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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 15:43

 

 

Ce qui m’amusait, m’énervait, me réveillait, dans les grandes et moins grandes affirmations de ce temps et de ses équipièrEs, du temps que j’étais vivante, une personne quoi, c’est leur caractère d’antiphrase. Leur capacité, pour ne pas dire leur obstination, à proférer exactement le contraire de la réalité, cette réalité à laquelle, mais oui, je pense que nous avons accès, n’en déplaise aux relativistes de toutes obédiences.

 

Mais voilà, le gisement en est inépuisable, et souvent nous ignorons toute notre vie, bienheureusement d’ailleurs, que telle expression dont nous usons avec abondance et sérieux est juste une négation d’elle-même et donc de nous, une splendide occasion d’anéantissement. Malheur a nous si nous la saisissons…

 

Ainsi de la fameuse chute « libre », qui est à la fois une antiphrase et un oxymoron (ouh la drôle de bête). Il n’y a évidemment rien de libre dans la chute. C’est même la situation la plus enfermée, la plus écrasée, la plus assujettie qui soit. Plus aucune action sur soi, plus aucune décision possible : la pesanteur s’applique de manière absolue. La chute est l’antithèse de la liberté.

 

J’ai longtemps glosé sur la perte. Je me rends compte aujourd’hui qu’il y a un fonds sur lequel on ne doit à aucun prix perdre, et que ce fonds est précisément ce dont nous sommes le plus facilement expropriéEs en cette époque. En échange de babioles sans nombre, de gadgets, d’identités ; et de la chute. Si on peut appeler ça un échange.

 

Gardez-vous de la chute. On n’en revient pas. Ce n’est pas du saut à l’élastique.  

 

 

 

La girafe pouic pouic

 

 

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 20:56

 

 

En attendant de reprendre pour de bon la maîtrise effective de l'avortement, sans toubibs et sans délais !

 

Puisque, hélas, non, l'avortement n'est pas dépénalisé en france ; les lois successives sur l'ivg sont des lois restrictives de tolérance qui sont chapeautées d'un préambule pro-vie ; l'imposition de délais et de parcours obligatoire grève lourdement la priorité prétendument donnée au destin des nanas ; toute aide procurée hors délai et/ou hors milieu médical est susceptible de poursuites.

 

Eh bien quand même, ça fait plaisir que cette initiative contre la culpabilisation et la dramatisation :

 

http://blog.jevaisbienmerci.net/

 

(voir aussi ce site : /http://www.womenonwaves.org/)

 

...et MLAC again !


On sent bien, et ç'avait été clamé à l'époque, combien le gouvernement de 74 avait la panique de voir les nanas de plus en plus nombreuses maîtriser la méthode Karman, s'entraider sans honte, ne plus avoir besoin des institutions, ni de permission, ni d'aumône ; et combien ses successeurs ont soigneusement gardé la clef tout en "libéralisant" à la pépie...

 

Et - sans attendre - on se retrouve à se battre pour empêcher la fermeture de services d'orthogénie, de plus en plus de jeunes toubibs refusent de pratiquer les avortements, bref même l'espace bien réel de liberté ouvert par les lois se rétrécit comme peau de chagrin.

 

Se battre, refuser la fatalité, réapprendre, cesser de criminaliser les avortements tardifs. Pour l'extension à ses possibilités de la liberté d'avorter, et du choix de comment, de quand, d'où, d'avec qui.

 

Forcer une dépénalisation réelle et effective. Se donner les moyens d'en profiter.

 

Y a du boulot. Sur tous les fronts. Et ça commence effectivement par l'affirmation que ça le fait !!

 


 

 

La petite murène, pute, antisexe et pro-avortement (ce qui fait beaucoup, elle est la première à le savoir). 

 


 

 


 

 

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 12:29


 

 

« Vous n’êtes qu’un thermomètre planté dans le derrière des Français pour mesurer leur degré de xénophobie »

Sophia Aram, commentatrice télévisuelle, à un de nos culbutos médiatiques favoris 

 

 

 

...quel est un des récents livres qui fut des plus vendus à la fin de l’hiver dans ce fichu pays ?

 

C’est la réédition d’un déjà vieux roman faiblement apocalyptique et parfaitement décomposé d’un certain Jean Raspail, paru pour la première fois il y a près de quarante ans, intitulé « Le camp des saints », et qui narre une espèce d’invasion désarmée du dit pays par une foule de gentes miséreuXses venuEs d’Inde sur des rafiots. D’un point de vue éminemment dégoûté, peureux et haineux. Du point de vue de ce peuple que le vieux Darien, qu’on bien tort d’oublier, vouait aux gémonies.

Mais qui, de nos jours, peut se vanter de n’en plus être ? Nous sommes tellement rancis, réclamantEs et aggrippéEs aux bénéfices en voie de tarissement, que cette ignoble posture nous concerne, nous peint touTEs…

 

Ça ne fait donc que confirmer le fond moral qui prévaut, et l’illusion qui consiste à renvoyer sur quelques gouvernantEs anxieuXses pour leur réélection ou sur une parti d’extrême-droite la source de la haine d’autrui, de la mesquinerie avare et de la guerre de touTEs contre touTEs, alors que ces caractères suintent des désirs morbides de la population, pour ne pas dire de ce peuple dont tout le monde prétend gratter les plantes de pied. Ce peuple de charognardEs qui hésite entre les juges et les managers, ne sachant pas trop où porter ses fantasmes. Ce peuple dont je fais tristement partie, dans une ornière, depuis que j’ai perdu mon indépendance par bêtise.

 

Ce qui me frappe dans ce bouquin, en outre, c’est que l’invasion décrite n’est pas armée. Que c’est justement sa faiblesse et sa misère qui lui donnent l’élan et le fondement. Et que ça marche. Et que le vieux catholique tradi Raspail se retrouve donc, avec ses congénères plus jeunes, à tranquillement piétiner toute la tradition chrétienne, en dénonçant et en vomissant la pauvreté, la faiblesse, l’abandon, et enfin pour tout dire le catholicisme – dont la traduction littérale du grec est « universel »… Le cantique, si je puis dire, des tradis, en ce moment, c’est un francisme exacerbé, le mépris de la pauvreté, une avidité littéralement calvinienne pour l’individualisme concurrentiel et pour la richesse, devenue sceau d’élection alors qu’elle est condamnée sans appel dans l’Évangile, ; et aussi une haine disqualifiante des musulmanEs qui ne ressemble plus du tout à un quelconque apostolat ni même à une lutte de foi(s). J’ai beau être souvent excédée par l’exotisme « déconstructeur » qui se colle comme un chewing gum à tout ce qui paraît « autre », là il n’y a pas photo. Il y a même, je dirais, quelque chose de démoniaque dans les propos tenus (voir un site comme perepiscopus par exemple) et leur bassesse larvaire, bavante.

