Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 23:30


 

Marcher (parler, écrire, penser, baiser, transitionner…) dans les clous non plus.

 

(N’y a des gros camions !)

 

 

 

La girafe couic couiiiiic

 


 

Repost 0
Published by
5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 20:00


 

Encore le sujet d’un de ces textes que je n’aurai probablement plus la force d’écrire, dans mon micro-destin qui chute en vrille, mais le « là bas si j’y suis » (voir ce que j'en disais sur la page éponyme, ou bien dans Si vous en avez marre...), bref l’exotisation politico-existentielle, ne marche plus, elle galope, colle de plus en plus l’actualité, bientôt elle va parvenir à la dépasser, ce qui sera une performance et un mystère de l’histoire, au moins comparable à l’enfoncement de la vitesse de la lumière. Elle va peut-être arriver à provoquer l’évènement, ce qui, au fond, nous remettra au début des vieilles théories révolutionnaires. Enfin on fera quelque chose.

Et le tout à pinces, éventuellement en quatre roues. C'est l'exotisation qui galope, plus nous, les chevaux ont été remplacés par des moteurs y a déjà belle lurette. 

Mais surtout hors de soi, toujours plus hors de soi, ce soi haïssable et cul de plomb. Ce semble être un des plus angoissés enjeux contemporains, se fuir et s'oublier à n'importe quel prix, la vie au besoin. Cette vie devenue il est vrai si souvent pitoyable qu'on peut comprendre le calcul...

 

Hier déjà, il est vrai, on pouvait déjà être écrasée par un bulldozer (blindé ! tout est dans le blindé !) sur une plage de Ghaza. Maintenant on peut carrément aller s’y faire étrangler par une faction mécontente ! Un degré a été franchi – malheureusement il l’a été dans l’absurde.

Et, à peine la tragicomédie lybienne a-t’elle commencé, que des militantEs y sont déjà pour récolter des balles. Et pas la petite blessure qui fait juste la gloire, nan, du costaud et du définitif (ce qui est aussi facilité par les puissances de feu actuelles).

 

Rien à dire, la rapidité de réaction, qui est aussi celle des engins et méthodes de guerre modernes, a fichtrement évolué depuis l’époque où il fallait des semaines et des mois pour aller périr dans les forêts du Nicaragua, après de longs conciliabules et réflexions. Nous étions déjà des acteurEs, nous sommes désormais aussi des outils (de nous-mêmes !). Et les outils ne chôment pas. 

 

Mais l’avidité d’autre est toujours la même, toujours aussi exacerbée. Axiome : le salut est ailleurs, que ce soit socialement, genriquement, géographiquement… Accessoirement dans l’intensité et l’action, mais ça, ce n’est pas vraiment nouveau… (Fabrice à Waterloo !).

L'important est de participer.

 

En tous cas on n’est pas partiEs pour réapprendre à s’occuper de nos fesses. Et moi parmi tant d’autres, hélas.

 

 

 

La merle blanche

Repost 0
Published by
2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 11:47

 

 

Depuis quelques temps, en france mais pas que, il est de bon goût pour les autorités judiciaires de faire mine d'asticoter les pouvoirs politiques. Je voulais parler il y a déjà quelques mois de cette cendre aux yeux, où les mêmes qui vous envoient sans état d’âme crever en taule sous les vigoureux aplaudissements des citoyenNEs charognardEs et revanchardEs (lesquelLEs imaginent toujours que ça ne pourra jamais être leur tour de passer au tourniquet pénal), ces mêmes se refont, à l’occasion de querelles commencées à la caisse, une espèce de sympathie sociale. En espérant surtout y gagner du pouvoir (ce qui devient de plus en plus imaginable à mesure que des vautoures comme Eva Joly grimpent dans les sondages).

 

Ah, le jour où les juges gouverneront, on va encore mieux s’amuser. Bon, cela dit, ça changera pas grand’chose, puisque nous sommes déjà depuis bien longtemps dans un système obessionnellement judiciaire, celui de la vengeance torve et de la stigmatisation assumée.

 

Mais là j’ai fort rigolé très jaune, ce matin, en lisant qu’une cour européenne, je sais plus laquelle, avait condamné l’emprisonnement des étrangèrEs à l’Union qui n’ont pas le papier, le papier qu’il faut pour rester et vivre ici.

Fort bien.

Et de touTEs ces étrangèrEs, qu’est-ce qu’on va en faire, alors ? Les libérer ? Que nenni, que nenni ! Y en a bien trop déjà, ellils sont vraiment pas assez « assimilables » (autre aspect du cannibalisme contemporain, l’assimilation de l’autre…), et les sondages unanimes prédisent la morsure de la poussière électorale à qui osera causer de régularisation, sans même aller jusqu’à l’ouverture des frontières. Pas question de partager, pas question de ne pas écouter le sentiment de « celleux qui se sentent plus chez elleux (ce qui me fait aussi bien rigoler, dans un monde de dépossession généralisée, où 90 pour cent de la population vit entassée de diverses manière, dépendante et absolument pas « chez elle », à moins de considérer « chez soi » de tristes appartements loués, ou au mieux des lotissements où on ne peut même pas, de par le règlement, faire pousser des légumes dans son jardin !)

