faire le pari).

 

 


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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 11:25

 

 

 

 

Commémorations de fin d’année et bonnes résolutions autant qu’anathèmes habituels, la guignolle de la représentativité entre républicaines et intersectionnalistes continue sans réserver de surprise. Les, nos positions sont tellement prévisibles. Un vrai tétris. Pas de place pour un instant d’incertitude. On se donne les répliques. Et on essaie de ne pas distinguer à quel point tout le monde chez nous prétend à une hégémonie, ouvertement ou par défaut, faute peut-être d'oser considérer le jeu social autrement que comme justices à rendre, comptes à faire équivaloir, équilibre idéal de l'ordre des choses et des unités de valeur à atteindre. Récemment, j’ai lu sous le clavier d’une des premières que le féminisme rép’ était matérialiste (!)  - le matérialisme, pour la plupart d’entre nous, est transféré à une comptabilité en l'état n’impliquant plus l’usage de la critique sociale mais au contraire s’y opposant ; sous celui d’une des secondes, le reproche aux premières de défendre des positions qui ne font pas consensus (!!). Pasque faire cesser la stigmatisation (pour rester polie) et la clandestinisation des soutières de ce fichu boulot qu’est la sexualité, ça fait consensus ?! A ben j’ai du rater quelques épisodes.

J’ai du mal à démêler laquelle des deux affirmations est la plus bancale, tellement nous restons dans une espèce de vaste entresoi assez dépeuplé de la revendication tempérée par l’absence de critique de l’économie anthropologisée, et de désir de rassemblement représentatif. Tristesse infinie de faire tout ce qu’on peut pour faire, justement consensus – et d’être pourtant à la fois intégrées à mort et peu nombreuses à le professer. Et puis si on y va à la majoritaire des intérêts en l’état, il n’y a plus qu’à se rallier au bon sens patriarcal et aux idéaux sociaux qui le structurent. Ce que nous faisons assez souvent par les coulisses d’ailleurs.

En tous cas, si vous vous trouvez être matérialiste non essentialiste des formes sociales ni des statuts, et ne croyez pas en la vertu intrinsèque de la convergence, vous êtes à la rue.

Pareil si vous êtes d’avis que le capitalisme et le droit ont un peu trop beaucoup à voir ensemble, et avec le patriarcat ; il y a aussi des tentatives conciliatrices sur ce théâtre, ainsi des camarades supposées qui affirment ainsi à la fois être « contre le capitalisme » et pour confier, pour ne pas dire circonscrire, le traitement  de la domination masculine et de ses effets au juridique. Avec les rapports sociaux et les institutions qui vont avec. Et le dernier must à paname c’est la reproduction versus le marché ; pas question de jeter les deux à la poubelle, et on devine tout de suite lequel des deux a la préférence naturelle par défaut. S’organiser et se déterminer en autonomie pour sortir de la relation obligatoire, de la sexualité, du natalisme, de la famille, o ben non, ce serait gâcher. Bah, quand on continue à tenir le pari du commerce équitable ou du bonheur propriétaire dans la parité hétéra, on peut bien croire au caractère émancipateur et égalitaire de la justice. C’est même plus pratique dans ce cas de figure. Et quand on veut croire que le capitalisme n’est qu’une anomalie de l’économie, le patriarcat une de la parité hétéracitoyenne, lesquelles ne sauraient évidemment être questionnées en elles mêmes, tiens, il ferait beau voir ! Je crois qu’on appelle ça le pragmatisme. Lequel j’ai généralement vu, paradoxalement à sa définition, se soucier bien plus de ses prémisses que de ses conséquences. C’est la croyance chevillée que les formes idéales de la société ne sont pas à l’origine de nos sujets et de leurs déboires, et finiront par tenir, par quelque renversement miraculeux, leurs lumineuses promesses, si on les chatouille par le bon côté et qu’on s’adapte. Une forme de messianisme, quoi, tristounet et laborieux, bien décalqué de la doctrine du péché originel. Nos monothéismes pénitentiels n’ont pas fini de nous engluer.

 