 

Je dis ça, pasque ça me rend particulièrement furaxe ; mais ce n’est et de loin pas l’apanage des catholiques… La peur haineuse s’élève d’un peu partout. Tripale. Tripale mais également bien structurée par des siècles de dénonciation de l’abstrait, du méchant abstrait qui va dévorer le réel, et qui prend toujours la figure de l’autre… comme d’ailleurs du « capital » opposé au « travail » - ah, ce travail porté aux nues à la fois par les plus réacs et les progressistes. Ça ne vous titille pas l’oreille. Je vous renvoie à ce sujet aux textes de Postone et autres, parus sur Palim Psao, dans la rubrique « boucs émissaires ».

 

Je suis épouvantée de voir, au cours des années, et ce n’est pas un phénomène nouveau (voir les années 30…), les gentes qui pour une raison ou une autre en ont marre de la bien-pensance exotisante, déjà bien puante, basculer dans la tinette de dénonciation de l’autre « abstrait », et des plus misérables sophismes de vieille droite parano. Il y a une espèce de paresse ou de paralysie intellectuelle et morale qui attire vers les bas fonds. Qui sont déjà surpeuplés. « Avoir une position critique », si on tient à ce terme amplement galvaudé, ne consiste pas plus à « adorer ce qu’on a brûlé » qu’à croire à tout ce qui semble aller dans le sens de ce qu’on désire.

Cette paralysie est à la fois individuelle et collective. Combien de fois des gentes (je songe ici par exemple à Jacques Ellul, entre mille autres) qui se sont escriméEs toute leur vie à l’examen et à proférer des choses fort intéressantes, se mettent subitement, ou moins subitement, à répéter des mantras pourris depuis quatre siècles. Mais ça se retrouve dans le collectif, et avec en ce moment une force inouïe.

Actuellement, la paralysie morale précipite de plus en plus de gentes vers les rengaines et les évidences de droite et d’extrême-droite. Inutile de chercher d’autres termes pour moins fâcher. Il y a toujours finalement « trop de ». Le « bien commun », qui représente en général la tranquillité dans l’accumulation rampante et ignoble, doit être préféré à toute considération morale. L’utilitarisme le plus crasseux s’étend désormais d’un bout à l’autre l’échiquier politique.

 

Je lis un article de l’inévitable Monde sur « le retour des réacs ». Il semble que cette abrévation soit devenue depuis quelques années une nouvelle marque de fabrique. Je dois avouer que j’ai d’emblée bien rigolé quand j’ai vu écrit que « le plus cultivé d’entre elleux » serait… Éric Zemmour, humoriste de son état, bulle banale et nauséabonde parmi tant d’autres. Zemmour cultivé… On aura décidément tout lu, tout entendu.

Il ne suffit pas d’avoir lu Bagatelles pour un massacre dans les toilettes pour être cultivé. Il faut aussi être ne mesure de comprendre quelque chose. Rien qu’à lire les platitudes mesquines de ces gentes qui par exemple se parent de mon vieux maître Léon Bloy, ce dont il doit faire des loopings dans son caveau au Bourg La Reine, ça se voit qu’ellils sont misérablement incapables de le saisir.  

Chez les (ex ?) féministes, on voit une Zelensky à Riposte Laïque ! Ah c’est pas beau.

(Purée, il faudra un jour que j’écrive sur l’usage abusif que tout le monde, sans exception désormais, fait de ce mot, laïc, qui est un terme religieux catholique, rien de plus, rien de moins, pour désigner les membres de l’Église qui ne sont pas consacréEs. Et qui semble avoir été cambriolé avec les lieux de culte par les agnostiques militantEs de la fin du dix neuvième siècle. Pourquoi est-ce qu’ellils n’osent pas user d’autre mot ? ).

Mais bon, ça ne veut pas dire, parce qu’ellils sont probablement plutôt aussi incultes que la moyenne générale, que tout ça est inoffensif. Au contraire, vu la détestation généralement affichée envers le savoir et l’intellectualité. Il n’est pas indifférent que ç’a toujours été une rengaine dans les camps de travail et d’extermination, de quelle dénomination que se parent leurs créateurEs : purger la culture. Purger de la culture. Divers survivantEs ont attesté cette mâle et populaire déclaration. De partout on accuse la culture et le libre examen, crimes bourgeois® et élitistes®.

La déesse sait si je suis atterrée par la stérilité morale de mes petitEs camarades déconstructivistes, par le remplacement systématique de l’examen par le dogme et la peur (voir « Renouveau charismatique »). Il me paraît bien évident que ces « nouveaux réacs » sont nos frères et sœurs siamoiSEs dans le salmigondis de peur, de haine, de désir d’éradication et d’idéal justicier. SeulEs les têtes à couper changent (et encore, je crois qu’il y aurait consensus sur certainEs). L’illusion obsessionnelle de la justice terrestre aux cents yeux mène tout simplement à l’extermination réciproque et à la paranoïa normalisée. On le sait depuis longtemps mais semble-t’il on ne s’en lasse pas. Et ouvre par là des « boulevards » à tout ce qu’on prétend combattre, en adoptant sa logique.  

N’empêche, là ça bascule sérieux du côté de ces prétenduEs réacQUEs qui ne réagissent à rien, à part à leur assurance retraite. Et au voisin qui fait des barbecues.

 

Mais bon, si ces gentes là continuent à tournicoter sur le petit baromètre à personnages de la faveur publique, ça en dit tout simplement long sur ledit public, ce fameux peuple que tout le monde revendique, adore et à qui on gratte les plantes de pied. C’est un peuple de charognardEs, revanchard, soupçonneux. Un peuple qui ne rêve que guerre sourde, torve, de touTEs contre touTEs, de safety et de spoliation légale. C’est nous, coucou !  

