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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 12:36

 

 

sur le backlash traditionnaliste à alterno- et féministlande

 

 

Wahou le toboggan ! Effectivement, faut avoir l’estomac vide et bien attaché pour suivre l’évolution d’un côté majeur d’alternolande. Il commence à y avoir des plaintes et des haut le coeur. Mais bon, ça faisait tout de même quelques temps que le puzzle sur les parois de ce qui apparaît de plus en plus comme un tunnel prenait une drôle de teneur, et on n'était pas nombreuses à en causer. Est-ce parce que beaucoup comptaient que le puzzle ne se complèterait pas, ou pas si vite, que ce n'était pas couru, qu'avaliser une forme un peu réaque ou intégrationniste qui ne remettait pas directement en cause leur intérêt propre n'en appellerait pas une autre plus corsée ? Bon, je crois que nous en sommes à la réponse. 

Retour à la terre qui, c’est bien connu, « ne ment pas » - la transparence de l’à qui son dû nous travaille au moins autant qu’elle le fait nos amies éconocroques, juges et fliques ! – économie « réelle » naturelle, peuple(s) à la conscience infuse, culture du ressenti, terroirs « libérés »,  nations « libératrices », échange « équitable » ; vilipendaison des « politiciens véreux », des « complots technoscientistes », des « intellotes sans racines » ; natalisme, familisme, antisémitisme, virilisme structurels, quand on ne saute pas à pieds joints dans le divin et autres transcendances. Quel horizon ! lequel de mon point de vue peut se résumer in fine à une formule implicite inscrite dans nos cieux : la haine, la honte plus ou moins explicites du désigné féminin, du côté fondamentalement non valorisé du monde. À force de se chercher des bases naturelles et évidentes, à force par conséquent d’avoir peur d’elle-même, de ses possibilités et de son ombre, une part croissante de la contestation, de plus en plus tronquée, de moins en moins audacieuse, atterrit bel et bien sur le fond commun à l’émulsion réactionnaire, laquelle la dévorera sans doute, une fois la jonction accomplie, les minoritaires, utopistes, révolotes et autres novatrices consensuellement exterminées. Top classe. La dénonciation étrangle la critique. Le ressentiment s’épanouit, s’épaissit, n’a plus d’yeux, mais alors innombrables, que vers la régression, le vrai réel rempli à ras bord de sens, d’ordre immanent, de tripe, et s’étend contre toute échappée.

 

Le malheur, c’est que nous y soyons nous aussi, féministes, à ce rendez vous que jamais autrefois nous n’aurions cru imaginable d’honorer ; mais voilà où nous ont conduites la résignation anthropologisante aux formes sociales prêchées inévitables, la convergence comme principe, le subjectivisme, l’exotisme, l’attirance vers un pur, un dur qui se répète viril, fétichiste, conservateur. J’en oublie. C’est nous, qui nous y sommes rendues, sur nos petites pattes, avec notre enthousiasme raisonnable et surtout notre honte de nous-mêmes, tordues et parasites de ce si sympathique monde, notre honte de tout ce qui pourrait le bouleverser pour de bon. Nous avons bien quelques états d’âme devant ce qui nous demande d’applaudir, de joindre – mais jamais nous n’avons osé les choisir, nous finissons systématiquement par faire cause commune (la bonne blague) à ce qui réclame nos peaux, entre autres babioles, avec quelques réserves inaudibles dont personne n’a rien à fiche, d’autant que nous n’entendons même pas réellement les défendre. Nous avions pris ce chemin confus il y a déjà longtemps, et voilà, la pente s’accentue et ça s’accélère. Même ça glisse, ça dérape. 

Nous causons des fois de transmettre, mais quoi ?! Notre échec historique répétitif à sortir de la domination reproduction ? Notre glissement mi accablé mi fasciné dans le naturalisme, le petit entrepreneuriat, l’idéal du rapport à la fois appropriatif et essentialiste, finalement la pensée, les normes de droite ? Notre allégeance à ce qui nous trie et nous élimine ? Le bel héritage ! On ferait mieux d’en faire un feu. Au fond, nos pensées politiques sont bien mesquines : on se serait faites arnaquer. Remettre en cause l’économie, la justice ? ah ben non alors ; on veut des bons produits à des tarifs équitables, sans vente forcée. On veut être les agentes libres rêvées par les Lumières et Smith, qui prônaient que commerce et valeur amèneraient paix et égalité universelles. Et il est tristement comique de voir que celles d’entre nous qui affirment combattre le plus ces idéaux ne se réclament pas moins de leur mécanisme souhaité que les autres, de même que les « antimodernes »  idéalisent une espèce de common decency qui correspond bougrement à la phase post-pillage du capitalisme en démarrage, states et europe autour de 1800 : famille nucléaire et petite exploitation équitable.

 

Sans parler de cet autre aspect du consensus réac : ne peut être fondé à exister que ce qui est censé avoir toujours été sous une forme ou sous une autre – au point que pour toute initiative nous nous tenons obligées d’aller y trouver ou inventer au besoin quelqu’origine anhistorique, atemporelle, ici ou là. Sinon, c’est un produit maléfique du grand capital. Ce qui est d’autant plus facile à affirmer que nous avons renoncé à toute définition un minimum critique de ce qu’est le capitalisme. Coincées dans un piège binaire, navigant à courte vue par peur de toute théorisation, nous ne croyons pouvoir opposer à un présent défini de plus en plus sommairement que des passés qui ont convergé vers lui ! L’avenir de ce monde est pourri, mais tout autant celui des fantasmes qu’il génère, de l’idéalisation des formes qui l’ont engendré et le sous-tendent toujours. On ne rend visible et révise pas aussi facilement que ça le sujet social.