N’empêche, pour revenir ici bas, ce qui m’a un peu épatée, c’est aussi comment le ping pong sur ce fameux nombre qui distribuerait les bons points rebondit, et traduit une myopie croissante. Ainsi, notramie CLD, relatant la manif républicaine de l’autre jour, s’esbaudit de l’impudence d’anti-prohi qui sont venues les asticoter, ce qui à la limite est compréhensible ; c’est sûr qu’on ne sera pas bien reçues par les rép’s et qu’on va pas les convaincre ni les endoctriner – et réciproquement. C’est aussi de la représentation. J’admets qu’elle s’en étrangle. Seulement juste après elle affirme qu’on est pas nombreuses à les contester ouvertement, ce qui est peut-être aussi vrai ; mais elles se sont regardées, elles ? Elles sont de moins en moins à chaque mois de novembre, au fur et à mesure de la droitisation de leurs positions, arquéboutées sur quelques retranchements moraux et formels à l'incontestée logique de l'échange, de la propriété et de l'amour ; au moins aussi confuses politiquement et bien plus compromises avec la violence tant instit' que sociale que celles qu'elles prétendent combattre, itinéraire qui en a poussé d'aucunes au désespoir de ce qu’elles étaient mises en demeure de défendre en pack, et aussi de plus en plus souvent en quelle compagnie ! Là c’était « quelques centaines ». On n’est plus en 95, c’est rien de le dire ! Tout le monde d’alors ou presque s’est cassée, à mesure de la résignation, du repli individuel, mais aussi de celui des positions politiques dans la gestion conservation du présent, que ce soit à la trique ou au gel. Et là c’est un peu la même logique en inversée qui prévaut, et que j’ai bien connue autrefois dans les mini groupes sectaires : moins qu’on est nombreuses, plus qu’on est pures et qu’on a raison ; l’importante n’étant pas tant la contenue politique que la vigueur dans la sélection éliminatoire – et forcément aussi le recrutement pour boucher les vides, on appelle ça le turn over. Il faut, à associativlande, faire tout de même au moins semblant d’aligner quelques troupes, réelles ou féériques. Les anges qui contribuent plus ou moins virtuellement, via média et institutions, au bon combat, ça rappelle furieusement des conceptions religieuses qui réapparaissent jusques chez les républicaines ou les léninistes les mieux confirmées, en passant par les libérales et leur inusable main invisible – ou inévitable. Des mal intentionnées disaient bien depuis deux siècles que politique et économie ressortaient au fétichisme, et l’essentialisation des groupes sociaux, de leur rôles assignés ou idéalisés, à la métaphysique. Toutes ces armes spirituelles finissent uniment par se matérialiser dans l’espèce de tonfas, d’exploits d’huissiers, de factures, de jugements, de chartes, d’ordonnances. De bulletins d’adhésion et de vote. Ma foi – si c’est ça qu’on veut, encore et toujours, si on pense ne pouvoir subsister que dans et selon ça, okay, je ne dis pas, allons y franco, mais cessons de couiner sur les suites, et à pleurer hypocritement le sort de toutes celles qui n’entreront pas dans les critères et disparaîtront pour raisons objectivement fondées. De moins en moins nombreuses sont celle qui peuvent s’engager dans le perfectionnement des formes du capitalisme citoyen ou de la démocratie radicale ; il en faut les moyens, quand bien même nous en sommes encore engluées dans l’envie. La mort du politique associatif, indexée sur ce qui semble bien être le naufrage de l’idéal de l’échange et de l’appropriation, consiste non seulement en son étranglement financier, mais aussi et peut-être surtout en la dispersion du cheptel dont il ambitionnait de gérer les intérêts, la réalisation de ceux-ci, et surtout en individuel concurrentiel, n’étant plus à portée de grand’monde. Et ce sont peut-être bien les buts même de cette intégration sociale qui conditionnent la logique d’élimination. Mais il reste plus sustainable de ne pas remettre en cause ce qui fonde nos sujets, et d’accuser tricheries et accaparements, bref d’hétéronomiser domination et sélection. En espérant que cette vieille dichotomie tiendra encore assez pour que nous profitions jusques à notre décès.

 

C’est pourquoi il y a une sacrée mélange de refus de critique et d’hypocrisie dans l’autoenterrement que mime, l‘air furibard et contrit à la fois, associativ’politiclande, dans le rideau d’encens qui l’accompagne, dans les formes sociales qu’elle représente et promeut. Les présentes savent bien que ce ne sont pas elles qui meurent, même si elles font semblant se porter en terre, et de se rebiffer contre – l’irremplacée autant que négociable colère ; ce sont les absentes, infiniment plus nombreuses, qui font les frais, sont enterrées, consensuellement, au son de la liturgie somme toute commune aux dénominations en concurrence, invocations de cette valeur, de cette reconnaissance pour toutes aux conditions pourtant impitoyables par leurs principes mêmes, qu’elles ne peuvent réaliser. Et cela va en croissant à mesure que les zones de valorisations, qui ne sont diverses qu’en apparence, se restreignent, pressées par leurs propres contradictions. Le pire est que nous sommes sincères dans notre adhésion fataliste, que les buts et catégories qui nous massacrent les unes après les autres nous rassemblent moralement et politiquement. Et que nous cherchons les causes de la misère dans leur mauvaise réalisation – alors qu’il est bien possible qu’elle soit si on ose dire excellente, en tout cas conséquente, et donne ce qu’elle peut donner : l’anéantissement au nom de la valeur et de ses avatars, personnages sociaux ou autres nécessités « indépassables ». Les unes comme les autres, les encore valorisables comme les déjà sur le dessus de la poubelle, nous nous accusons de félonie et nous présentons des factures, invoquons le bon droit comme on invoque le bon dieu ; et ce faisant nous jouons encore consensuellement de la pelle pour creuser notre secteur de la fosse commune.