 

Comme écrivait mon vieux maître, « à chaque fois que la république change de chemise, c’est pour en mettre une plus m….euse ». Là, ce n’est pas que « la république ». C’est tout simplement que nous sommes en train de glisser d’un monde déjà bien crade dans un monde encore plus ignoble. Ridicule et odieux. Et, je suis triste de le dire, que nous avons tout fait pour arriver à ce résultat, en laissant nos vies devenir toujours plus dépendantes et indignes. Toujours plus réclamatoires de béquilles et de « droits », de nettoyages et d’éradications. Toujours plus soucieuses d’être « du bon côté » et de ne jamais se tromper. Toujours plus sécurisées avec cependant - impossibilité dirimante - toujours moins de limites. Nous avons stérilisé, ensalé notre propre champ de vie. Eh bien voilà. Les créatures qui vivent d’autant plus aisément que la liberté recule au profit d’un confort problématique enduit de crainte sont de retour. Ces créatures subsistent en, sur nous. Collectivement et individuellement. Elles peuvent bien prendre toutes les formes possibles et imaginables, et nous, tenter de les exorciser avec des anathèmes. Ça ne prend pas.

 

On n’en sortira jamais tant qu’on se réfugiera, enfin façon de parler, dans le règne de la haine et de la dénonciation, du culte du nombre et des opinions veules, des calculs de polices d’assurances et des vengeances torves. Ni dans la dénonciation facile que quelques bilboquets, qui ne sont que les émanations de tendances ignobles à l’œuvre partout.

 

Évidemment, ne pouvant pas plus m’empêcher de mal penser et de suivre des associations d’idées peu recommandables, non plus que la patte de grenouille morte de se contracter sous l’effet du courant, je me suis souvenue d’un bouquin, l’auteur duquel je ne me rappelle plus non plus que du titre, que je n’ai pas le courage de chercher à nouveau. Comme on m’en a reparlé, avec engouement, il y a peu, je suppose qu’il se diffuse. Je m’en rappelle parce qu’on me proposa de participer à sa traduction, il y a des années, lorsque j’étais et vivante, et engluée jusqu’au cou en alternolande. C’est un livre écrit par un américain, un soucieux d’être du bon côté. Il y démontre combien la non-violence, et peut-être la critique de la violence en général, est une sombre tare bourgeoise dont nous devrions nous défaire sans délai. Il est vrai qu’il a été en cela précédé par une grand nombre d’idéologues aux mains moyennement propres (mais, comme disaient d’autres, la propreté est aussi une tare bourgeoise, etc…)

Cela me revient à l’esprit, parce qu’une position donnée implique la négation de sa contraire. Ici, si « l’usage de la force », comme on dit si bien dans les commissariats, est légitime, il en découle que la faiblesse et le désarmement, au sens d’être désarméEs, sont des attitudes ou des conditions à fuir avec horreur.

 

Ce qui est, étrangement, excessivement proche des conclusions du livre ci-dessus, qui se termine par le massacre des envahisseurEs désarméEs.

 

Il faut bien sûr repréciser une chose : les désarméEs ne sont pas des humainEs. Non plus que d’ailleurs touTEs celleux contre qui la violence est déclarée légitime, ce qui réalise instantanément le tour de magie de faire justement disparaître ladite violence en tant que telle. On ne frappe, on ne tue plus, on nettoie l’humanité de ses ennemiEs ou de ses lourdeurs.

 

Les désarméEs, les déracinéEs, comme les « bourgeoiSEs® » d’ailleurs (!), sont des bolosses, selon la sympathique terminologie qui se répand depuis quelques temps, et qui dit bien ce qu’elle veut dire. Les bolosses sont celleux qui ne savent pas se défendre, voire pas agresser, et qu’il est loisible, dans un monde de dureté institutionnalisée, de dépouiller et de détèriorer sans remords excessifs.

 

Et avec fondement politique, si ce n’est moral. Jean Raspail, en effet, partage avec l’auteur ci-dessus cité l’axiome que l’état de desarmement et de faiblesse est par nature hypocrite, trompeur, qu’il égare les aspirations encore une fois légitimes de celleux qui veulent, selon leur position de départ, avoir ou conserver, et que l’extermination de celleux qui présentent ce caractère est un acte recommandé autant qu’agréable. Ellils ne sont d’ailleurs pas vraiment humainEs, puisque représentantEs, portereuses même à un sens quasi médical, des abstraction honnies. Bref, le meurtre n’est ici pas vraiment un meurtre, etc.

 

Ce qui sous-tend tout ça, hormis la personnification des abstractions qui concentrent le néfaste, les méchants ismes, c’est le mépris infini pour la faiblesse. La haine. La peur pourrait-on dire même, et cela nous ramène à cet immense prurit de « phobies » en tous genres qui se cuisine désormais pour qu'on puisse se définir et se placer quelque part. Ce qui rassemble et facilite la haine, le « passage à l’acte, » dans tous les sens, c’est la faiblesse, cette qualité honteuse. Il ne faut pas être faible. Être faible c’est déjà être traître, incarner la gangrène. Ce que personne ne veut consentir à être, dans un monde où toute la valorisation colle aux manifestations existentielles qu’on définit comme viriles, qui le sont effectivement par accaparement, mais bien plus généralement celles d’une espèce de darwinisme social, où le devoir des vraiEs en tous genre est de savoir manier la domination, comme d’un outil, ces tristement fameux « outils » qui nous ont remplacéEs, squattéEs et zombifiéEs il y a déjà belle lurette. Ces outils qui véhiculent la logique, comme des instruments chirurgicaux les virus, que « la vie n’est pas tendre et donc, nous n’avons pas à l’être », comme disait encore récemment aimablement une camarade. Bref, que nous devons toujours nous identifier au pire et à ce qui détruit, sous peine de disqualification dans la course à la dureté et à l’impitoyable.

 

D’où une espèce de fouillis farouche, duquel il ressort cet étrange paradoxe de la faiblesse individuelle renversée en indice d’exaction sociale profonde. Difficile d’oublier que c’est ce qui colle, paradigmatique, aux JuiFves depuis quelques millénaires : la faiblesse comme tromperie et masque d’un complot universel. Et la personnification dans un groupe social du mal abstrait qui souvent y est adjointe (voir là encore Postone, supra). Mais on en voit des conséquences tout à fait impérvues, comme récemment l’assimilation aux USA des NoirEs… à l’élite – le vrai peuple, fier de son inculture crasse et de ses haines moisies, étant paraît-il Blanc et teapartiste.

