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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 11:18


 

On croyait l’avoir bien fermée. On l’avait bien fermée, d’ailleurs. On avait été se ramasser ailleurs, flinguée par des années d’abus et d’humiliation. Peut-être on n’a pas su sortir du couloir au fond duquel restait la porte. De toute façon il fallait bien que ce fût de votre faute, en fin de compte.

 

On se sent coupable. Fatalement. Pourquoi vous et pas elle ? Hein ? Illégitime que ce soit vous qui existiez dans un courant d’air. Peut-être s’ennuie-t’elle ?

 

Et vous allez déverrouiller la porte. De votre plein gré, tout est là.

 

Vous pensiez qu’elle en était loin, qu’il allait falloir faire un signe, passer la tête, scruter. Que dalle. Á peine la clé a-t-elle tourné dans la gâche que la porte s’ouvre sous la poussée, et vous étalée contre le mur du couloir. Qu’elle entre, sans gêne aucune, puisque ça lui appartient, comme le reste. Escortée de sa smalah de hyènes. Aplatie vous faites les yeux ronds. Trop tard. Vous avez rouvert la porte. Y fallait pas. Y fallait la murer. Même dans le fichu couloir où vous étiez enfermée, vous n’aurez plus de place. Bien fait.

 

Un bel exemple de la rémanence comme de la transitivité de ce que nous nommons pouvoir ; vous faites vous même ce qui va vous écrabouiller, en toute connaissance de cause. On n'a même pas eu à vous le demander gentiment, ni même à en connaître. Vous ouvrez la porte, vous vous ouvrez vous-même, toute seule comme une grande.

 

Le pouvoir est une chose bien mystérieuse. Bien plus insidieuse que le rassurant schéma « les méchantEs qui oppriment les gentilLEs ».

Ça ressemble plutôt à une contamination collective de la volonté et du sens, qui est engendrée par ce que tout le monde veut les mêmes choses. Ces choses deviennent illico valeurs, et une valeur s’incarne toujours mieux dans les unEs que dans les autres, parce qu’elle vit du différentiel. C’est le principe qui agit dans ce pouvoir de faire qu’autrui souhaite ce que vous voulez.

 

Vous pensez bien que continuer à causer benoîtement de « consentement » ou même « d’initiative », sans parler de « désir », au sein d’une pareille coercition contenue elle-même dans l’objet commun, ça n’a plus beaucoup de sens. C’est de votre propre mouvement que vous appuyez là où il faut. Motu proprio. Le désir et la volonté automates, qui reproduisent la forme requérie à l’infini.

 

La porte ouverte est une des nombreuses apparences de cette forme.

 

Le libre-arbitre, c'est clair, en prend un coup. Où va-t'il se réfugier, celui-là, pourtant nécessaire ?

 

Tout vient à point à qui sait attendre. Le tout est d’en avoir les réserves. Il y a toujours une benête automate qui va rouvrir la porte. 

 

 

La girafe pouic pouic

 

 


 

 

 

 

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 23:04

 

 

 

 


Je n’oublie jamais de mentionner, lorsque je cite comme source Rue89, que ce site d’information me paraît constituer un des raviers de crème épaisse de la bien-pensance contemporaine.

Mais il me reste, par ci par là, au fond de moi-même, quelques graviers de justice. Et je suis donc bien reconnaissante, sans blague, au dit site, d’avoir publié un article sur la première biographie en français d'une nana qui m’était jusqu’alors parfaitement inconnue, Anna Barkova. Une des ces "femmes dans de sombres temps", titre d'un autre livre que je recommande aussi (sur Edith Stein, Simone Weil, Annah Arendt). Ces sombres temps du vingtième siècle, où on n'épargna rien ni personne pour le bien de la race ou de la classe, auxquels succèdent les temps transparents du vingt et unième, où bien sûr tout ça va être réglé radicalement, au nom de l'économie et du droit.

Cette découverte arrive un peu tard dans ce qui me sert de vie, mais c’est pas de leur faute, c’est de la mienne.

 

Je n’ai pas encore pu lire le bouquin en question. Les éditions de l’Harmattan, auxquelles il est paru, sont depuis longtemps une fable au sujet de leur incapacité à faire diffuser leurs livres. J’ai noté par ailleurs qu’un recueil de ses textes était paru chez Verdier, qui a succédé à l’Âge d’Homme dans le travail de faire connaître les auteurEs slaves en français.

 

« En chier comme unE russe ». Je ne connaissais pas cette expression jusqu’à l’an dernier, où elle me fut fournie par une amie au langage très fleuri. Pour autant je n’en ai pas été étonnée. La destinée des peuples de Russie revêt un niveau de tragique permanent, répétitif, meurtrier, qui fut combattu par l’obstination à vivre et une sorte d’optimisme du désespoir tout à fait singulier. Je me rappelle la stupéfaction exprimée dans les témoignages des militantEs étrangèrEs du Komintern, enfin de celleux qui en sont revenuEs pour en parler, car ellils étaient elleux-mêmes déportéEs, devant la résistance et l’espèce de triste optimisme des Russes, ainsi que des membres d’autres peuples pris dans la même histoire, qu’ellils rencontraient sur les périples de leur relégation. Il y a de très belles pages d’Ante Ciliga, par exemple, dans Dix ans au pays du mensonge déconcertant.

 

Ça me fait songer aussi à ce Russe, ou assimilé (mon père connaissait-il les subtilités des « nationalités » de l’Union ?), lequel Russe donc, dans le camp « à régime renforcé » de Sandbostel, força mon dit père qui entendait se laisser mourir, deux évasions ratées, à manger sa maigre gamelle, les jours où il y en avait une. Un autre se la serait appropriée. Mon père survécut, malheureusement pour moi (d’avoir été engendrée, je précise, mon père n’a jamais été méchant envers moi). Que devint le Russe ?

 

« En chier comme une Russe ». On a déjà souvent parlé du fardeau immense qui a pesé, au cours de cette histoire de tyrannies et d’absurdités, toujours plus meurtrières à chaque "progrès", sur les nanas. J’avais lu Guinzbourg, Ariadna Efron… Et voilà Barkova, qui fit encore plus de goulag que les plus tannéEs. Presque trente ans. En effet, elle fit partie de celleux qui furent à nouveau arrêtéEs, à peine revenuEs de la Kolyma, en plein dégel, et réexpédiéEs dans l’extrême-nord. Elle n’en fut, c’est atrocement ironique, libérée qu’en 1964, au moment même où s’amorçait la réaction néo-stalinienne… Y en a qui ont pas de chance, et d’autres qui en ont encore moins !