 

Ça nous retombe dessus sans cesse comme un crachat en l’air, notre expérience malheureuse en est constituée : les formes sociales, selon toute probabilité, déterminent le contenu et les rapports sociaux, nous coincent dans la répétition, dans l’entrélimination, dans les évaluations toutes plus naturelles les autres, teintées dans la masse de ces promesses qui tirent leur force de notre croyance opiniâtre. Des fois, on pourrait aussi ne pas trop nous diluer dans les formes même de la représentation, mettre un peu de distance vis-à-vis de nos thèses, et ne pas croire goulûment que nous représentons une vérité révélée qui nous attend, à atteindre ; que nous avons le monde à notre traîne ; même si ce n’est pas réjouissant, et même carrément périlleux, c’est quelquefois au moins aussi conséquent de se trouver et de se reconnaître en dispersion. Qu’on l’ait choisi ou pas. Et d'examiner l'hypothèse que réprésentation comme valorisation nous étranglent. On ne se voit pas brandir le glaive ardent des comptages de manif ou des communiqués voulus sagaces et opportuns. On n’a pas ce genre de certitudes, et encore moins ce genre d’espérances. Par contre, on peut garder des exigences et les faire proliférer. Le pragmatisme les digère.

 

 

 

 


 

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 10:00

 

 

 

Existrans, le T-Dor, (té)pégélande, ateliers t’s en « non-mixité » ressentie où finalement tout le monde s'invite, sont autant de cisprides où nos alliées, les abuseuses et les exotisantes, les copains et autres invisibles qui passent bien, viennent se la péter, faire leur marché, se faire « reconnaître » puisqu’ellils sont « un peu trans’ » aux heures et lieux où ça les arrange. Les mêmes alliées qui procèdent, quand par extraordinaire leur hégémonie arrive à être mise en cause, à l’élimination des transses pas assez conviviales et dociles, avec l’applaudissement terrorisé des autres qui rentrent la tête en attendant leur tour. Tablant aussi sur notre propre impasse au sujet de la question, parmi quelques, que nous évitons de poser, si trans’ échappe d’emblée, par soi-même et miraculeusement à la binarité hiérarchique du sexe social, question qui propulserait en avant l’inégalité par la visibilité et la haine qui la vise. Je le répète, socialement, de fait et dans la vie, trans’ et invisible paraissent bougrement exclusifs l’un de l’autre. Les définitions de ressenti sans base réelle sont la porte ouverte et aux abus dominants, et au retour de l’essentialisme. Un sacré sujet à aborder serait, d’un point de vue résolument matérialiste et « rapports sociaux », qu’est-ce qu’être et qui est cis’ à cisselande ? Et surtout quels sont les buts, les caractères intrinséques à cette forme sociale, présentés comme des convergences neutres, naturelles, profitables à toutes, et qui se révèlent en fin de compte rien moins. Une critique transse n’est pas une réclamation intégrative, c’est une mise en cause de ce qui se prétend inévitable et commun ; c’est d’ailleurs, on est nombreuses à l’avoir malencontreusement oublié, cette détermination entre autres qui définit une critique sociale conséquente.

 

Il n’y a à ce jour pas d’espace ou de collectivité transse, en tout cas que je connaisse ; il n’y a guère plus de pensée transse, ce qui en est la suite imparable ; il n’y a que des annexes, des antichambres de cisselande, des velléités intégratives, et des magasins gratoches pour les cis’.

Il serait temps quand même de nous inaugurer, si j’ose dire ! Ce ne sera évidemment pas non plus le paradis, et il faut renoncer à l’idée réaque et moisie que l’identité entraîne mécaniquement, essentiellement, les buts politiques, l’égalité, la solidarité et toute cette drouille citoyenne. Voire que nous aurions à réaliser et à cultiver une, de ces identités qui semblent être fort utiles à ne pas scruter nos économies politiques ! Mais je n’en pense pas moins qu’il nous faut pour le moment nous compter, nous déterminer, et botter le cul des cis’ qui s’approprient la très douteuse valeur exotique qui est débitée sur nous, qui est le produit transformé à leur intention de notre existence. Au reste, pour couler cette valeur, coulons la fierté ! Et abstenons nous de ce qu’elle monnaie. Cessons aussi de réclamer justice, qui n’est que l’évaluation et l’échange des centimes de la domination, réparation de l’ordre inchangé ; cessons de ressentimenter, cessons de vouloir intégrer bien vainement des idéaux qui nous massacrent, menons une guerre sociale.

 

En ce qui concerne l’inepte célébration morticole du mois de novembre, aussi obscène, ridicule que celle de l’armistice, et que nous ferions bien d’abandonner, comme toutes les représentations, au profit d’auto-organisations réelles et quotidiennes, on ne peut ignorer que les cisses s’en pètent la sous-ventrière, de tout ce que nous prenons dans la gueule. Que plus on en ramasse plus ellils peuvent se valoriser avec leur transphilie hypocrite. Plus nous mourrons, plus leur aura moral-politique prospère, sans parler des petits à-côtés qui rendent leur vie jouissive. C’est d’ailleurs un des points communs à toutes les exotisations : se rembourrer de ce que subit autrui.

