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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 12:17

 

 

Je sais pas pourquoi, mais 2012 commence effectivement, dans un mode apocalyptique très différent de celui que rêvent certainEs, à s'annoncer comme la porte d'un monde définitivement invivable pour des êtres humains. De simples êtres humains aurais-je envie de dire, sans pourtant en faire un populisme de plus (je hais le peuple et ses obsessions rancies).

 

Ainsi, tous les programmes politiques nous annoncent avec sollicitude portions congrues, juges et assistEs à gogo, vigilance angoissée, respect soupçonneux... Bon... Eradication des "mauvaises pratiques" comme le tapin, ça on s'y attendait.

 

Et puis là, un petit article, un de plus, pour annoncer que la guerre aux vieilles voitures a commencé. Ben oui. Elles polluent ces bien pratiques voitures inusables et pas chères. C'est d'ailleurs dans les centre-villes qu'on va comlmencer à les interdire, ce qui fait doucement rigoler quand on songe à l'hygiène de vie dans ces bouillons de culture entassés... Les pauvres n'auront qu'à transporter leur matelas sur le dos (interdit en autobus, ça amène des microbes et c'est irrespectueux des autres usagéEs).

 

Bref, un élément de moins pour vivre dignement et pauvrement. Grâce au "care" mâtiné de pseudo-écologie, soit on sera riches, dignes et indépendantEs, soit on sera pauvres, surveilléEs et prisEs en charge.

 

Je commence à me dire qu'on pourrait imaginer des suicides de masse pour 2012. De moins en moins envie de voir l'après...

 

 

 

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 21:01


 

J’ai maintes fois remarqué, et fait remarquer, combien les militantEs en général et mes camarades féministes, lgbt, etc. en particulier, voyaient leur bout de nez irrésistiblement attiré, comme aimanté, par le bout de leurs chaussures, spécifiquement dans les moments où volaient dans l’air des questions qui fâchent, des noms d’oiseaux aussi, voire pire, ou encore quand une d’entre nous (qui ne soit pas une cheffe charismatique bien entendu) était en cours de lynchage dans un coin. C’est absolument splendide à contempler et ça dépasse largement les trois petits singes (il est vrai que, par exemple, ça chuchote ferme dans ces cas-là).

 

Depuis que Bachelot a fait sa sortie et craché sa pastille Valda sur la prohibition du travail sexuel via la pénalisation des clientEs, on entend la mouche voletter avec insistance au plafond de toute la presse « lgbt ». Pas féministe, puisque les néo-féministes éradicatrices s’en frottent les mains, et que les autres se sont pas encore réveillées de leur dernière biture pour protester (là je m’abuse peut-être, mais j’ai encore rien trop vu à l’horizon de couirlande). Mais alors, chez les lgbt, silence total. Ça beugle tant que ça peut après les dernières sorties de Nora Berra, tellement c’est important et fondamental qu’on puisse faire du boudin nous aussi. Mais les putes, euh… Est-ce que ça nous concerne, au fait ?

 

C’est pourquoi j’ai eu l’œil singulièrement attiré par un post, sur un blog lesbien très juste-milieu, qui indique, comme une péripétie, au milieu d’un article, que Roselyne Bachelot, après quelques vacances, irait « rencontrer des prostituées afin de discuter avec elles des effets de la loi de pénalisation des clients sur leur travail au quotidien. » Vi ! Pas moins. J’avoue que je suis surprise ; j’imaginais plutôt que, comme la députée Bousquet récemment, elle allait se frotter le museau avec les prohibitionnistes triomphantes du secteur. Et il n’y a pas de références dans l’article pour vérifier. Mais après tout, pourquoi pas ? Elle nous a aussi habituéEs à un certain éclectisme et des fois même à un courage politique qu’il serait mesquin d’oublier (la tragicomédie du pacs à l’Assemblée).

 

Bon ; en fait ce qui me marque le plus, c’est plutôt comment la nouvelle est présentée. C’est donc la première fois depuis l’autre jour que je vois la question « traitée », si on peut dire, dans un média lgbt. Mais elle l’est « qu’en passant », à peine une phrase entière, puisqu’après on y passe sans transition aucune à des questions d’état-civil. Sans transition et surtout sans commentaire. On sent qu’il y a comme une envie d’en parler, mais qu’on n’ose pas avoir et surtout manifester un avis. Je devine d’ailleurs bien qu’à féministlande, il n’y a certainement pas unanimité. Heureusement d’ailleurs, l’unanimisme est un poison. Mais, comme tout le monde y a peur de son ombre, de celle de sa voisine, et de prendre position, surtout seule, l’unanimisme en question se réfugie dans le mutisme. Dans la contemplation du bout des chaussures.

 

Évidemment, il y a aussi l’aspect « au fond ça ne nous concerne pas vraiment, les histoires de prostitution ». Déjà c’est des histoires de mecs, paraît-il (il y a de plus en plus de clientes mais c’est tabou). Soit y sont clients, soit y sont des deux côtés mais alors c’est les gays (mais la presse gay ne semble pas non plus avoir trop causé de la chose).  De manière générale, ça fait un peu : ces sales trucs ne nous concernent pas, ou si peu ; nous zautes, nous ne vendons ni n’achetons du cul, nous sommes purEs, et surtout nous sommes très inquiètEs d’avoir à prendre parti et de nous fâcher possiblement avec du monde. En tout cas, c’est ce que m’inspire ce silence subit au milieu d’un certain caquetage médiatique. Ça peut aussi correspondre à une réelle volonté actuelle des lgbt de se montrer plus citoyenNEs que nature, de faire absolument tout ce que les gentes normales font (fonder des familles, engendrer, ester en justice et que sais-je encore). Et les gentes normales, comme chacun sait, ne vendent pas de services sexuels ni n’en achètent. Si ce ne sont d’affreux dominateurs pervers (ça aussi c’est qu’au masculin que ça se met), alors c’est que ce sont des frustréEs. Pas d’autre échappatoire dans cette logique à courte vue. Et pas question. On est super fièrEs de nos « orientations sexuelles » et pas frustréEs pour un sou. Donc on se tait et on regarde ailleurs, ou bien le bout de nos chaussures. Que les fliques, les assistantes sociales, les putes et leurs clientEs se fichent sur la gueule – peut-être même que comme ça on nous oubliera un peu et même qu’on nous laissera adopter. C’est bien connu, c’est tout à fait pratique, dans la hiérarchie de la stigmatisation, d’avoir des échelons assez proches mais en dessous de soi, sur qui détourner l’ire et le soupçon.

