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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 11:49

 

 

 

Ce qu’il y a de particulièrement dégoûtant, dans ce naufrage au milieu des sables mouvants sans bords de l’époque et des loques de vies, c’est la clochardisation. Mes anciens congénères antimodernes avaient dramatiquement raison de la déceler un peu partout, de la voir se manifester dans la dislocation, le déracinement, et tout particulièrement dès lors que l’on tombe dans la dépendance du malvouloir endémique d’inconnus, d’institutions ou d’un hasard qui n’est que l’air d’un temps néfaste. Malvouloir inévitable, dans un contexte saturé de dureté, d’avidité, de haine et de méfiance.

 

J’apprends encore une chose, en contradiction totale avec la doctrine légitimiste de la parole qui imprègne tout le militantisme radicaleux contemporain, atrocement optimiste parce qu'il pense pouvoir tirer profit de tous les désastres : c’est que parler de là où ça se passe, dans ces cas où ce qui se passe c’est la destructuration et la destruction des personnes, ne rajoute absolument rien, au contraire ôte toute valeur, ôte tout tout court, si j’ose dire, aux témoignages (ah, ces témoignages… « J’imagine que le monde finira sous une avalanche de témoignages » écrivait mon vieux maître). Précisément parce qu’on est dedans, amalgaméEs, incapables de nous mouvoir, nous sommes disqualifiéEs. C’est une « légitimité » qui, comme de plus en plus de « légitimités » de ce temps, se situe dans la débine, ne fait que nous inclure dans les manifestations de l’anéantissement, enlève tout, dépiaute, écorche et ne donne rien, amène queudch. Ne fait que mener plus loin dans ce vomi. C’est une connaissance qui enlève, qui dépossède. Ou plutôt qui n’advient que par la dépossession, la clochardisation. Qui n’est un symptôme que du mal.

On ne devrait en parler justement qu’en y échappant, comme de quelque chose que l’on ne connaît pas, que l’on ne veut ni ne doit connaître, surtout pas ! Chalamov parlait déjà de connaissances insensées car trop cher payées. De choses et de situations qu’on ne devrait pas connaître, sinon par la spéculation. Là, il ne s’agit même plus de connaissances, je crois, mais d’arrachement à un soi qui nous permette de connaître ! Nous tombons dans l’ignorance, à commencer par celle de nous-mêmes. Premières arrivées, premières servies. Une parole qui vient de ce gouffre retentit comme une triste chasse de plus qu’on tire. Et ce n’est plus ce qui manque, hélas.

L’ignorance de soi – qui succède immédiatement à la fuite, à la haine et à l’oubli. Comment pourrions nous encore jouer la comédie de « l’expérience » quand cette « expérience » n’a consisté qu’à suivre le désastre, à ne pas savoir y résister ou bien le contourner ?! Quand ce n’est pas à lui frayer un chemin dans nous-mêmes, qui pouvions quelquefois encore lui échapper ?!

 

C’est quand même quelque chose que nous soyons alors quelque chose en moins, qui blesse et pourrit ce qui reste de réalité et de liberté possibles, quand une clocharde de plus cause de clochardisation.

 

On m’aura compris, la clochardisation commence pour moi bien avant le point précis où on se retrouve avec pour tout bien un sac, éventuellement un clébard, dans la rue ou en hébergement. C’est un glissement matériel et moral qui concerne un nombre incroyable d’entre nous.

La clochardisation commence dès lors que l’on n’est plus en soi-même. L’arnaque tient à croire et se faire croire que soi-même est localisé dans notre peau, ou même dans notre âme, dans notre mouvement. Arf arf ! Soi-même, c’est en fait ce qui nous est matériellement propre, dont l’existence ne dépend pas de nos perceptions, mais dont notre existence dépend. Nos familles (oui…et pas que les choisies), nos maisons, nos jardins, nos continuités, nos liens… On voit là que la clochardisation, comme le suggéraient déjà diversEs auteurEs il y a cinquante ans, a fait de gigantesques progrès. Pour ne pas dire que ce que nous vivons comme progrès est fréquemment de cet ordre…

 

Quand on n’a fait que confirmer la schizophrénie ambiante de l’époque. Encore une fois, la bonne blague !

 

Nous n’avons pas su reculer, fuir en arrière quand il en était encore temps, quand il n’en était que temps et que nous allions déjà y laisser bien de la viande avec la peau ! Nous le savons et ça ne nous avance à rien de le savoir. L’autre jour, je causais avec des personnes que j’aime, qui ont vingt ans de moins que moi, qui conviennent admirablement de l’autodiagnostic de disclocation, individuelle et collective. Et n’en peuvent plus mais que moi. Je ne peux que leur souhaiter, comme elles ont plus de temps que moi devant elles, un miracle. Il faut du temps pour les miracles, comme proclame l’immortel panneau dans les bars pmu. Et nous avons chuté hors du temps. Il ne peut plus que nous passer dessus.

 

 

La colère, l’envie, l’orgueil, l’avidité, la crédulité, l’appropriation comme la réappropriation, que sais-je encore, toutes ces passions obligées dont nous nous gavons avec libéralité et sans modération aucune, nous offrent le fruit commun du désespoir, d’un désespoir sans classe, du désespoir de la déchéance. Nous tournons en rond, nous délitant, sans comprendre assez vite que c’est dans ces désirs que gît la cause de cette destruction ; laquelle nous nous évertuons aussi loin que possible à attribuer aux méchancetés contemporaines.