 

Si déjà on parvenait à imposer aux bio, à commencer par les qui, pour rester polie, ont un passif envers des transses,  de la fermer un peu, de cesser de velcroter, de nous piller, ce que d'expé ne font ni ne feront spontex, on arriverait peut-être à l'orée de se distinguer et entendre un peu mieux nozigues. Pour cela, je pense que rien ne serait mieux qu’en finir avec les lieux communs (donc cis) que sont les cérémonies évoquées. Mais il ne s’agit pas non plus de leur laisser toute la place et de continuer à aller crever, isolées ; il nous faut un peu de large pour nous rassembler, et cesser de le demander.

En tous cas, quand j’entends, aux alentours des dates liturgiques, des bio, transies, et autres un peu-beaucoup – et particulièrement, ça doit les démanger, des qui commettent, couvrent les violences envers les transses en milieu f-tpg ; dans l’indifférence totale, vu que tout le monde est bien au courant mais solidarité ciscentrée oblige -  quand je les entends donc entonner les cantiques, vous imaginez ce que je pense : quelques exemples, travaux pratiques quoi, ne seraient pas forcément de trop pour entrer en matière sans esprit de retour. Sans parler de tout ce que nous pourrions envisager, si nous osions, par cela et par bien d’autres chemins, rompre le lien de féodalité qui nous enserre, nous éloigner de leurs pattes, cesser de réclamer une reconnaissance qui n’est que transploitation, mais ne rien leur laisser emporter dans leur paradis de ce qui nous aura été fait.

 

 

Enfin, on fera comme on pourra, mais n’empêche :

 

Vos gueules - bien droites - et bas les pattes !

Nos museaux - de travers - et prenons le large !

Ni oubli, ni pardon.

 

 

 


 

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 12:36

 

 

sur le backlash traditionnaliste à alterno- et féministlande

 

 

Wahou le toboggan ! Effectivement, faut avoir l’estomac vide et bien attaché pour suivre l’évolution d’un côté majeur d’alternolande. Il commence à y avoir des plaintes et des haut le coeur. Mais bon, ça faisait tout de même quelques temps que le puzzle sur les parois de ce qui apparaît de plus en plus comme un tunnel prenait une drôle de teneur, et on n'était pas nombreuses à en causer. Est-ce parce que beaucoup comptaient que le puzzle ne se complèterait pas, ou pas si vite, que ce n'était pas couru, qu'avaliser une forme un peu réaque ou intégrationniste qui ne remettait pas directement en cause leur intérêt propre n'en appellerait pas une autre plus corsée ? Bon, je crois que nous en sommes à la réponse. 

Retour à la terre qui, c’est bien connu, « ne ment pas » - la transparence de l’à qui son dû nous travaille au moins autant qu’elle le fait nos amies éconocroques, juges et fliques ! – économie « réelle » naturelle, peuple(s) à la conscience infuse, culture du ressenti, terroirs « libérés »,  nations « libératrices », échange « équitable » ; vilipendaison des « politiciens véreux », des « complots technoscientistes », des « intellotes sans racines » ; natalisme, familisme, antisémitisme, virilisme structurels, quand on ne saute pas à pieds joints dans le divin et autres transcendances. Quel horizon ! lequel de mon point de vue peut se résumer in fine à une formule implicite inscrite dans nos cieux : la haine, la honte plus ou moins explicites du désigné féminin, du côté fondamentalement non valorisé du monde. À force de se chercher des bases naturelles et évidentes, à force par conséquent d’avoir peur d’elle-même, de ses possibilités et de son ombre, une part croissante de la contestation, de plus en plus tronquée, de moins en moins audacieuse, atterrit bel et bien sur le fond commun à l’émulsion réactionnaire, laquelle la dévorera sans doute, une fois la jonction accomplie, les minoritaires, utopistes, révolotes et autres novatrices consensuellement exterminées. Top classe. La dénonciation étrangle la critique. Le ressentiment s’épanouit, s’épaissit, n’a plus d’yeux, mais alors innombrables, que vers la régression, le vrai réel rempli à ras bord de sens, d’ordre immanent, de tripe, et s’étend contre toute échappée.

 

Le malheur, c’est que nous y soyons nous aussi, féministes, à ce rendez vous que jamais autrefois nous n’aurions cru imaginable d’honorer ; mais voilà où nous ont conduites la résignation anthropologisante aux formes sociales prêchées inévitables, la convergence comme principe, le subjectivisme, l’exotisme, l’attirance vers un pur, un dur qui se répète viril, fétichiste, conservateur. J’en oublie. C’est nous, qui nous y sommes rendues, sur nos petites pattes, avec notre enthousiasme raisonnable et surtout notre honte de nous-mêmes, tordues et parasites de ce si sympathique monde, notre honte de tout ce qui pourrait le bouleverser pour de bon. Nous avons bien quelques états d’âme devant ce qui nous demande d’applaudir, de joindre – mais jamais nous n’avons osé les choisir, nous finissons systématiquement par faire cause commune (la bonne blague) à ce qui réclame nos peaux, entre autres babioles, avec quelques réserves inaudibles dont personne n’a rien à fiche, d’autant que nous n’entendons même pas réellement les défendre. Nous avions pris ce chemin confus il y a déjà longtemps, et voilà, la pente s’accentue et ça s’accélère. Même ça glisse, ça dérape. 