 

Ne parlons pas de la joyeuse hiérarchisation réelliste de ce qui peut et doit être, de ce qui ne peut ni ne doit se manifester, et des « maladresses » hypocrites qui en coulent comme du jus de pomme bio, avec les morceaux – « maladresses » qui disent vraiment ce qu’elles veulent dire, en fait, et montrent les lignes de fracture internes à f-tépégélande qui deviennent béantes. Le fond en est qu’il ne doit rien y avoir de nouveau, tellement le passé, pardon l’éternel, est classe. C’est ainsi que nous, transses, passons à la case qui d’expé se situe juste avant celle de l’élimination, anomalies implicites à éventuellement réparer pour collouiller tant soit peu à la cisvaleur tranquillisante sociale. Mais n’avons-nous pas nous-mêmes abondé souffreteusement cette idéologie, craignant tellement d’être autres que ce qui se fabriquait déjà dans le social, identités sans origine et sans but autre que de le renforcer, craignant comme la peste d’être un mouvement vers sa sortie, une sape délibérée de la masculinité ? Craignant conséquemment, n’osant poser aucune base par nous-mêmes (quel subjectivisme efficace !...) de n’être pas adoubées par les cisses, d’où un concours permanent de docilité, de carpetterie et de je te tire dans le dos pour me faire bien voir dans l’antichambre du paradis inclusif. Encore une fois je ne crois pas tant à ce que nous « serions » ou pas, qu’à ce que nous pourrions tenter. Mais comme d’hab’ et pour bien d’autres, nous avons d'emblée anathématisé toute pensée de la tentative, et notre ralliement peureux à ce qui est ne nous aura pas sauvées, loin de là ; nous servons déjà de bouche trou parmi tant d’autres pour retarder le naufrage, là où nous nous sommes laissées mettre par nos sympathiques alliées cisses et autres invisibles - pour le moment. De même à l’autre bout apparent de l’échiquier l’échange à valeur et le rapport de propriété, qui sont infiniment naturels, humains, cromagnonesques, et que comme disait même Foucault on ne saurait quitter que pour prendre le chemin du goulag. Le postmodernisme n’est qu’un aspect relooké du naturalisme et de la résignation, nous tardons à nous l’avouer.

Et ce n’est pas une consolation de savoir, autant par projection réflexive que par expérience historique, que comme dit plus haut celles mêmes qui rallient soucieusement les zones encore émergées du rafiot général, que ce soit l’économie républicaine, le paradis du désir et du droit, ou l’ordre primitiviste, y seront parmi les premières à passer au menu des qui n’en ont jamais bougé, y légitimisent à fond la caisse, avec les fonds, les moyens de, et affûtent les objets contondants pour la remise au format. Vous êtes déjà tuées vous aussi par provision, (ex)camarades ; nous livrer, abjurer ce que nous représentions et pouvions porter ne vous sauvera pas non plus à un terme que je soupçonne très moyen. Je ne vous plaindrai pas, pasque nous prenons en plein gueule la facture de votre ralliement, et que par ailleurs je refuse de prendre qui que ce soit pour une imbécile – chacune sait très bien, au fond, ce à quoi mène dans l’immédiat ce qu’elle défend. Mais si j’ose dire quel gâchis ! Cela dit, il faut résolument se défaire de la croyance platonicienne que quoi que ce soit nous attend où que ce soit ; nous entraînons la réalité, pas l’inverse. Je ne crois nullement qu’il existe une vérité que nous devions apprendre, en quoi je m’oppose tout autant aux naturalistes qu’aux éducationnistes qui s’étonnent répétitivement que les en position de dominance en usent, et savent parfaitement qui et pourquoi elles craignent et haïssent.

 

Nous avons tant aimé, tant désiré l’appropriation de, la reconnaissance par les formes de l’économie politique et du naturalisme existentialiste, ontologisant - formes dont, à l’exemple de tout le social, nous avons attribué avec enthousiasme les contradictions et les conséquences de plus en plus brutales aux méchants de service, aux nécessaires coupables, justice pour décortication, dénonciation pour critique, que nous sommes bien mal fondées à faire notre moue d’ahuries et d’indignées maintenant que c’est nous qui sommes sur la ligne d’accusation. Nous avons nourri tant que nous pouvions ce fonctionnement qui à présent nous rattrape. Nous allons apprendre ce qu’est ne plus être du bon côté de la valeur, de l’essentialisme statutaire, ce qu’est être données à manger aux formes immuables et à qui les incarne avec quelque succès. Et ce sans même nous être données licence de les comprendre, a fortiori de tenter de nous organiser hors de leur ordre et de leurs exigences internes. Cela fait un moment que j’en causais, nous y sommes.

 

Que ce soit clair : les pensées anti-indus, écolote, naturaliste, territorialiste m’exaspèrent. M’exaspère cette révérence envers ce qui « est », cette dénonciation tronquée de tel ou tel aspect indécrottable du capitalisme perçu comme son sujet actif (la technologie par exemple), m’exaspère l’arrière pensée réaque, pénintentielle qui l’imprègne et en fait, je pense, la fonde et la justifie. Je ne crois pas un instant que ces approches puissent finalement mener à autre chose qu’au fondamental masculiniste, reproductif, propriétaire et moraliste où elles reviennent d’expé toujours. Et m’exaspère donc encore plus la pusillanimité, et je reste polie, que nous avons à prendre résolument congé de ces fétichismes nécessitaires, qui par leur caractère gluant nous collent et nous ramènent d’où le patriarcat, comme la marchandise et la dépendance au social qui va avec, nous-sujet quoi, « voudraient » bien que nous ne partions jamais, pasque ça risque de faire un trou fatal. Je mets « voudraient » entre parenthèse parce que non, je ne crois que cela se limite ni à un complot statutaire ni à une méchante pensée objectivée hétéronome, c’est hélas nous, subjectives, tant que nous ne remettons pas ça en cause, qui faisons bloc avec et la constituons avec bien des gentes, des orga, des formes politiques dont pour ma part je pense qu’on se passerait aisément. Je ne rêve pas, pour le moment, à une sympathique communauté humaine ; dans l’état où nous sommes, c’est un piège qu’il nous faut éclater, tout comme la déjà vieille illusion que des identités ou statuts de cet ordre des choses porteraient en elles-mêmes le principe de sa sortie. Le tout ni les parties ne nous serons d’aucune aide pour cela.