Mais un jour où l’autre, nous nous rendons compte, et ce désespoir est alors d’une science incomparable autant qu’irréparable. Nous savons alors, brusquement, combien nous nous sommes leurréEs, et combien il nous est impossible de revenir sur nous, en nous. Cette connaissance ne nous est plus d’aucun bien. Sa présence même emporte damnation, perte absolue, loose comme nous disons en notre vocabulaire appauvri, et pourtant effroyablement juste là où ça touche.

Loose et même doom.

 

Au fond, ce sont comme des démons que nous avons invoqués, fort légèrement, croyant nous en servir comme de serviteurs ou d’outils, comme nous disons aussi dans notre optimisme utilitariste sans cervelle, qui croit déchaîner les forces de l’abîme sur les autres. J’ai ainsi invoqué il y a fort longtemps la peur, la honte, la tristesse, comme des puissances que je croyais dissolvantes de la réalité que je combattais. Mon œil. Ce sont les puissances mêmes de ce monde, à qui j’ouvrais ainsi le chemin de mon être. Oh, nous ne sommes que peu audibles, si peu visibles et distinctEs dans le fatras global. Mais il arrive malheureusement qu’au milieu de leurs occupations, un jour, ces puissances nous entendent. Et accourent alors. Et là il est trop tard. Elles ne font que ce que partout elles font : elles nous remplacent, pulvérisent, exproprient. On connaît alors vraiment que qu’il en est, mais on n’est plus là. Il n’y a plus personne, que de la douleur. Mixée à ces mêmes puissances, la honte comme la peur, lesquelles sont désormais en place de nous-mêmes.

 

Nous avons réussi à nous faire, à nous-même, ce qu’en d’autres temps et circonstances seuls les sort et la puissance nous faisaient ; nous broyer par la dépossession. Chapeau. Rien de changé, tout autogéré, encore plus intime, encore plus présent, inévitable. C’est là le secret de nos rodomontades, et de la misère interloquée, outrée stupéfaite et ressentimenteuse où elles nous ont conduites.

Nous nous ôtons de nous-mêmes, extirpons avec une espèce de rage. Et avec non moins de rage les unes envers les autres. Cannibalisme idéologique. Nous nous entremutilons avec science et même conscience.

 

Toute notre réalité possible était fondée sur du matériel, sur de la continuité, sur de la quotidienneté que nous avons abolie. Nous avons fait à notre tour ce saut déjà sinistrement expériménté avant nous : nous libérer de nous-mêmes. Ce qui ne donne que des exterminateurices impitoyables, des golems, ou des loques. Des transfos d’ajustement, des léchouilles hypocrites à tout ce qui porte la valeur exotique…

 

On a joué sur nous-mêmes notre petite politique du pire, on a appâté et terrorisé nos petitEs camarades pour qu’elles suivent, évidemment bien incapables de l’imposer à celleux qui jouent en bien plus grand. On s’est démolies, soupçonnées, accusées, fuies, haïes, déconstruites et j’en passe. On a gagné, et comme toujours les unes plus que les autres ; c'est-à-dire qu’on s’est perdues avec ardeur. Nous avons invoqué la loose et la clochardisation pour ne plus être les vilaines stables bourges que nous redoutons d’être d’autant plus que nous les sommes, perpétuellement et inaltérablement. Et ce faisant, nous n’avons creusé aucun trou dans la réalité, au contraire : cette réalité présente est justement un gouffre, et s’y opposer aurait impliqué de résister, d’être, de faire présence.

Nous n’avons su faire preuve d’aucune bienveillance, d’aucune patience, d’aucune acceptation envers nous-mêmes d’abord, et conséquemment envers autrui.

 

Ce qui vient, souvent appelé, et à grand tort, n’est autre que l’hégémonie de la valeur et de la déchéance. Océan de vomi auquel nous aurons bravement, alternotes et assimilées, apporté notre louche irisée... Avec nous-mêmes dedans en petits croûtons déjà à peu près dissous.

 

Et c'est quand même, je trouve, la honte que de nous mettre nous-mêmes en pièces au milieu d'une casse pareille. Moi la première...

 

 

LGPP

 

 

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 10:52

 

 

C’est malheureux, mais Bachelot, avec sa bonne tête pourtant balaskienne, nous a encore sorti un ballon crevé. Crevé parce que ça ne peut surprendre personne. Crevé aussi parce que c’est du n’importe quoi à la grosse cuillère.

 

Déjà, elle s'était assez déjugée relativement drôlement en jurant croix de bois croix de fer que les trans n'étaient plus des malades mentalLE (mais qu'il fallait tout de même absolument que des psys nous certifient, et que les cingléEs de la Sofect aient le monopole de l'usine à transition).

Mais là, c'est plus rigolo du tout, c'est le sale visage d'une société bien propre sur elle et bien désinfectée dans ses dessous qui réapparaît, cinquante ans après les "fléaux sociaux" (vous vous rappelez : la biture, les pédégouines, les putes...), avec désormais un masque mal arrimé de féminisme subitement sorti du placard, et de condescendance victimisante genre "société d'assurances".

 

Rebelote, quoi.

 

Mais c'est avant tout un mensonge, une arnaque sur l'avenir qu'on va comme d'hab faire payer aux plus mal placéEs.

 

On sait parfaitement, depuis des mois et plus, que les partis de gouvernement, qui sont bien en peine de savoir quel os tout sec jeter à la population en termes de « care » effectif, vu qu’il n’est plus question de financer le social, ont opté pour les grandes mesures qui coûtent pas un rond, qui impressionnent et accessoirement qui stigmatisent. Là, un conseiller présidentiel propose sans aucune vergogne de réserver les revenus sociaux… à celleux qui bossent ! Ici une autre de fiche tout ce qui débarque à la mer. Et là c'est la ligue de vertu pour nettoyer rues, culottes et consciences. Ben voyons.

