Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 10:09

 

 

"Honte à ceux qui choississent - boumbadaboumbadaboumbambam

L'aliénation étatique, ay Carmela, ay Carmela"

Vieille rengaine ringarde

 

 

L’important c’est de participer. Et même, plus précisément, de contribuer, dans un monde de délégation, de dépossession, de représentation (rien à voir bien sûr avec le démodé spectacle) et de droit. Nous sommes de bonNEs contribuables. Aux apports comme aux restrictions.

 

Et à quoi ne contribuerons-nous pas ? puisque notre fervent désir, à nous les lgbt, tpg et autres identités de genre encartées, est d’intégrer tous les aspects de ce monde. De les vivifier en nous en servant, et en les servant. Comme dit la bonne vieille devise américaine,  les vivifier en nous en servant, et en les servant. Comme dit la bonne vieille devise américaine, « demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Ou pour l’économie, la société, etc.

 

Nous ne faisons pas peu. Déjà bonNEs producteurices, consommateurices et citoyenNEs, nous sommes en outre d’excellentEs prescripteurices légaLEs. Comme je l’avais déjà souligné en des textes pleins d’amertume, nous en étions déjà à nous réjouir que le bras séculier s’abatte avec toute sa vigueur et son inhumanité sur les ceusses qui portent la main sur nous. Puisque rien ne vaut une bonne prison pour civiliser et éduquer. D’ailleurs, charité bien ordonnée commence par nous-mêmes. Je me souviens des suppliques pour obtenir des quartiers, sinon des centres de détention trans ou lgb.

 

Le propre du désastre contemporain est qu’on entend l’appliquer libéralement et également à touTEs, y compris soi. Qu’il excite l’avidité et le désir, fut-ce de la contrainte et de l’anéantissement. TouTEs ensemble, touTEs ensemble, ouais, ouais !!

 

Bref, venons en au fait. Je lis ce matin sur l’actualité que les Etats-Unis ont décidé d’annexer à leurs multiples interdictions de territoire les auteurEs de violences envers les lgbt. Et que nombre de mes congénères, puisque congénères nous sommes, que je le veuille ou non, semblent s’en réjouir et congratuler activement.

 

Je me rappelle pourtant combien grande était l’indignation, il y a fort peu d’années, envers la même interdiction, édictée par le même pays, envers… les séropo.

 

Mais voilà, celleux là étaient des gentilLEs, des innocentEs, tandis que celleux-ci sont de sombres coupables. Tout est dans le statut et le jugement. Il va de soi que s’interroger sur la pertinence morale même des frontières, de leur verrouillage, du pouvoir de dire qui a le droit (ce fichu droit, encore), ou pas, d’aller ici ou là, est d’une ringardise douteuse. Je ne cause évidemment même pas de l’évaluation judiciaire, tellement nécessaire à l’aménagement du cauchemar réel. Ce serait aller trop loin.

 

Et surtout, critiquer le fonctionnement de ce monde, plutôt que la mouvante distribution des claques, sent par trop une prétention défunte à une compréhension des choses qui ne tient pas un instant devant notre envie profonde de savoir qui est bonNE, qui est mauvaisE, désormais base de feu la critique sociale... Fi de changer le monde, fi de nous interroger nous-mêmes. Ce qui importe est juste d'être du bon côté, et de se tenir au courant des variations comme du rétrécissement incessant de ce territoire.

Croyance obstinée et toujours renouvelée en "elleux et nous", alors qu'il n'y a désormais qu'un nous en soupçonneuse déroute.

 

Vous me connaissez assez pour savoir que je ne vais d’ailleurs pas jouer du pipeau, pourtant fort tentant en un tel contexte, de l’exotisation politique. Et de suggérer que ce sont les vilainEs occidentalEs qui vont juger de qui est « homophobe » ou « transphobe ». Puisque je crois réellement cette approche daubée, stérile et autobloquante.

 

Non, c’est le fait même, tout cru, tout énorme en lui-même : nous sommes en train d’applaudir le parcage mondial, éminemment bénéfique à l’économie et à la paix sociale, les képis divers et chamarrés des innombrables police aux frontières, les centres de rétention administrative…

 

Nous sommes même en train d’y contribuer activement.

 

Je dirais bien « honte à nous ». Mais j’aurais plutôt envie de dire « honte à notre bêtise intégrationniste ». Honte à notre dévalaison de lemmings haineuXses, qui croient toujours qu'il y aura éluEs et damnéEs - et que nous serons du bon côté. Nous avons saisi la pelle et le pic pour creuser la tombe du suicide collectif humain. Comme nous sommes nouveLLes venuEs, en plus, il y a des chances que nous creusions vigoureusement. Il n’y a visiblement aucune horreur de ce monde à laquelle nous ne demandons pas notre assimilation.

 

Á quoi n’aurons nous pas contribué, nous amalgamant et nous condamnant par là même au sort commun, quand tout cet édifice mégalomane va nous tomber sur la tête ? En tous cas, il ne sera alors plus temps de couiner. Il faut toujours crier avant d’avoir mal – et avant de faire mal !

 

Vraiment cela fait un bien saumâtre réveil. Comment déserter désormais de cette glaise de guimauve impitoyable qui s’épanche vitement après les plus éloignéEs d’entre nous ?

 

 

La petite murène

 


Repost 0
Published by
4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 11:35

 

 

Encore une personne qui est passée de l’autre côté, celui qu’on peut quelquefois envier. J’ignorais jusqu’à son nom et au rôle qu’elle avait joué, à un moment crucial, lorsque ce fut la lutte « finale » pour la liberté d’avorter, qui n’aboutit alors qu’à une loi de tolérance, et à un écheveau de limites fort étroites. Reprise en main politique et médicale versus autonomie des nanas. Et voilà pourquoi on a aujourd’hui quatorze semaines, pas plus, et une loi sur l’avortement dont le préambule est pro-life…

Je cite : « La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie. »

Art. L. 2211-2. - Il ne saurait être porté atteinte au principe mentionné à l’article L. 2211-1 qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par le présent titre. »

Oilà…

 

Revenons à pupuce décédé. C’était un homme. Un cinéaste. On a aussi perdu Roussopoulos, de nos jours le choix médiatique sur la question se joue souvent entre des hommes, tradis comme Patrick Jean, néos comme Carré. Ils me font triper ni l’un ni l’autre. Je vais pas rentrer non plus dans le vieux débat sur féminisme, proféminisme, où j’ai déjà donné mon avis, où une petite phrase lapidaire a aussi bien cadré la question (devinez laquelle)…, où on peut répondre de diverses manières à la question récurrente : « Je suis une femme, pourquoi pas vous ? ». J’ai noté depuis longtemps que ça se bouscule pas au portillon pour transitionner dans le sens mtf, à proféministlande. Peut-être finalement, je m’en rends compte, pour de bonnes raisons. Je suis moi-même bien moins sûre aujourd’hui des tenants et aboutissants de l’affaire que j’ai pu l’être autrefois…

 

Mais bon, voilà, dans un coin de nécrologie, j’apprends qu’un Charles Belmont est mort, septuagénaire. Ce Charles Belmont fut le réalisateur d’Histoire d’A. Ça vous dit-y quelque chose ?

 

On ne le passe plus jamais, même dans les rencontres sur l’avortement. Peut-être pasqu’il y en a moins de copies que de « Regarde… », ou autres films un peu plus récents. Si vous faites une recherche sur Google, ce qui est, à défaut d’intéressant, un bon moyen de voir ce qui passionne les contemporainEs, vous aurez le plus grand mal à el trouver une référence. C’était déjà une rareté en fait à sa pleine époque, début des années soixante-dix. Une rareté que les flics s’arrachaient, mettant des embuscades pour choper les copies qui allaient à tel ou tel endroit. Le film était « interdit », par la volonté première de la charogne de Druon, pseudo-historien, alors ministre de je ne sais plus quoi, et qui n’était déjà pas très fraîche à l’époque.

 

Mais n’est-ce pas aussi parce qu’il promeut une vision de la liberté d’avorter qui n’est plus celle d’à peu près personne aujourd’hui ?

 

Il montre, sans chichis, sans dramatisation, un avortement, choisi, hors milieu médicalisé, des nanas qui entendent bien garder la maîtrise de la chose, des personnes, quoi. Toutes choses qui doivent faire lever le poil aux modernes, qui ne voient le salut que dans la loi, le contrôle et l’ordre médical.