 

Comme bien des ancienNEs des camps du Nord, elle était devenue selon ses biographes un semi-fantôme obstiné, qui ne vivait, comme Chalamov, que parce qu’il fallait garder le plus longtemps possible la mémoire de ce qui avait été commis, et de touTEs celleux qui étaient mortEs en masse. Un point me touche : elle dépensait sa maigre pension, le jour même où elle la touchait, en bouquins, qu’elle amassait dans un vieux frigo. Cela me fait tristement penser à ma bibliomanie actuelle, seule bouée bien crevée, consommatrice, au milieu du naufrage de ma vie. Je ne prétends pas me comparer à Barkova, vous pensez bien – mais ce petit trait me fait profondément songer à dans quoi nous essayons d’investir nos détresses, lorsqu’elles sont irréparables, et que la vie elle-même est brisée.

 

Elle était très respectée, dans sa misère, durant la dernière partie de sa vie, par bien des gentes qui formaient cette immense famille trauma des rescapéEs, de celleux qui avaient survécu, qui avaient connu l’effrayant après-demain du dicton des camps : « Toi, crève aujourd’hui ; moi c’est pour demain ». Ellils savaient très bien que, selon la terrible logique cannibale du travail, du capitalisme et de la valeur, qu’ellils soient rainbow ou rougeâtres, libéraux ou d’état, vivre signifiait que plusieurs autres étaient mortEs très littéralement à leur place. Nous ne réfléchissons je crois jamais assez, dans notre passion pour accumuler et vivre toujours plus intensément, que le monde est fini, étroit, et que cela ôte, coûte autant et plus à autrui. Matériellement bien sûr, mais encore socialement, et moralement.

Respectée, mais ruinée, désabusée et méfiante à jamais ; on le serait à bien moins. Ne le sommes nous pas, dans une société qui a repris à toutes ses sauces diverses et multiples le vieux vocable stalinien de vigilance, que ce soit sur les affiches du métro ou dans les ladyfest ?

 

Ses biographies mentionnent une étonnante et apparemment longue histoire d’amour qu’elle vécut avec une autre femme, une autre zek, dans un des camps (Elguen ?). J’attends de pouvoir lire son histoire. Vous savez à quel point je suis contre la valorisation de cette fonction dans notre société. Mais là bas, c’était tout autre chose. Et une des règles du camp était se séparer immédiatement toutes les personnes dont on voyait ou pensait qu’elles entretenaient des relations proches, amitié comprise.

 

Voilà. La biographie dont je parle est de Catherine Brémeau. Je ne puis rien en dire de précis encore.

Il y a peu, j’ai pu lire une autre biographie, écrite par une francophone russisante, Maud Mabillard, d’une nana qui fut un symbole vivant en son temps pour beaucoup de gentes, et tomba dans un relatif oubli dont essayèrent de la sortir entre autres Chalamov et sa fille Stolarovia. C’était la socialiste-révolutionnaire Natacha Klimova, condamnée à mort pour l’attaque contre la datcha de Stolypine, peine commuée au dernier moment en détention à vie. Elle s’évada avec d’autres d’une prison de Pétersbourg, grâce à une gardienne dépressive que les détenues avaient pris sous leur aile (!!!) et qui s’enfuit avec elles, fonda une sorte de communauté de femmes politiques en Europe, qui fut vite disloquée par l’hétérosocialité (les SR étaient très, très mixtes, en fait, avec les bons et les mauvais côtés de la chose). Elle mourut de la grippe de 18, alors même qu’elle allait revenir se battre en Russie, où elle aurait sans doute été massacrée par le nouveau pouvoir bolchevik, comme le furent presque touTEs ses camarades SR.

 

J’ai été frappée par le mélange de passion humaine et de rigidité idéologique qui caractérisait cette intelligentsia de combat (et je vous prie de croire que ce mot est pour moi positif, dans un monde qui hait si facilement l’intelligence). Des fois, je me dis que ça me fait penser un peu à des caractères de notre milieu alterno, que j’ai souvent qualifié de stalinien, mais je pense par négligence de certains de ses aspects. Comme me le faisait remarquer récemment une amie, il y a bien sûr la confiance exagérée dans les idées qui nous possèdent, mais il y a aussi une espèce de passion; une passion dure qui conserve des caractères humains. Je ne sais pas si la copine en question voulait me laisser un peu d'espoir, ou au contraire me le ratiboiser tout à fait, en faisant cette remarque. L'humain est propice aux pires comme aux bonnes choses...

 

Anecdote : dans la biographie de Klimova, comme dans d'autres témoignages, apparaît une étrange personne, prénommée Maroussia, dont l’auteure affirme, sur je ne sais quels documents, qu’il s’agit « d’un homme qui vit en femme ». Et qui est embastillée à la même prison. Il semble que cette personne, qui put être trans, ou intersexe, ne s’évada pas avec le groupe, les bio se méfiant d’elle. C’est d’ailleurs un préjugé aujourd’hui un peu oublié, mais qui structura les mouvements révolos pendant plus d’un siècle, que les « membres de minorités sexuelles ou de genre » étaient considéréEs comme de probables indicateurices de la police. De nos jours, la dimension de l’affaire à changé : nous sommes devenuEs réellement avec enthousiasme les clientes de la société du contrôle, concurremment avec à peu près tout le monde. On ne nous distingue plus qu’à nos brassards.

Mais voilà qu'on retrouve, mentionnée par d’autres auteures, une cheffe de partisanEs plutôt rouges et noirEs de même nom, et surtout avec la même renommée de « n’être pas une vraie femme », durant la guerre civile, donc guère plus de dix ans après. Elle fut prise et fusillée par les Blancs. Vous pensez bien que cette personne m’intrigue fort. Il se peut bien que ç’ait été la même, et une trans anarchiste de première bourre.