Nous causons des fois de transmettre, mais quoi ?! Notre échec historique répétitif à sortir de la domination reproduction ? Notre glissement mi accablé mi fasciné dans le naturalisme, le petit entrepreneuriat, l’idéal du rapport à la fois appropriatif et essentialiste, finalement la pensée, les normes de droite ? Notre allégeance à ce qui nous trie et nous élimine ? Le bel héritage ! On ferait mieux d’en faire un feu. Au fond, nos pensées politiques sont bien mesquines : on se serait faites arnaquer. Remettre en cause l’économie, la justice ? ah ben non alors ; on veut des bons produits à des tarifs équitables, sans vente forcée. On veut être les agentes libres rêvées par les Lumières et Smith, qui prônaient que commerce et valeur amèneraient paix et égalité universelles. Et il est tristement comique de voir que celles d’entre nous qui affirment combattre le plus ces idéaux ne se réclament pas moins de leur mécanisme souhaité que les autres, de même que les « antimodernes »  idéalisent une espèce de common decency qui correspond bougrement à la phase post-pillage du capitalisme en démarrage, states et europe autour de 1800 : famille nucléaire et petite exploitation équitable.

 

Sans parler de cet autre aspect du consensus réac : ne peut être fondé à exister que ce qui est censé avoir toujours été sous une forme ou sous une autre – au point que pour toute initiative nous nous tenons obligées d’aller y trouver ou inventer au besoin quelqu’origine anhistorique, atemporelle, ici ou là. Sinon, c’est un produit maléfique du grand capital. Ce qui est d’autant plus facile à affirmer que nous avons renoncé à toute définition un minimum critique de ce qu’est le capitalisme. Coincées dans un piège binaire, navigant à courte vue par peur de toute théorisation, nous ne croyons pouvoir opposer à un présent défini de plus en plus sommairement que des passés qui ont convergé vers lui ! L’avenir de ce monde est pourri, mais tout autant celui des fantasmes qu’il génère, de l’idéalisation des formes qui l’ont engendré et le sous-tendent toujours. On ne rend visible et révise pas aussi facilement que ça le sujet social.

 

Ne parlons pas de la joyeuse hiérarchisation réelliste de ce qui peut et doit être, de ce qui ne peut ni ne doit se manifester, et des « maladresses » hypocrites qui en coulent comme du jus de pomme bio, avec les morceaux – « maladresses » qui disent vraiment ce qu’elles veulent dire, en fait, et montrent les lignes de fracture internes à f-tépégélande qui deviennent béantes. Le fond en est qu’il ne doit rien y avoir de nouveau, tellement le passé, pardon l’éternel, est classe. C’est ainsi que nous, transses, passons à la case qui d’expé se situe juste avant celle de l’élimination, anomalies implicites à éventuellement réparer pour collouiller tant soit peu à la cisvaleur tranquillisante sociale. Mais n’avons-nous pas nous-mêmes abondé souffreteusement cette idéologie, craignant tellement d’être autres que ce qui se fabriquait déjà dans le social, identités sans origine et sans but autre que de le renforcer, craignant comme la peste d’être un mouvement vers sa sortie, une sape délibérée de la masculinité ? Craignant conséquemment, n’osant poser aucune base par nous-mêmes (quel subjectivisme efficace !...) de n’être pas adoubées par les cisses, d’où un concours permanent de docilité, de carpetterie et de je te tire dans le dos pour me faire bien voir dans l’antichambre du paradis inclusif. Encore une fois je ne crois pas tant à ce que nous « serions » ou pas, qu’à ce que nous pourrions tenter. Mais comme d’hab’ et pour bien d’autres, nous avons d'emblée anathématisé toute pensée de la tentative, et notre ralliement peureux à ce qui est ne nous aura pas sauvées, loin de là ; nous servons déjà de bouche trou parmi tant d’autres pour retarder le naufrage, là où nous nous sommes laissées mettre par nos sympathiques alliées cisses et autres invisibles - pour le moment. De même à l’autre bout apparent de l’échiquier l’échange à valeur et le rapport de propriété, qui sont infiniment naturels, humains, cromagnonesques, et que comme disait même Foucault on ne saurait quitter que pour prendre le chemin du goulag. Le postmodernisme n’est qu’un aspect relooké du naturalisme et de la résignation, nous tardons à nous l’avouer.