 

Progrès et régrès, écologie et économie, république et « communauté du peuple » nous maintiennent dans une même ornière, aux mêmes buts basiques enjoints, aux mêmes peurs de changement radical ; un coup en avant un coup en arrière. Contestation essentialiste contre perpétuation valorisatrice – avec le fantasme politico-moral du retour aux fondamentaux pour solder le désastre mutuel. Oscours nous-mêmes ! S’il y a une urgence pour nouzautes, disons en ce qui nous concerne la plupart des transses, et les hypothétiques cisses ou invisibles qui voudraient finir avec cisselande, rentables à nul point de vue, c’est bien de nous tirer au plus vite, intellectuellement comme matériellement, de la tenaille de cette vieille plaie qui se referme sur nous. Il n’y a rien à attendre des moyens termes, des pragmatismes, des mains et des sébiles tendues, que contribution à notre étouffement et notre mort, sans parler de la mise sous tutelle des possibles remises en cause. Nous ne pourrons pas même passer inaperçues : on a trop la gueule de travers et de toute façon, l’adhésion est désormais formellement réclamée par les diverses instances compétentes. Il nous faut tracer la route pour échapper à la réconciliation majoritaire. Au plus large sinon au plus loin. Partir aussi légères que possible, lestées de notre seul poids, il est vrai considérable à sa manière puisqu’il insupporte ennemies et « alliées », ordre ici et ordre là. Chercher à récupérer, à nous réapproprier, à emporter ce qui se négocie ici nous ramènera illico, nous ramène déjà chaque semaine en plein mitan. Sans parler des supplications adaptatives « comment moins mal vivre la valeur ». S’il y a une sortie, elle n’est pas entre les piteuses positions en présence, mais contre ce qui les fonde et les justifie, les unes comme les autres. Vivisecter le social, ses rêves, ses nécessités, abstractions réelles et meurtrières, avant qu’elles nous achèvent au moyen de nos propres paluches. Mettre en question ce qui, opportunément muet, discret, neutre, ne nous en pose pas.

 

Si il y en a qui veulent sortir du toboggan régressif, il nous va falloir faire des trous dans le consensus qui constitue ses parois. Une des ces parois me semble d’ailleurs la revendication prétendument individuelle largement ronéotypée des réacques – les contempteurs du « troupeau » se ressemblent et s’assemblent essentiellement à droite, à hétérolande, chez les anti-indus, etc. et défendent un bon sens populaire qui fait précisément pudding bien massif, indigeste, moisi, tout autant que le guignol progressiste qu’il affirme combattre, et dont il partage les fondements. Leur rébellion, c’est le moi je masculin évidentiste, leur subversion, c’est la production valorisation dans « l’économie réelle » chère au fascisme. Abandonnons leur ces écharpes depuis longtemps déteintes, qu’au reste ils se disputent déjà avec les libéraux, qui sera le plus rebelle, qui qu’aura la plus grosse. Je ne suis ni rebelle ni subversive ; je suis communiste et révolutionnaire. Je n’hésite pas à dire que j’ai toujours pour ma part kiffé les brebis, leur intelligence collective, leur étrangeté aux compétences qui font triper les darwinistes comme les économistes, biceps, prédation et lutte éliminatrice ; et que je rêve d’un anti-monde de troupeaux, plus ou moins grands, qui succèderait enfin à la masse des petits propriétaires de soi-même comme du reste, forcés à l’identique par l’intérêt, la peur et les formes bourgeoises. Contre la masse ressentimenteuse et mesquine, contre la guerre de tous contre tous, troupelons !

 

Notre quatrième vague est retombée, reflue. Il va falloir jouer des pseudopodes pour ne pas la suivre. La cinquième ne sera peut-être pas une vague, mais un éparpillement, et une joyeuse remise en cause alors de tout ce au nom de quoi nous nous sommes mues jusques à présent, puisque nous en avons épuisé les variations, les aménagements, la disposition tétritique, sans trouver d’issue. Penser tout de même à peut-être en finir avec cette angoisse d’un consensus qui n’a à ce jour, bien au contraire même, réduit aucune des violences, des inégalités et des aversions internes au milieu ; ne plus chercher à être d’accord, à (se) rassembler – en plus il faut voir le résultat, là encore. Ne plus attendre ; ne plus s’attendre trop large, trop consensuel, trop longtemps ! Tant qu’à affiniser, avec toutes les inconvéniences dudit, autant que ce soit sur de la claire et nette, pas par défaut et peur. Il s’agit de ne plus s’obstiner à raboter les angles, à se mettre d’accord – ce à quoi au reste nous ne parvenons jamais, sinon sur le pire. D’accord on n’est pas, voilà, nous ne faisons pas les mêmes paris. L’obsession partagée d’un seul et grand mouvement de ci ou de ça est une des formes, précisément, qui limitent et enserrent ce monde – et un monde, c’est un pré carré, ou rond, ça se révèle finalement toujours un petit monde. Si on est révolutionnaires et antinaturelles, n’attendons pas que les intégrationnistes régressives viennent nous river les boulets ! Il n’y a pas de nécessité convergente d’un seul féminisme. D’autres l’ont déjà dit, au reste.

 

Sinon y faudra pas pleurer glissées à la convergence fatale (mais c’est vrai que nous sommes de grandes filles - pour ne pas dire des mecs comme les autres, comme il faut, mâchoires serrées et service service jusqu’à la mort). Qui s’aviserait de vouloir cesser de mequiser comme option fatale « libératrice » ? De supposer sans fard que la valeur comme la nature, c'est le masculin et qu'on s'en passera bien ? Qui pencherait conséquemment vers un antinaturalisme radical ne se résignant pas binairement à la naturalisation par contrecoup de ce social ? Qui aurait l’outrecuidance de faire le pari de tenter une sortie collective du sujet que nous (re)produisons, et non pas de faire mine de s’en sortir, les unes sur les autres, chacune son capital vie, en l’état ? Qui enverrait promener une nature humaine dont le concept a toujours couvert l’ensemble des dominations et de leurs catégories, personnalisées comme acéphales ?

 

Peut-être de celles qui se détermineraient plutôt pour une féminisation radicale, novatrice, antinaturelle, dialectique (par exemple et entre autres !) ?

 

N’empêche, quel goulot ! Je ne me souviens pas de ma vie que nous nous soyons ainsi autant retrouvées à l’étroit, politiquement et intellectuellement. Encore une fois, nous nous disputons ce dont par principe il n’y a jamais assez pour tout le monde, les abstractions réelles, lesquelles ne vivent que par la hiérarchisation convergente et valorisante, l’élimination répétée des unes puis des autres, ce qui particulièrement advient quand ces formes sociales montrent la corde. Les sauver, défendre les unes contre les autres dans le guignol oppositionnel, c’est nous tuer. Et cependant nous n’en sommes pas moins leur sujette – en sortir sans mourir est un sacré pari. Un pari n’a aucune issue garantie, mais autant le tenir, pasque sinon vous voyez le topo… Et puis si on pouvait, comme disait la mère Valérie, rigoler un peu, s’occuper de nous, écrevisses dialectiques en devenir qui ne tiennent pas à marcher droit, et pas de ce que nous devrions être ou pas être, incarner ou réaliser, tout ne serait pas perdu.

