Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 11:59

 

 

Bé wi tout de même, la masculinité, l’hétérosocialité, la sexualité, c’est trop classe, trop nécessaire, de grandes réussites sociales, pour ne pas dire humaines, une nature généreuse et radieuse, des réservoirs jamais épuisés de reconnaissance et de plaisir dont nous avons tant besoin pour nous regarder nous-mêmes et nous mettre sur le marché ; on va tout de même pas laisser tomber, remettre ces formes si géniales en cause pour à peu près cent pour cent de violence, de contrainte, d’obsession et de catas diverses. Ça ne peut être leurs conséquences propres, mènon, ce qui doit être, se faire, a toujours raison. C’est juste qu’on assure pas, pauvre taches mal dressées qu’on est face aux lumineuses injonctions de la vie.

 

 

 

Repost 0
Published by
21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 15:20

 

 

 

 

Lui - me tient la porte de la boulangerie pour sortir, puis, alors que je m’engouffre dans mon tacot, pensivement

– Vous devez aimer le rouge…

 

 

Moi – badine et bonasse – Ah, ce n’est pas un secret ; et à plus d'un point de vue d’ailleurs.

 

 


Repost 0
Published by
1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 11:11

 

 

Je ne sais pas si d'aucunes d'entre nous/vous ont remarqué la prolifération d'iconographie transse qui représente tout bonnement, avec quelqu'insistance, un mec et une nana dans la plus parfaite cisnorme. Je songe à la page d'accueil d'un groupe régional que vous trouverez sans peine, ou encore à la splendide affiche de l'existrans de cette année.

 

"Un homme c'est comme ça, une femme c'est comme ça", criions nous ironiquement il y a une dizaine d'années. Á présent ce n'est plus ironique, c'est revendiqué. On en est, non mais ! Bref le programme de cisselande, de nozamialliées qui seraient tellement soulagées que nous ne soyons plus visibles ni autonomes, que nous ne risquions pas de devenir un mouvement qui les remette en question, et accessoirement des professionnelLEs de santé (y compris l'obligation "primaire" de se sentir "nées comme ça"), est désormais spontanément rempli par nozigues. Allégresse ! Réconciliation avec les exigences de l’époque. Demain nous le ferons peut-être même inscrire dans la fameuse "loi trans" qui nous pend au nez, et organisera la sélection sur des bases saines et objectives.

 

Comme toujours, librement, nous aurons choisi l'alignement, la reconnaissance (enfin qu'è disent) et de ne pas faire de plis dans le lifting. On verra bien si ça nous profitera - et à qui, à combien d'entre nous, un nous d'ailleurs de plus en plus ectoplasmique, à mesure que nous découvrons que l'identité n'a pas grand'chose de politique, et tout d'un (dernier ?) geste de croissance de la plus-value agonisante ; d'où ce caractère indélébile commun à tout ce qui en procède : tant qu'il y en aura, il n'y en aura jamais assez pour tout le monde.

 

Qu'est ce qu'on ne ferait pas pour être intégrées et invisibles ; bref être des cisses ? Enfin essayer, pasqu'après, bien sûr, c’est pour qui aura les moyens de s’y conformer – mais ça c’est le non dit de la chose, voire un sacré mensonge en ce qui nous concerne. Comme je l'ai écrit il y a quelques mois, pour les nanas transses ce sera comme pour les nanas cisses, en pire : la course à une norme toujours impossible. Et pour la plupart le nez pas au milieu de la figure, la visibilité désarmée forcée, en plein déni du côté des alliées et de la puissance publique - "tout va bien y a un f sur ta carte", en pleine haine de genre de l'autre, celui de la société meurtre qui l'emportera. Ca va être trop cool. Mais la société inclusive n'est pas masculine et misogyne, naaaann....

 

C'est par où la sortie des structures de cette société ? Pas, plus par nous, en tous cas.

 

 


Repost 0
Published by
14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 11:40

 

 

Transses, nous nous révélons trop grosses, gonflées de questions dont on craint, nous comprises, jusques à la formulation, pour passer au travers du tamis politico-moral du fameux "non-jugement" (qu'è disent).

 

Pour porter valeur, une condition dirimante est de ne pas même risquer de coûter (trop) cher.

 

Bref, encore une fois, invisibles ? Mon oeil. On n'en serait pas là. Incroyablement visibles, à tous les points de vue - c'est même pour cela que nous disparaissons éradiquées de f-tépégélande, et que nous rasons les murs ailleurs. 

 


 


 

 

 

Repost 0
Published by
11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 18:40

 

 

Les têtes du jour. En Une de la Décroissance, Weil, Tolstoï et Orwell ! Loi naturelle, common decency, méritocratie et petite propriété. Yahou l’hymne à la régression plutôt qu’à une sortie émancipatrice (l’émancipation est toujours suspecte, les gentes ne restent pas à la place que dieu, la nature et le destin leur ont attribuée concurremment).

 

Et dans le Monde, admiration de Despentes et Preciado pour Federici. Dis donc, on a (enfin) découvert chez nous que peut-être, quelque part, notre monde merveilleux du droit, de la citoyenneté, de l'appropriation et de l’échange était si ça se trouve fondamentalement le monde de la plus-value. O ben zut alors (mais on va y remédier équitablement, z’allez voir, sans rien bouleverser de l’idéal économico-social – au contraire, on va le perfectionner, écrivait l’une de ces deux admirantes dans libé l’an dernier). Bref, économie, exploitation. Pas bien. Certes.

