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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 11:04

 


 

« Ah ils nous en ont fait applaudir des injures,
Des complots déjoués, des dénonciations,
Des traîtres démasqués, des procès sans bavures,
Des bagnes mérités, de justes pendaisons »

 

Le Bilan, une fois de plus…

 

« Les grandes filles sages restent au ciel ;

les autres vont où elles peuvent »

 

dicton féministe légèrement retouché

 

 

 

Quelqu’un de pas correct du tout, d'un genre à qui j’aurais pas volontiers serré la paluche, faisait remarquer à propos de la peine de mort, à laquelle il avait été condamné (pour raisons politiques), que c’était la « seule distinction qu’on ne demandait jamais ».

 

Il en est potentiellement une autre, qui est l’excommunication. L’isolement subi et décrété, le rabaissement dans l’humain quoi. Je parle ici par exemple de l’excommunication militante. Quand on a été très vilaine, en pensées en paroles et en actes, comme dit le catéchisme.

 

Il est vrai qu’il existe des tordues et autres perverses qui la cherchent, et finissent même des fois par la trouver. Mais savoir si après c’est réellement vivable, ça c’est une autre paire de manches. Je vous invite à venir voir de l’autre côté.

 

Bref, un des caractères fondamentaux de la vraie excommunication, c’est qu’on ne la demande pas à proprement parler. Qu’on l’endure. Peut-être pas qu’on ne l’a pas choisie, mais en tous cas qu’on ne se l’est pas décernée soi-même. Voilà.

Bref, ici, l’autodéfinition, zéro. Exodéfinition totale, au contraire. Jusqu’à l’expropriation, puisqu’il y a exigence de se remplacer soi-même par le jugement – une conséquence parmi d’autres du « tu n’es pas toi-même » qui clignote désormais dans notre arrière-cour. Il est vrai qu’on peut récuser le jugement, si on ne peut décliner l’excommunication.

 

Pourquoi je vous cause de ça ? Vous allez voir.

 

J’ai beau être sur le flanc, dans un garage, sans mes affaires, sans ma vie, sans moi-même, au milieu de nulle part et complètement démolie, il arrive quand même que des nouvelles parviennent à se frayer un chemin jusques à moi. Et les nouvelles sont pas belles, ça s'arrange pas par chez nous. Nouvelles d’anathèmes, d’excommunications, de condamnations diverses et variées sur des personnes tout aussi diverses et variées. Or, durant mes deux ou trois heures de lucidité quotidienne, ben ça me fait songer.

 

Songer que ça commence vraiment à bien faire, les c….ies hypocrites d’hamsterlande. Les protestations d’antinorme, de ne pas détourner la conversation… et les grandes scènes de machine à laver expiatoire, cathartique, pour détourner le feu du ciel – réservées accessoirement à celles qui n’ont pas suffisamment d’assise pour qu’on n’ose pas aller leur regarder dans les trous de nez (mais ça c’est ordinairement humain. Ce n’est pas tant ici l’inégalité qui est scandaleuse, que la désertion croissante de la raison, et le cirque idéologique en lui-même, qui virevolte au son de sa petite musique mécanique).

 

J’ai ainsi subitement rêvé que s’ouvre une maison des vilaines, des pas correctes, des excommuniées quoi et autres anathématisées. Et ce par exemple dans une métropole capitale de l’Axe du Bien, de la propreté et de la bien-pensance comme de la bien-comportance.

 

Et, me suis-je dite immédiatement, il est évident que ce serait une maison où on ne pourrait pas aller comme ça, sur sa simple envie, pour se la jouer rebelle des rebelles et en rajouter à sa carte de visite. Ah non. Pour y avoir accès, il faudrait avoir été préalablement et solennellement excommuniée, condamnée, accusée, calomniée, débinée, rejetée ou que sais-je encore. Avoir été décrétée vilaine, invivable, inintégrable, exagérée, mauvaise féministe qui doute et examine les fondamentaux, méchante agresseuse pas cheffe charismatique pour un sou, insupportable antisexe castratrice (!) empêcheuse de se renifler le cul en rond et en cadence ; ou tout autre poireau pourri accroché à la pochette. Oh, pas nécessairement non plus exterminée, pasque là on serait mortes, juste ce que rêvent d’aucunes, et moi-même ai encore un semblant d’existence. Mais bref, que si on pourrait choisir d’y aller ou pas, la condition d’admission, elle, ne dépendrait pas de notre choix.

 

Mais de celui de toutes celles qui sont professionnellement du bon côté, qui se gardent bien de l’impureté et des incartades, qui chuchotent ce qu’elles pensent et clament ce qu’il faut dire.

 

Le choix, c’est souvent celui des autres…

(Voilà une grande leçon d’humilité pratique, s’pas ?)

 

Et ce seront ces autres, pour le coup, exclusivement, qui choisiront leurs adversaires, celles qui se tiennent contre. Configuration inédite. Responsabilité bien nette. Elles pourront pas dire qu'elles savaient pas.

 

Qu’est-ce qu’on fera dans cette baraque ? Ah, bonne question… Bien sûr, on peut donner bien des réponses. Mais je me demande si toutes ces réponses, vu qui sera là, ne pourraient pas se résumer à nous retrouver, déjà, et à retrouver soi-même. Ce soi-même maltraité, honni, charcuté, soupçonné et laminé dans le lit de Procuste de notre sympathique milieu alterno-féministe/queer (lequel, je tiens à le répéter, n’a absolument pas l’exclusivité de cette pratique règlementaire). J’irais bien jusqu’à dire réapprendre à vivre – mais c’est grandiloquent, et si on est là c’est qu’une partie au moins d’entre nous aura survécu.

Se trouver de nouveau là, parce que le salmigondis militant mainstream de fuites, de négations et de remplacements n’est plus vivable.

Faire chier, par ailleurs, ça ça va sans le dire. On fait déjà chier, rien que par nos bosses et nos épines sur le pourtour bien lisse du milieu.

Réintégrer des limites, des réalités et une raison souhaitables, afin de se libérer (!) de la shlague des ressentis.

Ne plus copiner.

Tenter un féminisme de personnes et non plus de zombies.

Du boulot sur nous, encore et touzours ; mais là on laisserait tomber la sainte famille déconstruction, destruction et dissection. On ferait des fouilles attentives, avec précaution, pour retrouver du (sur)vivant. On se considérerait et reconnaîtrait un peu ; enfin on essayerait. Ça fait si longtemps qu’on n’a pas essayé.

De la résurrection, quoi ! 

 

Bon, tout ça est encore un rêve. Il faudrait précisément avoir une vie, des ressources, des réserves pour embrayer le truc, pour tenter une telle projection, comme on dit en novlangue stratégique. Mais n’empêche, ça peut être gardé tout sec pour le jour où ce sera possible. Pasque vu comme la société en général et notre micro-social évoluent, bien plus de concert qu’ellils ne l’admettent, je pense qu’on ne manquera pas de vilaines ni d’Axe(s) du Bien avant longtemps, longtemps… Un autre monde quoi…

 

En tous cas, je vous le dis, camarades ratons-laveuses, voilà ce qui vous, nous pend au nez à toutes, tôt ou tard, comme les saucisses de la fable. Au nez de votre hypocrisie ; au nez aussi de l'inconséquence idéologique et existentielle de notre alternolande féministe et queer, qui continue à promouvoir, à désirer tout (ou presque) et son contraire.

 

 

La petite murène sans aquarium

 

 


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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 19:24

 

 

 

Je ne me suis pas laissée, hélas, le loisir de vous abreuver de ce que j’aurais bien voulu, si je n’avais pas stupidement largué ma maison : les chroniques Brivadoises. En quoi j’eus pris en une certaine manière l’étonnante succession d’un digne prêtre, historien et anecdotier local mort il y a bien quarante ans, l’abbé Lespinasse – dont je salue ici la mémoire, et les écrits qui ont charmé mes bonnes années.

 

Beh oui, aujourd’hui, le peu de chroniques que je peux vous servir, ce sont celles du café-lecture de Brioude, dont j’ai déjà parlé, échouage incontournable des loosereuses du coin ; ou bien celles de l’abominable village où je me suis moi-même exilée comme la connasse que je suis, Lamothe.

 

Lamothe, c’est vite vu, comme chronique. La classe en moins à l’école, dont j’avoue que je me fiche éperdument, et la réouverture du café qui attire comme des mouches les plus regrettables et sonores ivrognes. C’est je crois la première fois que je me désole d’une réouverture de café, mais là…

 

Quand je songe qu’il y a des années, avec ma butch favorite, on avait rêvé de reprendre celui de Champagnac et d’en faire un bar lesbien. En fait je suis persuadée que ç’eût été possible, et qu’on se serait même très bien entendues, après quelques mises au point (!), avec les chasseurs locaux – lesquels ont été toujours très corrects avec moi.

Je vous le dis et redis, les champagnacoiSEs, c’est vraiment pas comme les abrutiEs de la limagne. Ce sont de vraies gentes, avec de vrais défauts, de vraies qualités, et surtout un certain tact. Tact qui semble disparaître en proportion de ce que l’on désescalade la montagne et qu’on rentre plus dans la modernité.

 

Mais bon, je me suis chassée de Champagnac et les conditions de l’immobilier font que j’ai fort peu de chances d’y jamais revenir, si ce n’est au cimetière. Et donc je vous causais du café lecture.

 

Paradoxalement, je suis amenée à détester cet endroit adorable et qu’on n’aurait pas imaginé possible, à Brioude, il y a encore quelques années. Á le détester parce que je ne me sens pas libre d’y aller, que je m’y rencoigne pour échapper au gourbi ignoble où les gentes font semblant de ne pas me mater, et où mon propriétaire et logeur me pisse littéralement sur la tête (c’est là qu’on se rappelle que les mecs, jusqu’à ce qu’ils soient en fauteuil roulant, pissent debout et y tiennent).

 

C'est le signe de la déchéance, que de ne plus avoir de possibilité de joie.

 

C’est fort dommage. Et c’est d’autant dommage que je ne suis visiblement pas la seule. L’affaire est entendue. Une très notable portion de la fréquentation du café-lecture est assurée, donc, par les déjetéEs et autres épaves sociales de Brioude et des environs. Disons de celleux qui ont le souci de ne pas finir au pmu. Je ne vous étonnerai donc pas en précisant qu’il s’agit principalement de nanas, et de quelques mecs dont certains ne se comportent pas en mecs.  

Beh oui, Brioude est devenue décidément, depuis quelques années, une des ces villes où arrivent des femmes, seules, d’un certain âge qui est bientôt le mien, qui ont galéré toute leur vie, subi les plus ordinaires avanies, avalé les plus énormes couleuvres. Et qui se retrouvent en ce lieu.

 

Ça fait frissonner. C’est un des abrégés effrayants de notre époque qui broie les gentes et les vies comme jamais. On se raconte des fois des morceaux de nos histoires, et j’aime autant vous dire que c’est pas excessivement gai. Mais ce qui est pire, c’est qu’il n’y a plus d’avenir désirable qui transparaît… Rien que de la survie, elle-même menacée. Tiens, hier, encore un des commensaux du café qui se retrouve proprement à la rue, suite à la hargne de ses colocataires.

 

Et c’est là que je mesure encore la valeur immense de ce petit coin que j’avais, qui aurait pu faire refuge, même si on aurait du se serrer un peu. On n’est jamais trop serréEs au milieu des prés. Et de la responsabilité que j’ai envers moi et envers autrui d’avoir anéanti cette possibilité dans un accès de mégalomanie et de bêtise crasse.

 

Je tenterai, si j’y arrive, un de ces jours, de vous faire la paraphrase actuelle d’Une chambre à soi, de Virginia Woolf, et de ce que peut impliquer cette réflexion et cette nécessité aujourd’hui, à l’usage de celles qui se sont pas encore rétamées.

 

Les voilà, les chroniques brivadoises de l’an 2011, qui ne peuvent que témoigner de l’avance de la destruction, de la brutalité et de la dépossession. Et parler des ombres que chassent devant elles ces manifestations éminemment contemporaines. Ombres dont je fais désormais vraisemblablement partie, après avoir tâché toute ma vie d’éviter ce sort.

 

Nous voilà en effet hors du tangible, du réel, sans même causer du digne et du libre. Nous voilà éventuelles, tremblotantes, sur le point peut-être d’être rayées de la carte par une nouvelle vacherie combinée du sort et des humainEs… Quand on s’est précipitée là depuis la sécurité la plus indépendante qui soit, j’aime autant vous dire, la chute est telle que vous retrouvez plus vos propres débris. Déjà ils sont avalés par les chiens errants ou balayés par les municipaux. Pas encombrer la voie publique.

 

Petit à petit, l’espace semble disparaître, se rétrécir. La possibilité devient manque et absence, hantéEs de l’injonction. On peut le subir, ce qui est déjà sacrément insupportable ; mais quand en plus on y aide…

 

Couic !

 

 

LGPP

 

 

 


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8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 20:23

 

 

...mais je ne puis m'en lasser. Et au reste je suis loin d'être la seule. C'est une des grandes rengaines de nos affables milieux.

 

Bref, les sénateurices ont voté un amendement, que l'Assemblée recalera sans doute la semaine qui vient (mè bon, c'est pas grave ; si c'est recalé par les députéEs, ça va bien passer en 2012, notre aurore à touTEs), un amendement donc disais-je visant à ouvrir la pma aux couples lesbiens. Sur tous les médias, jusqu'au fond des plus obscures listes, mes congénères les pourtant moins enfanteresses (?) l'annoncent comme la grande victoire sur la misère et l'obscurantisme.

 

Je ne vais évidemment pas chouigner plus que ça ni trouver que c'est mal. Et encore moins apprécier la vieille haine rancie du ministre de la santé, qui rétorque aussi sec que c'est niet. Nan. Et même j'ai pas d'avis tranché non plus sur la "location de gestation", vue que je loue bien moi des services sexuels.

Juste ça me fait drôle, inaltérablement et répétitivement drôle, de voir que désormais l'égalité, si on y tient, semble ne plus se pouvoir mesurer qu'à la similarité, pour ne pas dire à l'identification la plus totale avec straightland.

Et qu'on se met ainsi (beh oui, je suppose que même les trans arriveront à réclamer quelque jour un droit à enfanter) à la traîne du grand mouvement européen d'existence par le môme - qui, notent pourtant des critiques féministes et autres, semble plutôt traduire la misère matérielle et morale croissante de nos vies.

 

L'égalité - pour ma part, et comme bien d'autres, j'ai couru après ce pompon rouge, et j'y ai perdu moi-même et ma vie.  Une très belle vie en plus ! On s'oublie avec rage pour essayer d'être l'autre, cetTE autre que l'on déteste et que l'on envie.

 

Par ailleurs, tiens, le très-bien pensant Rue89 pose, dans un article à cette péripétie parlementaire consacré, une petite question bête qui m'avait tout à fait échappé.

 

En effet, la PMA serait ouverte aux couples. Les nanas seules, bernique. Pourtant, je ne vois pas qu'on élève nécessairement plus mal un et même plusieurs enfants seule qu'à deux, trois ou cinq. Mais non, et ça révèle aussi un autre aspect de notre ressemblance toujours plus grande à hétérolande : la paire (plus ou moins) indéformable comme référence, souhait et rêve.

Question subsidiaire qui court sous la peau du présent : n'est-on (vraiment) lesbienne (et même n'est-on une personne) qu'à condition d'être en relation, de vivre, de manger, de dorloter, de coucher avec une (ou plusieurs) autres ?

 

Je suppose que la nana qui parle dans le docu sur le FHAR savait à quoi s'en tenir sur les réponses.

 

Décidément, je lui tire de plus en plus mon chapeau inexistant à cette immortelle lesbienne, à lunettes très seventies et à la voix assurée. Là au moins y avait de la rupture. Et on cherchait pas à adhérer à l'UNAF.

 

A présent c'est plutôt la recolle.

 

 

Oui, je sais... J'ai du déjà parler de ça à peu près dans les même termes. Mais encore une fois, je ne vois pas pourquoi je me répèterais moins que mes adorables camarades...

Bon, après je ne sais pas ce qu'en pensent les primates acéphales qui sont à l'instant en train de beugler leurs certitudes pastisées sur la place du bourg où je déchois. Je crois que je préfère encore le point de vue lgbstraight...

Mais il est vrai que si je peux choisir, ce que je veux c'est le silence.

 

Déesse, tirez moi de là, bordel ! Je vous promets même d'etre un peu moins aigre et de ne plus toujours cracher dans la soupière !

 

 

La petite murène

 

 

 

 

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 20:44

 

 

 

Ce qui reste d’espoir – enfin, si on peut causer ici d’espoir…

 

« Ce qui arrive normalement à tous les vaincus, dans n’importe quel contexte historique : on leur prend ce dont on a besoin sans les nommer ; on leur concède qu’ils ont indiscutablement raison, mais cette raison on se l’approprie et on la fait passer dans le camp du vainqueur, lequel opère avec une telle tranquillité de conscience qu’il peut très bien ne pas s’en rendre compte. Tous les vaincus sont plagiés, au sens large du terme « plagiat », qui peut aller jusqu’à signifier le déploiement, le développement d’un thème initial et même l’appropriation d’une figure représentative. Le sort de la raison du vaincu est de se changer en semence qui germe dans la terre du vainqueur. La semence, toute semence n’est-elle pas vaincue quand on l’enterre ? Et quand elle renaît d’entre les morts, là où elle a été jetée, c’est qu’elle s’est entièrement vaincue elle-même. »


Maria Zambrano, L’homme et le divin

 

Je découvre, bien tard et dans les pires conditions qui soient, les écrits de Maria Zambrano, qui me semble une des auteures les plus pénétrantes du défunt siècle. Disciple insoumise d’Ortega Y Gasset, elle apparaît comme extrêmement exigeante. Elle ne s’est pas réfugiée dans la paresse moralemaria-zambrano, comme beaucoup d'autres de sa tradition philosophique même. Une des grandes figures je crois de ce personnalisme duquel, encore une fois, je me suis avisée bien trop tard, déjà finie….

 

On aurait, mézigue en tout cas, bien envie de manifester une telle classe, intellectuelle, morale et apparente. Mais voilà, nous ne ressemblons plus aux gentes de cette époque, nous sommes produitEs bien plus cheap...

 

 

LGPP

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 12:17

 

 

Je sais pas pourquoi, mais 2012 commence effectivement, dans un mode apocalyptique très différent de celui que rêvent certainEs, à s'annoncer comme la porte d'un monde définitivement invivable pour des êtres humains. De simples êtres humains aurais-je envie de dire, sans pourtant en faire un populisme de plus (je hais le peuple et ses obsessions rancies).

 

Ainsi, tous les programmes politiques nous annoncent avec sollicitude portions congrues, juges et assistEs à gogo, vigilance angoissée, respect soupçonneux... Bon... Eradication des "mauvaises pratiques" comme le tapin, ça on s'y attendait.

 

Et puis là, un petit article, un de plus, pour annoncer que la guerre aux vieilles voitures a commencé. Ben oui. Elles polluent ces bien pratiques voitures inusables et pas chères. C'est d'ailleurs dans les centre-villes qu'on va comlmencer à les interdire, ce qui fait doucement rigoler quand on songe à l'hygiène de vie dans ces bouillons de culture entassés... Les pauvres n'auront qu'à transporter leur matelas sur le dos (interdit en autobus, ça amène des microbes et c'est irrespectueux des autres usagéEs).

 

Bref, un élément de moins pour vivre dignement et pauvrement. Grâce au "care" mâtiné de pseudo-écologie, soit on sera riches, dignes et indépendantEs, soit on sera pauvres, surveilléEs et prisEs en charge.

 

Je commence à me dire qu'on pourrait imaginer des suicides de masse pour 2012. De moins en moins envie de voir l'après...

 

 

 

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 21:01


 

J’ai maintes fois remarqué, et fait remarquer, combien les militantEs en général et mes camarades féministes, lgbt, etc. en particulier, voyaient leur bout de nez irrésistiblement attiré, comme aimanté, par le bout de leurs chaussures, spécifiquement dans les moments où volaient dans l’air des questions qui fâchent, des noms d’oiseaux aussi, voire pire, ou encore quand une d’entre nous (qui ne soit pas une cheffe charismatique bien entendu) était en cours de lynchage dans un coin. C’est absolument splendide à contempler et ça dépasse largement les trois petits singes (il est vrai que, par exemple, ça chuchote ferme dans ces cas-là).

 

Depuis que Bachelot a fait sa sortie et craché sa pastille Valda sur la prohibition du travail sexuel via la pénalisation des clientEs, on entend la mouche voletter avec insistance au plafond de toute la presse « lgbt ». Pas féministe, puisque les néo-féministes éradicatrices s’en frottent les mains, et que les autres se sont pas encore réveillées de leur dernière biture pour protester (là je m’abuse peut-être, mais j’ai encore rien trop vu à l’horizon de couirlande). Mais alors, chez les lgbt, silence total. Ça beugle tant que ça peut après les dernières sorties de Nora Berra, tellement c’est important et fondamental qu’on puisse faire du boudin nous aussi. Mais les putes, euh… Est-ce que ça nous concerne, au fait ?

 

C’est pourquoi j’ai eu l’œil singulièrement attiré par un post, sur un blog lesbien très juste-milieu, qui indique, comme une péripétie, au milieu d’un article, que Roselyne Bachelot, après quelques vacances, irait « rencontrer des prostituées afin de discuter avec elles des effets de la loi de pénalisation des clients sur leur travail au quotidien. » Vi ! Pas moins. J’avoue que je suis surprise ; j’imaginais plutôt que, comme la députée Bousquet récemment, elle allait se frotter le museau avec les prohibitionnistes triomphantes du secteur. Et il n’y a pas de références dans l’article pour vérifier. Mais après tout, pourquoi pas ? Elle nous a aussi habituéEs à un certain éclectisme et des fois même à un courage politique qu’il serait mesquin d’oublier (la tragicomédie du pacs à l’Assemblée).

 

Bon ; en fait ce qui me marque le plus, c’est plutôt comment la nouvelle est présentée. C’est donc la première fois depuis l’autre jour que je vois la question « traitée », si on peut dire, dans un média lgbt. Mais elle l’est « qu’en passant », à peine une phrase entière, puisqu’après on y passe sans transition aucune à des questions d’état-civil. Sans transition et surtout sans commentaire. On sent qu’il y a comme une envie d’en parler, mais qu’on n’ose pas avoir et surtout manifester un avis. Je devine d’ailleurs bien qu’à féministlande, il n’y a certainement pas unanimité. Heureusement d’ailleurs, l’unanimisme est un poison. Mais, comme tout le monde y a peur de son ombre, de celle de sa voisine, et de prendre position, surtout seule, l’unanimisme en question se réfugie dans le mutisme. Dans la contemplation du bout des chaussures.

 

Évidemment, il y a aussi l’aspect « au fond ça ne nous concerne pas vraiment, les histoires de prostitution ». Déjà c’est des histoires de mecs, paraît-il (il y a de plus en plus de clientes mais c’est tabou). Soit y sont clients, soit y sont des deux côtés mais alors c’est les gays (mais la presse gay ne semble pas non plus avoir trop causé de la chose).  De manière générale, ça fait un peu : ces sales trucs ne nous concernent pas, ou si peu ; nous zautes, nous ne vendons ni n’achetons du cul, nous sommes purEs, et surtout nous sommes très inquiètEs d’avoir à prendre parti et de nous fâcher possiblement avec du monde. En tout cas, c’est ce que m’inspire ce silence subit au milieu d’un certain caquetage médiatique. Ça peut aussi correspondre à une réelle volonté actuelle des lgbt de se montrer plus citoyenNEs que nature, de faire absolument tout ce que les gentes normales font (fonder des familles, engendrer, ester en justice et que sais-je encore). Et les gentes normales, comme chacun sait, ne vendent pas de services sexuels ni n’en achètent. Si ce ne sont d’affreux dominateurs pervers (ça aussi c’est qu’au masculin que ça se met), alors c’est que ce sont des frustréEs. Pas d’autre échappatoire dans cette logique à courte vue. Et pas question. On est super fièrEs de nos « orientations sexuelles » et pas frustréEs pour un sou. Donc on se tait et on regarde ailleurs, ou bien le bout de nos chaussures. Que les fliques, les assistantes sociales, les putes et leurs clientEs se fichent sur la gueule – peut-être même que comme ça on nous oubliera un peu et même qu’on nous laissera adopter. C’est bien connu, c’est tout à fait pratique, dans la hiérarchie de la stigmatisation, d’avoir des échelons assez proches mais en dessous de soi, sur qui détourner l’ire et le soupçon.

 

Bien sûr, je ne crois pas un instant que tout cela soit conscient et machiavélique. Malheureusement dirais-je presque parce qu’alors justement on pourrait en causer. Non, ce silence en dit long sur la gêne et l’ignorance volontaire. Le seul aspect conscient, je le répète, c’est que c’est une question qui fâche et qu’en entrant dedans, on va probablement pas être tranquilles.

 

 

Plume

 

PS : l'article qui m'avait attiré l'oeil au milieu du toujours aussi grand silence de la presse lgbt se révèle (voir les commentaires) une facétie ingénieuse. Ma foi. J'ai du perdre ma capacité à l'humour - si tant est que j'en aie jamais eu -  et à discerner les pastiches durant mon long périple à militantlande. Et quant à la vraisemblance, il faut bien le dire, j'ai vu de telles lanternes, pour ne pas dire mensonges, pris pour vrais ou même possibles, que cette recension m'a paru par comparaison infiniment raisonnable. Décidément, ce monde est bien étroit et sans surprises, dès qu'il ne s'agit pas de détruire les gentes ou de distiller la malveillance.

 

N'empêche, j'avoue, Bachelot à un L Beach, j'aurais trouvé ça sympathique. Comme je le laisse entendre, je la crois capable souvent du pire et quelquefois du meilleur.

 

Et quant à la presse lgbt, ben du coup semble-t'il toujours calus assez général. Je pense devoir cependant compter l'allusion dans l'article évoqué comme une mention critique de la pénalisation des clientEs. Bref on peut se dire que le petit ptérodactyle va sortir de sa couveuse arc en ciel, juste y faut un peu de temps.

 

 

 


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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 20:12

 

 

Là y faudrait citer toute la fable de La Fontaine, L'ours et l'amateur des jardins. Ce que je ne ferai pas c'est trop long. Z'avez qu'à aller la lire. Pour la énième fois, j'affirme que La Fontaine est une base de morale pratique incontournable, et qu'on ferait bien de s'en inspirer plus souvent.  

 

 

 

C’est quelquefois pesant d’avoir des amiEs. C’est terrible quand ellils vous laissent tomber. Mais ça peut devenir encore pire quand ellils veulent à tout prix ce qu'ellils pensent être votre bien, ou le bien commun. Je ne nie d'ailleurs pas l'existence raisonnable d'un bien commun, mais il faut quand même être prudentE avec ça. On s'y abuse fort aisément. 

J'avais déjà parlé des transamiEs et autre translovereuses. Là c'est les meilleurEs amiEs des putes, c'est à dire les prohibitionnistes. Celleux qui veulent notre liberté (bien entendue, cela va sans dire) et notre dignité (un peu moins notre porte-monnaie, mais entre amiEs on ne compte pas !)

 

Cela faisait quand même quelques années que je faisais remarquer, dans nos grandes et moins grandes occasions putounesques, que nous menions notre canot diesel revendicatif (pout pout pout !) avec le nez collé au rétroviseur. Nous passions notre énergie à beugler sur la LSI et son fameux article sur le racolage ; certes c’était comme on dit scélérat, mais au bout d’un moment c’est le crocodile prohi qui a pointé son museau par devant, tout grand ouvert pour nous avaler - amoureusement bien entendu ! - et nous toujours à pester contre le méchant sarko et ses lois caractérielles. Là, il faut bien le dire, c'est plutôt de gauche qu'est venue au départ l'initiative. 


( D'ailleurs tiens c'est bête hier j'étais à Clermont à une manif pour les hopitaux ruraux ; il y avait le Grand Dédé, Chassaigne, notre idole régionale. Je l'avais plus vu je crois depuis la buvette du festival de St Amant, en 92 ou 93, ça fait loin ! Il était toujours aussi grand, aussi beuglard, aussi lieux communs popu - mais devenu tout blanc ! Moi entre temps je suis passéE de la crête rouge à la crinière rousse, et j'ai légérement changé de genre. Bref j'aurais pu aller l'embêtouiller un coup sur la question, d'autant que je sais très bien que les cocos y sont à fond pour la prohibition. Mais bon, je suis pas en forme, j'ai pas osé. Quand j'aurai une maison, promis, j'escalade le Grand Dédé devant tout'l'monde ! )

 

Reprenons


J’ai en tous cas commencé à bicher quand le mouvement du Nid, notre ami obstiné, collant et dévorateur, a résolument tourné casaque et s’est mis à faire campagne justement sur l’abolition de cet article. Ouh, me suis-je dite, là ça sent qu’ellils ont un gros polichinelle dans le tiroir. Bref qu’ellils ont trouvé super bien mieux pour nous faire disparaître (enfin qu’y croient) de la surface de la planète, leur rêve. C’était pas difficile à deviner ; si on tape plus sur les putes, et qu’on les veut quand même éradiquer, reste que les clients. Puisque même sans macs ces perduEs s’obstinent à tapiner.

 

Dès cette époque, d’ailleurs, quelques députéEs commençaient à se vanter auprès d’assoces féministes qu’ellils pensaient, à tort ou à raison, complaisantes, que des projets de loi à ce sujet étaient tous prêts pour 2012.

 

Mais bon, j’avais beau en causer à droite à gauche. Ça tombait dans des oreilles peu ouvertes. La clameur anti-LSI continuait, et on se retrouvait même des fois, je vous dirai pas où pour outer personne, à la même table justement que les gentes du Nid, à asticoter des éluEs rétiFves. Ça commençait quand même à sentir le vieux hareng. Je me disais à part moi que quand même ça devenait bizarre une telle sollicitude, et qu'on était en train de se faire arnaquer, qu'on nous incitait bien pour tout dire à toujours zieuter en arrière. 

Là aussi, quand je risquais un mot sur la pénalisation des clients, tout le monde s'échappait. C'était plus un problème local. Et un député PS du coin, menteur et comédien invétéré, la main sur le coeur, jurait que "non, jamais il laisserait passer chose pareille. Tu parles... Comme dit plus haut ses collègues crachaient déjà le morceau là où c'était censé plaire...

 

Ah ben voilà. Maintenant que ça commence à sérieusement poindre, la pénalisation des clients, voire que c’est considéré comme acquis, ça crie chez nous comme un poulailler qu’à aperçu un épervier. Ça se comprend, mais on aurait pu se bouger avant, et lancer notre campagne à nous.

 

N’empêche, le Nid, y sont bien contentEs, y se frottent les paluchounettes. On va faire la chasse aux méchants pervers prostitueurs (beh oui, au masculin, sont pas très au courant qu’il commence à y avoir une clientèle féminine). Et surtout on fera plus du tout de mal aux putes. On peut donc sans nul inconvénient abolir sans délai le délit de racolage, vu que de toute façon sa charge passe de l'autre côté. Elles vont juste ramper dans des couloirs sombres, craindre l’espionnage jusque sur internet, ne plus pouvoir être approchées que par des bonnes sœurs en guimpe (et encore, munies d’une accréditation, puisqu’on dit à présent que la vie religieuse prédispose aux avidités illicites) ou des travailleureuses sociaLEs avec un badge gros comme ça - et une finesse du même type. 

Comme ça, plus besoin de leur casser le moral ou des les persécuter. Ellils iront d’elleux-mêmes prendre boulots et formations pourriEs, où la survie revêt une incontestable dignité. Du moment qu’on loue pas son cul, on peut bien crever de misère. La liberté de la misère est un déjà très, très vieux must du libéralisme social. Comme la liberté de la peur...

 

J'ai jamais dit que la tapin était un travail sans souci aucun et de délices incomparables. Vous en connaissez, vous, un boulot, en tous cas largement accessible, qui en soit un ? En tous cas, c'est pas en nous clandestinisant encore plus qu'on va le rendre plus commode. Il est vrai que ce n'est pas du tout, du tout, le but des bonnes âmes qui entendent nous prémunir... C'est de le rendre impossible.

 

Trop contentEs vous dis-je. Le paradis de l’amour gratuit sans violence et sans contrainte. Mè si, si on vous le dit !

Autre enseignement : quand vos ennemiEs, puisqu'il faut quand même bien finir pas dire vrai, commencent à réclamer la même chose que vous, scrutez bien ce qui arrive derrière...

 

 

Plume

 

 

PS : Ce fut aussi le cas d'autres indécollables sollicitudes, comme celles de Sysiphe ou, plus tard, d'Osez le féminisme. Il faut d'ailleurs être honnêtes, étant féministes, elles avaient beaucoup plus tôt contesté le  caractère hypocrite du délit de racolage. Mais le fond reste le même : nous sommes le syndrôme de l'ennemi, du patriarcat. Après tout, on peut en discuter ; mais alors dans les deux sens. Ma thèse, depuis longtemps, c'est que le féminisme a commis la bonne vieille bévue de... se "réapproprier" à peu près tous les aspects qui fondent et forment le patriarcat, à part la hiérarchie masculinocentriste en vigueur. Boh, ce n'est pas une nouveauté ; le mouvement ouvrier a bien réussi à se coltiner tout le fonctionnement du travail capitaliste et de l'obsession de la production de valeur en régime socialiste, et ce jusqu'aux tentatives anarchistes ; et les anticolonialistes à encenser les pires mascarades pourvu qu'elles ne semblent pas "occidentales" ; alors... . L'affaire se joue sans doute sur l'identification de ce qui crée réellement un système. Tant qu'on en restera à la culpabilité du méchant ennemi de classe comme cause centrale, unique, et solution consécutive dans le départagement de qui est le/la vraiE humainE et l'horrible dominateurice abstraitE, on retombera dans les mêmes marécages, les mêmes éradications et les mêmes massacres. 

 

 


 

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 11:49

 

 

 

Ce qu’il y a de particulièrement dégoûtant, dans ce naufrage au milieu des sables mouvants sans bords de l’époque et des loques de vies, c’est la clochardisation. Mes anciens congénères antimodernes avaient dramatiquement raison de la déceler un peu partout, de la voir se manifester dans la dislocation, le déracinement, et tout particulièrement dès lors que l’on tombe dans la dépendance du malvouloir endémique d’inconnus, d’institutions ou d’un hasard qui n’est que l’air d’un temps néfaste. Malvouloir inévitable, dans un contexte saturé de dureté, d’avidité, de haine et de méfiance.

 

J’apprends encore une chose, en contradiction totale avec la doctrine légitimiste de la parole qui imprègne tout le militantisme radicaleux contemporain, atrocement optimiste parce qu'il pense pouvoir tirer profit de tous les désastres : c’est que parler de là où ça se passe, dans ces cas où ce qui se passe c’est la destructuration et la destruction des personnes, ne rajoute absolument rien, au contraire ôte toute valeur, ôte tout tout court, si j’ose dire, aux témoignages (ah, ces témoignages… « J’imagine que le monde finira sous une avalanche de témoignages » écrivait mon vieux maître). Précisément parce qu’on est dedans, amalgaméEs, incapables de nous mouvoir, nous sommes disqualifiéEs. C’est une « légitimité » qui, comme de plus en plus de « légitimités » de ce temps, se situe dans la débine, ne fait que nous inclure dans les manifestations de l’anéantissement, enlève tout, dépiaute, écorche et ne donne rien, amène queudch. Ne fait que mener plus loin dans ce vomi. C’est une connaissance qui enlève, qui dépossède. Ou plutôt qui n’advient que par la dépossession, la clochardisation. Qui n’est un symptôme que du mal.

On ne devrait en parler justement qu’en y échappant, comme de quelque chose que l’on ne connaît pas, que l’on ne veut ni ne doit connaître, surtout pas ! Chalamov parlait déjà de connaissances insensées car trop cher payées. De choses et de situations qu’on ne devrait pas connaître, sinon par la spéculation. Là, il ne s’agit même plus de connaissances, je crois, mais d’arrachement à un soi qui nous permette de connaître ! Nous tombons dans l’ignorance, à commencer par celle de nous-mêmes. Premières arrivées, premières servies. Une parole qui vient de ce gouffre retentit comme une triste chasse de plus qu’on tire. Et ce n’est plus ce qui manque, hélas.

L’ignorance de soi – qui succède immédiatement à la fuite, à la haine et à l’oubli. Comment pourrions nous encore jouer la comédie de « l’expérience » quand cette « expérience » n’a consisté qu’à suivre le désastre, à ne pas savoir y résister ou bien le contourner ?! Quand ce n’est pas à lui frayer un chemin dans nous-mêmes, qui pouvions quelquefois encore lui échapper ?!

 

C’est quand même quelque chose que nous soyons alors quelque chose en moins, qui blesse et pourrit ce qui reste de réalité et de liberté possibles, quand une clocharde de plus cause de clochardisation.

 

On m’aura compris, la clochardisation commence pour moi bien avant le point précis où on se retrouve avec pour tout bien un sac, éventuellement un clébard, dans la rue ou en hébergement. C’est un glissement matériel et moral qui concerne un nombre incroyable d’entre nous.

La clochardisation commence dès lors que l’on n’est plus en soi-même. L’arnaque tient à croire et se faire croire que soi-même est localisé dans notre peau, ou même dans notre âme, dans notre mouvement. Arf arf ! Soi-même, c’est en fait ce qui nous est matériellement propre, dont l’existence ne dépend pas de nos perceptions, mais dont notre existence dépend. Nos familles (oui…et pas que les choisies), nos maisons, nos jardins, nos continuités, nos liens… On voit là que la clochardisation, comme le suggéraient déjà diversEs auteurEs il y a cinquante ans, a fait de gigantesques progrès. Pour ne pas dire que ce que nous vivons comme progrès est fréquemment de cet ordre…

 

Quand on n’a fait que confirmer la schizophrénie ambiante de l’époque. Encore une fois, la bonne blague !

 

Nous n’avons pas su reculer, fuir en arrière quand il en était encore temps, quand il n’en était que temps et que nous allions déjà y laisser bien de la viande avec la peau ! Nous le savons et ça ne nous avance à rien de le savoir. L’autre jour, je causais avec des personnes que j’aime, qui ont vingt ans de moins que moi, qui conviennent admirablement de l’autodiagnostic de disclocation, individuelle et collective. Et n’en peuvent plus mais que moi. Je ne peux que leur souhaiter, comme elles ont plus de temps que moi devant elles, un miracle. Il faut du temps pour les miracles, comme proclame l’immortel panneau dans les bars pmu. Et nous avons chuté hors du temps. Il ne peut plus que nous passer dessus.

 

 

La colère, l’envie, l’orgueil, l’avidité, la crédulité, l’appropriation comme la réappropriation, que sais-je encore, toutes ces passions obligées dont nous nous gavons avec libéralité et sans modération aucune, nous offrent le fruit commun du désespoir, d’un désespoir sans classe, du désespoir de la déchéance. Nous tournons en rond, nous délitant, sans comprendre assez vite que c’est dans ces désirs que gît la cause de cette destruction ; laquelle nous nous évertuons aussi loin que possible à attribuer aux méchancetés contemporaines.

Mais un jour où l’autre, nous nous rendons compte, et ce désespoir est alors d’une science incomparable autant qu’irréparable. Nous savons alors, brusquement, combien nous nous sommes leurréEs, et combien il nous est impossible de revenir sur nous, en nous. Cette connaissance ne nous est plus d’aucun bien. Sa présence même emporte damnation, perte absolue, loose comme nous disons en notre vocabulaire appauvri, et pourtant effroyablement juste là où ça touche.

Loose et même doom.

 

Au fond, ce sont comme des démons que nous avons invoqués, fort légèrement, croyant nous en servir comme de serviteurs ou d’outils, comme nous disons aussi dans notre optimisme utilitariste sans cervelle, qui croit déchaîner les forces de l’abîme sur les autres. J’ai ainsi invoqué il y a fort longtemps la peur, la honte, la tristesse, comme des puissances que je croyais dissolvantes de la réalité que je combattais. Mon œil. Ce sont les puissances mêmes de ce monde, à qui j’ouvrais ainsi le chemin de mon être. Oh, nous ne sommes que peu audibles, si peu visibles et distinctEs dans le fatras global. Mais il arrive malheureusement qu’au milieu de leurs occupations, un jour, ces puissances nous entendent. Et accourent alors. Et là il est trop tard. Elles ne font que ce que partout elles font : elles nous remplacent, pulvérisent, exproprient. On connaît alors vraiment que qu’il en est, mais on n’est plus là. Il n’y a plus personne, que de la douleur. Mixée à ces mêmes puissances, la honte comme la peur, lesquelles sont désormais en place de nous-mêmes.

 

Nous avons réussi à nous faire, à nous-même, ce qu’en d’autres temps et circonstances seuls les sort et la puissance nous faisaient ; nous broyer par la dépossession. Chapeau. Rien de changé, tout autogéré, encore plus intime, encore plus présent, inévitable. C’est là le secret de nos rodomontades, et de la misère interloquée, outrée stupéfaite et ressentimenteuse où elles nous ont conduites.

Nous nous ôtons de nous-mêmes, extirpons avec une espèce de rage. Et avec non moins de rage les unes envers les autres. Cannibalisme idéologique. Nous nous entremutilons avec science et même conscience.

 

Toute notre réalité possible était fondée sur du matériel, sur de la continuité, sur de la quotidienneté que nous avons abolie. Nous avons fait à notre tour ce saut déjà sinistrement expériménté avant nous : nous libérer de nous-mêmes. Ce qui ne donne que des exterminateurices impitoyables, des golems, ou des loques. Des transfos d’ajustement, des léchouilles hypocrites à tout ce qui porte la valeur exotique…

 

On a joué sur nous-mêmes notre petite politique du pire, on a appâté et terrorisé nos petitEs camarades pour qu’elles suivent, évidemment bien incapables de l’imposer à celleux qui jouent en bien plus grand. On s’est démolies, soupçonnées, accusées, fuies, haïes, déconstruites et j’en passe. On a gagné, et comme toujours les unes plus que les autres ; c'est-à-dire qu’on s’est perdues avec ardeur. Nous avons invoqué la loose et la clochardisation pour ne plus être les vilaines stables bourges que nous redoutons d’être d’autant plus que nous les sommes, perpétuellement et inaltérablement. Et ce faisant, nous n’avons creusé aucun trou dans la réalité, au contraire : cette réalité présente est justement un gouffre, et s’y opposer aurait impliqué de résister, d’être, de faire présence.

Nous n’avons su faire preuve d’aucune bienveillance, d’aucune patience, d’aucune acceptation envers nous-mêmes d’abord, et conséquemment envers autrui.

 

Ce qui vient, souvent appelé, et à grand tort, n’est autre que l’hégémonie de la valeur et de la déchéance. Océan de vomi auquel nous aurons bravement, alternotes et assimilées, apporté notre louche irisée... Avec nous-mêmes dedans en petits croûtons déjà à peu près dissous.

 

Et c'est quand même, je trouve, la honte que de nous mettre nous-mêmes en pièces au milieu d'une casse pareille. Moi la première...

 

 

LGPP

 

 

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 10:52

 

 

C’est malheureux, mais Bachelot, avec sa bonne tête pourtant balaskienne, nous a encore sorti un ballon crevé. Crevé parce que ça ne peut surprendre personne. Crevé aussi parce que c’est du n’importe quoi à la grosse cuillère.

 

Déjà, elle s'était assez déjugée relativement drôlement en jurant croix de bois croix de fer que les trans n'étaient plus des malades mentalLE (mais qu'il fallait tout de même absolument que des psys nous certifient, et que les cingléEs de la Sofect aient le monopole de l'usine à transition).

Mais là, c'est plus rigolo du tout, c'est le sale visage d'une société bien propre sur elle et bien désinfectée dans ses dessous qui réapparaît, cinquante ans après les "fléaux sociaux" (vous vous rappelez : la biture, les pédégouines, les putes...), avec désormais un masque mal arrimé de féminisme subitement sorti du placard, et de condescendance victimisante genre "société d'assurances".

 

Rebelote, quoi.

 

Mais c'est avant tout un mensonge, une arnaque sur l'avenir qu'on va comme d'hab faire payer aux plus mal placéEs.

 

On sait parfaitement, depuis des mois et plus, que les partis de gouvernement, qui sont bien en peine de savoir quel os tout sec jeter à la population en termes de « care » effectif, vu qu’il n’est plus question de financer le social, ont opté pour les grandes mesures qui coûtent pas un rond, qui impressionnent et accessoirement qui stigmatisent. Là, un conseiller présidentiel propose sans aucune vergogne de réserver les revenus sociaux… à celleux qui bossent ! Ici une autre de fiche tout ce qui débarque à la mer. Et là c'est la ligue de vertu pour nettoyer rues, culottes et consciences. Ben voyons.

(http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/03/30/bachelot-favorable-a-la-penalisation-des-clients-de-la-prostitution_1500484_3224.html)

 

Bref, comme ça risque de renauder, qui que ce soit qui se retrouve au gouvernement en 2012, quand il s’agira d’avouer qu’il n’est pas question de mettre des moyens dans ce « care » qui pourtant coule comme du chamallow de la bouche de touTEs les prétendantEs, eh bien on va supprimer le travail du sexe, pardon, la prostitution, tiens. Et comme ça ne se fait plus de taper direct sur nous, les putes, ben on va pénaliser les clientEs.

En voilà une ggggrrrrande avancée sociale, à pas cher qui plus est.

 

Comme chacunE qui a quelque notion d’histoire sait, les prohibitions, pourchas et traques de tous ordres ont simplement toujours produit précarité, violence, clandestinité. Ici ce sera une fois de plus les putes qui devront encore plus se cacher, comme dans les bienheureux pays qui nous ont devancé dans le nettoyage. Sans même aller poser la question de fond si le cul a pour vocation d’être nécessairement « gratuit » - ce qui fait doucement marrer concernant une des valeurs fondamentales de notre triste monde. C’est pas pasqu’on aura entravé quelques billets de banque que ce ne sera plus un enjeu qui nous exproprie, une pression permanente, un chantage à l’existence. Ça le sera même sans doute un peu plus, la valorisation propre à la chose ayant été encore renforcée, et la rareté accentuée.

 

Trop cool, je vous dis, l’après 2012 qui vient : clochardisation, prohibition, vigilance, fliques et rééducation pour touTEs (ou presque, évidemment…). Mais plus un fifrelin, ni gagné ni donné.

 

 

Plume

 


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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 22:15

 

 

La bulle. Je me rappelle qu’on en parlait beaucoup en autodéfense, cette bulle invisible qui devait affirmer nos frontières. Symboliser, dans des vies complètement disloquées et « à tout asservies », une espèce d’étrangéité, pour ne pas dire indépendance, un noyau quelque peu pathétique, vu l’ampleur de la dépossession.

Je me disais déjà que ça me faisait quelque peu penser aux incantations de « l’estime de soi ». Ben oui, que reste-t’il d’autre pour (s’)estimer que ce soi généralement saccagé dans un monde détruit ?

Là c’est Dolto bis qui nous en fait littéralement la pub, de la bulle. (http://www.lemonde.fr/week-end/article/2011/03/11/la-securite-affective-acquise-avant-la-naissance-est-un-bagage-precieux-pour-toute-la-vie_1491932_1477893.html) C’est à faire peur, tout autant que les péroraisons de la maman, qui s’échinait encore à répéter sur ses vieux jours que l’important, c’était quand même de former fillezetgarçons à leurs rôles respectifs de procréateurEs (1).

Foin du naufrage général. Tout bébé (de famille suffisamment fortunée – mais pas que, les pauvres s’endetteront avec enthousiasme ; qu’est-il de trop beau pour un lardon, l’ultime leurre de la reconnaissance sociale à l’heure où tout chavire ?) devra avoir droit à un aréopage de professionnelLEs, qui encadreront l’embullage. Cet embullage qui flattera son narcissisme et son sentiment de puissance, d’absences de limites. Comme ça, avec un peu de chance et si les petits cochons ne le, la mangent pas, eh bien ellil fera unE humainE épanouiE, impitoyable, unE de plus au beau milieu de la dislocation du réel et des personnes qui gagne de partout. D’ailleurs, professionnelLEs il y aura tout au long de sa vie pour la, le coacher sur la voie royale… ou de garage. Même s’ilelle vient à déchoir et à finir au cmp du coin, là encore, il y en aura bien quelques unEs pour la, le neuroleptiser.

 

Á faire peur, je vous dis.

 

 

(1)     : "Si l'homosexuel est ce qu'il est, c'est la faute des parents. Á vouloir

soigner l'homosexuel, on oublie de prendre le mal à sa source.

L'homosexualité est toujours le résultat d'une évolution psychique entravée

par des difficultés familiales : mère phallique autoritaire, père trop

 sensible, trop sentimental à l'égard de l'enfant. Les parents doivent aider

 l'enfant à déterminer son rôle futur, à se diriger vers une option génitale

 réceptrice pour la fille, émettrice pour le garçon".

F. Dolto, interview tardive de 1988

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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