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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 08:47


 

 

Début juillet, c’était la grande kermesse d’Osez le féminisme près de Paris. Où étaient conviées toutes les autres, assoces et personnes – conviées, le mot en dit long sur le syndrome de locomotive qui imprègne ce champignon du féminisme, lequel réussit l’étonnante synthèse de cumuler les tares de nos néos et de nos tradies. Je suis pas sûre qu’on y était aussi bien arrivées jusqu’à présent.

 

Ç’a été un franc succès (si, si, sans ironie).

 

Kermesse qui avait, parmi ses buts, celui de peser sur les orientations politiques des prochains temps. C’est à dire sur qui gouvernera, puisque la politique s’arrête à ça. D’où une déclaration finale, que j’ai lue sans surprise. Elle n’a effectivement rien de fracassant. Mais elle est très, très représentative de ce qu’est une « pensée politique » aujourd’hui.

(http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/doc/20110703/1544178_2614_texte_de_sortie_fem2011.pdf)

 

Ce qui me marque le plus, là dedans, ce n’est même pas l’inévitable petite phrase sur le « système prostitueur », notion qui a l’immense avantage de rayer de la carte touTEs les tapins de la terre, puisqu’il n’y a plus qu’un « système », ce qui permet de nier notre existence réelle. C’est tout de même plus simple comme ça. Nous n’existerons que quand nous ne serons plus tapins, fermez le ban. C’est une très vieille scie de touTes celleux qui détiennent la vérité, que de carrément nier la réalité de ce qui les embête. Mais ça marche toujours.

Ni même que cette petite phrase jouxte la demande de régularisation des travailleuRses sans papièREs – ce qui permet à peu de frais de souligner que le tapin n’est évidemment pas un travail. Tellement c’est génial le travail et son monde, voyez vous… le tapin ne saurait y prétendre…

 

Ce serait plutôt d’ailleurs de cette petite définition que j’aurais tendance à repartir pour aller au fond de ce texte et de ce qu’il implique. Déjà, les personnes ne peuvent être considéréEs positivement qu’en tant que travailleuRes, c'est-à-dire en tant qu’unités de production. Il est vrai que le féminisme mainstream actuel a depuis longtemps divorcé d’avec la critique sociale (elle-même bien mal en point)…

 

Mais surtout, ces « travailleuRes citoyenNEs », à qui vont-elles s’adresser pour – ah non, pas changer le monde, ça c’est plus au programme - pour l’intégrer et le reproduire encore plus ?

 

Mais à l’État, bien sûr ! à ses guichets et à ses juges, à sa police et à ses éducateurices. Et à l’ingestion totale, égale, de touTEs par le désastre humain de l’économie et de la dépersonnalistion. Vous pensez pas qu’on allait s’adresser les unEs aux autres, quand même, ni pour quitter l’état de fait ! Ce serait le foutoir.

 

Bref, exactement comme dans les litanies des « IndignéEs » qui ont fait florès le mois dernier, tout le contenu de cette déclaration tient dans des « exigences » envers les institutions. Et la « transformation », on se demande bien de quoi, dans l’assimilation. Que ces institutions soient celles qui correspondent à l’admirable état actuel de la survie ne pose aucun problème, puisque c’est précisément cette survie sous perfusion que nous sommes censées demander ! En sa perfection. NulLE ne semble se demander si parler de sortir du patriarcat, ou d’hétérolande, par exemple, revêt un sens alors même qu’on se propose de renforcer cette société du toujours plus, de la réaliser encore mieux. Comme si ces formes sociales n’étaient que des anomalies anachroniques sur le museau du modernisme et de l’économie triomphantEs. Un peu de chirurgie esthétique et tout sera pour le mieux.

 

Bon. Inutile de gloser longtemps. Je n’ai même pas l’optimisme de certaines qui voient OLF comme une simple bulle soce en vue des élections. Non, je pense que ce genre de déclaration est parfaitement représentative de la demande, et que cette demande est l’intégration totale de ce qui est désormais le féminisme majoritaire dans le bétonnage du présent sans fin, et la réclamation de la déposssession. Ce en quoi il ne se distingue d’ailleurs d’aucun des autres mouvements de genre. Voir par exemple la ruée lgbt sur la normalisation.

C’est d’ailleurs un mystère de la schizophrénie contemporaine, que nos mouvements, où on parle sans arrêt de « se réapproprier » (les attitudes, l’espace, que sais-je…), se proposent prioritairement de sous-traiter nos destins à ce qui nous échappe et nous contrôle, ce qui nous a réprimées et mises en tutelle, avec une confiance désarmante.

 

« C’est maintenant », affirme le texte pour finir ; oui, c’est maintenant, et visiblement on ne veut plus aller au-delà de ce maintenant si attrayant, mais au contraire s’y entasser !

 

Pour le féminisme de rupture et de critique, c’est jamais. En tous cas l’espérance en est ici affichée. Mais qui sait ? L’autoclave peut être mal fermé, et de mauvaises coucheuses survivre… (quel optimisme fol !)

 

« 2012 ne se fera pas sans nous », proclament celles qui revendiquent de participer pleinement au désastre déjà bien avancé. Ma foi, on n’en doute guère. Ça se presse aux portillons.

La question subsidiaire est « sans lesquelles d’entre nous se fera 2012, et continuera le cirque économico-politique ? ». C’est avec ces dernières qu’on a envie, plutôt, de faire des choses. Sans attendre l’ouverture des guichets ni l’autorisation des bureaux de bienfaisance. 

 

Petite remarque finale que je fais pour la cent dix huitième fois : je voudrais bien savoir, pour rigoler un peu (jaune), si le chapitre sur la liberté de l’avortement désigne la vraie dépénalisation de celui-ci, l'abolition des délais et du monopole socio-médical, bref l’autonomie réelle des nanas sur la question…

 

Chiche !

 

 

La petite murène

 

 

 

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 08:31


 

La petite murène, ou ce qu’il en reste, n’a pas montré grande velléité de causer au sujet de ce qui fait glapir toute la scène depuis pas mal de semaines, vous savez, ce vrp international qui n’a su se retenir, et s’est jeté, on pourrait dire répandu, sur une prestataire de service (puisque c’est comme ça qu’on dit, en notre charmante époque où jusqu’aux esclaves sont désormais des « collaborateurices », sur le papier glacé des contrats et des pubs).

 

Déjà parce qu’elle est ratatinée intellectuellement par le malheur et le plus de maison, qu’elle pourrit dans un trou sombre sans intimité aucune et que ça ne favorise pas la réflexion.

Mais aussi et sans doute surtout à cause de la densité exceptionnelle du déversement de bêtise comme de gerbativité qui s’est produit, et continue de geysérer. Ah ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu d’aussi intenses  jaillissements, bitards et autres têtards masculinistes de tous ordres contre adorateurices du judiciaire, du contrôle social, de la prison et de toutes ces belles choses qui nous font, quoi au fait ? citoyenNEs ? Merci bien…. Ignominies graveleuses et antiféminisme punais d’un côté versus désert critique et bien-pensance quelquefois épaisse de l’autre. Philosophie du ressentiment partout.

Tout ça sous le haut patronage du cannibalisme juridique – lequel semble d’ailleurs sur le point d’ôter à la nana, pour des raisons très contestables – comme toutes les raisons de droit - , ce qu’on pensait qu’il lui allait octroyer. Cependant, on reste bien loin de se poser des questions sur le bien fondé de livrer avec entrain la dissolution du sexisme à ce genre de mécanismes… L’État c’est nous ! Youpi…

 

Les réacs ou les juristes ; quel choix !

 

Ça donne vraiment pas envie. Envie de s’engager sous aucune des bannières, de signer aucune des pétitions, ça instillait plutôt un découragement encore plus grand devant l’absence de réflexion et les suivismes.

 

On aurait pu dire qu’un si médiatique barouf aurait pu entraîner quelque avancée dans la remise en cause de l’ordre patriarcal et relationnel. Bon, en général ce qui est médiatique ne s’y prête guère. Mais qui sait. Ben non. On s’est juste resservi les plats, indéfiniment réchauffés et racornis.

 

Personne, par exemple, n’aurait songé un instant à discuter, en cette milliardième occasion, la base, la base sacrée, incontournable, l’idéal de la planète-baisodrome, l’usine de « plaisir et désir ». C’est même l’inverse qui s’est produit, tout le monde a fait assaut de révérence et d’offres de service ou d’amélioration.

 

Ce point là est tout aussi aveugle que l’est la possible critique de l’économie et du travail pour Christine Lagarde autant que pour les théoricienNEs d’Attac ou la nouvelle gauche moisie.

 

Et vous savez que ce n’est pas par hasard que je fais la comparaison : je reste persuadée que les deux obéissent à une logique similaire : toujours plus, et tu n’existes qu’à condition de produire et de jouir.

 

Voilà cependant que l’on entre, après quelques semaines où il n’était question en gros que de savoir comment on allait découper le puant bonhomme, ou bien au contraire porter aux nues de la « culture relationnelle » son « lutinage » (on en a lu ainsi des épouvantables !), que l’on entre donc dans la « phase philosophique ». Où les habituelLEs vrp, celleux de la sociologie et du genre cette fois, commencent à nous servir leur rata décongelé en petites barquettes.

 

Et bien sûr à se fiche sur la gueule, en s’accusant mutuellement d’être les « alliéEs objectiFves du grand patriarcat », pour reprendre encore une fois ce schéma qui fit tant florès en d’autres temps et lieux, avec de si jolies conséquences. « Quand une question se pose, cherchons des coupables ». Pas nouveau.

 

Enfin bref, passe d’armes ces derniers jours entre Irène Théry, ou encore Marcela Iacub, pas moins, et quelques autres, dont l’inoxydable Fassin, lequel présente un paradoxal intérêt, parce qu’il incarne tellement le ventre mou du consensus citoyen qu’il suffit de le lire pour en être informéE – à défaut d’en devenir plus intelligentE. La fréquentation de ce genre de procès, au double sens du terme, stimule au contraire les glandes de l’abrutissement.

 

Je ne rappelle déjà plus ce qu’a pu proférer Iacub, qui s’est immédiatement vue accuser d’être pro-viol. Rien de moins. Je suppose qu’elle nous avait encore fait un numéro pro-sexe ou quelque chose comme ça. Ou bien peut-être au contraire qu’elle avait été trop complexe. Très mal vu en ce genre d’occasions, il faut être nette, identifiable facilement et sans bavure. Et pas seule, surtout. Sans quoi on se fait aligner par provision, des fois que.

 

Théry, elle, nous cause de séduction. Bon, alors là, c’est sûr, la petite murène a envie de ceindre une ceinture explosive. Séduction. Stimuler l’avidité. L’imposer par contrainte sociale et grégarité. De copuler et autres babioles. Et de bien le montrer en général. C’est fou comme bien des choses ramènent à cette vieille définition du pouvoir : « être en puissance de ce qu’autrui ait envie de ce que vous désirez ». On ne définirait guère mieux la séduction, cette fonction apparemment tout à fait nécessaire à notre bonne santé. Si seulement on parlait aussi d’autres choses que le cul. Mais on sent bien que tout le reste, la libido intellectuelle, etc etc., si on leur consent une existence, ne sont là que pour mener au lit ! Hiérarchie oblige. Encore une fois, le travail et le cul divinités diadoques de la modernité. Et la séduction, qu’on a autrefois été assez sages pour l’assimiler à l’arnaque et à l’abus, comme vecteur de la seconde. Merci pour le féminisme que ça peut donner.

 

Quant à Fassin, si vous croyez qu’il va enfin se mettre à décortiquer l’injonction à la baise et à la production de plaisir… Il faudrait qu’il fût tombé sur la tête. Nenni, nenni. Lui c’est la vulgate du « c’est très classe la séduc, mais il faut que tout le monde y participe égalitairement ».

Comme il semble à cinquante lieues de soupçonner que ce qu’il appelle bénignement « normes », ou « domination sociale », ne sont pas que cela, mais une valeur, écrasante et inexpugnable, que nous nous imposons, il est à la même distance de se rendre compte que si valeur, ruée sociale il y a, cette égalité est d’emblée inimaginable dans ce cadre. Ce genre d’abstraction réelle ne vit au contraire que du différentiel, de l’inégalité de réalisation, et de l’écrabouillement des unes par les autres. Et que même si par une espèce de miracle elle se voyait réalisée, ce pourrait être une espèce d’enfer aussi. Par l’omniprésence de l’injonction existentielle.

En fait – il semble à cinquante lieues de. Le pire, c’est que je crois qu’il ne l’est pas. Pas plus que bien d’autres. Je ne crois guère à la bêtise de mes contemporainEs. Mais je crois à leur opportunisme et à leur paresse intellectuelle.

 

C’est ainsi que Fassin nous cause, dans le Monde, avec une espèce d’élégance lourdingue, du « sujet de désir » qui doit évidemment être actif, etc etc. Bref participer à fond au grand baroud de production de relation et de plaisir. Pas un instant on ne serait autoriséE à soupçonner que tout ce mouvement puisse être remis en cause. Là encore, pas plus que l’économie et la production de valeur, sur lequel il semble fort que la relation ait été alignée depuis quelques siècles. Reprenant les bons vieux outils du patriarcat, que nous sommes sur le point de délivrer de la domination masculine… pour faire en sorte que tout le monde se les applique, égalitairement ! Comme tout le monde s’est appliqué la raison économique et l’égalité citoyenne, avec les magnifiques résultats que l’on sait et endure.

 

« Sujet de plaisir », « objet de désir », ou l’inverse… C’est quand même effarant que ce qu’un Fassin, ainsi que tant d’autres, dont Dorlin, qui manquait à l’appel et vient d’entrer en lice sur Médiapart, nous présentent comme la porte de la félicité sociale, ressemble à l’entrée d’un grand magasin, genre ikea – un magasin de constructions. Où tout le monde consomme, virevolte, occupe pleinement son rôle de producteurice-consommateurice. Le seul souci qui reste est que tout le monde le fasse au même statut, post-humain, porteurE de valeur, sujet de droit, dans les mêmes règles et avec consentement général.

Le consentement – une des plus vastes blagues dans lesquelles nous nous baignons ; le consentement, que ce soit à la baise ou au travail, dans un monde entièrement bâti sur leur injonction, leur valorisation et le chantage à l’existence conjoint… Quel consentement ?! Il n’y a pas de consentement possible dans de pareils carcans. On ne fait que céder, comme disait la mère Matthieu, ou devancer l’appel…

Il est trop shunt, Fassin – mais il ne fait que dire et répéter la seule « alternative » qui est désormais proposée au vieux patriarcat : une séduction féministe. Oh ça n’a déjà plus rien de nouveau, on me l’a déjà jouée. Vous trouvez ça épatant ? Moi je trouve que c’est de l’humour noir. La réappropriation du pire. Le repeignage en rose, en mauve, en rainbow, de la contrainte à la relation, mutualisée.

Et pour gérer tout ce bordel ? Mais la négociation, voyons !

Ben oui, la négociation, c’est effectivement tout ce qui reste quand on n’a pas le choix, quand pour être reconnue humaine, pour avoir quelque « vie sociale », il se faut soumettre à la séduisante contrainte engendrée par touTEs, via le relationnisme impérieux. Quand on ne peut plus déserter, refuser, vivre autrement, sans se mettre très en danger. Exactement comme pour le boulot. Pas le choix. La négociation, entre « sujets relationnels », desquels Fassin n’essaie même pas de nier que le pouvoir, cet adorable pouvoir, sera l’unique argument. Reste à rêver de ce « pouvoir égal » qui n’existera évidemment jamais, et dont on ne pourrait se prémunir qu’en sabotant ses modes d’actions sociaux, dont les injonctions à relationner font partie. Mais le cynisme souriant du sociologue ne nous laisse même pas ignorer qu’il ne prévoit, au mieux, qu’une sorte d’éternelle valse des contraintes réciproques, toujours indexées sur la même obligation, que personne ne peut contrôler, puisque tout le monde l’incarne.

Cela nous donne un monde de partenaires, terme aussi cynique que l’est celui de collaborateurice pour les essoréEs du boulot. Et qui masque tout autant que la prétendue égalité est en fait rapport de contrainte pure.

Négocier un très hypothétique « moins pire » (les optimistes de la croissance appellent ça « gagnantE-gagnantE ») - qui sera lui-même toujours remis en cause sous la pression des « nécessités », cela va sans dire. Mais on renégociera. Et encore et encore.

Une vie de négociations, comme c’est tripant ! Une humanité de négociantEs. Wah ! Ça c’est de la communauté humaine ou je ne m’y connais pas… Mais ce qui reste effrayant, c’est que la critique féministe se réduisent désormais à une fuite en avant dans un présent toujours moins contesté sur le fond. Comme la critique économique se réduit à rendre « durable » le crash général.

 

L’éventualité que tout ça relève d’une utopie productiviste impossible autant que néfaste n’effleure pas un instant la couenne morale de celleux innombrables pour qui la résolution des questions sociales, la compréhension de la faillite des modèles que nous nous imposons, se résument à une recherche de coupables et de dominantEs malintentionnéEs. Que le rapport social lui-même, l’idéal collectif, soit vicié, à bloquer et revoir, bref que nous soyons acteurices du désastre, que nous y poussions aussi, alors ça… Non, non, jamais !

Le complotisme, l’explication de l’état du monde par la domination des mauvais, est probablement le principal obstacle, ou plutôt le principal dérivatif actuel à une critique sociale conséquente, ainsi qu’un gouffre où se perdent toutes les énergies. Et le néo-essentialisme des « rapports de domination intériorisés », nouvelles natures sociales, n’a fait que le creuser.

De même, ici, une fois les bitards éradiqués, muselés, androcurisés, la piscine ne serait plus gluante, plus dangereuse, plus opaque ; tout le monde s’y ébattrait dans la joie, le respect, la bonne humeur, les identités et le consentement. Oh, ça, je ne regretterai pas le masculinisme ni hétérolande – mais si on ne les élimine que pour faire la même chose, réaliser le même rêve, en encore plus grand, en encore plus mieux, c'est-à-dire un cauchemar où l’on n’existe qu’à condition d’être reconnuE producteurice et occasion, réservoir, de plaisir, je crois qu’y a comme un problème…

 

Ce « problème » qu’occulte un tapage incessant sur les modalités, supposées imparfaites alors que c’est exactement ce à quoi on se peut attendre avec ce genre d’idéal. Ça ne remet pas en cause les schémas de la domination, ni de l’aliénation, ça les rend intégrés à tout le monde. La liberté c’est l’égalité dans la course vers l’abîme. C’est qu’on en a fait du chemin depuis Orwell.

 

On se retrouve à n’essayer de sortir de la naturalisation du besoin, ce qui est certainement une bonne chose, que pour la réintroduire dans la nécessité sociale du désir. Et à devoir courir partout avec la trique et la lance d’incendie pour tenter, bien vainement, d’éviter que ce désir obligatoire ne provoque toujours plus de violence. Cela constitue désormais tout un pan de la barbarisation d’un capitalisme économique et relationnel qui ne peut que s’exciter toujours plus. Et finit par libérer encore mieux les antiques structures de pouvoir les plus destructrices et oppressives, contre lesquelles on essayait quand même de se battre.

 

Relationnons, soyons « sujets et objets » de « plaisir et de daisir », soyons le toujours plus intensément, combattons les vilaines critiques qui y voient le moindre embarras, la moindre contradiction, voudraient que nous portions au-delà, et le paradis nous est ouvert.

 

Ou bien la fosse commune. Où on négociera entre ossements épars. Là on aura quelque chance au moins d’être vraiment déconstruitEs !

 

 

Pour une critique de la valeur-relation et de la valeur-sexualités.

La petite murène en décomposition, qui laisse volontiers la susdite à qui la voudra creuser. Pas de droits de succession. L’affaire, quoi !

 

 

PS : et qui lit sur le toujours très bien-pensant Rue89 un article « autobio » assez représentatif des statuts totalisants et indépassables que revêtent désormais conjointement travail et relation. Un parmi tant d’autres sans doute mais très typé : http://eco.rue89.com/2011/06/30/novalie-a-retrouve-un-peu-de-boulot-mais-pas-de-mec-211584

 

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 09:48

 

 

Petit conseil expédié ce matin à une amie, et dont je me dis que ce peut être utile d'en faire part : 

 

 

Et, méfie toi de quand les gentes sont d'accord avec toi. C'est pas du tout
un bon critère. Regarde, tout le monde n'a jamais été tant d'accord avec moi
que quand je me suis fichue en l'air sans remède ! C'est juste par paresse
morale et intellectuelle, pente à croire que "chacune sait ce qui est bon
pour elle". Mon oeil. Ca mène à la ruine et l'hp cette idéologie du
solipsisme.

Bref, ne te base pas là dessus, recherche même plutôt la contradiction.
C'est moins risqué.

 

 

LPM

 

 

 

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 10:39

 

 

 

Quelque chose qui file comme de la guimauve cuite et ne cesse jamais de vous atteindre, lorsque vous êtes ou avez été une référence quelconque du support ou de la militance trans, ce sont, outre les inénarrables demandes d’étudiantEs attardéEs qui croient que ce sujet va encore être susceptible d’épater leurs profs et leurs condisciples, les propositions d’émissions de télé.

 

Je trouve pour ma part que ces dernières offrent une excellent illustration du capitalisme contemporain, et de ce dont je cause avec mes petitEs camarades de la critique de la valeur. Comment arriver à retirer encore un peu de fric, de valeur ajoutée, en raclant tout ce qu’on peut de ce qui était encore quelque chose d’humain, de bêtement humain, avec ses tristes insuffisances et ses noirs recoins.

 

Ainsi, je reçois le topo d’une émission future sur les… secrets de famille. Bon, d’ailleurs, soyons claire à leur place, ce qui les intéresse, c’est nettement des choses à la fois horribles et intelligibles, qui vont aller de viols, ça ça fera toujours recette, à peut-être quelques trucs un peu plus subtils, peut-être des jumeaux mortEs, ou quelque chose comme ça…

 

Évidemment, que l’on envoie ça à une référence trans, suppose bien cette certitude avide que la transitude est nécessairement ou probablement du moins liée à un trauma sinistre dans l’enfance. Entre ça et les gènes, on a un beau bac à sable où s’ébattre.

 

Les socio-militantEs ne font pas mieux, quand elles rabâchent gâteusement et tout aussi avidement que l’on est pute parce qu’on a été abusée ou maltraitée. Si on leur arrachait cette certitude causale, on a l’impression qu’elles en créveraient sur place.

 

Mais, surtout, on voit à quel point l’industrie médiatique et culturelle fait son profit de tout, déterre allègrement n’importe quoi dont quelque managerE suppose que ça va rapporter quelqu’audimat, quelque matage de pub en plus. Il serait naïf de supposer une autre raison. Et le pire, c’est qu’il arrive par contre que, non seulement les cobayes qui vont comme on dit témoigner, mais même les réalisateurEs s’imaginent, elleux, faire œuvre de recherche…

 

L’émission en question, bien entendu, ne se veut pas sensationnaliste du tout. De nos jours, il n’y a plus de sentationnel voyons. Nan nan on cherche juste à vous faire dire en direct que tonton vous a mis la main entre les cuisses, c’est pas sensationnel du tout (d’ailleurs, le pire, nan, c’est pas sensationnel tellement c’est banal, en notre époque de rut permanent – mais il ne faut pas non plus dérouter les spectateurEs, comme je le disais, avec des histoires trop fines…).

 

Il y aura la brouettée désormais indispensable de spécialistes – dont, je note, unE psychogénéalogiste.

Et c’est là d’ailleurs que je me suis faite une remarque.

 

Ce même jour, sur Yagg, un article déplorait « le manque d’études » sur les « jeunes lgb ». Ouais… Pour ma part je tiendrais plutôt à joie de n’être justement pas un objet d’étude. Mais il appert que, de nos jours, exister suppose être placé sous la loupe ou le microscope, ou bien au contraire loin devant le télescope, où vont se succéder ces fameuXses spécialistes. Et que ça va nous apporter plein de reconnaissance d’une part, d’avantages de l’autre, parce qu’on, oui on, ce « on » qui est probablement un globiboulga indistinct de sociologues, d’hygiénistes, de travailleurEs sociales et de nous-mêmes, on donc saura ce qu’il nous faut.

 

Pasque venu de soi-même, par soi-même, dans un monde où les tentatives personnelles sont devenues à la fois moralement suspectes et matériellement comme légalement impossibles, au nom du « bien commun » - ben non, ça vaudrait rien. Il faut que ça passe déjà par tous plein de rouages traductifs pour que ça prenne valeur.

 

Il va de soi que si on suggérait à touTEs ces fonctionnaires et associatiFves, qui défilent sans doute régulièrement contre la privatisation de leurs activités, qu’ellils font en fait partie du même dispositif de production de valeur sociale et monétaire que les émissions ci-dessus évoquées, ellils en seraient choquéEs. Et pourtant. Les unEs mènent aux autres.

Et ne mènent pas seulement ; service public ou marchand, même logique : rien ne doit échapper à la machine à caguer des heures de travail, et de la certification officielle.

 

Je n’ai pas assez de révérence envers les petitEs zombies qui sortent des écoles d’audiovisuel pour croire qu’ellils ont été renduEs capables d’autre chose que de dénicher les truffes que leurs collègues n’ont pas encore mises dans le rata. Non, il leur faut justement cette admirable recherche qui, en quelque sorte, engendre les truffes. Et, donc, outre le contrôle social toujours plus étroit que nous réclamons désormais nous-mêmes, les « minorités », en échange de quelque reconnaissance civile, les dites recherches produisent de la matière pour l’industrie de l’émotion.

 

Leur principe commun : tout mettre en lumière, tout propulser sur le devant de la scène, tout utiliser enfin.

Et comme nous sommes demandeuRses... ca ne risque guère de se tarir. On ira nous-même, avec scalpel et lampe frontale, au plus profond de nos histoires, pour ramener bravement tout ça au pot commun, qu'on en fasse enfin quelque chose ! Puisque la croyance commune est que seules les institutions et les communautés peuvent et doivent porter les histoires. Foin des personnes, à qui ont été retirés depuis longtemps légitimités et moyens.

 

Trop classe. Et significatif. Les « recherches » et « enquêtes », philanthropes et humanitaires, n’échappent pas mieux à la machine sociale que les émissions de télé. Les deux relèvent d’une logique commune : connaître, révéler, projeter. Ne rien laisser gambader inutilement. Et si possible en tirer quelque valeur, quelque reconnaissance. En bloquant, justement, toute autre possibilité de reconnaissance. En se répandant sur tout le terrain social, puisque pour survivre il faut désormais toujours croître.

 

On aurait juste envie de dire « bas les pattes ! ». Mais pour cela il nous faudrait avoir gardé une forme de liberté, d’indépendance, peut-être aussi d’imprévisibilité. Ne pas être déjà de puis longtemps au milieu même de la guimauve qui nous digère.

Il ne s’agit plus de pattes, voilà ! Pour échapper à cela, pour autant d’ailleurs que nous le voulions ou le puissions, il faudrait pouvoir partir, se retirer. Grave question, d’ailleurs : où ? Probablement que cet « où » n’est pas (que) géographique. Il nous faudrait en finir avec la reconnaissance sociale… Abdiquer la citoyenneté des hochets et des carcans. Si possible est encore. Si il n’est pas trop tard en nous-mêmes pour s’arracher…

 

N’empêche, les chercheurEs et les téléastes sont une belle vérole – même si on l’a attrapée plus ou moins consentantEs… PersuadéEs en fait de leur nécessité, de leur inéluctabilité, comme de celles de l’économie ou de la politique…

 

On s’est foutuEs dedans sur le nécessaire. Ni plus ni moins que tout le monde, du reste. Et on se retrouve dans la même guimauve.

 

 

 

La merle blanche

 

 


 

 

 

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 09:03


 

Je n’écris plus rien, ou ne mène rien à bout, depuis quelques temps. Conséquences de la dépression, du manque d’endroit où vivre, mais aussi du sentiment impuissance, d’à quoi bon, sous le déluge toujours plus appuyé d’imbécillité hargneuse qui semble désormais faire l’ordinaire abondant de la vie en société. La tête m’en tombe, après les bras. Et les jambes fléchissent.

 

« Je suis pas en sucre », disais-je enfant à ma regrettée mère lorsqu’elle s’inquiétait de me voir sortir sous la pluie.

 

Eh bien si, en quelque sorte, je m’aperçois aujourd’hui que je suis en sucre, que je fonds, que je m’amenuise et disparais dans les flaques, semblable en cela sans doute à pas mal d’autres, mais au milieu aussi d’une foule de contemporainEs qui, elleux, semblent revigoréEs, nourriEs, par cette cataracte, s’ébattent avec joie dans les propositions d’extermination, mettent chaque matin le monde au carré. É-li-mi-ner, comme beuglait la pub d’une eau minérale, il y a déjà bien des années. La pub est depuis un moment en avance sur la pensée. Quand il y a un problème, trouvez unE coupable – on a de très bons référents historiques de cette méthode.

Alors je vous dis pas quand c’est le monde humain entier qui implose. TouTEs victimes, touTEs coupables, s’il le faut – mais surtout pas se poser la question des mécanismes, ni des idéaux. Victimes et coupables de ne les jamais bien réaliser, c’est l’unique horizon autorisé. Leur remise en cause serait criminelle…

 

Étonnant comme le « toujours plus », l’intense et l’illimité après lesquel court le monde entier de la valeur abstraite et des idéologies libératoires, porte en lui un « toujours moins » tout aussi impérieux, mécanique. Exactement comme le capitalisme qui ne survit et ne provigne qu’en rayant toujours plus de monde des listes de vie – je me rappelle avoir signalé cette analogie de manière faussement innocente, lors d’une conférence, à une papesse du queer, qui ne sut trop que répondre. Elle m’aurait bien traitée de vilaine réac, mais comme j’étais une trans et elle une bio invétérée, pétrie de culpabilité et du néo-essentialisme exotisant des « destins sociaux », elle s’en trouvait courte. J’ai joui, j’avoue, de son embarras politico-moral.

 

Mais n’empêche, cette cyborg mentale continue, avec bien d’autres, à chanter sous la pluie de soufre, cependant que bibiche, pauvre statuette de sucre fourvoyée, sans toit physique ni moral, fond.

 

Je suis en sucre, enfin j’étais. Je ne sais pas en quoi sont les gentes qui continuent de prospérer plus ou moins dans la déglingue et le cannibalisme universels, sans doute en matériaux composites, de ceux qu’on sait désormais si bien faire et qui dégagent tant de valeur. Foin de la chair, foin de l’âme, si nous n’avons rien dépassé socialement ni moralement, du moins techniquement sommes nous au point. Ce que ça coûte est une autre affaire…

 

Je suis en sucre. Mais pas moins stupide, au contraire – et pourquoi ne l’aurais-je point été ?! Je suis des plus imbéciles et des plus inconséquentEs, très au dessous de mes congénères qui au moins restent conséquentEs, jusque dans l’épouvante au besoin. Quand on est en sucre, on se protège, on s’occupe de soi. On ne va pas jouer aux warriors. On ne se jette pas dans le risque.

 

Au fond, je n’ai pas admis d’être en sucre, pas plus que dans la morgue de mon adolescence. Je me suis crue de ce temps sans présent. Ou suffisamment blindée pour y résister. J’en péris avec ridicule.

 

 

 

La girafe floc floc

 

 


 

 

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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 08:37

 

 

"Des guichets par centaines, des procès par milliers"

 

Ou l'inverse

 

Et des sextoys sans phtalates !

 

A suivre -

 

 

 

La merle blanche

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 08:05

 

 

Je suis aphone, aphasique et même décérébrée. Girafe pouic pouic cobaye sur une table de classe de sciences naturelles. C'est donc une de mes vieilles marraines, morte depuis longtemps, qui va parler à ma place, enfin si l'on peut dire. Ce passage fit partie pendant mes belles années de ce qui recouvrait les murs de ma maisonnette.

 

Je ne saurais mieux dire qu'elle. Savourez chaque mot, avec toute la profondeur de sens qu'il a pris au cours du temps...

 

"Vous me demandez, ma chère enfant, si j'aime toujours bien la vie. Je vous avoue que j'y trouve des chagrins cuisants. Mais je suis encore plus dégoûtée de la mort ; je me trouve si malheureuse d'avoir à finir tout ceci par elle, que si je pouvais retourner en arrière, je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans un engagement qui m'embrrasse ; je suis embarquée dans la vie sans mon consentement. Il faut que j'en sorte ; cela m'assomme. Et comment en sortirai-je ? Par où ? Par quelle porte ? Quand sera-ce ? En quelle disposition ? Souffrirai-je mille et mille douleurs, qui me feront mourir désespérée ? Aurai-je un transport au cerveau ? Mourrai-je d'un accident ? Comment serai-je avec Dieu ? Qu'aurai-je à lui présenter ? La crainte, la nécessité, feront-elles mon retour vers lui ? N'aurai-je aucun autre sentiment que celui de la peur ? Que puis-je espérer ? Suis-je digne du paradis ? Suis-je digne de l'enfer ? Quelle alternative ! Quel embarras ! Rien n'est si fou que de mettre son salut dans l'incertitude, mais rien n'est si naturel, et la sotte vie que je mène est la chose du monde la plus aisée à comprendre. Je m'abîme dans ces pensées, et je trouve la mort si terrible que je hais plus la vie parce qu'elle n'y mène que par les épines qui s'y rencontrent. Vous me direz que je veux vivre éternellement. Point du tout, mais si on m'avait demandé mon avis, j'aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice ; cela m'aurait ôté de bien des ennuis et m'aurait donné le ciel bien sûrement et bien aisément. Mais parlons d'autre chose."

 

Mme de Sévigné, lettre à sa fille du 16 mars 1672

 

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23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 11:16


 

« Je serai toujours du côté des vaincus. »

Marina Tsvetaeva

 

« Le pouvoir est maudit »

Louise Michel

 

« Si ça fait mal c’est que ça fait du bien »

Les shadoks

 

 

 

« Résister, c’est se charger de supprimer ce qui ne va pas »

Ulrike Meinhof

 

Je vois enfin nettement, en lisant ces paroles, ce qui me sépare sans doute définitivement de ce genre de doctrines salutistes, où le principe se tient déjà dans l’action ; et quelle action ! Supprimer, liquider, nettoyer, éradiquer, karcheriser, tableraser. Et j’en passe. Que de doux noms on a plaqués sur ces actes louables.

 

C’est le même langage d’un bout à l’autre de la politique, des plus « pragmatiques-gamelle » aux plus idéalistes. Anéantissons (telle abstraction incarnée) et tout sera bien (ou mieux). Maintes fois on a anéanti, ou essayé, les pesanteurs de la tribu, de la chrétienté, de l’oumma, de la race, du genre, de la classe, de l’humanité. Avec chaque fois plus de moyens et plus d’idées.

Moyens, idées, les deux grandes béquilles sans lesquelles on n’irait peut-être, horreur, nulle part. Sans lesquelles on risquerait de n’être que nous-mêmes ! Vade retro, cauchemar immobiliste !

Il est arrivé aussi qu’on rééduque – mais avec peu de succès, ces satanéEs humainEs sont incroyablement rétiFves aux bonheurs qu’on leur concocte, et retournent à leur vomissement.

 

Seule ombre au tableau, si j’ose dire, il y a toujours plus de gentes (pardon, de néfastes abstractions) à réduire. Ce sont même quelquefois celleux qui professaient et appliquaient cette doctrine, qui doivent y passer. Pas d’pot. Mais bon, c’est sans doute une bulle spéculative, laquelle ne saura manquer de se dégonfler quand nous entrerons dans la réalité heureuse.

 

Aujourd’hui tout va donc bien. Plus que quelques ébarbures à passer au rabot électrique, et quelques énormes abcès à crever. Nous sommes sur la bonne voie. Comme chacune peut le voir. L’important n’est-il pas d’être du bon côté ?

 

Je suis, pour ma part, désormais, et resterai du mauvais côté, celui où on croit que les idées ne justifient jamais l’ignominie des attitudes. Même si, et peut-être même parce que c’est le côté des vaincuEs. La victoire pue.

 

 

Ohé, du cercueil !

 


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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 12:06

 

 

L’élection présidentielle d’un pays quelque peu monarchique républicain, qui fantasme sur les prérogatives et le pouvoir vaguement sacralisé du ou de la titulaire, est un des plus beaux moments de dévoilement pour les initiatives les plus cocasses. Parce que, légalement, n’importe quelLE citoyenNE jouissant de ses droits civiques et âgéE de plus de 23 ans (je crois), peut faire acte de candidature. Évidemment, la vraie candidature passe après par une série de filtres, dont celui des fameuses « cinq cent signatures » d’éluEs répartiEs sur le territoire. Exeunt dès lors à peu près touTEs les candidatEs sans appui institutionnel substantiel (encore qu’on ait vu de véritables farfeluEs y parvenir, comme celui du Parti de la loi naturelle, je ne sais plus quand – mais j’étais beaucoup plus jeune).

 

En fait, la fascination pour la notoriété qu’est censéE entraîner la participation à cette compétition, en une époque où la visibilité médiatique est l’objet d’un désir inextinguible et du regain de pas mal d’illusions sur ce qu’on peut en attendre dans le réel, cette fascination donc entraîne des tas de pré-candidatures issues de tous les secteurs possibles et imaginables, de toutes les identités et de tous les groupes d’intérêts malcontents.

 

Je me souviens ainsi d’avoir dîné, à Lille, en 94, en joyeuse compagnie, à droite ou à gauche, je sais plus, de la candidate autoproclamée des « lgbt » (est-ce qu’on disait déjà ainsi ? je ne me le rappelle plus…). Personne bien sympathique au demeurant. Dont l’aventure présidentielle n’alla pas plus loin, restant à peu près invisible et tombant très vite dans un puits d’oubli.

 

Depuis cette époque, ce que j’appelle la féodalité trans s’est beaucoup étoffée. Y faudrait que j’en cause plus avant, mais je n’ai pas trop le courage en l’état. Je parle de féodalité parce que ça se présente désormais de plus en plus comme un système localisé et hiérarchisé, avec une forme d’allégeance personnelle aux chefFes locaLEs d’assoces qui rappelle un petit peu le système féodal, et, dans les meilleurs cas, un rendu de services et de relative reconnaissance intra-communautaire en échange. Ce fonctionnement n’est d’ailleurs pas toujours dénué d’efficacité en lui-même. Et qui cherche le pouvoir peut l’y trouver.  

Au local. Je trouve tout à fait proportionnées les ambitions politiques locales de d’aucunEs de ces chefFEs. Ce n’est pas que je juge que c’est génial ni moral en soi d’essayer de se faire élire, si les conseils régionaux survivent à la réforme annoncée, sur un strapontin de ce genre et à la proportionnelle (à peu près seul moyen pour des monstres comme nous d’accéder à un scrutin). Mais c’est d’une ambition réaliste. Il y en a quelques unEs dont c’est un des buts possibles, et je dis pourquoi pas. Après, ça ne servira à rien d’autre qu’à nimber d’une auréole l’éluE en question, mais, quoi, l’ambition et la vanité sont des passions. 

 

Mais bon, quand on est éminemment exotisée, et qu'on suscite généralement une espèce de comisération amusée, glacée ici et là de la retenue du politiquement correct, je ne vous dit pas les trésors de dignité qu'il faut dilapider pour siéger ainsi.

 

Enfin, surtout, je ne crois pas un instant par contre que ces varappes d’ascension sociale et politique changeront quoi que ce soit, ni que nous, les t, dans mon cas les f-t, serons moins méprisées, haïes, calomniées et le cas échéant assassinées, comme cela vient encore de se passer, à en lire les nouvelles… Il y faudrait un véritable charivari des consciences, et ce n’est pas le genre de chose qui pousse dans les urnes ou qu’on trouve empaquetée d’arc en ciel sur les strapontins électoraux.

 

Pour ma part je ne suis pas démocrate et je ne vote plus depuis que je me suis exilée de Champagnac le Vieux. Je n’y participais, comme électrice, qu’aux scrutins locaux, parce que ce sont les seuls qui sont marrants ; une soirée de dépouillement de municipales ou de cantonales à la mairie, c’est un des spectacles les plus classes auxquels il m’ait été donné d’assister. Mais il faut être chez soi, au sens fort, pour vraiment apprécier. Là j’ai les boules, pasque j’aurais tellement aimé voter aux dernières cantonales pour une adorable butch, conseillère générale PS de mon ancien canton que j’ai, nonobstant son parti, en haute estime. Rien que pour le plaisir (elle a été largement reconduite).

 

Mais bon, il y a aussi, surtout chez nous les mtfs, la compétition à qui sera la reine des trans. Enfin une des reines parce que féodalité oblige, il y a plusieurs royaumes sur le territoire. On se croirait un peu au haut moyen-âge, ça a quelque chose de sympathique et d’amusant, quand on regarde ça de loin.

Et, bien sûr, il fallait bien qu’on finisse par en avoir au moins une qui se déclare candidate à la candidature des présidentielles. Voilà qui est fait. Je ne vais même pas dire qui c’est, n’avez qu’à chercher sur les médias lgbt. Elle n’ira évidemment pas plus loin dans le processus électif que la candidate des « VioletTEs » de 95. L’important est, comme on dit, de se ménager une tribune. C’est là que mène la passion pour les médias, dans un monde où on a fini par leur attribuer une espèce de pouvoir magique. Qui est touchéE par la baguette médiatique se met à briller dans les ténèbres, comme une statue de la Vierge phosphorescente (j’avais ça, enfant, sur ma table de nuit, et elle me faisait pour tout dire un peu peur…)

 

Mais voilà, les médias, que ce soient d'ailleurs les mass-médias ou bien la toile vaguement "autorégulée" par ses engouements, qui au reste recoupent bien souvent ceux des premiers, eh bien les médias peuvent "dire" un peu ce que disait ce Tsar (Paul 1er ? je sais plus...) : "En Russie, est illustre celui à qui je parle, et uniquement tant que je lui parle". Pas de meilleure manière de nous faire comprendre que nous ne serons visibles que tant que nous ferons d'agréables cabrioles, ou bien qu'il nous arrivera d'horribles malheurs qui font pleurer. Bref, tant qu'on paiera de nos personnes, encore un fois, exactement comme pour les élections. Les médias sont une espèce d'image inquiétante de que donnerait peut-être aujourd'hui une "démocratie participative", telle que d'aucunEs l'idéalisent : la libération non pas des personnes mais de leur image, qui les a expropriées. Ca serait du beau.

 

C’est bien difficile de dire ce que ça vaut, ce genre d’affaire. Je me rappelle du diagnostic que nous faisions déjà, à quelques unEs, il y a plus de vingt ans, sur une grosse lutte environnementale, du caractère stupéfiant de ces médias auxquels les têtes de l’affaire étaient littéralement accro, au point d’en négliger tout le reste. Je n’ai hélas plus sous la main le seul exemplaire qui me reste de l’introuvable brochure où ce constat était analysé, et ne puis vous le citer in extenso (1). Et la copie informatique que j’en avais faite pour une réédition a elle aussi disparu.

Mais ça posait, plus ou moins clairement d’ailleurs, la question de la transposition virtuelle de l’existence, et si j’ose dire de sa démultiplication, via des moyens que nous ne contrôlons pas ou peu, alors même que nous les croyons des outils ; cette incontournable illusion de l’outil, qui en réalité nous dirige, nous bouffe et conditionne nos paroles, attitudes, etc. Depuis cette époque il y a eu en outre internet, qui diffuse le copié-collé et les débats les plus faux à des millions d’exemplaires en un temps presque nul. Je vous dis ça, les blogs sont une expression tout à fait croquignole de cette fascination. J’ai d’ailleurs du mal à faire le rapport, je veux dire à comprendre très bien ce qui a été changé, entre cette époque pas si ancienne où nous tapions des brochures, des fanzines, à la machine, où nous les diffusions par les poste, dans des librairies, où ça se lisait et se discutait – et celle où ce que j’écris là, au milieu de millions d’autres, va se balader dans des câbles et apparaît sur des écrans, devant des yeux rougis. Je crois qu’il y a quelque chose de fondamental de changé, mais je ne saurais pas dire quoi.

 

La seule chose que je perçois bien, c’est le bluff possible. Hier, avant-hier même, on ne faisait pas illusion, avec nos éditions DIY. Ce qui faisait illusion, donc, c’était de passer à la télé. C’était ce après quoi couraient touTEs les petitEs chefFEs politico-associatiFves. C’est toujours le cas, mais il y a en plus cette présence internet quelquefois impossible à décrypter, à quantifier réellement. On crée des associations bidons d’une personne, un site, on lance des pétitions, on spame tant qu’on peut. On n’arrive plus à bien savoir qui ou quoi.

 

Bon, laissons le web. Revenons à ces médias, la télé en premier lieu. La télé qui fait exister. Selon ses désirs, c'est-à-dire ceux de son public de masse, ou supposés tels (je ne sais pas si mes contemporainEs sont aussi mauvaisEs qu’ellils le paraissent ou si ça relève de la bravade). Ce qui donne un perpétuel marché de dupes, notamment en cas d’exotisation. La récente émission de Moati et les réflexion d’Hélène Azérah (pour une fois je suis d’accord avec toi, Hélène !) donnent un peu le niveau du mieux (!) auquel on peut s’attendre. Fuyons.

Mais c’est surtout cette sensation de n’exister que si on est, comme on dit, visibles, c'est-à-dire actuellement pas simplement dans la vie réelle mais dans l’immense déluge de fantasmes et d’informations qui s’abat de toutes part et nous traverse. Je me demande d’ailleurs qui, à proprement parler, existe ainsi, sinon peut-être un fantasme et une information de nous-mêmes, substituéEs à nous-mêmes.

 

Le problème en second est que, trans, nous relevons clairement, dans le domaine exotique, du sous-domaine de la ménagerie ridicule et caricaturale. Et, caricaturaLes, nous le sommes bien souvent effectivement, courant après une image acceptable, et pour nous-mêmes et, dans ce cadre, pour les autres. Même si nous ne le sommes pas, nous le devenons par la participation même, comme sous-êtres (allez, hein, inutile de faire comme si on le savait plus…) à une compétition d’être – médias et politique. Nous sommes caricaturaLes à double titre, pasque trans, ça c'est nous, pasque nous courons après la réprésentation, ça c'est comme tout le monde. 

 

Je suis tout aussi caricaturale que la moyenne, mais plutôt, désormais, antipolitique. Au sens précis où je crois que les structures mêmes, d’un jeu totalitaire, entraînent les conséquences que nous en voyons, et qu’il est inutile d’aboyer à un dévoiement, ni à des « complots ». Ce que nous appelons la politique, comme domaine à la fois séparé et dominant, s’est formée au cours des trois derniers siècles et a accompagné la mise en place d’un monde que, bon, ma foi, on peut vouloir perpétuer… ou dont on peut vouloir essayer de sortir. Et si nous en sortons, il nous faudra sortie aussi de ce qui le façonne et régénère, ces grandes formes qui englobent et isolent dans le même avalement incessant : économie, culture, citoyenneté – et politique. De toute manière, ce monde vit en expulsant, en condamnant un nombre gigantesque de gentes à des existences misérables ou à l’inexistence tout court. Si on a déjà un pied dehors…

Je suis pour ma part assez proche de la critique qu’en font les gentes et groupes de la contestation de l’économie et de la valeur. (2) J’ai un peu du mal à synthétiser tout cela en mots. Disons que pour moi, ce sont des abstractions qui dévorent la réalité. Et qu’il est vain, voire néfaste, de vouloir les réutiliser ou les contrôler : elles sont précisément ces dynamiques à la fois humaines et inhumaines dans lesquelles on ne peut qu’être absorbées ou/et périr. Et qu’à moins d’y échapper radicalement, si toutefois cela est possible, il est assez vain de couiner qu’elles nous font du mal… Selon la bonne vieille logique shadok, que nous appliquons massivement « Si ça fait mal c’est que ça fait du bien ». Fuyons !

Le politique est intrinsèquement l’exhalaison du même fétichisme que l’économie, le capital, le droit et toutes ces admirables cages qui ne nous enserrent même pas, dont les barreaux passent à travers nous. Il n’y a rien à en attendre que ce qu’ellils nous ont déjà donné, que ce que nous nous sommes déjà donnéEs par ces formes de contrainte idéalisée ; sinon aller toujours plus loin dans la dépendance, l’impuissance et la dépersonnalisation. Du, moins, encore, est-ce ce que je crois.

Je ne parle d’ailleurs même pas d’une politique « libérée », « collective » (oui, j’ai été anarchiste et j’y ai cru) – non, je parle d’autres choses, désormais, au pluriel si possible.

On n’a rien à retrouver, sinon une fidélité à nous-mêmes et quelque dignité. Cesser d’essayer de participer à ce qui nous bouffe à peu près touTEs, et déserter, autant que possible.

 

Bref, si y en a qui veulent absolument continuer la course de handicap, j’irai pas leur faire la misère, comme gentes quoi. Mais je suis résolument désormais du côté de celleux qui préfèreraient que cette course s’arrête. Et qui en sortent. Et qui ne réclament plus leurs jetons de présence (quoi que, soyons honnêtes, un tit peu, si, pasqu’il faut encore de certains de ces jetons pour survivre).

 

Plume

 

 

(1)Complément d’enquête sur un engagement différé, par le « Comité d’action de Serre de la Fare ». Si jamais vous le trouvez dans une vieille malle… Si je survis, cependant, j’essaierai d’en refaire, une fois de plus, une réédition.

(2) http://palim-psao.over-blog.fr/article-la-fin-de-la-politique-49170531.html

 

 

PS : je ne résiste pas à l’envie de vous agrafer un petit copié-collé, extrait d’un texte sur la question du politique de mon ancien commensal Jappe, et que je trouve parfaitement congru pour aider à remettre en question quelques opinions décennalistes (beh oui, les millénaires sont devenus fort courts…). C’est humain, universel, peut-être même raisonnable (!), tous les trucs qui ont mauvaise presse par chez nous, dont d’autres abusent éhontément, mais que je retrouve finalement avec joie :

 

« S’il faut rompre avec les « politiques » qui se proposent seulement de défendre les intérêts en forme marchande des catégories sociales constituées par la logique fétichiste elle-même, du genre « pouvoir d’achat », il reste néanmoins nécessaire d’empêcher le développement capitaliste de ravager les bases de survie de grandes couches de la population, notamment en générant des nouvelles formes de misère qui sont souvent dues plutôt à l’exclusion qu’à l’exploitation - en effet, être exploité devient presque un privilège par rapport à la masse de ceux qui ont été déclarés « superflus », parce que « non rentables » (c’est-à-dire non utilisables d’une manière rentable dans la production marchande). Mais les réactions des « superflus » sont très diversifiées et peuvent tendre elles-mêmes à la barbarie. Être victime ne donne aucune garantie d’intégrité morale. Une vérité s’impose donc plus que jamais : le comportement des individus devant les vicissitudes de la vie capitaliste n’est pas le résultat mécanique de leur « situation sociale », de leurs « intérêts » ou de leur provenance géographique, ethnique ou religieuse, ni de leur genre ou de leurs orientations sexuelles. Face à la chute du capitalisme dans la barbarie, on ne peut prédire de personne comment elle réagira. Cela n’est pas le fait de la prétendue « individualisation » généralisée dont les sociologues ne cessent de chanter les merveilles pour ne pas devoir parler de la standardisation accrue qu’elle recouvre. Mais les lignes de partage ne sont plus celles créées par le développement capitaliste. De même que la barbarie peut surgir partout, dans les lycées finlandais et dans les bidonvilles africains, chez les bobos et chez les banlieusards, chez les soldats high-tech et chez les insurgés à mains nues, même la résistance à la barbarie et la poussée vers l’émancipation sociale peuvent naître partout (mais avec combien plus de difficulté !), même là où l’on ne l’attendait pas. Si aucune catégorie sociale n’a correspondu aux projections de ceux qui cherchaient le porteur de l’émancipation sociale, en revanche, des oppositions aux conditions inhumaines de la vie sous le capitalisme surgissent toujours à nouveau. »

 

Anselm Jappe, « Politique sans politique ».

 

Bon, je vous l’accorde, il est optimiste, pupuce. Pour ma part j’ai plutôt l’impression que tout ça est en train de mal finir, à l’instant même. Précisément parce que nous avons jeté par-dessus bord toutes les vieilles formes étiquetées « névrosées » mais bien utiles contre les déchaînements de l’illimité ; morale, personne, intégrité, liberté, et bien d’autres. Mais qui sait ? Peut-être en reste-t’il des boutures dans notre cerveau reptilien, comme dit une consœur…

 

 


 

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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 22:15

 

 

 

Je trouve qu’il n’y rien de pire que quand une cause juste est défendue avec des arguments pourris. Ça fiche absolument tout par terre.

 

Je reçois par exemple un mail alarmé, épouvantable, qui fait écho à ce que j’écrivais il y a quelques temps dans « Devinez… ». Et qui rapporte que les flottes militaires et douanières qui sillonnent la Méditerrannée ont actuellement, parmi leurs missions principales, celle de faire « tout leur possible », comme on dit en langage diplomatique, afin d’empêcher les embarcations pleines à ras bord de migrantEs de venir accoster un rivage européen.

En termes moins châtiés et surtout en fait, ça implique tout simplement de les laisser périr, et peut-être même de les aider un peu à couler s’il en reste. Ce n’est d’ailleurs pas nouveau, pour qui veut savoir. La Méditerranée, mur de l’Europe qui compte ses sous, est un vrai cimetière depuis des décennies, où les thons subsistants qui n’ont pas encore été pêchés pour garnir nos boîtes premier prix doivent être bien gras.

 

Tout ça est bonnement ignoble. Mais cet ignoble est étrangement épicé par un argument qui suit immédiatement la dénonciation de cette extermination des superfluEs de la planète qui n’ont pas la chance d’avoir un passeport bordeaux.

Le dit argument, c’est que les migrantEs rapportent de la valeur.

 

Ça c’est tout de même pas mal.

 

Déjà, ça montre à quel point les prétenduEs critiques de l’ordre économique actuel n’ont en tête que les mêmes illusions qui nous ont conduitEs au désastre : créer de la valeur, nom de d… Toujours plus ! Travailler, produire, tout esquinter.

 

Mais surtout, ce qui est effrayant, c’est la question qui pend en filigrane : si ces migrantEs ne produisaient pas de valeur, si même, oh horreur, ellils devaient coûter quelque chose à nos bas de laine, se la couler douce, se livrer à la contemplation, saboter la machine, ça serait un petit peu moins injuste et effroyable de les faire expédier en grappes au fond de la grande bleue ?!  

 

Ben oui, hein, des gentes qui pourraient servir - puisque, l'utilité, voilà tout ce qui nous reste de critère d'évaluation dans nos vestiges de cerveaux - c'est gâcher !

Ah ça témoigne d'un sacré progrès de notre part sur l'Exterminez toutes ces brutes de Conrad...

 

Décidément, ce qui est terrible, ce n’est même pas que nous soyons égoïstes et méchantEs, ce qu’on est bien évidemment.

C’est qu’en plus on est stupides.

 

D'ores et déjà crevéEs moralement.

 

Ah on n’est pas sortiEs de l’auberge, je vous le dis…

 

 

La petite murène, encore raisonnablement grasse.

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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