 

Sauf que cette analyse léniniste 1.1, aménagée en approche subjectiviste statut par statut qui ne remet par ailleurs rien en cause de l’objectivité implicite de l’ordre de ces choses qui valent nécessairement, correspond plutôt à l’état de développement avide du capitalisme d’il y a 80 ou 60 ans. Avant qu’il vienne buter sur ses limites internes (à ce sujet, on pourra lire les ouvrages de Mylène Gaulard, sur les illusions déjà fanées de la post-croissance émergente ; où le récent La grande dévalorisation de Tenkle et Lohoff).

 

L’âge de l’exploitation, où l’économie avait besoin de tout plein de monde, c’est fini. Et le pire, ce pire qui nourrit la panique sociale qui a commencé, c'est qu'on va être mises dans situace de carrément regretter le cauchemar de l'exploitation, à désirer une tite place dans sa continuation locale à richelande, là où l'accumulation passée fait que nous sommes encore un peu solvables ; pasqu'on passe à la phase anéantissement pur et simple. Maintenant, les gentes, à commencer par les pauvres, encombrent ce qui reste de plus value à essayer de réaliser. La technique actuelle coûte moins cher, produit surtout plus de valeur que les plus mal payés, et par ailleurs des qui consomment pas assez c’est pas rentable, ça coûte même. Nous sommes désormais dans le grand hall de l’âge de l’extermination. Ça massacre de partout, les femmes en priorité, mais nous sommes encore à prendre au sérieux, pour ce qu’ils se présentent et se croient, les prétextes de ces massacres. Sans vouloir envisager que la raison, la raison sanglante que les critiques de la valeur signalaient déjà il y a vingt ans, quand nous nous esbaudissions de l’entrée dans un âge de guerre et de tueries d’un nouveau genre, avec de nouvelles cibles, les pas-rentables, que cette raison de la valeur, traduction impitoyable de tout ce qui veut exister dans un pareil monde, se tient désormais avec le couperet, nous anime au meurtre, comme elle nous a animés au travail, à la reproduction, à la conso et à la jouissance. De moins en moins de choses et de gentes seront valorisables, et ce qui n’est pas valorisable fait chuter encore plus vite, par sa seule présence, le taux de profit – donc couic !

 

Bref, l'idée qu'il faut du monde pour cette machine, c'est désormais devenu faux, et c'est encore plus épouvantable que quand il en fallait, ce qui n'est pas peu dire. Parce que ça veut dire la mort. Il n'y a pas et ne doit pas y avoir d'ailleurs à l'économie. Il n'est d'ailleurs pas question d'opposer une de ces logiques à l'autre ; le devenir de la transformation en valeur est inexorable, et l'exploitation conduit à la tuerie. Un certain Sade nous avait déja résumé tout ça. Le tout est de savoir où nous en sommes du processus.

 

Nous aimons cependant tellement croire que la politique est autonome, décision, volonté, immédiate (idéologie de droite popularisée par l'économie politique bourgeoise, relayée par les soutiens théoriques des fascismes et autres nationalismes, mais ça, broutilles et oubli…). Et que l’économie d’échange est quelque part « naturelle », n’est pas en son principe une folie immaîtrisable que nous ne pouvons que briser et fuir, ainsi que le sujet qu'elle produit et qui est presque entièrement nous, si nous voulons non plus même prospérer, subsister, mais seulement survivre !

 

 


Repost 0
Published by
10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 13:52

 

 

La fausse échappatoire stratégique des homelands, des destinées, des terres promises de tout acabit, qu’elles soient genrées, identistes, nationales, populaires... n’a fait à ce jour que creuser et surtout reproduire, multiplier à l’identique les impasses où nous nous entassons. Je crois que là-dessus nous devrions être suffisamment documentées. Et cependant, il n’en reste pas moins que nous subissons, et allons subir de plus en plus, stigmatisation, hiérarchisation, violence et peut-être pire. Par exemple, nous, les transses, n’avons plus rien à faire avec cisselande – qui est à peu près partout. Il faut effectivement nous regrouper, en fonction des haines sociales subies, mais nous devons pour cela trouver d’autres formes d’organisations, qui ne s’enlisent pas dans de mensongères convergences, qu’elles concernent les gentes ou les buts ; mais sans faire fond non plus sur des singularités subjectives tout aussi illusoires. Sans croire que ce à quoi nous sommes réduites va nous donner réponse. Ce que nous subissons, nous faisons subir, relève de la distribution de la valeur commune. C’est à elle qu’il faut échapper, et pas tendre les gamelles ! Ne pas reproduire ce qui nous tue n’est pas un donné, encore moins une conséquence mécanique de ce que nous « serions ». C’est un élément d’un autre état de fait à créer, sans s’attendre, isolées et opposées, divergentes, en guerre sociale – sans nous laisser prendre au hameçon de la valeur prétendue propre de cet isolement, condition subie, que nous ne pouvons négliger, mais pas condition active dont il y aurait quoi que ce soit à espérer. Ouf !

 

 

 


Repost 0
Published by
29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 14:41

 

 

et fais pas iech’, et coûte rien, et reste à ta place, et...