 

Bien sûr, je ne crois pas un instant que tout cela soit conscient et machiavélique. Malheureusement dirais-je presque parce qu’alors justement on pourrait en causer. Non, ce silence en dit long sur la gêne et l’ignorance volontaire. Le seul aspect conscient, je le répète, c’est que c’est une question qui fâche et qu’en entrant dedans, on va probablement pas être tranquilles.

 

 

Plume

 

PS : l'article qui m'avait attiré l'oeil au milieu du toujours aussi grand silence de la presse lgbt se révèle (voir les commentaires) une facétie ingénieuse. Ma foi. J'ai du perdre ma capacité à l'humour - si tant est que j'en aie jamais eu -  et à discerner les pastiches durant mon long périple à militantlande. Et quant à la vraisemblance, il faut bien le dire, j'ai vu de telles lanternes, pour ne pas dire mensonges, pris pour vrais ou même possibles, que cette recension m'a paru par comparaison infiniment raisonnable. Décidément, ce monde est bien étroit et sans surprises, dès qu'il ne s'agit pas de détruire les gentes ou de distiller la malveillance.

 

N'empêche, j'avoue, Bachelot à un L Beach, j'aurais trouvé ça sympathique. Comme je le laisse entendre, je la crois capable souvent du pire et quelquefois du meilleur.

 

Et quant à la presse lgbt, ben du coup semble-t'il toujours calus assez général. Je pense devoir cependant compter l'allusion dans l'article évoqué comme une mention critique de la pénalisation des clientEs. Bref on peut se dire que le petit ptérodactyle va sortir de sa couveuse arc en ciel, juste y faut un peu de temps.

 

 

 


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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 20:12

 

 

Là y faudrait citer toute la fable de La Fontaine, L'ours et l'amateur des jardins. Ce que je ne ferai pas c'est trop long. Z'avez qu'à aller la lire. Pour la énième fois, j'affirme que La Fontaine est une base de morale pratique incontournable, et qu'on ferait bien de s'en inspirer plus souvent.  

 

 

 

C’est quelquefois pesant d’avoir des amiEs. C’est terrible quand ellils vous laissent tomber. Mais ça peut devenir encore pire quand ellils veulent à tout prix ce qu'ellils pensent être votre bien, ou le bien commun. Je ne nie d'ailleurs pas l'existence raisonnable d'un bien commun, mais il faut quand même être prudentE avec ça. On s'y abuse fort aisément. 

J'avais déjà parlé des transamiEs et autre translovereuses. Là c'est les meilleurEs amiEs des putes, c'est à dire les prohibitionnistes. Celleux qui veulent notre liberté (bien entendue, cela va sans dire) et notre dignité (un peu moins notre porte-monnaie, mais entre amiEs on ne compte pas !)

 

Cela faisait quand même quelques années que je faisais remarquer, dans nos grandes et moins grandes occasions putounesques, que nous menions notre canot diesel revendicatif (pout pout pout !) avec le nez collé au rétroviseur. Nous passions notre énergie à beugler sur la LSI et son fameux article sur le racolage ; certes c’était comme on dit scélérat, mais au bout d’un moment c’est le crocodile prohi qui a pointé son museau par devant, tout grand ouvert pour nous avaler - amoureusement bien entendu ! - et nous toujours à pester contre le méchant sarko et ses lois caractérielles. Là, il faut bien le dire, c'est plutôt de gauche qu'est venue au départ l'initiative. 


( D'ailleurs tiens c'est bête hier j'étais à Clermont à une manif pour les hopitaux ruraux ; il y avait le Grand Dédé, Chassaigne, notre idole régionale. Je l'avais plus vu je crois depuis la buvette du festival de St Amant, en 92 ou 93, ça fait loin ! Il était toujours aussi grand, aussi beuglard, aussi lieux communs popu - mais devenu tout blanc ! Moi entre temps je suis passéE de la crête rouge à la crinière rousse, et j'ai légérement changé de genre. Bref j'aurais pu aller l'embêtouiller un coup sur la question, d'autant que je sais très bien que les cocos y sont à fond pour la prohibition. Mais bon, je suis pas en forme, j'ai pas osé. Quand j'aurai une maison, promis, j'escalade le Grand Dédé devant tout'l'monde ! )

 

Reprenons


J’ai en tous cas commencé à bicher quand le mouvement du Nid, notre ami obstiné, collant et dévorateur, a résolument tourné casaque et s’est mis à faire campagne justement sur l’abolition de cet article. Ouh, me suis-je dite, là ça sent qu’ellils ont un gros polichinelle dans le tiroir. Bref qu’ellils ont trouvé super bien mieux pour nous faire disparaître (enfin qu’y croient) de la surface de la planète, leur rêve. C’était pas difficile à deviner ; si on tape plus sur les putes, et qu’on les veut quand même éradiquer, reste que les clients. Puisque même sans macs ces perduEs s’obstinent à tapiner.

 

Dès cette époque, d’ailleurs, quelques députéEs commençaient à se vanter auprès d’assoces féministes qu’ellils pensaient, à tort ou à raison, complaisantes, que des projets de loi à ce sujet étaient tous prêts pour 2012.

 

Mais bon, j’avais beau en causer à droite à gauche. Ça tombait dans des oreilles peu ouvertes. La clameur anti-LSI continuait, et on se retrouvait même des fois, je vous dirai pas où pour outer personne, à la même table justement que les gentes du Nid, à asticoter des éluEs rétiFves. Ça commençait quand même à sentir le vieux hareng. Je me disais à part moi que quand même ça devenait bizarre une telle sollicitude, et qu'on était en train de se faire arnaquer, qu'on nous incitait bien pour tout dire à toujours zieuter en arrière. 