(http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/03/30/bachelot-favorable-a-la-penalisation-des-clients-de-la-prostitution_1500484_3224.html)

 

Bref, comme ça risque de renauder, qui que ce soit qui se retrouve au gouvernement en 2012, quand il s’agira d’avouer qu’il n’est pas question de mettre des moyens dans ce « care » qui pourtant coule comme du chamallow de la bouche de touTEs les prétendantEs, eh bien on va supprimer le travail du sexe, pardon, la prostitution, tiens. Et comme ça ne se fait plus de taper direct sur nous, les putes, ben on va pénaliser les clientEs.

En voilà une ggggrrrrande avancée sociale, à pas cher qui plus est.

 

Comme chacunE qui a quelque notion d’histoire sait, les prohibitions, pourchas et traques de tous ordres ont simplement toujours produit précarité, violence, clandestinité. Ici ce sera une fois de plus les putes qui devront encore plus se cacher, comme dans les bienheureux pays qui nous ont devancé dans le nettoyage. Sans même aller poser la question de fond si le cul a pour vocation d’être nécessairement « gratuit » - ce qui fait doucement marrer concernant une des valeurs fondamentales de notre triste monde. C’est pas pasqu’on aura entravé quelques billets de banque que ce ne sera plus un enjeu qui nous exproprie, une pression permanente, un chantage à l’existence. Ça le sera même sans doute un peu plus, la valorisation propre à la chose ayant été encore renforcée, et la rareté accentuée.

 

Trop cool, je vous dis, l’après 2012 qui vient : clochardisation, prohibition, vigilance, fliques et rééducation pour touTEs (ou presque, évidemment…). Mais plus un fifrelin, ni gagné ni donné.

 

 

Plume

 


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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 22:15

 

 

La bulle. Je me rappelle qu’on en parlait beaucoup en autodéfense, cette bulle invisible qui devait affirmer nos frontières. Symboliser, dans des vies complètement disloquées et « à tout asservies », une espèce d’étrangéité, pour ne pas dire indépendance, un noyau quelque peu pathétique, vu l’ampleur de la dépossession.

Je me disais déjà que ça me faisait quelque peu penser aux incantations de « l’estime de soi ». Ben oui, que reste-t’il d’autre pour (s’)estimer que ce soi généralement saccagé dans un monde détruit ?

Là c’est Dolto bis qui nous en fait littéralement la pub, de la bulle. (http://www.lemonde.fr/week-end/article/2011/03/11/la-securite-affective-acquise-avant-la-naissance-est-un-bagage-precieux-pour-toute-la-vie_1491932_1477893.html) C’est à faire peur, tout autant que les péroraisons de la maman, qui s’échinait encore à répéter sur ses vieux jours que l’important, c’était quand même de former fillezetgarçons à leurs rôles respectifs de procréateurEs (1).

Foin du naufrage général. Tout bébé (de famille suffisamment fortunée – mais pas que, les pauvres s’endetteront avec enthousiasme ; qu’est-il de trop beau pour un lardon, l’ultime leurre de la reconnaissance sociale à l’heure où tout chavire ?) devra avoir droit à un aréopage de professionnelLEs, qui encadreront l’embullage. Cet embullage qui flattera son narcissisme et son sentiment de puissance, d’absences de limites. Comme ça, avec un peu de chance et si les petits cochons ne le, la mangent pas, eh bien ellil fera unE humainE épanouiE, impitoyable, unE de plus au beau milieu de la dislocation du réel et des personnes qui gagne de partout. D’ailleurs, professionnelLEs il y aura tout au long de sa vie pour la, le coacher sur la voie royale… ou de garage. Même s’ilelle vient à déchoir et à finir au cmp du coin, là encore, il y en aura bien quelques unEs pour la, le neuroleptiser.

 

Á faire peur, je vous dis.

 

 

(1)     : "Si l'homosexuel est ce qu'il est, c'est la faute des parents. Á vouloir

soigner l'homosexuel, on oublie de prendre le mal à sa source.

L'homosexualité est toujours le résultat d'une évolution psychique entravée

par des difficultés familiales : mère phallique autoritaire, père trop

 sensible, trop sentimental à l'égard de l'enfant. Les parents doivent aider

 l'enfant à déterminer son rôle futur, à se diriger vers une option génitale

 réceptrice pour la fille, émettrice pour le garçon".

F. Dolto, interview tardive de 1988

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 16:14


 

 

Le mensonge englue et empoisonne. Il altère durablement, comme on dit, toute la réalité. La complaisance envers lui n’en est pas moins immense et massivement partagée. Comme écrivait Léon Bloy, c’est une espèce d’oncle commun dont on espère toujours hériter quelque chose, fut-ce au vol, l’air de rien. Du moment que l’on n’est pas son objet, c'est l'aubaine. Le seul fait qu'il vous passe dessus mais vous épargne, par exemple, souvent vous ripoline et file une médaille. C’est pourquoi il y a toujours foule sur son passage, un peu comme à celui de la caravane du tour de france. Une fois qu’il est passé, les alentours sont pour de bon crades et puants. Mais on fait comme si pas. Au contraire, on attend fébrilement la prochaine. Qu'on en soit moralement pourries, ça, c'est très secondaire. 

L'important n'est-il pas de participer ?

 

 


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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 12:49


 

S'échapper.