 

En tous cas, toutes en ont chié comme des Russes, dans des vies où l’espoir d’une aube était toujours déçue par la survenue de ténèbres toujours plus épaisses. Je dois avouer que ce que nous promet notre aveuglement, comme la dynamique du monde actuel, laisse assez peu d’espoir aussi. Mais nous aimons à nous décevoir, il se peut.

 

 

 

 

 

 

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 14:42

 

...ou pas que je passe souvent, dans le courant d’un texte descriptif et désabusé, de l’une ou de l’autre personne de singulier ou du pluriel à la seconde du pluriel, au nous, ce fameux nous qui est censé remplir, électriser, faire force.

 

Ce « nous » dont Simone Weil disait, peut-être à tort d’ailleurs, qu’il préliminait à la dissolution de l’intelligence – et je suppose des personnes. Mais qui, même si elle se montre trop sévère et rigoriste, pose incontestablement problème par son affirmation même. « Nous » est un de ces mots magiques qui engendre et réengendre la légitimité sans guère plus de questions.

 

Pour ma part, je suis à l’inverse de ce « nous de force ». Quand je tombe dans le « nous », au cours d’un texte, d’une palabre, c’est au contraire quand je fais le constat de, reconnais que, l’échec et le tartinage sur le mur nous est commun, à touTEs celleux qui se sont pressées dans les portes de sortie de secours de « l’a-normalité », du genre, de tel ou tel « mode de vie » et de pensée - et qui avons cru que ça allait percer le sac. C’est aussi un nous d’humilité : j’ai beau rouspéter, je me suis ramassée autant et plus que mes petitEs camarades. Plus, oui, parce que j’ai gaspillé ma vie à faire d’inutiles allers-retours.

 

Ce n’est pas du tout un nous de revendication ni de fierté. C’est au contraire un nous d’abattement et de tristesse.

 

Et cependant, pour autant que nous nous prêterons vie quand même, une espèce de « nous » qui suppose, en filigrane, que ce n’est pas entièrement fatal, que l’affaire n’est pas tout à fait pliée, et que l’on pourrait bien, si on consentait à se décoller de nos pièges à mouches, recommencer quelque chose. Au risque bien sûr de se ramasser, de s’autoarnaquer et aliéner encore une fois.

 

Mais voilà, ce qui nous a aussi foutuEs dedans, c’est cette peur de nous tromper, cette panique devant le risque de n’être pas bonnes, de remettre en cause nos évidences sans aller courir après celles que nous avons tenté d’abandonner. Mais qui nous encerclent…

 

Ah on n’est pas sortiEs de l’auberge.

 

Toc toc !

 

 

Plume

 

 


 

 

 

 

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 08:47


 

 

Début juillet, c’était la grande kermesse d’Osez le féminisme près de Paris. Où étaient conviées toutes les autres, assoces et personnes – conviées, le mot en dit long sur le syndrome de locomotive qui imprègne ce champignon du féminisme, lequel réussit l’étonnante synthèse de cumuler les tares de nos néos et de nos tradies. Je suis pas sûre qu’on y était aussi bien arrivées jusqu’à présent.

 

Ç’a été un franc succès (si, si, sans ironie).

 

Kermesse qui avait, parmi ses buts, celui de peser sur les orientations politiques des prochains temps. C’est à dire sur qui gouvernera, puisque la politique s’arrête à ça. D’où une déclaration finale, que j’ai lue sans surprise. Elle n’a effectivement rien de fracassant. Mais elle est très, très représentative de ce qu’est une « pensée politique » aujourd’hui.

(http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20110703/1544178_2614_texte_de_sortie_fem2011.pdf)

 

Ce qui me marque le plus, là dedans, ce n’est même pas l’inévitable petite phrase sur le « système prostitueur », notion qui a l’immense avantage de rayer de la carte touTEs les tapins de la terre, puisqu’il n’y a plus qu’un « système », ce qui permet de nier notre existence réelle. C’est tout de même plus simple comme ça. Nous n’existerons que quand nous ne serons plus tapins, fermez le ban. C’est une très vieille scie de touTes celleux qui détiennent la vérité, que de carrément nier la réalité de ce qui les embête. Mais ça marche toujours.

Ni même que cette petite phrase jouxte la demande de régularisation des travailleuRses sans papièREs – ce qui permet à peu de frais de souligner que le tapin n’est évidemment pas un travail. Tellement c’est génial le travail et son monde, voyez vous… le tapin ne saurait y prétendre…

 

Ce serait plutôt d’ailleurs de cette petite définition que j’aurais tendance à repartir pour aller au fond de ce texte et de ce qu’il implique. Déjà, les personnes ne peuvent être considéréEs positivement qu’en tant que travailleuRes, c'est-à-dire en tant qu’unités de production. Il est vrai que le féminisme mainstream actuel a depuis longtemps divorcé d’avec la critique sociale (elle-même bien mal en point)…

 

Mais surtout, ces « travailleuRes citoyenNEs », à qui vont-elles s’adresser pour – ah non, pas changer le monde, ça c’est plus au programme - pour l’intégrer et le reproduire encore plus ?

 

Mais à l’État, bien sûr ! à ses guichets et à ses juges, à sa police et à ses éducateurices. Et à l’ingestion totale, égale, de touTEs par le désastre humain de l’économie et de la dépersonnalistion. Vous pensez pas qu’on allait s’adresser les unEs aux autres, quand même, ni pour quitter l’état de fait ! Ce serait le foutoir.

 

Bref, exactement comme dans les litanies des « IndignéEs » qui ont fait florès le mois dernier, tout le contenu de cette déclaration tient dans des « exigences » envers les institutions. Et la « transformation », on se demande bien de quoi, dans l’assimilation. Que ces institutions soient celles qui correspondent à l’admirable état actuel de la survie ne pose aucun problème, puisque c’est précisément cette survie sous perfusion que nous sommes censées demander ! En sa perfection. NulLE ne semble se demander si parler de sortir du patriarcat, ou d’hétérolande, par exemple, revêt un sens alors même qu’on se propose de renforcer cette société du toujours plus, de la réaliser encore mieux. Comme si ces formes sociales n’étaient que des anomalies anachroniques sur le museau du modernisme et de l’économie triomphantEs. Un peu de chirurgie esthétique et tout sera pour le mieux.