Là aussi, quand je risquais un mot sur la pénalisation des clients, tout le monde s'échappait. C'était plus un problème local. Et un député PS du coin, menteur et comédien invétéré, la main sur le coeur, jurait que "non, jamais il laisserait passer chose pareille. Tu parles... Comme dit plus haut ses collègues crachaient déjà le morceau là où c'était censé plaire...

 

Ah ben voilà. Maintenant que ça commence à sérieusement poindre, la pénalisation des clients, voire que c’est considéré comme acquis, ça crie chez nous comme un poulailler qu’à aperçu un épervier. Ça se comprend, mais on aurait pu se bouger avant, et lancer notre campagne à nous.

 

N’empêche, le Nid, y sont bien contentEs, y se frottent les paluchounettes. On va faire la chasse aux méchants pervers prostitueurs (beh oui, au masculin, sont pas très au courant qu’il commence à y avoir une clientèle féminine). Et surtout on fera plus du tout de mal aux putes. On peut donc sans nul inconvénient abolir sans délai le délit de racolage, vu que de toute façon sa charge passe de l'autre côté. Elles vont juste ramper dans des couloirs sombres, craindre l’espionnage jusque sur internet, ne plus pouvoir être approchées que par des bonnes sœurs en guimpe (et encore, munies d’une accréditation, puisqu’on dit à présent que la vie religieuse prédispose aux avidités illicites) ou des travailleureuses sociaLEs avec un badge gros comme ça - et une finesse du même type. 

Comme ça, plus besoin de leur casser le moral ou des les persécuter. Ellils iront d’elleux-mêmes prendre boulots et formations pourriEs, où la survie revêt une incontestable dignité. Du moment qu’on loue pas son cul, on peut bien crever de misère. La liberté de la misère est un déjà très, très vieux must du libéralisme social. Comme la liberté de la peur...

 

J'ai jamais dit que la tapin était un travail sans souci aucun et de délices incomparables. Vous en connaissez, vous, un boulot, en tous cas largement accessible, qui en soit un ? En tous cas, c'est pas en nous clandestinisant encore plus qu'on va le rendre plus commode. Il est vrai que ce n'est pas du tout, du tout, le but des bonnes âmes qui entendent nous prémunir... C'est de le rendre impossible.

 

Trop contentEs vous dis-je. Le paradis de l’amour gratuit sans violence et sans contrainte. Mè si, si on vous le dit !

Autre enseignement : quand vos ennemiEs, puisqu'il faut quand même bien finir pas dire vrai, commencent à réclamer la même chose que vous, scrutez bien ce qui arrive derrière...

 

 

Plume

 

 

PS : Ce fut aussi le cas d'autres indécollables sollicitudes, comme celles de Sysiphe ou, plus tard, d'Osez le féminisme. Il faut d'ailleurs être honnêtes, étant féministes, elles avaient beaucoup plus tôt contesté le  caractère hypocrite du délit de racolage. Mais le fond reste le même : nous sommes le syndrôme de l'ennemi, du patriarcat. Après tout, on peut en discuter ; mais alors dans les deux sens. Ma thèse, depuis longtemps, c'est que le féminisme a commis la bonne vieille bévue de... se "réapproprier" à peu près tous les aspects qui fondent et forment le patriarcat, à part la hiérarchie masculinocentriste en vigueur. Boh, ce n'est pas une nouveauté ; le mouvement ouvrier a bien réussi à se coltiner tout le fonctionnement du travail capitaliste et de l'obsession de la production de valeur en régime socialiste, et ce jusqu'aux tentatives anarchistes ; et les anticolonialistes à encenser les pires mascarades pourvu qu'elles ne semblent pas "occidentales" ; alors... . L'affaire se joue sans doute sur l'identification de ce qui crée réellement un système. Tant qu'on en restera à la culpabilité du méchant ennemi de classe comme cause centrale, unique, et solution consécutive dans le départagement de qui est le/la vraiE humainE et l'horrible dominateurice abstraitE, on retombera dans les mêmes marécages, les mêmes éradications et les mêmes massacres. 

 

 


 

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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 11:49

 

 

 

Ce qu’il y a de particulièrement dégoûtant, dans ce naufrage au milieu des sables mouvants sans bords de l’époque et des loques de vies, c’est la clochardisation. Mes anciens congénères antimodernes avaient dramatiquement raison de la déceler un peu partout, de la voir se manifester dans la dislocation, le déracinement, et tout particulièrement dès lors que l’on tombe dans la dépendance du malvouloir endémique d’inconnus, d’institutions ou d’un hasard qui n’est que l’air d’un temps néfaste. Malvouloir inévitable, dans un contexte saturé de dureté, d’avidité, de haine et de méfiance.

 

J’apprends encore une chose, en contradiction totale avec la doctrine légitimiste de la parole qui imprègne tout le militantisme radicaleux contemporain, atrocement optimiste parce qu'il pense pouvoir tirer profit de tous les désastres : c’est que parler de là où ça se passe, dans ces cas où ce qui se passe c’est la destructuration et la destruction des personnes, ne rajoute absolument rien, au contraire ôte toute valeur, ôte tout tout court, si j’ose dire, aux témoignages (ah, ces témoignages… « J’imagine que le monde finira sous une avalanche de témoignages » écrivait mon vieux maître). Précisément parce qu’on est dedans, amalgaméEs, incapables de nous mouvoir, nous sommes disqualifiéEs. C’est une « légitimité » qui, comme de plus en plus de « légitimités » de ce temps, se situe dans la débine, ne fait que nous inclure dans les manifestations de l’anéantissement, enlève tout, dépiaute, écorche et ne donne rien, amène queudch. Ne fait que mener plus loin dans ce vomi. C’est une connaissance qui enlève, qui dépossède. Ou plutôt qui n’advient que par la dépossession, la clochardisation. Qui n’est un symptôme que du mal.