Ah il est beau et surtout illusoire, le « chez soi » de mes congénères.

 

Donc, qu’est-ce qu’on va en faire ? Eh ben on va les libérer de prison, hein, puisque les chatTEs fourréEs en toque et robe d’hermine l’ont injoncté. Et on va les faire monter dans des fourgons. Direction les centres de rétention. Eh oui, les centres de rétention c’est pas des prisons. Il faut pas mal d’estomac pour arriver à prétendre ça mais d’estomac nous ne manquons pas.

 

On peut même prévoir une croissance solide de ces centres dans les temps à venir si la décision de justice ci-dessus évoquée n’est pas contestée. De vrais camps, ça va nous faire. On en avait bien besoin, pour enfin ressembler à quelque chose ! De vrais camps, avec de vraiEs gardes, peut-être même de vraiEs mercenaires (pardon, employéEs de sociétés de sécurité). Trop classe. De vrais camps où les étrangèrEs, confrontéEs à des délais de « rétention » qui seront vraisembablement de plus en plus longs, pourront goûter la liberté de ne pas être en prison.

 

( Et si vraiment ça fait encore trop, eh bien on les foutra à la mer, comme le souhaitait il y a peu une de nos secrétaires d'état. Ou, à peu de détails près, ce matin aussi, la très sympathique Ségolène Royal.)

 

De qui se fout-on ? D’elleux, évidemment, au premier chef. Ni vous ni moi n’irons, sauf bouleversement profond, en camp de rétention.

 

Ce qui montre quand même bien à quel point le judiciaire c’est l’imposture et la vérole, une des plus tartes véroles de notre temps. C’est marrant quand même. Un certain La Fontaine recommandait déjà, il y a près de quatre siècles, de laisser entrer dans nos vies le moins possible « les princes et les juges ». Il en voyait déjà le bilan de dépossession toujours plus avancée duquel on allait payer un petit avantage ou une petite, très petite, vengeance pas assumée comme telle. La société d’alors était déjà excessivement processive, pourtant. Il suffit de lire les mémoires du temps pour voir une activité judiciaire apoplectique, déjà mêlée au politique d’ailleurs.

Quatre siècles après, nous sommes je crois en plein en train d’entrer dans un contrôle social et judiciaire à peu près total, que, en outre, nous aurons nous-même pétitionné. Des fois qu’il nous manque un droit, eh (plus question de s’autoriser soi-même) ; des fois qu’une incivilité ou un méchant crime pourrait rester impuni. Puisqu’il ne reste que la trique pour essayer de réprimer nos désirs illimités, et que le distributeur pour nous octroyer des possibilités de vie. Le tout sous la garde vigilante de l’argent – ah, lui, pas touche. Hors de question et du jeu. Evaluateur final de nos valeurs et de nos destinées.

 

Et voilà. On se fiche en premier lieu des plus faibles, comme toujours. Mais nous avons aussi la main et même l’avant-bras dans la machine. Avec notre consentement radieux.

 

 

Joyeuses Pâques !

 

 

La petite murène

 


Repost 0
Published by
29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 15:43

 

 

Ce qui m’amusait, m’énervait, me réveillait, dans les grandes et moins grandes affirmations de ce temps et de ses équipièrEs, du temps que j’étais vivante, une personne quoi, c’est leur caractère d’antiphrase. Leur capacité, pour ne pas dire leur obstination, à proférer exactement le contraire de la réalité, cette réalité à laquelle, mais oui, je pense que nous avons accès, n’en déplaise aux relativistes de toutes obédiences.

 

Mais voilà, le gisement en est inépuisable, et souvent nous ignorons toute notre vie, bienheureusement d’ailleurs, que telle expression dont nous usons avec abondance et sérieux est juste une négation d’elle-même et donc de nous, une splendide occasion d’anéantissement. Malheur a nous si nous la saisissons…

 

Ainsi de la fameuse chute « libre », qui est à la fois une antiphrase et un oxymoron (ouh la drôle de bête). Il n’y a évidemment rien de libre dans la chute. C’est même la situation la plus enfermée, la plus écrasée, la plus assujettie qui soit. Plus aucune action sur soi, plus aucune décision possible : la pesanteur s’applique de manière absolue. La chute est l’antithèse de la liberté.

 

J’ai longtemps glosé sur la perte. Je me rends compte aujourd’hui qu’il y a un fonds sur lequel on ne doit à aucun prix perdre, et que ce fonds est précisément ce dont nous sommes le plus facilement expropriéEs en cette époque. En échange de babioles sans nombre, de gadgets, d’identités ; et de la chute. Si on peut appeler ça un échange.

 

Gardez-vous de la chute. On n’en revient pas. Ce n’est pas du saut à l’élastique.  

 

 

 

La girafe pouic pouic

 

 

Repost 0
Published by
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 20:56

 

 

En attendant de reprendre pour de bon la maîtrise effective de l'avortement, sans toubibs et sans délais !

 

Puisque, hélas, non, l'avortement n'est pas dépénalisé en france ; les lois successives sur l'ivg sont des lois restrictives de tolérance qui sont chapeautées d'un préambule pro-vie ; l'imposition de délais et de parcours obligatoire grève lourdement la priorité prétendument donnée au destin des nanas ; toute aide procurée hors délai et/ou hors milieu médical est susceptible de poursuites.