 

Histoire d’A. Pied de nez à l’affligeant Histoire d’O, vous savez, là aussi, ce film qui fit une si belle carrière, et où l’on apprend combien le « consentement » et même la demande des humainEs dans un monde d’injonction au travail et au cul voisine facilement avec leur anéantissement… Au-delà même du pouvoir d’autrui, déjà redoutable, il y a l’effrayante haine de soi, bouteille qui gicle sans fin.

 

Une amie, de la génération d’avant la mienne, me raconta souvent l’épopée que représentait une projection de ce film. Dans sa ville, un soir, on l’attendait. Patatras, les flics ont arrêté les porteurEs sur la route, copie confisquée. Le public, mixte, se forme alors en manif. Sans résultat. On se promet de revenir gueuler le lendemain pour récupérer le film ou au moins faire chier suffisamment. Oh surprise, le lendemain la manif est non-mixte. Pas du tout décidée, la non-mixité, seulement les mecs se sont défilés. Et des cars de flics attendent. Lesdits flics chargent sans ménagement les nanas en colère, les tabassent studieusement. Nombreuses factures et traumas. On rigolait pas avec la fertilité nationale en ce temps pompidolien.

 

Et je rappelle incidemment, encore une fois, que l’avortement n’est toujours ni libre, ni dépénalisé dans notre charmant pays. Démédicalisé et aidé et/ou hors délais imposés, la trique pénale et sociale, boum !

C’est marrant, aucun, mais aucun communiqué, aucune initiative féministe, depuis je ne sais combien d’années, ne conteste plus le carcan qui est imposé aux femmes de ce côté-là. On ne s’aventure pas plus loin qu’à réclamer « l’application des lois ». Sans se rendre compte qu’une loi de tolérance est par sa nature même vouée à sa propre extinction, par sa disposition générale de dérogation, comme par l’attitude qui la sous-tend. Les lois de 75 à 01 ont été votée avec l’arrière pensée que l’avortement est fondamentalement un mal, une « contraception ratée » au mieux, et que tout doit concourir à sa disparition.

Ah ces maux sociaux, comme le travail sexuel… Qui doit aussi disparaître, nous disent celles qui savent pour les autres, après avoir été lui aussi toléré.

C’est quand même une drôle d’époque, bien significative, que celle où des féministes usent de la restriction et de la tolérance envers des nanas… Tout le monde, désormais, a intégré l’idée que nous ne saurions être libres sans dommage. Dommage pour quoi, là est la zone aveugle. Que veut-on protéger en nous gardant de nous-mêmes ?... je dis bien « que », parce que je ne crois pas un instant la bonne blague que ce soi « qui ». Et ce « que » suppose qu’il s’agit d’un fonctionnement, d’un idéal, d’un fétiche comme disait le vieux Marx, plus que d’un « intérêt ».

 

Alors voilà, au milieu de tout le vacarme, je songe à celleux qui ont réalisé ce film un peu oublié, et à l’importance que ça a eu pour des tas de nanas, en cette époque là, et aussi pour des mecs – les groupes de réflexion et de pratique de l’avortement étaient souvent mixtes. Et on reculait moins devant la stérilisation. De l’eau a coulé sous les ponts…

 

Pour la liberté et l’autonomie de l’avortement (et de bien d’autres choses !)

 

 

Plume

 


 

 

Repost 0
Published by
27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 08:16


 

 

Mon cachot, coincé dans une mini rue, est entouré de voisins fort bruyants, comme je l’ai déjà fait remarquer. Il y a quand même quelque chose de singulier avec l’espèce de passion qu’investissent mes contemporains dans l’expression tous azimuts des circonstances de leur, de notre vie misérable. J’avais déjà remarqué ça en ville. Il faut que tout le monde en profite. Jusqu’au jour où ça passe à la vitesse supérieure, où le bruit ne suffit plus, et où on va dézinguer quelques familles semblables à la sienne dans un hall de supermarché.

 

Á Brioude et environs, on n’en est pas encore arrivé au meurtre de masse. On en est juste à l’expansion sonore. Et c’est diablement édifiant. C’est pitoyable qu’il m’ait fallu en tomber là pour prendre connaissance, sur le chemin de la mort par étouffement, de la formation de celleux qui dans dix ou quinze ans commenceront elleux-mêmes, producteurices potentielLEs et citoyenNEs, à sévir.

 

Bref, la diffusion en question est assurée par un encore jeune couple hétéro, muni de deux ou trois enfants.

 

Alors déjà, ce qui est remarquable, c’est qu’à part l’automatisme reproducteur et l’illusion de reconnaissance sociale, je ne sais pas pourquoi mes contemporainEs font des mômes. Pasque la relation semble se limiter à une espèce de harcèlement réciproque, sans interruption. Et le seul intérêt que paraissent avoir les parents pour les enfants, c’est qu’ellils ne les fassent pas trop ch…, d’une part, et qu’il ne leur arrive rien d’autre part, uniquement parce que s’il leur arrive quoi que ce soit ce sera trop de frais et d’emmerdements.

 

C’est quand même dingue. J’en viens désormais à considérer mes vieux parents névrosés, qu’ellils reposent en paix, comme des gentes qui étaient, sinon d’une grande capacité affective, au moins d’une quiétude et d’une tolérance, pour tout dire d’une humanité, qui semblent avoir disparu dans l’angoisse permanente qu’est désormais vivre.

 

Et donc voilà mon couple. Famille soigneusement agrafée. Le mec en apparence bonasse mais je devine que c’est un petit tyran ordinaire. Très ordinaire. Rien qui pointe, pas une corne. La nana, jeune, déjà multipare, et qui semble le fusible de toute cette tension. Elle passe un temps considérable à crier. Et d’une manière pas drôle du tout. Des cris qui me terroriseraient. Alors les mômes je vous dis pas.

 

Au reste j’ai dit que le harcèlement était mutuel. Les mômes, garçons en tête, passent leur énergie à tout pousser jusqu’à un point insupportable, ou bien à réclamer. Les parents hurlent. Tout ça fait un concert digne de notre temps d’impatience et d’immédiateté.

 

C’est intense, quoi.

 

Alors, là, je voulais vous entretenir d’un joli florilège entendu. Je n’ai pas suivi le début de la controverse. Toujours est il que la mère s’est soudain mise à agonir répétitivement unE de ses mômes de « On est bien d’accord ? » hargneux et violents. Sept ou huit fois. Vraiment pour l’écraser, et recueillir l’acceptation de cet écrasement formellement égalitaire, de cette conformation à quelque chose qui, on le sentait bien, s’imposait et ne laissait pas plus de liberté à la mère qu’à l’enfant ! Au bout de cela, le ou la môme, ben, s’est misE à chialer. Que pouvait-ellil faire d’autre, pour garder un peu d’intégrité, face à ce bombardement au consentement qui n’était pas que formel – la mère voulait réellement, ça se sentait, obtenir un « ui ».

Et combien de fois n’ai-je pas entendu des adultes, enchaînéEs les unEs aux autres, s’inciter ainsi à consentir ? Se faire baisser la tête devant l’indépassable ?

 

Cela m’a fait songer mélancoliquement à ce consentement que nous portons aux nues, comme une des clés de la félicité et de l’intégrité. Or, je me demande bigrement ce que peut apporter de bien une attitude qui correspond à une réponse en position coincée, inférieure, réponse à quelque chose qui se présente d’emblée comme le sujet agissant, l’ordre ou l’expression d’une nécessité incontestable. Surtout d’une nécessité incontestable et incontestée. Il faut travailler, il faut produire, il faut obéir, il faut relationner, il faut baiser, il faut… C’est comme ça, c’est ainsi que les hommes vivent, on ne peut pas y échapper et tu dois donc le vouloir. Mais ton vouloir est requis ! Voilà, c’est ça le consentement. Et là, le ou la môme apprenait ce qu’est consentir. C’est la loi, la norme, le bien commun, on ne doit même pas vouloir y échapper. Bien au contraire.

 

Dans la binomie sujet-objet, le consentement est forcément la position de l’objet animé, qui ne sera reconnu comme sujet qu’autant qu’il répondra. Il peut dire non. Mais il est obligé de répondre, de dire et de réagir. Et surtout de reconnaître le cadre général de ce qui lui est demandé. D’ailleurs le non n’est accepté que jusqu’à un certain point. Tu peux éventuellement refuser ce travail, cette relation. On suppose que tu en agrééra un, une autre. Mais si tu viens à réfuter l’évidence du monde du travail et de la relation, de la production de biens et de plaisirs, là ça ne va plus. T’es timbréE.