 

Eh bien oui, que dire ? On est des bolosses, vulnérables, inrompuEs à l’exercice de la haine et au mépris de la pensée, jetéEs sur les rivages les plus inhospitaliers. Vous vous demandez « de quel côté » on est. On est dessous.

 

Et résignéEs bien plus souvent qu’il ne paraît, par manque d’illusion sur les remèdes qui prolongent le mal. DésarméEs. Non-violentEs. Pas parce que nous n’aurions pas de colère, ou même de rage. Mais parce que nous savons que la culture de la force est précisément celle qui nous a menéEs où nous sommes, et nous y a laisséEs.

 

Oï weh !

 

 

 

La merle blanche déplumée

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 13:48

 

 

cela ne nous (les lgbtetcetc.) réussit pas de vouloir "être comme les autres". Peut-être parce que les autres c'est irréductiblement nous, et qu'il y a là une aporie, un gap logique et un infarctus de la signification. En tous cas, les images, les icônes qui sortent sont de plus en plus "éléctroencéphalogramme plat".

Maintenant, c'est une "Marianne à moustaches", et attention, pas n'importe quelles moustaches, pas les tombantes de "mon beauf" ni d'Astérix par exemple, éminemment gerbatives, mais celles en guidon de vélo de Guillaume II ! Je renonce à aller quérir une once de raison là-dedans.

De ces autres, ou de ces "non autres", d'hétérolande quoi, nous aurons finalement cherché à importer prioritairement la reproduction, le mariage et le ridicule. Les trois vont dramatiquement bien ensemble.

 

 

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 10:41

 

 

Mater natura. Ce n’est pas un des films du top seize des productions trans, mais finalement c’est un des plus agréables que j’aie vu. Il est raisonnablement caricatural dans ses figures, exactement comme nous, mais surtout il se termine bien ! Vraiment bien, avec espoir. Et ça c’est pas souvent. On y échappe à l’amour réalisé, le couple heureux ou que sais-je, qui il faut bien le dire me laisse toujours un petit goût dans la bouche à la fin de Better than chocolate, mon autre film « positif » recommandé en sale période. Et qui sent déjà le sépulcre.

Eh ben non, ça se termine pas en couples ni en touches-pipi stylisés, mais à la cambrousse, dans une région d’Italie que je ne connais pas, ou une maman trans, une vieille de la vieille qui en a vu et avalé, a eu la lumineuse idée d’aller s’installer ; et invite les copines esquintées à venir fuir Rome et modernlande. Et biolande, accessoirement, puisqu’on s’y retrouve entre trans.

 

Évidemment, suivez mon regard. Ce n’est pas par hasard que j’aime cette fin, moi la trans rurale à la ramasse, qui a toujours eu des idées derrière la tête, qu’elle aurait d’ailleurs mieux fait de faire passer avant la course à la militance et la loyauté envers des bio hypocrites et mauvaises (oui, ce soir j’ai envie de cracher un peu ma rancune envers les bio en tant que telles).

 

Ce qui est remarquable, c’est qu’à aucun moment dans le déroulé on n’a l’impression que la doyenne a une espèce d’idée genre « autonomie politique rurale » ou autre machin qui nécessite de voir les gentes, à commencer par soi, comme des quilles utilitaires. On sent qu’elle pense à elle ; et que parce qu’elle pense à elle, elle se montre capable de réellement penser aux autres, en tant que personnes.

Par ailleurs, qu’elle a compris que, sans base matérielle, sans continuité, sans terre même, les personnes ne sont rien, moins que rien, implosent.

 

Nous sommes devenues radicalement incapables de songer à nous, dans un égoïsme et une dignité qui pourraient partager. Le chacunE pour soi qui a tristement remplacé le souci de soi-même s’est tout simplement et logiquement mué en sauve qui peut. Nous sommes dissoutes dans un tel bac de culpabilité, de haine de soi, de soucis externalisés et formatés, qu’on y retrouverait même pas nos yeux qui flottent.

 

Bref, Mater Natura nous présente – allez, je l’ose – une bonne alternative. Celle de gagner un terrain, en en abandonnant un autre, un très moche où nous ne pouvons que dépérir.

 

 

La merle blanche

 

 

PS : Tout le monde cause en ce moment de "Tomboy". Je ne suis pas arrivée pour le moment à m'en faire une idée précise, mais si il donne autant envie de vivre que La naissance des pieuvres, z'avez intérêt à vous gaver d'antidépresseurs avant d'aller le voir...

C'est dingue à quel point l'autodestruction par la glaucité a gagné ces dernières années la filmographie lesbienne...

 

 


 

 


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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 11:05


 

 

« Au poil. Cassez vous ! Les clients comme vous c’est le baiser de la mort »

Lana Lee, in La conjuration des imbéciles, de J.K. Toole

 

 

 

Nez vide amant, comme disait quelqu’un que je n’ose même pas citer, dès lors que la subsistance du travail sexuel en France est redevenue une question, on voit arriver tous les faisans de l’élevage médiatique en quête de quelques grains de notoriété en plus. Celleux qui ne peuvent vraiment pas s’empêcher de vagir dès qu’on leur retire la mentonnière. Et qui croient qu’afficher une bien hilarante position « pro-putes » va leur valoir réputation d’intégrité rebelle et peut-être même passes gratuites, pendant qu’on y est.

 

J’ai presque envie, là, de dire ceux-là, pasqu’à cette heure c’est pour ainsi dire que des mecs. Et du lourd. Donc, dans la famille le baiser de la mort, Pascal Bruckner, qu’être réac au mauvais sens du terme, celui de la sauvegarde des petites et grandes économies, ne protège pas du tout de la banalité ni de la bêtise. Lequel s’en prend - comme c’est profond, original - au moralisme qui nous mettrait en péril. On sait pas très bien qui est nous, lui ou, justement, nous, les tapins. Mais ce que le père Bruckner n’a pas bien vu, dans sa myopie exercée, c’est qu’il n’y a justement plus aucune position qualifiable de morale en jeu ni en lice ! Et même que c’est un sacré élément du désastre contemporain.