 

 

« Mais en général, les principes et traits de caractère dominants des grands et des heureux sont l’expression du plus extrême égoïsme ; car lors de l’entrée du roi et de la bousculade du peuple, comme je me lamentais du sort des gens qui étaient passés sous des voitures, ou avaient été heurtés, frappés à coups de crosse par les soldats, des personnes de haute condition me dirent « Il faut que vous dépassiez ce sentiment. Qui pourrait sinon jouir de sa vie ? Que chacun prenne soin de lui-même et veille à son propre chemin. »

 

 

Sophie von La Roche, Journal d’un voyage à travers la france, 1785

 

 


Repost 0
Published by
20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 08:30

 

 

 

 

ou quand la masculinité et l’économie se consolent de la chute du taux de profit par l’extermination

 

 

 

« Les hommes flippent que les femmes se fichent de leur tronche.

Les femmes redoutent tout simplement que les hommes les tuent ».

M. Atwood

 

 

 

Quand une société entièrement structurée, matériellement et idéalement, sur l’expansion de l’accumulation, l’échange, de l’intensité, du plaisir, du bonheur, bref de gains divers et de traduction de chaque personne en valeur, commence à se rétracter sous l’effet de ses propres contradictions, son enthousiasme passe à l’élimination, au meurtre comme rapport social, lui-même aboutissement des rapports sociaux de domination que les formes ci-dessus évoquées nourrissaient au lieu de détruire, malgré l’égalité civile et propriétaire formelle et mensongère indexée sur les richesses.

 

Le meurtre masculiniste, nationaliste, raciste et même directement économiciste, sans fard ni autre prétexte, (appropriation de marchés, légaux ou pas, défense armée des frontières de l’accumulation) se répand petit à petit comme normalisation, il est vrai bien aidé par le ressentiment de classes dominantes qui, dans la naufrage général, perdent leurs avantages, pressentent très bien qu’elles ne les récupèreront pas et passent à la politique de la vengeance pure : puisqu’on doit disparaître, autant assassiner les minorités avant, ça produira encore un peu de satisfaction. Les politiques du ressentiment sont admirablement idoines à enrober ça, dans leur chatoyante diversité monotrope.

 

Et derrière ce meurtre de plus en plus disséminé, d’initiative individuelle ou de petits groupes, se tient aussi la logique du maintien forcené, jusqu’au bout, de l’échange, de la valorisation : tuer le plus possible de non-rentables, de pas assez producteurs et consommateurs, dont la seule existence, manque à gagner, coûte. Finalement le pépé d’Iéna, son esprit de l’histoire et sa ruse de la raison ne sont pas tant à jeter à la poubelle qu’on avait cru, non plus évidemment que son héritier barbu. La structure même des intérêts que nous nous sommes imposés comme idéal et but social nous induit à la tuerie.

 

Le génocide lui-même cesse d’avoir besoin d’une superstructure compliquée, de spadassins dédiés. Des collectivités entières assument désormais, en plus de la pensée qui les justifie (la prétendue oppression de la saine majorité par de sournoises minorités perverses), la mise en œuvre. Nécessité et travail, ces formes suffisent à mouvoir, discipliner et soulever des peuples, dans la droite ligne de la mise au pas des derniers siècles. Produire, fut-ce de la mort.

 

Le féminicide, qui est aussi mondialement en marche, s’appuie sur les conséquences de l’idée de valeur, inexorablement attribuée aux formes masculines, que ce soit pour faire disparaître les femmes en tant que reproductrices qu’en tant que productrices. Pareil : le féminin ne vaut pas assez, donc il coûte. Par exemple quand les nanas assument l’essentiel de la production agricole. Mais fini l’autoproduction, il faut vendre et acheter, au meilleur prix ; les pays ayant encore des moyens achètent les terres de ceux qui n’en ont pas ; et les femmes (en priorité mais pas que) deviennent de trop. Guerres civiles, meurtres de masse, nettoyages au nom de la race ou de dieu, mais aussi sadisme familial, lâchage sexuel, viols systématiques, massacres diy dans les lieux symboliques (magasins, écoles) – tout ça spécifiquement masculin. Et la folie a alors bon dos, qui se révèle systématiquement une excroissance de normalité. Conséquence de la structure sociale virile comme de la chute du taux de valorisation – seule la valeur donnait le droit de vivre ; et les mecs, la forme sociale mec, ne supportent pas de ne pas avoir, de perdre. Ils liquident donc et les femmes, et tout ce qui est rattaché, par un bout ou un autre, au côté assigné féminin du monde, qui est vu comme faisant opposition au vrai, au réel, à la valeur. En autogestion.

 

Nous n’avons d’issue pour sortir de cela ni dans les passés, ni dans les évidences dont ils nous ont imprimées. Il n’y a pas de refuge sur les chemins par lesquels nous nous sommes acheminées à cette impasse meurtrière. Les tentatives de réappropriation, comme on dit désormais chez nous, sont vouées à la reproduction. Sans doute ferions nous mieux de jeter le barda pour courir plus vite – mais n’oublions pas que nous sommes aussi ce barda, comme sujets sociaux. L’affaire n’est pas simple, contrairement à ce qu’affirment, chacuns de leur côté de l’angle où ça va charcler, les économicistes et les tueurs, ceux qui attribuent et ceux qui éliminent.