 

D’être en situation de devoir, ou non, consentir, et que ce consentir soit devenu le plus haut choix qui semble nous rester, montre surtout que nous sommes coincéEs dans des vies automates, où la nécessité abstraite s’exprime et s’impose par la bouche et l’attitude de touTEs envers touTEs. D’être sans arrêt acculéEs, réduitEs au consentement, ou au refus, suppose la normalité d’un état de demande et de pression, la subordination perpétuelle et mutuelle. Et si nous sommes touTEs subordonnéEs les unEs aux autres, eh bien le tableau n’en est pas plus joli. On retrouve là l’idéal de la réappropriation du pouvoir, et ses conséquences. Le pouvoir n’est pas moins destructeur quand il a perdu sa tête, qu’il s’incarne dans tout unE chacunE, qu’il ne se présente plus comme arbitraire ni comme oppression crue, mais comme expression d’une nécessité invincible. La domination sans sujet dont il est désormais parlé ici et là.

La réponse est obligatoire parce que l’injonction est permanente. Mais nous ne savons pas remettre en cause l’injonction, que nous vivons comme naturelle et pour tout dire, comme nous-mêmes. Nous savons quelquefois, trop rarement, dire non - mais nous ne savons ni n'osons envoyer valdinguer le cadre même de la demande, obstinée et répétitive. Au contraire, c'est pour, disons-nous, le préserver, que nous apprenons à simplement opiner, positivement ou négativement. 

 

Je dois avouer, plus les années passent, et moins je vois ce en quoi « consentir » diffère de « céder », puisque ça baigne dans la même coercition intériorisée. Dans les deux cas, on est placéE, immobile, face à une demande. On n’a pas mieux à faire que de dire oui, non, ou de se lancer dans ces négociations dont l’acéphale Fassin nous faisait encore l’autre jour la pub. L’obsession d’obtenir, et d’obtenir toujours le même genre de chose (la reconnaissance sociale par le fric et le plaisir…) est telle que tout le commerce humain s’est indexé sur ce monde de guichets que les progressistes actuelLEs nous vantent comme le nec plus ultra du respect et de la sécurité. Un monde où nous nous voyons réduitEs essentiellement à réclamer, consentir et accessoirement opiner. Á toujours courir après un objet ou en fuir un autre, objectivéEs nous-mêmes. Un monde où on n’existe plus que comme producteurice potentielLE de la satisfaction d’autrui. Un monde où ce que nous réclamons n’est qu’un désir automate, le désir de ce qu’il faut désirer. Mais aussi le désir parce qu’il faut désirer, que c’est la norme et condition d’existence. Un monde donc envahi par cette forme désir, bavante, avide et pitoyable, qui nous fait regarder les unEs les autres avec l’air de triste cannibale qui doit être celui de la créature affamée, à la fin du Dieu venu du Centaure. Lisez K. Dick !

Voilà le monde où le consentement est progressivement devenu à la fois l’unique protection, la jauge de pertinence et la principale liberté, tolérée pour autant qu’elle ne remette pas en cause le fonctionnement obsessionnel de la production, de la réification et du désir. Elle l’écluse juste.

 

Je trouve qu’il n’y a aucune gloire à ce que ce terme de consentement soit devenu celui de notre espace. Mais c’est sûr qu’on s’y doit faire très tôt pour ne pas tourner chèvre. Ou plutôt tourner chèvre très tôt, consentir à prendre les vessies pour les lanternes, pour s’y faire.

 

 

La girafe pouic pouic

 


 

 

Repost 0
Published by
25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 16:51


 

« Dès l'ouverture des bureaux à 8H30, les candidats au mariage faisaient déjà la queue par centaines sous un soleil de plomb. » Dépêche de l’AFP sur les mariages homos à New York.

 

Faire la queue pour se marier.

!!!!! (ici j’aurais volontiers mis un smiley gros yeux, mais je sais pas faire…).

 

Ah on est propres !

 

Après on fera la queue pour divorcer, ça va être croquignole aussi. C’est même déjà virtuellement commencé : un tribunal d’ici a eu ainsi à connaître d’un procès sur une garde de môme entre deux nanas. Il fallait voir comment l’avocate en frétillait d’aise. C’est qu’on se rapprochait du calque absolu de la famille hétéra. Finies les sept erreurs. On se prouvait dès lors aussi stupides, possessiFves, processiFves, mesquinEs et aigriEs que la moyenne, avec surtout le même droit à étaler et faire reconnaître ces aimables dispositions. Qu’est-ce que vous croyiez ?

 

Ah on fait tout bien comme il faut. On a le modèle sous le nez, faut dire. Bizarre tout de même que ça nous ait pas donné la nausée. Mais non, on contraire, on en bouffe et on en reprend.

 

Je suis pas sûre qu’il y a trente ans j’aurais imaginé que nous, les futurEs « lgbt » donc, pourrions quelque jour démontrer aussi épouvantablement notre normalité.

 

Y a pas moyen, j’aime pas les mariages, ni les couples, ni les trouples, ni la valeur-relation. Non seulement ça nous enferme, nous exproprie, nous enchaîne, nous pourrit autant la vie qu’aux hétér@s, mais comme si ça ne suffisait pas ça nous rend tout aussi ridicules. Et pour tout dire aliénéEs.

 

Je sais, ce sont des gros mots. Mais nous faisons encore plus dense, alors…

 

Ce n’est pas anecdotique ; de même que nous réclamons à cor et à cris notre inclusion totale à la valeur et au management, nous nous installons parfaitement dans les cadres d’hétérolande et du patriarcat. Et ça ne nous pose aucune question. Pardi ! Puisque nous « sommes autres », comment pourrions nous bien être mêmes ? La vieille illusion du sujet social providentiel qui porte changement par lui-même, pourtant cent fois éventée par l’histoire et le réel… L’autoarnaque habituelle.

 

N’empêche, c’est tellement intense comme copiage que des fois je me dis : mais c’est dingue que ça ne nous interroge pas un peu ! Qu’on ne doute mie ! Je refuse cependant de croire que mes congénères sont des imbéciles. Je n’y ai jamais cru un instant et ça renforce la perplexité. Il y a autre chose, une fascination morbide, une hypnose collective…

 

Nous nous prenons pour autre chose. Et là, je le dis, toutes « identités » ou « orientations » confondues. Autre chose qui nous a touTEs bouffé la tête, et qui va évidemment bien au-delà des rubans, des faire-part ou des contrats de mariage. Forme qui vit de nous mais que personne ne contrôle. Forme au service de laquelle nous nous mettons de notre propre gré, avec enthousiasme. Avec confiance. Avec croyance.

                                                                                                                                     

Et c’est ainsi qu’on se met à la queue leu-leu, à quatre pattes même puisqu’appariéEs, pour nous introduire fièrement dans la cage ! Et qu’on va en vernir les barreaux. Avec paillettes incluses. Que ça brille !

 

Où sont passés les coupes-boulon, nom de la d…. ?!

 

 

La merle blanche

 

 


 

Repost 0
Published by
23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 13:44

 

 

 

Ça ne pouvait manquer, mais ce n’en est pas moins fascinant, si j’ose dire. La première, et même la seconde, la troisième question que tous les média et touTEs les citoyenNEs se sont posées, au sujet de l'auteur du meurtre de masse qui vient d’avoir lieu en Norvège, c’est « de quel bord politique est-il ? ».

 

Personne ne semble avoir envie de se poser la question ; « pourquoi devient-il si banal de tuer tout ce qui bouge, et ce depuis déjà quelque décennies ? ».

 

Oh, ce n’est pas que l’on ne tuât pas auparavant, et largement. Ce n’est même pas non plus que la vie ait encore perdu de la valeur, elle n’en avait déjà plus au regard du marché et des idéologies.

 

Ce qui est nouveau, c’est que les idéologies ne sont désormais plus là que comme coloration, paravent. Même plus justifications, si pourri soit ce genre de justification pour juger de la pertinence à vivre des gentes. Ce qui sort tout cru, désormais, c’est la haine et le désespoir d’un sujet vidé, creux comme une vieille noix, rempli d’un automatisme qu’il sent bien meurtrier, planétairement, au nom de l’abstraction.

Le massacre de Bologne, même si ça sentait bien le nihilisme avancé, revêtait encore les vagues prétextes d'une "stratégie", d'une magouille, si illusoire fut-elle. A présent, les fonds de teint politiques ou nationaux ne sont vraiment plus que des lavis décolorés. La seule fraternité est celle de l'anéantissement. De soi et des autres.