 

Bon. Inutile de gloser longtemps. Je n’ai même pas l’optimisme de certaines qui voient OLF comme une simple bulle soce en vue des élections. Non, je pense que ce genre de déclaration est parfaitement représentative de la demande, et que cette demande est l’intégration totale de ce qui est désormais le féminisme majoritaire dans le bétonnage du présent sans fin, et la réclamation de la déposssession. Ce en quoi il ne se distingue d’ailleurs d’aucun des autres mouvements de genre. Voir par exemple la ruée lgbt sur la normalisation.

C’est d’ailleurs un mystère de la schizophrénie contemporaine, que nos mouvements, où on parle sans arrêt de « se réapproprier » (les attitudes, l’espace, que sais-je…), se proposent prioritairement de sous-traiter nos destins à ce qui nous échappe et nous contrôle, ce qui nous a réprimées et mises en tutelle, avec une confiance désarmante.

 

« C’est maintenant », affirme le texte pour finir ; oui, c’est maintenant, et visiblement on ne veut plus aller au-delà de ce maintenant si attrayant, mais au contraire s’y entasser !

 

Pour le féminisme de rupture et de critique, c’est jamais. En tous cas l’espérance en est ici affichée. Mais qui sait ? L’autoclave peut être mal fermé, et de mauvaises coucheuses survivre… (quel optimisme fol !)

 

« 2012 ne se fera pas sans nous », proclament celles qui revendiquent de participer pleinement au désastre déjà bien avancé. Ma foi, on n’en doute guère. Ça se presse aux portillons.

La question subsidiaire est « sans lesquelles d’entre nous se fera 2012, et continuera le cirque économico-politique ? ». C’est avec ces dernières qu’on a envie, plutôt, de faire des choses. Sans attendre l’ouverture des guichets ni l’autorisation des bureaux de bienfaisance. 

 

Petite remarque finale que je fais pour la cent dix huitième fois : je voudrais bien savoir, pour rigoler un peu (jaune), si le chapitre sur la liberté de l’avortement désigne la vraie dépénalisation de celui-ci, l'abolition des délais et du monopole socio-médical, bref l’autonomie réelle des nanas sur la question…

 

Chiche !

 

 

La petite murène

 

 

 

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 08:31


 

La petite murène, ou ce qu’il en reste, n’a pas montré grande velléité de causer au sujet de ce qui fait glapir toute la scène depuis pas mal de semaines, vous savez, ce vrp international qui n’a su se retenir, et s’est jeté, on pourrait dire répandu, sur une prestataire de service (puisque c’est comme ça qu’on dit, en notre charmante époque où jusqu’aux esclaves sont désormais des « collaborateurices », sur le papier glacé des contrats et des pubs).

 

Déjà parce qu’elle est ratatinée intellectuellement par le malheur et le plus de maison, qu’elle pourrit dans un trou sombre sans intimité aucune et que ça ne favorise pas la réflexion.

Mais aussi et sans doute surtout à cause de la densité exceptionnelle du déversement de bêtise comme de gerbativité qui s’est produit, et continue de geysérer. Ah ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu d’aussi intenses  jaillissements, bitards et autres têtards masculinistes de tous ordres contre adorateurices du judiciaire, du contrôle social, de la prison et de toutes ces belles choses qui nous font, quoi au fait ? citoyenNEs ? Merci bien…. Ignominies graveleuses et antiféminisme punais d’un côté versus désert critique et bien-pensance quelquefois épaisse de l’autre. Philosophie du ressentiment partout.

Tout ça sous le haut patronage du cannibalisme juridique – lequel semble d’ailleurs sur le point d’ôter à la nana, pour des raisons très contestables – comme toutes les raisons de droit - , ce qu’on pensait qu’il lui allait octroyer. Cependant, on reste bien loin de se poser des questions sur le bien fondé de livrer avec entrain la dissolution du sexisme à ce genre de mécanismes… L’État c’est nous ! Youpi…

 

Les réacs ou les juristes ; quel choix !

 

Ça donne vraiment pas envie. Envie de s’engager sous aucune des bannières, de signer aucune des pétitions, ça instillait plutôt un découragement encore plus grand devant l’absence de réflexion et les suivismes.

 

On aurait pu dire qu’un si médiatique barouf aurait pu entraîner quelque avancée dans la remise en cause de l’ordre patriarcal et relationnel. Bon, en général ce qui est médiatique ne s’y prête guère. Mais qui sait. Ben non. On s’est juste resservi les plats, indéfiniment réchauffés et racornis.

 

Personne, par exemple, n’aurait songé un instant à discuter, en cette milliardième occasion, la base, la base sacrée, incontournable, l’idéal de la planète-baisodrome, l’usine de « plaisir et désir ». C’est même l’inverse qui s’est produit, tout le monde a fait assaut de révérence et d’offres de service ou d’amélioration.

 

Ce point là est tout aussi aveugle que l’est la possible critique de l’économie et du travail pour Christine Lagarde autant que pour les théoricienNEs d’Attac ou la nouvelle gauche moisie.

 

Et vous savez que ce n’est pas par hasard que je fais la comparaison : je reste persuadée que les deux obéissent à une logique similaire : toujours plus, et tu n’existes qu’à condition de produire et de jouir.

 

Voilà cependant que l’on entre, après quelques semaines où il n’était question en gros que de savoir comment on allait découper le puant bonhomme, ou bien au contraire porter aux nues de la « culture relationnelle » son « lutinage » (on en a lu ainsi des épouvantables !), que l’on entre donc dans la « phase philosophique ». Où les habituelLEs vrp, celleux de la sociologie et du genre cette fois, commencent à nous servir leur rata décongelé en petites barquettes.

 

Et bien sûr à se fiche sur la gueule, en s’accusant mutuellement d’être les « alliéEs objectiFves du grand patriarcat », pour reprendre encore une fois ce schéma qui fit tant florès en d’autres temps et lieux, avec de si jolies conséquences. « Quand une question se pose, cherchons des coupables ». Pas nouveau.