 

Plût au ciel qu’on se battît à coups de vrais principes, de ceux qu’on argumentait avec un St Thomas d’Aquin ou même encore bien plus tard, alors que l’utilitarisme, la courte vue et les cités idéales pondaient déjà leurs œufs d’exploitation et de réduction aux quatre coins de la planète ! Ça serait sanglant, si j’ose dire, mais ça serait intéressant. Un vrai principe à la fois englobe, mais aussi détaille. Il ne se réduit pas à une assertion massive supposée plaire à une majorité peu exigeante. Un vrai principe est, j’ose le dire, discutable par essence. S’il ne l’est pas ce n’est pas un principe, c’est une trique ou une imposture qui se la pète.

(Discutable, évidemment, pas au sens biaisé et disqualifiant qu’on lui donne désormais, précisément parce que l’époque n’est plus du tout à la discussion. Discutable au sens où on peut comprendre, saisir les éléments, les confuter.)

 

Non, là, ce ne sont plus au fond que des calculs qu’on rentre dans la « machine sociale » perçue comme un ordinateur géant. En vue de quelque résultat. Car voilà ce qui stérilise la pensée politique et autre : on ne part plus de rien, ni de réalités, ni de suppositions, ni même de vérités (puisque la vérité n’est plus censée exister). On veut arriver. Arriver au bonheur obligatoire, à un monde sans contradictions, sans risques et sans périls, e autre chabreloches tantôt guerrières, tantôt électorales. Arrivisme général, pourrait-on dire. Et qui est si concentré qu’il fait cliqueter les détecteurs à fond la caisse, qu’on s’approche des prohis, ou des défenseurs du bon vieil ordre sentimentiel des choses – et des gentes. Ce n’est pas « même combat », ça non, c’est clair. Mais c’est même conception du monde. On vise ce qui paraît et est scellé comme incontestablement le bien, on calcule comment, on enfourne tout ça de gré ou de force.

Historiquement, ça donne souvent de tous autres résultats même que ceux escomptés. Mais comme ni les buts ni les moyens ne sont susceptibles d’examen, eh bien on recommence, jusqu’à ce qu’on y arrive, qu’on échoue dramatiquement, ou qu’on passe à une autre urgence.

 

Bref, de tous les côtés, c’est le baiser de la mort qui clapote. Mais nous on est vivantEs, enfin un peu, encore, j’espère. On est réelles. MaintEs clientEs qui n’écrivent pas dans le Nouvel Obs aussi. Je n’hésite pas à le dire, nous sommes une des vérités, patentes et tangibles, dont on a peur désormais de partir. Peur n’est d’ailleurs peut-être pas le mot juste ; je soupçonne de la roublardise, pour tout dire. On sait très bien qu’il y a du vrai et du réel quelque part, mais que ce soit dans l’armada prohi ou bien dans la potentielle armada quoi déjà… mon dieu, comment est-ce qu’y vont se définir ?... ça fait peur… passons ! – eh bien chez les deux, on est bien décidé à nous ignorer superbement. On est de la viande, sensible, on ficherait la machine à calculer en l’air si on entrait dedans. On ne peut plus y entrer que tranfiguréEs en données rachetables, insérables, en futures producteurices de valeur admissible, taxée et tolérable ! Ou en symboles de l’ordre éternel, c’est selon. Mais numériséEs, atomiséEs, comme dans les cauchemars de K.Dick !

 

Eh ben queud’ch, messieurs et mesdames les missionnaires prohi comme les faisans fraîchement reteints « pro-putes ». On ne vous servira pas de chair à canons ni à réformes. On n’entrera ni dans vos raisons, ni dans vos calculs. Précisément peut-être parce qu’ils n’ont rien de moral, d’humain même, et que c’est un vilain mensonge que de les présenter ainsi ! Comme c’est mensonge aussi de dire que les clientEs ou l’exploitation sont les « cibles », alors que c’est notre peau que vous voulez, nous que vous désirez faire disparaître (ou asservir), mais vous osez plus le dire. Et, qui sait, même plus le penser ! Macache. On va continuer à vivre - c’est une demi-morte qui vous le dit, gare ! Et peut-être même on va ramener un élément de réflexion réellement morale, comme un peu d’honnêteté intellectuelle, dans ce monde de brutes !

 

 

Plume, la merle blanche

 

 

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 14:58


 

Le couloir. Dans la famille des pièces horribles de l’habitation humaine, de comment nous nous habitons ou bien de comment nous ne pouvons justement nous habiter, on a beaucoup causé, moi la première, du placard. Mais du couloir ?

 

Cela fait un an que je suis dans le couloir. Couloir matériel et moral. Le couloir n’a pas de fenêtre, le couloir est sans lumière, le couloir est hideux, on entend les autres beugler ou ricaner autour. Le couloir n’ouvre que sur la mort, s’il se peut ouvrir. Il faudrait un ouvre-boîte énorme, surnaturel pour nous (oui, nous, je suis loin d’être la seule dans un couloir) sortir de là !

Le couloir n’est pas hors du temps ; au contraire, il est en surpression de temps concentré qui vous suce et vous  broie. Combien d’années ai-je déjà « pris », donc perdu, dans le couloir ? Cinq, dix ?

 

Ce matin, j’ai craqué ; crise de larmes en plein marché de Brioude. J’y suis connue, très, à ma manière. Mais je n’ai personne à qui parler ici. Et encore moins à qui faire confiance. On me respectait du temps que j’étais et donc paraissais forte. Personne n’aurait osé regarder de travers la trans de Neyrolles, oulà. Á présent, misérable l-trans à la rue, et comme telle fameuse, je sens la commisération qui se teinte d’agressivité lâche. J’entends les griffes pousser. On me demande « si ça va » (ben non c…sse, tu vois bien que ça va pas, si je chiale recroquevillée sur un banc de la Place Lafayette – les gentes, des fois…), je réponds presque muette « voui, voui ». J’ai juste envie qu’on fasse semblant de ne me pas voir. Qui pourrait de toute façon intervenir, et pour quoi, dans ce couloir que je promène aux quatre coins de l’arrondissement ? La honte ; dans ma maison au milieu des prés je pouvais bien hurler de douleur sans enquiquiner personne.

 

Et, comme pour le placard, on a honte d’être, de rester dans le couloir. Dans ce cul de sac. Et de pas faire ce qu’on devrait faire, eh ! Alors on s’agite encore plus, on se désarticule et on se déséspère. Je passe ainsi mon temps à me haïr de n’avoir pas réalisé, d’avoir moi-même détruit ce que je promeus depuis des années, autonomie rurale, retrait de ce monde, création d’une base de vie. Responsabilité écrasante en cette époque de dépossession et de dépendance généralisée.