On ne devrait en parler justement qu’en y échappant, comme de quelque chose que l’on ne connaît pas, que l’on ne veut ni ne doit connaître, surtout pas ! Chalamov parlait déjà de connaissances insensées car trop cher payées. De choses et de situations qu’on ne devrait pas connaître, sinon par la spéculation. Là, il ne s’agit même plus de connaissances, je crois, mais d’arrachement à un soi qui nous permette de connaître ! Nous tombons dans l’ignorance, à commencer par celle de nous-mêmes. Premières arrivées, premières servies. Une parole qui vient de ce gouffre retentit comme une triste chasse de plus qu’on tire. Et ce n’est plus ce qui manque, hélas.

L’ignorance de soi – qui succède immédiatement à la fuite, à la haine et à l’oubli. Comment pourrions nous encore jouer la comédie de « l’expérience » quand cette « expérience » n’a consisté qu’à suivre le désastre, à ne pas savoir y résister ou bien le contourner ?! Quand ce n’est pas à lui frayer un chemin dans nous-mêmes, qui pouvions quelquefois encore lui échapper ?!

 

C’est quand même quelque chose que nous soyons alors quelque chose en moins, qui blesse et pourrit ce qui reste de réalité et de liberté possibles, quand une clocharde de plus cause de clochardisation.

 

On m’aura compris, la clochardisation commence pour moi bien avant le point précis où on se retrouve avec pour tout bien un sac, éventuellement un clébard, dans la rue ou en hébergement. C’est un glissement matériel et moral qui concerne un nombre incroyable d’entre nous.

La clochardisation commence dès lors que l’on n’est plus en soi-même. L’arnaque tient à croire et se faire croire que soi-même est localisé dans notre peau, ou même dans notre âme, dans notre mouvement. Arf arf ! Soi-même, c’est en fait ce qui nous est matériellement propre, dont l’existence ne dépend pas de nos perceptions, mais dont notre existence dépend. Nos familles (oui…et pas que les choisies), nos maisons, nos jardins, nos continuités, nos liens… On voit là que la clochardisation, comme le suggéraient déjà diversEs auteurEs il y a cinquante ans, a fait de gigantesques progrès. Pour ne pas dire que ce que nous vivons comme progrès est fréquemment de cet ordre…

 

Quand on n’a fait que confirmer la schizophrénie ambiante de l’époque. Encore une fois, la bonne blague !

 

Nous n’avons pas su reculer, fuir en arrière quand il en était encore temps, quand il n’en était que temps et que nous allions déjà y laisser bien de la viande avec la peau ! Nous le savons et ça ne nous avance à rien de le savoir. L’autre jour, je causais avec des personnes que j’aime, qui ont vingt ans de moins que moi, qui conviennent admirablement de l’autodiagnostic de disclocation, individuelle et collective. Et n’en peuvent plus mais que moi. Je ne peux que leur souhaiter, comme elles ont plus de temps que moi devant elles, un miracle. Il faut du temps pour les miracles, comme proclame l’immortel panneau dans les bars pmu. Et nous avons chuté hors du temps. Il ne peut plus que nous passer dessus.

 

 

La colère, l’envie, l’orgueil, l’avidité, la crédulité, l’appropriation comme la réappropriation, que sais-je encore, toutes ces passions obligées dont nous nous gavons avec libéralité et sans modération aucune, nous offrent le fruit commun du désespoir, d’un désespoir sans classe, du désespoir de la déchéance. Nous tournons en rond, nous délitant, sans comprendre assez vite que c’est dans ces désirs que gît la cause de cette destruction ; laquelle nous nous évertuons aussi loin que possible à attribuer aux méchancetés contemporaines.

Mais un jour où l’autre, nous nous rendons compte, et ce désespoir est alors d’une science incomparable autant qu’irréparable. Nous savons alors, brusquement, combien nous nous sommes leurréEs, et combien il nous est impossible de revenir sur nous, en nous. Cette connaissance ne nous est plus d’aucun bien. Sa présence même emporte damnation, perte absolue, loose comme nous disons en notre vocabulaire appauvri, et pourtant effroyablement juste là où ça touche.

Loose et même doom.

 

Au fond, ce sont comme des démons que nous avons invoqués, fort légèrement, croyant nous en servir comme de serviteurs ou d’outils, comme nous disons aussi dans notre optimisme utilitariste sans cervelle, qui croit déchaîner les forces de l’abîme sur les autres. J’ai ainsi invoqué il y a fort longtemps la peur, la honte, la tristesse, comme des puissances que je croyais dissolvantes de la réalité que je combattais. Mon œil. Ce sont les puissances mêmes de ce monde, à qui j’ouvrais ainsi le chemin de mon être. Oh, nous ne sommes que peu audibles, si peu visibles et distinctEs dans le fatras global. Mais il arrive malheureusement qu’au milieu de leurs occupations, un jour, ces puissances nous entendent. Et accourent alors. Et là il est trop tard. Elles ne font que ce que partout elles font : elles nous remplacent, pulvérisent, exproprient. On connaît alors vraiment que qu’il en est, mais on n’est plus là. Il n’y a plus personne, que de la douleur. Mixée à ces mêmes puissances, la honte comme la peur, lesquelles sont désormais en place de nous-mêmes.

 

Nous avons réussi à nous faire, à nous-même, ce qu’en d’autres temps et circonstances seuls les sort et la puissance nous faisaient ; nous broyer par la dépossession. Chapeau. Rien de changé, tout autogéré, encore plus intime, encore plus présent, inévitable. C’est là le secret de nos rodomontades, et de la misère interloquée, outrée stupéfaite et ressentimenteuse où elles nous ont conduites.

Nous nous ôtons de nous-mêmes, extirpons avec une espèce de rage. Et avec non moins de rage les unes envers les autres. Cannibalisme idéologique. Nous nous entremutilons avec science et même conscience.

 

Toute notre réalité possible était fondée sur du matériel, sur de la continuité, sur de la quotidienneté que nous avons abolie. Nous avons fait à notre tour ce saut déjà sinistrement expériménté avant nous : nous libérer de nous-mêmes. Ce qui ne donne que des exterminateurices impitoyables, des golems, ou des loques. Des transfos d’ajustement, des léchouilles hypocrites à tout ce qui porte la valeur exotique…

 

On a joué sur nous-mêmes notre petite politique du pire, on a appâté et terrorisé nos petitEs camarades pour qu’elles suivent, évidemment bien incapables de l’imposer à celleux qui jouent en bien plus grand. On s’est démolies, soupçonnées, accusées, fuies, haïes, déconstruites et j’en passe. On a gagné, et comme toujours les unes plus que les autres ; c'est-à-dire qu’on s’est perdues avec ardeur. Nous avons invoqué la loose et la clochardisation pour ne plus être les vilaines stables bourges que nous redoutons d’être d’autant plus que nous les sommes, perpétuellement et inaltérablement. Et ce faisant, nous n’avons creusé aucun trou dans la réalité, au contraire : cette réalité présente est justement un gouffre, et s’y opposer aurait impliqué de résister, d’être, de faire présence.

Nous n’avons su faire preuve d’aucune bienveillance, d’aucune patience, d’aucune acceptation envers nous-mêmes d’abord, et conséquemment envers autrui.

 

Ce qui vient, souvent appelé, et à grand tort, n’est autre que l’hégémonie de la valeur et de la déchéance. Océan de vomi auquel nous aurons bravement, alternotes et assimilées, apporté notre louche irisée... Avec nous-mêmes dedans en petits croûtons déjà à peu près dissous.

 

Et c'est quand même, je trouve, la honte que de nous mettre nous-mêmes en pièces au milieu d'une casse pareille. Moi la première...

 

 

LGPP

 

 

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 10:52

 

 

C’est malheureux, mais Bachelot, avec sa bonne tête pourtant balaskienne, nous a encore sorti un ballon crevé. Crevé parce que ça ne peut surprendre personne. Crevé aussi parce que c’est du n’importe quoi à la grosse cuillère.

 

Déjà, elle s'était assez déjugée relativement drôlement en jurant croix de bois croix de fer que les trans n'étaient plus des malades mentalLE (mais qu'il fallait tout de même absolument que des psys nous certifient, et que les cingléEs de la Sofect aient le monopole de l'usine à transition).

Mais là, c'est plus rigolo du tout, c'est le sale visage d'une société bien propre sur elle et bien désinfectée dans ses dessous qui réapparaît, cinquante ans après les "fléaux sociaux" (vous vous rappelez : la biture, les pédégouines, les putes...), avec désormais un masque mal arrimé de féminisme subitement sorti du placard, et de condescendance victimisante genre "société d'assurances".

 

Rebelote, quoi.

 

Mais c'est avant tout un mensonge, une arnaque sur l'avenir qu'on va comme d'hab faire payer aux plus mal placéEs.

 

On sait parfaitement, depuis des mois et plus, que les partis de gouvernement, qui sont bien en peine de savoir quel os tout sec jeter à la population en termes de « care » effectif, vu qu’il n’est plus question de financer le social, ont opté pour les grandes mesures qui coûtent pas un rond, qui impressionnent et accessoirement qui stigmatisent. Là, un conseiller présidentiel propose sans aucune vergogne de réserver les revenus sociaux… à celleux qui bossent ! Ici une autre de fiche tout ce qui débarque à la mer. Et là c'est la ligue de vertu pour nettoyer rues, culottes et consciences. Ben voyons.

(http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/03/30/bachelot-favorable-a-la-penalisation-des-clients-de-la-prostitution_1500484_3224.html)

 

Bref, comme ça risque de renauder, qui que ce soit qui se retrouve au gouvernement en 2012, quand il s’agira d’avouer qu’il n’est pas question de mettre des moyens dans ce « care » qui pourtant coule comme du chamallow de la bouche de touTEs les prétendantEs, eh bien on va supprimer le travail du sexe, pardon, la prostitution, tiens. Et comme ça ne se fait plus de taper direct sur nous, les putes, ben on va pénaliser les clientEs.

En voilà une ggggrrrrande avancée sociale, à pas cher qui plus est.

 

Comme chacunE qui a quelque notion d’histoire sait, les prohibitions, pourchas et traques de tous ordres ont simplement toujours produit précarité, violence, clandestinité. Ici ce sera une fois de plus les putes qui devront encore plus se cacher, comme dans les bienheureux pays qui nous ont devancé dans le nettoyage. Sans même aller poser la question de fond si le cul a pour vocation d’être nécessairement « gratuit » - ce qui fait doucement marrer concernant une des valeurs fondamentales de notre triste monde. C’est pas pasqu’on aura entravé quelques billets de banque que ce ne sera plus un enjeu qui nous exproprie, une pression permanente, un chantage à l’existence. Ça le sera même sans doute un peu plus, la valorisation propre à la chose ayant été encore renforcée, et la rareté accentuée.

 

Trop cool, je vous dis, l’après 2012 qui vient : clochardisation, prohibition, vigilance, fliques et rééducation pour touTEs (ou presque, évidemment…). Mais plus un fifrelin, ni gagné ni donné.

 

 

Plume

 


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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 22:15

 

 

La bulle. Je me rappelle qu’on en parlait beaucoup en autodéfense, cette bulle invisible qui devait affirmer nos frontières. Symboliser, dans des vies complètement disloquées et « à tout asservies », une espèce d’étrangéité, pour ne pas dire indépendance, un noyau quelque peu pathétique, vu l’ampleur de la dépossession.

Je me disais déjà que ça me faisait quelque peu penser aux incantations de « l’estime de soi ». Ben oui, que reste-t’il d’autre pour (s’)estimer que ce soi généralement saccagé dans un monde détruit ?

Là c’est Dolto bis qui nous en fait littéralement la pub, de la bulle. (http://www.lemonde.fr/week-end/article/2011/03/11/la-securite-affective-acquise-avant-la-naissance-est-un-bagage-precieux-pour-toute-la-vie_1491932_1477893.html) C’est à faire peur, tout autant que les péroraisons de la maman, qui s’échinait encore à répéter sur ses vieux jours que l’important, c’était quand même de former fillezetgarçons à leurs rôles respectifs de procréateurEs (1).

Foin du naufrage général. Tout bébé (de famille suffisamment fortunée – mais pas que, les pauvres s’endetteront avec enthousiasme ; qu’est-il de trop beau pour un lardon, l’ultime leurre de la reconnaissance sociale à l’heure où tout chavire ?) devra avoir droit à un aréopage de professionnelLEs, qui encadreront l’embullage. Cet embullage qui flattera son narcissisme et son sentiment de puissance, d’absences de limites. Comme ça, avec un peu de chance et si les petits cochons ne le, la mangent pas, eh bien ellil fera unE humainE épanouiE, impitoyable, unE de plus au beau milieu de la dislocation du réel et des personnes qui gagne de partout. D’ailleurs, professionnelLEs il y aura tout au long de sa vie pour la, le coacher sur la voie royale… ou de garage. Même s’ilelle vient à déchoir et à finir au cmp du coin, là encore, il y en aura bien quelques unEs pour la, le neuroleptiser.

 

Á faire peur, je vous dis.

 

 

(1)     : "Si l'homosexuel est ce qu'il est, c'est la faute des parents. Á vouloir

soigner l'homosexuel, on oublie de prendre le mal à sa source.

L'homosexualité est toujours le résultat d'une évolution psychique entravée

par des difficultés familiales : mère phallique autoritaire, père trop

 sensible, trop sentimental à l'égard de l'enfant. Les parents doivent aider

 l'enfant à déterminer son rôle futur, à se diriger vers une option génitale

 réceptrice pour la fille, émettrice pour le garçon".

F. Dolto, interview tardive de 1988

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 16:14


 

 

Le mensonge englue et empoisonne. Il altère durablement, comme on dit, toute la réalité. La complaisance envers lui n’en est pas moins immense et massivement partagée. Comme écrivait Léon Bloy, c’est une espèce d’oncle commun dont on espère toujours hériter quelque chose, fut-ce au vol, l’air de rien. Du moment que l’on n’est pas son objet, c'est l'aubaine. Le seul fait qu'il vous passe dessus mais vous épargne, par exemple, souvent vous ripoline et file une médaille. C’est pourquoi il y a toujours foule sur son passage, un peu comme à celui de la caravane du tour de france. Une fois qu’il est passé, les alentours sont pour de bon crades et puants. Mais on fait comme si pas. Au contraire, on attend fébrilement la prochaine. Qu'on en soit moralement pourries, ça, c'est très secondaire. 

L'important n'est-il pas de participer ?

 

 


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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 12:49


 

S'échapper.

 

« Il est vrai que je l’ai voulu et le veux encore, ainsi qu’il est licite à tout détenu ou tout prisonnier de s’évader ».

                                                                                                                                                       Jeanne d’Arc, lors de son procès.


(Qui, comme bien d'autres nanas de ce temps, qui risquaient pas moins que le bûcher, tenait tête à des prétoires de mecs. Marguerite Porete, Christine de Pisan...)

 

Comme quoi « Libérez touTEs les prisonnièrEs ! » et l’abolition de la prison ont de qui tenir !

 

Je ne partage pas les argumentaires prédestinatifs, sociologiques ou utilitaristes des abolitionnistes actuelLEs du pénal (genre abolition.prisons.free.fr), ni leur goût pour le serf-arbitre – me font penser à ces militantEs qui croient pertinent, pour nous "protéger" (!!), de répéter tristement que les sexualités ou les identités de genre seraient innées ou "pas un choix" !

Ce serait au contraire pour moi, comme peut-être pour Jeanne d’Arc, une question de liberté, de principe et de morale, aussi de conscience. Et d'horreur de vivre dans un monde où tout le monde fait assaut de ressentiment et de sadisme rationnalisés et humanistes. Ce sadisme très citoyen où c’est la machine, la bonne maman machine, qui écrase pour nous les vilains cafards. Et qu’on peut assister avec une joie décente, comme les éluEs en paradis se réjouissent du sort des damnéEs et de la justice de dieu (c’est dans un père de l’église, si si…)

 

Je dois dire que je ne ressens généralement qu’horreur et désolation lorsque, par exemple, je lis sur des sites lgbt l’intense satisfaction de celleux qui y écrivent quand on a réussi à faire condamner et expédier en taule des gentes, si peu sympathiques soient-ellils ; et les appels passionnés à récurer la terre de ceci ou de cela par ce moyen. Je me dis en outre que touTEs ces militantEs savent très bien le monde qu’ellils veulent, que ce n’est pas une méprise, que leur rêve, que notre rêve est au fond le même que celui de nos innombrables « ennemis politiques », c'est-à-dire une grosse majorité de la population, qui voudraient par exemple jeter d’autres à la mer, propos entendus expressis verbis ces derniers jours aussi… Morne logique de plus en plus partagée. Un monde sans mal, un monde propre. Ah, il est beau, le peuple. Vivent ses ennemiEs !

Un monde de chasse à courre et de « vigilance ». Voilà son, notre monde désiré.

Et, bien sûr, à terme, de guerre - fut-elle "légale" - de touTEs contre touTEs ; mais ça c'est le retentum, ce qui n'apparaît que quand on ne peut plus faire marche arrière, comme toutes les bonnes blagues de ce monde...

 

On n’a gagné, historiquement, qu’un enfer, à tout faire descendre sur terre… Á vouloir tout régler, tout évaluer à notre aune. C’était trop lourd, et ça s’est enfoncé, avec nous…

 

S'échapper. Un des plus beaux mots qui soit.

De cette hideuse époque, par exemple.

 

 

LGPP

 

 


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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 22:04


 

Mes bonnes ! Comme j'essaie de me distraire dans le fossé où je pourris, je viens d’apprendre incidemment que ce qui constitua la notion d'oecuménisme, appliquée pour la première fois en 325 lors du premier Concile de Nicée, ne fut pas tant la présence de dignitaires religieux de tout l’Empire, que, principalement… la reconnaissance générale et réciproque de l’excommunication d’unE hérétique. Jusqu’alors, ce genre de décision relevait des différents évêques et autres patriarches, et surtout n’était valable que dans le ressort de son diocèse.

 

Bref, une fois de plus si j’ose dire, apparaît le revers nécessaire de toute alliance, frater ou sororité, qui est l’anathème et l’exclusion. On sent même qu’elles ne pourraient exister sans, et que plus elles sont hégémoniques ou universelles, plus elles ont besoin d’excluEs et de mauditEs, ou encore de "pas assez humainEs" (mais on va les éduquer…) pour se manifester.

 

Pas mal, non ?

 

C’est à vous dégoûter d’être universaliste, c'est-à-dire de croire à la réalité des choses, et à la capacité de connaître cette réalité… Et ce qui suit me fait voir encore mieux en quelle mauvaise compagnie on se retrouve pour peu qu’on entende penser seule (les précédents, il faut  bien le dire, n’encombrent plus guère). Puisqu'universalisme est confondu de tous côtés, avec plus ou moins de mauvaise foi, avec volonté d'hégémonie, qui n'a rien à voir...

 

Car juste après, voilà que je tombe sur le billet de blog

 (http://blogs.tetu.com/nos_combats_lgbt/2011/03/08/pour-un-8-mars-solidaire-les-droits-humains-sont-universels/) pondu tout chaud pour le 8 mars par notre grande amie Le Doaré, présidente du centre lgbt de Paris et grande prohibitionniste devant l’éternelle, où elle assume expressis verbis, en plein milieu et volontairement très lourdement, qu’elle nous refuse le droit moral, on va dire, à nous donc putes et autres tds, de nous nommer travailleuses, et de nommer notre activité un travail. Purement et simplement. Elle aurait pu « contester », mais là c’est clair et net le refus.

Au reste, refuser n’est pas un mal en soi, loin de là. Je n'ai quasiment fait que ça toute ma vie... Mais là c’est un peu ennuyeux. C’est refuser à la place d’autrui. Ce qui peut encore se concevoir, mais pas uniquement pour mettre son pion sur la case de l’autre, tout de même ! Pasque là, c’est de cet ordre.

 

Ce qui n'est franchement pas de jeu, ni même bien honnête, pour user d'une notion en parfaite désuétude dans la politique utilitariste en vigueur...


On sait que j’ai peu de patience envers l’illusion autodéfinitoire multitudinaire « qui recrée le monde » ; mais là, c’est le prurit encore plus obstiné du ravalement et du déni de réalité et, à la limite, d’humanité pleine. Les pères conciliaires et autres adoraient nommer les hérétiques. Une hérésie n’existait même que pour autant qu’elle se traînait un nom choisi et imposé par l’orthodoxie.

Le Doaré fait visiblement partie des très nombreuXses gentes qui ne peuvent pas supporter de vivre sans définir qui est « vraiment humainE » et qui ne l’est pas. Pour moult raisons.

Les victimes ne sont jamais tout à fait humainEs, de plein exercice, tant qu’elles n’ont pas été sauvées. Voilà aussi un vieux truisme.

 

Enfin, petit clin d'oeil à mes camarades de la critique de la valeur, les citoyennes se font décidément une très haute, positive et belle idée du travail, que le tapin ne puisse pour elles y prétendre...

Je ne les suivrai pas en cela non plus.

 

Ces derniers jours, on a beaucoup causé ici et là de retour en grâce de l’universel. Je crois d’ailleurs que ce n’est pas faux. Et que ça me fait plaisir. Après, l’universel consiste aussi à se gruger un peu partout par les mêmes lanternes !

Mais que ce soit ainsi ravalé et biaisé pour conforter un ressentiment médiatisé, là ça me rage.

Je suis bien décidée, même morte, et tant que les vers auront encore quelque chose à bouffer, à ne pas laisser tranquillement des mères de notre église expédier les gentes touTEs vivantEs aux gémonies, parce que ça les gratte quelque part (voir et revoir : « Pro-sexe toi-même, ma bonne… »).

 

Allez, tiens, un concile, un concile ! Qu’on se foute une bonne fois sur la patate. Et un beau schisme après ! Ça au moins ça aurait de la classe.

Beh oui, que voulez-vous, je suis moyennâgeuse…

 

 

Plume, évoquée d'entre les mortes pour la circonstance.

 

 


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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 12:48

"Si j'avais ma tête, il me faudrait bien écrire un bout de testament"

L'abbé Tardif de Moidrey

 

 

 

On cause beaucoup de « s’indigner », en ce moment. Un vieux culbuto, de ceux qui pointent toujours vers le Bien, sur quelque surface qu’on les lance, en a même fait un opuscule éponyme, qui vaut bien en misère morale le tristement célèbre Matin brun, qui fut paraît-il l’ouvrage le plus vendu en son temps ! L’époque a les livres qu’elle mérite. Il est vrai que les deux nous resservent cet ultime tentative d’honorabilité tricolore, la « résistance », qui est un vrai paillasson à toutes grolles vu qu’il n’y a depuis longtemps plus rien d’autre de même vaguement utilisable dans l’histoire de ce sinistre pays… Mais faut vraiment pas exiger beaucoup pour se satisfaire de ce vieux baroud toujours rejoué de bérets moustachus.

 

S’indigner, qu’y disent.

 

Du temps que j’étais vivante, j’étais indignée, presque en permanence. On peut même inverser la chose : l’indignation a été mon ressort de vie. Enfin que je croyais : ce fut mon ressort d’anéantissement.  

 

Je n’étais jamais en repos, toujours ce ressort qui faisait tourner les rouages. D’aucunes en ont bien profité pour pas cher, au reste. Puisqu’elle est hors d’elle, pourquoi l’aider à se réintégrer, se disaient-elles sans doute.

 

Indignée.

 

Je me suis perdue dans l’indignation. Je croyais qu’on pouvait la mener paître ailleurs que dans les prés bien balisés. Erreur, c’est elle qui nous mène, et à travers elle les innombrables injonctions contemporaines. On croit être la bergère. Mon œil. On est menée par le bout du nez, par ses propres « idées », ces fameuses idées qui nous squattent, nous zombifient. L’indignation est un anneau d’esclavage autogéré. L’antithèse même d’une possibilité de liberté.

J’en ai toujours chié à cause de moi-même, en dernier recours, pour m’être laissée circonvenir par les passions sociales en vigueur. Au lieu d’être simplement un recours de contemplation, au milieu du silence des prés et des bois.

 

Mon vieux maître vivait ce luxe étonnant de « cheminer en avant ses pensées en exil, dans une grande colonne de silence ». J’ai, tout à rebours, mariné dans le vacarme des exclamations, et me suis rétamée en essayant de franchir le seuil pour en fuir, laissant toutes mes considérations s’échapper à jamais de mon cerveau vidé. Et mourir dans le caniveau, sans nourriture.

 

J’ai écrit mes textes les plus signifiant au moment même où j’étais attelée à me détruire matériellement et personnellement. C’est quand même quelque chose, et ça dépasse la coïncidence. C’est au moment je « déployait » le plus de clairvoyance que je me suis montrée la plus crétine. La clairvoyance était encore hors de moi, j’allais toujours dépendre des andouilles. Pendant que je m’accrochais moi-même au croc de la destruction.

Moralité : laissons les andouilles pendre. Prenons garde plutôt à nos abattis.  

 

L’indignation fait partie de ces anneaux passés dans le nez qui nous tirent, par la force même que nous leur prêtons, vers ce que nous ne sommes pas, inlassablement, qui nous font nous oublier, nous nier et nous haïr. C’est d’ailleurs un mystère. Il nous manque de plus en plus la capacité à être émues ou indignées par et pour nous. La pente est vers la fuite et l’attirance.

 

J’ai récemment évoqué les bonnes âmes convenablement chaussées, qui s’indignent soigneusement, comme le culbuto suscité, dans le sens de la pente et du vent. Il n’y a qu’à voir les amoncellements de copiés-collés qui caractérisent, illustrent ces engagements.

 

Cependant, conne suis-je, non seulement je m’indignais avec elles et à leur suite, mais je me rends compte, bien trop tard, que cet investissement dans l’indignation, indépendamment de toutes les bonnes ou mauvaises volontés, de toutes les lâchetés, de tous les conformismes et de toutes les inconsciences, ne peut qu’emprunter les mêmes routes ! Qui que l'on soit et quelque soin qu’on y mette. Il s’agit toujours de se détourner de soi, et des questions que l’on porte seule, selon le précepte fort en vigueur que moi est haïssable et coupable par essence.

Je n’ai jamais tant gueulé, ne suis jamais tant sortie de moi-même, que pour des causes rebattues ou carrément pourries, des baffes amplement méritées, des « stigmatisées » bien assises, des hyènes bien haineuses ! J’en rougis.

Jamais je n’ai, non plus qu’autrui autour de moi, été capable de parler en mon nom. Parce que l’indignation n’est autre que l’exercice de l’abandon de soi, au profit des valeurs disputées sur le marché de l’existence.

 

Nous sommes le premier objet qui mérite notre sollicitude. Et notre bienveillance, si l’on tient à ce que je réutilise ce terme. Cela exclut l’indignation qui nous éloigne, nous oppose, et finalement nous expulse de nous-mêmes.

L’égoïsme est condition, dans un monde de destruction permanente et avancée des âmes et des corps, et de notre salut, et conséquemment de celui d’autrui. Que nous sommes bien incapables d’aider si nous ne nous aidons pas nous-même.

On traite généralement autrui, en fin de compte, comme on se traite. Dans une période portée sur la méfiance, la haine et l’extermination de soi, on ne doit guère s’étonner des conséquences.

« Aime ton prochain comme toi-même ». Ce n’est pas une parole si en l’air que ça. Et on oublie toujours, avec soi, que la prémisse est donc de se préserver et de se reconnaître. Toutes choses fort peu portées par la déconstruction ambiante. Et encore moins, s’il est possible, par les tristes imbécilités de « l’estime de soi ». Ces maisons en papier que nous nous incitons à construire dans nos ruines, enlevées au premier souffle, et que nous nous épuisons à rebâtir.

 

S’oublier n’est d’aucun bien.

 

Qui potest capere, capiat.

 

 

 

J’écris ça en mémoire de moi ; mais aussi pour d’autres qui ne se sentiraient pas très bien dans le flux et le reflux des indignations. Sortez-vous de là avant d’être démolies ! Occupez vous de vos fesses. Je sais que ce n’est pas passionnant. Mais c’est la seule manière pour nous de vivre libres et dignes. L’indignation de ce temps saccage la dignité.

Tout le monde n'a pas à être une fonctionnaire du ressentiment, quoiqu’en affirment les militantes.

 

J’ai pris ce virage nécessaire trop tard et trop vite. Au tas ! Amputée de moi-même.

 

Pour ma part je n’attends plus que le sésame de la mort, que détiennent des gentes qui parlent beaucoup de dignité, justement, et qui entendent bien ne pas faciliter le passage. Politiques, pharmaciens, associations pour le « droit à mourir » (tu parles ! le « suicide égoïste » est bien sûr exclu, bref la vraie liberté de mourir)… Illustration de la déroute : on en est à mendier des lois, des vérificateurs, pasque plus rien n’est possible.

Des barbituriques au comptoir, nom de d… !

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ébranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée aux backlashes pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, pro peuple, pro nation, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste négative, moniste, novatrice ; philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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