 

Alors voilà, je me dis qu’on n’est pas vraiment sur le chemin de sortir de l’abattoir quand je vois des camarades qui ont investi leur côté libertaire dans l’espoir de perpétuer soft cette société et sa logique, d’échanger joyeusement, de se transformer en petites entreprises éthiques, « chacune fait c’qu’elle veut – mais les nécessités, hein, alors je veux la même chose que toi, et y en a pas pour tout l’monde » - se mettre à la colle avec des léninistes 1.1, souvent nationalistes et toujours économicistes, qui ont soigneusement oublié que pépé à barbe, si l’on tient à s’appuyer sur ses conceptions, mettait en question la production et l’échange, les formes qu’ils supposent, le pourquoi nous faisons, non simplement la distribution, et avait fermement prédit que la logique de valorisation amènerait au cassage de gueule général. Et en oubliant ça ont finalement fait leurs les arguments des économistes bourgeois et républicains, la croyance en l’élastique, en la naturalité de l’économie politique et de ses formes fondamentales, avec quelques protestations morales et identistes – une revue comme Période illustre ce courant « tout doit continuer » et démocratisme radical aménageur. La démocratie, c’est pourtant historiquement le jeu des intérêts et des appropriations dans lesquelles nous sommes projetées – avec notre consentement, cette vérole ; mais il est tellement tentant d’y croire quand même. Promouvant ainsi une naïveté roublarde, une confiance égoïste dans le gagnant-gagnant, la solidarité propriétaire, qui ne les quittera même pas quand on y passera ; et un positivisme bien masculin, en opposition à cette négativité dissolvante qu’on préfère, aussi, oublier quand on en vient encore à causer de féminisme. Le libre jeu des institutions que nous ressentons nous-mêmes abonde au même bilan que la répression politico-morale la plus exaltée.

Il est vrai que la définition du matérialisme donnée dans une livraison récente de la dite revue, qui est bien sans doute la plus acritique et bourgeoise que j’aie pu lire dans ce genre de littérature, ne serait je pense reniée ni par les retraités du pmu cantonal, ni par les primitivistes. Sagesse et conciliation ?

Il ne suffit pas de croire béatement sur parole que ce qui se présente à nous comme une alternative – ce mot dit d’ailleurs tout - à la domination va nous en sortir. Ni que les choses et le rapports sont ce pour quoi nous nous les donnons. Et ce n’est pas que nous ne pouvons pas penser ni au-delà, ni en deça, ni à côté, contre ces foutues urgences et nécessités hameçons – c’est que nous nous le refusons, que nous avons avalé que « ce n’est pas possible », et plus précisément pas pertinent ; que nous avons peur de la vengeance de ce réel en la volonté duquel nous croyons sourdement, comme à bien d’autres divinités. Il n’empêche que toute cette course à la normalisation n’est d’aucun secours contre le néo-conservatisme qui avance, qui est bien le seul à avancer aujourd’hui, et avec lequel elle n’ose pas ne pas converger sur les bases incritiquées ; elle est même prête à lui donner des gages de bonne conduite, responsable et autogérée, à avaler ses raisons, propriété famille nation – mais on ne négocie pas avec l’absolutisme et il bouffera toute cette valse-hésitation. Je ne parle même pas des crétins qui redécouvrent à quel point la désertion de l’hétéropatriarcat serait la quintessence du capitalisme et de la « technocratie » ; Poujade a son héritier en Michéa, en passant par les libertariens et les primitivistes… Nous sommes dans la confusion la plus totale, ce qui ne serait pas grave en soi, si notre mort n’y était pas tapie !

 

Il se peut bien qu'il revienne à un féminisme radical, basé sur la remise en cause des formes sociales et du sujet que nous constituons et qui les perpétue – féminisme qui reste à mettre sur pieds, avec d’autres réflexions-actions - d’achever ou au moins de pousser à nouveau la critique de l’économie politique, du droit, des formes-valeur masculines, du relationnisme. Le principal reste à défaire ! Mais aussi de nous organiser et rassembler matériellement pour survivre. L’autodéfense associative et individuelle, non plus que la réclame des droits, ne sont plus à la hauteur de la violence sociale ; au contraire, par sa logique de chacune à soi et dans son coin, elles nous maintiennent à sa disposition ; nous enlèvent et les possibilités de nous défendre, et celles de saisir cette violence dans sa logique, de combattre celle-ci totalement ! C’est une guerre sociale qu’il nous est imposé d’affronter à présent. Et il faut bien nous rappeler que nous n’avons aucun allié à aller chercher dans les rangs des concurrents pour l’exercice de la domination, au nom de quelque raison, de quelque fatalité ou de quelque transcendance qu’elle soit présentée. Nous, et nous seules ! Sans rester dans l’isolement vigilant, convivial du lien social ni attendre l’union de masse d’intérêts supposés, en évitant soigneusement par conséquent de prolonger l’agonie de l’associatif, du participatif et de l’électoral, gloutonne de nos capacités et moyens, sans nous laisser prendre aux glus retardantes de la solidarité, du complémentarisme ni de la sororité, toujours convergentes vers les intérêts les plus intégrés. En collectivités déterminées, séparatistes, désertrices des logiques de reproduction de ce monde. Hors des facilités, des simplismes qui font mine de rassembler et en réalité nous isolent, nous séquestrent, nous livrent à la mort. Sans ça, on y passera.