 

Eh bien quand même, ça fait plaisir que cette initiative contre la culpabilisation et la dramatisation :

 

http://blog.jevaisbienmerci.net/

 

(voir aussi ce site : /http://www.womenonwaves.org/)

 

...et MLAC again !


On sent bien, et ç'avait été clamé à l'époque, combien le gouvernement de 74 avait la panique de voir les nanas de plus en plus nombreuses maîtriser la méthode Karman, s'entraider sans honte, ne plus avoir besoin des institutions, ni de permission, ni d'aumône ; et combien ses successeurs ont soigneusement gardé la clef tout en "libéralisant" à la pépie...

 

Et - sans attendre - on se retrouve à se battre pour empêcher la fermeture de services d'orthogénie, de plus en plus de jeunes toubibs refusent de pratiquer les avortements, bref même l'espace bien réel de liberté ouvert par les lois se rétrécit comme peau de chagrin.

 

Se battre, refuser la fatalité, réapprendre, cesser de criminaliser les avortements tardifs. Pour l'extension à ses possibilités de la liberté d'avorter, et du choix de comment, de quand, d'où, d'avec qui.

 

Forcer une dépénalisation réelle et effective. Se donner les moyens d'en profiter.

 

Y a du boulot. Sur tous les fronts. Et ça commence effectivement par l'affirmation que ça le fait !!

 


 

 

La petite murène, pute, antisexe et pro-avortement (ce qui fait beaucoup, elle est la première à le savoir). 

 


 

 


 

 

Repost 0
Published by
24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 12:29


 

 

« Vous n’êtes qu’un thermomètre planté dans le derrière des Français pour mesurer leur degré de xénophobie »

Sophia Aram, commentatrice télévisuelle, à un de nos culbutos médiatiques favoris 

 

 

 

...quel est un des récents livres qui fut des plus vendus à la fin de l’hiver dans ce fichu pays ?

 

C’est la réédition d’un déjà vieux roman faiblement apocalyptique et parfaitement décomposé d’un certain Jean Raspail, paru pour la première fois il y a près de quarante ans, intitulé « Le camp des saints », et qui narre une espèce d’invasion désarmée du dit pays par une foule de gentes miséreuXses venuEs d’Inde sur des rafiots. D’un point de vue éminemment dégoûté, peureux et haineux. Du point de vue de ce peuple que le vieux Darien, qu’on bien tort d’oublier, vouait aux gémonies.

Mais qui, de nos jours, peut se vanter de n’en plus être ? Nous sommes tellement rancis, réclamantEs et aggrippéEs aux bénéfices en voie de tarissement, que cette ignoble posture nous concerne, nous peint touTEs…

 

Ça ne fait donc que confirmer le fond moral qui prévaut, et l’illusion qui consiste à renvoyer sur quelques gouvernantEs anxieuXses pour leur réélection ou sur une parti d’extrême-droite la source de la haine d’autrui, de la mesquinerie avare et de la guerre de touTEs contre touTEs, alors que ces caractères suintent des désirs morbides de la population, pour ne pas dire de ce peuple dont tout le monde prétend gratter les plantes de pied. Ce peuple de charognardEs qui hésite entre les juges et les managers, ne sachant pas trop où porter ses fantasmes. Ce peuple dont je fais tristement partie, dans une ornière, depuis que j’ai perdu mon indépendance par bêtise.

 

Ce qui me frappe dans ce bouquin, en outre, c’est que l’invasion décrite n’est pas armée. Que c’est justement sa faiblesse et sa misère qui lui donnent l’élan et le fondement. Et que ça marche. Et que le vieux catholique tradi Raspail se retrouve donc, avec ses congénères plus jeunes, à tranquillement piétiner toute la tradition chrétienne, en dénonçant et en vomissant la pauvreté, la faiblesse, l’abandon, et enfin pour tout dire le catholicisme – dont la traduction littérale du grec est « universel »… Le cantique, si je puis dire, des tradis, en ce moment, c’est un francisme exacerbé, le mépris de la pauvreté, une avidité littéralement calvinienne pour l’individualisme concurrentiel et pour la richesse, devenue sceau d’élection alors qu’elle est condamnée sans appel dans l’Évangile, ; et aussi une haine disqualifiante des musulmanEs qui ne ressemble plus du tout à un quelconque apostolat ni même à une lutte de foi(s). J’ai beau être souvent excédée par l’exotisme « déconstructeur » qui se colle comme un chewing gum à tout ce qui paraît « autre », là il n’y a pas photo. Il y a même, je dirais, quelque chose de démoniaque dans les propos tenus (voir un site comme perepiscopus par exemple) et leur bassesse larvaire, bavante.

 

Je dis ça, pasque ça me rend particulièrement furaxe ; mais ce n’est et de loin pas l’apanage des catholiques… La peur haineuse s’élève d’un peu partout. Tripale. Tripale mais également bien structurée par des siècles de dénonciation de l’abstrait, du méchant abstrait qui va dévorer le réel, et qui prend toujours la figure de l’autre… comme d’ailleurs du « capital » opposé au « travail » - ah, ce travail porté aux nues à la fois par les plus réacs et les progressistes. Ça ne vous titille pas l’oreille. Je vous renvoie à ce sujet aux textes de Postone et autres, parus sur Palim Psao, dans la rubrique « boucs émissaires ».