 

 

 


 

 

 

 

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9 novembre 2014 7 09 /11 /novembre /2014 11:59

 

 

Bé wi tout de même, la masculinité, l’hétérosocialité, la sexualité, c’est trop classe, trop nécessaire, de grandes réussites sociales, pour ne pas dire humaines, une nature généreuse et radieuse, des réservoirs jamais épuisés de reconnaissance et de plaisir dont nous avons tant besoin pour nous regarder nous-mêmes et nous mettre sur le marché ; on va tout de même pas laisser tomber, remettre ces formes si géniales en cause pour à peu près cent pour cent de violence, de contrainte, d’obsession et de catas diverses. Ça ne peut être leurs conséquences propres, mènon, ce qui doit être, se faire, a toujours raison. C’est juste qu’on assure pas, pauvre taches mal dressées qu’on est face aux lumineuses injonctions de la vie.

 

 

 

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 15:20

 

 

 

 

Lui - me tient la porte de la boulangerie pour sortir, puis, alors que je m’engouffre dans mon tacot, pensivement

– Vous devez aimer le rouge…

 

 

Moi – badine et bonasse – Ah, ce n’est pas un secret ; et à plus d'un point de vue d’ailleurs.

 

 


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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 11:11

 

 

Je ne sais pas si d'aucunes d'entre nous/vous ont remarqué la prolifération d'iconographie transse qui représente tout bonnement, avec quelqu'insistance, un mec et une nana dans la plus parfaite cisnorme. Je songe à la page d'accueil d'un groupe régional que vous trouverez sans peine, ou encore à la splendide affiche de l'existrans de cette année.

 

"Un homme c'est comme ça, une femme c'est comme ça", criions nous ironiquement il y a une dizaine d'années. Á présent ce n'est plus ironique, c'est revendiqué. On en est, non mais ! Bref le programme de cisselande, de nozamialliées qui seraient tellement soulagées que nous ne soyons plus visibles ni autonomes, que nous ne risquions pas de devenir un mouvement qui les remette en question, et accessoirement des professionnelLEs de santé (y compris l'obligation "primaire" de se sentir "nées comme ça"), est désormais spontanément rempli par nozigues. Allégresse ! Réconciliation avec les exigences de l’époque. Demain nous le ferons peut-être même inscrire dans la fameuse "loi trans" qui nous pend au nez, et organisera la sélection sur des bases saines et objectives.

 

Comme toujours, librement, nous aurons choisi l'alignement, la reconnaissance (enfin qu'è disent) et de ne pas faire de plis dans le lifting. On verra bien si ça nous profitera - et à qui, à combien d'entre nous, un nous d'ailleurs de plus en plus ectoplasmique, à mesure que nous découvrons que l'identité n'a pas grand'chose de politique, et tout d'un (dernier ?) geste de croissance de la plus-value agonisante ; d'où ce caractère indélébile commun à tout ce qui en procède : tant qu'il y en aura, il n'y en aura jamais assez pour tout le monde.

 

Qu'est ce qu'on ne ferait pas pour être intégrées et invisibles ; bref être des cisses ? Enfin essayer, pasqu'après, bien sûr, c’est pour qui aura les moyens de s’y conformer – mais ça c’est le non dit de la chose, voire un sacré mensonge en ce qui nous concerne. Comme je l'ai écrit il y a quelques mois, pour les nanas transses ce sera comme pour les nanas cisses, en pire : la course à une norme toujours impossible. Et pour la plupart le nez pas au milieu de la figure, la visibilité désarmée forcée, en plein déni du côté des alliées et de la puissance publique - "tout va bien y a un f sur ta carte", en pleine haine de genre de l'autre, celui de la société meurtre qui l'emportera. Ca va être trop cool. Mais la société inclusive n'est pas masculine et misogyne, naaaann....

 

C'est par où la sortie des structures de cette société ? Pas, plus par nous, en tous cas.

 

 


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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 11:40

 

 

Transses, nous nous révélons trop grosses, gonflées de questions dont on craint, nous comprises, jusques à la formulation, pour passer au travers du tamis politico-moral du fameux "non-jugement" (qu'è disent).

 

Pour porter valeur, une condition dirimante est de ne pas même risquer de coûter (trop) cher.

 

Bref, encore une fois, invisibles ? Mon oeil. On n'en serait pas là. Incroyablement visibles, à tous les points de vue - c'est même pour cela que nous disparaissons éradiquées de f-tépégélande, et que nous rasons les murs ailleurs. 

 


 


 

 

 

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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 18:40

 

 

Les têtes du jour. En Une de la Décroissance, Weil, Tolstoï et Orwell ! Loi naturelle, common decency, méritocratie et petite propriété. Yahou l’hymne à la régression plutôt qu’à une sortie émancipatrice (l’émancipation est toujours suspecte, les gentes ne restent pas à la place que dieu, la nature et le destin leur ont attribuée concurremment).

 

Et dans le Monde, admiration de Despentes et Preciado pour Federici. Dis donc, on a (enfin) découvert chez nous que peut-être, quelque part, notre monde merveilleux du droit, de la citoyenneté, de l'appropriation et de l’échange était si ça se trouve fondamentalement le monde de la plus-value. O ben zut alors (mais on va y remédier équitablement, z’allez voir, sans rien bouleverser de l’idéal économico-social – au contraire, on va le perfectionner, écrivait l’une de ces deux admirantes dans libé l’an dernier). Bref, économie, exploitation. Pas bien. Certes.

 

Sauf que cette analyse léniniste 1.1, aménagée en approche subjectiviste statut par statut qui ne remet par ailleurs rien en cause de l’objectivité implicite de l’ordre de ces choses qui valent nécessairement, correspond plutôt à l’état de développement avide du capitalisme d’il y a 80 ou 60 ans. Avant qu’il vienne buter sur ses limites internes (à ce sujet, on pourra lire les ouvrages de Mylène Gaulard, sur les illusions déjà fanées de la post-croissance émergente ; où le récent La grande dévalorisation de Tenkle et Lohoff).