 

Ou nous en finirons avec nos idéaux incritiqués, érigés, travestis en nécessité et en désirs, et leur pratique qui nous tient enfermées, ou bien ces idéaux et ces pratiques en finiront avec nous. L’intégration finale de et dans l’individue propriétaire échangiste est tout bonnement le consentement tout aussi final à la force des choses, à la guerre maquillée en concurrence de tous contre tous, à l’entrélimination (dans l’ordre hiérarchique bien entendu). Et nous participerons alors nous-mêmes à notre propre exécution, diy comme institutionnellement indépendantes, mandatées, salariées, bénévoles, guérillères.... Nous avons hélas déjà commencé ça. Tout marche tellement mieux quand c’est un travail – et comme dit le sinistre dicton, un bon travail est un vrai plaisir.

 

 


 

 

Repost 0
Published by
10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 08:09

 

 

Je ne me soucie pas souvent du sort de mes ex-camarades lyonnaises et de leur grenouillère, vu la manière dont les transses y ont été et restent traitées –  sans parler d’autres catégories stigmat’s, je me rappelle aussi de drôles de trucs à ce sujet. N’en espérant plus aucune évolution, je dirais même que si j’apprenais qu’elles sont crevées, milieu et rôles sociaux, la bouche ouverte, étouffées de leurs propres hypocrisie malveillante et lâcheté grégaire, comme des carpes dans un bassin dont elles auraient elles mêmes retiré la bonde, je n’arriverais pas nécessairement à éprouver un très profond chagrin. Mais voilà, il arrive que l’actualité comme on dit vous tire par la manche, prête à faire des réflexions comme on dit.

 

C’est ainsi que j’ai appris que les lgtb’s de là bas ayant eu l’idée, incontestablement maligne et qui cherchait, de mettre dans le slogan de la pride de cette année, dans la liste de ce qu’on pourrait appeler la liberté des rapports à soi même, le travail sexuel. Qui cherche trouve. Toute la coalition prohibitionniste a quitté l’orga de la festivité aussi sec. En protestant vigoureusement. Il est difficile de leur en vouloir, en soi. Ça n’a rien que de très cohérent.

 

Mais il y a je sais plus, deux, trois ans, j’avais écrit ici un article intitulé La politique du pack, lequel mettait en lumière cette bonne vieille manœuvre politicarde pour emmouscailler ses adversaires et autres comouvementières pas d’accord, que d’introduire dans un texte ou un projet censé faire l’unanimité chez nous un petit paragraphe qui fâche, qui engage dans le sens qui fait débat, histoire d’avoir le plaisir ou de les voir regimber, et de les agonir à la traîtrise, ou de les voir signer et ainsi passer sous les fourches caudines.

 

Elles nous l’ont fait pas mal de fois, ce coup là, les prohi. Dans de grandes déclarations, dans des projets législatifs. Là ce sont elles qui se le dégustent. Hé, quand on use d’un stratagème, il faut bien s’attendre à se le voir opposer un jour où l’autre.

 

Dégât collatéral ordinaire à cette situation, il n’a pas fallu deux jours pour que la position de nos néo-conservatrices à nous soit assimilée, évidemment avec gourmandise et relativement peu d’analyse, à celle des phobes en tous genres. Et ce d’autant que ces phobes ont participé au festin argumentaire, tu parles, du nanan, olf claque la porte de la pride, bonjour chez nous !

 

Peu d’analyse, mais alors là aussi je leur dis pouet pouet, aux prohi qui en geignent. Combien de fois elles nous ont accusées d’être des maquerelles manipulatrices, stipendiées de l’industrie de la domination, émargeantes à je ne sais quels fonds dont j’aimerais d’ailleurs bien voir la couleur ? Ah ben là c’est leur tour, pareil. Et pareil, elles s’aperçoivent qu’avoir des boulets c’est pas la joie. Nous avons, et en partie, je l’ai maintes fois dit, à cause de notre attitude trop peu critique des bienfaits de cette société, nos boulets libéraux. Elles ont, sensiblement pour la même raison, leurs boulets réacs. Quand on ne réfléchit pas bien à ce qu’on prône et à ses implications, fut-ce par défaut, en creux, on les voit facilement arriver, la langue pendante et aussi reconnaissants qu’un choléra.

 

Pareil enfin, de leur comme de notre côté, les arlequins politiques que nous avons ralliés ou constitués pour faire valoir nos valeurs d’échanges politiques, pour tenter de faire masse et chiffre, et qui se révèlent de plus en plus confus et contradictoires. L’utilitarisme nous mène à bien des transactions. Il est compris dans l’équilibre de ce fonctionnement économique et social, dans ses structures incontournables qu’au fond ni les conservatrices ni les libertaires ne tiennent à voir bouleversées. Nous sommes tellement persuadées qu’il peut encore (et même semble-t’il indéfiniment, pour pas mal) servir !

 

Bref, bien fait. Et puis c’est que j’ai pas souvent l’occasion de rigoler en ce moment. Plutôt je m’arrache les cheveux en voyant ce que ma famille politique se dispute comme positions, accessits, revendications et réappropriations. Alors pour cette fois, oui, je m’esclaffe de bon cœur. Et je me dis finalement tant mieux. Une orga d'inclusives de là bas, lesquelles sont je le répète loin d’être nettes ni honnêtes dans leurs rapports aux transses, ces transses qu’elles affirment chérir et surinent bien souvent en réalité, couine que cela fragilise le mouvement lgtb. Je pense bien. Et je l’espère bien, somme toute.