 

Enfin bref, passe d’armes ces derniers jours entre Irène Théry, ou encore Marcela Iacub, pas moins, et quelques autres, dont l’inoxydable Fassin, lequel présente un paradoxal intérêt, parce qu’il incarne tellement le ventre mou du consensus citoyen qu’il suffit de le lire pour en être informéE – à défaut d’en devenir plus intelligentE. La fréquentation de ce genre de procès, au double sens du terme, stimule au contraire les glandes de l’abrutissement.

 

Je ne rappelle déjà plus ce qu’a pu proférer Iacub, qui s’est immédiatement vue accuser d’être pro-viol. Rien de moins. Je suppose qu’elle nous avait encore fait un numéro pro-sexe ou quelque chose comme ça. Ou bien peut-être au contraire qu’elle avait été trop complexe. Très mal vu en ce genre d’occasions, il faut être nette, identifiable facilement et sans bavure. Et pas seule, surtout. Sans quoi on se fait aligner par provision, des fois que.

 

Théry, elle, nous cause de séduction. Bon, alors là, c’est sûr, la petite murène a envie de ceindre une ceinture explosive. Séduction. Stimuler l’avidité. L’imposer par contrainte sociale et grégarité. De copuler et autres babioles. Et de bien le montrer en général. C’est fou comme bien des choses ramènent à cette vieille définition du pouvoir : « être en puissance de ce qu’autrui ait envie de ce que vous désirez ». On ne définirait guère mieux la séduction, cette fonction apparemment tout à fait nécessaire à notre bonne santé. Si seulement on parlait aussi d’autres choses que le cul. Mais on sent bien que tout le reste, la libido intellectuelle, etc etc., si on leur consent une existence, ne sont là que pour mener au lit ! Hiérarchie oblige. Encore une fois, le travail et le cul divinités diadoques de la modernité. Et la séduction, qu’on a autrefois été assez sages pour l’assimiler à l’arnaque et à l’abus, comme vecteur de la seconde. Merci pour le féminisme que ça peut donner.

 

Quant à Fassin, si vous croyez qu’il va enfin se mettre à décortiquer l’injonction à la baise et à la production de plaisir… Il faudrait qu’il fût tombé sur la tête. Nenni, nenni. Lui c’est la vulgate du « c’est très classe la séduc, mais il faut que tout le monde y participe égalitairement ».

Comme il semble à cinquante lieues de soupçonner que ce qu’il appelle bénignement « normes », ou « domination sociale », ne sont pas que cela, mais une valeur, écrasante et inexpugnable, que nous nous imposons, il est à la même distance de se rendre compte que si valeur, ruée sociale il y a, cette égalité est d’emblée inimaginable dans ce cadre. Ce genre d’abstraction réelle ne vit au contraire que du différentiel, de l’inégalité de réalisation, et de l’écrabouillement des unes par les autres. Et que même si par une espèce de miracle elle se voyait réalisée, ce pourrait être une espèce d’enfer aussi. Par l’omniprésence de l’injonction existentielle.

En fait – il semble à cinquante lieues de. Le pire, c’est que je crois qu’il ne l’est pas. Pas plus que bien d’autres. Je ne crois guère à la bêtise de mes contemporainEs. Mais je crois à leur opportunisme et à leur paresse intellectuelle.

 

C’est ainsi que Fassin nous cause, dans le Monde, avec une espèce d’élégance lourdingue, du « sujet de désir » qui doit évidemment être actif, etc etc. Bref participer à fond au grand baroud de production de relation et de plaisir. Pas un instant on ne serait autoriséE à soupçonner que tout ce mouvement puisse être remis en cause. Là encore, pas plus que l’économie et la production de valeur, sur lequel il semble fort que la relation ait été alignée depuis quelques siècles. Reprenant les bons vieux outils du patriarcat, que nous sommes sur le point de délivrer de la domination masculine… pour faire en sorte que tout le monde se les applique, égalitairement ! Comme tout le monde s’est appliqué la raison économique et l’égalité citoyenne, avec les magnifiques résultats que l’on sait et endure.

 

« Sujet de plaisir », « objet de désir », ou l’inverse… C’est quand même effarant que ce qu’un Fassin, ainsi que tant d’autres, dont Dorlin, qui manquait à l’appel et vient d’entrer en lice sur Médiapart, nous présentent comme la porte de la félicité sociale, ressemble à l’entrée d’un grand magasin, genre ikea – un magasin de constructions. Où tout le monde consomme, virevolte, occupe pleinement son rôle de producteurice-consommateurice. Le seul souci qui reste est que tout le monde le fasse au même statut, post-humain, porteurE de valeur, sujet de droit, dans les mêmes règles et avec consentement général.

Le consentement – une des plus vastes blagues dans lesquelles nous nous baignons ; le consentement, que ce soit à la baise ou au travail, dans un monde entièrement bâti sur leur injonction, leur valorisation et le chantage à l’existence conjoint… Quel consentement ?! Il n’y a pas de consentement possible dans de pareils carcans. On ne fait que céder, comme disait la mère Matthieu, ou devancer l’appel…

Il est trop shunt, Fassin – mais il ne fait que dire et répéter la seule « alternative » qui est désormais proposée au vieux patriarcat : une séduction féministe. Oh ça n’a déjà plus rien de nouveau, on me l’a déjà jouée. Vous trouvez ça épatant ? Moi je trouve que c’est de l’humour noir. La réappropriation du pire. Le repeignage en rose, en mauve, en rainbow, de la contrainte à la relation, mutualisée.

Et pour gérer tout ce bordel ? Mais la négociation, voyons !

Ben oui, la négociation, c’est effectivement tout ce qui reste quand on n’a pas le choix, quand pour être reconnue humaine, pour avoir quelque « vie sociale », il se faut soumettre à la séduisante contrainte engendrée par touTEs, via le relationnisme impérieux. Quand on ne peut plus déserter, refuser, vivre autrement, sans se mettre très en danger. Exactement comme pour le boulot. Pas le choix. La négociation, entre « sujets relationnels », desquels Fassin n’essaie même pas de nier que le pouvoir, cet adorable pouvoir, sera l’unique argument. Reste à rêver de ce « pouvoir égal » qui n’existera évidemment jamais, et dont on ne pourrait se prémunir qu’en sabotant ses modes d’actions sociaux, dont les injonctions à relationner font partie. Mais le cynisme souriant du sociologue ne nous laisse même pas ignorer qu’il ne prévoit, au mieux, qu’une sorte d’éternelle valse des contraintes réciproques, toujours indexées sur la même obligation, que personne ne peut contrôler, puisque tout le monde l’incarne.