De me détester quand je vois toutes les copines en galère morale et matérielle que je pourrais aider, directement ou indirectement, si je ne m’étais pas moi-même foutue à la rue.

Et même, je me tanne de ne pas écrire tout ce que je m’étais promis – que dis-je, assigné d’écrire, parce que je ne le lis nulle part.

Trop nulle je vous dis.

 

Je me suis moi-même enfermée dans le couloir, aidée il est vrai par toute la pression morale et matérielle d’une époque de misère, de milieux hypocrites. Mais je les savais bien tels, cette époque, ce milieu, nom de la d…sse ! Alors, comment, pourquoi ai-je pu moi-même me mettre en danger, en ce temps où la moindre erreur de calcul vous pousse à jamais dans le fossé social ?

 

Et voilà, selon la bonne vieille culpabilité intériorisée, cultivée, c’est tout de ma faute. Il fallait être à la hauteur de ce monde, si on ne voulait pas être à sa bassesse. Entre les deux, zone de mort.

 

Le couloir est le lieu où se concentre toute la haine possible envers soi-même. Comme le placard. Mais le placard a une porte, une espèce de direction. Le couloir, aussi étonnant que cela puisse paraître, ne mène nulle part, si ce n’est encore une fois à l’anéantissement de la personne.

 

Bon dimanche

 

 

La rurale à la rue

 

 


 

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 12:50

 

 

Une fière chevalière et un peu cheftaine de l'espèce de croisade anti-putes en cours de rassemblement passe, paraît-il, finement sur les faits, raisons et arguments qu’oppose un syndicat à cette louable entreprise, en résumant la question à : « Ellils sont 200, au Strass ».

 

C’est très intéressant parce qu’en trois ou quatre mots, on a d’un coup le dynamomètre de la pensée qui gît dans ce genre de mentalité.  « Plus on est nombreuXses plus on a raison », et même inversement. C’est même un critère sûr et certain. Ça évacue toute ratiocination sur les contenus, les réalités, les arguments, la logique même… Tout cela n’a aucune espèce de poids, à défaut d’importance On compte et voilà. Les plus fortEs gagnent. Comme c’est inhabituel !

C’est vrai que ça évite de se casser la tête. Ce qui semble être une priorité de la politique-spectacle actuelle.

 

Ça fait de la peine de rappeler les innombrables fois dans l’histoire où une majorité a eu tort, pensé en chœur n’importe quoi, et au besoin commis des horreurs.

 

Je me suis même laissée dire qu’agacée par une contradictrice qui lui agitait au nez l’éventualité tout à fait invraisemblable que des tapins puissent l’être volontairement, aussi librement qu’on peut l’être dans une pareille société, et y trouver leur intérêt, la même cheftaine aurait répondu tout à trac : « On va pas faire une loi en fonction d’une minorité ».

 

Ah bon ? C’est bizarre, la doxa néo-féministe etc. semblait justement affirmer le contraire depuis quelques années. Est-ce à dire que les partisanEs du nettoyage social et sexuel vont partir en campagne, par principe, contre l’extension du mariage aux couples de même genre, par exemple. Puisqu’une loi ne doit pas être faite en fonction de minorités ?

 

Mais il est vrai qu’il y a les minorités propres, et les minorités sales. Sans parler des lois qui coûtent du fric à redistribuer, et celles qui coûtent rien ; tout du moins dans un premier temps. C’est marrant, les lois qui stigmatisent et excluent, et plaisent tant aux propres, sont généralement de la seconde catégorie. Les bonnes âmes de gouvernement en savent quelque chose. Et c'est toujours bon à utiliser dans les époques où les hérissons font leur nid dans les porte-monnaies publics...

 

 

 

Plume, la pute anti-sexe à la rue, toujours à faire chier entre les lignes de front.

 

PS : tiens, dans la famille des lois fumistes, si en france on veut supprimer les putes, en Iran on veut supprimer les chiens. Yes. C'est aussi une forme d'épuration d'ailleurs. Le pays est en faillite, les dirigeants (là pas de E, semble--t'il) discrédités, mais le plus urgent c'est de se dé barrasser des chiens...

Misère de la politique humaine.

 

 


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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 18:05

 

 

Une de plus. Une de plus qui vient de passer de l’autre côté, de ce côté des fois qu’on envie lorsqu’on regarde combien pitoyables sont nos vies. Encore une que je féliciterais presque d’être morte, d’avoir déserté le cirque – mais en fait, elle l’avait déserté de puis longtemps, et c’est tout honneur à elle. Elle n’en manque pas moins, comme toutes celles de la vieille garde ; ce n’est pas une question d’idée mais de savoir-vivre.

 

Dominique Desanti, historienne, biographe, féministe, nonagénaire, une des « universalistes » qu’on honnit ou qu’on oublie (envers elle c’était un peu le dédain, pas assez sociologue sans doute…). Elle ne l’avait pas toujours été. Comme nous presque toutes elle avait mordu à l’hameçon, qui en son temps était le stalinisme.

Rien à dire, on est tellement nombreuses à confondre prise de parti et crédulité, universalité et hégémonie, moi la première, au petit pied de l’alternolande des vingt dernières années, qui croit toujours que s’habiller de noir prémunit efficacement contre la mauvaise foi institutionnelle et la courte vue.

Les couleurs ne guérissent pas.

 

Elle n’avait même pas voulu la jouer cavalière seule, elle rompit avec le parti fin 56, comme une foultitude de gentes soudain choquées par les « taxis Kadar » plus que par les pendaisons. Comme quoi la forme, les procès, la justice, ça impressionne en soi, ça fait taire le doute. Les chenilles c’est tout de suite moins classe. Ça éclabousse plus. Et quant aux camps c’est comme les prisons, c’est invisible pour les gentes normales…

 

Ce n’en était pas moins élégant. On se laisse prendre aux hameçons, on s’y laisse souvent longtemps traîner, par un torve mélange de loyauté, de concupiscence sociale et d’incapacité à s’occuper de ses fesses. Après, un moment, moralement c’est plus tenable. Il les faut arracher. On se retrouve la gueule mutilée. On a le temps ou pas, après, de méditer là-dessus ; question de chance et de destin. De redevenir humaines, bien que diminuées, inquiètes, épouvantées par jusqu’où on a pu aller dans le mensonge utilitaire, épouvantées de voir qu’il y en a encore bien d’autres qui hippocampent devant.