 

Comme je l’écrivais il y a quelques jours, et l’an dernier, la suite de virages résolus de lgtblande vers l’intégration aux formes d’une société qui ne peut vivre que sur la concurrence et l’élimination, sa croyance obstinée qu’on peut modifier des rapports sociaux et politiques en rajoutant des identités sur la barre des tâches, identités dont le seul objet actuel est de multiplier les décalques d’un même ordre des choses et des relations, ce joint à tous les placards et les cadavres pas bien mortes dedans que ce milieu a accumulé, comme n’importe quel milieu – tout cela fait apparaître des lignes de fracture de plus en plus profondes et définitives. On le voit bien quand les mieux intégrées appellent à la paix et au respect, soutiennent les fliques contre les moins. On le voit quand on s’aperçoit que la droitisation gagne de partout les tépégées et par les chemins les plus divers. Au reste, c’est déjà de nous être définies dans ce cadre, civil et échangiste, qui a fermé les écoutilles vers autre chose que la reproduction du présent. Le début de la trajectoire date des années 80, et de la grande résignation qui nous a empoisonnées dès lors.

 

Lgtb’, tépégélande, qui se rejoignent et se confondent désormais dans leurs conceptions comme dans leurs désirs, sont, comme tous les syndicalismes, comme toutes les solidarités, indexées par un double mouvement sur l’adhésion à la domination – et parce qu’elles promeuvent notre entrée (enfin de celles qui arrivent à valoir quelque chose, évidemment – c’est le retentum de toute cette société) dans ses formes benoîtement crues neutres, et parce que ce faisant elles se structurent forcément autour des intérêts des plus puissantes parmi nous – « faire le trou », me disait l’une d’entre elles il y a quelques années - et se referment dessus. C'est également la logique qui prévaut dans le féminisme intégrationniste, républicain ou libertaire. Il ne s’agit pas d’une question morale (les méchantes perverses privilégiées), ni anthropologique (la nature humaine ma bonne dame, vous savez bien…). Il s’agit d’une question politique et sociale, d’une série de contradictions aux effets d’autant plus mécaniques que nous cherchons à l’ignorer comme telle, à l’imputer à la déficience de nos volontés ou à de sombres complots. Et ce faisant laissons courir sa logique brutale à travers nous sans encombres.

 

Il serait trop facile de simplement dénoncer le milieu et l’image qu’il essaie de se donner de lui-même comme un mensonge. Du mensonge, et des mensonges, bien évidemment, il y en a, et pas qu’un peu. Á commencer par celui dont nous croyons bien naïvement nous faire un bouclier, que mais non nous ne sommes pas un mouvement social, qu’on ne devient pas gouine ou transse, que nous ne remettons rien en cause, nolens volens, de l’ordre sexué et complémentariste. Et que ce que nous aimerions bien n’être que des identités ne sont pas des rapports sociaux en acte, des théories sur pattes. Bien sûr que si, qu’on en est, et pas qu’un peu, et encore heureux – et nos antithèses cishétéra pas moins que nous d’ailleurs - sans quoi ce monde serait bouclé à jamais. Bien sûr que si, quand bien même nous ne nions comme beau meurtre, quand bien même nous faisons tout pour que rien ni personne ne change ni ne bouge ! Et encore heureux Là aussi, les rapports sociaux dépassent de partout et contredisent nos lénifiantes déclarations et non moins lénifiantes croyances. Nos affirmations sont autant de dénis, de silences, qui ne trompent pas celleux qui veulent notre anéantissement et ne nous sauveront pas. Il n’y a finalement que nous-mêmes que nous trompons dans cet illusionnisme, à répéter et scander que rien n’va changer, tout va continuer, avec nous en guest stars !

 

Lgtb’, tépégélande, les assoces mini républiques, les manifestations et les groupes de pouvoir ne sont pas plus réformables que la société dont elles sont issues et dont elles reproduisent, dans leur forme même, malgré les meilleures volontés possibles, le fonctionnement et le but : produire de la valeur, matérielle, relationnelle et sociale. Tout comprendre, tout diriger, tout choisir dans cette direction. Nous sélectionner et mettre en ordre de marche pour y concourir. Avec les conséquences de toute économie : la plupart d’entre nous sommes toujours de trop, pas rentables, coûteuses.

 

Mais voilà – c’est ça qui est voulu, poursuivi, qui appète, par chez nous. Intégrer l’ordre des choses, pas le remettre en cause. Donc, à la rigueur, rien à dire – si ce n’est rappeler que selon certaines théories anciennes et inquiétantes, le monde social ne se réduit pas aux volontés exprimées, aux intentions, à comment nous voudrions bien nous voir et voir le jeu des choses entre elles. Et que ses buts et contradictions nous arrivent sans cesse dans la figure. Enfin que celles qui pour bien des raisons ne tiennent pas à ce que ce monde continue ne peuvent que se réjouir quand ça craque.

 

 


 

 

 

 

Repost 0
Published by
7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 07:53

 

 

 

 

« La terre n’appartient qu’aux hommes - l’oisif ira loger ailleurs »

couplet final de l’Internationale…

 

 

 

Un des multiples aspects de la grande glissade réaque et pire que ça dans laquelle nous sommes engagées, c’est la bousculade pour se réapproprier les vieilles valeurs, virilité travail justice, et les vieilles lunes qui vont avec. Les partis qui se croient encore de gauche nous rejouent 89, napoléon et l’autarcie nationale (chère à Franco parmi d’autres). Et des journaux naguère classés au centre gauche ne dédaignent pas de nous ressortir de terrifiantes Unes sur la décadence qui va nous engloutir.