Et ce n’est pas une consolation de savoir, autant par projection réflexive que par expérience historique, que comme dit plus haut celles mêmes qui rallient soucieusement les zones encore émergées du rafiot général, que ce soit l’économie républicaine, le paradis du désir et du droit, ou l’ordre primitiviste, y seront parmi les premières à passer au menu des qui n’en ont jamais bougé, y légitimisent à fond la caisse, avec les fonds, les moyens de, et affûtent les objets contondants pour la remise au format. Vous êtes déjà tuées vous aussi par provision, (ex)camarades ; nous livrer, abjurer ce que nous représentions et pouvions porter ne vous sauvera pas non plus à un terme que je soupçonne très moyen. Je ne vous plaindrai pas, pasque nous prenons en plein gueule la facture de votre ralliement, et que par ailleurs je refuse de prendre qui que ce soit pour une imbécile – chacune sait très bien, au fond, ce à quoi mène dans l’immédiat ce qu’elle défend. Mais si j’ose dire quel gâchis ! Cela dit, il faut résolument se défaire de la croyance platonicienne que quoi que ce soit nous attend où que ce soit ; nous entraînons la réalité, pas l’inverse. Je ne crois nullement qu’il existe une vérité que nous devions apprendre, en quoi je m’oppose tout autant aux naturalistes qu’aux éducationnistes qui s’étonnent répétitivement que les en position de dominance en usent, et savent parfaitement qui et pourquoi elles craignent et haïssent.

 

Nous avons tant aimé, tant désiré l’appropriation de, la reconnaissance par les formes de l’économie politique et du naturalisme existentialiste, ontologisant - formes dont, à l’exemple de tout le social, nous avons attribué avec enthousiasme les contradictions et les conséquences de plus en plus brutales aux méchants de service, aux nécessaires coupables, justice pour décortication, dénonciation pour critique, que nous sommes bien mal fondées à faire notre moue d’ahuries et d’indignées maintenant que c’est nous qui sommes sur la ligne d’accusation. Nous avons nourri tant que nous pouvions ce fonctionnement qui à présent nous rattrape. Nous allons apprendre ce qu’est ne plus être du bon côté de la valeur, de l’essentialisme statutaire, ce qu’est être données à manger aux formes immuables et à qui les incarne avec quelque succès. Et ce sans même nous être données licence de les comprendre, a fortiori de tenter de nous organiser hors de leur ordre et de leurs exigences internes. Cela fait un moment que j’en causais, nous y sommes.

 

Que ce soit clair : les pensées anti-indus, écolote, naturaliste, territorialiste m’exaspèrent. M’exaspère cette révérence envers ce qui « est », cette dénonciation tronquée de tel ou tel aspect indécrottable du capitalisme perçu comme son sujet actif (la technologie par exemple), m’exaspère l’arrière pensée réaque, pénintentielle qui l’imprègne et en fait, je pense, la fonde et la justifie. Je ne crois pas un instant que ces approches puissent finalement mener à autre chose qu’au fondamental masculiniste, reproductif, propriétaire et moraliste où elles reviennent d’expé toujours. Et m’exaspère donc encore plus la pusillanimité, et je reste polie, que nous avons à prendre résolument congé de ces fétichismes nécessitaires, qui par leur caractère gluant nous collent et nous ramènent d’où le patriarcat, comme la marchandise et la dépendance au social qui va avec, nous-sujet quoi, « voudraient » bien que nous ne partions jamais, pasque ça risque de faire un trou fatal. Je mets « voudraient » entre parenthèse parce que non, je ne crois que cela se limite ni à un complot statutaire ni à une méchante pensée objectivée hétéronome, c’est hélas nous, subjectives, tant que nous ne remettons pas ça en cause, qui faisons bloc avec et la constituons avec bien des gentes, des orga, des formes politiques dont pour ma part je pense qu’on se passerait aisément. Je ne rêve pas, pour le moment, à une sympathique communauté humaine ; dans l’état où nous sommes, c’est un piège qu’il nous faut éclater, tout comme la déjà vieille illusion que des identités ou statuts de cet ordre des choses porteraient en elles-mêmes le principe de sa sortie. Le tout ni les parties ne nous serons d’aucune aide pour cela.

 

Progrès et régrès, écologie et économie, république et « communauté du peuple » nous maintiennent dans une même ornière, aux mêmes buts basiques enjoints, aux mêmes peurs de changement radical ; un coup en avant un coup en arrière. Contestation essentialiste contre perpétuation valorisatrice – avec le fantasme politico-moral du retour aux fondamentaux pour solder le désastre mutuel. Oscours nous-mêmes ! S’il y a une urgence pour nouzautes, disons en ce qui nous concerne la plupart des transses, et les hypothétiques cisses ou invisibles qui voudraient finir avec cisselande, rentables à nul point de vue, c’est bien de nous tirer au plus vite, intellectuellement comme matériellement, de la tenaille de cette vieille plaie qui se referme sur nous. Il n’y a rien à attendre des moyens termes, des pragmatismes, des mains et des sébiles tendues, que contribution à notre étouffement et notre mort, sans parler de la mise sous tutelle des possibles remises en cause. Nous ne pourrons pas même passer inaperçues : on a trop la gueule de travers et de toute façon, l’adhésion est désormais formellement réclamée par les diverses instances compétentes. Il nous faut tracer la route pour échapper à la réconciliation majoritaire. Au plus large sinon au plus loin. Partir aussi légères que possible, lestées de notre seul poids, il est vrai considérable à sa manière puisqu’il insupporte ennemies et « alliées », ordre ici et ordre là. Chercher à récupérer, à nous réapproprier, à emporter ce qui se négocie ici nous ramènera illico, nous ramène déjà chaque semaine en plein mitan. Sans parler des supplications adaptatives « comment moins mal vivre la valeur ». S’il y a une sortie, elle n’est pas entre les piteuses positions en présence, mais contre ce qui les fonde et les justifie, les unes comme les autres. Vivisecter le social, ses rêves, ses nécessités, abstractions réelles et meurtrières, avant qu’elles nous achèvent au moyen de nos propres paluches. Mettre en question ce qui, opportunément muet, discret, neutre, ne nous en pose pas.

 

Si il y en a qui veulent sortir du toboggan régressif, il nous va falloir faire des trous dans le consensus qui constitue ses parois. Une des ces parois me semble d’ailleurs la revendication prétendument individuelle largement ronéotypée des réacques – les contempteurs du « troupeau » se ressemblent et s’assemblent essentiellement à droite, à hétérolande, chez les anti-indus, etc. et défendent un bon sens populaire qui fait précisément pudding bien massif, indigeste, moisi, tout autant que le guignol progressiste qu’il affirme combattre, et dont il partage les fondements. Leur rébellion, c’est le moi je masculin évidentiste, leur subversion, c’est la production valorisation dans « l’économie réelle » chère au fascisme. Abandonnons leur ces écharpes depuis longtemps déteintes, qu’au reste ils se disputent déjà avec les libéraux, qui sera le plus rebelle, qui qu’aura la plus grosse. Je ne suis ni rebelle ni subversive ; je suis communiste et révolutionnaire. Je n’hésite pas à dire que j’ai toujours pour ma part kiffé les brebis, leur intelligence collective, leur étrangeté aux compétences qui font triper les darwinistes comme les économistes, biceps, prédation et lutte éliminatrice ; et que je rêve d’un anti-monde de troupeaux, plus ou moins grands, qui succèderait enfin à la masse des petits propriétaires de soi-même comme du reste, forcés à l’identique par l’intérêt, la peur et les formes bourgeoises. Contre la masse ressentimenteuse et mesquine, contre la guerre de tous contre tous, troupelons !

 

Notre quatrième vague est retombée, reflue. Il va falloir jouer des pseudopodes pour ne pas la suivre. La cinquième ne sera peut-être pas une vague, mais un éparpillement, et une joyeuse remise en cause alors de tout ce au nom de quoi nous nous sommes mues jusques à présent, puisque nous en avons épuisé les variations, les aménagements, la disposition tétritique, sans trouver d’issue. Penser tout de même à peut-être en finir avec cette angoisse d’un consensus qui n’a à ce jour, bien au contraire même, réduit aucune des violences, des inégalités et des aversions internes au milieu ; ne plus chercher à être d’accord, à (se) rassembler – en plus il faut voir le résultat, là encore. Ne plus attendre ; ne plus s’attendre trop large, trop consensuel, trop longtemps ! Tant qu’à affiniser, avec toutes les inconvéniences dudit, autant que ce soit sur de la claire et nette, pas par défaut et peur. Il s’agit de ne plus s’obstiner à raboter les angles, à se mettre d’accord – ce à quoi au reste nous ne parvenons jamais, sinon sur le pire. D’accord on n’est pas, voilà, nous ne faisons pas les mêmes paris. L’obsession partagée d’un seul et grand mouvement de ci ou de ça est une des formes, précisément, qui limitent et enserrent ce monde – et un monde, c’est un pré carré, ou rond, ça se révèle finalement toujours un petit monde. Si on est révolutionnaires et antinaturelles, n’attendons pas que les intégrationnistes régressives viennent nous river les boulets ! Il n’y a pas de nécessité convergente d’un seul féminisme. D’autres l’ont déjà dit, au reste.

 

Sinon y faudra pas pleurer glissées à la convergence fatale (mais c’est vrai que nous sommes de grandes filles - pour ne pas dire des mecs comme les autres, comme il faut, mâchoires serrées et service service jusqu’à la mort). Qui s’aviserait de vouloir cesser de mequiser comme option fatale « libératrice » ? De supposer sans fard que la valeur comme la nature, c'est le masculin et qu'on s'en passera bien ? Qui pencherait conséquemment vers un antinaturalisme radical ne se résignant pas binairement à la naturalisation par contrecoup de ce social ? Qui aurait l’outrecuidance de faire le pari de tenter une sortie collective du sujet que nous (re)produisons, et non pas de faire mine de s’en sortir, les unes sur les autres, chacune son capital vie, en l’état ? Qui enverrait promener une nature humaine dont le concept a toujours couvert l’ensemble des dominations et de leurs catégories, personnalisées comme acéphales ?

 

Peut-être de celles qui se détermineraient plutôt pour une féminisation radicale, novatrice, antinaturelle, dialectique (par exemple et entre autres !) ?

 

N’empêche, quel goulot ! Je ne me souviens pas de ma vie que nous nous soyons ainsi autant retrouvées à l’étroit, politiquement et intellectuellement. Encore une fois, nous nous disputons ce dont par principe il n’y a jamais assez pour tout le monde, les abstractions réelles, lesquelles ne vivent que par la hiérarchisation convergente et valorisante, l’élimination répétée des unes puis des autres, ce qui particulièrement advient quand ces formes sociales montrent la corde. Les sauver, défendre les unes contre les autres dans le guignol oppositionnel, c’est nous tuer. Et cependant nous n’en sommes pas moins leur sujette – en sortir sans mourir est un sacré pari. Un pari n’a aucune issue garantie, mais autant le tenir, pasque sinon vous voyez le topo… Et puis si on pouvait, comme disait la mère Valérie, rigoler un peu, s’occuper de nous, écrevisses dialectiques en devenir qui ne tiennent pas à marcher droit, et pas de ce que nous devrions être ou pas être, incarner ou réaliser, tout ne serait pas perdu.

 

 

 


 

 

 

 

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 11:59

 

 

Bé wi tout de même, la masculinité, l’hétérosocialité, la sexualité, c’est trop classe, trop nécessaire, de grandes réussites sociales, pour ne pas dire humaines, une nature généreuse et radieuse, des réservoirs jamais épuisés de reconnaissance et de plaisir dont nous avons tant besoin pour nous regarder nous-mêmes et nous mettre sur le marché ; on va tout de même pas laisser tomber, remettre ces formes si géniales en cause pour à peu près cent pour cent de violence, de contrainte, d’obsession et de catas diverses. Ça ne peut être leurs conséquences propres, mènon, ce qui doit être, se faire, a toujours raison. C’est juste qu’on assure pas, pauvre taches mal dressées qu’on est face aux lumineuses injonctions de la vie.

 

 

 

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 15:20

 

 

 

 

Lui - me tient la porte de la boulangerie pour sortir, puis, alors que je m’engouffre dans mon tacot, pensivement

– Vous devez aimer le rouge…

 

 

Moi – badine et bonasse – Ah, ce n’est pas un secret ; et à plus d'un point de vue d’ailleurs.

 

 


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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 11:11

 

 

Je ne sais pas si d'aucunes d'entre nous/vous ont remarqué la prolifération d'iconographie transse qui représente tout bonnement, avec quelqu'insistance, un mec et une nana dans la plus parfaite cisnorme. Je songe à la page d'accueil d'un groupe régional que vous trouverez sans peine, ou encore à la splendide affiche de l'existrans de cette année.

 

"Un homme c'est comme ça, une femme c'est comme ça", criions nous ironiquement il y a une dizaine d'années. Á présent ce n'est plus ironique, c'est revendiqué. On en est, non mais ! Bref le programme de cisselande, de nozamialliées qui seraient tellement soulagées que nous ne soyons plus visibles ni autonomes, que nous ne risquions pas de devenir un mouvement qui les remette en question, et accessoirement des professionnelLEs de santé (y compris l'obligation "primaire" de se sentir "nées comme ça"), est désormais spontanément rempli par nozigues. Allégresse ! Réconciliation avec les exigences de l’époque. Demain nous le ferons peut-être même inscrire dans la fameuse "loi trans" qui nous pend au nez, et organisera la sélection sur des bases saines et objectives.

 

Comme toujours, librement, nous aurons choisi l'alignement, la reconnaissance (enfin qu'è disent) et de ne pas faire de plis dans le lifting. On verra bien si ça nous profitera - et à qui, à combien d'entre nous, un nous d'ailleurs de plus en plus ectoplasmique, à mesure que nous découvrons que l'identité n'a pas grand'chose de politique, et tout d'un (dernier ?) geste de croissance de la plus-value agonisante ; d'où ce caractère indélébile commun à tout ce qui en procède : tant qu'il y en aura, il n'y en aura jamais assez pour tout le monde.

 

Qu'est ce qu'on ne ferait pas pour être intégrées et invisibles ; bref être des cisses ? Enfin essayer, pasqu'après, bien sûr, c’est pour qui aura les moyens de s’y conformer – mais ça c’est le non dit de la chose, voire un sacré mensonge en ce qui nous concerne. Comme je l'ai écrit il y a quelques mois, pour les nanas transses ce sera comme pour les nanas cisses, en pire : la course à une norme toujours impossible. Et pour la plupart le nez pas au milieu de la figure, la visibilité désarmée forcée, en plein déni du côté des alliées et de la puissance publique - "tout va bien y a un f sur ta carte", en pleine haine de genre de l'autre, celui de la société meurtre qui l'emportera. Ca va être trop cool. Mais la société inclusive n'est pas masculine et misogyne, naaaann....

 

C'est par où la sortie des structures de cette société ? Pas, plus par nous, en tous cas.

 

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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