 

Mais bon je vois que j’apologise. Pourtant, que nous sont les vies de nos aînées si nous ne pouvons en prendre de la graine ?

 

Bref, j’aimais bien Dominique Desanti, revenue sommes toute bien plus jeune que moi des emportements. Ses  biographies. Son côté, ben oui, « humaniste », pas dans le sens d’être plate et sans jugement, mais au contraire de baser ce jugement sur le temps et la longue vue. Je lui suis infiniment reconnaissante de son livre sur Marina Tsvetaeva. Je suis reconnaissante à toutes celles qui donnent quelque chose à cette grande nana pour qui l’époque fut si chienne, pour rester même polie.

 

J’aimais bien qu’elle sache voir à travers les positions. Qu’elle ne se pose pas en justicière, elle qui en avait vu d’autres.

 

Tout ça me fait bien sûr penser à une chose, un élément hélas incontournable des biographies, qui est l’amour. Ce fichu amour si totalitaire et inégalitaire. Vous avez sans doute déjà remarqué. On ne traite pas du tour les indispensables histoires de cul, sans lesquelles (presque) plus personne ne lirai une histoire ni ne regarderait un film, selon qu’il s’agit de femmes ou d’hommes. Pour les hommes, c’est un substrat, quelque chose sur lesquels ils flottent, dont on sent bien qu’ils pompent, mais pas tant des conceptions fondamentales que de « l’énergie ». Les nanas et même les gitons leur sont une espèce de soupe nourricière vaguement indifférenciée.

Par contre, pour ce qui est des nanas, c’est constitutif, fondateur, tout ou presque leur vient de « leurs relations ». Ça les modèle, les remplit, les dirige – bref tout ce que la relation est censée devoir faire socialement dans ce cas-là ; informer, au sens sociologique et existentiel. 

Beurk !

Là je lisais dans ma débine le beau et triste Milena, de Margarete Buber-Neumann, laquelle eut le douteux privilège de goûter aux camps soviétiques, puis aux camps nazis quand les premiers la livrèrent aux seconds, de survivre presque inexplicablement, et enfin de s’enfuir éperdument devant des « libérateurs » qui l’auraient certainement exécutée immédiatement. Ce livre donc sur Milena Jezenska, qu’elle connut à Ravensbrück, et que bien sûr on connaît à peine par elle-même, son courage, ses écrits, son indépendance et sa chienne de vie. Ce fut l’amante de Kafka – ah, là, tout de suite bondissement dans l’existant. Non que je n’aime Kafka. Mais juste Jezenska eut parfaitement existé sans Kafka, sans les autres suçoirs mâles qui se posèrent sur elle ; et peut-être plus, ayant eu alors plus de temps à elle. Ce fichu temps, ce fichu espace à nous qui manque de plus en plus à touTEs, mais que les nanas ont expérimenté en avant première.

Et je songe à la vie de m… de Milena Jezenska, en une époque de m…, qui se finit sur un gravas de Ravensbrück. Ça glace.

 

Voilà, trop rares sont, ont été, les nanas, comme Annah Arendt ou Dominique Desanti, qui ont été plus célèbres que leurs inévitables liens masculins. Mais ça existe et ça rassérène.

 

 

 

LGPP

 

PS : ça veut pas dire que les versions mâles étaient nulles. Je n’en veut pour preuve que le travail de Günther Anders, mari d’Annah Arendt, sur la modernité. On publie justement ces jours-ci enfin la traduction de son Obsolescence de l’Homme 2, aux éditions Fario.

 

Mais quand même, si les gentes étaient pas collées, zut, je crois que ça serait mieux pour tout le monde !!!

 

 


 

 

 

 

 

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 18:02


 

Chanson qui fut célèbre dans les seventies, où, il faut bien de lire, je trouve que le registre des chants politiques était bien plus fourni et plus classe que depuis quelques années. Pourquoi je la rappelle, pasque j’ai envie de causer incidemment du rapport des urbainEs et périurbainEs aux bouseuXses en tous genre, où à ce qu’elles imaginent telLEs, à la lumière d’une controverse bien banale.

 

Décidément, comme je le faisais remarquer dans Renouveau charismatique, c’est une époque fort ingrate que celle où on fait assaut de facilité et de paralysie morale de tous les côtés.

 

Je me suis ainsi étranglée, tout autant que la copine qui écrivait peu après qu’elle « ne pourrait jamais manger assez pour en vomir suffisamment » quand j’ai vu passer l’affiche de la pride parisienne, qui représente une espèce de coq assez bizarre, blanc et rouge. Un coq, en tout en pour tout ! Je ne sais absolument pas ce que les concepteurices de ce logo ont réellement pu avoir derrière la tête tellement c’est moche. Et si c’est pour exalter la fRance de mille ans, eh ben même dans ce but c’est franchement débile. Cela dit, le mouvement lgbt ne s’est pas forcément signalé non plus ces dernières années par son intelligence, et je m’étrangle à vrai dire fort souvent devant ses positions comme devant ses non-positions, sans parler de ses images. Je dirais plutôt qu’il manifeste un net opportunisme intégrationniste, qui culmine en ce moment par son silence gêné devant la nouvelle chasse aux putes (via les clientEs), qui va être menée sans doute par les mêmes (le PS en premier lieu) qui lui promettent mômes et mariages. Ah, oui, c’est embêtant d’être serviEs par des politicardEs, hein ? Et, pour ce qui est des images, on ne peut plus lisse, c’est du niveau de la pub des grandes surfaces.

Des fois quand même on regrette les années 70, où on essayait de vivre par nous-mêmes, sans attendre lois et réglements – et où même des fois on réussissait, dis donc ! Mais bon, bien sûr on n’est plus au temps des babos, nous sommes de citoyenNEs modernes, branchéEs, rebranchéEs, indébranchables et de ce fait désormais légèrement dépendantEs. Et urbainEs, je vais y revenir.

Quant aux affiches, je préfère donc pas trop en parler… L’apologie nuit assez facilement à la qualité, pour ne pas dire à la profondeur, et les affiches de prides ne sont généralement pas des modèles. Plutôt des jetables de la minute de l’amour du semestre… Mais incontestablement, celle-ci a cette fois-ci basculé dans le plus intolérable – sauf que je suis gênée d’à qui on colle cet intolérable comme signe.

 

Parce qu’une des réactions, d’ailleurs tout à fait prévisible aussi, m’a tout autant découragée. Celle de Lesbiennes of Colors, qui se lance, assez bas aussi, dans la ridiculisation des paysanNEs, du monde rural, qui comme chacun sait « marche dans la m… », censé être le principe moteur de cette France xénophobe. Ah, ça, y faut bien dire que tous les partis qui ont, dans le vingtième siècle et le présent, caressé cette fibre, se réclament des « racines », ont de bien sales idées derrière la tête. Ce qui est évidemment un vaste foutage de gueule pour des gentes qui autant que les autres promeuvent modernité et déracinement, exproprient à tour de bras et règnent sur un pays où les agriculteurices se suicident de manière massive… Et les principes moteurs de la haine et de la guerre de touTEs contre touTEs semblent tout de même bien plus vivaces dans les villes qu’au fond des campagnes désertées.

 

Il s’agissait bien sur de la paysannerie française, ou de ce qu’il en reste. Je devine la sainte et juste colère de LoC si on s’avisait d’étendre cette critique à l’ensemble humain de ce digne corps, dont font partie encore plus d’un tiers de la population mondiale, et qui tente plus ou moins bien de produire de la bouffe, chose quand même légèrement nécessaire. Pourtant elleux aussi pataugent dans le fumier, comme le coq en question, comme les petitEs paysanNEs auvergnates ou ardennaises.

Donc, comme argument, on pouvait trouver mieux.

 

En outre, je doute assez fort que les têtes de nœuds qui ont pondu l’affiche aient grand’chose à voir avec ce qui reste du monde paysan dans ce pays (ou ailleurs). Et qu’ellils méprisent et ignorent probablement tout aussi fort et même plus que les LoC.

 

C’est même bien là un des nœuds (et re-, donc) de la question ou plutôt de la non question, du donné. C’est que probablement, touTEs les protagonistes réelLEs de cette misérable et ridicule affaire, où les paysanNEs et, on le sent bien, les ruralEs en général, que je ne crois d’ailleurs pas meilleurEs qu’ellils sont, se voient convoquéEs – eh bien que touTEs ces protagonistes et agonistes, prideurs gays comme lesbiennes antiracistes, sont des urbainEs, des péri-urbainEs, des banlieusardEs, bref des gentes intimement liéEs à la ville. Peut-être je me trompe mais je crois pas trop, statistiquement.

LiéEs à la ville, à la concentration, et à une approche, à un ressenti (ce fichu ressenti) – bien urbain de promiscuité, de hargne, d’angoisses, de peur et de violences, fantasméEs et réelLEs. Que de quel côté de la barrière politique et sociale qu’ellils soient, les gays confits de leur leadership social à lgbtlande ou les lesbiennes comme d’hab minorisées et en rage, ellils sont bien forcéEs de communier de cette même coupe.

 

Et que du coup ça fait un peu grincer des dents que de voir invoquéEs, pour les départager, précisément cette autre minorité désormais, dans notre monde d’urbanisation de la vie, les bouseuXses, qui sont sans doute pour les unEs comme pour les autres l’archétype de ce qu’il y a à fuir et à honnir – alors que ce qu’ellils fuient et honnissent, en fait, se trouve tout d’abord en concentré dans l’urbain ! Fut-il affublé d’un coq – assez peu réaliste au demeurant. Ca fait quelque peu réglement de comptes sur le dos du tiers absent...

 

Et aussi, l’impression que ça donne que ce monde rural est le fond du pays, voir qu’il représente une masse grouillante, omniprésente et néfaste, alors qu’il est minoritaire, affaibli et plutôt honteux – ce qui correspond singulièrement au fantasme généralisé chez les urbainEs du dit pays des barbares mal rasés et prêts à l’engloutir. De ces deux côté – urbains, trop urbains – la même peur complètement disproportionnée. Ça ne vous interroge-t’y pas ? Mais de touTEs ces innombrables paysanNEs, mais de touTEs ces innombrables "étrangèrEs", qu'est-ce qu'on va en faire ? parce que vous aurez noté qu'il faut, de nos jours, toujours que tout le monde serve, fut-ce au pire...

 

Pour tout dire, je suis persuadée que personne n’a sérieusement pensé au vrai monde rural au sujet de ce gallinacé plastifié. Et que si c’est une revendication nationaliste, elle est carrément daubée, ratée. Ça ressemble autant et plus à un faramineux trou d’inspiration, dont serait sortie par défaut, comme par hasard, le truc le plus franchouillard et le moins propice à la réflexion possible. Ce qui est alors issu bien autant de la bêtise abyssale de notre époque et, je regrette de devoir le dire, de notre milieu lgbt, que de ses crispations les moins avouables. C’est terrible, mais la bêtise et la facilité ne semblent plus l’apanage particulier de personne actuellement.

 

 

Plume la rurale à la rue

 

 

PS : c'est quand même significatif... Cela fait x années que les prides sont le rendez-vous exhibitoire favori des belles, des beaux, des neujEs, des fièrEs, des présentables, du commerce et des pas pauvres, des zurbainEs, de celleux qui sortent, de celleux qui ont jamais honte, de... Mais de dire que c'était puant, c'était être une mauvaise coucheuse. Va te cacher dans un coin sombre !

 

Aujourd'hui que quelques abrutiEs déjà registréEs dans les catégories suscitéEs se font prendre la main dans la confiote de l'imagerie réac, ah là ça beugle et ça boycotte. La compétition du copié-collé, comme d'hab...

A raison ! Mais des raisons ça fait longtemps qu'on en avait, et qu'on affectait de pas les voir... Ou de les trouver encore tolérables ; on trouve facilement tolérable ce que l'on envie, en fait...

 

Tant mieux que ça boycotte. Il était temps ! Si ça ne pouvait être qu'un début de questionnement de l'arnaque "lgbt" et des ses valeurs... Ca fait fort longtemps qu'on aurait du déserter, touTEs celLEs qui pour une raison ou une autre ne rentrent pas dans les catégories "pleinement humaines". Plutôt que d'aller essuyer une larme et suivre les camions boum boum. Je dis ça pour moi aussi, qui ai longtemps, trop longtemps consenti, à part une fois où on avait essayé de troubler un peu la fête - mais si peu...

 


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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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