 

Ainsi de la Libre Belgique qui, il y a peu, nous a tout bonnement mis en première la « mafia des mendiants roms ». Rien de moins. N’en doutez pas, des myriades de mendiants, antiphrase ici très nette pour brigands, tirelaines, pas même ces braves sdf’s reconnaissants à la charité « surplus » et exploitables dans les entreprises d’insertion, vous guettent au portillon et vont vous soustraire votre revenu, votre rente. Le plus affreux, dans l’affaire, je pense, enfin ce qui est présenté comme le plus affreux, c’est leur illégitimité foncière – elle-même dérivée de l’illégitimité accolée par toute l’histoire de la marchandise et du capitalisme à ce qui ne correspond pas à un travail social oblitéré, reconnu, valorisé. Ni même surtout au désir mouillé de respect envers ce travail et celleux qui sont encore autorisés à l’assumer. Autrefois c’était la racaille juive de l’est, les feignants des yeshivot. Á présent ce sont les roms et autres désignés parasites.

 

Ce fantasme de la pauvreté qui tyrannise, harcèle, culpabilise la richesse est née avec la pensée moderne de l’accumulation et de l’économie. Les historiens la suivent à la trace dès la « révolution du droit » identifiés par un Berman au tournant des onzième, douzième siècles, quand on se met résolument à rendre à chacun ce qui est à chacun, à croire à la valeur des choses et du travail, bref à préparer la guerre de tous contre tous. Les mendiants, et tout ce qui n’a pas une activité dûment registrée, deviennent l’ennemi de ce qui par ailleurs est constitué en peuple – c'est-à-dire en agglomérat d’intérêts concurrentiels et isolés, eux même sériés en nationalités selon le degré d’accumulation locale, le tout sanctifié par la révolution bourgeoise.

 

Elle a été boostée par l’arrivée dans le capitalisme proprement dit, au moment de ces révolutions nationales (qui d’ailleurs n’en finissent pas). Et à présent elle décore utilement le naufrage de celui-ci. Les méchants mendiants aux dents longues ont repris la place qui avait été dévolue provisoirement au révolutionnaire au couteau entre les dents, qui allait lui aussi vous arracher le produit de votre sueur ! Il n’a pas fait tellement long feu, quelques décennies tout au plus. Dans la suite de la régression sociale et politique générale, on en revient à des valeurs sûres, et somme toute à une certaine franchise cynique : l’ennemi, c’est le pas rentable, c’est le pauvre, qui rampe dans l’ombre pour gratter les loquedus à confort moyen.

 

L’article en question rassemble tous les gimmicks, tous les poncifs de ce genre trituré depuis le quinzième siècle : les pauvres sont outrageusement riches, vous ne le saviez pas ? Ils sont incroyablement organisés, bref ils font partie de ces complots qui expliquent à peu de frais pourquoi notre merveilleux monde ne tourne pas rond. Les pauvres et quelques riches invisibles ligués pour sucer la moelle et le sang du peuple, du seul du vrai, qui roule en monospace un peu défraîchi et paie des impôts, qui vote à droite toute, s’agite pour occuper le terrain avec un bruit monocorde, a la loi pour lui et n’est réveillé de sa mornitude inquiète et mesquine que par la joie de pouvoir persécuter les indésirables. C’est ce peuple que la démocratie marchande veut s’attacher, à tous prix et jusques au bout, c’est sa base matérielle et sociale. Sa classe fétiche – et pourtant en déshérence relative, conséquence de ce que le vieux barbu osait appeler les contradictions internes au capitalisme.

Cette vaste classe, ouvriers et employés, salariés et indépendants, qui se voit depuis deux cent ans toujours frustrée quelque part du pouvoir et de la richesse qu’elle s’était promise sous l’auspice de la raison instrumentale et de la dignité de la possession, ce par l’autodévoration conssubstantielle à la valorisation effrénée, en a développé une grande appétence à la victimité ; elle a beau avoir raisonnablement profité, elle se voit comme assaillie par les improductifs de toute la terre ; et c’est d’elle qu’est sorti le colonialisme moderne, puis le fascisme, puis les trente piteuses – et à présent quelque chose dont nous ne percevons ni le nom ni la forme mais qui promet d’être au moins aussi savoureux !

 

C’est de cette classe que nous sommes nombreuses à être issues, nolens volens, ainsi que, et c’est là que ça coince, nos idées et nos conceptions, nos désirs et ce que nous croyons fermement possible ou impossible. Nos alternatives se révèlent bien souvent un pot pourri de ses espérances déçues, de ses fantasmes de paix sociale basée sur la petite propriété et la productivité honnête.

 

Je crois qu’on aurait tort de croire bénignement à une panne d’inspiration qui fait ressortir du classeur à marronniers un article pour faire vendre. Au reste, vendre, comme acheter, est un acte politique. D’une part on sait que cela répond à une demande, que les citoyens inquiets ont envie qu’on leur susurre à l’oreille, qu’on leur désigne une cible – mais par cela même c’est aussi une propagande. La même propagande qui parle d’Europe assiégée et d’assaut migratoire quand les affamés viennent se découper sur les barbelés high tech de Mellila. Ou se noyer en masse dans la mer – desquels on sauve d’aucuns, sauver étant ici l’euphémisme pour capturer, afin de les renvoyer sans grand délai à la mort. Les seuls qui sont saufs sont ceux qui sont passés à travers ! La même propagande qui s’en tient à la barbarie native de ces sauvages quand on s’extermine « là bas » (« ces pays-là » où, comme disait Mimit’, « un génocide ce n’est pas trop grave ») – mais évite soigneusement de parler du lien entre croissance économique résiduelle et anéantissement des non-rentables, entre nos affirmations communes et leurs conséquences. Trop compliqué, c’est de la critique de l’économie politique. Et l’économie politique ne se critique pas, se détruit encore moins : elle s’aménage, au mieux, sur le râble des vivantes (si possible les autres).