Après, recouvrir ça, comme un cadavre d’un linceul de telle ou telle idéologie, du djihad ou de la croisade, ça n’a plus aucune importance en soi, sauf pour l'illusionnisme politique. Non plus que ça n’en avait déjà d’affamer des continents parce que pas compétitifs et insolvables. Ca se fait parce que ça doit se faire. Il y en a juste qui courent en avant.

 

Ce qui importe c’est que la vie, résolument, non seulement ne vaut plus rien, mais entrave le mouvement suicidaire de l’auto-expropriation menée par les humainEs. Et que ce mouvement trouve nécessairement de plus en plus d’agents pour faire le boulot. Parce que même l’extermination est un travail. Les grandes dictatures l’ont inauguré au niveau de l’État, mais nous sommes à l’époque de la PME et des autoentrepreneurEs.

Que les vivantEs sont désormais, comme n'importe quoi d'autre, une matière brute à transformer. La transformation la plus radicale est de les changer en cadavres.

Et que le meurtre apparaît de plus en plus, malgré ces reste d'oripeaux de rationnalisation externe, comme sa propre fin et sa propre rationnalité. Au fond, il y avait eu des prémisses. Il y a déjà près d'un siècle qu'on crie bien facilement "Vive la mort !" ici et là, avec ou sans drapeaux... Que la tête de mort représente aussi commodément notre ardeur...

 

Mais cela nous rassure tellement, de penser qu'il y a une raison autre aux meurtres de masse de toute ampleur, que la fascination pour la valeur, le vide, le mépris de la vie qui exsudent de nous touTes, que nous nous baignons dans la bienheureuse illusion que "c'est un intégriste" ou "c'est un fasciste". Ouf. Notre fonctionnement collectif est hors de cause ! Continuons, et mettons notre armure pour sortir.

 

Par ailleurs, c'est vrai, ce sont toujours majoritairement des mecs qui tuent, de même que ce sont toujours eux qui sont censés assurer la production reconnue comme telle, économiquement et moralement. La violence est une vieille prérogative de l'état, de l'économie et des hommes. Unis dans la lutte. 

 

Mais on peut présumer que la marche vers l’égalité des genres dans l’inclusion au désastre va gommer cette fâcheuse disparité. On a déjà des nanas tortionnaires à Guantanamo et quelques bombes humaines. Je ne déséspère pas que demain ou après demain, un petit massacre de supermarché va être commis par une femme qui a fini par tout aussi bien intégrer la vanité de la vie et du sensible que les hommes. Puis une autre, puis une autre… Petit à petit, l'oiseau fait son nid...

 

Tous des mecs, nom de d… ! Au milieu des éclatements et de la misère croissante. Au moins, dans le naufrage humain, aura-t-on réussi à touTEs se rapatrier dans ce que Roswitha Scholz décrit comme la barbarisation du patriarcat. Et à démontrer que n'importe qui, socialement, peut être un mec et assumer production comme barbarie. 

 

- Je suis une femme ; pourquoi pas vous ?

- Ça ne rapporte pas assez.

 

 

La petite murène

 

PS : pour celleux qui ont encore envie d'hypothèses avant de mourir, je recommande une fois de plus les textes parus sur Palim Psao au sujet de la violence par principe dans le monde de l'économie.

 


 


Repost 0
Published by
22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 11:25


 

 

J’eus bien aimé être évêque. Mais voilà, c’est d’un débouché limité, en général réservé aux mecs, et parfaitement bouché pour les nanas, bio ou trans, dans l’église catholique romaine. En plus il y a déjà une amie qui postule, au cas où ça viendrait à changer, et qui est mon aînée. Je suis pour la priorité aux aînées. Respect et considération. Elle d’abord, si jamais.

 

Mais je disais ça, parce que depuis bien quelques années, j’ai affaire à des personnes et à des images aussi, qui me laissent rêveuse quant à ce que peut, ce qu’a le droit, désormais, d’être et paraître une butch. Pasqu’alors, je veux pas être méchante, mais le modèle en est très majoritairement je dirais androgyne tendance m, très modérément (prudemment ?). Et jeunes, autant que possible, et qui le montrent bien. On voit bien que trop sentir le boucané ne doit toujours pas être très prisé. Et surtout, surtout, rester sèche et mince, sans quoi… Sont butchs comme moi je suis évêque quoi.

Et qui se ressemblent, b… d….se, qui se ressemblent… Ça c’est un mal actuel généralisé (oui, pour moi c’est un mal), la ressemblance de plus en plus forte à, je suppose, une espèce de personnage idéal. Les butchs de ma jeunesse pas si ancienne ne se ressemblaient guère, et étaient même souvent inattendues.

 

Puis, les néo-butchs contemporaines (je ne sais pas comment décrire autrement) sont ou semblent, sont présentées comme plutôt « accessibles » et hypersexuelles – somme toute, exactement le critère moyen des biolesb dans le vent actuelles, elles même en phase avec la majeure partie de la société mainstream. Que justement une butch, une lesb, une humainE quoi, puisse être et rester lointaine, pas touche, pas évidente, oh là là, c’est le moyen-âge. Stone ? C’est quoi stone déjà, ça me rappelle confusément quelque chose, tout en bas, dans le sombre âge de la névrose… Á présent c’est « toutes libérées », et ça se voit ! Les fantasmes biolesb sont devenus à peu près aussi formatés et attendus que celleux du monde hétéro. Ça c’est ce qu’on appelle une intégration réussie, dans une des activités les plus productrices de valeur sociale.

 

Á queerlande et alternolande réunis, sans même parler de lgbtande en générale, je dois bien dire que je tombe quelquefois des nues quand je vois qui est définie ou se définit comme butch. Là aussi, il y a eu passage au laminoir et lavage à grande eau. Il y avait déjà les « bio-trans », c’est vrai. Mais qui n’étaient « qu’un petit peu transgenre ». Là c’est « complètement butch », sauf que quand on regarde on fait « ou ça ? ». Mais voilà, nous avons fait de ces incarnations un but et une source de valeur existentielle, ce qui implique de courir après ce qui autrefois était un destin. Et de multiplier des simulacres qui ne sont plus crédibles. Mais s’ils ne le sont plus, c’est précisément parce que c’est eux qui sont demandés, réclamés, désirés. Les anciens destins qui s’imprimaient dans les gentes étaient par trop inchangeables, par trop difficiles à vivre. Et sans doute, je le répète, pas assez appétents. Nous faut juste de l’andro, customisé avec quelques accessoires, coupes de cheveux et attitudes pour diversifier et recevoir l’appellation.

 

On a voulu tirer quelque chose, comme d’hab, de nos manifestations. Et toujours la même chose, d’ailleurs, de la valeur existentielle et relationnelle. Patatras. On en tire, ah ça pas de lézard, mais ce dont on les tire a succombé. Nous sommes grimées de ses plus passables apparences, nouvelle manière de jouer aux zombies : idées certes, mais identités aussi. Nous en causons sans cesse, de ces « identités », alors même que nous avons réussi, dans la droite ligne massive du monde contemporain, à en exterminer la réalité au profit de la production de l’identique accessoirisé. Quel cauchemar !

 

Sans préjudice, tout ça, des plus nauséabonds amalgames, comme celui que tire un article du désespérant Rue89, citant un spectacle apparemment fort en vogue, la « lesbienne invisible » : « Une fille lesbienne peut être jolie. En fait, ce n'est pas la laideur qui rend les femmes homosexuelles… ». Uhrk ! Donc, ne pas être lisse, mince, raisonnablement genrée comme il faut, c’est être laide. Ben chiche, j’adore les butchs, et si elles sont laides pour la « lesbienne invisible », laquelle je suppose promener désormais sa poussette sur le bitume, avec dedans son inévitable môme profondément désiréE, pour passer encore plus, eh bien tant mieux. Je pense que les fems sont pour elle également à leur manière d’horribles épouvantails. Peut-être qu’on va se retrouver au potager !

C’est hallucinant de lire des trucs pareils, enfin je suppose que ça montre bien où en est tombée l’idéologie lgbt : des droits, des guichets, des mariages, des mômes, et surtout ressembler à tout ce qui peut s’imaginer de plus plat. Le règne des limandes a définitivement supplanté morues, baudroies et murènes. Ça doit donner moins de choléstérol…

 

Grrr….