 

Je suis épouvantée de voir, au cours des années, et ce n’est pas un phénomène nouveau (voir les années 30…), les gentes qui pour une raison ou une autre en ont marre de la bien-pensance exotisante, déjà bien puante, basculer dans la tinette de dénonciation de l’autre « abstrait », et des plus misérables sophismes de vieille droite parano. Il y a une espèce de paresse ou de paralysie intellectuelle et morale qui attire vers les bas fonds. Qui sont déjà surpeuplés. « Avoir une position critique », si on tient à ce terme amplement galvaudé, ne consiste pas plus à « adorer ce qu’on a brûlé » qu’à croire à tout ce qui semble aller dans le sens de ce qu’on désire.

Cette paralysie est à la fois individuelle et collective. Combien de fois des gentes (je songe ici par exemple à Jacques Ellul, entre mille autres) qui se sont escriméEs toute leur vie à l’examen et à proférer des choses fort intéressantes, se mettent subitement, ou moins subitement, à répéter des mantras pourris depuis quatre siècles. Mais ça se retrouve dans le collectif, et avec en ce moment une force inouïe.

Actuellement, la paralysie morale précipite de plus en plus de gentes vers les rengaines et les évidences de droite et d’extrême-droite. Inutile de chercher d’autres termes pour moins fâcher. Il y a toujours finalement « trop de ». Le « bien commun », qui représente en général la tranquillité dans l’accumulation rampante et ignoble, doit être préféré à toute considération morale. L’utilitarisme le plus crasseux s’étend désormais d’un bout à l’autre l’échiquier politique.

 

Je lis un article de l’inévitable Monde sur « le retour des réacs ». Il semble que cette abrévation soit devenue depuis quelques années une nouvelle marque de fabrique. Je dois avouer que j’ai d’emblée bien rigolé quand j’ai vu écrit que « le plus cultivé d’entre elleux » serait… Éric Zemmour, humoriste de son état, bulle banale et nauséabonde parmi tant d’autres. Zemmour cultivé… On aura décidément tout lu, tout entendu.

Il ne suffit pas d’avoir lu Bagatelles pour un massacre dans les toilettes pour être cultivé. Il faut aussi être ne mesure de comprendre quelque chose. Rien qu’à lire les platitudes mesquines de ces gentes qui par exemple se parent de mon vieux maître Léon Bloy, ce dont il doit faire des loopings dans son caveau au Bourg La Reine, ça se voit qu’ellils sont misérablement incapables de le saisir.  

Chez les (ex ?) féministes, on voit une Zelensky à Riposte Laïque ! Ah c’est pas beau.

(Purée, il faudra un jour que j’écrive sur l’usage abusif que tout le monde, sans exception désormais, fait de ce mot, laïc, qui est un terme religieux catholique, rien de plus, rien de moins, pour désigner les membres de l’Église qui ne sont pas consacréEs. Et qui semble avoir été cambriolé avec les lieux de culte par les agnostiques militantEs de la fin du dix neuvième siècle. Pourquoi est-ce qu’ellils n’osent pas user d’autre mot ? ).

Mais bon, ça ne veut pas dire, parce qu’ellils sont probablement plutôt aussi incultes que la moyenne générale, que tout ça est inoffensif. Au contraire, vu la détestation généralement affichée envers le savoir et l’intellectualité. Il n’est pas indifférent que ç’a toujours été une rengaine dans les camps de travail et d’extermination, de quelle dénomination que se parent leurs créateurEs : purger la culture. Purger de la culture. Divers survivantEs ont attesté cette mâle et populaire déclaration. De partout on accuse la culture et le libre examen, crimes bourgeois® et élitistes®.

La déesse sait si je suis atterrée par la stérilité morale de mes petitEs camarades déconstructivistes, par le remplacement systématique de l’examen par le dogme et la peur (voir « Renouveau charismatique »). Il me paraît bien évident que ces « nouveaux réacs » sont nos frères et sœurs siamoiSEs dans le salmigondis de peur, de haine, de désir d’éradication et d’idéal justicier. SeulEs les têtes à couper changent (et encore, je crois qu’il y aurait consensus sur certainEs). L’illusion obsessionnelle de la justice terrestre aux cents yeux mène tout simplement à l’extermination réciproque et à la paranoïa normalisée. On le sait depuis longtemps mais semble-t’il on ne s’en lasse pas. Et ouvre par là des « boulevards » à tout ce qu’on prétend combattre, en adoptant sa logique.  

N’empêche, là ça bascule sérieux du côté de ces prétenduEs réacQUEs qui ne réagissent à rien, à part à leur assurance retraite. Et au voisin qui fait des barbecues.

 

Mais bon, si ces gentes là continuent à tournicoter sur le petit baromètre à personnages de la faveur publique, ça en dit tout simplement long sur ledit public, ce fameux peuple que tout le monde revendique, adore et à qui on gratte les plantes de pied. C’est un peuple de charognardEs, revanchard, soupçonneux. Un peuple qui ne rêve que guerre sourde, torve, de touTEs contre touTEs, de safety et de spoliation légale. C’est nous, coucou !  