Cela nous donne un monde de partenaires, terme aussi cynique que l’est celui de collaborateurice pour les essoréEs du boulot. Et qui masque tout autant que la prétendue égalité est en fait rapport de contrainte pure.

Négocier un très hypothétique « moins pire » (les optimistes de la croissance appellent ça « gagnantE-gagnantE ») - qui sera lui-même toujours remis en cause sous la pression des « nécessités », cela va sans dire. Mais on renégociera. Et encore et encore.

Une vie de négociations, comme c’est tripant ! Une humanité de négociantEs. Wah ! Ça c’est de la communauté humaine ou je ne m’y connais pas… Mais ce qui reste effrayant, c’est que la critique féministe se réduisent désormais à une fuite en avant dans un présent toujours moins contesté sur le fond. Comme la critique économique se réduit à rendre « durable » le crash général.

 

L’éventualité que tout ça relève d’une utopie productiviste impossible autant que néfaste n’effleure pas un instant la couenne morale de celleux innombrables pour qui la résolution des questions sociales, la compréhension de la faillite des modèles que nous nous imposons, se résument à une recherche de coupables et de dominantEs malintentionnéEs. Que le rapport social lui-même, l’idéal collectif, soit vicié, à bloquer et revoir, bref que nous soyons acteurices du désastre, que nous y poussions aussi, alors ça… Non, non, jamais !

Le complotisme, l’explication de l’état du monde par la domination des mauvais, est probablement le principal obstacle, ou plutôt le principal dérivatif actuel à une critique sociale conséquente, ainsi qu’un gouffre où se perdent toutes les énergies. Et le néo-essentialisme des « rapports de domination intériorisés », nouvelles natures sociales, n’a fait que le creuser.

De même, ici, une fois les bitards éradiqués, muselés, androcurisés, la piscine ne serait plus gluante, plus dangereuse, plus opaque ; tout le monde s’y ébattrait dans la joie, le respect, la bonne humeur, les identités et le consentement. Oh, ça, je ne regretterai pas le masculinisme ni hétérolande – mais si on ne les élimine que pour faire la même chose, réaliser le même rêve, en encore plus grand, en encore plus mieux, c'est-à-dire un cauchemar où l’on n’existe qu’à condition d’être reconnuE producteurice et occasion, réservoir, de plaisir, je crois qu’y a comme un problème…

 

Ce « problème » qu’occulte un tapage incessant sur les modalités, supposées imparfaites alors que c’est exactement ce à quoi on se peut attendre avec ce genre d’idéal. Ça ne remet pas en cause les schémas de la domination, ni de l’aliénation, ça les rend intégrés à tout le monde. La liberté c’est l’égalité dans la course vers l’abîme. C’est qu’on en a fait du chemin depuis Orwell.

 

On se retrouve à n’essayer de sortir de la naturalisation du besoin, ce qui est certainement une bonne chose, que pour la réintroduire dans la nécessité sociale du désir. Et à devoir courir partout avec la trique et la lance d’incendie pour tenter, bien vainement, d’éviter que ce désir obligatoire ne provoque toujours plus de violence. Cela constitue désormais tout un pan de la barbarisation d’un capitalisme économique et relationnel qui ne peut que s’exciter toujours plus. Et finit par libérer encore mieux les antiques structures de pouvoir les plus destructrices et oppressives, contre lesquelles on essayait quand même de se battre.

 

Relationnons, soyons « sujets et objets » de « plaisir et de daisir », soyons le toujours plus intensément, combattons les vilaines critiques qui y voient le moindre embarras, la moindre contradiction, voudraient que nous portions au-delà, et le paradis nous est ouvert.

 

Ou bien la fosse commune. Où on négociera entre ossements épars. Là on aura quelque chance au moins d’être vraiment déconstruitEs !

 

 

Pour une critique de la valeur-relation et de la valeur-sexualités.

La petite murène en décomposition, qui laisse volontiers la susdite à qui la voudra creuser. Pas de droits de succession. L’affaire, quoi !

 

 

PS : et qui lit sur le toujours très bien-pensant Rue89 un article « autobio » assez représentatif des statuts totalisants et indépassables que revêtent désormais conjointement travail et relation. Un parmi tant d’autres sans doute mais très typé : http://eco.rue89.com/2011/06/30/novalie-a-retrouve-un-peu-de-boulot-mais-pas-de-mec-211584

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 09:48

 

 

Petit conseil expédié ce matin à une amie, et dont je me dis que ce peut être utile d'en faire part : 

 

 

Et, méfie toi de quand les gentes sont d'accord avec toi. C'est pas du tout
un bon critère. Regarde, tout le monde n'a jamais été tant d'accord avec moi
que quand je me suis fichue en l'air sans remède ! C'est juste par paresse
morale et intellectuelle, pente à croire que "chacune sait ce qui est bon
pour elle". Mon oeil. Ca mène à la ruine et l'hp cette idéologie du
solipsisme.

Bref, ne te base pas là dessus, recherche même plutôt la contradiction.
C'est moins risqué.

 

 

LPM

 

 

 

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 10:39

 

 

 

Quelque chose qui file comme de la guimauve cuite et ne cesse jamais de vous atteindre, lorsque vous êtes ou avez été une référence quelconque du support ou de la militance trans, ce sont, outre les inénarrables demandes d’étudiantEs attardéEs qui croient que ce sujet va encore être susceptible d’épater leurs profs et leurs condisciples, les propositions d’émissions de télé.

 

Je trouve pour ma part que ces dernières offrent une excellent illustration du capitalisme contemporain, et de ce dont je cause avec mes petitEs camarades de la critique de la valeur. Comment arriver à retirer encore un peu de fric, de valeur ajoutée, en raclant tout ce qu’on peut de ce qui était encore quelque chose d’humain, de bêtement humain, avec ses tristes insuffisances et ses noirs recoins.

 

Ainsi, je reçois le topo d’une émission future sur les… secrets de famille. Bon, d’ailleurs, soyons claire à leur place, ce qui les intéresse, c’est nettement des choses à la fois horribles et intelligibles, qui vont aller de viols, ça ça fera toujours recette, à peut-être quelques trucs un peu plus subtils, peut-être des jumeaux mortEs, ou quelque chose comme ça…

 

Évidemment, que l’on envoie ça à une référence trans, suppose bien cette certitude avide que la transitude est nécessairement ou probablement du moins liée à un trauma sinistre dans l’enfance. Entre ça et les gènes, on a un beau bac à sable où s’ébattre.

 

Les socio-militantEs ne font pas mieux, quand elles rabâchent gâteusement et tout aussi avidement que l’on est pute parce qu’on a été abusée ou maltraitée. Si on leur arrachait cette certitude causale, on a l’impression qu’elles en créveraient sur place.

 

Mais, surtout, on voit à quel point l’industrie médiatique et culturelle fait son profit de tout, déterre allègrement n’importe quoi dont quelque managerE suppose que ça va rapporter quelqu’audimat, quelque matage de pub en plus. Il serait naïf de supposer une autre raison. Et le pire, c’est qu’il arrive par contre que, non seulement les cobayes qui vont comme on dit témoigner, mais même les réalisateurEs s’imaginent, elleux, faire œuvre de recherche…

 

L’émission en question, bien entendu, ne se veut pas sensationnaliste du tout. De nos jours, il n’y a plus de sentationnel voyons. Nan nan on cherche juste à vous faire dire en direct que tonton vous a mis la main entre les cuisses, c’est pas sensationnel du tout (d’ailleurs, le pire, nan, c’est pas sensationnel tellement c’est banal, en notre époque de rut permanent – mais il ne faut pas non plus dérouter les spectateurEs, comme je le disais, avec des histoires trop fines…).

 

Il y aura la brouettée désormais indispensable de spécialistes – dont, je note, unE psychogénéalogiste.

Et c’est là d’ailleurs que je me suis faite une remarque.

 

Ce même jour, sur Yagg, un article déplorait « le manque d’études » sur les « jeunes lgb ». Ouais… Pour ma part je tiendrais plutôt à joie de n’être justement pas un objet d’étude. Mais il appert que, de nos jours, exister suppose être placé sous la loupe ou le microscope, ou bien au contraire loin devant le télescope, où vont se succéder ces fameuXses spécialistes. Et que ça va nous apporter plein de reconnaissance d’une part, d’avantages de l’autre, parce qu’on, oui on, ce « on » qui est probablement un globiboulga indistinct de sociologues, d’hygiénistes, de travailleurEs sociales et de nous-mêmes, on donc saura ce qu’il nous faut.

 

Pasque venu de soi-même, par soi-même, dans un monde où les tentatives personnelles sont devenues à la fois moralement suspectes et matériellement comme légalement impossibles, au nom du « bien commun » - ben non, ça vaudrait rien. Il faut que ça passe déjà par tous plein de rouages traductifs pour que ça prenne valeur.

 

Il va de soi que si on suggérait à touTEs ces fonctionnaires et associatiFves, qui défilent sans doute régulièrement contre la privatisation de leurs activités, qu’ellils font en fait partie du même dispositif de production de valeur sociale et monétaire que les émissions ci-dessus évoquées, ellils en seraient choquéEs. Et pourtant. Les unEs mènent aux autres.

Et ne mènent pas seulement ; service public ou marchand, même logique : rien ne doit échapper à la machine à caguer des heures de travail, et de la certification officielle.

 

Je n’ai pas assez de révérence envers les petitEs zombies qui sortent des écoles d’audiovisuel pour croire qu’ellils ont été renduEs capables d’autre chose que de dénicher les truffes que leurs collègues n’ont pas encore mises dans le rata. Non, il leur faut justement cette admirable recherche qui, en quelque sorte, engendre les truffes. Et, donc, outre le contrôle social toujours plus étroit que nous réclamons désormais nous-mêmes, les « minorités », en échange de quelque reconnaissance civile, les dites recherches produisent de la matière pour l’industrie de l’émotion.

 

Leur principe commun : tout mettre en lumière, tout propulser sur le devant de la scène, tout utiliser enfin.

Et comme nous sommes demandeuRses... ca ne risque guère de se tarir. On ira nous-même, avec scalpel et lampe frontale, au plus profond de nos histoires, pour ramener bravement tout ça au pot commun, qu'on en fasse enfin quelque chose ! Puisque la croyance commune est que seules les institutions et les communautés peuvent et doivent porter les histoires. Foin des personnes, à qui ont été retirés depuis longtemps légitimités et moyens.

 

Trop classe. Et significatif. Les « recherches » et « enquêtes », philanthropes et humanitaires, n’échappent pas mieux à la machine sociale que les émissions de télé. Les deux relèvent d’une logique commune : connaître, révéler, projeter. Ne rien laisser gambader inutilement. Et si possible en tirer quelque valeur, quelque reconnaissance. En bloquant, justement, toute autre possibilité de reconnaissance. En se répandant sur tout le terrain social, puisque pour survivre il faut désormais toujours croître.

 

On aurait juste envie de dire « bas les pattes ! ». Mais pour cela il nous faudrait avoir gardé une forme de liberté, d’indépendance, peut-être aussi d’imprévisibilité. Ne pas être déjà de puis longtemps au milieu même de la guimauve qui nous digère.

Il ne s’agit plus de pattes, voilà ! Pour échapper à cela, pour autant d’ailleurs que nous le voulions ou le puissions, il faudrait pouvoir partir, se retirer. Grave question, d’ailleurs : où ? Probablement que cet « où » n’est pas (que) géographique. Il nous faudrait en finir avec la reconnaissance sociale… Abdiquer la citoyenneté des hochets et des carcans. Si possible est encore. Si il n’est pas trop tard en nous-mêmes pour s’arracher…

 

N’empêche, les chercheurEs et les téléastes sont une belle vérole – même si on l’a attrapée plus ou moins consentantEs… PersuadéEs en fait de leur nécessité, de leur inéluctabilité, comme de celles de l’économie ou de la politique…

 

On s’est foutuEs dedans sur le nécessaire. Ni plus ni moins que tout le monde, du reste. Et on se retrouve dans la même guimauve.