 

L’âge de l’exploitation, où l’économie avait besoin de tout plein de monde, c’est fini. Et le pire, ce pire qui nourrit la panique sociale qui a commencé, c'est qu'on va être mises dans situace de carrément regretter le cauchemar de l'exploitation, à désirer une tite place dans sa continuation locale à richelande, là où l'accumulation passée fait que nous sommes encore un peu solvables ; pasqu'on passe à la phase anéantissement pur et simple. Maintenant, les gentes, à commencer par les pauvres, encombrent ce qui reste de plus value à essayer de réaliser. La technique actuelle coûte moins cher, produit surtout plus de valeur que les plus mal payés, et par ailleurs des qui consomment pas assez c’est pas rentable, ça coûte même. Nous sommes désormais dans le grand hall de l’âge de l’extermination. Ça massacre de partout, les femmes en priorité, mais nous sommes encore à prendre au sérieux, pour ce qu’ils se présentent et se croient, les prétextes de ces massacres. Sans vouloir envisager que la raison, la raison sanglante que les critiques de la valeur signalaient déjà il y a vingt ans, quand nous nous esbaudissions de l’entrée dans un âge de guerre et de tueries d’un nouveau genre, avec de nouvelles cibles, les pas-rentables, que cette raison de la valeur, traduction impitoyable de tout ce qui veut exister dans un pareil monde, se tient désormais avec le couperet, nous anime au meurtre, comme elle nous a animés au travail, à la reproduction, à la conso et à la jouissance. De moins en moins de choses et de gentes seront valorisables, et ce qui n’est pas valorisable fait chuter encore plus vite, par sa seule présence, le taux de profit – donc couic !

 

Bref, l'idée qu'il faut du monde pour cette machine, c'est désormais devenu faux, et c'est encore plus épouvantable que quand il en fallait, ce qui n'est pas peu dire. Parce que ça veut dire la mort. Il n'y a pas et ne doit pas y avoir d'ailleurs à l'économie. Il n'est d'ailleurs pas question d'opposer une de ces logiques à l'autre ; le devenir de la transformation en valeur est inexorable, et l'exploitation conduit à la tuerie. Un certain Sade nous avait déja résumé tout ça. Le tout est de savoir où nous en sommes du processus.

 

Nous aimons cependant tellement croire que la politique est autonome, décision, volonté, immédiate (idéologie de droite popularisée par l'économie politique bourgeoise, relayée par les soutiens théoriques des fascismes et autres nationalismes, mais ça, broutilles et oubli…). Et que l’économie d’échange est quelque part « naturelle », n’est pas en son principe une folie immaîtrisable que nous ne pouvons que briser et fuir, ainsi que le sujet qu'elle produit et qui est presque entièrement nous, si nous voulons non plus même prospérer, subsister, mais seulement survivre !

 

 


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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 13:52

 

 

La fausse échappatoire stratégique des homelands, des destinées, des terres promises de tout acabit, qu’elles soient genrées, identistes, nationales, populaires... n’a fait à ce jour que creuser et surtout reproduire, multiplier à l’identique les impasses où nous nous entassons. Je crois que là-dessus nous devrions être suffisamment documentées. Et cependant, il n’en reste pas moins que nous subissons, et allons subir de plus en plus, stigmatisation, hiérarchisation, violence et peut-être pire. Par exemple, nous, les transses, n’avons plus rien à faire avec cisselande – qui est à peu près partout. Il faut effectivement nous regrouper, en fonction des haines sociales subies, mais nous devons pour cela trouver d’autres formes d’organisations, qui ne s’enlisent pas dans de mensongères convergences, qu’elles concernent les gentes ou les buts ; mais sans faire fond non plus sur des singularités subjectives tout aussi illusoires. Sans croire que ce à quoi nous sommes réduites va nous donner réponse. Ce que nous subissons, nous faisons subir, relève de la distribution de la valeur commune. C’est à elle qu’il faut échapper, et pas tendre les gamelles ! Ne pas reproduire ce qui nous tue n’est pas un donné, encore moins une conséquence mécanique de ce que nous « serions ». C’est un élément d’un autre état de fait à créer, sans s’attendre, isolées et opposées, divergentes, en guerre sociale – sans nous laisser prendre au hameçon de la valeur prétendue propre de cet isolement, condition subie, que nous ne pouvons négliger, mais pas condition active dont il y aurait quoi que ce soit à espérer. Ouf !

 

 

 


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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 14:41

 

 

et fais pas iech’, et coûte rien, et reste à ta place, et...

 

 

« Mais en général, les principes et traits de caractère dominants des grands et des heureux sont l’expression du plus extrême égoïsme ; car lors de l’entrée du roi et de la bousculade du peuple, comme je me lamentais du sort des gens qui étaient passés sous des voitures, ou avaient été heurtés, frappés à coups de crosse par les soldats, des personnes de haute condition me dirent « Il faut que vous dépassiez ce sentiment. Qui pourrait sinon jouir de sa vie ? Que chacun prenne soin de lui-même et veille à son propre chemin. »

 

 

Sophie von La Roche, Journal d’un voyage à travers la france, 1785

 

 


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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 08:30

 

 

 

 

ou quand la masculinité et l’économie se consolent de la chute du taux de profit par l’extermination

 

 

 

« Les hommes flippent que les femmes se fichent de leur tronche.

Les femmes redoutent tout simplement que les hommes les tuent ».

M. Atwood

 

 

 

Quand une société entièrement structurée, matériellement et idéalement, sur l’expansion de l’accumulation, l’échange, de l’intensité, du plaisir, du bonheur, bref de gains divers et de traduction de chaque personne en valeur, commence à se rétracter sous l’effet de ses propres contradictions, son enthousiasme passe à l’élimination, au meurtre comme rapport social, lui-même aboutissement des rapports sociaux de domination que les formes ci-dessus évoquées nourrissaient au lieu de détruire, malgré l’égalité civile et propriétaire formelle et mensongère indexée sur les richesses.

 

Le meurtre masculiniste, nationaliste, raciste et même directement économiciste, sans fard ni autre prétexte, (appropriation de marchés, légaux ou pas, défense armée des frontières de l’accumulation) se répand petit à petit comme normalisation, il est vrai bien aidé par le ressentiment de classes dominantes qui, dans la naufrage général, perdent leurs avantages, pressentent très bien qu’elles ne les récupèreront pas et passent à la politique de la vengeance pure : puisqu’on doit disparaître, autant assassiner les minorités avant, ça produira encore un peu de satisfaction. Les politiques du ressentiment sont admirablement idoines à enrober ça, dans leur chatoyante diversité monotrope.