 

Comme écrivait mon vieux maître, « à chaque fois que la république change de chemise, c’est pour en mettre une plus m….euse ». Là, ce n’est pas que « la république ». C’est tout simplement que nous sommes en train de glisser d’un monde déjà bien crade dans un monde encore plus ignoble. Ridicule et odieux. Et, je suis triste de le dire, que nous avons tout fait pour arriver à ce résultat, en laissant nos vies devenir toujours plus dépendantes et indignes. Toujours plus réclamatoires de béquilles et de « droits », de nettoyages et d’éradications. Toujours plus soucieuses d’être « du bon côté » et de ne jamais se tromper. Toujours plus sécurisées avec cependant - impossibilité dirimante - toujours moins de limites. Nous avons stérilisé, ensalé notre propre champ de vie. Eh bien voilà. Les créatures qui vivent d’autant plus aisément que la liberté recule au profit d’un confort problématique enduit de crainte sont de retour. Ces créatures subsistent en, sur nous. Collectivement et individuellement. Elles peuvent bien prendre toutes les formes possibles et imaginables, et nous, tenter de les exorciser avec des anathèmes. Ça ne prend pas.

 

On n’en sortira jamais tant qu’on se réfugiera, enfin façon de parler, dans le règne de la haine et de la dénonciation, du culte du nombre et des opinions veules, des calculs de polices d’assurances et des vengeances torves. Ni dans la dénonciation facile que quelques bilboquets, qui ne sont que les émanations de tendances ignobles à l’œuvre partout.

 

Évidemment, ne pouvant pas plus m’empêcher de mal penser et de suivre des associations d’idées peu recommandables, non plus que la patte de grenouille morte de se contracter sous l’effet du courant, je me suis souvenue d’un bouquin, l’auteur duquel je ne me rappelle plus non plus que du titre, que je n’ai pas le courage de chercher à nouveau. Comme on m’en a reparlé, avec engouement, il y a peu, je suppose qu’il se diffuse. Je m’en rappelle parce qu’on me proposa de participer à sa traduction, il y a des années, lorsque j’étais et vivante, et engluée jusqu’au cou en alternolande. C’est un livre écrit par un américain, un soucieux d’être du bon côté. Il y démontre combien la non-violence, et peut-être la critique de la violence en général, est une sombre tare bourgeoise dont nous devrions nous défaire sans délai. Il est vrai qu’il a été en cela précédé par une grand nombre d’idéologues aux mains moyennement propres (mais, comme disaient d’autres, la propreté est aussi une tare bourgeoise, etc…)

Cela me revient à l’esprit, parce qu’une position donnée implique la négation de sa contraire. Ici, si « l’usage de la force », comme on dit si bien dans les commissariats, est légitime, il en découle que la faiblesse et le désarmement, au sens d’être désarméEs, sont des attitudes ou des conditions à fuir avec horreur.

 

Ce qui est, étrangement, excessivement proche des conclusions du livre ci-dessus, qui se termine par le massacre des envahisseurEs désarméEs.

 

Il faut bien sûr repréciser une chose : les désarméEs ne sont pas des humainEs. Non plus que d’ailleurs touTEs celleux contre qui la violence est déclarée légitime, ce qui réalise instantanément le tour de magie de faire justement disparaître ladite violence en tant que telle. On ne frappe, on ne tue plus, on nettoie l’humanité de ses ennemiEs ou de ses lourdeurs.

 

Les désarméEs, les déracinéEs, comme les « bourgeoiSEs® » d’ailleurs (!), sont des bolosses, selon la sympathique terminologie qui se répand depuis quelques temps, et qui dit bien ce qu’elle veut dire. Les bolosses sont celleux qui ne savent pas se défendre, voire pas agresser, et qu’il est loisible, dans un monde de dureté institutionnalisée, de dépouiller et de détèriorer sans remords excessifs.

 

Et avec fondement politique, si ce n’est moral. Jean Raspail, en effet, partage avec l’auteur ci-dessus cité l’axiome que l’état de desarmement et de faiblesse est par nature hypocrite, trompeur, qu’il égare les aspirations encore une fois légitimes de celleux qui veulent, selon leur position de départ, avoir ou conserver, et que l’extermination de celleux qui présentent ce caractère est un acte recommandé autant qu’agréable. Ellils ne sont d’ailleurs pas vraiment humainEs, puisque représentantEs, portereuses même à un sens quasi médical, des abstraction honnies. Bref, le meurtre n’est ici pas vraiment un meurtre, etc.

 

Ce qui sous-tend tout ça, hormis la personnification des abstractions qui concentrent le néfaste, les méchants ismes, c’est le mépris infini pour la faiblesse. La haine. La peur pourrait-on dire même, et cela nous ramène à cet immense prurit de « phobies » en tous genres qui se cuisine désormais pour qu'on puisse se définir et se placer quelque part. Ce qui rassemble et facilite la haine, le « passage à l’acte, » dans tous les sens, c’est la faiblesse, cette qualité honteuse. Il ne faut pas être faible. Être faible c’est déjà être traître, incarner la gangrène. Ce que personne ne veut consentir à être, dans un monde où toute la valorisation colle aux manifestations existentielles qu’on définit comme viriles, qui le sont effectivement par accaparement, mais bien plus généralement celles d’une espèce de darwinisme social, où le devoir des vraiEs en tous genre est de savoir manier la domination, comme d’un outil, ces tristement fameux « outils » qui nous ont remplacéEs, squattéEs et zombifiéEs il y a déjà belle lurette. Ces outils qui véhiculent la logique, comme des instruments chirurgicaux les virus, que « la vie n’est pas tendre et donc, nous n’avons pas à l’être », comme disait encore récemment aimablement une camarade. Bref, que nous devons toujours nous identifier au pire et à ce qui détruit, sous peine de disqualification dans la course à la dureté et à l’impitoyable.

 

D’où une espèce de fouillis farouche, duquel il ressort cet étrange paradoxe de la faiblesse individuelle renversée en indice d’exaction sociale profonde. Difficile d’oublier que c’est ce qui colle, paradigmatique, aux JuiFves depuis quelques millénaires : la faiblesse comme tromperie et masque d’un complot universel. Et la personnification dans un groupe social du mal abstrait qui souvent y est adjointe (voir là encore Postone, supra). Mais on en voit des conséquences tout à fait impérvues, comme récemment l’assimilation aux USA des NoirEs… à l’élite – le vrai peuple, fier de son inculture crasse et de ses haines moisies, étant paraît-il Blanc et teapartiste.

 

Eh bien oui, que dire ? On est des bolosses, vulnérables, inrompuEs à l’exercice de la haine et au mépris de la pensée, jetéEs sur les rivages les plus inhospitaliers. Vous vous demandez « de quel côté » on est. On est dessous.

 

Et résignéEs bien plus souvent qu’il ne paraît, par manque d’illusion sur les remèdes qui prolongent le mal. DésarméEs. Non-violentEs. Pas parce que nous n’aurions pas de colère, ou même de rage. Mais parce que nous savons que la culture de la force est précisément celle qui nous a menéEs où nous sommes, et nous y a laisséEs.

 

Oï weh !

 

 

 

La merle blanche déplumée

Repost 0
Published by
22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 13:48

 

 

cela ne nous (les lgbtetcetc.) réussit pas de vouloir "être comme les autres". Peut-être parce que les autres c'est irréductiblement nous, et qu'il y a là une aporie, un gap logique et un infarctus de la signification. En tous cas, les images, les icônes qui sortent sont de plus en plus "éléctroencéphalogramme plat".

Maintenant, c'est une "Marianne à moustaches", et attention, pas n'importe quelles moustaches, pas les tombantes de "mon beauf" ni d'Astérix par exemple, éminemment gerbatives, mais celles en guidon de vélo de Guillaume II ! Je renonce à aller quérir une once de raison là-dedans.

De ces autres, ou de ces "non autres", d'hétérolande quoi, nous aurons finalement cherché à importer prioritairement la reproduction, le mariage et le ridicule. Les trois vont dramatiquement bien ensemble.

 

 

Repost 0
Published by
21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 10:41

 

 

Mater natura. Ce n’est pas un des films du top seize des productions trans, mais finalement c’est un des plus agréables que j’aie vu. Il est raisonnablement caricatural dans ses figures, exactement comme nous, mais surtout il se termine bien ! Vraiment bien, avec espoir. Et ça c’est pas souvent. On y échappe à l’amour réalisé, le couple heureux ou que sais-je, qui il faut bien le dire me laisse toujours un petit goût dans la bouche à la fin de Better than chocolate, mon autre film « positif » recommandé en sale période. Et qui sent déjà le sépulcre.

Eh ben non, ça se termine pas en couples ni en touches-pipi stylisés, mais à la cambrousse, dans une région d’Italie que je ne connais pas, ou une maman trans, une vieille de la vieille qui en a vu et avalé, a eu la lumineuse idée d’aller s’installer ; et invite les copines esquintées à venir fuir Rome et modernlande. Et biolande, accessoirement, puisqu’on s’y retrouve entre trans.

 

Évidemment, suivez mon regard. Ce n’est pas par hasard que j’aime cette fin, moi la trans rurale à la ramasse, qui a toujours eu des idées derrière la tête, qu’elle aurait d’ailleurs mieux fait de faire passer avant la course à la militance et la loyauté envers des bio hypocrites et mauvaises (oui, ce soir j’ai envie de cracher un peu ma rancune envers les bio en tant que telles).

 

Ce qui est remarquable, c’est qu’à aucun moment dans le déroulé on n’a l’impression que la doyenne a une espèce d’idée genre « autonomie politique rurale » ou autre machin qui nécessite de voir les gentes, à commencer par soi, comme des quilles utilitaires. On sent qu’elle pense à elle ; et que parce qu’elle pense à elle, elle se montre capable de réellement penser aux autres, en tant que personnes.

Par ailleurs, qu’elle a compris que, sans base matérielle, sans continuité, sans terre même, les personnes ne sont rien, moins que rien, implosent.

 

Nous sommes devenues radicalement incapables de songer à nous, dans un égoïsme et une dignité qui pourraient partager. Le chacunE pour soi qui a tristement remplacé le souci de soi-même s’est tout simplement et logiquement mué en sauve qui peut. Nous sommes dissoutes dans un tel bac de culpabilité, de haine de soi, de soucis externalisés et formatés, qu’on y retrouverait même pas nos yeux qui flottent.

 

Bref, Mater Natura nous présente – allez, je l’ose – une bonne alternative. Celle de gagner un terrain, en en abandonnant un autre, un très moche où nous ne pouvons que dépérir.

 

 

La merle blanche

 

 

PS : Tout le monde cause en ce moment de "Tomboy". Je ne suis pas arrivée pour le moment à m'en faire une idée précise, mais si il donne autant envie de vivre que La naissance des pieuvres, z'avez intérêt à vous gaver d'antidépresseurs avant d'aller le voir...

C'est dingue à quel point l'autodestruction par la glaucité a gagné ces dernières années la filmographie lesbienne...

 

 


 

 


Repost 0
Published by
18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 11:05


 

 

« Au poil. Cassez vous ! Les clients comme vous c’est le baiser de la mort »

Lana Lee, in La conjuration des imbéciles, de J.K. Toole

 

 

 

Nez vide amant, comme disait quelqu’un que je n’ose même pas citer, dès lors que la subsistance du travail sexuel en France est redevenue une question, on voit arriver tous les faisans de l’élevage médiatique en quête de quelques grains de notoriété en plus. Celleux qui ne peuvent vraiment pas s’empêcher de vagir dès qu’on leur retire la mentonnière. Et qui croient qu’afficher une bien hilarante position « pro-putes » va leur valoir réputation d’intégrité rebelle et peut-être même passes gratuites, pendant qu’on y est.

 

J’ai presque envie, là, de dire ceux-là, pasqu’à cette heure c’est pour ainsi dire que des mecs. Et du lourd. Donc, dans la famille le baiser de la mort, Pascal Bruckner, qu’être réac au mauvais sens du terme, celui de la sauvegarde des petites et grandes économies, ne protège pas du tout de la banalité ni de la bêtise. Lequel s’en prend - comme c’est profond, original - au moralisme qui nous mettrait en péril. On sait pas très bien qui est nous, lui ou, justement, nous, les tapins. Mais ce que le père Bruckner n’a pas bien vu, dans sa myopie exercée, c’est qu’il n’y a justement plus aucune position qualifiable de morale en jeu ni en lice ! Et même que c’est un sacré élément du désastre contemporain.

 

Plût au ciel qu’on se battît à coups de vrais principes, de ceux qu’on argumentait avec un St Thomas d’Aquin ou même encore bien plus tard, alors que l’utilitarisme, la courte vue et les cités idéales pondaient déjà leurs œufs d’exploitation et de réduction aux quatre coins de la planète ! Ça serait sanglant, si j’ose dire, mais ça serait intéressant. Un vrai principe à la fois englobe, mais aussi détaille. Il ne se réduit pas à une assertion massive supposée plaire à une majorité peu exigeante. Un vrai principe est, j’ose le dire, discutable par essence. S’il ne l’est pas ce n’est pas un principe, c’est une trique ou une imposture qui se la pète.

(Discutable, évidemment, pas au sens biaisé et disqualifiant qu’on lui donne désormais, précisément parce que l’époque n’est plus du tout à la discussion. Discutable au sens où on peut comprendre, saisir les éléments, les confuter.)

 

Non, là, ce ne sont plus au fond que des calculs qu’on rentre dans la « machine sociale » perçue comme un ordinateur géant. En vue de quelque résultat. Car voilà ce qui stérilise la pensée politique et autre : on ne part plus de rien, ni de réalités, ni de suppositions, ni même de vérités (puisque la vérité n’est plus censée exister). On veut arriver. Arriver au bonheur obligatoire, à un monde sans contradictions, sans risques et sans périls, e autre chabreloches tantôt guerrières, tantôt électorales. Arrivisme général, pourrait-on dire. Et qui est si concentré qu’il fait cliqueter les détecteurs à fond la caisse, qu’on s’approche des prohis, ou des défenseurs du bon vieil ordre sentimentiel des choses – et des gentes. Ce n’est pas « même combat », ça non, c’est clair. Mais c’est même conception du monde. On vise ce qui paraît et est scellé comme incontestablement le bien, on calcule comment, on enfourne tout ça de gré ou de force.

Historiquement, ça donne souvent de tous autres résultats même que ceux escomptés. Mais comme ni les buts ni les moyens ne sont susceptibles d’examen, eh bien on recommence, jusqu’à ce qu’on y arrive, qu’on échoue dramatiquement, ou qu’on passe à une autre urgence.

 

Bref, de tous les côtés, c’est le baiser de la mort qui clapote. Mais nous on est vivantEs, enfin un peu, encore, j’espère. On est réelles. MaintEs clientEs qui n’écrivent pas dans le Nouvel Obs aussi. Je n’hésite pas à le dire, nous sommes une des vérités, patentes et tangibles, dont on a peur désormais de partir. Peur n’est d’ailleurs peut-être pas le mot juste ; je soupçonne de la roublardise, pour tout dire. On sait très bien qu’il y a du vrai et du réel quelque part, mais que ce soit dans l’armada prohi ou bien dans la potentielle armada quoi déjà… mon dieu, comment est-ce qu’y vont se définir ?... ça fait peur… passons ! – eh bien chez les deux, on est bien décidé à nous ignorer superbement. On est de la viande, sensible, on ficherait la machine à calculer en l’air si on entrait dedans. On ne peut plus y entrer que tranfiguréEs en données rachetables, insérables, en futures producteurices de valeur admissible, taxée et tolérable ! Ou en symboles de l’ordre éternel, c’est selon. Mais numériséEs, atomiséEs, comme dans les cauchemars de K.Dick !

 

Eh ben queud’ch, messieurs et mesdames les missionnaires prohi comme les faisans fraîchement reteints « pro-putes ». On ne vous servira pas de chair à canons ni à réformes. On n’entrera ni dans vos raisons, ni dans vos calculs. Précisément peut-être parce qu’ils n’ont rien de moral, d’humain même, et que c’est un vilain mensonge que de les présenter ainsi ! Comme c’est mensonge aussi de dire que les clientEs ou l’exploitation sont les « cibles », alors que c’est notre peau que vous voulez, nous que vous désirez faire disparaître (ou asservir), mais vous osez plus le dire. Et, qui sait, même plus le penser ! Macache. On va continuer à vivre - c’est une demi-morte qui vous le dit, gare ! Et peut-être même on va ramener un élément de réflexion réellement morale, comme un peu d’honnêteté intellectuelle, dans ce monde de brutes !

 

 

Plume, la merle blanche

 

 

Repost 0
Published by
16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 14:58


 

Le couloir. Dans la famille des pièces horribles de l’habitation humaine, de comment nous nous habitons ou bien de comment nous ne pouvons justement nous habiter, on a beaucoup causé, moi la première, du placard. Mais du couloir ?

 

Cela fait un an que je suis dans le couloir. Couloir matériel et moral. Le couloir n’a pas de fenêtre, le couloir est sans lumière, le couloir est hideux, on entend les autres beugler ou ricaner autour. Le couloir n’ouvre que sur la mort, s’il se peut ouvrir. Il faudrait un ouvre-boîte énorme, surnaturel pour nous (oui, nous, je suis loin d’être la seule dans un couloir) sortir de là !

Le couloir n’est pas hors du temps ; au contraire, il est en surpression de temps concentré qui vous suce et vous  broie. Combien d’années ai-je déjà « pris », donc perdu, dans le couloir ? Cinq, dix ?

 

Ce matin, j’ai craqué ; crise de larmes en plein marché de Brioude. J’y suis connue, très, à ma manière. Mais je n’ai personne à qui parler ici. Et encore moins à qui faire confiance. On me respectait du temps que j’étais et donc paraissais forte. Personne n’aurait osé regarder de travers la trans de Neyrolles, oulà. Á présent, misérable l-trans à la rue, et comme telle fameuse, je sens la commisération qui se teinte d’agressivité lâche. J’entends les griffes pousser. On me demande « si ça va » (ben non c…sse, tu vois bien que ça va pas, si je chiale recroquevillée sur un banc de la Place Lafayette – les gentes, des fois…), je réponds presque muette « voui, voui ». J’ai juste envie qu’on fasse semblant de ne me pas voir. Qui pourrait de toute façon intervenir, et pour quoi, dans ce couloir que je promène aux quatre coins de l’arrondissement ? La honte ; dans ma maison au milieu des prés je pouvais bien hurler de douleur sans enquiquiner personne.

 

Et, comme pour le placard, on a honte d’être, de rester dans le couloir. Dans ce cul de sac. Et de pas faire ce qu’on devrait faire, eh ! Alors on s’agite encore plus, on se désarticule et on se déséspère. Je passe ainsi mon temps à me haïr de n’avoir pas réalisé, d’avoir moi-même détruit ce que je promeus depuis des années, autonomie rurale, retrait de ce monde, création d’une base de vie. Responsabilité écrasante en cette époque de dépossession et de dépendance généralisée.

De me détester quand je vois toutes les copines en galère morale et matérielle que je pourrais aider, directement ou indirectement, si je ne m’étais pas moi-même foutue à la rue.

Et même, je me tanne de ne pas écrire tout ce que je m’étais promis – que dis-je, assigné d’écrire, parce que je ne le lis nulle part.

Trop nulle je vous dis.

 

Je me suis moi-même enfermée dans le couloir, aidée il est vrai par toute la pression morale et matérielle d’une époque de misère, de milieux hypocrites. Mais je les savais bien tels, cette époque, ce milieu, nom de la d…sse ! Alors, comment, pourquoi ai-je pu moi-même me mettre en danger, en ce temps où la moindre erreur de calcul vous pousse à jamais dans le fossé social ?

 

Et voilà, selon la bonne vieille culpabilité intériorisée, cultivée, c’est tout de ma faute. Il fallait être à la hauteur de ce monde, si on ne voulait pas être à sa bassesse. Entre les deux, zone de mort.

 

Le couloir est le lieu où se concentre toute la haine possible envers soi-même. Comme le placard. Mais le placard a une porte, une espèce de direction. Le couloir, aussi étonnant que cela puisse paraître, ne mène nulle part, si ce n’est encore une fois à l’anéantissement de la personne.

 

Bon dimanche

 

 

La rurale à la rue

 

 


 

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines