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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 10:41

 

 

Mater natura. Ce n’est pas un des films du top seize des productions trans, mais finalement c’est un des plus agréables que j’aie vu. Il est raisonnablement caricatural dans ses figures, exactement comme nous, mais surtout il se termine bien ! Vraiment bien, avec espoir. Et ça c’est pas souvent. On y échappe à l’amour réalisé, le couple heureux ou que sais-je, qui il faut bien le dire me laisse toujours un petit goût dans la bouche à la fin de Better than chocolate, mon autre film « positif » recommandé en sale période. Et qui sent déjà le sépulcre.

Eh ben non, ça se termine pas en couples ni en touches-pipi stylisés, mais à la cambrousse, dans une région d’Italie que je ne connais pas, ou une maman trans, une vieille de la vieille qui en a vu et avalé, a eu la lumineuse idée d’aller s’installer ; et invite les copines esquintées à venir fuir Rome et modernlande. Et biolande, accessoirement, puisqu’on s’y retrouve entre trans.

 

Évidemment, suivez mon regard. Ce n’est pas par hasard que j’aime cette fin, moi la trans rurale à la ramasse, qui a toujours eu des idées derrière la tête, qu’elle aurait d’ailleurs mieux fait de faire passer avant la course à la militance et la loyauté envers des bio hypocrites et mauvaises (oui, ce soir j’ai envie de cracher un peu ma rancune envers les bio en tant que telles).

 

Ce qui est remarquable, c’est qu’à aucun moment dans le déroulé on n’a l’impression que la doyenne a une espèce d’idée genre « autonomie politique rurale » ou autre machin qui nécessite de voir les gentes, à commencer par soi, comme des quilles utilitaires. On sent qu’elle pense à elle ; et que parce qu’elle pense à elle, elle se montre capable de réellement penser aux autres, en tant que personnes.

Par ailleurs, qu’elle a compris que, sans base matérielle, sans continuité, sans terre même, les personnes ne sont rien, moins que rien, implosent.

 

Nous sommes devenues radicalement incapables de songer à nous, dans un égoïsme et une dignité qui pourraient partager. Le chacunE pour soi qui a tristement remplacé le souci de soi-même s’est tout simplement et logiquement mué en sauve qui peut. Nous sommes dissoutes dans un tel bac de culpabilité, de haine de soi, de soucis externalisés et formatés, qu’on y retrouverait même pas nos yeux qui flottent.

 

Bref, Mater Natura nous présente – allez, je l’ose – une bonne alternative. Celle de gagner un terrain, en en abandonnant un autre, un très moche où nous ne pouvons que dépérir.

 

 

La merle blanche

 

 

PS : Tout le monde cause en ce moment de "Tomboy". Je ne suis pas arrivée pour le moment à m'en faire une idée précise, mais si il donne autant envie de vivre que La naissance des pieuvres, z'avez intérêt à vous gaver d'antidépresseurs avant d'aller le voir...

C'est dingue à quel point l'autodestruction par la glaucité a gagné ces dernières années la filmographie lesbienne...

 

 


 

 


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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 11:05


 

 

« Au poil. Cassez vous ! Les clients comme vous c’est le baiser de la mort »

Lana Lee, in La conjuration des imbéciles, de J.K. Toole

 

 

 

Nez vide amant, comme disait quelqu’un que je n’ose même pas citer, dès lors que la subsistance du travail sexuel en France est redevenue une question, on voit arriver tous les faisans de l’élevage médiatique en quête de quelques grains de notoriété en plus. Celleux qui ne peuvent vraiment pas s’empêcher de vagir dès qu’on leur retire la mentonnière. Et qui croient qu’afficher une bien hilarante position « pro-putes » va leur valoir réputation d’intégrité rebelle et peut-être même passes gratuites, pendant qu’on y est.

 

J’ai presque envie, là, de dire ceux-là, pasqu’à cette heure c’est pour ainsi dire que des mecs. Et du lourd. Donc, dans la famille le baiser de la mort, Pascal Bruckner, qu’être réac au mauvais sens du terme, celui de la sauvegarde des petites et grandes économies, ne protège pas du tout de la banalité ni de la bêtise. Lequel s’en prend - comme c’est profond, original - au moralisme qui nous mettrait en péril. On sait pas très bien qui est nous, lui ou, justement, nous, les tapins. Mais ce que le père Bruckner n’a pas bien vu, dans sa myopie exercée, c’est qu’il n’y a justement plus aucune position qualifiable de morale en jeu ni en lice ! Et même que c’est un sacré élément du désastre contemporain.

 

Plût au ciel qu’on se battît à coups de vrais principes, de ceux qu’on argumentait avec un St Thomas d’Aquin ou même encore bien plus tard, alors que l’utilitarisme, la courte vue et les cités idéales pondaient déjà leurs œufs d’exploitation et de réduction aux quatre coins de la planète ! Ça serait sanglant, si j’ose dire, mais ça serait intéressant. Un vrai principe à la fois englobe, mais aussi détaille. Il ne se réduit pas à une assertion massive supposée plaire à une majorité peu exigeante. Un vrai principe est, j’ose le dire, discutable par essence. S’il ne l’est pas ce n’est pas un principe, c’est une trique ou une imposture qui se la pète.

(Discutable, évidemment, pas au sens biaisé et disqualifiant qu’on lui donne désormais, précisément parce que l’époque n’est plus du tout à la discussion. Discutable au sens où on peut comprendre, saisir les éléments, les confuter.)

 

Non, là, ce ne sont plus au fond que des calculs qu’on rentre dans la « machine sociale » perçue comme un ordinateur géant. En vue de quelque résultat. Car voilà ce qui stérilise la pensée politique et autre : on ne part plus de rien, ni de réalités, ni de suppositions, ni même de vérités (puisque la vérité n’est plus censée exister). On veut arriver. Arriver au bonheur obligatoire, à un monde sans contradictions, sans risques et sans périls, e autre chabreloches tantôt guerrières, tantôt électorales. Arrivisme général, pourrait-on dire. Et qui est si concentré qu’il fait cliqueter les détecteurs à fond la caisse, qu’on s’approche des prohis, ou des défenseurs du bon vieil ordre sentimentiel des choses – et des gentes. Ce n’est pas « même combat », ça non, c’est clair. Mais c’est même conception du monde. On vise ce qui paraît et est scellé comme incontestablement le bien, on calcule comment, on enfourne tout ça de gré ou de force.

Historiquement, ça donne souvent de tous autres résultats même que ceux escomptés. Mais comme ni les buts ni les moyens ne sont susceptibles d’examen, eh bien on recommence, jusqu’à ce qu’on y arrive, qu’on échoue dramatiquement, ou qu’on passe à une autre urgence.

 

Bref, de tous les côtés, c’est le baiser de la mort qui clapote. Mais nous on est vivantEs, enfin un peu, encore, j’espère. On est réelles. MaintEs clientEs qui n’écrivent pas dans le Nouvel Obs aussi. Je n’hésite pas à le dire, nous sommes une des vérités, patentes et tangibles, dont on a peur désormais de partir. Peur n’est d’ailleurs peut-être pas le mot juste ; je soupçonne de la roublardise, pour tout dire. On sait très bien qu’il y a du vrai et du réel quelque part, mais que ce soit dans l’armada prohi ou bien dans la potentielle armada quoi déjà… mon dieu, comment est-ce qu’y vont se définir ?... ça fait peur… passons ! – eh bien chez les deux, on est bien décidé à nous ignorer superbement. On est de la viande, sensible, on ficherait la machine à calculer en l’air si on entrait dedans. On ne peut plus y entrer que tranfiguréEs en données rachetables, insérables, en futures producteurices de valeur admissible, taxée et tolérable ! Ou en symboles de l’ordre éternel, c’est selon. Mais numériséEs, atomiséEs, comme dans les cauchemars de K.Dick !

 

Eh ben queud’ch, messieurs et mesdames les missionnaires prohi comme les faisans fraîchement reteints « pro-putes ». On ne vous servira pas de chair à canons ni à réformes. On n’entrera ni dans vos raisons, ni dans vos calculs. Précisément peut-être parce qu’ils n’ont rien de moral, d’humain même, et que c’est un vilain mensonge que de les présenter ainsi ! Comme c’est mensonge aussi de dire que les clientEs ou l’exploitation sont les « cibles », alors que c’est notre peau que vous voulez, nous que vous désirez faire disparaître (ou asservir), mais vous osez plus le dire. Et, qui sait, même plus le penser ! Macache. On va continuer à vivre - c’est une demi-morte qui vous le dit, gare ! Et peut-être même on va ramener un élément de réflexion réellement morale, comme un peu d’honnêteté intellectuelle, dans ce monde de brutes !

 

 

Plume, la merle blanche

 

 

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 14:58


 

Le couloir. Dans la famille des pièces horribles de l’habitation humaine, de comment nous nous habitons ou bien de comment nous ne pouvons justement nous habiter, on a beaucoup causé, moi la première, du placard. Mais du couloir ?

 

Cela fait un an que je suis dans le couloir. Couloir matériel et moral. Le couloir n’a pas de fenêtre, le couloir est sans lumière, le couloir est hideux, on entend les autres beugler ou ricaner autour. Le couloir n’ouvre que sur la mort, s’il se peut ouvrir. Il faudrait un ouvre-boîte énorme, surnaturel pour nous (oui, nous, je suis loin d’être la seule dans un couloir) sortir de là !

Le couloir n’est pas hors du temps ; au contraire, il est en surpression de temps concentré qui vous suce et vous  broie. Combien d’années ai-je déjà « pris », donc perdu, dans le couloir ? Cinq, dix ?

 

Ce matin, j’ai craqué ; crise de larmes en plein marché de Brioude. J’y suis connue, très, à ma manière. Mais je n’ai personne à qui parler ici. Et encore moins à qui faire confiance. On me respectait du temps que j’étais et donc paraissais forte. Personne n’aurait osé regarder de travers la trans de Neyrolles, oulà. Á présent, misérable l-trans à la rue, et comme telle fameuse, je sens la commisération qui se teinte d’agressivité lâche. J’entends les griffes pousser. On me demande « si ça va » (ben non c…sse, tu vois bien que ça va pas, si je chiale recroquevillée sur un banc de la Place Lafayette – les gentes, des fois…), je réponds presque muette « voui, voui ». J’ai juste envie qu’on fasse semblant de ne me pas voir. Qui pourrait de toute façon intervenir, et pour quoi, dans ce couloir que je promène aux quatre coins de l’arrondissement ? La honte ; dans ma maison au milieu des prés je pouvais bien hurler de douleur sans enquiquiner personne.

 

Et, comme pour le placard, on a honte d’être, de rester dans le couloir. Dans ce cul de sac. Et de pas faire ce qu’on devrait faire, eh ! Alors on s’agite encore plus, on se désarticule et on se déséspère. Je passe ainsi mon temps à me haïr de n’avoir pas réalisé, d’avoir moi-même détruit ce que je promeus depuis des années, autonomie rurale, retrait de ce monde, création d’une base de vie. Responsabilité écrasante en cette époque de dépossession et de dépendance généralisée.

De me détester quand je vois toutes les copines en galère morale et matérielle que je pourrais aider, directement ou indirectement, si je ne m’étais pas moi-même foutue à la rue.

Et même, je me tanne de ne pas écrire tout ce que je m’étais promis – que dis-je, assigné d’écrire, parce que je ne le lis nulle part.

Trop nulle je vous dis.

 

Je me suis moi-même enfermée dans le couloir, aidée il est vrai par toute la pression morale et matérielle d’une époque de misère, de milieux hypocrites. Mais je les savais bien tels, cette époque, ce milieu, nom de la d…sse ! Alors, comment, pourquoi ai-je pu moi-même me mettre en danger, en ce temps où la moindre erreur de calcul vous pousse à jamais dans le fossé social ?

 

Et voilà, selon la bonne vieille culpabilité intériorisée, cultivée, c’est tout de ma faute. Il fallait être à la hauteur de ce monde, si on ne voulait pas être à sa bassesse. Entre les deux, zone de mort.

 

Le couloir est le lieu où se concentre toute la haine possible envers soi-même. Comme le placard. Mais le placard a une porte, une espèce de direction. Le couloir, aussi étonnant que cela puisse paraître, ne mène nulle part, si ce n’est encore une fois à l’anéantissement de la personne.

 

Bon dimanche

 

 

La rurale à la rue

 

 


 

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 12:50

 

 

Une fière chevalière et un peu cheftaine de l'espèce de croisade anti-putes en cours de rassemblement passe, paraît-il, finement sur les faits, raisons et arguments qu’oppose un syndicat à cette louable entreprise, en résumant la question à : « Ellils sont 200, au Strass ».

 

C’est très intéressant parce qu’en trois ou quatre mots, on a d’un coup le dynamomètre de la pensée qui gît dans ce genre de mentalité.  « Plus on est nombreuXses plus on a raison », et même inversement. C’est même un critère sûr et certain. Ça évacue toute ratiocination sur les contenus, les réalités, les arguments, la logique même… Tout cela n’a aucune espèce de poids, à défaut d’importance On compte et voilà. Les plus fortEs gagnent. Comme c’est inhabituel !

C’est vrai que ça évite de se casser la tête. Ce qui semble être une priorité de la politique-spectacle actuelle.

 

Ça fait de la peine de rappeler les innombrables fois dans l’histoire où une majorité a eu tort, pensé en chœur n’importe quoi, et au besoin commis des horreurs.

 

Je me suis même laissée dire qu’agacée par une contradictrice qui lui agitait au nez l’éventualité tout à fait invraisemblable que des tapins puissent l’être volontairement, aussi librement qu’on peut l’être dans une pareille société, et y trouver leur intérêt, la même cheftaine aurait répondu tout à trac : « On va pas faire une loi en fonction d’une minorité ».

 

Ah bon ? C’est bizarre, la doxa néo-féministe etc. semblait justement affirmer le contraire depuis quelques années. Est-ce à dire que les partisanEs du nettoyage social et sexuel vont partir en campagne, par principe, contre l’extension du mariage aux couples de même genre, par exemple. Puisqu’une loi ne doit pas être faite en fonction de minorités ?

 

Mais il est vrai qu’il y a les minorités propres, et les minorités sales. Sans parler des lois qui coûtent du fric à redistribuer, et celles qui coûtent rien ; tout du moins dans un premier temps. C’est marrant, les lois qui stigmatisent et excluent, et plaisent tant aux propres, sont généralement de la seconde catégorie. Les bonnes âmes de gouvernement en savent quelque chose. Et c'est toujours bon à utiliser dans les époques où les hérissons font leur nid dans les porte-monnaies publics...

 

 

 

Plume, la pute anti-sexe à la rue, toujours à faire chier entre les lignes de front.

 

PS : tiens, dans la famille des lois fumistes, si en france on veut supprimer les putes, en Iran on veut supprimer les chiens. Yes. C'est aussi une forme d'épuration d'ailleurs. Le pays est en faillite, les dirigeants (là pas de E, semble--t'il) discrédités, mais le plus urgent c'est de se dé barrasser des chiens...

Misère de la politique humaine.

 

 


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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 18:05

 

 

Une de plus. Une de plus qui vient de passer de l’autre côté, de ce côté des fois qu’on envie lorsqu’on regarde combien pitoyables sont nos vies. Encore une que je féliciterais presque d’être morte, d’avoir déserté le cirque – mais en fait, elle l’avait déserté de puis longtemps, et c’est tout honneur à elle. Elle n’en manque pas moins, comme toutes celles de la vieille garde ; ce n’est pas une question d’idée mais de savoir-vivre.

 

Dominique Desanti, historienne, biographe, féministe, nonagénaire, une des « universalistes » qu’on honnit ou qu’on oublie (envers elle c’était un peu le dédain, pas assez sociologue sans doute…). Elle ne l’avait pas toujours été. Comme nous presque toutes elle avait mordu à l’hameçon, qui en son temps était le stalinisme.

Rien à dire, on est tellement nombreuses à confondre prise de parti et crédulité, universalité et hégémonie, moi la première, au petit pied de l’alternolande des vingt dernières années, qui croit toujours que s’habiller de noir prémunit efficacement contre la mauvaise foi institutionnelle et la courte vue.

Les couleurs ne guérissent pas.

 

Elle n’avait même pas voulu la jouer cavalière seule, elle rompit avec le parti fin 56, comme une foultitude de gentes soudain choquées par les « taxis Kadar » plus que par les pendaisons. Comme quoi la forme, les procès, la justice, ça impressionne en soi, ça fait taire le doute. Les chenilles c’est tout de suite moins classe. Ça éclabousse plus. Et quant aux camps c’est comme les prisons, c’est invisible pour les gentes normales…

 

Ce n’en était pas moins élégant. On se laisse prendre aux hameçons, on s’y laisse souvent longtemps traîner, par un torve mélange de loyauté, de concupiscence sociale et d’incapacité à s’occuper de ses fesses. Après, un moment, moralement c’est plus tenable. Il les faut arracher. On se retrouve la gueule mutilée. On a le temps ou pas, après, de méditer là-dessus ; question de chance et de destin. De redevenir humaines, bien que diminuées, inquiètes, épouvantées par jusqu’où on a pu aller dans le mensonge utilitaire, épouvantées de voir qu’il y en a encore bien d’autres qui hippocampent devant.

 

Mais bon je vois que j’apologise. Pourtant, que nous sont les vies de nos aînées si nous ne pouvons en prendre de la graine ?

 

Bref, j’aimais bien Dominique Desanti, revenue sommes toute bien plus jeune que moi des emportements. Ses  biographies. Son côté, ben oui, « humaniste », pas dans le sens d’être plate et sans jugement, mais au contraire de baser ce jugement sur le temps et la longue vue. Je lui suis infiniment reconnaissante de son livre sur Marina Tsvetaeva. Je suis reconnaissante à toutes celles qui donnent quelque chose à cette grande nana pour qui l’époque fut si chienne, pour rester même polie.

 

J’aimais bien qu’elle sache voir à travers les positions. Qu’elle ne se pose pas en justicière, elle qui en avait vu d’autres.

 

Tout ça me fait bien sûr penser à une chose, un élément hélas incontournable des biographies, qui est l’amour. Ce fichu amour si totalitaire et inégalitaire. Vous avez sans doute déjà remarqué. On ne traite pas du tour les indispensables histoires de cul, sans lesquelles (presque) plus personne ne lirai une histoire ni ne regarderait un film, selon qu’il s’agit de femmes ou d’hommes. Pour les hommes, c’est un substrat, quelque chose sur lesquels ils flottent, dont on sent bien qu’ils pompent, mais pas tant des conceptions fondamentales que de « l’énergie ». Les nanas et même les gitons leur sont une espèce de soupe nourricière vaguement indifférenciée.

Par contre, pour ce qui est des nanas, c’est constitutif, fondateur, tout ou presque leur vient de « leurs relations ». Ça les modèle, les remplit, les dirige – bref tout ce que la relation est censée devoir faire socialement dans ce cas-là ; informer, au sens sociologique et existentiel. 

Beurk !

Là je lisais dans ma débine le beau et triste Milena, de Margarete Buber-Neumann, laquelle eut le douteux privilège de goûter aux camps soviétiques, puis aux camps nazis quand les premiers la livrèrent aux seconds, de survivre presque inexplicablement, et enfin de s’enfuir éperdument devant des « libérateurs » qui l’auraient certainement exécutée immédiatement. Ce livre donc sur Milena Jezenska, qu’elle connut à Ravensbrück, et que bien sûr on connaît à peine par elle-même, son courage, ses écrits, son indépendance et sa chienne de vie. Ce fut l’amante de Kafka – ah, là, tout de suite bondissement dans l’existant. Non que je n’aime Kafka. Mais juste Jezenska eut parfaitement existé sans Kafka, sans les autres suçoirs mâles qui se posèrent sur elle ; et peut-être plus, ayant eu alors plus de temps à elle. Ce fichu temps, ce fichu espace à nous qui manque de plus en plus à touTEs, mais que les nanas ont expérimenté en avant première.

Et je songe à la vie de m… de Milena Jezenska, en une époque de m…, qui se finit sur un gravas de Ravensbrück. Ça glace.

 

Voilà, trop rares sont, ont été, les nanas, comme Annah Arendt ou Dominique Desanti, qui ont été plus célèbres que leurs inévitables liens masculins. Mais ça existe et ça rassérène.

 

 

 

LGPP

 

PS : ça veut pas dire que les versions mâles étaient nulles. Je n’en veut pour preuve que le travail de Günther Anders, mari d’Annah Arendt, sur la modernité. On publie justement ces jours-ci enfin la traduction de son Obsolescence de l’Homme 2, aux éditions Fario.

 

Mais quand même, si les gentes étaient pas collées, zut, je crois que ça serait mieux pour tout le monde !!!

 

 


 

 

 

 

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 18:02


 

Chanson qui fut célèbre dans les seventies, où, il faut bien de lire, je trouve que le registre des chants politiques était bien plus fourni et plus classe que depuis quelques années. Pourquoi je la rappelle, pasque j’ai envie de causer incidemment du rapport des urbainEs et périurbainEs aux bouseuXses en tous genre, où à ce qu’elles imaginent telLEs, à la lumière d’une controverse bien banale.

 

Décidément, comme je le faisais remarquer dans Renouveau charismatique, c’est une époque fort ingrate que celle où on fait assaut de facilité et de paralysie morale de tous les côtés.

 

Je me suis ainsi étranglée, tout autant que la copine qui écrivait peu après qu’elle « ne pourrait jamais manger assez pour en vomir suffisamment » quand j’ai vu passer l’affiche de la pride parisienne, qui représente une espèce de coq assez bizarre, blanc et rouge. Un coq, en tout en pour tout ! Je ne sais absolument pas ce que les concepteurices de ce logo ont réellement pu avoir derrière la tête tellement c’est moche. Et si c’est pour exalter la fRance de mille ans, eh ben même dans ce but c’est franchement débile. Cela dit, le mouvement lgbt ne s’est pas forcément signalé non plus ces dernières années par son intelligence, et je m’étrangle à vrai dire fort souvent devant ses positions comme devant ses non-positions, sans parler de ses images. Je dirais plutôt qu’il manifeste un net opportunisme intégrationniste, qui culmine en ce moment par son silence gêné devant la nouvelle chasse aux putes (via les clientEs), qui va être menée sans doute par les mêmes (le PS en premier lieu) qui lui promettent mômes et mariages. Ah, oui, c’est embêtant d’être serviEs par des politicardEs, hein ? Et, pour ce qui est des images, on ne peut plus lisse, c’est du niveau de la pub des grandes surfaces.

Des fois quand même on regrette les années 70, où on essayait de vivre par nous-mêmes, sans attendre lois et réglements – et où même des fois on réussissait, dis donc ! Mais bon, bien sûr on n’est plus au temps des babos, nous sommes de citoyenNEs modernes, branchéEs, rebranchéEs, indébranchables et de ce fait désormais légèrement dépendantEs. Et urbainEs, je vais y revenir.

Quant aux affiches, je préfère donc pas trop en parler… L’apologie nuit assez facilement à la qualité, pour ne pas dire à la profondeur, et les affiches de prides ne sont généralement pas des modèles. Plutôt des jetables de la minute de l’amour du semestre… Mais incontestablement, celle-ci a cette fois-ci basculé dans le plus intolérable – sauf que je suis gênée d’à qui on colle cet intolérable comme signe.

 

Parce qu’une des réactions, d’ailleurs tout à fait prévisible aussi, m’a tout autant découragée. Celle de Lesbiennes of Colors, qui se lance, assez bas aussi, dans la ridiculisation des paysanNEs, du monde rural, qui comme chacun sait « marche dans la m… », censé être le principe moteur de cette France xénophobe. Ah, ça, y faut bien dire que tous les partis qui ont, dans le vingtième siècle et le présent, caressé cette fibre, se réclament des « racines », ont de bien sales idées derrière la tête. Ce qui est évidemment un vaste foutage de gueule pour des gentes qui autant que les autres promeuvent modernité et déracinement, exproprient à tour de bras et règnent sur un pays où les agriculteurices se suicident de manière massive… Et les principes moteurs de la haine et de la guerre de touTEs contre touTEs semblent tout de même bien plus vivaces dans les villes qu’au fond des campagnes désertées.

 

Il s’agissait bien sur de la paysannerie française, ou de ce qu’il en reste. Je devine la sainte et juste colère de LoC si on s’avisait d’étendre cette critique à l’ensemble humain de ce digne corps, dont font partie encore plus d’un tiers de la population mondiale, et qui tente plus ou moins bien de produire de la bouffe, chose quand même légèrement nécessaire. Pourtant elleux aussi pataugent dans le fumier, comme le coq en question, comme les petitEs paysanNEs auvergnates ou ardennaises.

Donc, comme argument, on pouvait trouver mieux.

 

En outre, je doute assez fort que les têtes de nœuds qui ont pondu l’affiche aient grand’chose à voir avec ce qui reste du monde paysan dans ce pays (ou ailleurs). Et qu’ellils méprisent et ignorent probablement tout aussi fort et même plus que les LoC.

 

C’est même bien là un des nœuds (et re-, donc) de la question ou plutôt de la non question, du donné. C’est que probablement, touTEs les protagonistes réelLEs de cette misérable et ridicule affaire, où les paysanNEs et, on le sent bien, les ruralEs en général, que je ne crois d’ailleurs pas meilleurEs qu’ellils sont, se voient convoquéEs – eh bien que touTEs ces protagonistes et agonistes, prideurs gays comme lesbiennes antiracistes, sont des urbainEs, des péri-urbainEs, des banlieusardEs, bref des gentes intimement liéEs à la ville. Peut-être je me trompe mais je crois pas trop, statistiquement.

LiéEs à la ville, à la concentration, et à une approche, à un ressenti (ce fichu ressenti) – bien urbain de promiscuité, de hargne, d’angoisses, de peur et de violences, fantasméEs et réelLEs. Que de quel côté de la barrière politique et sociale qu’ellils soient, les gays confits de leur leadership social à lgbtlande ou les lesbiennes comme d’hab minorisées et en rage, ellils sont bien forcéEs de communier de cette même coupe.

 

Et que du coup ça fait un peu grincer des dents que de voir invoquéEs, pour les départager, précisément cette autre minorité désormais, dans notre monde d’urbanisation de la vie, les bouseuXses, qui sont sans doute pour les unEs comme pour les autres l’archétype de ce qu’il y a à fuir et à honnir – alors que ce qu’ellils fuient et honnissent, en fait, se trouve tout d’abord en concentré dans l’urbain ! Fut-il affublé d’un coq – assez peu réaliste au demeurant. Ca fait quelque peu réglement de comptes sur le dos du tiers absent...

 

Et aussi, l’impression que ça donne que ce monde rural est le fond du pays, voir qu’il représente une masse grouillante, omniprésente et néfaste, alors qu’il est minoritaire, affaibli et plutôt honteux – ce qui correspond singulièrement au fantasme généralisé chez les urbainEs du dit pays des barbares mal rasés et prêts à l’engloutir. De ces deux côté – urbains, trop urbains – la même peur complètement disproportionnée. Ça ne vous interroge-t’y pas ? Mais de touTEs ces innombrables paysanNEs, mais de touTEs ces innombrables "étrangèrEs", qu'est-ce qu'on va en faire ? parce que vous aurez noté qu'il faut, de nos jours, toujours que tout le monde serve, fut-ce au pire...

 

Pour tout dire, je suis persuadée que personne n’a sérieusement pensé au vrai monde rural au sujet de ce gallinacé plastifié. Et que si c’est une revendication nationaliste, elle est carrément daubée, ratée. Ça ressemble autant et plus à un faramineux trou d’inspiration, dont serait sortie par défaut, comme par hasard, le truc le plus franchouillard et le moins propice à la réflexion possible. Ce qui est alors issu bien autant de la bêtise abyssale de notre époque et, je regrette de devoir le dire, de notre milieu lgbt, que de ses crispations les moins avouables. C’est terrible, mais la bêtise et la facilité ne semblent plus l’apanage particulier de personne actuellement.

 

 

Plume la rurale à la rue

 

 

PS : c'est quand même significatif... Cela fait x années que les prides sont le rendez-vous exhibitoire favori des belles, des beaux, des neujEs, des fièrEs, des présentables, du commerce et des pas pauvres, des zurbainEs, de celleux qui sortent, de celleux qui ont jamais honte, de... Mais de dire que c'était puant, c'était être une mauvaise coucheuse. Va te cacher dans un coin sombre !

 

Aujourd'hui que quelques abrutiEs déjà registréEs dans les catégories suscitéEs se font prendre la main dans la confiote de l'imagerie réac, ah là ça beugle et ça boycotte. La compétition du copié-collé, comme d'hab...

A raison ! Mais des raisons ça fait longtemps qu'on en avait, et qu'on affectait de pas les voir... Ou de les trouver encore tolérables ; on trouve facilement tolérable ce que l'on envie, en fait...

 

Tant mieux que ça boycotte. Il était temps ! Si ça ne pouvait être qu'un début de questionnement de l'arnaque "lgbt" et des ses valeurs... Ca fait fort longtemps qu'on aurait du déserter, touTEs celLEs qui pour une raison ou une autre ne rentrent pas dans les catégories "pleinement humaines". Plutôt que d'aller essuyer une larme et suivre les camions boum boum. Je dis ça pour moi aussi, qui ai longtemps, trop longtemps consenti, à part une fois où on avait essayé de troubler un peu la fête - mais si peu...

 


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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 11:04

 


 

« Ah ils nous en ont fait applaudir des injures,
Des complots déjoués, des dénonciations,
Des traîtres démasqués, des procès sans bavures,
Des bagnes mérités, de justes pendaisons »

 

Le Bilan, une fois de plus…

 

« Les grandes filles sages restent au ciel ;

les autres vont où elles peuvent »

 

dicton féministe légèrement retouché

 

 

 

Quelqu’un de pas correct du tout, d'un genre à qui j’aurais pas volontiers serré la paluche, faisait remarquer à propos de la peine de mort, à laquelle il avait été condamné (pour raisons politiques), que c’était la « seule distinction qu’on ne demandait jamais ».

 

Il en est potentiellement une autre, qui est l’excommunication. L’isolement subi et décrété, le rabaissement dans l’humain quoi. Je parle ici par exemple de l’excommunication militante. Quand on a été très vilaine, en pensées en paroles et en actes, comme dit le catéchisme.

 

Il est vrai qu’il existe des tordues et autres perverses qui la cherchent, et finissent même des fois par la trouver. Mais savoir si après c’est réellement vivable, ça c’est une autre paire de manches. Je vous invite à venir voir de l’autre côté.

 

Bref, un des caractères fondamentaux de la vraie excommunication, c’est qu’on ne la demande pas à proprement parler. Qu’on l’endure. Peut-être pas qu’on ne l’a pas choisie, mais en tous cas qu’on ne se l’est pas décernée soi-même. Voilà.

Bref, ici, l’autodéfinition, zéro. Exodéfinition totale, au contraire. Jusqu’à l’expropriation, puisqu’il y a exigence de se remplacer soi-même par le jugement – une conséquence parmi d’autres du « tu n’es pas toi-même » qui clignote désormais dans notre arrière-cour. Il est vrai qu’on peut récuser le jugement, si on ne peut décliner l’excommunication.

 

Pourquoi je vous cause de ça ? Vous allez voir.

 

J’ai beau être sur le flanc, dans un garage, sans mes affaires, sans ma vie, sans moi-même, au milieu de nulle part et complètement démolie, il arrive quand même que des nouvelles parviennent à se frayer un chemin jusques à moi. Et les nouvelles sont pas belles, ça s'arrange pas par chez nous. Nouvelles d’anathèmes, d’excommunications, de condamnations diverses et variées sur des personnes tout aussi diverses et variées. Or, durant mes deux ou trois heures de lucidité quotidienne, ben ça me fait songer.

 

Songer que ça commence vraiment à bien faire, les c….ies hypocrites d’hamsterlande. Les protestations d’antinorme, de ne pas détourner la conversation… et les grandes scènes de machine à laver expiatoire, cathartique, pour détourner le feu du ciel – réservées accessoirement à celles qui n’ont pas suffisamment d’assise pour qu’on n’ose pas aller leur regarder dans les trous de nez (mais ça c’est ordinairement humain. Ce n’est pas tant ici l’inégalité qui est scandaleuse, que la désertion croissante de la raison, et le cirque idéologique en lui-même, qui virevolte au son de sa petite musique mécanique).

 

J’ai ainsi subitement rêvé que s’ouvre une maison des vilaines, des pas correctes, des excommuniées quoi et autres anathématisées. Et ce par exemple dans une métropole capitale de l’Axe du Bien, de la propreté et de la bien-pensance comme de la bien-comportance.

 

Et, me suis-je dite immédiatement, il est évident que ce serait une maison où on ne pourrait pas aller comme ça, sur sa simple envie, pour se la jouer rebelle des rebelles et en rajouter à sa carte de visite. Ah non. Pour y avoir accès, il faudrait avoir été préalablement et solennellement excommuniée, condamnée, accusée, calomniée, débinée, rejetée ou que sais-je encore. Avoir été décrétée vilaine, invivable, inintégrable, exagérée, mauvaise féministe qui doute et examine les fondamentaux, méchante agresseuse pas cheffe charismatique pour un sou, insupportable antisexe castratrice (!) empêcheuse de se renifler le cul en rond et en cadence ; ou tout autre poireau pourri accroché à la pochette. Oh, pas nécessairement non plus exterminée, pasque là on serait mortes, juste ce que rêvent d’aucunes, et moi-même ai encore un semblant d’existence. Mais bref, que si on pourrait choisir d’y aller ou pas, la condition d’admission, elle, ne dépendrait pas de notre choix.

 

Mais de celui de toutes celles qui sont professionnellement du bon côté, qui se gardent bien de l’impureté et des incartades, qui chuchotent ce qu’elles pensent et clament ce qu’il faut dire.

 

Le choix, c’est souvent celui des autres…

(Voilà une grande leçon d’humilité pratique, s’pas ?)

 

Et ce seront ces autres, pour le coup, exclusivement, qui choisiront leurs adversaires, celles qui se tiennent contre. Configuration inédite. Responsabilité bien nette. Elles pourront pas dire qu'elles savaient pas.

 

Qu’est-ce qu’on fera dans cette baraque ? Ah, bonne question… Bien sûr, on peut donner bien des réponses. Mais je me demande si toutes ces réponses, vu qui sera là, ne pourraient pas se résumer à nous retrouver, déjà, et à retrouver soi-même. Ce soi-même maltraité, honni, charcuté, soupçonné et laminé dans le lit de Procuste de notre sympathique milieu alterno-féministe/queer (lequel, je tiens à le répéter, n’a absolument pas l’exclusivité de cette pratique règlementaire). J’irais bien jusqu’à dire réapprendre à vivre – mais c’est grandiloquent, et si on est là c’est qu’une partie au moins d’entre nous aura survécu.

Se trouver de nouveau là, parce que le salmigondis militant mainstream de fuites, de négations et de remplacements n’est plus vivable.

Faire chier, par ailleurs, ça ça va sans le dire. On fait déjà chier, rien que par nos bosses et nos épines sur le pourtour bien lisse du milieu.

Réintégrer des limites, des réalités et une raison souhaitables, afin de se libérer (!) de la shlague des ressentis.

Ne plus copiner.

Tenter un féminisme de personnes et non plus de zombies.

Du boulot sur nous, encore et touzours ; mais là on laisserait tomber la sainte famille déconstruction, destruction et dissection. On ferait des fouilles attentives, avec précaution, pour retrouver du (sur)vivant. On se considérerait et reconnaîtrait un peu ; enfin on essayerait. Ça fait si longtemps qu’on n’a pas essayé.

De la résurrection, quoi ! 

 

Bon, tout ça est encore un rêve. Il faudrait précisément avoir une vie, des ressources, des réserves pour embrayer le truc, pour tenter une telle projection, comme on dit en novlangue stratégique. Mais n’empêche, ça peut être gardé tout sec pour le jour où ce sera possible. Pasque vu comme la société en général et notre micro-social évoluent, bien plus de concert qu’ellils ne l’admettent, je pense qu’on ne manquera pas de vilaines ni d’Axe(s) du Bien avant longtemps, longtemps… Un autre monde quoi…

 

En tous cas, je vous le dis, camarades ratons-laveuses, voilà ce qui vous, nous pend au nez à toutes, tôt ou tard, comme les saucisses de la fable. Au nez de votre hypocrisie ; au nez aussi de l'inconséquence idéologique et existentielle de notre alternolande féministe et queer, qui continue à promouvoir, à désirer tout (ou presque) et son contraire.

 

 

La petite murène sans aquarium

 

 


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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 19:24

 

 

 

Je ne me suis pas laissée, hélas, le loisir de vous abreuver de ce que j’aurais bien voulu, si je n’avais pas stupidement largué ma maison : les chroniques Brivadoises. En quoi j’eus pris en une certaine manière l’étonnante succession d’un digne prêtre, historien et anecdotier local mort il y a bien quarante ans, l’abbé Lespinasse – dont je salue ici la mémoire, et les écrits qui ont charmé mes bonnes années.

 

Beh oui, aujourd’hui, le peu de chroniques que je peux vous servir, ce sont celles du café-lecture de Brioude, dont j’ai déjà parlé, échouage incontournable des loosereuses du coin ; ou bien celles de l’abominable village où je me suis moi-même exilée comme la connasse que je suis, Lamothe.

 

Lamothe, c’est vite vu, comme chronique. La classe en moins à l’école, dont j’avoue que je me fiche éperdument, et la réouverture du café qui attire comme des mouches les plus regrettables et sonores ivrognes. C’est je crois la première fois que je me désole d’une réouverture de café, mais là…

 

Quand je songe qu’il y a des années, avec ma butch favorite, on avait rêvé de reprendre celui de Champagnac et d’en faire un bar lesbien. En fait je suis persuadée que ç’eût été possible, et qu’on se serait même très bien entendues, après quelques mises au point (!), avec les chasseurs locaux – lesquels ont été toujours très corrects avec moi.

Je vous le dis et redis, les champagnacoiSEs, c’est vraiment pas comme les abrutiEs de la limagne. Ce sont de vraies gentes, avec de vrais défauts, de vraies qualités, et surtout un certain tact. Tact qui semble disparaître en proportion de ce que l’on désescalade la montagne et qu’on rentre plus dans la modernité.

 

Mais bon, je me suis chassée de Champagnac et les conditions de l’immobilier font que j’ai fort peu de chances d’y jamais revenir, si ce n’est au cimetière. Et donc je vous causais du café lecture.

 

Paradoxalement, je suis amenée à détester cet endroit adorable et qu’on n’aurait pas imaginé possible, à Brioude, il y a encore quelques années. Á le détester parce que je ne me sens pas libre d’y aller, que je m’y rencoigne pour échapper au gourbi ignoble où les gentes font semblant de ne pas me mater, et où mon propriétaire et logeur me pisse littéralement sur la tête (c’est là qu’on se rappelle que les mecs, jusqu’à ce qu’ils soient en fauteuil roulant, pissent debout et y tiennent).

 

C'est le signe de la déchéance, que de ne plus avoir de possibilité de joie.

 

C’est fort dommage. Et c’est d’autant dommage que je ne suis visiblement pas la seule. L’affaire est entendue. Une très notable portion de la fréquentation du café-lecture est assurée, donc, par les déjetéEs et autres épaves sociales de Brioude et des environs. Disons de celleux qui ont le souci de ne pas finir au pmu. Je ne vous étonnerai donc pas en précisant qu’il s’agit principalement de nanas, et de quelques mecs dont certains ne se comportent pas en mecs.  

Beh oui, Brioude est devenue décidément, depuis quelques années, une des ces villes où arrivent des femmes, seules, d’un certain âge qui est bientôt le mien, qui ont galéré toute leur vie, subi les plus ordinaires avanies, avalé les plus énormes couleuvres. Et qui se retrouvent en ce lieu.

 

Ça fait frissonner. C’est un des abrégés effrayants de notre époque qui broie les gentes et les vies comme jamais. On se raconte des fois des morceaux de nos histoires, et j’aime autant vous dire que c’est pas excessivement gai. Mais ce qui est pire, c’est qu’il n’y a plus d’avenir désirable qui transparaît… Rien que de la survie, elle-même menacée. Tiens, hier, encore un des commensaux du café qui se retrouve proprement à la rue, suite à la hargne de ses colocataires.

 

Et c’est là que je mesure encore la valeur immense de ce petit coin que j’avais, qui aurait pu faire refuge, même si on aurait du se serrer un peu. On n’est jamais trop serréEs au milieu des prés. Et de la responsabilité que j’ai envers moi et envers autrui d’avoir anéanti cette possibilité dans un accès de mégalomanie et de bêtise crasse.

 

Je tenterai, si j’y arrive, un de ces jours, de vous faire la paraphrase actuelle d’Une chambre à soi, de Virginia Woolf, et de ce que peut impliquer cette réflexion et cette nécessité aujourd’hui, à l’usage de celles qui se sont pas encore rétamées.

 

Les voilà, les chroniques brivadoises de l’an 2011, qui ne peuvent que témoigner de l’avance de la destruction, de la brutalité et de la dépossession. Et parler des ombres que chassent devant elles ces manifestations éminemment contemporaines. Ombres dont je fais désormais vraisemblablement partie, après avoir tâché toute ma vie d’éviter ce sort.

 

Nous voilà en effet hors du tangible, du réel, sans même causer du digne et du libre. Nous voilà éventuelles, tremblotantes, sur le point peut-être d’être rayées de la carte par une nouvelle vacherie combinée du sort et des humainEs… Quand on s’est précipitée là depuis la sécurité la plus indépendante qui soit, j’aime autant vous dire, la chute est telle que vous retrouvez plus vos propres débris. Déjà ils sont avalés par les chiens errants ou balayés par les municipaux. Pas encombrer la voie publique.

 

Petit à petit, l’espace semble disparaître, se rétrécir. La possibilité devient manque et absence, hantéEs de l’injonction. On peut le subir, ce qui est déjà sacrément insupportable ; mais quand en plus on y aide…

 

Couic !

 

 

LGPP

 

 

 


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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 20:23

 

 

...mais je ne puis m'en lasser. Et au reste je suis loin d'être la seule. C'est une des grandes rengaines de nos affables milieux.

 

Bref, les sénateurices ont voté un amendement, que l'Assemblée recalera sans doute la semaine qui vient (mè bon, c'est pas grave ; si c'est recalé par les députéEs, ça va bien passer en 2012, notre aurore à touTEs), un amendement donc disais-je visant à ouvrir la pma aux couples lesbiens. Sur tous les médias, jusqu'au fond des plus obscures listes, mes congénères les pourtant moins enfanteresses (?) l'annoncent comme la grande victoire sur la misère et l'obscurantisme.

 

Je ne vais évidemment pas chouigner plus que ça ni trouver que c'est mal. Et encore moins apprécier la vieille haine rancie du ministre de la santé, qui rétorque aussi sec que c'est niet. Nan. Et même j'ai pas d'avis tranché non plus sur la "location de gestation", vue que je loue bien moi des services sexuels.

Juste ça me fait drôle, inaltérablement et répétitivement drôle, de voir que désormais l'égalité, si on y tient, semble ne plus se pouvoir mesurer qu'à la similarité, pour ne pas dire à l'identification la plus totale avec straightland.

Et qu'on se met ainsi (beh oui, je suppose que même les trans arriveront à réclamer quelque jour un droit à enfanter) à la traîne du grand mouvement européen d'existence par le môme - qui, notent pourtant des critiques féministes et autres, semble plutôt traduire la misère matérielle et morale croissante de nos vies.

 

L'égalité - pour ma part, et comme bien d'autres, j'ai couru après ce pompon rouge, et j'y ai perdu moi-même et ma vie.  Une très belle vie en plus ! On s'oublie avec rage pour essayer d'être l'autre, cetTE autre que l'on déteste et que l'on envie.

 

Par ailleurs, tiens, le très-bien pensant Rue89 pose, dans un article à cette péripétie parlementaire consacré, une petite question bête qui m'avait tout à fait échappé.

 

En effet, la PMA serait ouverte aux couples. Les nanas seules, bernique. Pourtant, je ne vois pas qu'on élève nécessairement plus mal un et même plusieurs enfants seule qu'à deux, trois ou cinq. Mais non, et ça révèle aussi un autre aspect de notre ressemblance toujours plus grande à hétérolande : la paire (plus ou moins) indéformable comme référence, souhait et rêve.

Question subsidiaire qui court sous la peau du présent : n'est-on (vraiment) lesbienne (et même n'est-on une personne) qu'à condition d'être en relation, de vivre, de manger, de dorloter, de coucher avec une (ou plusieurs) autres ?

 

Je suppose que la nana qui parle dans le docu sur le FHAR savait à quoi s'en tenir sur les réponses.

 

Décidément, je lui tire de plus en plus mon chapeau inexistant à cette immortelle lesbienne, à lunettes très seventies et à la voix assurée. Là au moins y avait de la rupture. Et on cherchait pas à adhérer à l'UNAF.

 

A présent c'est plutôt la recolle.

 

 

Oui, je sais... J'ai du déjà parler de ça à peu près dans les même termes. Mais encore une fois, je ne vois pas pourquoi je me répèterais moins que mes adorables camarades...

Bon, après je ne sais pas ce qu'en pensent les primates acéphales qui sont à l'instant en train de beugler leurs certitudes pastisées sur la place du bourg où je déchois. Je crois que je préfère encore le point de vue lgbstraight...

Mais il est vrai que si je peux choisir, ce que je veux c'est le silence.

 

Déesse, tirez moi de là, bordel ! Je vous promets même d'etre un peu moins aigre et de ne plus toujours cracher dans la soupière !

 

 

La petite murène

 

 

 

 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 20:44

 

 

 

Ce qui reste d’espoir – enfin, si on peut causer ici d’espoir…

 

« Ce qui arrive normalement à tous les vaincus, dans n’importe quel contexte historique : on leur prend ce dont on a besoin sans les nommer ; on leur concède qu’ils ont indiscutablement raison, mais cette raison on se l’approprie et on la fait passer dans le camp du vainqueur, lequel opère avec une telle tranquillité de conscience qu’il peut très bien ne pas s’en rendre compte. Tous les vaincus sont plagiés, au sens large du terme « plagiat », qui peut aller jusqu’à signifier le déploiement, le développement d’un thème initial et même l’appropriation d’une figure représentative. Le sort de la raison du vaincu est de se changer en semence qui germe dans la terre du vainqueur. La semence, toute semence n’est-elle pas vaincue quand on l’enterre ? Et quand elle renaît d’entre les morts, là où elle a été jetée, c’est qu’elle s’est entièrement vaincue elle-même. »


Maria Zambrano, L’homme et le divin

 

Je découvre, bien tard et dans les pires conditions qui soient, les écrits de Maria Zambrano, qui me semble une des auteures les plus pénétrantes du défunt siècle. Disciple insoumise d’Ortega Y Gasset, elle apparaît comme extrêmement exigeante. Elle ne s’est pas réfugiée dans la paresse moralemaria-zambrano, comme beaucoup d'autres de sa tradition philosophique même. Une des grandes figures je crois de ce personnalisme duquel, encore une fois, je me suis avisée bien trop tard, déjà finie….

 

On aurait, mézigue en tout cas, bien envie de manifester une telle classe, intellectuelle, morale et apparente. Mais voilà, nous ne ressemblons plus aux gentes de cette époque, nous sommes produitEs bien plus cheap...

 

 

LGPP

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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