 

Et derrière ce meurtre de plus en plus disséminé, d’initiative individuelle ou de petits groupes, se tient aussi la logique du maintien forcené, jusqu’au bout, de l’échange, de la valorisation : tuer le plus possible de non-rentables, de pas assez producteurs et consommateurs, dont la seule existence, manque à gagner, coûte. Finalement le pépé d’Iéna, son esprit de l’histoire et sa ruse de la raison ne sont pas tant à jeter à la poubelle qu’on avait cru, non plus évidemment que son héritier barbu. La structure même des intérêts que nous nous sommes imposés comme idéal et but social nous induit à la tuerie.

 

Le génocide lui-même cesse d’avoir besoin d’une superstructure compliquée, de spadassins dédiés. Des collectivités entières assument désormais, en plus de la pensée qui les justifie (la prétendue oppression de la saine majorité par de sournoises minorités perverses), la mise en œuvre. Nécessité et travail, ces formes suffisent à mouvoir, discipliner et soulever des peuples, dans la droite ligne de la mise au pas des derniers siècles. Produire, fut-ce de la mort.

 

Le féminicide, qui est aussi mondialement en marche, s’appuie sur les conséquences de l’idée de valeur, inexorablement attribuée aux formes masculines, que ce soit pour faire disparaître les femmes en tant que reproductrices qu’en tant que productrices. Pareil : le féminin ne vaut pas assez, donc il coûte. Par exemple quand les nanas assument l’essentiel de la production agricole. Mais fini l’autoproduction, il faut vendre et acheter, au meilleur prix ; les pays ayant encore des moyens achètent les terres de ceux qui n’en ont pas ; et les femmes (en priorité mais pas que) deviennent de trop. Guerres civiles, meurtres de masse, nettoyages au nom de la race ou de dieu, mais aussi sadisme familial, lâchage sexuel, viols systématiques, massacres diy dans les lieux symboliques (magasins, écoles) – tout ça spécifiquement masculin. Et la folie a alors bon dos, qui se révèle systématiquement une excroissance de normalité. Conséquence de la structure sociale virile comme de la chute du taux de valorisation – seule la valeur donnait le droit de vivre ; et les mecs, la forme sociale mec, ne supportent pas de ne pas avoir, de perdre. Ils liquident donc et les femmes, et tout ce qui est rattaché, par un bout ou un autre, au côté assigné féminin du monde, qui est vu comme faisant opposition au vrai, au réel, à la valeur. En autogestion.

 

Nous n’avons d’issue pour sortir de cela ni dans les passés, ni dans les évidences dont ils nous ont imprimées. Il n’y a pas de refuge sur les chemins par lesquels nous nous sommes acheminées à cette impasse meurtrière. Les tentatives de réappropriation, comme on dit désormais chez nous, sont vouées à la reproduction. Sans doute ferions nous mieux de jeter le barda pour courir plus vite – mais n’oublions pas que nous sommes aussi ce barda, comme sujets sociaux. L’affaire n’est pas simple, contrairement à ce qu’affirment, chacuns de leur côté de l’angle où ça va charcler, les économicistes et les tueurs, ceux qui attribuent et ceux qui éliminent.

 

Alors voilà, je me dis qu’on n’est pas vraiment sur le chemin de sortir de l’abattoir quand je vois des camarades qui ont investi leur côté libertaire dans l’espoir de perpétuer soft cette société et sa logique, d’échanger joyeusement, de se transformer en petites entreprises éthiques, « chacune fait c’qu’elle veut – mais les nécessités, hein, alors je veux la même chose que toi, et y en a pas pour tout l’monde » - se mettre à la colle avec des léninistes 1.1, souvent nationalistes et toujours économicistes, qui ont soigneusement oublié que pépé à barbe, si l’on tient à s’appuyer sur ses conceptions, mettait en question la production et l’échange, les formes qu’ils supposent, le pourquoi nous faisons, non simplement la distribution, et avait fermement prédit que la logique de valorisation amènerait au cassage de gueule général. Et en oubliant ça ont finalement fait leurs les arguments des économistes bourgeois et républicains, la croyance en l’élastique, en la naturalité de l’économie politique et de ses formes fondamentales, avec quelques protestations morales et identistes – une revue comme Période illustre ce courant « tout doit continuer » et démocratisme radical aménageur. La démocratie, c’est pourtant historiquement le jeu des intérêts et des appropriations dans lesquelles nous sommes projetées – avec notre consentement, cette vérole ; mais il est tellement tentant d’y croire quand même. Promouvant ainsi une naïveté roublarde, une confiance égoïste dans le gagnant-gagnant, la solidarité propriétaire, qui ne les quittera même pas quand on y passera ; et un positivisme bien masculin, en opposition à cette négativité dissolvante qu’on préfère, aussi, oublier quand on en vient encore à causer de féminisme. Le libre jeu des institutions que nous ressentons nous-mêmes abonde au même bilan que la répression politico-morale la plus exaltée.

Il est vrai que la définition du matérialisme donnée dans une livraison récente de la dite revue, qui est bien sans doute la plus acritique et bourgeoise que j’aie pu lire dans ce genre de littérature, ne serait je pense reniée ni par les retraités du pmu cantonal, ni par les primitivistes. Sagesse et conciliation ?

Il ne suffit pas de croire béatement sur parole que ce qui se présente à nous comme une alternative – ce mot dit d’ailleurs tout - à la domination va nous en sortir. Ni que les choses et le rapports sont ce pour quoi nous nous les donnons. Et ce n’est pas que nous ne pouvons pas penser ni au-delà, ni en deça, ni à côté, contre ces foutues urgences et nécessités hameçons – c’est que nous nous le refusons, que nous avons avalé que « ce n’est pas possible », et plus précisément pas pertinent ; que nous avons peur de la vengeance de ce réel en la volonté duquel nous croyons sourdement, comme à bien d’autres divinités. Il n’empêche que toute cette course à la normalisation n’est d’aucun secours contre le néo-conservatisme qui avance, qui est bien le seul à avancer aujourd’hui, et avec lequel elle n’ose pas ne pas converger sur les bases incritiquées ; elle est même prête à lui donner des gages de bonne conduite, responsable et autogérée, à avaler ses raisons, propriété famille nation – mais on ne négocie pas avec l’absolutisme et il bouffera toute cette valse-hésitation. Je ne parle même pas des crétins qui redécouvrent à quel point la désertion de l’hétéropatriarcat serait la quintessence du capitalisme et de la « technocratie » ; Poujade a son héritier en Michéa, en passant par les libertariens et les primitivistes… Nous sommes dans la confusion la plus totale, ce qui ne serait pas grave en soi, si notre mort n’y était pas tapie !

 

Il se peut bien qu'il revienne à un féminisme radical, basé sur la remise en cause des formes sociales et du sujet que nous constituons et qui les perpétue – féminisme qui reste à mettre sur pieds, avec d’autres réflexions-actions - d’achever ou au moins de pousser à nouveau la critique de l’économie politique, du droit, des formes-valeur masculines, du relationnisme. Le principal reste à défaire ! Mais aussi de nous organiser et rassembler matériellement pour survivre. L’autodéfense associative et individuelle, non plus que la réclame des droits, ne sont plus à la hauteur de la violence sociale ; au contraire, par sa logique de chacune à soi et dans son coin, elles nous maintiennent à sa disposition ; nous enlèvent et les possibilités de nous défendre, et celles de saisir cette violence dans sa logique, de combattre celle-ci totalement ! C’est une guerre sociale qu’il nous est imposé d’affronter à présent. Et il faut bien nous rappeler que nous n’avons aucun allié à aller chercher dans les rangs des concurrents pour l’exercice de la domination, au nom de quelque raison, de quelque fatalité ou de quelque transcendance qu’elle soit présentée. Nous, et nous seules ! Sans rester dans l’isolement vigilant, convivial du lien social ni attendre l’union de masse d’intérêts supposés, en évitant soigneusement par conséquent de prolonger l’agonie de l’associatif, du participatif et de l’électoral, gloutonne de nos capacités et moyens, sans nous laisser prendre aux glus retardantes de la solidarité, du complémentarisme ni de la sororité, toujours convergentes vers les intérêts les plus intégrés. En collectivités déterminées, séparatistes, désertrices des logiques de reproduction de ce monde. Hors des facilités, des simplismes qui font mine de rassembler et en réalité nous isolent, nous séquestrent, nous livrent à la mort. Sans ça, on y passera.

 

Ou nous en finirons avec nos idéaux incritiqués, érigés, travestis en nécessité et en désirs, et leur pratique qui nous tient enfermées, ou bien ces idéaux et ces pratiques en finiront avec nous. L’intégration finale de et dans l’individue propriétaire échangiste est tout bonnement le consentement tout aussi final à la force des choses, à la guerre maquillée en concurrence de tous contre tous, à l’entrélimination (dans l’ordre hiérarchique bien entendu). Et nous participerons alors nous-mêmes à notre propre exécution, diy comme institutionnellement indépendantes, mandatées, salariées, bénévoles, guérillères.... Nous avons hélas déjà commencé ça. Tout marche tellement mieux quand c’est un travail – et comme dit le sinistre dicton, un bon travail est un vrai plaisir.

 

 


 

 

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 08:09

 

 

Je ne me soucie pas souvent du sort de mes ex-camarades lyonnaises et de leur grenouillère, vu la manière dont les transses y ont été et restent traitées –  sans parler d’autres catégories stigmat’s, je me rappelle aussi de drôles de trucs à ce sujet. N’en espérant plus aucune évolution, je dirais même que si j’apprenais qu’elles sont crevées, milieu et rôles sociaux, la bouche ouverte, étouffées de leurs propres hypocrisie malveillante et lâcheté grégaire, comme des carpes dans un bassin dont elles auraient elles mêmes retiré la bonde, je n’arriverais pas nécessairement à éprouver un très profond chagrin. Mais voilà, il arrive que l’actualité comme on dit vous tire par la manche, prête à faire des réflexions comme on dit.

 

C’est ainsi que j’ai appris que les lgtb’s de là bas ayant eu l’idée, incontestablement maligne et qui cherchait, de mettre dans le slogan de la pride de cette année, dans la liste de ce qu’on pourrait appeler la liberté des rapports à soi même, le travail sexuel. Qui cherche trouve. Toute la coalition prohibitionniste a quitté l’orga de la festivité aussi sec. En protestant vigoureusement. Il est difficile de leur en vouloir, en soi. Ça n’a rien que de très cohérent.

 

Mais il y a je sais plus, deux, trois ans, j’avais écrit ici un article intitulé La politique du pack, lequel mettait en lumière cette bonne vieille manœuvre politicarde pour emmouscailler ses adversaires et autres comouvementières pas d’accord, que d’introduire dans un texte ou un projet censé faire l’unanimité chez nous un petit paragraphe qui fâche, qui engage dans le sens qui fait débat, histoire d’avoir le plaisir ou de les voir regimber, et de les agonir à la traîtrise, ou de les voir signer et ainsi passer sous les fourches caudines.

 

Elles nous l’ont fait pas mal de fois, ce coup là, les prohi. Dans de grandes déclarations, dans des projets législatifs. Là ce sont elles qui se le dégustent. Hé, quand on use d’un stratagème, il faut bien s’attendre à se le voir opposer un jour où l’autre.

 

Dégât collatéral ordinaire à cette situation, il n’a pas fallu deux jours pour que la position de nos néo-conservatrices à nous soit assimilée, évidemment avec gourmandise et relativement peu d’analyse, à celle des phobes en tous genres. Et ce d’autant que ces phobes ont participé au festin argumentaire, tu parles, du nanan, olf claque la porte de la pride, bonjour chez nous !

 

Peu d’analyse, mais alors là aussi je leur dis pouet pouet, aux prohi qui en geignent. Combien de fois elles nous ont accusées d’être des maquerelles manipulatrices, stipendiées de l’industrie de la domination, émargeantes à je ne sais quels fonds dont j’aimerais d’ailleurs bien voir la couleur ? Ah ben là c’est leur tour, pareil. Et pareil, elles s’aperçoivent qu’avoir des boulets c’est pas la joie. Nous avons, et en partie, je l’ai maintes fois dit, à cause de notre attitude trop peu critique des bienfaits de cette société, nos boulets libéraux. Elles ont, sensiblement pour la même raison, leurs boulets réacs. Quand on ne réfléchit pas bien à ce qu’on prône et à ses implications, fut-ce par défaut, en creux, on les voit facilement arriver, la langue pendante et aussi reconnaissants qu’un choléra.