 

Et pis d’ailleurs l’économie c’est pas politique, c’est évident, mathématique, ce que j’ai c’est pas à toi et d’ailleurs y a pas intérêt, tiens ! Et tout vaut quelque chose et toute peine mérite salaire. Na-tu-rel.

 

La pauvreté, c'est-à-dire tout ce qui ne produit pas toujours plus de valeur, est vue à juste titre par la richesse indexée sur cette même valeur comme une ennemie mortelle : le capitalisme ne peut qu’enfler, sinon il meurt. Et pour ne pas mourir il est, nous sommes prêtes à tuer et à faire mourir – jusques à nous-mêmes quand nous ne pourrons plus nous reconnaître comme productrices légitimes. Et on commence à se bousculer méchant, même ici, pour faire partie de ce groupe en nette contraction. Le Rwanda hier, le Nigeria aujourd’hui, inaugurent ce que signifie désormais la tentative résiduelle de croître et le maintien forcené dans l’économie – ainsi que l’attributisme aux travailleurs productifs (subsistants). Au reste, on a appris, avec la modernité, que tuer était aussi un travail, si besoin est. Et nous sommes plus que jamais dans l’entonnoir du besoin, maquillé ou pas en désir. Le tout en autogestion !

 

En ce qui nous concerne, nous en sommes à la phase régressive qui rêve des débuts du capitalisme, avec l’extinction des non-producteurs. Singulier comme ce retour à un mélange de moralisation et d’élimination fait réponse aux fantasmes de plus en plus répandus dans le milieu contestataire de retour à la terre, à la petite entreprise, à la filiation et à la famille (dont la raison sociale est de transmettre les biens appropriés, rappelons-le…), de Michéa aux zad’s. Le rêve d’un paradis enfin réalisé (tu parles !) de la production et de l’échange, là où chacune chacun sait ce qu’ilelle vaut. Et reçoit son dû. Miraculeusement idoine aux nécessités. Là encore, la convergence est à la fois significative et effrayante. Nous essayons de nous cacher la tête dans un passé idéalisé que les uns disputent aux autres, collectivité paysanne (dont Fossier ou Neveux ont nettement déterminé qu’elle se structurait déjà sur l'inégalité, la richesse, les droits des villageois reconnus et l’exploitation des "autres", des agrégés et des "forains"... - et qu'elle en est morte en partie) et échange équitable contre économie réelle et libre-échange - mais le présent est déjà là avec sa broyeuse. Tout ça est mort, et pour faire semblant encore un peu de se mouvoir nous meut à nous tuer, diy !

 

Et dans ce passé rêvé, les mendiants sont au mieux à l’hôpital général, au travail forcé. Au mieux parce qu’en réalité c’est toujours plus simple quand les gentes « ne sont plus là ». Suivez mon regard. C’est vrai qu’on est toujours trop, hein monsieur Malthus ? enfin, trop, sauf le bébé que je tiens bien à faire naître, pasque c’est une expérience super libératrice aujourd’hui d’engendrer ; ou de créer son activité, bien implantée dans le pays et la terre ; et puis d’ailleurs zut, le seul référent qui vaille n’est-il pas le désir libre et autonome – quand bien même il se décalque à des millions d’exemplaires puisque nous somme toutes uniques par principe et catéchisme – productrices et consommatrices ciblées, avisées quoi, responsables et durables ? ; d’ailleurs la seule question qui vaille, qui tienne, au sujet de tout cela, est d’en avoir les moyens. Ce, semblablement, de toutes nos initiatives de reproduction des formes sociales. Voir plus haut jusques où nous sommes toutes capables d’aller de ce bon pas

 

La question finale, celle du bout de la queue de notre casserole, me semble : qui, et combien de temps, pourra encore, au vu de ce qui lui arrive, dire « je le vaux bien » ? Et quand nous rendrons nous compte que nous sommes en train d’arriver, toutes mais les unes évidemment après les autres, là où il valait mieux ne pas ?

 

Pour dire que nous sommes jusques au nez dans la mélasse, et que, si nous ne voulons pas devenir mélasse nous-mêmes, intégralement, et finalement crever après nous êtres rendues indéfendables en faisant crever celles qui sont juste en dessous, il faudra donc certes ne pas vouloir, mais aussi un, des points d’appuis pour nous sortir de là – parce qu’on ne s’en tirera pas par magie en s’attrapant par les cheveux. La plupart des identités en lesquelles nous nous cherchons, pour ne pas dire nous complaisons, sont intrinsèquement liées au cauchemar, à la sélection et à l’élimination. En tous cas il y en a toutes les apparences. Et elles ne se dissiperont pas en claquant des doigts, encore moins en revenant à quoi que ce soit. Il nous faut au contraire une échappée, et une échappée qui ne fasse pas l’impasse sur la compréhension d’où nous en sommes et de ce que nous sommes devenues, socialement parlant.

 

 

 


 

 

 

 

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines