Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 20:53

 

 

Ce qu’il y a d’embêtant avec les films sérieux, c’est qu’ils doivent fréquemment décrire, illustrer, paraphraser nos vies, dont un des principaux caractères est d’être raisonnablement caricaturales et souvent un peu misérables. C’est pourquoi des fois un film volontairement grotesque paraît moins lourdingue qu’un film soucieux et tatillon. Lourdingue n’est d’ailleurs pas le mot juste. C’est plutôt qu’à force de coller à des réalités répétitives, prévisibles, angoissées et tristes, qui sont les réalités de l’énorme majorité de nos existences, eh ben on a des espèces de gommes qui nous enserrent, et où se mêlent en bandes la violence, la glaucité, le manque de présent comme d’avenir, la peur, les politesses sans estime, les poncifs et les normes. Et il n’y a rien à dire ! La réussite consiste à condenser ainsi nos vies, nos vies sans enseignement et sans espoir, en une heure et demie.

 

C’est nantie de cette appréhension que j’ai traîné tout ce que j’ai pu des camarades du Planning de ma sous-préfecture à la projection, au cinéma local, de Tomboy. J’avoue que je comptais sur leur pragmatisme et surtout leur solide optimisme pour faire face en bloc à un film de la réalisatrice de Naissance des pieuvres, dont je me rappelle comme une œuvre particulièrement désespérante, non pas qu’elle fût mal faite, mais parce que je trouve qu’elle donnait simplement envie de se pendre si on se trouve être une jeune lesbienne bio (je cause même pas des trans pour qui on a fait et refait des pellicules qui rivalisent de sordide et d’épouvantable).

 

En fait, ce fut beaucoup moins pire que ce que je craignais. Ça m’a un petit peu fait penser à XXY, qui a eu tant de succès il y a quelques années, et ce entre autres parce qu'y était épargné au personnage principal ce qu'on craint, ce à quoi on s'attend ordinairement en de pareils cas, et que la plupart des cinéastes nous servent avec une sadique béatitude ! Ouf. Mais ça montre un peu où on en est dans la vision, que dis-je, le bilan de nous-mêmes et de nos identités, de nos survies : quand on est juste humiliées, apeurées, coincées, défaites ; quand on n’est pas violées, découpées en morceaux, aveuglées, séquestrées, internées, suicidées - c’est la joie et la bonne humeur ! On s’en tire bien !

 

Ben zut alors… Moi je vous dis, plus ma vie sombre dans la m… moins je me fais à cette glaucité réglementaire. J’ai envie de films heureux, drôles surtout, où ne pas se prendre au sérieux n’entraîne pas de désastres, et qui se terminent sur une note d’espoir. Ou dans un endroit chouette, comme Mater natura, ou Better than chocolate.

 

Alors voilà, finalement je sais pas si j’ai aimé ou pas aimé. J’ai été soulagée, que ça soit pas pire. Ça m’a aussi fait bouger des choses assez profond, qui concernent mon histoire, et aussi celles de personnes qui m’ont été ou me sont proches. C’est sûr, et c’est le mérite de ce film plein d’allusions : il parle. Il nous parle, parce que nos vies, au milieu du capharnaüm, au milieu surtout de l’obsession d’un monde genré à mort, eh bien ont beaucoup de passages semblables. Détordre un monde aussi tordu, ça donne pas des formes simples. C’est un peu l’enseignement qu’on en tirait, en discutant après sur la place du marché nocturne.

 

Frappée aussi (je ne vois pas si souvent de films) par le cadre, le même que celui de Naissance, ces espèces de conglomérats urbains classe moyenne appauvrie. C’est sûr que c’est représentatif de l’époque. Mais moi ça me fait flipper. C’est presque le cadre que j’imaginerais à un film d’horreur (je refuse obstinément, depuis toujours, de voir des films d’horreur). Ces couloirs, ces portes blindées, ces visages défaits de nanas enfamillées, ces faux bois et ces piscines… Pour moi, il y a là une sacrée intensité d’angoisse rien que dans l’environnement. Et là encore, ça ne renvoie pas à une utopie négative ; non, c’est la vie de beaucoup d’entre nous, et même qui peuvent se penser encore relativement favoriséEs.

 

Au secours, on est mal, et là ce n'est plus seulement une question d’identité de genre !

 

 

La merle blanche sans nid.

 


Repost 0
Published by
8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 22:24


 

Avant-propos ; je ne sais vraiment pas si en fin de compte je devrais écrire une ode au Xanax®, autrement nommé Alprazolam (tout aussi®), comme je le désirais il y a un an ou deux. Ou bien au contraire maudire sa capacité à me faire avaler par moments le fleuve de crotte et de vomi dans lequel je me suis précipitée. C’est un sacré dilemme. Ces petits cachets roses aident à me maintenir en vie ; mais quelle vie ?

 

 

« Quand on a tout perdu, quand il n’y a plus d’espoir

La vie est un opprobe, et la mort un devoir »

 

C’est bien la première fois que je vous aurai cité un couplet du Patriarche des Imbéciles, ainsi que le qualifiait mon vieux maître – patriarcat auquel j’ajouterai, entre maints autres qu’il collectionna, celui de la misogynie rationaliste. C’est donc Voltaire, dans Mérope. Bon, vous me direz que n’importe qui à peu près aurait pu sortir tel adage. En effet, la tragédie française du dix-huitième se signala par sa pauvreté, tant verbale qu’intellectuelle. Mais bon, voilà, c’est lui qui l’a écrit, ou bien dont on s’est souvenu.

 

L’opprobe. L’opprobe est une des formes, des hypostases aurais-je envie de dire, de la honte. Cette fameuse honte que j’évoquais une première fois, sans doute, il y a quinze ans dans une affiche de bien avisée rupture avec le milieu alterno où je retombai quelques années plus tard. Depuis, je n’ai jamais cessé de rêver d’écrire une monographie de la honte. Et je n’ai pas cessé d’en approfondir ma connaissance, jusqu’à cette connaissance qui se détruit elle-même dont je causais, là, bien plus récemment. J’ai toujours été une voyageuse de la honte. Je suis née avec, j’ai fait sa connaissance au cours de mon enfance. Je me suis blindée contre, quitte à abandonner des morceaux de moi-même. Puis j’ai découvert qu’on en pouvait faire une arme. Pas « faire honte aux autres », non, non, ça c’est comment dire facile, et trop se compromettre avec les puissances qui hantent notre époque. Non, faire une arme de sa honte à soi, la tourner vers d’où elle tire sa virulence. C’est pour cela que j’écrivais dans la dite affiche, adressée aux « gentes z’heureuXses » : la peur, la honte, la tristesse, trois énormes grisailles qui, selon mon vœu d’alors, devaient se mettre en embuscade sur la charmante promenades des chefferresses, fonctionnaires et autres charismatiques du milieu.

Mais voilà, je ne savais pas encore que les puissances que l’on invoque ne travaillent pas gratuitement, non plus que les putes et les mercenaires.

 

L’opprobe. Et qui plus est l’opprobe ridicule. S’être coulée soi-même, bêtement matériellement, immobilièrement, de la plus risible manière. Á la rue. Il est bon de relire le vers : la vie est un opprobe. On n’a pas honte, on est honte. Et on est honte, et plus que ça, parce qu’on n’a plus cette possession tout à fait matérielle d’un toit, et d’un toit digne et indépendant, si pauvrounet paraisse-t’il. Cette indépendance qui fonde la personne et la liberté, quoi qu’en puisse ânonner celleux qui feignent de croire que la personne, pardon l’individuE, est en elle-même, nourrie de discontinuités et d’électrocutions. Qui n’a pas n’est pas. Ce vieux proverbe italien est parfaitement incontestable.

 

L’oppobe, la honte, c’est l’absence dans les ténèbres. Où qu’on porte ce qui nous reste de membres, il n’y a rien, un rien visqueux, gluant. Un rien qui est la décomposition accélérée de tout ce qu’on a quand même vécu, vécu justement contre la honte. Cette honte d’être, ou plutôt de ne pas être. La honte est la plus sale négation qui soit. Et, comme tous ces fameux outils que nous affectionnons tant, elle croît à nos dépens, devient principe et finit par nous avaler toutes crues.

 

Quand la vie est un opprobe, entièrement, constitutivement, la mort apparaît dès lors non pas comme un remède, encore moins comme une issue. De remède ni d’issue il n’y a à la honte, quand elle s’est retournée contre vous comme une chienne enragée et vous a bouffée. Non, ça devient juste un devoir. Un devoir n’amène rien, ne rend rien, n’ouvre rien. Il lave juste – en l’occurrence ici votre cadavre – de l’opprobe. Et encore…

 

Je me pose aussi des fois l’oiseuse question, de savoir si notre passion à vivre, fut-ce, comme l’évoquait pour autre chose d’assez proche ma patronne Valérie Solanas, dans un océan de vomi et de déchéance, ne favorise pas l’indignité et les diverses tyrannies. Quand je me dis que les humainEs, dont je suis indubitablement, survivent dans des conditions de souffrance et d’oppression qui font crever tous les autres animaLEs (à part les poux), ainsi que le remarque Chalamov (V.T.), je me demande si c’est un bien ou un mal. Et, si nous étions moins résistantEs, ou plus soucieuXses de notre honneur, bref si nous mourrions plus vite, si alors nous ne pourrions pas moins nous torturer les unEs les autres…

 

Je ne suis évidemment pas en mesure de me lancer dans cette monographie qui me faisait saliver d’avance. J’ai trop attendu, trop couru après des imbéciles et des imbécilités, me voilà au fond du trou, avec tout ce que j’avais à faire, qui n’en sortira sans doute pas plus que moi.

 

Mais, dans ce trou, j’essayais de continuer à lire l’Homme et le divin, de Maria Zambrano. Laquelle me semble vraiment une penseuse mal connue de tout premier ordre. Une vraie intellectuelle (c'est-à-dire pas une chiure d’université, pardonnez moi du terme). Henriette Bart, une chroniqueuse contemporaine, évoquait les trois « incandescences » qu’elle formait avec Simone Weil et Cristina Campo. Je dois avouer que l’image me semble assez justifiée, surtout quand je fais la comparaison mentale avec un passage éminemment débile d’Eric Macé (in Les féministes et le garçon arabe), que j’avais épinglé au passage de mon ultime pathétique tentative de faire du politiquement correct, dans les Poupées en pantalon, alors que j’étais déjà torpillée par la haine baveuse de quelques « féministes indigènes » ; il fallait bien que je fusse payée de ma loyale imbécilité. Passage où il évoquait avec force trémolos une espèce de trinité d’ectoplasmes statutaires et réclamatifs, qu’il qualifiait aussi d’incandescente, et que je tiens, de mon côté, pour dégénérée.

Mais je me sens mieux à l’aise avec une telle qualification pour ce trio de nanas, souvent rebelles aux catégories comme aux facultés, qui vécurent d’une intransigeance qui pouvait partir un peu n’importe où, mais gardait son principe intact et inentamé. Jusques à la mort. Elles ont longuement brûlé, comme la très grande Marina Tsvétaeva, laquelle « vivait dans le feu », ainsi que la salamandre.

 

Voilà donc ce que j’ai lu aujourd’hui, dans le livre de Zambrano, au sujet d’une autre passion, un péché mortel celui-là :

 

« Il existe des maux sacrés, des maux très anciens qui accablent le corps humain. La lèpre, l’épilepsie, et quelques autres que la médecine scientifique n’a toujours pas réussi à réduire au concept de maladie, en les soustrayant à ce territoire où l’âme humaine éprouve la malédiction, le stigmate.[…] Le stigmate semble être parfois la trace, l’effigie d’un objet lointain et aimé qui est venu laisser son empreinte, comme un gage certain de ressemblance, dans l’être où il s’est manifesté, lequel en reste soustrait au commun des mortels. Les maux sacrés sont des stigmates, parce qu’ils désignent et mettent à part l’être qu’ils ont marqué.

[…]

Pareilles maladies semblent avoir leur réplique dans la vie morale. On peut les reconnaître à divers aspects. Le premier semble être celui du respect qu’elles inspirent, respect qui trace autour d’elles un cercle de silence. Ce vide est le premier mode d’une épreuve exaspérante pour qui la subit. Car elle n’est pas vécue comme une simple épreuve, mais comme une condamnation.

L’envie appartient, sans doute, à cette catégorie de maux. Un cercle de silence s’instaure toujours autour d’elle quand elle apparaît. Elle impose le respect, marque de son empreinte et, comme aucun autre mal, elle éloigne et isole celui qui en souffre. Ce n’est pas exactement une passion et même l’idée de péché semble laisser échapper quelque chose de son essence, car l’avarice ou la colère sont aussi un péché et ils n’apparaissent ni comme des stigmates, ni sous aucune autre des multiples manifestations qui désignent les maux sacrés que, pour le moment, nous circonscrivons dans ce vide, dans ce lourd silence qui se fait atour d’eux. Et le premier effet du sacré, c’est de rendre muets ceux qui le contemplent.

Même si ce mutisme et ce silence ne sont peut-être pas la première réaction qui fut celle des hommes, mais seulement une manière de se défendre contre quelque chose de sacré, quelque chose qui fait craindre ou espérer la contagion ; la contagion, la contamination que le sacré répand dans le monde. En vertu de quoi, tel serait le premier aspect qu’il faudrait retenir pour caractériser ces maux sacrés : le pouvoir contagieux, face auquel, dans certaines situations, la conscience humaine, le savoir ou l’expérience dressent ce mur de silence et de respect.

[…]

Ce type de contagion prend la forme capricieuse et arbitraire, la forme informe propre à ce qui n’est pas et ne peut sans doute pas « être » : les formes multiples, infinies sous lesquelles se présente la destruction. Tous les maux sacrés, physiques et moraux, apparaissent non sous une forme, une configuration propre, mais comme quelque chose d’insaisissable, de fuyant et sans définition. C’est peut-être ce qui fonde l’une de leurs analogies avec les maladies corporelles, leur caractère irréductible à une forme et leur surprenante virulence. C’est la destruction, la destruction en marche qui ne produit aucune forme, multiple, forme fuyante, intolérable.

Illimitée, capable de se nourrir d’elle-même, la destruction est un processus interminable.

[…]

Quelques unes de ce qu’on appelle les passions, comme l’envie, détruisent l’être qui les subit et qui, en même temps, y puise son énergie. L’être consumé par l’envie y trouve son aliment. Une destruction qui s’alimente elle-même, telle semble être la définition première, originelle, de l’envie. »

 

 

Bien sûr, quand on cause de nos jours de « stigmate », c’est juste pour dire que ce n’est pas bien et qu’il n’en faut plus. Louable souhait, en effet, je peux vous le dire à plusieurs titres, ce n’est pas un bien. Ça peut même vous priver de tout bien. Mais est-ce qu’il suffit de le désigner comme une vilaine construction sociale dont les lumières de la politique et de la sociologie vont nous défaire, nous nettoyer, pour que ces ombres en nous disparaissent ? Euh… C’est croire l’analyse et la connaissance agissantes par elles-même, credo des éducationnistes et des performativistes, dont je ne suis résolument pas.

Le respect qu’évoque Zambrano me fait beaucoup gamberger. Il met en première ligne la distance et l’étrangéité, souvent dangereuses et mortelles, qui le fondent effectivement, mais que nous choisissons d’essayer d’oublier dans notre indigestion collective de la chose. Le respect n’est pas du tout de la considération, encore moins de la reconnaissance ; il est de la peur, de la peur de soi et de l’autre, on pourrait presque dire que ce n’est pas étonnant qu’il se soit tant répandu comme précepte de comportement dans une époque obsédée par les phobies, c'est-à-dire les peurs paniques et irrationnelles – même si le sens qu’on y donne, je le sais bien, est un résumé édulcorant, unifiant, de haines et de personnifications du mal abstrait.

Le respect actuel est l’indicateur du mal et de la fuite. De ce silence qui regarde le bout de ses chaussures. Qui condamne en ignorant.

 

Je ne suis pas d’accord en tout avec ce que dit Maria Zambrano de l’envie. Je crois par exemple qu’elle est le parfait péché. Et une passion, si ce n’est carrément une possession, antiphrase parce qu’il s’agit au contraire d’une double dépossession, celle de qui est dépossédé par le jeu des forces en présence, sans recours, et qui est encore plus dépossédé d’ellui-même par cette possession.

Le « sacré », pour Zambrano, est de même le caractère du confus, de ce fichu réel sans ordre auquel les humainEs ont été confrontéEs, ce réel idiot, impitoyable aussi dont parle mon vieux maître Rosset. Je ne sais pas si, en l’occurrence, je n’aurais pas envie d’y substituer, en notre état de fait, la notion d’inévitable, de conséquence, de némésis presque. Ces innombrables conséquences néfastes, plus ou moins contrôlables, dont nous désirerions tant rester indemnes, alors même que nous attisons le feu sous la chaudière du monde de désir et d’avidité, de haine des limites, que nous thuriférons tant. Ces conséquences dont nous n’arrivons évidemment pas à nous prémunir, puisque nous en servons les causes ; et que nous trouvons toujours bien commode d’attribuer aux méchantEs, inconscientEs et autres lapsi, quand ce n’est pas à des groupes sociaux tout entiers, personnifications du mal et candidats désignés à l’extermination.

 

Mais la question que je voulais aborder est celle de l’envie. Elle aussi je l’ai évoquée il y a une quinzaine d’années, au moment où j’ai commencé de vouloir comprendre. Je n’ai toujours pas compris, et j’ai fini dévorée. Mais une chose était sûre : l’envie n’était pas du côté de ce qui est. De ce qui se justifie. C’est ce qui en fait l’antithèse de la jalousie. La jalousie est infiniment positive, c’est un mode du désir, avoir ce que l’autre a, le lui chiper. L’envie n’a rien à voir avec ça. L’envie est négative. L’envie sourd de la faiblesse et de l’impuissance, dans un monde qui aime les fortes et les réalisées. On voudrait dissiper ça comme un mauvais rêve. Mais ce n’est pas un rêve, pas même un cauchemar, que ce monde darwinien au pire sens du terme. Alors se lève l’envie, sur ses nombreuses papattes. L’envie est un désir inversé, celui que ce monde qui vous rit au nez ne soit pas, ou soit en tous cas amputé de ce qui le rend si insupportable aux faibles et aux mal vivantes.

 

Comment ne pas aimer, avec honte certes, cette bête quelque peu « justicière », si on veut, malgré tout, même pleine de poils, de pattes et de zyeux. De zyeux surtout. L’envie est tout d’abord un regard, rien qu’un regard. Ce regard en dit long. L’envie est le retournement de la honte.

 

L’envie est la némésis du désir et des richesses. Des idéologies de croissance, d’intensité, de réalisation et d’accumulation. Plus antiprogressiste, antiéconomique, on ne peut guère. On ne peut sans doute pas non plus s’en débarrasser si on ne se débarrasse pas de ce qui nourrit ainsi tous ses premiers pas (après, c’est nous qui sommes sa nourriture).

 

Je suis cependant restée surprise par l’approche de Zambrano. Pour tout dire, l’envie n’est pas un sujet fréquent. Le seul livre que j’ai lu et qui lui soit consacré est une déjà un peu ancienne monographie d’un sociologue libéral nommé Schoeck, qui en brosse un portrait assez convaincant. Il insiste effectivement sur sa grande antériorité dans l’histoire des sentiments humains, mais, passionné justement par son libéralisme, il en fait une obsolescence préjudiciable au développement de la société nécessairement économique et accumulative. Il y a aussi l’approche d’un Weber, mais son nietzschéisme et le mépris y afférent me dégoûtent d’avance.

 

Or, pour Zambrano, il s’agit d’un « mal sacré ». Ce qui pour moi donne la main, par-dessus le gouffre, à la némésis, à cette espèce de « justice logique » qui fait que quand on veut tout et le contraire de tout, ou plutôt tout et encore plus sans inconvénients, ce qui est le cas d’à peu près toutes les options modernes, eh bien on a du pire. Cette poussée de ténèbres et de barbarie dont parlait feu Jaime Semprun à la fin de L’abîme se repeuple. Mais poussée aussi de conséquences inévitables. L’envie est conséquence inévitable des aspirations aux richesses, à l’intensité de vie, et aux concurrences qu’elles supposent. L’envie est, encore plus que le recours, la manifestation, la présence invincible et cependant toujours déjà vaincue de la faiblesse dans un monde qui adule la force ; et, j’ose le dire, le rappel que nous ne pouvons vivre ensemble dans ce monde fini sans en rabattre sérieusement. En cela, l’envie est le regard, à travers les personnes, de la réalité. Du rappel de ce dont nous disposons réellement. Mais aussi de ce que nous sommes.

 

Pff… J’y arrive pas. Tout ça n’est qu’un salmigondis de banalités dites et redites. Les chacalEs hululent au dehors. Je ne puis pas me contempler. Tout cela empêche tristement d’aller plus avant.

 

J’ignore, par exemple, si l’exotisation, qui est incontestablement une forme très présente d’existence morale et politique, peut relever de l’envie. D’une espèce d’envie à tiroirs, où on espère « monter en descendant », selon des maximes tordues mais compréhensibles. La course à l’autrification, la honte sociale, la transitude, la componction et la culpabilité sont elles des manifestations de l’envie ? Ça me paraît tout à fait possible mais je n’ai pas la force d’entrer dans ce travail.

 

 

 

La petite murène sans queue (si vous savez comment est faite une murène, vous comprendrez l’ampleur des dégâts).

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by
7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 21:34

 

 

Y a des jours, je vous jure, je suis tellement en rage que j’en redeviendrais presque queer ! Constructiviste, genriquement correcte, que sais-je encore. Ce qui est dire quand on me connaît.

 

Il y a quelques temps était paru dans le Monde Magazine un article modérément exotisant, incolore et inodore, sur la situation actuelle des personnes intersexe. Bon, j’ai survolé, ça cassait rien du tout, c’était à peu près consensuel, le Monde quoi, dans ses bons jours.

 

Et là, je lis une lettre indignée d’un endocrino hospitalier de Rennes, un monsieur de Kerdanet, qui répond tout à fait furibard à l’article, qu’il trouve malveillant parce que les injonctions des toubibs à normaliser les genres des gentes y sont évoquées. Il trouve ça, lui, très bien, tout à fait indiqué, justifié. Et de faire la comparaison… avec des mômes qui naissent avec une malformation cardiaque qu’on devine mortelle.  

 

La mauvaise foi dans toute sa splendeur, mais en fait peut-être pire, parce que je pense finalement qu’il croit réellement à la profonde justesse de ce qu’il dit. Il donne ainsi un exemple type et affirme t’il fréquent. C’est clair qu’une nana, promise, destinée à une féminité je suppose classique, dont la voix devient grave, dont les poils poussent, qui se virilise, c’est la mort. C’est la mort de ses rêves, à ce monsieur, de petites filles bien douces et roses, et de petits mecs bien gravos et hérissés. D’ailleurs il parle pas des mecs « en déficit » de testo, ça doit tellement l’affliger qu’il en devient aphone. Il lui faut intervenir, sinon c'est la fin du monde. Sans parler du "douloureux problème", que Dolto crache toujours depuis sa tombe, qui plane au dessus de sa prose et de sa pratique hospitalière.

Le plus sinistrement drôle, c'est qu'il affirme dans sa lettre que "la médecine a évolué"... alors même qu'il en fournit la contre-preuve évidente !

 

J’avoue, quand je lis ça, et quand je sais que ces mecs (et nanas) exercent, prescrivent, opèrent, suivent, eh ben je redeviens subitement une furie politiquement correcte et j’ai très envie de leur mettre ma main sur la figure, à défaut d’autre chose.

 

Bonierbale me faisait presque pitié, dans sa mégalomanie d’un ghetto trans dont elle détiendrait, elle et sa Sofect, les clés. Mais lui, je sais pas pourquoi, sans doute parce qu’en bonne mtf je suis stupidement misandre, j’ai juste envie de le baffer.

 

Hargne !

 

 

Plume

 

PS : hé hé, en plus je m'énerve pour des histoires qui sont pas les miennes, ce qui est éminemment politiquement correct comme attitude, hi hi !

 

 


Repost 0
Published by
5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 23:30


 

Marcher (parler, écrire, penser, baiser, transitionner…) dans les clous non plus.

 

(N’y a des gros camions !)

 

 

 

La girafe couic couiiiiic

 


 

Repost 0
Published by
5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 20:00


 

Encore le sujet d’un de ces textes que je n’aurai probablement plus la force d’écrire, dans mon micro-destin qui chute en vrille, mais le « là bas si j’y suis » (voir ce que j'en disais sur la page éponyme, ou bien dans Si vous en avez marre...), bref l’exotisation politico-existentielle, ne marche plus, elle galope, colle de plus en plus l’actualité, bientôt elle va parvenir à la dépasser, ce qui sera une performance et un mystère de l’histoire, au moins comparable à l’enfoncement de la vitesse de la lumière. Elle va peut-être arriver à provoquer l’évènement, ce qui, au fond, nous remettra au début des vieilles théories révolutionnaires. Enfin on fera quelque chose.

Et le tout à pinces, éventuellement en quatre roues. C'est l'exotisation qui galope, plus nous, les chevaux ont été remplacés par des moteurs y a déjà belle lurette. 

Mais surtout hors de soi, toujours plus hors de soi, ce soi haïssable et cul de plomb. Ce semble être un des plus angoissés enjeux contemporains, se fuir et s'oublier à n'importe quel prix, la vie au besoin. Cette vie devenue il est vrai si souvent pitoyable qu'on peut comprendre le calcul...

 

Hier déjà, il est vrai, on pouvait déjà être écrasée par un bulldozer (blindé ! tout est dans le blindé !) sur une plage de Ghaza. Maintenant on peut carrément aller s’y faire étrangler par une faction mécontente ! Un degré a été franchi – malheureusement il l’a été dans l’absurde.

Et, à peine la tragicomédie lybienne a-t’elle commencé, que des militantEs y sont déjà pour récolter des balles. Et pas la petite blessure qui fait juste la gloire, nan, du costaud et du définitif (ce qui est aussi facilité par les puissances de feu actuelles).

 

Rien à dire, la rapidité de réaction, qui est aussi celle des engins et méthodes de guerre modernes, a fichtrement évolué depuis l’époque où il fallait des semaines et des mois pour aller périr dans les forêts du Nicaragua, après de longs conciliabules et réflexions. Nous étions déjà des acteurEs, nous sommes désormais aussi des outils (de nous-mêmes !). Et les outils ne chôment pas. 

 

Mais l’avidité d’autre est toujours la même, toujours aussi exacerbée. Axiome : le salut est ailleurs, que ce soit socialement, genriquement, géographiquement… Accessoirement dans l’intensité et l’action, mais ça, ce n’est pas vraiment nouveau… (Fabrice à Waterloo !).

L'important est de participer.

 

En tous cas on n’est pas partiEs pour réapprendre à s’occuper de nos fesses. Et moi parmi tant d’autres, hélas.

 

 

 

La merle blanche

Repost 0
Published by
2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 11:47

 

 

Depuis quelques temps, en france mais pas que, il est de bon goût pour les autorités judiciaires de faire mine d'asticoter les pouvoirs politiques. Je voulais parler il y a déjà quelques mois de cette cendre aux yeux, où les mêmes qui vous envoient sans état d’âme crever en taule sous les vigoureux aplaudissements des citoyenNEs charognardEs et revanchardEs (lesquelLEs imaginent toujours que ça ne pourra jamais être leur tour de passer au tourniquet pénal), ces mêmes se refont, à l’occasion de querelles commencées à la caisse, une espèce de sympathie sociale. En espérant surtout y gagner du pouvoir (ce qui devient de plus en plus imaginable à mesure que des vautoures comme Eva Joly grimpent dans les sondages).

 

Ah, le jour où les juges gouverneront, on va encore mieux s’amuser. Bon, cela dit, ça changera pas grand’chose, puisque nous sommes déjà depuis bien longtemps dans un système obessionnellement judiciaire, celui de la vengeance torve et de la stigmatisation assumée.

 

Mais là j’ai fort rigolé très jaune, ce matin, en lisant qu’une cour européenne, je sais plus laquelle, avait condamné l’emprisonnement des étrangèrEs à l’Union qui n’ont pas le papier, le papier qu’il faut pour rester et vivre ici.

Fort bien.

Et de touTEs ces étrangèrEs, qu’est-ce qu’on va en faire, alors ? Les libérer ? Que nenni, que nenni ! Y en a bien trop déjà, ellils sont vraiment pas assez « assimilables » (autre aspect du cannibalisme contemporain, l’assimilation de l’autre…), et les sondages unanimes prédisent la morsure de la poussière électorale à qui osera causer de régularisation, sans même aller jusqu’à l’ouverture des frontières. Pas question de partager, pas question de ne pas écouter le sentiment de « celleux qui se sentent plus chez elleux (ce qui me fait aussi bien rigoler, dans un monde de dépossession généralisée, où 90 pour cent de la population vit entassée de diverses manière, dépendante et absolument pas « chez elle », à moins de considérer « chez soi » de tristes appartements loués, ou au mieux des lotissements où on ne peut même pas, de par le règlement, faire pousser des légumes dans son jardin !)

Ah il est beau et surtout illusoire, le « chez soi » de mes congénères.

 

Donc, qu’est-ce qu’on va en faire ? Eh ben on va les libérer de prison, hein, puisque les chatTEs fourréEs en toque et robe d’hermine l’ont injoncté. Et on va les faire monter dans des fourgons. Direction les centres de rétention. Eh oui, les centres de rétention c’est pas des prisons. Il faut pas mal d’estomac pour arriver à prétendre ça mais d’estomac nous ne manquons pas.

 

On peut même prévoir une croissance solide de ces centres dans les temps à venir si la décision de justice ci-dessus évoquée n’est pas contestée. De vrais camps, ça va nous faire. On en avait bien besoin, pour enfin ressembler à quelque chose ! De vrais camps, avec de vraiEs gardes, peut-être même de vraiEs mercenaires (pardon, employéEs de sociétés de sécurité). Trop classe. De vrais camps où les étrangèrEs, confrontéEs à des délais de « rétention » qui seront vraisembablement de plus en plus longs, pourront goûter la liberté de ne pas être en prison.

 

( Et si vraiment ça fait encore trop, eh bien on les foutra à la mer, comme le souhaitait il y a peu une de nos secrétaires d'état. Ou, à peu de détails près, ce matin aussi, la très sympathique Ségolène Royal.)

 

De qui se fout-on ? D’elleux, évidemment, au premier chef. Ni vous ni moi n’irons, sauf bouleversement profond, en camp de rétention.

 

Ce qui montre quand même bien à quel point le judiciaire c’est l’imposture et la vérole, une des plus tartes véroles de notre temps. C’est marrant quand même. Un certain La Fontaine recommandait déjà, il y a près de quatre siècles, de laisser entrer dans nos vies le moins possible « les princes et les juges ». Il en voyait déjà le bilan de dépossession toujours plus avancée duquel on allait payer un petit avantage ou une petite, très petite, vengeance pas assumée comme telle. La société d’alors était déjà excessivement processive, pourtant. Il suffit de lire les mémoires du temps pour voir une activité judiciaire apoplectique, déjà mêlée au politique d’ailleurs.

Quatre siècles après, nous sommes je crois en plein en train d’entrer dans un contrôle social et judiciaire à peu près total, que, en outre, nous aurons nous-même pétitionné. Des fois qu’il nous manque un droit, eh (plus question de s’autoriser soi-même) ; des fois qu’une incivilité ou un méchant crime pourrait rester impuni. Puisqu’il ne reste que la trique pour essayer de réprimer nos désirs illimités, et que le distributeur pour nous octroyer des possibilités de vie. Le tout sous la garde vigilante de l’argent – ah, lui, pas touche. Hors de question et du jeu. Evaluateur final de nos valeurs et de nos destinées.

 

Et voilà. On se fiche en premier lieu des plus faibles, comme toujours. Mais nous avons aussi la main et même l’avant-bras dans la machine. Avec notre consentement radieux.

 

 

Joyeuses Pâques !

 

 

La petite murène

 


Repost 0
Published by
29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 15:43

 

 

Ce qui m’amusait, m’énervait, me réveillait, dans les grandes et moins grandes affirmations de ce temps et de ses équipièrEs, du temps que j’étais vivante, une personne quoi, c’est leur caractère d’antiphrase. Leur capacité, pour ne pas dire leur obstination, à proférer exactement le contraire de la réalité, cette réalité à laquelle, mais oui, je pense que nous avons accès, n’en déplaise aux relativistes de toutes obédiences.

 

Mais voilà, le gisement en est inépuisable, et souvent nous ignorons toute notre vie, bienheureusement d’ailleurs, que telle expression dont nous usons avec abondance et sérieux est juste une négation d’elle-même et donc de nous, une splendide occasion d’anéantissement. Malheur a nous si nous la saisissons…

 

Ainsi de la fameuse chute « libre », qui est à la fois une antiphrase et un oxymoron (ouh la drôle de bête). Il n’y a évidemment rien de libre dans la chute. C’est même la situation la plus enfermée, la plus écrasée, la plus assujettie qui soit. Plus aucune action sur soi, plus aucune décision possible : la pesanteur s’applique de manière absolue. La chute est l’antithèse de la liberté.

 

J’ai longtemps glosé sur la perte. Je me rends compte aujourd’hui qu’il y a un fonds sur lequel on ne doit à aucun prix perdre, et que ce fonds est précisément ce dont nous sommes le plus facilement expropriéEs en cette époque. En échange de babioles sans nombre, de gadgets, d’identités ; et de la chute. Si on peut appeler ça un échange.

 

Gardez-vous de la chute. On n’en revient pas. Ce n’est pas du saut à l’élastique.  

 

 

 

La girafe pouic pouic

 

 

Repost 0
Published by
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 20:56

 

 

En attendant de reprendre pour de bon la maîtrise effective de l'avortement, sans toubibs et sans délais !

 

Puisque, hélas, non, l'avortement n'est pas dépénalisé en france ; les lois successives sur l'ivg sont des lois restrictives de tolérance qui sont chapeautées d'un préambule pro-vie ; l'imposition de délais et de parcours obligatoire grève lourdement la priorité prétendument donnée au destin des nanas ; toute aide procurée hors délai et/ou hors milieu médical est susceptible de poursuites.

 

Eh bien quand même, ça fait plaisir que cette initiative contre la culpabilisation et la dramatisation :

 

http://blog.jevaisbienmerci.net/

 

(voir aussi ce site : /http://www.womenonwaves.org/)

 

...et MLAC again !


On sent bien, et ç'avait été clamé à l'époque, combien le gouvernement de 74 avait la panique de voir les nanas de plus en plus nombreuses maîtriser la méthode Karman, s'entraider sans honte, ne plus avoir besoin des institutions, ni de permission, ni d'aumône ; et combien ses successeurs ont soigneusement gardé la clef tout en "libéralisant" à la pépie...

 

Et - sans attendre - on se retrouve à se battre pour empêcher la fermeture de services d'orthogénie, de plus en plus de jeunes toubibs refusent de pratiquer les avortements, bref même l'espace bien réel de liberté ouvert par les lois se rétrécit comme peau de chagrin.

 

Se battre, refuser la fatalité, réapprendre, cesser de criminaliser les avortements tardifs. Pour l'extension à ses possibilités de la liberté d'avorter, et du choix de comment, de quand, d'où, d'avec qui.

 

Forcer une dépénalisation réelle et effective. Se donner les moyens d'en profiter.

 

Y a du boulot. Sur tous les fronts. Et ça commence effectivement par l'affirmation que ça le fait !!

 


 

 

La petite murène, pute, antisexe et pro-avortement (ce qui fait beaucoup, elle est la première à le savoir). 

 


 

 


 

 

Repost 0
Published by
24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 12:29


 

 

« Vous n’êtes qu’un thermomètre planté dans le derrière des Français pour mesurer leur degré de xénophobie »

Sophia Aram, commentatrice télévisuelle, à un de nos culbutos médiatiques favoris 

 

 

 

...quel est un des récents livres qui fut des plus vendus à la fin de l’hiver dans ce fichu pays ?

 

C’est la réédition d’un déjà vieux roman faiblement apocalyptique et parfaitement décomposé d’un certain Jean Raspail, paru pour la première fois il y a près de quarante ans, intitulé « Le camp des saints », et qui narre une espèce d’invasion désarmée du dit pays par une foule de gentes miséreuXses venuEs d’Inde sur des rafiots. D’un point de vue éminemment dégoûté, peureux et haineux. Du point de vue de ce peuple que le vieux Darien, qu’on bien tort d’oublier, vouait aux gémonies.

Mais qui, de nos jours, peut se vanter de n’en plus être ? Nous sommes tellement rancis, réclamantEs et aggrippéEs aux bénéfices en voie de tarissement, que cette ignoble posture nous concerne, nous peint touTEs…

 

Ça ne fait donc que confirmer le fond moral qui prévaut, et l’illusion qui consiste à renvoyer sur quelques gouvernantEs anxieuXses pour leur réélection ou sur une parti d’extrême-droite la source de la haine d’autrui, de la mesquinerie avare et de la guerre de touTEs contre touTEs, alors que ces caractères suintent des désirs morbides de la population, pour ne pas dire de ce peuple dont tout le monde prétend gratter les plantes de pied. Ce peuple de charognardEs qui hésite entre les juges et les managers, ne sachant pas trop où porter ses fantasmes. Ce peuple dont je fais tristement partie, dans une ornière, depuis que j’ai perdu mon indépendance par bêtise.

 

Ce qui me frappe dans ce bouquin, en outre, c’est que l’invasion décrite n’est pas armée. Que c’est justement sa faiblesse et sa misère qui lui donnent l’élan et le fondement. Et que ça marche. Et que le vieux catholique tradi Raspail se retrouve donc, avec ses congénères plus jeunes, à tranquillement piétiner toute la tradition chrétienne, en dénonçant et en vomissant la pauvreté, la faiblesse, l’abandon, et enfin pour tout dire le catholicisme – dont la traduction littérale du grec est « universel »… Le cantique, si je puis dire, des tradis, en ce moment, c’est un francisme exacerbé, le mépris de la pauvreté, une avidité littéralement calvinienne pour l’individualisme concurrentiel et pour la richesse, devenue sceau d’élection alors qu’elle est condamnée sans appel dans l’Évangile, ; et aussi une haine disqualifiante des musulmanEs qui ne ressemble plus du tout à un quelconque apostolat ni même à une lutte de foi(s). J’ai beau être souvent excédée par l’exotisme « déconstructeur » qui se colle comme un chewing gum à tout ce qui paraît « autre », là il n’y a pas photo. Il y a même, je dirais, quelque chose de démoniaque dans les propos tenus (voir un site comme perepiscopus par exemple) et leur bassesse larvaire, bavante.

 

Je dis ça, pasque ça me rend particulièrement furaxe ; mais ce n’est et de loin pas l’apanage des catholiques… La peur haineuse s’élève d’un peu partout. Tripale. Tripale mais également bien structurée par des siècles de dénonciation de l’abstrait, du méchant abstrait qui va dévorer le réel, et qui prend toujours la figure de l’autre… comme d’ailleurs du « capital » opposé au « travail » - ah, ce travail porté aux nues à la fois par les plus réacs et les progressistes. Ça ne vous titille pas l’oreille. Je vous renvoie à ce sujet aux textes de Postone et autres, parus sur Palim Psao, dans la rubrique « boucs émissaires ».

 

Je suis épouvantée de voir, au cours des années, et ce n’est pas un phénomène nouveau (voir les années 30…), les gentes qui pour une raison ou une autre en ont marre de la bien-pensance exotisante, déjà bien puante, basculer dans la tinette de dénonciation de l’autre « abstrait », et des plus misérables sophismes de vieille droite parano. Il y a une espèce de paresse ou de paralysie intellectuelle et morale qui attire vers les bas fonds. Qui sont déjà surpeuplés. « Avoir une position critique », si on tient à ce terme amplement galvaudé, ne consiste pas plus à « adorer ce qu’on a brûlé » qu’à croire à tout ce qui semble aller dans le sens de ce qu’on désire.

Cette paralysie est à la fois individuelle et collective. Combien de fois des gentes (je songe ici par exemple à Jacques Ellul, entre mille autres) qui se sont escriméEs toute leur vie à l’examen et à proférer des choses fort intéressantes, se mettent subitement, ou moins subitement, à répéter des mantras pourris depuis quatre siècles. Mais ça se retrouve dans le collectif, et avec en ce moment une force inouïe.

Actuellement, la paralysie morale précipite de plus en plus de gentes vers les rengaines et les évidences de droite et d’extrême-droite. Inutile de chercher d’autres termes pour moins fâcher. Il y a toujours finalement « trop de ». Le « bien commun », qui représente en général la tranquillité dans l’accumulation rampante et ignoble, doit être préféré à toute considération morale. L’utilitarisme le plus crasseux s’étend désormais d’un bout à l’autre l’échiquier politique.

 

Je lis un article de l’inévitable Monde sur « le retour des réacs ». Il semble que cette abrévation soit devenue depuis quelques années une nouvelle marque de fabrique. Je dois avouer que j’ai d’emblée bien rigolé quand j’ai vu écrit que « le plus cultivé d’entre elleux » serait… Éric Zemmour, humoriste de son état, bulle banale et nauséabonde parmi tant d’autres. Zemmour cultivé… On aura décidément tout lu, tout entendu.

Il ne suffit pas d’avoir lu Bagatelles pour un massacre dans les toilettes pour être cultivé. Il faut aussi être ne mesure de comprendre quelque chose. Rien qu’à lire les platitudes mesquines de ces gentes qui par exemple se parent de mon vieux maître Léon Bloy, ce dont il doit faire des loopings dans son caveau au Bourg La Reine, ça se voit qu’ellils sont misérablement incapables de le saisir.  

Chez les (ex ?) féministes, on voit une Zelensky à Riposte Laïque ! Ah c’est pas beau.

(Purée, il faudra un jour que j’écrive sur l’usage abusif que tout le monde, sans exception désormais, fait de ce mot, laïc, qui est un terme religieux catholique, rien de plus, rien de moins, pour désigner les membres de l’Église qui ne sont pas consacréEs. Et qui semble avoir été cambriolé avec les lieux de culte par les agnostiques militantEs de la fin du dix neuvième siècle. Pourquoi est-ce qu’ellils n’osent pas user d’autre mot ? ).

Mais bon, ça ne veut pas dire, parce qu’ellils sont probablement plutôt aussi incultes que la moyenne générale, que tout ça est inoffensif. Au contraire, vu la détestation généralement affichée envers le savoir et l’intellectualité. Il n’est pas indifférent que ç’a toujours été une rengaine dans les camps de travail et d’extermination, de quelle dénomination que se parent leurs créateurEs : purger la culture. Purger de la culture. Divers survivantEs ont attesté cette mâle et populaire déclaration. De partout on accuse la culture et le libre examen, crimes bourgeois® et élitistes®.

La déesse sait si je suis atterrée par la stérilité morale de mes petitEs camarades déconstructivistes, par le remplacement systématique de l’examen par le dogme et la peur (voir « Renouveau charismatique »). Il me paraît bien évident que ces « nouveaux réacs » sont nos frères et sœurs siamoiSEs dans le salmigondis de peur, de haine, de désir d’éradication et d’idéal justicier. SeulEs les têtes à couper changent (et encore, je crois qu’il y aurait consensus sur certainEs). L’illusion obsessionnelle de la justice terrestre aux cents yeux mène tout simplement à l’extermination réciproque et à la paranoïa normalisée. On le sait depuis longtemps mais semble-t’il on ne s’en lasse pas. Et ouvre par là des « boulevards » à tout ce qu’on prétend combattre, en adoptant sa logique.  

N’empêche, là ça bascule sérieux du côté de ces prétenduEs réacQUEs qui ne réagissent à rien, à part à leur assurance retraite. Et au voisin qui fait des barbecues.

 

Mais bon, si ces gentes là continuent à tournicoter sur le petit baromètre à personnages de la faveur publique, ça en dit tout simplement long sur ledit public, ce fameux peuple que tout le monde revendique, adore et à qui on gratte les plantes de pied. C’est un peuple de charognardEs, revanchard, soupçonneux. Un peuple qui ne rêve que guerre sourde, torve, de touTEs contre touTEs, de safety et de spoliation légale. C’est nous, coucou !  

 

Comme écrivait mon vieux maître, « à chaque fois que la république change de chemise, c’est pour en mettre une plus m….euse ». Là, ce n’est pas que « la république ». C’est tout simplement que nous sommes en train de glisser d’un monde déjà bien crade dans un monde encore plus ignoble. Ridicule et odieux. Et, je suis triste de le dire, que nous avons tout fait pour arriver à ce résultat, en laissant nos vies devenir toujours plus dépendantes et indignes. Toujours plus réclamatoires de béquilles et de « droits », de nettoyages et d’éradications. Toujours plus soucieuses d’être « du bon côté » et de ne jamais se tromper. Toujours plus sécurisées avec cependant - impossibilité dirimante - toujours moins de limites. Nous avons stérilisé, ensalé notre propre champ de vie. Eh bien voilà. Les créatures qui vivent d’autant plus aisément que la liberté recule au profit d’un confort problématique enduit de crainte sont de retour. Ces créatures subsistent en, sur nous. Collectivement et individuellement. Elles peuvent bien prendre toutes les formes possibles et imaginables, et nous, tenter de les exorciser avec des anathèmes. Ça ne prend pas.

 

On n’en sortira jamais tant qu’on se réfugiera, enfin façon de parler, dans le règne de la haine et de la dénonciation, du culte du nombre et des opinions veules, des calculs de polices d’assurances et des vengeances torves. Ni dans la dénonciation facile que quelques bilboquets, qui ne sont que les émanations de tendances ignobles à l’œuvre partout.

 

Évidemment, ne pouvant pas plus m’empêcher de mal penser et de suivre des associations d’idées peu recommandables, non plus que la patte de grenouille morte de se contracter sous l’effet du courant, je me suis souvenue d’un bouquin, l’auteur duquel je ne me rappelle plus non plus que du titre, que je n’ai pas le courage de chercher à nouveau. Comme on m’en a reparlé, avec engouement, il y a peu, je suppose qu’il se diffuse. Je m’en rappelle parce qu’on me proposa de participer à sa traduction, il y a des années, lorsque j’étais et vivante, et engluée jusqu’au cou en alternolande. C’est un livre écrit par un américain, un soucieux d’être du bon côté. Il y démontre combien la non-violence, et peut-être la critique de la violence en général, est une sombre tare bourgeoise dont nous devrions nous défaire sans délai. Il est vrai qu’il a été en cela précédé par une grand nombre d’idéologues aux mains moyennement propres (mais, comme disaient d’autres, la propreté est aussi une tare bourgeoise, etc…)

Cela me revient à l’esprit, parce qu’une position donnée implique la négation de sa contraire. Ici, si « l’usage de la force », comme on dit si bien dans les commissariats, est légitime, il en découle que la faiblesse et le désarmement, au sens d’être désarméEs, sont des attitudes ou des conditions à fuir avec horreur.

 

Ce qui est, étrangement, excessivement proche des conclusions du livre ci-dessus, qui se termine par le massacre des envahisseurEs désarméEs.

 

Il faut bien sûr repréciser une chose : les désarméEs ne sont pas des humainEs. Non plus que d’ailleurs touTEs celleux contre qui la violence est déclarée légitime, ce qui réalise instantanément le tour de magie de faire justement disparaître ladite violence en tant que telle. On ne frappe, on ne tue plus, on nettoie l’humanité de ses ennemiEs ou de ses lourdeurs.

 

Les désarméEs, les déracinéEs, comme les « bourgeoiSEs® » d’ailleurs (!), sont des bolosses, selon la sympathique terminologie qui se répand depuis quelques temps, et qui dit bien ce qu’elle veut dire. Les bolosses sont celleux qui ne savent pas se défendre, voire pas agresser, et qu’il est loisible, dans un monde de dureté institutionnalisée, de dépouiller et de détèriorer sans remords excessifs.

 

Et avec fondement politique, si ce n’est moral. Jean Raspail, en effet, partage avec l’auteur ci-dessus cité l’axiome que l’état de desarmement et de faiblesse est par nature hypocrite, trompeur, qu’il égare les aspirations encore une fois légitimes de celleux qui veulent, selon leur position de départ, avoir ou conserver, et que l’extermination de celleux qui présentent ce caractère est un acte recommandé autant qu’agréable. Ellils ne sont d’ailleurs pas vraiment humainEs, puisque représentantEs, portereuses même à un sens quasi médical, des abstraction honnies. Bref, le meurtre n’est ici pas vraiment un meurtre, etc.

 

Ce qui sous-tend tout ça, hormis la personnification des abstractions qui concentrent le néfaste, les méchants ismes, c’est le mépris infini pour la faiblesse. La haine. La peur pourrait-on dire même, et cela nous ramène à cet immense prurit de « phobies » en tous genres qui se cuisine désormais pour qu'on puisse se définir et se placer quelque part. Ce qui rassemble et facilite la haine, le « passage à l’acte, » dans tous les sens, c’est la faiblesse, cette qualité honteuse. Il ne faut pas être faible. Être faible c’est déjà être traître, incarner la gangrène. Ce que personne ne veut consentir à être, dans un monde où toute la valorisation colle aux manifestations existentielles qu’on définit comme viriles, qui le sont effectivement par accaparement, mais bien plus généralement celles d’une espèce de darwinisme social, où le devoir des vraiEs en tous genre est de savoir manier la domination, comme d’un outil, ces tristement fameux « outils » qui nous ont remplacéEs, squattéEs et zombifiéEs il y a déjà belle lurette. Ces outils qui véhiculent la logique, comme des instruments chirurgicaux les virus, que « la vie n’est pas tendre et donc, nous n’avons pas à l’être », comme disait encore récemment aimablement une camarade. Bref, que nous devons toujours nous identifier au pire et à ce qui détruit, sous peine de disqualification dans la course à la dureté et à l’impitoyable.

 

D’où une espèce de fouillis farouche, duquel il ressort cet étrange paradoxe de la faiblesse individuelle renversée en indice d’exaction sociale profonde. Difficile d’oublier que c’est ce qui colle, paradigmatique, aux JuiFves depuis quelques millénaires : la faiblesse comme tromperie et masque d’un complot universel. Et la personnification dans un groupe social du mal abstrait qui souvent y est adjointe (voir là encore Postone, supra). Mais on en voit des conséquences tout à fait impérvues, comme récemment l’assimilation aux USA des NoirEs… à l’élite – le vrai peuple, fier de son inculture crasse et de ses haines moisies, étant paraît-il Blanc et teapartiste.

 

Eh bien oui, que dire ? On est des bolosses, vulnérables, inrompuEs à l’exercice de la haine et au mépris de la pensée, jetéEs sur les rivages les plus inhospitaliers. Vous vous demandez « de quel côté » on est. On est dessous.

 

Et résignéEs bien plus souvent qu’il ne paraît, par manque d’illusion sur les remèdes qui prolongent le mal. DésarméEs. Non-violentEs. Pas parce que nous n’aurions pas de colère, ou même de rage. Mais parce que nous savons que la culture de la force est précisément celle qui nous a menéEs où nous sommes, et nous y a laisséEs.

 

Oï weh !

 

 

 

La merle blanche déplumée

Repost 0
Published by
22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 13:48

 

 

cela ne nous (les lgbtetcetc.) réussit pas de vouloir "être comme les autres". Peut-être parce que les autres c'est irréductiblement nous, et qu'il y a là une aporie, un gap logique et un infarctus de la signification. En tous cas, les images, les icônes qui sortent sont de plus en plus "éléctroencéphalogramme plat".

Maintenant, c'est une "Marianne à moustaches", et attention, pas n'importe quelles moustaches, pas les tombantes de "mon beauf" ni d'Astérix par exemple, éminemment gerbatives, mais celles en guidon de vélo de Guillaume II ! Je renonce à aller quérir une once de raison là-dedans.

De ces autres, ou de ces "non autres", d'hétérolande quoi, nous aurons finalement cherché à importer prioritairement la reproduction, le mariage et le ridicule. Les trois vont dramatiquement bien ensemble.

 

 

Repost 0
Published by

La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
  • Contact

ni alliées, ni amies, ni copines, ni soeurs ; autonomies transses

.

Recherche

Épines