 

« Il est vrai que je l’ai voulu et le veux encore, ainsi qu’il est licite à tout détenu ou tout prisonnier de s’évader ».

                                                                                                                                                       Jeanne d’Arc, lors de son procès.


(Qui, comme bien d'autres nanas de ce temps, qui risquaient pas moins que le bûcher, tenait tête à des prétoires de mecs. Marguerite Porete, Christine de Pisan...)

 

Comme quoi « Libérez touTEs les prisonnièrEs ! » et l’abolition de la prison ont de qui tenir !

 

Je ne partage pas les argumentaires prédestinatifs, sociologiques ou utilitaristes des abolitionnistes actuelLEs du pénal (genre abolition.prisons.free.fr), ni leur goût pour le serf-arbitre – me font penser à ces militantEs qui croient pertinent, pour nous "protéger" (!!), de répéter tristement que les sexualités ou les identités de genre seraient innées ou "pas un choix" !

Ce serait au contraire pour moi, comme peut-être pour Jeanne d’Arc, une question de liberté, de principe et de morale, aussi de conscience. Et d'horreur de vivre dans un monde où tout le monde fait assaut de ressentiment et de sadisme rationnalisés et humanistes. Ce sadisme très citoyen où c’est la machine, la bonne maman machine, qui écrase pour nous les vilains cafards. Et qu’on peut assister avec une joie décente, comme les éluEs en paradis se réjouissent du sort des damnéEs et de la justice de dieu (c’est dans un père de l’église, si si…)

 

Je dois dire que je ne ressens généralement qu’horreur et désolation lorsque, par exemple, je lis sur des sites lgbt l’intense satisfaction de celleux qui y écrivent quand on a réussi à faire condamner et expédier en taule des gentes, si peu sympathiques soient-ellils ; et les appels passionnés à récurer la terre de ceci ou de cela par ce moyen. Je me dis en outre que touTEs ces militantEs savent très bien le monde qu’ellils veulent, que ce n’est pas une méprise, que leur rêve, que notre rêve est au fond le même que celui de nos innombrables « ennemis politiques », c'est-à-dire une grosse majorité de la population, qui voudraient par exemple jeter d’autres à la mer, propos entendus expressis verbis ces derniers jours aussi… Morne logique de plus en plus partagée. Un monde sans mal, un monde propre. Ah, il est beau, le peuple. Vivent ses ennemiEs !

Un monde de chasse à courre et de « vigilance ». Voilà son, notre monde désiré.

Et, bien sûr, à terme, de guerre - fut-elle "légale" - de touTEs contre touTEs ; mais ça c'est le retentum, ce qui n'apparaît que quand on ne peut plus faire marche arrière, comme toutes les bonnes blagues de ce monde...

 

On n’a gagné, historiquement, qu’un enfer, à tout faire descendre sur terre… Á vouloir tout régler, tout évaluer à notre aune. C’était trop lourd, et ça s’est enfoncé, avec nous…

 

S'échapper. Un des plus beaux mots qui soit.

De cette hideuse époque, par exemple.

 

 

LGPP

 

 


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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 22:04


 

Mes bonnes ! Comme j'essaie de me distraire dans le fossé où je pourris, je viens d’apprendre incidemment que ce qui constitua la notion d'oecuménisme, appliquée pour la première fois en 325 lors du premier Concile de Nicée, ne fut pas tant la présence de dignitaires religieux de tout l’Empire, que, principalement… la reconnaissance générale et réciproque de l’excommunication d’unE hérétique. Jusqu’alors, ce genre de décision relevait des différents évêques et autres patriarches, et surtout n’était valable que dans le ressort de son diocèse.

 

Bref, une fois de plus si j’ose dire, apparaît le revers nécessaire de toute alliance, frater ou sororité, qui est l’anathème et l’exclusion. On sent même qu’elles ne pourraient exister sans, et que plus elles sont hégémoniques ou universelles, plus elles ont besoin d’excluEs et de mauditEs, ou encore de "pas assez humainEs" (mais on va les éduquer…) pour se manifester.

 

Pas mal, non ?

 

C’est à vous dégoûter d’être universaliste, c'est-à-dire de croire à la réalité des choses, et à la capacité de connaître cette réalité… Et ce qui suit me fait voir encore mieux en quelle mauvaise compagnie on se retrouve pour peu qu’on entende penser seule (les précédents, il faut  bien le dire, n’encombrent plus guère). Puisqu'universalisme est confondu de tous côtés, avec plus ou moins de mauvaise foi, avec volonté d'hégémonie, qui n'a rien à voir...

 

Car juste après, voilà que je tombe sur le billet de blog

 (http://blogs.tetu.com/nos_combats_lgbt/2011/03/08/pour-un-8-mars-solidaire-les-droits-humains-sont-universels/) pondu tout chaud pour le 8 mars par notre grande amie Le Doaré, présidente du centre lgbt de Paris et grande prohibitionniste devant l’éternelle, où elle assume expressis verbis, en plein milieu et volontairement très lourdement, qu’elle nous refuse le droit moral, on va dire, à nous donc putes et autres tds, de nous nommer travailleuses, et de nommer notre activité un travail. Purement et simplement. Elle aurait pu « contester », mais là c’est clair et net le refus.

Au reste, refuser n’est pas un mal en soi, loin de là. Je n'ai quasiment fait que ça toute ma vie... Mais là c’est un peu ennuyeux. C’est refuser à la place d’autrui. Ce qui peut encore se concevoir, mais pas uniquement pour mettre son pion sur la case de l’autre, tout de même ! Pasque là, c’est de cet ordre.

 

Ce qui n'est franchement pas de jeu, ni même bien honnête, pour user d'une notion en parfaite désuétude dans la politique utilitariste en vigueur...


On sait que j’ai peu de patience envers l’illusion autodéfinitoire multitudinaire « qui recrée le monde » ; mais là, c’est le prurit encore plus obstiné du ravalement et du déni de réalité et, à la limite, d’humanité pleine. Les pères conciliaires et autres adoraient nommer les hérétiques. Une hérésie n’existait même que pour autant qu’elle se traînait un nom choisi et imposé par l’orthodoxie.

Le Doaré fait visiblement partie des très nombreuXses gentes qui ne peuvent pas supporter de vivre sans définir qui est « vraiment humainE » et qui ne l’est pas. Pour moult raisons.

Les victimes ne sont jamais tout à fait humainEs, de plein exercice, tant qu’elles n’ont pas été sauvées. Voilà aussi un vieux truisme.

 

Enfin, petit clin d'oeil à mes camarades de la critique de la valeur, les citoyennes se font décidément une très haute, positive et belle idée du travail, que le tapin ne puisse pour elles y prétendre...

Je ne les suivrai pas en cela non plus.

 

Ces derniers jours, on a beaucoup causé ici et là de retour en grâce de l’universel. Je crois d’ailleurs que ce n’est pas faux. Et que ça me fait plaisir. Après, l’universel consiste aussi à se gruger un peu partout par les mêmes lanternes !

Mais que ce soit ainsi ravalé et biaisé pour conforter un ressentiment médiatisé, là ça me rage.

Je suis bien décidée, même morte, et tant que les vers auront encore quelque chose à bouffer, à ne pas laisser tranquillement des mères de notre église expédier les gentes touTEs vivantEs aux gémonies, parce que ça les gratte quelque part (voir et revoir : « Pro-sexe toi-même, ma bonne… »).

 

Allez, tiens, un concile, un concile ! Qu’on se foute une bonne fois sur la patate. Et un beau schisme après ! Ça au moins ça aurait de la classe.

Beh oui, que voulez-vous, je suis moyennâgeuse…

 

 

Plume, évoquée d'entre les mortes pour la circonstance.

 

 


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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 12:48

"Si j'avais ma tête, il me faudrait bien écrire un bout de testament"

L'abbé Tardif de Moidrey

 

 

 

On cause beaucoup de « s’indigner », en ce moment. Un vieux culbuto, de ceux qui pointent toujours vers le Bien, sur quelque surface qu’on les lance, en a même fait un opuscule éponyme, qui vaut bien en misère morale le tristement célèbre Matin brun, qui fut paraît-il l’ouvrage le plus vendu en son temps ! L’époque a les livres qu’elle mérite. Il est vrai que les deux nous resservent cet ultime tentative d’honorabilité tricolore, la « résistance », qui est un vrai paillasson à toutes grolles vu qu’il n’y a depuis longtemps plus rien d’autre de même vaguement utilisable dans l’histoire de ce sinistre pays… Mais faut vraiment pas exiger beaucoup pour se satisfaire de ce vieux baroud toujours rejoué de bérets moustachus.

 

S’indigner, qu’y disent.

 

Du temps que j’étais vivante, j’étais indignée, presque en permanence. On peut même inverser la chose : l’indignation a été mon ressort de vie. Enfin que je croyais : ce fut mon ressort d’anéantissement.  

 

Je n’étais jamais en repos, toujours ce ressort qui faisait tourner les rouages. D’aucunes en ont bien profité pour pas cher, au reste. Puisqu’elle est hors d’elle, pourquoi l’aider à se réintégrer, se disaient-elles sans doute.

 

Indignée.

 

Je me suis perdue dans l’indignation. Je croyais qu’on pouvait la mener paître ailleurs que dans les prés bien balisés. Erreur, c’est elle qui nous mène, et à travers elle les innombrables injonctions contemporaines. On croit être la bergère. Mon œil. On est menée par le bout du nez, par ses propres « idées », ces fameuses idées qui nous squattent, nous zombifient. L’indignation est un anneau d’esclavage autogéré. L’antithèse même d’une possibilité de liberté.

J’en ai toujours chié à cause de moi-même, en dernier recours, pour m’être laissée circonvenir par les passions sociales en vigueur. Au lieu d’être simplement un recours de contemplation, au milieu du silence des prés et des bois.

 

Mon vieux maître vivait ce luxe étonnant de « cheminer en avant ses pensées en exil, dans une grande colonne de silence ». J’ai, tout à rebours, mariné dans le vacarme des exclamations, et me suis rétamée en essayant de franchir le seuil pour en fuir, laissant toutes mes considérations s’échapper à jamais de mon cerveau vidé. Et mourir dans le caniveau, sans nourriture.

 

J’ai écrit mes textes les plus signifiant au moment même où j’étais attelée à me détruire matériellement et personnellement. C’est quand même quelque chose, et ça dépasse la coïncidence. C’est au moment je « déployait » le plus de clairvoyance que je me suis montrée la plus crétine. La clairvoyance était encore hors de moi, j’allais toujours dépendre des andouilles. Pendant que je m’accrochais moi-même au croc de la destruction.

Moralité : laissons les andouilles pendre. Prenons garde plutôt à nos abattis.  

 

L’indignation fait partie de ces anneaux passés dans le nez qui nous tirent, par la force même que nous leur prêtons, vers ce que nous ne sommes pas, inlassablement, qui nous font nous oublier, nous nier et nous haïr. C’est d’ailleurs un mystère. Il nous manque de plus en plus la capacité à être émues ou indignées par et pour nous. La pente est vers la fuite et l’attirance.

 

J’ai récemment évoqué les bonnes âmes convenablement chaussées, qui s’indignent soigneusement, comme le culbuto suscité, dans le sens de la pente et du vent. Il n’y a qu’à voir les amoncellements de copiés-collés qui caractérisent, illustrent ces engagements.

 

Cependant, conne suis-je, non seulement je m’indignais avec elles et à leur suite, mais je me rends compte, bien trop tard, que cet investissement dans l’indignation, indépendamment de toutes les bonnes ou mauvaises volontés, de toutes les lâchetés, de tous les conformismes et de toutes les inconsciences, ne peut qu’emprunter les mêmes routes ! Qui que l'on soit et quelque soin qu’on y mette. Il s’agit toujours de se détourner de soi, et des questions que l’on porte seule, selon le précepte fort en vigueur que moi est haïssable et coupable par essence.

Je n’ai jamais tant gueulé, ne suis jamais tant sortie de moi-même, que pour des causes rebattues ou carrément pourries, des baffes amplement méritées, des « stigmatisées » bien assises, des hyènes bien haineuses ! J’en rougis.

Jamais je n’ai, non plus qu’autrui autour de moi, été capable de parler en mon nom. Parce que l’indignation n’est autre que l’exercice de l’abandon de soi, au profit des valeurs disputées sur le marché de l’existence.

 

Nous sommes le premier objet qui mérite notre sollicitude. Et notre bienveillance, si l’on tient à ce que je réutilise ce terme. Cela exclut l’indignation qui nous éloigne, nous oppose, et finalement nous expulse de nous-mêmes.

L’égoïsme est condition, dans un monde de destruction permanente et avancée des âmes et des corps, et de notre salut, et conséquemment de celui d’autrui. Que nous sommes bien incapables d’aider si nous ne nous aidons pas nous-même.

On traite généralement autrui, en fin de compte, comme on se traite. Dans une période portée sur la méfiance, la haine et l’extermination de soi, on ne doit guère s’étonner des conséquences.

« Aime ton prochain comme toi-même ». Ce n’est pas une parole si en l’air que ça. Et on oublie toujours, avec soi, que la prémisse est donc de se préserver et de se reconnaître. Toutes choses fort peu portées par la déconstruction ambiante. Et encore moins, s’il est possible, par les tristes imbécilités de « l’estime de soi ». Ces maisons en papier que nous nous incitons à construire dans nos ruines, enlevées au premier souffle, et que nous nous épuisons à rebâtir.

 

S’oublier n’est d’aucun bien.

 

Qui potest capere, capiat.

 

 

 

J’écris ça en mémoire de moi ; mais aussi pour d’autres qui ne se sentiraient pas très bien dans le flux et le reflux des indignations. Sortez-vous de là avant d’être démolies ! Occupez vous de vos fesses. Je sais que ce n’est pas passionnant. Mais c’est la seule manière pour nous de vivre libres et dignes. L’indignation de ce temps saccage la dignité.

Tout le monde n'a pas à être une fonctionnaire du ressentiment, quoiqu’en affirment les militantes.

 

J’ai pris ce virage nécessaire trop tard et trop vite. Au tas ! Amputée de moi-même.

 

Pour ma part je n’attends plus que le sésame de la mort, que détiennent des gentes qui parlent beaucoup de dignité, justement, et qui entendent bien ne pas faciliter le passage. Politiques, pharmaciens, associations pour le « droit à mourir » (tu parles ! le « suicide égoïste » est bien sûr exclu, bref la vraie liberté de mourir)… Illustration de la déroute : on en est à mendier des lois, des vérificateurs, pasque plus rien n’est possible.

Des barbituriques au comptoir, nom de d… !

 

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 00:28

 

 

...sans cesse besoin de concepts et de mots nouveaux pour pouvoir toujours plus éviter de nous reconnaître. Se reconnaître est déprimant et nuisible idéologiquement. »

 

Bertholde Brechte

 

 


 

 

 

 

 

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 17:35

 

 

"On avait eu les minutes de l'amour, on attendait les minutes de la haine. On n'eut pas longtemps à attendre"

"Thank you Saddam, tract diffusé en janvier 91)

 

 

 

Tout le monde a l'air grimpéE sur les chaises à propos des révolutions, enfin disons des fins de dynasties en cours.

Je dois avouer, je suis un peu douchée depuis le précédent de 89. Je me rappelle encore mon cohabitant, que je n'avais pas encore réussi à décourager, un anar de la génération avant moi, entrant tout transporté dans ma chambre, en notre logis de courants d'air (que je regrette fort aujourd'hui dans mon garage). Il était tellement heureux de voir des stals virés qu'il en criait. La fuite de Ceausescu en hélico avait frappé son imagination. Bien vite, devant l'étrange chasse aux insaisissables "securitateae", les fosses communes introuvables, le règne d'Iliescu, les mineurs envoyés contre les étudiants avant d'être eux-même virés, l'armée en arbitre, on a oublié la liesse...

Autre flash back littéraire : l'annonce de la prise de la Bastille dans un salon parisien : tout le monde est sur les chaises, tout le monde crie.

Puis il y a eu la suite. Nettement plus morose. De la vertu coupante aux généraux en passant par la guerre de conquête, forcément, puisqu'il fallait exporter le bonheur, fut-ce à coups de bottes...

 

(Le bonheur semble ne plus pouvoir exister qu'à condition d'être exigé et imposé. "Sois mon frère/ma soeur ou je te tue" a été modernisé en "Sois heureuXse, jouis et fais jouir, sans quoi tu es unE ennemiE des peuples")

 

Je ne crois obstinément ni au "sens de l'histoire", ni aux "complots" et autres théories des "élites qui sauraient et seraient derrière tout". Mon oeil. Ces "élites" sont à aussi courte vue que les autres.  Et même un peu plus. Aussi incapables que stupides, la seule différence étant la taille du gourdin. Les prochaines élections et le profit immédiat. Pas le genre de chose qui vous rend capable d'imaginer un monde, fut-il de "contrôle". D'où des gaffes monumentales - et facilement meurtrières évidemment. 

Heureusement pourtant, d'une certaine manière, si j'ose dire ; je me sens rarement à l'aise avec les les gentes qui imaginent des mondes. Là encore, on a plutôt une sale expérience de la chose... Et si réellement les "dominantEs" avaient des plans diaboliques et efficaces, on serait encore plus dans la détresse, ce qui n'est pas peu dire. 

 

Je serais plus proche de l'interpétation des mes ancienNEs amiEs de la critique de la valeur : quand on est touTEs engluéEs, à quel titre que ce soit, dans un monde obsessif et répétitif, allez donc en sortir et ne pas le reproduire sans reprendre à des choses qu'à peu près personne n'a envie de contester... Le propre de la valeur, c'est d'être les personnes. 

 

Bref, là, en voyant des photos de chars enguirlandés et acclamés, je me suis souvenue de ce tract qui circula environ le temps du déclenchement de la seconde guerre du Golfe, début 91. Il fut longtemps affiché sur un mur de ma cagna, et il doit être actuellement dans une chemise que les rats dégustent. Je n'en ai donc pas le texte, que je vous aurais bien transmis, puisqu'on parle tant de transmission dans ce monde d'oubli opportun.

Il s'intitulait "Thank you Saddam", reprenait une hypothèse possible mais jamais confirmée sur les Etats-Unis poussant le "dirigeant arabe éclairé" à s'emparer du Koweit pour pouvoir tomber sur l'allié devenu encombrant.

 

Mais surtout il était prédictif et systématique. Il constatait des invariances. Comme la succession nécessaire, pévue par Orwell, des passions obligatoires : les minutes de l'amour... puis les minutes de la haine. Ah ces "émotions de masse", désormais disponibles sans aucun péril (encore que, ça dépend quel genre de péril) par le virtuel... Il faut res-sen-tir, mes petites loutres ! C'est fondamental pour la révolution, cf l'Insurrection qui vient et revient et trois petits tours et...

Le chaos minuté profite toujours aux invariances. Et l'armée, le pouvoir nu comme un sabre dégainé, en est une, une bonne vieille. Qu'elle soit d'ailleurs officielle ou clandestine.

 

Et aussi, donc, le retour des militaires, désormais garants de la croissance que mettent en péril les petits ou grands tyrans trop rigides (Franco, dont le dauphin Carrero Blanco fut expédié en l'air certes par l'ETA, mais sous le discret regard très favorables de pas mal de gouvernements), ou trop peu enclins à la redistribution, ce qui finit par coincer le dialogue social. Ce qui semble être le cas actuellement, si j'ai bien saisi dans mon état de schizophrénie larvaire.

Les militaires, sur le devant de la scène, paternels et opportuns. Et là aussi, ça en fait surgir des images et des souvenirs, depuis Napo et les lendemains du premier "meilleur des mondes". Les militaires qui nourrissent le peuple (sous la troisième république, en france, les sdf de l'époque faisaient la queue pour le rab de gamelles à la porte des casernes ; c'étaient les restaurants du coeur de l'époque. Vive l'armée ! Un peu moins quand elle tirait sur les grévistes (mais, dame, à l'époque les socialos n'avaient pas encore inventé la police anti-émeute).


Là encore, d'ailleurs, ça me rappelle les appels du pied des Chinois envers l'occident après Tien an Men : "On a rudement besoin d'une police anti-émeute, pasque nous, entre rien et les chars, ben on n'a rien". Aussi tôt dit aussitôt fait, quelques années après la république du peuple pouvait s'ennorgueillir de riot troops formées en Europe.

 

Et notre increvable cinquième république, oublie-t'on qu'elle vit le jour dans les mains crochues d'une menace de putsch militaire ?


Les militaires, tranformés on ne sait comment en ultimes papas-gâteaux de recours. Chavez partout. Non mais... De qui se moque-t'on ?

 

Bref, tout ça pour dire que ça rappelle bigrement bien des déconvenues. Et je ne parle pas des nôtres,  vu qu'en europe on a clos les foucades napoléonniennes et boulangistes avec Portugal et la Roumanie. mais de celles des gentes qui se font casser la figure, pour que demain la valeur, le marché, les inégalités, et la paix civile de course folle que l'on sait se juchent sur de nouvelles épaules. 

 

Bon, moi je crois que je suis sur la sortie, et que ce ne sera plus moi qui serai là pour entendre causer de la prochaine accélération des choses, dans quinze ou vingt ans, vers un monde fleuri et rentable. Mais bon dieu, quand vous voyez des tanks, même et surtout couverts de fleurs, dites vous qu'y va y avoir pas mal d'os dans la purée.

 

Tiens, d'ailleurs, il y a des nanas dans la rue, comme souvent plus audacieuses que les mecs - mais dans les chars ?

 

 

La vieille Plume

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 23:22


 

« On ne peut naître, mais on peut mourir, innocente ».

Cristina Campo

 

Le jour d’après.

 

C’est ainsi qu’avait évoqué son état une personne que j’ai eu l’heur de connaître autrefois, dans un texte diffusé alors que je conserve précieusement. C’était après une belle séance d’écrabouillement en milieu militant, déconstructeur et proto-néoféministe queer (juste avant la grande réclosion de 95). Elle en avait gardé alors le tremblement qui nous habite, je devrais dire qui nous squatte, nous expulse après un cataclysme. J’ignore ce qu’elle est devenue. Je revois encore vaguement son visage, son expression. L’épouvante rétrospective. Des gentes si bien, si attentionnéEs, si gentilLes… Qui se transforment d’un coup en vampires et en hyènes, en rouleaux compresseurs, parce que tu n’as pas répondu conformément à leurs attentes.

Leurs, nos si précises attentes.

 

C’est dingue quand même ce qu’on peut être… bête, incapable d’apprendre. Ou trop oublieuse. 94. J’étais sur le point de rompre pour la première fois avec ce charmant milieu. Ce qui était arrivé à cette personne ne pouvait que me décider encore plus. Je ne pouvais que voir l’étendue de la mise au carré qui se préparait. Je l’ai vue, prospectivement. Je l’ai écrit, dans des textes dont pas mal sont aujourd’hui perdus (?), sur des affiches mêmes que j’allais placarder nuitamment. J’avais pris mes cliques et mes claques.

 

Je ne pouvais pas dire que je ne savais pas.

 

Bien plus tard, bien plus tard, après un nouveau tour de manège au milieu des couteaux, un long, trop long tour, je voulus célébrer le vendredi 13. Vendredi13 contre le mensonge, les prétextes et les violences acceptées en milieu militant. Sans me rendre compte que j’étais déjà enterrée, et que nous étions, que nous sommes déjà le jour d’après. Que j’ai rejoint définitivement cette personne et pas mal d’autres dans le dépotoir des épaves du présent qui chantonne et ricane. Et qu’il est pour toujours samedi 14.

 

Sur scène la danse continue. Le manège tourne. La musique joue. Les slogans volent. Les évidences martèlent-pilonnent. Il ne s’est rien passé. Sur scène il est toujours avant-hier, jeudi 12. On a encore une fois réussi à faire l’économie de la remise en cause, du vendredi 13. Et il n’y a pas de petites économies. Je vous renvoie là encore à l’article éponyme de l’Exégèse des lieux communs de Bloy. Vous comprendrez tout de suite.

Il n’y a pas de petites économies, donc tout est acceptable, pourvu qu’on les réalise. Voir « l’utilitarisme pour les nulLEs ».

 

Le temps est comme toujours du côté des vainqueurEs. Il les accompagne et les enveloppe, fut-ce circulairement, répétitivement. La répétition donne une puissance à nulle autre pareille.

 

Nous sommes de l’autre côté, à tous points de vue d’ailleurs. Expulsées de nous-mêmes, traumatisées, désocialisées, précarisées, excommuniées. Et hors du temps. Ce qui ne recouvre pas du tout quelqu’ataraxie bienheureuse. Non. Bien au contraire, hors du temps, celui-ci nous roule dessus de sa roue dentée. Hors du temps, c’est là que nous le subissons. Idiotes nous avons vécu, idiotes nous mourrons.

 

Jeudi 12 est le laborieux paradis terrestre. Samedi 14 est l’enfer.

 

Et vendredi 13 le jour peut-être à jamais inaccessible de la confrontation des vérités et des idées. Cette confrontation toujours ajournée au nom de la realpolitik, du progrès et du plaisir. Je n’ignore pas que bien des danseuses du 12 y prétendent. Sincèrement même, mais la sincérité n’a jamais rien garanti, si ce n’est quelquefois des formes inédites de cynisme.

 

La sincérité, en nos temps de certitudes, semble même un simple verso du mensonge, lui-même nié avec frénésie, au profit de la fameuse « parole » indépassable qui est la déesse de service actuelle. Tautologique et abrutissante.

 

Il n'y a personne vendredi 13. Cette journée est vide, dans les calendes actuelles.

 

On peut dire aussi qu'il n'y a personne samedi 14. En effet nous ne sommes plus des personnes, nous qui y sommes encaquées comme des sardines dans une boîte de néant.

 

Seules les détruites, les réellement détruites, peuplent, encombrent samedi 14. Et croyez que ce n’est en rien un privilège. Encore moins un point de départ. C’est l’arrivée qui ne connaît pas d’issue, pas même un treillis pour pourrir au travers.

 

Encore ratéEs !

 

 

 


 

 

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La Bestiole

  • : Divergence transse, féministe, communiste - Le placard à Plume, la fem-garoue
  • : Ebranchée, schlemihlah, communiste, féministe - la transse la moins queer, la moins fun, la plus antisexe, antinaturaliste, antisubjectiviste du quart sud-est. Clodote d'hamsterlande, casserole détachée de la queue de l'alternoféminisme. A gauch' de la gauch' de la gauch' de l'extrême gauche. Résolument opposée au backlash réac-libéral pro sexe, pro marché, pro nature, pro religion, comme aux catéchismes moraux-politiques en tous genres. Moderniste novatrice, universaliste négative, apostate de l'intersectionnalisme, philogyne, philosémite. Pour un anti-monde de nanas paresseuses et la ruine radicale de la masculinité, de l'économie, de la sexualité, de la fierté, du pouvoir.
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