 

Pareil enfin, de leur comme de notre côté, les arlequins politiques que nous avons ralliés ou constitués pour faire valoir nos valeurs d’échanges politiques, pour tenter de faire masse et chiffre, et qui se révèlent de plus en plus confus et contradictoires. L’utilitarisme nous mène à bien des transactions. Il est compris dans l’équilibre de ce fonctionnement économique et social, dans ses structures incontournables qu’au fond ni les conservatrices ni les libertaires ne tiennent à voir bouleversées. Nous sommes tellement persuadées qu’il peut encore (et même semble-t’il indéfiniment, pour pas mal) servir !

 

Bref, bien fait. Et puis c’est que j’ai pas souvent l’occasion de rigoler en ce moment. Plutôt je m’arrache les cheveux en voyant ce que ma famille politique se dispute comme positions, accessits, revendications et réappropriations. Alors pour cette fois, oui, je m’esclaffe de bon cœur. Et je me dis finalement tant mieux. Une orga d'inclusives de là bas, lesquelles sont je le répète loin d’être nettes ni honnêtes dans leurs rapports aux transses, ces transses qu’elles affirment chérir et surinent bien souvent en réalité, couine que cela fragilise le mouvement lgtb. Je pense bien. Et je l’espère bien, somme toute.

 

Comme je l’écrivais il y a quelques jours, et l’an dernier, la suite de virages résolus de lgtblande vers l’intégration aux formes d’une société qui ne peut vivre que sur la concurrence et l’élimination, sa croyance obstinée qu’on peut modifier des rapports sociaux et politiques en rajoutant des identités sur la barre des tâches, identités dont le seul objet actuel est de multiplier les décalques d’un même ordre des choses et des relations, ce joint à tous les placards et les cadavres pas bien mortes dedans que ce milieu a accumulé, comme n’importe quel milieu – tout cela fait apparaître des lignes de fracture de plus en plus profondes et définitives. On le voit bien quand les mieux intégrées appellent à la paix et au respect, soutiennent les fliques contre les moins. On le voit quand on s’aperçoit que la droitisation gagne de partout les tépégées et par les chemins les plus divers. Au reste, c’est déjà de nous être définies dans ce cadre, civil et échangiste, qui a fermé les écoutilles vers autre chose que la reproduction du présent. Le début de la trajectoire date des années 80, et de la grande résignation qui nous a empoisonnées dès lors.

 

Lgtb’, tépégélande, qui se rejoignent et se confondent désormais dans leurs conceptions comme dans leurs désirs, sont, comme tous les syndicalismes, comme toutes les solidarités, indexées par un double mouvement sur l’adhésion à la domination – et parce qu’elles promeuvent notre entrée (enfin de celles qui arrivent à valoir quelque chose, évidemment – c’est le retentum de toute cette société) dans ses formes benoîtement crues neutres, et parce que ce faisant elles se structurent forcément autour des intérêts des plus puissantes parmi nous – « faire le trou », me disait l’une d’entre elles il y a quelques années - et se referment dessus. C'est également la logique qui prévaut dans le féminisme intégrationniste, républicain ou libertaire. Il ne s’agit pas d’une question morale (les méchantes perverses privilégiées), ni anthropologique (la nature humaine ma bonne dame, vous savez bien…). Il s’agit d’une question politique et sociale, d’une série de contradictions aux effets d’autant plus mécaniques que nous cherchons à l’ignorer comme telle, à l’imputer à la déficience de nos volontés ou à de sombres complots. Et ce faisant laissons courir sa logique brutale à travers nous sans encombres.

 

Il serait trop facile de simplement dénoncer le milieu et l’image qu’il essaie de se donner de lui-même comme un mensonge. Du mensonge, et des mensonges, bien évidemment, il y en a, et pas qu’un peu. Á commencer par celui dont nous croyons bien naïvement nous faire un bouclier, que mais non nous ne sommes pas un mouvement social, qu’on ne devient pas gouine ou transse, que nous ne remettons rien en cause, nolens volens, de l’ordre sexué et complémentariste. Et que ce que nous aimerions bien n’être que des identités ne sont pas des rapports sociaux en acte, des théories sur pattes. Bien sûr que si, qu’on en est, et pas qu’un peu, et encore heureux – et nos antithèses cishétéra pas moins que nous d’ailleurs - sans quoi ce monde serait bouclé à jamais. Bien sûr que si, quand bien même nous ne nions comme beau meurtre, quand bien même nous faisons tout pour que rien ni personne ne change ni ne bouge ! Et encore heureux Là aussi, les rapports sociaux dépassent de partout et contredisent nos lénifiantes déclarations et non moins lénifiantes croyances. Nos affirmations sont autant de dénis, de silences, qui ne trompent pas celleux qui veulent notre anéantissement et ne nous sauveront pas. Il n’y a finalement que nous-mêmes que nous trompons dans cet illusionnisme, à répéter et scander que rien n’va changer, tout va continuer, avec nous en guest stars !

 

Lgtb’, tépégélande, les assoces mini républiques, les manifestations et les groupes de pouvoir ne sont pas plus réformables que la société dont elles sont issues et dont elles reproduisent, dans leur forme même, malgré les meilleures volontés possibles, le fonctionnement et le but : produire de la valeur, matérielle, relationnelle et sociale. Tout comprendre, tout diriger, tout choisir dans cette direction. Nous sélectionner et mettre en ordre de marche pour y concourir. Avec les conséquences de toute économie : la plupart d’entre nous sommes toujours de trop, pas rentables, coûteuses.

 

Mais voilà – c’est ça qui est voulu, poursuivi, qui appète, par chez nous. Intégrer l’ordre des choses, pas le remettre en cause. Donc, à la rigueur, rien à dire – si ce n’est rappeler que selon certaines théories anciennes et inquiétantes, le monde social ne se réduit pas aux volontés exprimées, aux intentions, à comment nous voudrions bien nous voir et voir le jeu des choses entre elles. Et que ses buts et contradictions nous arrivent sans cesse dans la figure. Enfin que celles qui pour bien des raisons ne tiennent pas à ce que ce monde continue ne peuvent que se réjouir quand ça craque.

 

 


 

 

 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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