 

 

 

La merle blanche

 

 


 

 

 

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 09:03


 

Je n’écris plus rien, ou ne mène rien à bout, depuis quelques temps. Conséquences de la dépression, du manque d’endroit où vivre, mais aussi du sentiment impuissance, d’à quoi bon, sous le déluge toujours plus appuyé d’imbécillité hargneuse qui semble désormais faire l’ordinaire abondant de la vie en société. La tête m’en tombe, après les bras. Et les jambes fléchissent.

 

« Je suis pas en sucre », disais-je enfant à ma regrettée mère lorsqu’elle s’inquiétait de me voir sortir sous la pluie.

 

Eh bien si, en quelque sorte, je m’aperçois aujourd’hui que je suis en sucre, que je fonds, que je m’amenuise et disparais dans les flaques, semblable en cela sans doute à pas mal d’autres, mais au milieu aussi d’une foule de contemporainEs qui, elleux, semblent revigoréEs, nourriEs, par cette cataracte, s’ébattent avec joie dans les propositions d’extermination, mettent chaque matin le monde au carré. É-li-mi-ner, comme beuglait la pub d’une eau minérale, il y a déjà bien des années. La pub est depuis un moment en avance sur la pensée. Quand il y a un problème, trouvez unE coupable – on a de très bons référents historiques de cette méthode.

Alors je vous dis pas quand c’est le monde humain entier qui implose. TouTEs victimes, touTEs coupables, s’il le faut – mais surtout pas se poser la question des mécanismes, ni des idéaux. Victimes et coupables de ne les jamais bien réaliser, c’est l’unique horizon autorisé. Leur remise en cause serait criminelle…

 

Étonnant comme le « toujours plus », l’intense et l’illimité après lesquel court le monde entier de la valeur abstraite et des idéologies libératoires, porte en lui un « toujours moins » tout aussi impérieux, mécanique. Exactement comme le capitalisme qui ne survit et ne provigne qu’en rayant toujours plus de monde des listes de vie – je me rappelle avoir signalé cette analogie de manière faussement innocente, lors d’une conférence, à une papesse du queer, qui ne sut trop que répondre. Elle m’aurait bien traitée de vilaine réac, mais comme j’étais une trans et elle une bio invétérée, pétrie de culpabilité et du néo-essentialisme exotisant des « destins sociaux », elle s’en trouvait courte. J’ai joui, j’avoue, de son embarras politico-moral.

 

Mais n’empêche, cette cyborg mentale continue, avec bien d’autres, à chanter sous la pluie de soufre, cependant que bibiche, pauvre statuette de sucre fourvoyée, sans toit physique ni moral, fond.

 

Je suis en sucre, enfin j’étais. Je ne sais pas en quoi sont les gentes qui continuent de prospérer plus ou moins dans la déglingue et le cannibalisme universels, sans doute en matériaux composites, de ceux qu’on sait désormais si bien faire et qui dégagent tant de valeur. Foin de la chair, foin de l’âme, si nous n’avons rien dépassé socialement ni moralement, du moins techniquement sommes nous au point. Ce que ça coûte est une autre affaire…

 

Je suis en sucre. Mais pas moins stupide, au contraire – et pourquoi ne l’aurais-je point été ?! Je suis des plus imbéciles et des plus inconséquentEs, très au dessous de mes congénères qui au moins restent conséquentEs, jusque dans l’épouvante au besoin. Quand on est en sucre, on se protège, on s’occupe de soi. On ne va pas jouer aux warriors. On ne se jette pas dans le risque.

 

Au fond, je n’ai pas admis d’être en sucre, pas plus que dans la morgue de mon adolescence. Je me suis crue de ce temps sans présent. Ou suffisamment blindée pour y résister. J’en péris avec ridicule.

 

 

 

La girafe floc floc

 

 


 

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 08:37

 

 

"Des guichets par centaines, des procès par milliers"

 

Ou l'inverse

 

Et des sextoys sans phtalates !

 

A suivre -

 

 

 

La merle blanche

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 08:05

 

 

Je suis aphone, aphasique et même décérébrée. Girafe pouic pouic cobaye sur une table de classe de sciences naturelles. C'est donc une de mes vieilles marraines, morte depuis longtemps, qui va parler à ma place, enfin si l'on peut dire. Ce passage fit partie pendant mes belles années de ce qui recouvrait les murs de ma maisonnette.

 

Je ne saurais mieux dire qu'elle. Savourez chaque mot, avec toute la profondeur de sens qu'il a pris au cours du temps...

 

"Vous me demandez, ma chère enfant, si j'aime toujours bien la vie. Je vous avoue que j'y trouve des chagrins cuisants. Mais je suis encore plus dégoûtée de la mort ; je me trouve si malheureuse d'avoir à finir tout ceci par elle, que si je pouvais retourner en arrière, je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans un engagement qui m'embrrasse ; je suis embarquée dans la vie sans mon consentement. Il faut que j'en sorte ; cela m'assomme. Et comment en sortirai-je ? Par où ? Par quelle porte ? Quand sera-ce ? En quelle disposition ? Souffrirai-je mille et mille douleurs, qui me feront mourir désespérée ? Aurai-je un transport au cerveau ? Mourrai-je d'un accident ? Comment serai-je avec Dieu ? Qu'aurai-je à lui présenter ? La crainte, la nécessité, feront-elles mon retour vers lui ? N'aurai-je aucun autre sentiment que celui de la peur ? Que puis-je espérer ? Suis-je digne du paradis ? Suis-je digne de l'enfer ? Quelle alternative ! Quel embarras ! Rien n'est si fou que de mettre son salut dans l'incertitude, mais rien n'est si naturel, et la sotte vie que je mène est la chose du monde la plus aisée à comprendre. Je m'abîme dans ces pensées, et je trouve la mort si terrible que je hais plus la vie parce qu'elle n'y mène que par les épines qui s'y rencontrent. Vous me direz que je veux vivre éternellement. Point du tout, mais si on m'avait demandé mon avis, j'aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice ; cela m'aurait ôté de bien des ennuis et m'aurait donné le ciel bien sûrement et bien aisément. Mais parlons d'autre chose."

 

Mme de Sévigné, lettre à sa fille du 16 mars 1672

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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