 

Bref je ne sais pas bien, à quelques personnes près, où et comment survivent les butchs, les vraies, allez, j’ose cet adjectif, actuellement vivantes. Mais sûr, ce n’est pas sur les sites biolesb. Ni à alternolande. Je ne parle même pas des machins genre Têtuyagg où la bébête semble définitivement éteinte.

 

Je crois qu’on a du mal, en notre époque où les produits que nous sommes appelées à devenir voient leur côte dépendre de la reproduction du rare ou supposé rare, du mal donc à comprendre que nous, butch, fem, trans, que sais-je, étions d’abord des personnes. Pas des reproductions d’identités. Que même s’il y avait des « modèles », modèles qui d’ailleurs étaient des personnes aussi et pas des images, il fallait se porter soi-même, et ne pas attendre d’adoubement ni d’étiquetage. Et que nous restions intrinsèquement seules – au lieu que la « prise d’identité », de nos jours, vise tout d’abord à relationner. Il ne peut pas y avoir une pléthore de butchs. De même que je suis de plus en plus perplexe devant les tenants et aboutissants de la pléthorisation des transitions, devant les ronéos identitaires que nous avons mises à tourner.

 

Je dis ça, je ne suis pas butch. Je suis une t-fem d’un certain âge, ratée et ratatinée, qui peut au mieux désormais jouer la petite vieille. Mais voilà, j’aime les butchs, pas spécialement d’ailleurs pour leur sauter dessus. Je suis une fem antisexe. J’aime, ou plus pessimistement j’aimerais qu’elles puissent exister, et bon… Ben c’est pas souvent, mais vraiment pas souvent.

Et par ailleurs je ne suis pas légitimiste ; je suis sortie à grand’peine de cet étrange monde où chacune n’a plus le droit de jouer que sa partition, de parler d’un elle-même de plus en plus circonscrit (comme les shadoks, ga-bu-meu-zo) ou de copier-coller des déclarations pompeusement atiffée d’un nous, en craignant comme la peste un « universalisme » où, horreur, on pourrait connaître une réalité pas complètement cloisonnée.

Bref je cause de ce que je ne suis pas, eh ouais. Et heureusement…

 

Je reprends ; c’est tout de même étrange – ou significatif… J’ai eu déjà fait remarquer (« Quelle sacrée revanche »), et pas que moi, à quel point notre monde, celui on va dire des f en général, de tous genres et tous poils, politique, physique, pratique, s’était masculinisé ; réappropriation, clés à molette, pas douillettes gna gna… Et… c’est précisément dans ce même mouvement que les butchs disparaissent également ! Car, bien entendu, comme tout doit être abordable et finalement modéré, consensuel surtout, en cette époque, même cette masculinisation ne doit pas paraître trop masculine. Paraître. Les butchs n’ont jamais été des mecs, et la déesse merci. Mec, socialement, c’est plutôt ce neutre m, ni fem ni butch ni pas grand’chose d’ailleurs, qui se répand aujourd’hui. La « revanche », vous disais-je il y a un an, qui n’est plus à chercher dans les pitreries nauséabondes du masculinisme, mais dans notre grandissante absence de caractère.

Or, ce qui désormais est « butch » (puisque c’est presque plus un adjectif qu’un substantif), c’est cette absence de caractère « neutre », masculine mais pas trop.Avec juste ce qu'il faut d'éléments réappropriés.

 

De caractère, disais-je. Parce que c’est bien là ce qui, chez nous,  bucth, fem, t, que sais-je encore ? créait ce que beaucoup prenaient pour une apparence. Ben non, ce n’était pas une apparence. C’était notre caractère, au deux sens du terme.

 

Je vais une fois de plus faire des malheureuses et des pas contentes, mais pour moi, le queer, sa revendication à tout et à son contraire, au kaléidoscope permanent, a été l’indice de la fin des caractères. La fin du choix, qui est nécessairement limitatif. Comme un maintien ou une cambrure. Oui, le queer est la fin des choix. Le recours à un (ah je vais encore me faire des amies), à, oui, à un désengagement. Je ne parle évidemment pas politique ou toutes les mascarades idéologiques, mais d’engagement à une personne. Une personne qui est soi, mais qui ne peut aussi être soi que parce qu’il y a quelque chose derrière, qui existait en partie avant, et qui la rend réelle, fondée.Et que ça ne peut changer sur une simple intention ou un nouvel appât.

 

Vous me connaissez, je n’idéalise guère les identités, bien au contraire, un monde d’identités me fait suer. Mais est-ce que je parle d’identités ? Pas sûr. Je crois que je parle de personnes, encore une fois, et que la personne n’est pas plus dans les modes que dans un indéterminé vague et semblable. Pas de personnes sans repères réels. Les identités, comme on les comprend désormais, ont dissous les réelles. Or, autant que j’aie pu le comprendre auprès de personnes (encore !), la vie des butchs est une réelle, et dans une certaine mesure partageable et compréhensible, comme à peu près tout n’en déplaise aux légitimistes de l’auto-compréhension exclusive. Réel, vrai, compréhensible. Comme je le suis, pour le moins bon et pour le pire.

 

 

Plume, la fem-garoue, aux trois quarts crevée mais quand même !

 


Repost 0
Published by
19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 13:01

 

 

 

« La fraternité entre les peuples est une base indispensable du développement économique. »

Sic !

R .T Erdogan, premier ministre truc, en visite chez ses anciens ennemis du Kurdistan Irakien

 

 

 

 

J’ai longtemps fait partie de la claque mobilisée par les bien-pensantEs de « l’antiracisme déconstructeur » et autres indigèneries aux apparitions de Caroline Fourest. Je ne suis pas autrement fière, vous pensez bien, d’avoir joué ce rôle imbécile, qui rappelle tant de souvenirs historiques : la puissance des aboiements de haine. Crier, menacer, invectiver, couvrir… Indépendamment d’ailleurs de la pertinence du contenu, dans la mesure où il en peut rester un dans ce fourbi, lequel je crois grandement discrédité et invalidé par ce genre de tactiques. Je ne trouvais pas, et ne trouve pas plus aujourd’hui, que Caro eût mieux raison que nous ; mais nous avions indiscutablement aussi tort qu’elle, pour le moins. Des deux côtés, déluge d’affirmations ou de négations autojustificatrices, on pourrait presque dire auto-immunes, tellement la zombification par les idées rend imperméable à toute réflexion.

 

N’empêche, j’avoue, elle me faisait quelque effet, la Caro, avec son regard un peu baissé et cependant bien droit, à tenir tête à des salles acquises à ses adversaires. J’en éprouvais de la sympathie. Sur le coup. J’aime bien les seules et Caro n’est évidemment pas ce que j’appellerais une seule. Elle représente une école relativement populeuse. Relativement, je dis bien, parce que ce n’est pas non plus une des écoles les plus massives, en fait. En tous cas pas sur les questions très biaisées et daubées du racisme, de l’islamophobie, etc. Ce qui lui vaut quelquefois de se faire assaisonner d’un peu partout.

Non, ce n’est pas une seule. Elle a choisi de défendre une part de ce monde, dirais-je, une des tendances à l'œuvre. C’est son affaire. Mais en la voyant, je me disais qu’elle aurait fort bien pu être une seule. Renoncer aux dividendes sociaux et relationnels. Si elle s’y était prise assez tôt, dès 95, quand nous émulsionnâmes dans la baignoire à remous du renouveau féministe. Après, peut-être que ça lui sera imposé par les circonstances, mais j’en doute. Elle a désormais suffisamment de réserves, et au-delà.

Dommage. Des fois je me dis que ça en aurait fait une bonne, de seule, d’irréductible, d’incomprise et d’émigrée en ce monde.

 

Ces derniers mois, je trouvais que ses chroniques, notamment dans le Monde, me semblaient moins bornées, schématiques et sûres d’elles-mêmes qu’auparavant. Oh, ça n’allait pas beaucoup nous rapprocher, en tous cas moralement et intellectuellement. Mais je m’en fiche, je ne vis pas pour le réjouir que les gentes soient d’accord avec moi, contrairement à la norme en vigueur à politiklande. Je suis contente dès qu’y en a une qui semble se mettre à douter, à remettre en cause. Et je me disais, tiens, Caro a l’air moins assise que d’hab. Moins définitive.

 

Et patatras. Voilà que je lis, l’autre jour, son papier (celui du 16 juillet). Pour une fois elle ne causait pas des Frères musulmans ni de la Tunisie. Eh non, elle a semble t’il succombé à un accès de je ne sais trop quoi, qui court beaucoup en ce moment, et elle nous a parlé d’économie. Pas de l’économie, d’économie. Je souligne, parce que ça implique que la locutrice ne se voit en rien étrangère à son sujet.

Et alors, ben c’était à pleurer. Mais à pleurer. Bon, je n’allais pas m’imaginer que Caro allait tout à trac nous faire un exposé sur la critique de la valeur et du travail, bien sûr. Et comme j’ai dit plus haut je ne cherche pas plus que ça l’accord. Je préfère les nouvelles pistes.

Mais là… En trois mots, c’était « l’économie est de plus en plus compliquée et glissante, il faut (je cite !) des GPS (!!!) pour que tout le monde s’y retrouve et surtout y soit intégréE. Pasque c’est notre seul avenir, notre seule réalité en fin de compte, et c’est trop génial. ». 

Fermez le ban.

 

Évidemment, quand on a vu ces dernières années vers quoi se tournent féminisme majoritaire et mouvements de genre et sexualités, c'est-à-dire vers la revendication fervente de l’intégration égalitaire à la catastrophe, il n’y a pas de quoi s’étonner. Dans le même Monde, il y avait une page et demie d’interviews de Sorman et Méda pour nous enseigner exactement la même chose. Réaliser à fond les catégories avec lesquelles nous sommes en train de nous anéantir. On ne dit même plus que la rupture serait un mal, que s’échapper de ce bateau piégé ferait désordre et serait peut-être même illégal ! Non, on n’évoque même plus l’idée. La seule alternative n’en est pas une, c’est une antiphrase, c’est tout le monde dans le même, encore plus. L’hypothèse même d’autres voies possibles que le mastic général a disparu. On ne prend même pas la peine de les réfuter, par exemple. Un autre monde que l’économie, le citoyennisme et le judiciarisme ? Mais où diable pouvez vous non pas voir, mais seulement suggérer cela ? Ça n’a tout bonnement plus de sens.

Mais surtout, tout le monde. Parce que si tout le monde est « pris en compte », c'est-à-dire avalé, broyé et transformé en valeur, alors nos maux seront résolus.

Ce qui est remarquable, c’est que ce ne sont pas du tout des imbéciles. Du tout. Des nanas très classe et intelligentes, au contraire. Mais nanties des œillères de l’illusion à laquelle nous participons toutes peu ou prou : l’idée est bonne par nature, ce n’est que nous, indignes mortelles, qui la réalisons mal. Toute analogie avec une sorte de religiosité, de croyance pas assumée, serait du mauvais esprit…

 

Ben j’avoue, je devais commencer à me refaire une idée sur Caro, parce que de la voir pétitionner l’intériorisation (il n’y a pas d’autre mot !) absolue du présent par touTEs, de manière aussi crue et je dois hélas dire aussi benête, vu les images employées, eh ben ça m’a fichu un coup, comme une espèce d’espoir vague qui disparaitraît. Caro en train de s’ébattre dans la grande piscine de « l’économie c’est indépassable, il faut juste la faire aller encore plus loin ». Snif…

 

Et c’est peut-être vraiment ça. Je vais vous dire, je ne crois pas trop à la science infuse ni aux petites génies. En d’autres mots, je crois à l’inverse qu’il nous faut le plus souvent longuement pouloper dans les répétitions les plus courues, soutenir les plus vieilles âneries, clamer avec les hyènes de toutes couleurs, épuiser tout cela et y laisser de sa viande, pour des fois commencer à douter et à revoir les choses.

Je ne suis pas un bon exemple, parce que je fais plutôt partie des stupides qui y ont tout laissé, et qui n’ont jamais su choisir. Je suis trop vieille et surtout trop près de ma fin pour pouvoir m’agréger à la bande des solitaires critiques. Mais je ne désespère pas que d’autres y arrivent, bien au contraire, et Caro, de dix ans ma cadette, ben je m’étais dite que, peut-être, malgré tous les dividendes et gratifications que sa position comme ses consensus lui offrent, je ne sais pas pourquoi, mais au nez, avait de quoi être une candidate à la désertion. Mais son papier sur l’économie nécessaire, incontournable et, disons le, bienfaitrice, traduit un aveuglement qui se déchire trop rarement. Eyes wide shut !

 

Oui. Je pense qu’on peut plus facilement se décoller, même si c’est une glu sans nom, fut-ce en s’y arrachant la peau du cul, des foutaises exotisantes, des faux-débats sur la laïcité et le culturel, les « phobies » en tous genres, etc. que de l’intériorisation de la logique de l’économie, de la relation, du "progrès". De ce que nous faisons de nous-mêmes à travers elle. Et j’ai été bien plus déprimée de son seul et unique papier sur la question, que de tous ses plaidoyers citoyennistes et laïcards. Parce que là elle touche encore plus profond dans l’affaire, et non seulement n’y trouve rien à redire, mais ses doutes s’évaporent, il n’y a plus qu’enthousiasme et réclamation de gavage.

 

Le féminisme semble avoir, pour son essentiel, je le remarquais déjà l’autre jour à propos d’OLF, définitivement rompu avec toute critique sociale un tantinet conséquente. On peut le comprendre ; d’une part parce que la critique sociale elle-même a presque disparu, et s’est vue préempter jusqu’à son nom par des Bourdieu et des thèses complotistes (les méchantEs spéculateurices et autres dominantEs, qu’il suffirait d’exterminer) ; d’autre part parce que ce n’est pas nouveau, en fait, et qu’il y a déjà assez longtemps que les « révolutionnaires », qui se limitent toujours à renverser la hiérarchie et à repartir sur les mêmes bases avec un autre sujet social, se sont foutuEs de la gueule des féministes. Résultat : le féminisme, en plus du même matérialisme réduit, s’est tourné vers l’intégration volontaire et forcenée au monde présent. Na ! 

Il lui a juste manqué de comprendre que celleux qui s’intitulaient « critique sociale » faisaient exactement la même chose, et rataient systématiquement la remise en cause ce qui méritait de l’être, pour s’obséder sur les rôles des unEs ou des autres, et réessentialiser les rapports sociaux. Le féminisme a fait de même de son côté. Mais du rôle, du fétichisme commun dans un monde gouverné par une idée destructrice, plus guère de nouvelles.

 

Bref – moi-même, déjà pourtant bien tannée, ai fait cette erreur, réintégrant le concert des revendications et des dénonciations à trente ans passés. Et trouvant que la vieille « critique sociale », celle qui n'était passée au presse-purée sociologique, n’était pas assez féministe, antiraciste, je sais pas quoi iste, bref toute la kyrielle des spécificités qui est si utile pour nous empêcher de voir le désastre commun. Il n'y avait pas assez de méchantEs à poursuivre, de nouveaux sujets incandescents à porter aux nues de la rédemption sociale. C’est pour ça que je dis plus haut être d’une bêtise irréparable.

 

Mais voilà, quand on est c…e on est c…e. Je me suis bousillée ainsi, j’ai gâché une tonne de possibilités, et de vie et de pensée. Et toc. Maintenant c’est game over.

 

Je n’en espérais pas moins, depuis là aussi quelques années que j’essayais d’émerger quand même de la glu, qu’il pourrait y avoir des soulèvements, ici et là, sur la tarte collante. Que des nanas féministes auraient le doute et l’envie de se mettre à retravailler les évidences de l’intégration, du comportementalisme, de nos néo-essentialismes, que sais-je encore ? Bref de tracer des chemins. Je me suis toujours dite que même si on ne peut être nombreuses au départ, c’est trop pour une personne.

J’ai eu beaucoup d’espoir à un moment en un petit groupe qu’on avait formé à quelques plus ou moins bizarres. Eh ben non, les intérêts de la normalité ont prévalu, les groupe s’est effondré. D’ailleurs, on m’y avait clairement dit, au final, que ce que je proposais était intéressant, mais mènerait trop loin. Eh oui, c’est aussi ce que je lis dans Caro : mener, le plus hypothétiquement que ce soit, hors de ce monde, c’est aller trop loin, d’emblée. Et nous voulons rester ici, n’est-ce pas ?

 

Que j’en sois arrivée à nicher de l’espoir dans un phénomène médiatique comme Caro en dit long sur mon désespoir. J’ai le profond sentiment, toute mégalomanie bue, d’avoir, tout en fichant ma vie en l’air, gâché un maillon possible, quelque chose qui puisse réatteler nos critiques spécifiques, qui n’ont pas été en vain, je le pense, à cet universel qu’il est de bon goût de récuser. Du coup je cherche désespérement, craignant de mourir vite, je ne dis même pas des héritières, parce que je n’ai rien de bien formé à transmettre, mais juste des personnes, savoir que ce n’est pas perdu. Qu'on ne va pas couler toutes avec le navire. Ou en tout cas pas avec enthousiasme, consentement et redemande ! Je ne les trouve pas.

 

Raisonnablement, cependant, nous existons. Ça paraît impossible que si une sotte comme moi, trans de surcroît, a touché à ces questions, il n’y en ait pas bien d’autres. Mais voilà, dans le concert du consensus enthousiaste « ce monde et pas un autre », elles doivent être bien isolées, dubitatives. Elles ne liront pas ceci. D’ailleurs ça ne les avancerait pas à grand’chose. Elles le savent déjà et bien mieux que mézigue.

 

Ce ne sont pas des copines, selon le néologisme que nous nous décernons pour arriver à ne rien dire, à ne prendre aucun engagement. Caro non plus. Mais dommage. Même copine eut pu représenter autre chose.

 

 

 

La petite murène

 

 

PS : paraît justement en ce moment, en Allemagne, un numéro de la revue Exit, confectionnée par des gentes de la critique sociale d'outre-Neckar, avec un article où Roswitha Scholz s'interroge sur le tabou qu'a jeté le féminisme, y compris "matérialiste", sur l'abstraction et son rôle dans la formation sociale. Sans même parler d'une critique universaliste, là c'est l'anathème ! Après ça, comment s'étonner que le féminisme contemporain emboîte le pas aux idéologies de la croissance et de l'économie réalisatrice des êtres ? C'est du coup cet universel là qui l'emporte, par défaut !

C'est vrai que quand je repense à Delphy et à son "ennemi principal", par exemple, il s'agit plus de comptabilité et de chercher le coupable (le patriarcat mais personnifié, comme s'il ne s'agissait pas d'un fonctionnement que tout le monde, à commencer par nous, peut, et risque de, se réapproprier), que de critique sociale à proprement parler !

 

C'est c..., Exit ne paraît qu'en allemand... On peut lire en français le résumé des articles sur Palimpsao.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by
17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 11:18


 

On croyait l’avoir bien fermée. On l’avait bien fermée, d’ailleurs. On avait été se ramasser ailleurs, flinguée par des années d’abus et d’humiliation. Peut-être on n’a pas su sortir du couloir au fond duquel restait la porte. De toute façon il fallait bien que ce fût de votre faute, en fin de compte.

 

On se sent coupable. Fatalement. Pourquoi vous et pas elle ? Hein ? Illégitime que ce soit vous qui existiez dans un courant d’air. Peut-être s’ennuie-t’elle ?

 

Et vous allez déverrouiller la porte. De votre plein gré, tout est là.

 

Vous pensiez qu’elle en était loin, qu’il allait falloir faire un signe, passer la tête, scruter. Que dalle. Á peine la clé a-t-elle tourné dans la gâche que la porte s’ouvre sous la poussée, et vous étalée contre le mur du couloir. Qu’elle entre, sans gêne aucune, puisque ça lui appartient, comme le reste. Escortée de sa smalah de hyènes. Aplatie vous faites les yeux ronds. Trop tard. Vous avez rouvert la porte. Y fallait pas. Y fallait la murer. Même dans le fichu couloir où vous étiez enfermée, vous n’aurez plus de place. Bien fait.

 

Un bel exemple de la rémanence comme de la transitivité de ce que nous nommons pouvoir ; vous faites vous même ce qui va vous écrabouiller, en toute connaissance de cause. On n'a même pas eu à vous le demander gentiment, ni même à en connaître. Vous ouvrez la porte, vous vous ouvrez vous-même, toute seule comme une grande.

 

Le pouvoir est une chose bien mystérieuse. Bien plus insidieuse que le rassurant schéma « les méchantEs qui oppriment les gentilLEs ».

Ça ressemble plutôt à une contamination collective de la volonté et du sens, qui est engendrée par ce que tout le monde veut les mêmes choses. Ces choses deviennent illico valeurs, et une valeur s’incarne toujours mieux dans les unEs que dans les autres, parce qu’elle vit du différentiel. C’est le principe qui agit dans ce pouvoir de faire qu’autrui souhaite ce que vous voulez.

 

Vous pensez bien que continuer à causer benoîtement de « consentement » ou même « d’initiative », sans parler de « désir », au sein d’une pareille coercition contenue elle-même dans l’objet commun, ça n’a plus beaucoup de sens. C’est de votre propre mouvement que vous appuyez là où il faut. Motu proprio. Le désir et la volonté automates, qui reproduisent la forme requérie à l’infini.

 

La porte ouverte est une des nombreuses apparences de cette forme.

 

Le libre-arbitre, c'est clair, en prend un coup. Où va-t'il se réfugier, celui-là, pourtant nécessaire ?

 

Tout vient à point à qui sait attendre. Le tout est d’en avoir les réserves. Il y a toujours une benête automate qui va rouvrir la porte. 

 

 

La girafe pouic pouic

 

 


 

 

 

 

Repost 0
Published by
11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 23:04

 

 

 

 


Je n’oublie jamais de mentionner, lorsque je cite comme source Rue89, que ce site d’information me paraît constituer un des raviers de crème épaisse de la bien-pensance contemporaine.

Mais il me reste, par ci par là, au fond de moi-même, quelques graviers de justice. Et je suis donc bien reconnaissante, sans blague, au dit site, d’avoir publié un article sur la première biographie en français d'une nana qui m’était jusqu’alors parfaitement inconnue, Anna Barkova. Une des ces "femmes dans de sombres temps", titre d'un autre livre que je recommande aussi (sur Edith Stein, Simone Weil, Annah Arendt). Ces sombres temps du vingtième siècle, où on n'épargna rien ni personne pour le bien de la race ou de la classe, auxquels succèdent les temps transparents du vingt et unième, où bien sûr tout ça va être réglé radicalement, au nom de l'économie et du droit.

Cette découverte arrive un peu tard dans ce qui me sert de vie, mais c’est pas de leur faute, c’est de la mienne.

 

Je n’ai pas encore pu lire le bouquin en question. Les éditions de l’Harmattan, auxquelles il est paru, sont depuis longtemps une fable au sujet de leur incapacité à faire diffuser leurs livres. J’ai noté par ailleurs qu’un recueil de ses textes était paru chez Verdier, qui a succédé à l’Âge d’Homme dans le travail de faire connaître les auteurEs slaves en français.

 

« En chier comme unE russe ». Je ne connaissais pas cette expression jusqu’à l’an dernier, où elle me fut fournie par une amie au langage très fleuri. Pour autant je n’en ai pas été étonnée. La destinée des peuples de Russie revêt un niveau de tragique permanent, répétitif, meurtrier, qui fut combattu par l’obstination à vivre et une sorte d’optimisme du désespoir tout à fait singulier. Je me rappelle la stupéfaction exprimée dans les témoignages des militantEs étrangèrEs du Komintern, enfin de celleux qui en sont revenuEs pour en parler, car ellils étaient elleux-mêmes déportéEs, devant la résistance et l’espèce de triste optimisme des Russes, ainsi que des membres d’autres peuples pris dans la même histoire, qu’ellils rencontraient sur les périples de leur relégation. Il y a de très belles pages d’Ante Ciliga, par exemple, dans Dix ans au pays du mensonge déconcertant.

 

Ça me fait songer aussi à ce Russe, ou assimilé (mon père connaissait-il les subtilités des « nationalités » de l’Union ?), lequel Russe donc, dans le camp « à régime renforcé » de Sandbostel, força mon dit père qui entendait se laisser mourir, deux évasions ratées, à manger sa maigre gamelle, les jours où il y en avait une. Un autre se la serait appropriée. Mon père survécut, malheureusement pour moi (d’avoir été engendrée, je précise, mon père n’a jamais été méchant envers moi). Que devint le Russe ?

 

« En chier comme une Russe ». On a déjà souvent parlé du fardeau immense qui a pesé, au cours de cette histoire de tyrannies et d’absurdités, toujours plus meurtrières à chaque "progrès", sur les nanas. J’avais lu Guinzbourg, Ariadna Efron… Et voilà Barkova, qui fit encore plus de goulag que les plus tannéEs. Presque trente ans. En effet, elle fit partie de celleux qui furent à nouveau arrêtéEs, à peine revenuEs de la Kolyma, en plein dégel, et réexpédiéEs dans l’extrême-nord. Elle n’en fut, c’est atrocement ironique, libérée qu’en 1964, au moment même où s’amorçait la réaction néo-stalinienne… Y en a qui ont pas de chance, et d’autres qui en ont encore moins !

 

Comme bien des ancienNEs des camps du Nord, elle était devenue selon ses biographes un semi-fantôme obstiné, qui ne vivait, comme Chalamov, que parce qu’il fallait garder le plus longtemps possible la mémoire de ce qui avait été commis, et de touTEs celleux qui étaient mortEs en masse. Un point me touche : elle dépensait sa maigre pension, le jour même où elle la touchait, en bouquins, qu’elle amassait dans un vieux frigo. Cela me fait tristement penser à ma bibliomanie actuelle, seule bouée bien crevée, consommatrice, au milieu du naufrage de ma vie. Je ne prétends pas me comparer à Barkova, vous pensez bien – mais ce petit trait me fait profondément songer à dans quoi nous essayons d’investir nos détresses, lorsqu’elles sont irréparables, et que la vie elle-même est brisée.

 

Elle était très respectée, dans sa misère, durant la dernière partie de sa vie, par bien des gentes qui formaient cette immense famille trauma des rescapéEs, de celleux qui avaient survécu, qui avaient connu l’effrayant après-demain du dicton des camps : « Toi, crève aujourd’hui ; moi c’est pour demain ». Ellils savaient très bien que, selon la terrible logique cannibale du travail, du capitalisme et de la valeur, qu’ellils soient rainbow ou rougeâtres, libéraux ou d’état, vivre signifiait que plusieurs autres étaient mortEs très littéralement à leur place. Nous ne réfléchissons je crois jamais assez, dans notre passion pour accumuler et vivre toujours plus intensément, que le monde est fini, étroit, et que cela ôte, coûte autant et plus à autrui. Matériellement bien sûr, mais encore socialement, et moralement.

Respectée, mais ruinée, désabusée et méfiante à jamais ; on le serait à bien moins. Ne le sommes nous pas, dans une société qui a repris à toutes ses sauces diverses et multiples le vieux vocable stalinien de vigilance, que ce soit sur les affiches du métro ou dans les ladyfest ?

 

Ses biographies mentionnent une étonnante et apparemment longue histoire d’amour qu’elle vécut avec une autre femme, une autre zek, dans un des camps (Elguen ?). J’attends de pouvoir lire son histoire. Vous savez à quel point je suis contre la valorisation de cette fonction dans notre société. Mais là bas, c’était tout autre chose. Et une des règles du camp était se séparer immédiatement toutes les personnes dont on voyait ou pensait qu’elles entretenaient des relations proches, amitié comprise.

 

Voilà. La biographie dont je parle est de Catherine Brémeau. Je ne puis rien en dire de précis encore.

Il y a peu, j’ai pu lire une autre biographie, écrite par une francophone russisante, Maud Mabillard, d’une nana qui fut un symbole vivant en son temps pour beaucoup de gentes, et tomba dans un relatif oubli dont essayèrent de la sortir entre autres Chalamov et sa fille Stolarovia. C’était la socialiste-révolutionnaire Natacha Klimova, condamnée à mort pour l’attaque contre la datcha de Stolypine, peine commuée au dernier moment en détention à vie. Elle s’évada avec d’autres d’une prison de Pétersbourg, grâce à une gardienne dépressive que les détenues avaient pris sous leur aile (!!!) et qui s’enfuit avec elles, fonda une sorte de communauté de femmes politiques en Europe, qui fut vite disloquée par l’hétérosocialité (les SR étaient très, très mixtes, en fait, avec les bons et les mauvais côtés de la chose). Elle mourut de la grippe de 18, alors même qu’elle allait revenir se battre en Russie, où elle aurait sans doute été massacrée par le nouveau pouvoir bolchevik, comme le furent presque touTEs ses camarades SR.

 

J’ai été frappée par le mélange de passion humaine et de rigidité idéologique qui caractérisait cette intelligentsia de combat (et je vous prie de croire que ce mot est pour moi positif, dans un monde qui hait si facilement l’intelligence). Des fois, je me dis que ça me fait penser un peu à des caractères de notre milieu alterno, que j’ai souvent qualifié de stalinien, mais je pense par négligence de certains de ses aspects. Comme me le faisait remarquer récemment une amie, il y a bien sûr la confiance exagérée dans les idées qui nous possèdent, mais il y a aussi une espèce de passion; une passion dure qui conserve des caractères humains. Je ne sais pas si la copine en question voulait me laisser un peu d'espoir, ou au contraire me le ratiboiser tout à fait, en faisant cette remarque. L'humain est propice aux pires comme aux bonnes choses...

 

Anecdote : dans la biographie de Klimova, comme dans d'autres témoignages, apparaît une étrange personne, prénommée Maroussia, dont l’auteure affirme, sur je ne sais quels documents, qu’il s’agit « d’un homme qui vit en femme ». Et qui est embastillée à la même prison. Il semble que cette personne, qui put être trans, ou intersexe, ne s’évada pas avec le groupe, les bio se méfiant d’elle. C’est d’ailleurs un préjugé aujourd’hui un peu oublié, mais qui structura les mouvements révolos pendant plus d’un siècle, que les « membres de minorités sexuelles ou de genre » étaient considéréEs comme de probables indicateurices de la police. De nos jours, la dimension de l’affaire à changé : nous sommes devenuEs réellement avec enthousiasme les clientes de la société du contrôle, concurremment avec à peu près tout le monde. On ne nous distingue plus qu’à nos brassards.

Mais voilà qu'on retrouve, mentionnée par d’autres auteures, une cheffe de partisanEs plutôt rouges et noirEs de même nom, et surtout avec la même renommée de « n’être pas une vraie femme », durant la guerre civile, donc guère plus de dix ans après. Elle fut prise et fusillée par les Blancs. Vous pensez bien que cette personne m’intrigue fort. Il se peut bien que ç’ait été la même, et une trans anarchiste de première bourre.

 

En tous cas, toutes en ont chié comme des Russes, dans des vies où l’espoir d’une aube était toujours déçue par la survenue de ténèbres toujours plus épaisses. Je dois avouer que ce que nous promet notre aveuglement, comme la dynamique du monde actuel, laisse assez peu d’espoir aussi. Mais nous aimons à nous décevoir, il se peut.

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by
9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 14:42

 

...ou pas que je passe souvent, dans le courant d’un texte descriptif et désabusé, de l’une ou de l’autre personne de singulier ou du pluriel à la seconde du pluriel, au nous, ce fameux nous qui est censé remplir, électriser, faire force.

 

Ce « nous » dont Simone Weil disait, peut-être à tort d’ailleurs, qu’il préliminait à la dissolution de l’intelligence – et je suppose des personnes. Mais qui, même si elle se montre trop sévère et rigoriste, pose incontestablement problème par son affirmation même. « Nous » est un de ces mots magiques qui engendre et réengendre la légitimité sans guère plus de questions.

 

Pour ma part, je suis à l’inverse de ce « nous de force ». Quand je tombe dans le « nous », au cours d’un texte, d’une palabre, c’est au contraire quand je fais le constat de, reconnais que, l’échec et le tartinage sur le mur nous est commun, à touTEs celleux qui se sont pressées dans les portes de sortie de secours de « l’a-normalité », du genre, de tel ou tel « mode de vie » et de pensée - et qui avons cru que ça allait percer le sac. C’est aussi un nous d’humilité : j’ai beau rouspéter, je me suis ramassée autant et plus que mes petitEs camarades. Plus, oui, parce que j’ai gaspillé ma vie à faire d’inutiles allers-retours.

 

Ce n’est pas du tout un nous de revendication ni de fierté. C’est au contraire un nous d’abattement et de tristesse.

 

Et cependant, pour autant que nous nous prêterons vie quand même, une espèce de « nous » qui suppose, en filigrane, que ce n’est pas entièrement fatal, que l’affaire n’est pas tout à fait pliée, et que l’on pourrait bien, si on consentait à se décoller de nos pièges à mouches, recommencer quelque chose. Au risque bien sûr de se ramasser, de s’autoarnaquer et aliéner encore une fois.

 

Mais voilà, ce qui nous a aussi foutuEs dedans, c’est cette peur de nous tromper, cette panique devant le risque de n’être pas bonnes, de remettre en cause nos évidences sans aller courir après celles que nous avons tenté d’abandonner. Mais qui nous encerclent…

 

Ah on n’est pas sortiEs de l’auberge.

 

Toc toc !

 

 

Plume

 

 


 

 

 

 

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Dans Les Orties